SHARP TASTE

Rating : T, ça suffira amplement.

Résumé rapide : UA : Lavi Bookman mène une vie ordinaire à Santa Maria, une petite ville de Californie. Mais quand un beau japonais débarque de nulle part, son passé le rattrape. Yaoi. Lucky ; Yuvi ; LinkAllen ; CrossOC ; NéaAdam et autres

Donc, c'est un UA (ou AU, je confond tout le temps) situé au États-unis, en Californie, en 2001, bien avant le 11 Septembre.

Foutue canicule.

Léger SPOIL chapitre 198, rapport au prénom à l'apparence et au prénom du quatorzième. Rien de capital, quoi.


Chapitre 12


20 Décembre 1996


Los Angeles

Manoir Noah


07:30 a.m.


Néa tendit la main vers sa montre, posée sur la table de chevet. Il consulta l'heure, soupira et la reposa.

-Il est encore tôt, tu sais.

L'homme assis sur le bord du lit eut un bref sourire. Il noua sa cravate noire et lissa le col de sa chemise.

-J'ai une affaire à régler.

-Une affaire urgente ? marmonna-t-il, l'esprit encore embué par le sommeil.

-Non.

Le Comte se leva et boucla sa ceinture. Néa le regarda faire en bâillant. Il se redressa et agrippa le bas de sa chemise.

-Juste deux minutes…

Il lâcha un soupir discret et repoussa gentiment sa main. Vexé, le jeune homme fronça les sourcils.

-Tu es si pressé de te débarrasser de…

Néa laissa sa phrase en suspens. Il s'enroula dans la couverture, se leva brusquement et ouvrit une fenêtre.

-Qu'est-ce que tu fais ?

Il ne répondit pas, ses yeux dorés rivés vers l'extérieur. Le Comte s'approcha de lui, laissant son regard dérivé sur son corps presque nu, à peine dissimulé par la couverture, comme s'il cherchait à le provoquer.

-Néa ?

-…

Le Comte posa une main sur son dos et, du bout des doigts, retraça la ligne angulaire de sa colonne vertébrale. Lentement, tout en finesse. Le jeune homme se courba légèrement et inclina sa tête contre son épaule, ses courts cheveux noirs effleurant sa mâchoire. Il glissa son autre main sous la couverture et caressa sa cuisse. Néa se mordilla la lèvre inférieure et ferma les yeux. L'air froid et humide du matin giflait son visage.

-Qu'est-ce que tu regardes ? murmura-t-il à son oreille.

Il ouvrit ses yeux dorés, vifs et limpides.

-Regarde par toi-même.

Le Comte s'exécuta. Il faisait encore nuit et les lampadaires de la rue jetaient une lumière crue et tremblante sur le jardin. L'homme laissa son regard s'habituer à l'obscurité, sa main sur la cuisse de son amant. Puis il vit la neige, immaculée, qui couvrait chaque brin d'herbe, chaque fleur, chaque plante, cédant parfois une touche de vert ou de brun.

-C'est beau, non ? souffla Néa.

-Oui, admit-il.

Le jeune homme hocha lentement la tête et repoussa le Comte. Il ramena la couverture contre lui, posa un pied sur le bord de la fenêtre ouverte, le regard rivé droit devant lui. L'homme crut qu'il allait sauter et tenta de le retenir, mais il fut plus rapide et se laissa aller en avant.

-Néa !

Mais le jeune homme n'était pas tombé. Il s'était simplement assis sur le bord – qui ne devait pas mesurer plus de trente centimètres de large – une jambe pendant dans le vide et l'autre repliée sous lui. Il se tourna vers son amant, souriant, une lueur fugace de provocation dans ses yeux. Le Comte regretta aussitôt d'avoir crié.

-Tu as peur, Adam ? siffla-t-il en rejetant la tête en arrière, le vent fouettant ses cheveux noirs.

-Non, répliqua-t-il. Et ne m'appelle pas ainsi.

-C'est ton prénom, non ? Pourquoi est-ce que je ne devrais pas t'appeler par ton prénom ?

-Tu sais très bien pourquoi.

Néa n'insista pas. Il se leva et s'adossa à l'encadrement de la fenêtre. Le Comte consulta sa montre, jeta un bref coup d'œil au lit défait – ce qui n'échappa pas au jeune homme – et dit finalement, sur le ton qu'on emploie avec les enfants turbulents :

-Quand tu auras froid, tu n'auras qu'à t'habiller et fermer cette fenêtre. Sheryl te trouvera un chauffeur pour te ramener chez toi.

-Chez moi, hein ?

-Ou n'importe où.

-Tu crois que je risque de mourir si je saute ? interrogea-t-il d'une voix indifférente en fixant le jardin enneigé.

Le Comte le jaugea un instant.

-On est au troisième étage, donc oui, il y a des chances.

-Je vais peut-être essayer, alors.

-C'est une menace ?

Néa tourna brusquement la tête et braqua son regard brûlant sur son amant.

-Ce serait une menace si tu m'aimais.

Le Comte sourit. Néa était beau, d'une beauté qui ne manquait jamais de le déstabiliser, acide et cruelle, une beauté qui appelait à la luxure. Il avait envie de lui. Il avait tout le temps envie de lui. Il l'avait baisé toute la nuit, mais il sentait encore ce désir presque malsain. Et plus le temps passait, moins il était satisfait.

Il manquait quelque chose.

-Ce n'en est pas une, alors.

Si le jeune homme fut déçu, il n'en montra rien.

-Tu ne sauteras pas, de toute façon, ajouta-t-il, patient.

-Comment peux-tu en être aussi certain ?

-Je te connais. Tu es impulsif, calculateur, fantasque et arrogant. Néanmoins, tu n'as pas envie de tâcher cette neige. J'ai tort, peut-être ?

-…Non, tu as raison. Tu as toujours raison.

-Bien. J'y vais, termina-t-il en se tournant vers la porte.

-Adam ? appela-t-il.

Le Comte s'apprêtait à l'ignorer et à sortir quand Néa se répéta. Il y avait quelque chose de presque suppliant dans le ton de sa voix, comme une prière, et une sincérité si rare qu'il fit demi-tour. Son amant s'était assis sur le bord, les jambes à l'intérieur de la chambre.

-Tu veux bien m'embrasser ?

-…

-Ne me fixe pas comme ça, enfin. Je te laisse tranquille après.

-Dans ce cas.

Le Comte se pencha au-dessus de lui et l'embrassa brièvement.

-Je peux y aller, maintenant ?

-Oui.

L'homme retourna à la porte et sortit sans un mot. La porte se ferma derrière-lui et Néa écouta le bruit de ses pas dans le couloir jusqu'à ce que le silence envahisse la pièce, troublé par le sifflement du vent et sa respiration lente et mesurée. Il jeta ses jambes au-dessus du vide et posa une main sur le bord. La neige était là, sous ses pieds, si proche. Son amant avait eu raison quand il avait dit qu'il ne sauterait pas.

-Mais c'est parce que je t'aime que je ne veux pas mourir, Adam, murmura-t-il pour lui-même.


29 Janvier 2001


Bakersfield

Matthieu Café


08:00 a.m.


Link rassembla les tasses vides et les déposa dans l'évier. Allen était monté au premier pour prendre une douche et se changer. Il avait bien envie de le rejoindre, mais la mine abattue du japonais l'en empêcha. Ses yeux noirs étaient rivés sur le comptoir. Il soupira une fois, secoua la tête comme pour se débarrasser d'une pensée parasite, soupira à nouveau et murmura quelques mots en japonais.

-Kanda ?

-Quoi ? répliqua-t-il sèchement.

-Il y a un problème avec Lavi ?

-…Pourquoi tu me demandes ça ? répondit-il, méfiant.

-Tu a évité son regard plusieurs fois, au début. Mais quand tu lui as dit que Tyki Mikk était un Noah, tu t'es carrément excusé. Vous aviez l'air proche, tout à coup. Il s'est passé quelque chose entre vous ?

Il leva les yeux au ciel et poussa un soupir agacé.

-Comment fais-tu pour lire en moi aussi facilement ?

Link eut un sourire un peu triste.

-Ce n'est pas difficile. Je vous connais bien, tous les deux. Et je suis sûr qu'Allen a ressenti la même chose.

Kanda haussa les épaules avec dédain.

-Je ne vois pas en quoi ça te regarde.

-Bon, comme tu voudras. Je vais chercher Allen, peut-être ?

-Non, surtout pas !

L'adolescent n'aurait aucun mal à lui arracher les confidences qu'il ne voulait pas faire. Au moins, Link savait se satisfaire de l'essentiel.

-Alors ?

-On a couché ensemble.

Le jeune homme le fixa un moment, surpris.

-…On parle toujours du même Lavi ?

-Quoi ? Je suis si horrible que ça ?

Il sourit.

-Non, ce n'est pas ça. Mais vous êtes si… différents.

-Et moyashi et toi, alors ?

-Enfin, on dit que les contraires s'attirent, après tout.

Link réfléchit un moment.

-Mais il sort déjà avec Tyki Mikk, non ? Et il nous a dit qu'il l'aimait.

-…Je sais.

-Oh. Navré. Tu le savais en couchant avec lui ?

-Plus ou moins. Pourtant quand il l'a dit toute à l'heure, ça m'a fait un effet bizarre.

Il marqua une pause. Voyant qu'il cherchait ses mots en vain, Link soupira.

-Ce n'était pas juste du sexe, pas vrai ?

-J'en sais rien. On a une relation complexe depuis le jour de notre rencontre. Il est tantôt proche, tantôt distant, comme si je n'existais pas. Je ne sais plus quoi penser de lui.

-C'est normal. Les circonstances ne sont pas géniales et Lavi est un peu lunatique, parfois.

-Hmm.

-Ne te tracasse pas à propos de ça, ça se sert à rien. Suis ton instinct, comme tu le fais toujours.

-Comme nous le faisons toujours.

-Exact.

-Je me demande si c'est vraiment une bonne chose, murmura-t-il.

-Quoi ?

-Non, rien.


CA-166 W

Service Area


10:00 a.m.


Middle posa les deux sandwiches sur la petite table crasseuse du fast-food et s'assit face à Lavi. Ils commencèrent à manger en silence, lui perdu dans ses pensées et elle gardant un œil vigilant sur les gens qui allaient et venaient sur le parking.

-On arrive quand ? demanda-t-il en finissant son sandwich.

-Dans moins d'une heure.

Il esquissa un sourire. Son accent était charmant, exotique. Elle semblait néanmoins prendre soin de l'atténuer le plus possible, en évitant de parler trop vite.

-Tu vis aux États-unis depuis longtemps ?

-…

-Excuse ma curiosité maladive. Tu n'es pas obligé de répondre, après tout.

-Non. Ça ne me dérange pas. Je suis arrivée fin février mille neuf cent quatre-vingt dix-sept.

Juste au moment où tout a commencé à partir en vrille, songea Lavi avec amertume.

-J'ai l'impression de t'avoir déjà rencontré, Middle.

Elle tiqua mais ne répliqua pas. Elle termina son sandwich, se leva et disparut dans la foule du fast-food. Lavi soupira. La jeune femme ne laissait rien filtrer de son masque de froideur et de beauté, tant ses expressions faciales restaient neutres en permanence. À croire qu'elle ne ressentait rien.

Mais il savait que c'était faux, qu'elle cachait tout à l'intérieur.

Beaucoup de gens en font de même, parce qu'ils considèrent que montrer ses émotions est une faiblesse. Des gens qu'il connaissait. Cross, beaucoup. Link, un peu. Allen, parfois.

-Et Yuu, murmura-t-il pour lui-même.

Lavi se souvenait clairement du monologue qu'il lui avait servit vendredi dernier, alors qu'il venait à peine de le rencontrer. Comme s'il avait voulu l'aider, lui, cet inconnu. Un instant après, il l'embrassait. Cela lui avait paru si évident, si naturel sur le moment. Le fait qu'ils étaient tous deux des fils de la rue y était peut-être pour quelque chose.

Mais il y avait autre chose, aussi.

-Tu te sens bien ?

Il sursauta et reconnut Middle, deux gobelets en carton dans les mains.

-Je vais bien, répondit-il automatiquement.

Mais il mentait, et elle le savait. Elle ne s'en formalisa pas et lui tendit un gobelet.


Santa Maria

Jewel Street


10:50 a.m.


Middle coupa le contact et posa ses mains sur le volant.

-Tu es sûr de toi ?

-Oui.

-Bon. Ouvre la boîte à gant.

Lavi s'exécuta et ne fut qu'à moitié surpris de découvrir un revolver et un pistolet.

-Ils sont chargés. Un Smith & Wesson model 60 et un Beretta 9. Choisis-en un.

-Non merci.

-Dans ce cas, je t'accompagne.

-Je prends le revolver, répliqua-t-il aussitôt.

Il soupesa l'arme et la trouva bien plus lourde qu'elle ne l'était vraiment. Trop lourde. Il avait perdu l'habitude en quatre années passées dans le monde anonyme. Il était vrai qu'il n'avait jamais aimé les armes à feu. La mort semblait si facile avec elles, si douce, qu'à force de les utiliser on perdait la peur de mourir et donc l'envie de vivre. Les armes blanches étaient différentes. Il fallait une bonne raison et beaucoup de cran pour tuer un homme avec un couteau, pour lui entailler la chair et la peau.

Pour Lavi, c'était une manière comme une autre de ne pas sombrer dans l'abîme, de ne pas devenir un assassin par plaisir ou par paresse.

Il glissa le revolver à sa ceinture, adressa un regard à Middle et sortit de la Buick. Il ferma la portière derrière-lui et inspira profondément. Il faisait peut-être la pire connerie de sa vie, mais tant pis. Au point où il en était, il ne savait plus vraiment ce qu'il avait à perdre ou à gagner. Ainsi, il marcha lentement jusqu'à l'immeuble, poussa le lourd battant de la porte et entra dans le hall.


Santa Maria

Hevla Lane


11:00 a.m.


Tyki retourna son paquet de Lucky Strike et soupira. Vide. Il s'accroupit et fouilla les poches de son jean sale, en vain. Il commençait à envisager de retourner tout l'appartement quand on frappa à la porte. Il pesta et enfila rapidement un jean noir relativement propre. En sortant de la salle de bains, il passa dans sa chambre récupérer une chemise et alla ouvrir à l'abruti fini qui avait intérêt à avoir une raison valable pour le déranger un jour de congé.

Le portugais écarquilla les yeux. Lavi se tenait dans l'encadrement de la porte, les cheveux encore plus décoiffés qu'à l'ordinaire, le teint pâle et son unique œil cerné.

-Désolé de te déranger, mais il fallait que je te parle, dit-il précipitamment.

-Pas envie.

Il voulut claquer la porte mais le rouquin l'en empêcha.

-Juste cinq minutes, Joyd.

Tyki se figea, arrachant un demi-sourire au rouquin. C'était Allen qui avait lâché le nom que portait le Noah avant d'entrer dans la rue.

Le portugais ne répliqua pas et le laissa entrer.

-Merci.

-De rien, dit-il froidement. Qu'est-ce que tu veux ?

-Tu n'as pas l'air ravi de me voir, éluda-t-il en faisant le tour du salon avant de disparaître dans la cuisine.

-Tu te trompes, mon lapin.

Lavi serra les dents.

-Et donc ? Tu voulais me parler ?

-Oui.

Il marqua une pause, choisit ses mots rapidement et tenta d'avoir l'air détendu.

-Je suis toujours désolé pour ce que je t'ai fait. Je n'aurais pas dû, et crois-moi, je le regrette sincèrement. Mais c'est dommage de se quitter comme ça, aussi brutalement.

-Tu as raison. La prochaine, fais-moi penser à t'offrir des fleurs.

-Je suis sérieux, Tyki.

Le portugais sentit un pincement au cœur en croisant son regard. Il semblait un peu perdu, accablé et réellement désolé. Quelques jours plus tôt, il aurait sûrement collé une gifle ou deux à l'enfoiré qui aurait osé le mettre dans un état pareil. Sauf que l'enfoiré, aujourd'hui, c'était lui.

-Je suis aussi désolé que toi, mon lapin, dit-il avec douceur cette fois. Mais tu ne me fais même plus confiance, alors franchement, ce serait une perte de temps de-

-Je sais, coupa-t-il brusquement en se levant.

Lavi s'arrêta à sa hauteur et planta son regard voilé dans le sien.

-Mais comprends-moi, mon amour, murmura-t-il en reprenant soudain contenance. Tu ne me facilites pas la tâche. Tous tes mensonges, toutes les illusions que tu dessines pour moi…

-De quoi tu parles ?

-Ne joue pas les innocents, ça ne te va pas. Les Noah sont au courant que tu couches avec le type qu'ils cherchent depuis près de quatre ans ?

Tyki tressaillit mais se reprit rapidement. Peu importait comment il avait appris ça.

-Qu'est-ce que tu sais, exactement ?

-Que tu me mens, et ça me suffit.

-Te fous pas de moi, Lavi.

-Ah oui ? Et c'est toi qui me dis ça, mon salaud ?

-Réponds.

Mais Lavi ne l'écoutait plus.

-Alors, raconte, continua-t-il d'une voix rauque. Ce sont les Noah qui t'ont envoyé à Santa Maria pour me retrouver ? Ce sont eux qui t'ont demandé de me baiser pour gagner ma confiance ?

-Non.

Le rouquin se figea.

-Non ? répéta-t-il faiblement.

-Non. Ils voulaient – enfin, nous voulions – des informations sur l'Innocence.

-L'Innocence ?

-C'est le nom de la came qui devait arriver du Mexique. Mais toi et ta bande de salopards en avaient décidé autrement. Personne n'a revu cette drogue, après vous.

-…Vous la cherchez toujours ?

-Elle nous appartient. Alors oui, on la cherche. On a interrogé ces connards avant de les buter, mais ils ne savaient rien.

Chomesuke et Kro', songea-t-il aussitôt.

-Alors le Comte s'est dit que toi, tu saurais peut-être où elle se trouvait.

-N'importe quoi. Je n'en sais pas plus que Chome et Kro'.

Tyki agrippa ses deux poignets et soupira.

-Franchement, ça m'est égal. Mais il n'y a plus que toi.

-Tu rigoles ? Je n'étais qu'un homme de Cross. Le seul qui sait où se trouve cette came, c'est sûrement lui. Et lâche-moi.

-Sans doute. Mais visiblement, ceux qui t'ont renseigné sur moi ne te l'ont pas dit.

-Dit quoi ?

-Que Marian Cross est mort. Il y a quatre ans, peu de temps après ta disparition.

-…

-Tu es le dernier, Lavi.

-Tu mens, encore. On m'a dit qu'il y avait deux survivants.

-Ouais. Un des gars d'Anita, et toi. Kio, je crois. On l'a laissé en vie, celui-là.

Lavi inspira profondément et tenta de se dégager.

-Lâche-moi, Tyki.

-Non.

-Tu me fais mal.

-Rien à foutre. Où est cette foutue came ?

-Je… Je ne sais pas. Le patron ne nous a même pas dit qu'elle vous appartenez. Après qu'il ait libéré les Noah, il est partit avec l'autre, le soutien, et on n'a plus jamais revu la camionnette.

-Seul avec le soutien ?

-Oui.

Tyki lâcha ses poignets et lui colla une gifle. Lavi se laissa tomber mollement sur le sol et respira précipitamment, comme si l'air venait à lui manquer.

-Tu es sûr de n'être au courant de rien ? Il n'y a pas un endroit où Cross allait parfois, en dehors de South Central ?

-Non, murmura-t-il si bas que le portugais se pencha sur lui pour mieux l'entendre. Non, pas que je sache.

-Mierda.

-C'est pas possible.

-Quoi ?

-Il peut pas être mort. Cross…

Il voulut ajouter quelque chose mais sa voix se brisa au nom de son ancien patron. Il se redressa un peu et braqua son unique œil sur le portugais. Tyki sentait sa volonté trembler malgré lui. Voir son ancien amant aussi démuni, aussi hésitant lui faisait plus mal qu'il ne l'aurait cru.

-Hé, Lavi, appela-t-il doucement. Je vais t'emmener chez les Noah et on verra ce qu'on peut faire de toi. N'essaies pas de t'enfuir, d'accord ?

-Va te faire foutre, Tyki. J'irais nulle part.

Il soupira bruyamment.

-Ne m'oblige pas à te faire du mal, mon lapin.

-C'est déjà fait, connard.

Il se leva brutalement et empoigna son revolver. Sans laisser le temps au portugais de réagir, il visa un point invisible entre ses deux yeux.

-Mains derrière la tête.

Tyki s'exécuta sans faire d'histoires. La rage pure luisait dans l'œil de son ancien amant. Il l'avait sous-estimé et regrettait d'avoir laissé son arme dans la chambre. Lavi était un fils de la rue, après tout.

-Je n'ai pas la moindre envie de te tuer, mais si tu tentes quoique ce soit, je le ferais.

-Vraiment ?

-J'ai déjà tué, mon amour. La première fois, j'avais à peine dix ans.

Il déglutit difficilement et détourna le regard. Il avait un peu honte de l'avoir trouvé plus sexy que jamais alors qu'il menaçait de le descendre, néanmoins face à ce visage aux traits crispés par la colère, quelques mèches rousses collées sur sa peau et cet unique œil vert humide, il savait assurément ce qui l'avait attiré la première fois qu'il l'avait rencontré.

Il était beau.

C'était pour ça qu'il avait décidé de sortir avec lui, plutôt que simplement le surveiller, comme lui avait demandé le Comte.

-J'avoue, j'en ai profité.

-Quoi ?

-Les Noah ne m'ont pas demandé de coucher avec toi, mais je l'ai fait. Tu sais pourquoi ?

Mais il ne lui laissa pas le temps de répondre et reprit.

-Tu me plaisais. Tu me plais toujours, d'ailleurs. Mais je n'aurais pas dû, c'était une erreur.

-Pourquoi ?

-Parce que je suis tombé amoureux de toi.

Lavi sursauta mais ne lâcha pas son arme.

-Tu mens.

-Non. C'est sûrement la seule chose sur laquelle je ne t'ai pas menti, mon lapin. Je t'aime.

Le rouquin tiqua et resserra ses doigts tremblants sur la crosse du revolver.

-Tu mens, répéta-t-il sans conviction.

-Je t'assure que c'est la vérité. Je t'ai-

-Tais-toi, coupa-t-il. Comment veux-tu que je distingue le vrai du faux dans tes mots ?

-Regarde-moi. Tu me connais, Lavi, tu sais quand je suis sincère.

Le rouquin jeta un coup d'œil à Tyki, puis à son arme. Il soupira et choisit de lui faire confiance, ne serait-ce qu'une dernière fois. Il le regarda dans les yeux. Ses yeux dorés qui le rendaient dingue. Ses yeux qui ne mentaient pas, eux.

Et ses yeux disaient je t'aime.

Lavi hésita, l'espace d'une seconde, et baissa un peu son arme. C'était amplement suffisant pour Tyki. Il se jeta sur lui et empoigna son arme en levant le canon. Le rouquin tira par réflexe, dans le plafond, avant que le portugais ne lui ait arraché l'arme des mains et ne l'ait jeté le plus loin possible. Il lui enfonça son poing dans l'estomac, Lavi gémit mais agrippa sa main et lui flanqua un violent coup de genou.

Tyki recula de quelques pas et cracha sur le parquet.

-Tu as dû me fêler une côte, enfoiré…

-Au moins deux, j'espère, souffla-t-il en se courbant.

Il se laissa glisser le long du mur de la cuisine et reprit difficilement sa respiration. Tyki ramassa le revolver et passa une main dans ses cheveux bouclés.

-Tu abandonnes déjà ?

-…Qu'est-ce que je peux faire de plus ? J'ai mal partout, pas dormi depuis deux jours et je viens de découvrir que mon ancien patron est mort, dit-il lentement, résigné et au bord des larmes. Des deux hommes que j'aime, l'un m'ignore complètement et l'autre voudrait me tuer…

Le portugais faisait de son mieux pour écouter sans entendre. Il ne devait pas se laisser attendrir par Lavi – ce gosse était un ennemi des Noah, ce gosse était son ennemi.

-Je ne sais plus où j'en suis, mon amour. Tire, vas-y. C'est la meilleure chose à faire pour tout le monde, acheva-t-il d'une voix brisée.

Tyki le fixa un moment. Une larme coula le long de sa joue pâle et tuméfiée, brillante comme une perle dans la lumière matinale. Il soupira, visa et appuya sur la gâchette. Lavi sursauta, poussa un cri aigu et se retourna, regardant la balle fichée dans le mur.

-Tyki ?

-Voilà, tu es mort. Félicitations. C'est vraiment ce que tu voulais ?

-…

-Tu n'es pas du genre à tout laisser tomber, à te résigner comme ça.

-Je… Je ne sais plus.

-Tu es trop jeune et trop beau pour mourir, mon lapin, dit-il avec un sourire. Ce serait du gâchis.

-Tyki… Tu…

Le portugais leva les yeux au ciel, exaspéré.

-Arrête d'hésiter, Lavi, ça ne te ressemble pas. On ne fit qu'une seule fois, n'est-ce pas ?

-Dis donc, c'est le principe des fils de la rue, ça. Je croyais que les Noah n'en étaient pas.

-C'est vrai. Mais on s'informe, simple question de culture.

Lavi se redressa un peu et essuya ses larmes. Il se leva, s'approchant prudemment du portugais.

-Tu peux me rendre ce flingue, mon amour ?

-Il n'est pas à toi ?

-Heu, non.

-Qui te l'ai prêté ? Un Exorciste ?

-Peux pas te le dire.

-Navré, mon lapin, mais je le garde. Je ne tiens pas à me faire avoir deux fois. Alors sois mignon, éloigne-toi, garde les mains bien en évidence et laisse-moi me tirer sans faire d'histoires.

Lavi s'exécuta en silence.

-Bien.

Tyki récupéra son manteau et se chaussa, sans quitter Lavi des yeux, le revolver à la main.

-Je peux t'embrasser une dernière fois ?

Il lui tira la langue.

-Dans tes rêves, peut-être.

-Je m'en doutais, répondit-il, une pointe d'amertume dans la voix. Bon, à une prochaine fois.

-Hm. Je préfère pas.

Après un dernier regard neutre pour le rouquin, il ouvrit la porte et sortit. La seconde suivante, un bruit sourd claqua dans l'air. Lavi haussa un sourcil, fit quelques pas prudents vers la porte et s'arrêta net.

-Dépêche, on n'a pas toute la journée devant nous.

Middle s'adossa au chambranle de la porte et déboîta le barillet du Smith & Wesson.

-Il ne reste que trois balles. Où sont passées les deux autres ?

-Une dans le mur et l'autre dans le plafond…

-Original.

-…Pourquoi es-tu monté, Middle ?

La jeune femme lui adressa un petit sourire espiègle.

-Je m'ennuyais.

Lavi passa dans le couloir et découvrit Tyki, couché sur le flanc, inconscient.

-Qu'est-ce que tu lui as fait ? demanda-t-il en se penchant pour vérifier son pouls.

-Reste calme. Je l'ai juste assommé.

Le rouquin poussa un soupir de soulagement et se redressa.

-Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?

-On l'attache et on le laisse dans l'appartement. Il reprendra sûrement conscience dans quelques heures, et il vaut mieux qu'on soit loin à ce moment-là.

Il acquiesça.

-Aide-moi à transporter le corps, il est trop lourd pour moi.

-Laisse, je vais le faire, assura-t-il. Ah, juste une chose, Middle.

-Quoi ?

-Merci.


Note :

CA-166 W : autoroute entre Santa Maria et Bakersfield.

Service Area : traduction incertaine. Correspond à une aire d'autoroute.