Chapitre XII The Devil makes us sin


Le soleil commençait tout juste à se lever mais Ginny avait déjà ouvert ses yeux, désormais posés sur l'espace vide à côté d'elle. Elle ressentit un léger pincement au cœur en constatant qu'effectivement, elle était une fois de plus belle et bien seule, que Tom ne s'était toujours pas manifesté et ne le ferait probablement plus. Elle poussa un faible soupir en roulant vers le côté opposé et attrapa son réveil du bout des doigts pour le désactiver. Elle ne voyait pas l'intérêt de se recoucher, désormais. Elle se redressa en silence et adopta une position assise. Elle balaya la salle du regard : toutes les autres filles poursuivaient leur voyage dans le monde des songes et rien ni personne ne venait le perturber. Elles étaient bien chanceuses.

Ginny aplatit ses cheveux avec ses mains tout en se débarrassant de sa couverture d'un geste vif de la jambe. Elle se releva sans un bruit et se dirigea sur la pointe des pieds vers la salle de bain, qu'elle n'oublia pas d'insonoriser afin de prendre sa douche sans se montrer dérangeante. Elle ôta son pyjama, que Mme Weasley lui avait soigneusement et longuement tricoté, et entra dans la cabine. Elle alluma le jet d'eau chaude et ferma ses yeux pour y passer sa tête. L'eau ruissela contre sa peau et elle lâcha un petit soupir satisfait. Se réveiller avant les autres avait tout de même un certain avantage : elle pourrait prendre son temps, pour une fois, et profiter pleinement de ce moment dépourvu de toute pression.

Elle resta longtemps ainsi, laissant l'eau couler contre son visage et son corps, comme si elle pouvait l'exonérer de ses péchés. Elle n'avait certes jamais tué personne, mais elle n'avait jamais été un emblème d'innocence, malgré ses tentatives pour le devenir. Elle avait longtemps essayé de changer, mais le retour de Tom lui avait fait prendre conscience à quel point certains aspects de sa personnalité étaient toujours fermement ancrés en elle. Et cela la terrorisait. Ce qui la rendait la plus mal à l'aise était sans doute le fait que, si Tom avait usé des bonnes méthodes, s'il ne lui avait pas ainsi forcé la main depuis le début, elle se serait sans doute laissée entrainer… S'il lui avait laissé d'avantage de liberté, s'il avait montré un intérêt sincère ou un semblant d'affection, elle aurait sans doute immédiatement craqué.

Elle entreprit de savonner ses bras tout en continuant sa méditation. En lui donnant ainsi le journal, en la laissant reprendre le contrôle de sa vie, Tom avait fait exactement ce qu'elle avait toujours voulu qu'il fasse. Il s'y était prit avec beaucoup de retard et ça n'effacerait jamais ce qu'il avait pu lui faire, mais les conditions du marché étaient claires : il le lui rendait et Ginny se devait de réfléchir à sa proposition. Ce qu'elle faisait, d'ailleurs. Mais pour une raison qu'elle n'osait admettre, la réponse ne fusait pas aussi naturellement qu'auparavant. D'ailleurs, il lui manquait quelques détails avant de se juger apte à peser le pour et le contre. Notamment le rôle qu'Harry possédait dans toute cette histoire. Mais comment pouvait-elle savoir avec certitude que cela avait ou n'avait rien à voir avec lui ? Que pouvait-elle bien faire, si ce n'était exiger des explications aux deux principaux intéressés ? Harry lui avait déjà donné sa version et il était fermement campé sur ses positions. Il lui restait à entendre celle de Tom… Elle ne pouvait le faire revenir au Château, c'était de la pure folie, et elle n'avait aucun moyen pour le contacter. Elle pourrait toujours attendre qu'il se manifeste, mais ne serait-ce pas trop tard ?

Ginny soupira tout en s'essorant les cheveux. Elle donnerait cher pour savoir si effectivement, elle n'était là que pour permettre au Seigneur des Ténèbres d'exercer son ultime vengeance. Cette perspective lui déplaisait fortement et s'il s'avérait que c'était le cas, elle ne s'en remettrait sans doute pas. S'il avait vraiment insisté de la sorte sans qu'elle n'ait d'autre utilité que de blesser Harry… Jamais elle ne lui pardonnerait.

Elle s'habilla avec lenteur, ses pensées vagabondant ici et là. Ce ne fut qu'une heure plus tard, en se rendant dans la Salle Commune, que Ginny fut éjectée de ses pensées. Hermione se tenait debout au milieu de la pièce et la fixait sans ciller; son visage qui était resté pale des semaines durant retrouvait enfin ses couleurs. Ginny déglutit et détourna son regard. Depuis le jour de son réveil, la rouquine l'avait désespérément évitée. Son envie de revoir la jeune femme et de s'excuser auprès d'elle avait été largement dépassée par sa gêne : elle était incapable de lui faire face, c'était plus fort qu'elle. Elle éprouvait une certaine honte et, même si Hermione n'avait été pétrifiée par sa faute cette fois-ci, ç'avait été le cas la première fois. De plus, elle savait que Ron lui avait fait part de toute l'histoire. Elle s'était maintes fois dit que, si elle venait à avoir une conversation avec une personne aussi intelligente qu'Hermione, elle serait sans aucun doute mise à nue. Aucun secret n'échapperait plus à sa vigilance et cela reviendrait à confesser un crime impardonnable.

Ginny s'avança maladroitement tout en gardant sa tête baissée vers ses pieds. Elle voulut contourner son amie mais celle-ci l'intercepta d'une voix sévère :

- Ginny, il faut qu'on parle. Tu m'as suffisamment ignorée comme ça.

A contre-coeur, elle releva ses yeux. Hermione la dévisageait douloureusement, ses sourcils froncés dans une tentative vaine de paraître en colère. Il était pourtant évident qu'elle était d'avantage attristée et inquiète qu'autre chose. Ginny se mordit la lèvre inférieure et resta silencieuse. Que pouvait-elle bien dire qui saurait justifier son attitude ? En face d'une personne aussi perspicace, rien ne serait suffisamment convainquant. Surtout pas si Ron avait raconté tout ce qu'elle lui avait confié jusqu'ici. Hermione secoua sa tête en fermant ses yeux.

- Je ne sais pas pourquoi tu m'évites. Je sais ce que tu ressens, je sais que tu culpabilises, mais ce n'était pas de ta faute ! Et si tu t'en veux pour ce qu'il s'est passé il y a des années, je vais te redire ce que tout le monde te dit : tu n'as pas à t'en vouloir, tu étais si jeune…

Ginny s'en serait frappé le front d'exaspération. Pourquoi personne ne daignait l'écouter lorsqu'elle disait que les choses n'avaient pas tant changées depuis ? Qu'ils ignoraient beaucoup de choses à son sujet ? Tous la pensaient sous l'emprise de la menace, alors que tout n'était qu'une question de tentation. Merlin savait à quel point elle aurait voulu que tout le monde la connaisse telle qu'elle était. Tom lui avait suffisamment montré que la vision d'elle qu'elle offrait au monde n'était pas la bonne… Mais elle ne pouvait leur expliquer quoi que ce soit sans qu'ils n'interprètent de travers et accusent injustement un autre pour ses actes, ou qu'ils pensent tous que la situation n'était pas aussi grave qu'elle le prétendait. Et elle les laissait croire… Elle les avait toujours laissé croire. Parce que c'était plus simple que de faire face à la réalité et de voir leurs regards déçus et dégoutés. Elle n'était pas la seule coupable. Eux aussi refusaient d'ouvrir les yeux. Finalement, le déni pouvait se montrer tellement plus simple pour tout le monde…

En revanche, cela ne pouvait durer. A un moment ou un autre, ce pour quoi Tom s'était investit finirait par arriver : ses envies prendraient le dessus. Il l'avait trop tentée, il l'avait trop poussée. S'il s'avérait qu'Harry se trompait sur toute la ligne, il lui suffirait une simple main tendue, et elle savait qu'elle la prendrait sans hésiter.

Hermione s'impatienta et tapa du pied :

- Ginny, tu dois arrêter de te torturer ! Tu es innocente, je ne t'en veux pas.

La concernée ne put s'empêcher de perdre le contrôle et se mit à crier, sous les yeux ébahis de son amie :

- Arrête, Hermione. Tu es la plus intelligente d'entre nous, alors pourquoi ? Pourquoi tu ne comprends pas mieux que tous les autres ? Tu devrais être la première à réaliser !

La sorcière murmura d'une voix faible :

- Réaliser quoi ?

- Que je ne suis pas une victime ! Je suis la coupable de l'histoire, Hermione.

Cette dernière ouvrit sa bouche mais aucun son n'en sortit. Ginny poursuivit d'une voix tremblante d'impatience :

- Je n'avais pas l'intention de mettre les choses au clair. Pas aujourd'hui. Jamais, pour être franche. Mais après tout, pourquoi retarder l'inévitable ? J'en ai assez de fuir, je suis épuisée. Tout ça pour vous éviter -nous éviter- une situation trop douloureuse mais qui était forcée d'arriver. Autant en finir tout de suite.

Hermione pâlit.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Je ne comprends pas.

Ginny soupira, plus à cause d'une difficulté à respirer qu'une démonstration de soulagement.

- J'ai fait des choses inacceptables, pour vous du moins. Cela a commencé lorsque j'ai rencontré Tom… et cela a continué en secret jusqu'à aujourd'hui. Cela continuera dans le futur, d'ailleurs. Durant toutes ces années passées en votre compagnie, je ne vous ai pas laissé me voir telle que je suis, telle que j'aimerais être sans avoir à me cacher. J'ai souvent culpabilisé, parce que je savais que je n'étais pas comme vous et que je devrais l'être… Je n'ai jamais cessé de croire que Tom reviendrait. Et si j'ai lutté de mon mieux cette année pour ne pas lui céder, c'était uniquement parce que j'avais peur. Peur de tout abandonner.

Elle s'interrompit quelques secondes, le temps de jeter un coup au visage pourtant impassible d'Hermione.

- Cette peur n'existait pas, à l'époque. Lorsque j'avais décidé pour la première fois de me joindre à lui. J'ignorais qui il était réellement et je n'étais pas aussi attachée à vous tous que je le suis aujourd'hui. Mes parents ne voyaient en moi qu'une petite fille innocente, future mère de famille, pas un prodige tel que Percy ou des phénomènes tels que Fred et Georges. Avant mon arrivé, Ron était le petit dernier, le choyé de la famille, même s'il ne s'en souvient certainement pas. Bill et Charlie s'en sont sortis honorablement. Je n'avais rien d'exceptionnel, en dehors du fait que j'étais une fille. J'étais sans doute autant aimée que mes frères, je ne le nie pas… mais ils n'attendaient rien de particulier venant de moi. Alors que j'aspirais déjà à tant de choses. Tom m'a fait ouvrir les yeux sur les possibilités qui s'offraient à moi… En acceptant ma demande de me joindre à lui, il a été le premier à accepter le fait que, moi aussi, j'étais capable de beaucoup.

Ginny se racla la gorge mais ne regarda pas Hermione. Elle n'avait pas envie de connaître sa réaction avant la fin.

- Les années se sont écoulées, et même si j'avais appris que Tom était en réalité celui qui allait devenir le Seigneur des Ténèbres, j'ai continué à y penser. Mes envies n'avaient pas changées, mais d'attendre infiniment son retour me détruisait à petit feu. J'ai tenté de tourner la page, j'ai essayé de me mentir à moi même, de me forger une autre vie… Vie dont vous avez tous été témoins, d'ailleurs. Mais, au fond, tout était du pareil au même. Puis il est revenu, pour de vrai. J'ai refusé. J'ai lutté. Pourquoi ? Parce que je n'avais plus envie de tout abandonner. Parce qu'il n'est plus seulement Tom, parce que je doutais de lui… Pour tout un tas de raison, je n'ai cessé de l'éloigner de moi. J'ai essayé de le nier… Sauf que c'est toujours là.

Ginny releva les yeux vers une Hermione en larmes. Son cœur se contracta douloureusement mais elle se força à conclure malgré tout :

- J'ai envie d'aller avec lui. Et je sais que maintenant, tu dois me haïr de tout ton cœur pour avoir trahi ta confiance. Vous allez tous me détester, parce que vous auriez peut-être pu me faire changer d'avis, si vous vous y étiez pris plus tôt. Sauf que vous n'avez pas pu, parce que je vous l'ai caché…

Sa vision se brouilla à son tour et elle ajouta d'une voix hachée :

- Tu es brillante, Hermione. Tu es sans doute la sorcière la plus intelligente que je connaisse. Je sais que tu comprendras. Certainement pas aujourd'hui, pas avant un moment. Mais au bout du compte tu seras la première à réaliser que tout ça ne pouvait être évité. Je suis comme je suis, et je suis fatiguée de devoir lutter contre ça. Vous vous êtes habitués à une Ginny qui n'existait pas vraiment… En revanche, s'il y a une chose sur laquelle je n'ai jamais menti, c'est mon affection pour vous.

Elle jeta un regard en biais à la jeune femme, qui s'était affalée sur le canapé, le regard vide. Ginny appela faiblement :

- Hermione ?

Celle-ci ne la regarda pas, mais se consentit tout de même à prendre la parole. Doucement, elle demanda :

- Pourquoi lui ? Ne peux-tu pas… vaquer à tes activités sans qu'il ne soit présent ? Il ne fera que t'entrainer d'avantage dans la magie noire. Tu ne sauras plus en sortir !

Ginny sourit tristement.

- Mais il est le seul à vouloir me laisser entrer.

Hermione hocha sa tête avec conviction.

- Je ne te crois pas. Qu'est-ce que tu peux bien trouver à ce genre de pratique ? Est-ce que le reste ne te suffit pas ?

La rouquine haussa ses épaules.

- Ce n'est pas qu'une question de magie noire. Je pourrais apprendre sur le terrain… Découvrir l'inconnu. Défier les limites…

- Tu n'y penses pas.

Ginny leva vers elle un regard interrogateur. Hermione prit un ton accusateur :

- Tu vas finir comme les autres Mangemorts ! Si tu le suis, tu deviendras simplement une meurtrière sur commande, Ginny.

- Tu te trompes. Je ne tuerai personne qui ne le mérite pas.

Hermione haussa d'un ton, son timbre virant dans les aigus, signe qu'elle prenait peur :

- Parce que tu penses que quiconque le mérite ? Où est-ce que tu es allée chercher ça ?

Ginny se rembrunit.

- Je savais que vous ne pourriez pas vous empêcher de me juger. C'est pour ça que je n'ai jamais rien dit !

- Tu aurais du nous en parler tout de suite. Regarde ce que tu deviens, maintenant !

Ginny recula, choquée et blessée. Hermione plaqua une main sur sa bouche, horrifiée.

- Ginny, je ne voulais pas…

Elle tendit sa main vers elle mais la jeune femme la repoussa d'un geste.

- Laisse tomber, Hermione. J'ai compris.

- Non, attends !

Ginny fit la sourde oreille et se détourna pour partir d'un pas précipité. Arrivée près du portrait, elle ajouta avec peine :

- Il reste une question que je me pose. Et si j'obtiens la réponse que j'attends, je suppose…

Elle se mordit la lèvre et refoula ses larmes.

- …qu'il est temps de se dire au revoir.

- Où est-ce que tu vas ?

Elle l'ignora et ajouta faiblement :

- Dis à Ron que je tiens à lui. Qu'il doit prendre soin de lui et ne pas toujours manger entre les heures… Dis lui d'embrasser nos parents et nos frères pour moi.

Dans son dos, Hermione s'époumonait pour l'appeler. Ginny l'ignora et franchit le portrait avec une inébranlable certitude mais un léger regret. Elle descendit jusqu'au Hall d'entrée et passa devant un Rusard suspicieux, penché vers l'avant et se tenant ses côtes douloureuses. Apparemment, rester posté à l'entrée toute la journée ne lui réussissait pas. Lorsqu'il aperçut Ginny, il aboya :

- Vous ! Où est-ce que vous allez ?

Ginny lui lança un regard méprisant.

- Au Chemin de Traverse, comme la moitié des élèves qui sortent aujourd'hui…

Le concierge grommela :

- Vous avez intérêt à rentrer avant le couvre-feu.

- Oui, monsieur.

Ginny se retint pour ne pas lui tirer la langue et se dirigea d'un pas nonchalant vers la sortie.


Les sorciers se bousculaient pour arriver les premiers au stand des promotions. La librairie était pleine à craquer et Ginny se demandait pour quelle raison étrange elle était venue ici. Quelle idée ! Cela ne faisait que retarder son programme de la journée. Elle devait se rendre dans l'Allée des Embrumes au plus vite et sans que personne ne le remarque. Elle devait récupérer des informations et l'endroit le plus propice à lui en fournir était sans nul doute celui-ci. Alors pourquoi s'embêter à aller faire des affaires ? Elle souffla sur les mèches qui tombaient devant ses yeux et s'écarta pour ne pas se faire heurter de plein fouet par un couple en furie, bien décidé à ne pas laisser passer cette chance d'acheter la trilogie du célèbre Dr. Krouftion.

Ginny soupira. Quelque chose l'avait poussée à entrer dans la boutique. Attirée comme un aimant par le magasin, elle était entrée sans réfléchir et s'était noyée dans une marée d'inconnus. Bousculée de tous les côtés, elle peinait à retrouver la sortie et se faisait entrainer vers le côté opposé. Elle lutta à coup de coudes bien placés, mais elle se retrouva tout de même refoulée au fond d'un rayon où étaient exposés des livres pour enfant. Alors qu'elle s'apprêtait à replonger dans la masse, on vint attraper son bras pour la tirer en arrière. Son cri surpris fut étouffé par le brouhaha incessant tandis qu'elle fut arrachée de force à la foule et mise à l'écart. Elle pivota et releva la tête. Ses yeux s'agrandirent.

Tom lui adressa un rictus moqueur tout en déposant son index contre les lèvres de la sorcière, l'intimant au silence. Ginny se contenta d'hocher la tête pour lui faire comprendre qu'elle coopérait. Il l'attrapa par la taille et la guida sans explications vers le rayon parallèle, totalement vide, autant en ouvrages qu'en visiteurs. Le mage s'écarta d'elle et s'expliqua :

- Il vaut mieux nous montrer discrets. Malgré le bruit, on n'est jamais trop prudent.

Ginny acquiesça et continua à le fixer d'un air étonné. Tom ricana :

- Ne fais pas comme si tu étais surprise. Tu n'es pas venue pour me voir ?

Instantanément, la rouquine se braqua.

- Pourquoi ? N'avais-tu pas l'intention de me laisser plus de temps ?

- Pourquoi reporter, alors que tu as déjà décidé ?

Ginny se mordit la lèvre, anxieuse. Elle nia :

- Tu te trompes. Il me reste une dernière chose avant de pouvoir le faire.

Il fronça ses sourcils, perplexe. Il semblait presque nerveux. Sans doute était-ce parce qu'il ne pouvait plus, contrairement à auparavant, deviner ses pensées. Il demanda d'une voix blanche :

- De quoi s'agit-il ?

La sorcière sentit sa gorge se serrer.

- Une petite question, toute simple. Tu dois simplement me répondre la vérité.

Tom sourit.

- J'avoue que je suis intrigué.

Il l'incita d'un geste de la main à se prononcer. Ginny sentit son cœur battre violemment. Elle commença à jouer avec ses mains pour les empêcher de trembler. En toute franchise, elle appréhendait la réponse. Dans un cas comme dans l'autre, elle ne savait pas trop de quelle manière réagir. Le sorcier insista :

- Je t'écoute.

Ginny leva vers lui un regard plein d'espoir et débita d'une traite :

- Est-ce que tu m'utilises pour faire du mal à Harry ?

Elle ouvrit sa bouche pour inspirer à fond. Elle l'avait dit, les dés étaient jetés. Elle n'avait plus qu'à attendre le retour et, dans le pire des cas, encaisser. La possibilité qu'il lui mente n'était pas non plus écartée, elle devait rester vigilante…

Alors que Ginny cogitait à toute vitesse, le visage de Tom s'était métamorphosé. Le regard du sorcier s'était illuminé, non à la façon de ceux qui ressentent une profonde satisfaction, mais plutôt de ceux qui entrent dans une colère noire et brulent les alentours de leurs iris embrasés. Ses lèvres tremblaient, non pour retenir un sanglot mais pour contenir une rage débordante. Ginny recula, les bras levés.

- Je… je suis désolée. Ne… t'énerve pas. Je voulais juste savoir.

Le sorcier ne l'écouta pas et darda sur elle un regard venimeux. Sa voix claqua comme un fouet :

- Harry Potter. Encore et toujours, ce satané Potter. Qu'a ce garçon de si particulier, dis-moi ? Cela ne t'avait pas suffit de me prôner ton affection pour lui il y a des années de cela, tu oses le mentionner aujourd'hui ? De toutes les fois où nous avons conversé, tu l'inclues maintenant dans la discussion ? Tu es censée me faire part de ton choix, pas me parler de ce petit vaurien !

Ginny bredouilla :

- Pourquoi est-ce que tu te mets dans cet état ? J'ai le droit de savoir !

La voix de Jedusor fut si forte que, malgré le bruit de fond, des gens passèrent la tête dans le rayon pour voir ce qu'il se passait.

- Potter n'a rien à voir avec tout ça ! Ce petit écervelé mériterait de finir au fond d'un gouffre, dévoré par une horde d'Acromentules. Il ne mérite pas que je perde d'avantage de mon temps avec lui. Il n'est pas une menace, il ne l'a jamais été d'ailleurs. Seule la chance a su le faire parvenir jusqu'ici et il n'est plus un Horcruxe. Un simple sortilège saura me débarrasser de lui si l'idée lui vient de me barrer la route.

Ginny ne sut que penser. Elle ajouta :

- N'as-tu donc plus aucune envie de le…

Il eut un sourire carnassier.

- …tuer ? Bien sur que si. Mais tant qu'il n'entrave pas mon chemin, j'ai d'autres choses à faire que de m'occuper de ce jeune ignorant.

Il haussa ses sourcils dans un geste explicite.

- Toi, en revanche… Tu es endettée. Quand vas-tu payer ?

Ginny détourna son regard, sa réponse sur le bout de la langue. Son cœur battait la chamade. Pourquoi était-ce si dur de clamer haut et fort ce qu'elle désirait ? Tom lui tendit sa main, l'air sérieux et déterminé.

- Mets fin à ton agonie. Laisse tes envies te guider, pour une fois. Tu seras… comblée.

Ginny hésita. Il souffla d'un ton charmeur :

- Je te le garantis.

La jeune femme ne put s'empêcher de rosir légèrement. Sa main était à sa portée, tendue devant elle. Elle n'avait qu'à lever la sienne de quelques centimètres. Une toute petite distance à parcourir et tout serait terminé. L'envie se fit pressante, presque dérangeante. Pourtant, Ginny continuait de se retenir.

Elle ne pouvait que se sentir mal à l'aise en voyant cet éclat victorieux qui résidait dans les yeux sombres du mage. Pourtant, au fond, elle partageait cette satisfaction. La satisfaction de voir enfin ses désirs se réaliser. Allait-elle regretter ? Probablement. Allait-elle en souffrir autant que lors de sa décision de cacher sa véritable identité ? Certainement pas.

Avec appréhension, Ginny finit par tendre sa main vers lui. Les yeux plissés, comme si elle se concentrait ardemment sur sa tache, la rouquine laissa le contact s'établir entre eux. Tom releva son menton et l'observa du coin de l'œil, un rictus suffisant sur ses lèvres.

- Il était temps. Je commençais à m'impatienter.

Elle releva timidement la tête et lui sourit avec une certaine hésitation.

- Tu ne me le feras pas regretter, n'est-ce pas ?

Le mage resserra ses doigts autour des siens et l'attira vers lui d'un geste rapide. Elle battit des paupières pour s'habituer à ce champ de vision rapproché. Une aura dangereuse et fascinante entourait le Seigneur des Ténèbres, palpable et omniprésente.

- Bien au contraire. Bienvenue dans mon monde, Ginevra Weasley.