— Les filles ? lança Mme Duval depuis la cuisine, où elle s'affairait à préparer à manger.

— Qui veut-elle que ce soit d'autre ? grommela Alex.

Juliette haussa les épaules et répondit à leur mère. Sa sœur roula des yeux comme si elle estimait que son aînée jouait les fayottes, mais n'exprima pas son opinion à voix haute. Elle envoya un texto à Nina pour savoir si elle était bien rentrée et rejoignit sa mère dans la cuisine.

M. Duval héla Juliette au moment où elle examinait discrètement un placard pour y trouver un paquet de gâteaux. Croyant que son père allait la réprimander pour fouiller dans les meubles et grignoter entre les repas, la jeune fille referma rapidement la porte qu'elle avait ouverte. Mais c'était pour un autre sujet que pour sa gourmandise que le chef de famille lui adressait la parole :

— Ta voiture est prête. J'ai eu un appel du garage, ce matin. Tu veux que je te dépose pour aller la récupérer ?

Juliette écarquilla les yeux, soudain prise par l'angoisse. Elle aurait préféré se faire houspiller parce qu'elle mangeait avant le dîner. La jeune fille détestait conduire et tant qu'elle pouvait éviter de le faire, elle s'en portait bien. L'étudiante allait donc répondre qu'il n'y avait pas le feu au lac et qu'elle pouvait attendre avant d'aller récupérer son véhicule, mais sa mère intervint :

— C'est une excellente nouvelle. Il y a encore un peu de temps avant que le repas soit prêt, vous devriez y aller maintenant.

M. Duval se leva et Juliette ne trouva aucun argument à opposer à ses parents. Alex lui adressa un sourire compatissant et l'étudiante n'eut d'autres choix que de suivre son père. Elle traîna des pieds jusqu'à sa voiture et s'installa sur le siège passager, la mine déconfite.

— Tu dois être soulagée de la récupérer aussi vite, lui lança son père tout en démarrant son véhicule.

— Tu n'imagines même pas à quel point … soupira la jeune fille en retenant une grimace.

### - ###

Nina était vautrée sur son lit, sa tablette tactile sur les genoux. Elle faisait défiler les pages à l'aide de son doigt, s'amusant à découvrir les applications que contenait la machine. L'adolescente ne possédait pas ce genre d'objet dans la vraie vie et l'ordinateur portable qu'elle avait aurait été en meilleur état s'il avait fait la guerre. Alors, avoir une tablette tactile dernier cri était un luxe auquel elle n'était pas habituée.

Alors qu'elle était en train d'ouvrir internet, une fenêtre s'ouvrit brusquement et une sonnerie retentit, la faisant sursauter. C'était sa messagerie instantanée qui se manifestait, car quelqu'un essayait de l'appeler. Et quand Nina lut le nom de la personne qui cherchait à la contacter, elle manqua la crise cardiaque. « Stiles ».

La jeune fille se redressa vivement, jeta un coup d'œil à son reflet dans la vitre à côté d'elle, se passa la main dans les cheveux pour se recoiffer, grimaça en réalisant que le résultat était encore pire, lissa prestement ses mèches rebelles, remit son T-shirt en place, s'installa en tailleur avant d'étendre de nouveaux les jambes devant elle et décrocha enfin.

Le cœur battant, elle fixa un instant l'écran de sa tablette, cherchant le visage de Stiles. Mais elle ne voyait que sa chaise de bureau, le sol de sa chambre et un bout de son lit. Perplexe, la jeune fille se hasarda quand même à appeler son camarade de classe :

— Euh … Salut ? Y a quelqu'un ? … Houhou ?

La déception remplaçait peu à peu l'excitation et la surprise qui avait envahi Nina. Comment avait-elle pu croire que l'adolescent aurait envie de l'appeler ? Il devait s'agir d'un bogue ou d'une fausse manipulation … Pourquoi le fils du shérif aurait-il besoin de la joindre ? C'était vraiment ridicule d'avoir cru qu'il pourrait la solliciter.

Elle s'apprêtait à raccrocher, se consolant en se disant qu'au moins, le garçon avait son adresse de messagerie instantanée, lorsque Stiles apparut soudain devant son écran, les sourcils froncés et les yeux plissés.

— Hé … Y a quelqu'un ? demanda-t-il d'un ton hésitant.

Nina voulut raccrocher, soudain trop stressée pour parler, mais elle se rendit compte que l'adolescent devait déjà l'avoir vue et qu'il ne servait à rien de se cacher. Surtout que c'était lui qui l'avait appelé en premier, alors bug ou pas, elle n'avait rien à se reprocher. Prenant sur elle, elle balbutia d'une petite voix :

— Euh … Oui, oui, c'est moi, euh … Nina. Tu … Tu m'as appelé, je crois, et .. Et, bin, j'ai décroché, parce que … C'est ce que font les gens polis dans ces cas-là, héhé. Donc j'ai décroché parce que je me disais que t'avais p'tet un truc à me dire, donc … Voilà, mais … Mais en fait, bin … T'étais pas devant l'écran …

Stiles s'esclaffa :

— Ah ouais, c'est normal, je parlais avec mon père. Il devait m'emmener au garage pour que j'aille récupérer ma Jeep. Je ne sais pas pourquoi mon logiciel t'a appelé. J'avais peut-être laissé la souris sur ton nom et ça a cliqué tout seul ?

— Haha, ouais, ça doit être ça ! ricana Nina, sans pouvoir s'empêcher d'être légèrement déçue.

— Bin, du coup, ça tombe bien, parce qu'on va pouvoir parler de notre travail de chimie ! suggéra le fils du shérif, avec une moue qui disait clairement qu'il n'avait pas du tout envie de discuter de ses devoirs.

L'adolescente hocha la tête avant de grimacer :

— Ouais, enfin … Je …

— Oh, t'es occupée ? devina Stiles.

Nina cligna des cils avant de déclarer lentement :

— Pas trop, non … Mais t'allais récupérer ta voiture … Et en fait, mon père va probablement bientôt m'appeler pour que … Que j'aille faire à manger, alors …

— Ah, je comprends, fit le garçon en faisant un grand sourire qui fit battre le cœur de la jeune fille à la chamade. Pas de souci, t'inquiètes ! Mais faudrait qu'on en parle bientôt, parce qu'on doit le rendre dans pas très longtemps.

— Demain ? proposa Nina, la gorge nouée.

— Demain, on a match de crosse, expliqua Stiles. Mais après-demain, ce sera possible pour moi. Et toi ?

— Ok, je suis dispo.

Un air satisfait se peignit sur le visage de l'adolescent – sûrement parce qu'il était soulagé de ne pas avoir à se soucier de son devoir ce soir, mais l'adolescente préféra se dire que c'était leur prochain rendez-vous qui le mettait de bonne humeur.

— Ok. Cool. Bon, je te laisse ! On se voit demain au lycée ?

— A demain ! couina Nina.

Le fils du shérif lui fit un signe de la main avant de quitter la messagerie instantanée. La jeune fille reposa sa tablette à côté d'elle. Non seulement elle venait d'avoir une conversation à peu près normale avec Stiles, mais en plus, elle avait rendez vous avec lui dans deux jours. Et, encore plus important, il semblait trouver normal de se croiser le lendemain, comme s'ils se voyaient tous les jours. Bon, c'était plutôt logique, étant donné qu'ils partageaient plusieurs cours, mais cela voulait dire que le garçon savait qu'ils avaient des matières en commun.

Nina attrapa son téléphone portable. Il fallait absolument qu'elle raconte ça à Alex.

### - ###

M. Duval se gara devant le garage et sourit à sa fille aînée.

— Voilà. Tu n'as rien à payer, normalement. L'assurance prenait tout à son compte.

— Quelle chance ! marmonna Juliette en posant la main sur la poignée de la portière.

— Je te trouve bien cynique, ce soir, remarqua son père. Que t'arrive-t-il ? D'ordinaire, c'est ta sœur qui fait preuve d'ironie, pas toi. Aurais-je fait quelque chose de mal ? A moins que ce ne soit à cause d'Andrew ?

— Hein ? Euh … Non, non, bredouilla la jeune fille. C'est … Je repense juste à ma pauvre voiture, qui s'est fait crever les pneus alors qu'elle n'a rien demandé ! Ah, dans quel monde cruel vivons-nous ? Qui pourrait avoir envie de crever les pneus d'une voiture, hein ? Et surtout, dans quel intérêt ?

M. Duval secoua la tête, un sourire sur les lèvres.

— Tu me rappelles ta mère … s'amusa-t-il. D'ailleurs, je dois t'avouer qu'elle est bien contente qu'Alex et toi, vous vous entendiez bien, ces temps-ci.

L'étudiante plissa les yeux. Comment ça, elle s'entendait bien avec sa sœur « ces temps-ci » ? Elle avait toujours eu de bonnes relations avec sa cadette …

— Bon, allez, file chercher ta voiture, lança le père de famille. On t'attend pour dîner.

Juliette hocha la tête et sortit du véhicule de son père. Elle s'approcha du garage d'un pas lent et poussa la porte d'entrée, aussi motivée que si elle devait monter sur une potence pour se faire pendre. La jeune fille chercha des yeux le garagiste et tressauta en le voyant derrière son comptoir. Elle le reconnut aussitôt, même si elle ne le connaissait pas bien. Ses cheveux blonds, ses yeux bleu clair, cet air hautain … Ce ne pouvait être que Tucker.

Ses soupçons furent confirmés lorsque le client avec lequel le jeune homme était occupé se retourna. Juliette crut que la terre se mettait à tourner à toute vitesse autour d'elle. Matt quittait le garage, les yeux baissés sur sa veste pendant qu'il remettait son portefeuille dans sa poche. Un sac bandoulière rebondissait contre sa jambe pendant qu'il marchait et la jeune fille devina qu'il s'agissait de son appareil photo.

Son sang se glaça dans ses veines. Elle savait ce que le garçon faisait là. Il était venu au garage en prétextant faire une vidange, mais il était surtout venu voir si Tucker le reconnaissait, car c'était l'un des adolescents qui était présent lors de la fête organisée par M. Lahey pour la victoire de l'équipe de natation, le soir où Matt avait failli se noyer. Il l'avait ensuite pris en photo, pour que le kanima sache qui était sa prochaine victime. Et maintenant, il partait l'air de rien, après avoir payé, comme s'il ne se souciait pas du meurtre qu'il allait commettre.

Le garçon releva la tête et sembla surpris de la voir juste devant lui. Il lui adressa un signe de tête et fronça les sourcils en la voyant figée, le visage pâle :

— Ca va ? s'enquit-il.

— Euh … Ouais … murmura dans un souffle la jeune fille.

Matt haussa les épaules et sortit sans plus se préoccuper d'elle. Juliette déglutit et s'approcha du comptoir en ayant l'impression d'être plongée en plein cauchemar. Le jeune homme qui était face à elle était sur le point de mourir et elle ne pouvait rien faire pour lui sauver la vie, parce qu'elle avait promis à Alex et Nina de ne pas changer l'intrigue de la série, même pour sauver le photographe.

L'horreur glaçait l'étudiante, qui ne savait plus ce qu'elle devait faire. Devait-elle se tenir à sa promesse et ne pas se soucier de ce personnage, qui, après tout, ne faisait partie que d'un monde de fiction, ou devait-elle trahir sa parole pour tenter de lui sauver la vie ? Le souffle court, la jeune fille ne savait pas quelle décision prendre.

— C'est pour quoi ? aboya Tucker en la faisant sursauter.

Juliette se contenta de le fixer, toujours aussi horrifiée. Même s'il n'était pas très poli, il restait tout de même un être humain.

— Je … bégaya-t-elle.

— J'ai pas toute ma soirée, cracha le garagiste. J'ai encore du boulot sur cette caisse alors ce serait bien que vous me disiez ce que vous voulez rapidement.

Le jeune homme désigna du pouce la Jeep de Stiles, ce qui fit frissonner l'étudiante.

— Je … Ma voiture est ici, bredouilla-t-elle. Je viens la récupérer.

— Votre nom ? marmonna Tucker.

Juliette lui donna d'une petite voix les renseignements qu'il lui demandait. Le garagiste lui rendit ses clés et lui désigna d'un geste du menton la sortie.

— Votre véhicule est dans l'annexe.

Il s'éloigna sans lui souhaiter une bonne soirée et la jeune fille repartit en sens inverse, trébuchant légèrement au moment de sortir. Elle se sentait vide et désespérée. Que faire ? Laisser un homme, même désagréable, mourir ou lui sauver la vie ? C'était trop d'émotions d'un coup pour elle.

L'angoisse allait la submerger quand elle avisa Matt, qui ressortait de sa voiture, sa capuche rabattue sur la tête. Soudain, elle sut ce qu'elle allait faire. L'étudiante ne pouvait pas laisser Tucker mourir. Même s'il était peu amical et même si c'était un personnage de fiction. Peu importe que cela ait des conséquences sur l'intrigue future. De toute façon, le trio ne comptait pas s'éterniser à Beacon Hills. Alors, si elles pouvaient sauver des vies, elles ne devraient pas s'en priver.

Juliette inspira profondément et appela le photographe :

— Hé ! Matt !

Le garçon leva les yeux vers elle et s'arrêta, surpris.

— Oui ?

La jeune fille s'approcha de lui, sans savoir quoi lui dire.

— Je voulais te remercier pour … Pour m'avoir demandé si ça allait tout à l'heure.

C'était probablement la pire excuse du monde, mais ça avait le mérite de lui faire gagner un peu de temps.

— Oh, ce n'est rien, déclara le photographe. Tu étais toute blanche.

— C'est les odeurs d'essence et de cambouis et de … De voiture, mentit Juliette. Je ne les supporte pas bien.

Matt hocha la tête et l'étudiante ne sut quoi dire. Un ange passa et une voiture ralentit avant de se ranger près du trottoir. Une portière claqua et la jeune fille se retourna pour apercevoir Stiles qui entrait dans le garage.

— C'est le genre d'endroit que tu devrais éviter, si tu ne supportes pas ces odeurs, finit par faire remarquer le photographe.

— Ouais, enfin, là, j'avais pas trop le choix, soupira Juliette. Il fallait changer les pneus de ma voiture, quelqu'un les avait crevés.

— Ah, pas de chance.

— Non, pas vraiment.

La jeune fille cherchait quelque chose à dire pour poursuivre la conversation mais son esprit était totalement vide. La seule chose à laquelle elle était capable de penser était « Ne le tue pas ! ». Matt finit par enfoncer les mains dans ses poches et pencher la tête sur le côté.

— Bon, je vais y aller. Faut que je retourne à l'intérieur, j'ai oublié quelque chose. A une prochaine fois.

Le garçon la contourna pour retourner dans le garage et Juliette se retourna vivement, le cœur battant à tout rompre à cause de l'urgence.

— Matt ! N'y va pas. Ca ne sert à rien …

— De quoi ? s'étonna le photographe, surpris.

— Ne fais pas ça … souffla l'étudiante, lâchant les premières pensées qui lui venaient à l'esprit. Tu vas le regretter. La violence est le dernier refuge de l'incompétence. Et … La vengeance ne te permettra pas de te … De te …

L'aînée Duval ne savait pas comment finir sa phrase. L'adolescent l'observa les sourcils froncés, un air de totale incompréhension sur le visage.

— C'est une réplique de film ? finit-il par demander au bout d'un moment.

Juliette fut incapable de lui répondre et Matt grommela :

— Ta sœur a raison, t'es un peu bizarre.

Il se détourna et la jeune fille resta sur place, sans savoir quoi ajouter, le cœur battant à tout rompre contre ses côtes. Juste avant d'entrer dans l'établissement, le photographe lui lança :

— Si jamais tu sors ce soir pour aller faire un footing, habille-toi chaudement. Il va faire plutôt froid !

La jeune fille n'eut pas la force d'esquisser un sourire ou même de se sentir vexée par le sous-entendu. Elle était complètement anéantie. Malgré son intervention, Matt retournait dans le garage pour vérifier que Tucker était désormais hors d'état de nuire. L'étudiante ignorait ce qui lui faisait le plus de mal : qu'elle n'ait pas réussi à sauver le garagiste ou qu'elle ait échoué à raisonner son personnage préféré ?

### - ###

Le repas sembla bien long à Juliette. Sa rencontre avec Matt lui avait coupé l'appétit et elle avait du mal à finir son assiette, même si elle s'était servi une toute petite quantité de nourriture. La jeune fille avait mis un long moment avant de réussir à tourner les talons pour rentrer dans l'annexe du garage et récupérer sa voiture. C'était avec des gestes machinaux qu'elle avait démarré son véhicule et était rentrée chez elle. Elle qui détestait conduire ne s'était même pas rendu compte de ce qu'elle faisait.

Quand elle était arrivée dans la cuisine, elle n'avait pas eu le temps de parler à sa sœur de ce qu'elle avait vécu. Il était déjà l'heure de manger et sa mère insistait pour qu'elles passent à table tout de suite. Juliette avait donc dû s'asseoir avec le reste de sa famille, se morfondant et déprimant tout en faisant attention à ce que cela ne se remarque pas trop, afin d'éviter les questions de ses parents.

La jeune fille était si perturbée qu'elle ne remarqua pas qu'Alex était elle-même plutôt impatiente. Elle n'arrêtait pas de bouger sur sa chaise et de tapoter la table d'un air impatient. Elle avait avalé en quelques fourchettes le contenu de son assiette, ce qui était plutôt étonnant la connaissant, et fixait celle de sa sœur, claquant de la langue pour l'inciter à aller plus vite.

Lorsqu'enfin, Juliette se leva pour débarrasser sa place, l'adolescente bondit à sa suite. Elle lui attrapa le bras et l'entraîna jusqu'au salon.

— Il faut que tu m'emmènes voir Allison, décréta-t-elle à voix basse.

— Hein ? Maintenant ? demanda la plus âgée du trio, qui ne comptait pas vraiment reprendre sa voiture de si tôt.

— Oui, maintenant. C'est hyper urgent.

Juliette resta un instant interdite avant de hocher la tête. Quelque chose dans l'attitude de sa cadette lui faisait comprendre qu'elle avait de bonnes raisons de lui demander ce genre de service.

— D'accord, on y va.

Les deux filles se dirigèrent vers l'entrée quand elles furent stoppées par leur mère :

— Où allez-vous ?

— On va juste prendre un peu l'air, faire un petit tour pour … Pour fêter le retour de ma voiture, mentit Juliette.

— Toutes les deux ? s'étonna la femme.

— Euh … Oui, confirma l'aînée Duval.

Mme Duval sembla toujours aussi surprise mais ne leur interdit pas de sortir.

— Ne rentrez pas trop tard. Tu dois aller au lycée demain, Alex.

Les sœurs hochèrent la tête avant de s'éclipser. Elles grimpèrent dans la Volkswagen de Juliette et s'engagèrent sur la route, en direction de chez Allison.

— Prends à droite, lança la cadette Duval.

— Comment tu sais qu'il faut aller par là ? s'enquit Juliette.

L'adolescente ne lui répondit pas et l'étudiante haussa les épaules avant de tourner. Sa conduite était un peu plus maladroite qu'en revenant du garage et elle ne se sentait pas très à l'aise.

— Tu sais … J'ai vu Matt, déclara-t-elle après un instant de silence.

— On en parle après. Prends la deuxième à gauche, ordonna Alex.

Juliette fit la moue, vexée que sa sœur ne veuille pas écouter ce qui la tracassait.

— Et qu'est-ce qu'il y a de si important chez Allison pour que tu veuilles que je t'y emmène maintenant ?

La jeune fille ne répondit pas. Un pli soucieux barrait son front et elle fixait la route d'un air absent. Son aînée leva les yeux au ciel avant de ralentir pour s'arrêter à un stop.

— Super, garde tes secrets pour toi. Moi, je ne suis que ton chauffeur. Je n'ai pas besoin de connaître les détails des intentions qui te motivent …

En voulant redémarrer, Juliette cala. Elle poussa un juron et s'attira un regard impatient de la part de sa sœur. Heureusement, Alex ne lui fit aucune réflexion car cette fois-ci, l'étudiante n'était pas sûre qu'elle aurait supporté de recevoir une critique. Le reste du trajet se déroula dans le calme le plus complet.

— Gare toi là, finit par dire la cadette Duval.

— Comme madame voudra, grommela Juliette.

Alex descendit de la voiture sans rien dire et se mit à trottiner sur le trottoir. Sa sœur la suivit des yeux, l'air renfrogné. La jeune fille se rapprocha de deux silhouettes qui discutaient devant une belle maison. Il s'agissait de Gérard et Allison.

— Tu vas être dans une position où tu mettras en doute la confiance que tu as envers les personnes qui te sont proches, même tes amis les plus chers, avertit le vieil homme. Et quand ça arrivera, tu sauras que les seuls qui ne te décevront jamais sont les membres de ta famille. Je peux avoir confiance en toi, Allison ?

La chasseuse allait répondre lorsqu'elle avisa Alex qui arrivait dans sa direction. Elle fronça les sourcils et son grand père se retourna. La cadette Duval se sentit frissonner lorsqu'il posa son regard sur elle mais elle se força à afficher un sourire sur ses lèvres.

— Salut, salut ! Bonsoir, monsieur le principal. Je passais dans le coin avec ma sœur et je t'ai vu, Ally, alors je me suis dit qu'il fallait que je te parle du devoir de chimie sur lequel on travaille.

— Oh, d'accord, fit la jeune Argent avant de glisser un regard vers Gérard.

— On poursuivra cette discussion une autre fois, annonça le vieil homme en lui souriant gentiment. Bonne soirée, mademoiselle Duval.

Alex lui adressa un signe de tête et le regarda s'éloigner vers le domicile de son fils.

— Ca ne te dit pas qu'on parle de ce devoir demain, plutôt ? proposa la chasseuse. J'avoue que ce soir, je n'ai pas trop la tête à parler de chimie.

— D'accord. On en reparle demain. On aura les idées plus claires, approuva son amie.

Juste avant qu'Allison ne remonte dans sa voiture, la cadette Duval lui posa la main sur le bras et chuchota :

— Tu sais … Ne crois pas tout ce qu'on te dit. Il y a des gens en qui tu peux avoir confiance et qui ne te demanderont jamais de preuve de ta loyauté. La famille n'est pas tout ce qu'on a. En cas de doute, écoute ton cœur. Il saura mieux te guider que ta tête.

La chasseuse lui lança un regard perplexe et Alex s'ébroua. Elle cligna des yeux et sembla enfin réaliser où elle était et ce qu'elle venait de dire.

— Enfin, je dis ça, je dis rien ! Bon, il se fait tard, alors je vais rentrer chez moi. A demain.

La jeune fille tourna les talons presque sans écouter Allison qui la saluait et retourna vers le véhicule de sa sœur. Juliette l'observa s'installer sur le siège passer avec un air étonné.

— Alors ? finit-elle par demander.

Sa cadette fit la moue.

— Alors, je crois que je suis atteinte de la même maladie que Nina et toi.

— La même maladie ? releva l'étudiante.

Alex soupira.

— Celle qui te pousse à te balader dehors en pleine nuit pour rencontrer Matt, qui amène Nina à se rendre à l'hôpital pour suivre Erica et qui me conduit à dire à Allison de ne pas écouter ce que va lui dire Gérard.

Juliette se passa une main sur le visage. Alex venait elle aussi de faire l'expérience de cette force étrange qui les faisait interagir bizarrement avec certains personnages. Le mystère s'épaississait encore plus. Vivement qu'elles puissent rencontrer Deaton pour obtenir des réponses. En espérant que le vétérinaire soit en mesure de les éclairer un peu …