Disclaimer : Rien ne m'appartient, ni Harry Potter, ni Hannibal (série), tout est à JK Rowling, Thomas Harris et Bryan Fuller.

Bêta-Reader : Chipuliara !

/ ! \ AVERTISSEMENTS / ! \ : Je vous invite à aller les lire dans le prologue (parce que mine de rien, ça prend de la place ! xD) C'est cependant important de savoir dans quoi vous vous lancer ! Merci :)

RAR :

Magnolita : Vouiii ! Hannibal et Will sont mal barrés, n'est-ce pas ? Hmmm… Je pense pas que tu puisses avoir un petit bout de Lucius, faut penser à Draco un petit peu ! xD Joyeuses Pâques aussi (en retard !) et merci pour ta review. A bientôt et bonne lecture :)

Guest : Coucou ! Mais non, ce n'était pas une review postée si tard, ça aurait pu être bien pire ! x) Oui, Hannibal et Will veulent revoir Harry, et rattraper les choses, tu verras ce qu'ils préparent ! C'est pas con ça… Demander à Harry de tuer Harris et être avec Jack ou Alana pour l'alibi, vraiment pas con ! x) Merci pour ta review, j'espère que la suite te plaira. A bientôt et bonne lecture :) PS : serais-tu stormtrooper2, j'ai cru te reconnaître mais comme tu as posté ton commentaire en Guest, je n'en suis pas sûre… xD

Artemis : Salut ! Oui, Hannibal et Will veulent se faire pardonner, maintenant à savoir comment ils vont s'y prendre ;) Sinon, tu n'es pas la première à me faire cette remarque alors je pense que je n'ai pas très bien expliqué mais dans les précédents chapitres je l'expliquais : Bellatrix a déjà été arrêtée, en fait... Tu verras ce qu'elle est advenue un peu plus tard dans l'histoire ! Sinon, niveau torture, tu peux me croire, on monte d'un cran dans ce chapitre ! En tout cas, merci pour ta review, bonne lecture :)

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Merci pour vos reviews, vos favoris et vos follows

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Chapitre 11

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Pays de Galles, 15h26

Trevlach, petit village totalement magique situé dans le comté du Monmouthshire, regroupait normalement une dizaine de familles sorcières. Draco y était déjà allé avec sa mère. Il n'était alors qu'un petit garçon d'à peine sept ans mais il se souvenait encore des rues remplies de rires d'enfants. A l'époque, il avait tellement été jaloux d'eux et de leur bonheur – lui dont son père semblait oublier sa présence et qui était élevé pour devenir le parfait héritier de la fortune Malfoy – qu'il avait refusé d'adresser la parole à sa mère pendant deux jours entiers. Il l'avait détestée de lui mettre sous le nez la joie qu'on se refusait à lui donner. Deux ans plus tard, il était revenu, seul, grâce à un portoloin confectionné par sa mère et il avait compris qu'elle n'avait pas voulu le faire souffrir mais plutôt à lui accorder pendant une journée le droit d'être un enfant comme les autres.

Aujourd'hui, Trevlach ne ressemblait plus à ce village paisible, plein de vie et qui irradiait de bonheur simple à des dizaines de kilomètres. C'était triste, vide. Hors du temps. Il n'y avait personne dans les rues – aucun enfant, aucun animal de compagnie. Toutes les petites boutiques artisanales avaient été barricadées et quelques volets en bois pendaient lamentablement au bord des fenêtres des maisons. Il n'y avait aucune trace de vie, aucun indice qui permettrait de savoir que Trevlach avait été, autrefois, un village où il faisait bon vivre.

Un vent froid s'engouffra dans les ruelles et Draco frissonna. Tous pouvaient sentir que le silence qui les entourait était synonyme de mort. Quelque chose n'allait pas, quelque chose de mal. Draco savait exactement ce qui provoquait cela mais il se força à paraître anxieux comme la plupart de ses camarades. Elle lui jeta un coup d'œil, hocha la tête et lui attrapa brièvement la main. Elle pressa ses doigts froids dans la chaleur relative des siens, l'air sortant de sa bouche à intervalle régulier formant un nuage blanc devant son visage. Elle déglutit, hocha une autre fois la tête et Draco serra un peu plus fort ses doigts. Tout se passerait bien. Tout ne pouvait que bien se passer.

- Ce n'est pas normal, chuchota Amélia Bones.

Elle était le chef de leur groupe de résistants et ses décisions étaient souvent sages et réfléchies. Draco aurait été fier d'être sous ses ordres si son cœur ne se trouvait pas dans l'autre camp. Il ne comprenait toujours pas pourquoi la résistance s'était créée, même après tout ce temps passé à les côtoyer, mais au moins ils savaient – qui qu'étaient les organisateurs de cette stupide rébellion – choisir leurs chefs de groupes. L'impartialité de l'ancienne membre du Magenmagot leur avait permis – à Pansy et à lui – d'intégrer sans problème leur groupe. Draco ne remercierait jamais assez cette charmante Amélia pour cela.

- Levez vos baguettes, tenez-vous prêts, ordonna l'ancien Auror Williamson.

L'ensemble de leur groupe sortit leurs baguettes magiques en silence et Draco vit chacun d'eux se regrouper par deux. Pansy se rapprocha de lui, colla presque son épaule à la sienne et il lui sourit doucement, assez discrètement pour que personne ne les voie. De son point vue, c'était une stratégie futile. Ils formaient un seul et même groupe mais chacun avait un partenaire attitré qui serait le seul à se préoccuper de lui si une importante bataille éclatait. Harry les aurait fait se séparer par binôme pour qu'ils ne soient pas une cible trop simple à attraper.

Draco eut un petit sourire intérieur en pensant à son ami. Depuis sa septième année, l'ancien Gryffondor était devenu un fin stratège, beaucoup aidé par Ronald. Mais Harry savait ce qu'il devait faire – et ce qu'il devait ordonner – pour qu'il n'y ait qu'un minimum de perte humaine. La formation qu'adoptaient les rebelles ne leur apporterait rien de bon. Ils auraient été plus compliqués à attaquer s'ils s'étaient tous séparer.

- En avant, ordonna Williamson avec un signe de la main.

L'ex-Auror et Bones s'avancèrent en premier, tel les éclaireurs qu'ils n'étaient pas et tout le groupe les suivit à pas lent, les yeux balayant les alentours. Draco soupira de dépit quand il vit le chemin qu'empruntaient les deux meneurs. Quel genre de leader faisait passer son groupe par l'allée principale ? Sérieusement… Draco aurait pu leur apprendre quelques petites choses qui leur auraient permis de survivre un peu plus dans ce monde gouverné par son ami mais c'était trop tard maintenant. Pourquoi essayer d'instruire l'art de la guerre des cadavres ambulants ?

- Dans combien de temps ? chuchota Pansy en regardant à droite, l'air concentré.

Draco jeta un coup d'œil au bout de l'allée centrale où se dressait un grand bâtiment. Autrefois, il avait été magnifique, avec des fleurs accrochées aux différents balcons. Maintenant, dans ce paysage dévasté, il semblait austère. Sur la façade, une horloge géante marchait encore, étrangement.

- Une minute.

Elle serra sa main et Draco sut qu'elle était aussi excitée que lui, si c'était possible. Parce qu'aujourd'hui, ils allaient enfin rentrer à la maison, cette maison qu'ils avaient quittée depuis trop longtemps. Ce foyer qui leur promettait chaleur, protection et calme. Draco n'en pouvait plus de parcourir le pays de long en large – encore aurait-il réussi à rassembler assez d'informations pour trouver son père, mais ce n'était pas le cas et plus le temps passait, moins il gardait l'espoir de le retrouver un jour.

Ils continuèrent à avancer, la neige crissant sous leurs pas. Tout était calme autour d'eux, trop calme peut-être pour être tout à fait normal. Draco jeta un coup d'œil à ses futurs-défunts-camarades. Leurs peaux étaient plus pâles que d'habitude et cela n'était pas dû au froid de cette fin de novembre. La peur se lisait dans leurs yeux vigilants, transpirait par chacun de leurs pores.

Ils avaient fait la moitié du chemin sur cette grande allée qui ne semblait pas avoir de fin, quand l'horloge sonna une fois. Le son des cloches résonna dans le village, bruit funeste qui réchauffa le cœur de Draco. Il pressa une dernière fois les doigts de Pansy avant de la lâcher. Le groupe se figea, comme si le son était une alerte. Draco faillit ricaner mais il se retint de toutes ses forces, ses doigts se refermant brusquement autour de sa baguette quand il entendit des dizaines transplanages.

Enfin.

- Mes amis, s'éleva une voix qui le fit doucement sursauter.

Draco leva la tête et le coin de ses lèvres se relevèrent dans un semblant de sourire. Harry Potter était ici, entouré par son fidèle Cercle dont les membres conservaient un visage fermé, presque sévère, à l'opposé du visage du mage noir fendu d'un sourire éclatant. Jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, Draco remarqua que d'autres Fidèles bloquaient la rue, empêchant toute retraite possible. Aucun n'avait dégainé sa baguette, certains de sortir indemnes de cet intermède.

Reportant son attention sur Harry, Draco ne put que secouer la tête de dépit. Entouré comme il l'était, le jeune homme paraissait bien petit mais il se dégageait de lui un pouvoir incroyable. Si incroyable que Draco – s'il n'avait pas eu l'éducation stricte qu'il avait reçue – serait tombé à genoux pour embrasser ses pieds. Mais il était un Malfoy alors il se contenta de lever un sourcil quand les yeux verts, pleins de malice, se tournèrent vers lui.

Pourtant, il n'avait qu'une envie : traverser ce groupe de misérables et venir se poster devant son maître pour lui embrasser délicatement la joue. Harry lui avait tellement manqué. Sa sureté lui avait manqué aussi, ainsi que l'aura de plein pouvoir qu'il laissait toujours planer autour de lui. Harry était devenu le pilier sur lequel il pouvait se permettre de s'appuyer, il avait été sa lumière dans la noirceur de la guerre, celle qui lui avait éclairé la voie à prendre.

Harry Potter était devenu le petit frère qu'il avait toujours voulu avoir, un compagnon qui comprenait sa solitude et son enfance morne – lui qui avait été maltraité par ses connards de moldus. Il l'avait cru, il l'avait pardonné, il l'avait accepté. Harry avait été bon avec lui. Il lui avait offert une nouvelle vie, plus douce et paradoxalement plus sombre que l'ancienne. Une dans laquelle il se sentait bien, vivant et puissant. Ils étaient les maîtres de ce monde qu'Harry avait formé, ils avaient les pleins pouvoirs et c'était grisant, par moment.

Parfois Draco se demandait comment ça se serait passé si la guerre avait fait moins de victimes – si Granger avait encore été en vie. Harry et Ronald ne seraient sûrement pas tombés dans la douce folie qui leur avait permis de survivre dans ce moment de douleur. Ils auraient été choqués, peut-être même auraient-ils été catatoniques pendant un temps mais ils auraient continué à vivre, les démons des combats revenant les hanter sous la protection de la nuit. Draco frissonna. Harry aurait pu tomber dans une dépression sans nom après avoir perdu tant de personnes qu'il aimait, il aurait même pu ne pas y survivre.

Lui-même aurait été perdu dans ce monde trop grand pour lui. Il n'aurait pas su quoi faire alors que sa mère était morte par sa faute et que son père se cachait pour ne pas finir sa misérable vie à Azkaban – ou pire, pour ne pas subir le baiser du détraqueur. Il aurait erré dans le Manoir – trop silencieux, trop vide pour sa santé mentale. Il aurait trouvé des amants, des maîtresses pour essayer de réchauffer son corps inlassablement glacé par les horreurs qu'il avait traversées mais ça n'aurait pas marché et il aurait tenté encore et encore de se perdre dans des bras anonymes. Jusqu'à ne plus tenir, parce que les pertes de la guerre avaient été énormes, les horreurs avaient été traumatisantes, la peur avait été constante et que la culpabilité restait ancrée dans le corps comme un réflexe pavlovien.

- C'est Harry Potter, murmura une petite voix derrière lui.

Draco ne regarda même pas vers John, jeune adolescent de quatorze ans dont c'était la première mission avec les résistants. Il n'avait jamais rencontré le mage noir avant aujourd'hui, il ne savait de lui que ce que les autres lui avaient raconté et il avait sans doute vu une ancienne photo d'une Gazette qui trainait dans le QG. Il sentit que le binôme de John se rapprochait de lui comme pour le défendre si jamais Potter l'avait entendu.

Pansy, à ses côtés, émit un bruit de gorge de dédain. Draco leva les yeux au ciel.

- Harry Potter, dit Bones en se rapprochant d'un pas, que voulez-vous ?

Elle semblait vouloir faire diversion pour détourner le sorcier surpuissant de son groupe. Brave femme. Mais c'était totalement vain parce que Harry savait ce qu'il voulait et qu'il ne se laisserait pas berner par une tentative si peu Serpentarde – trop Gryffondor. Ce qu'il voulait c'était eux, Pansy et lui, de son côté, où se trouvait leur véritable place – et tous ceux qui les accompagnaient méritaient de finir face contre terre, les yeux vides de vie tournés vers eux dans un dernier cri de rébellion.

- Ma chère Amélia Bones, sourit Harry écartant un peu les bras comme s'il voulait la prendre contre lui, comment se porte cette chère Susan ?

Amélia lui tournait le dos mais Draco était sûr que la sorcière avait drastiquement pâli à la mention de sa nièce.

- Oh, attendez… Elle est morte pendant la Bataille de Poudlard, suis-je bête !

Harry se frappa le front et secoua la tête, faussement désespéré. Il inclina ensuite le visage sur le côté, ses yeux fixés sur Bones. Sous son regard vert intense, Amélia fit un pas en arrière, la respiration courte. Williamson posa une main douce et réconfortante dans le bas de son dos.

- Hmm… réfléchit Harry sans détourner le regard une seconde. Elle est morte de la main de Greyback, n'est-ce pas ? Je me rappelle vaguement avoir vu son corps déchiqueté par les griffes de ce monstre. Est-ce que je me trompe ? demanda-t-il innocemment.

Voyant que Bones ne s'apprêtait pas à lui répondre, les yeux d'Harry brillèrent de pouvoir et sa magie vint s'enrouler autour de la pauvre femme. Draco les observa, impassible, remerciant mentalement son ami pour la douce caresse chaude qu'il avait ressenti sur son bras.

- Répondez-moi, Amélia, ordonna-t-il d'une voix douce.

Autour d'eux, tout semblait figé. Personne ne bougeait – que ce fut dans le camp des rebelles, ou dans le camp des Ténèbres. Paralysés pour les premiers, impassibles pour les derniers, tous semblaient redouter de ne serait-ce que respirer dans cet atmosphère tendu. Bones se racla la gorge, essayant vainement de reprendre contenance pour ne pas paraître vulnérable devant le mage noir le plus craint du Royaume-Unis.

- O-Oui, Susan est morte ce jour là. Greyback… Greyback l'a mordue avant de manger son… cadavre.

Derrière lui, John eut un hoquet d'horreur vite stoppé par son binôme qui plaqua violemment une main sur sa bouche. Harry fit un pas en avant, son pied foulant le sol enneigé sans bruit. Draco l'observa se déplacer avec grâce et légèreté, ressemblant à un être irréel. Une créature semblable aux sirènes qui charmaient ses victimes grâce à leur voix et leur apparence magnifique mais qui finissaient par noyer les pauvres marins tombés dans leurs filets. Harry était une sirène terrestre : d'une apparence somme toute innocente, il apaisait les craintes de ses opposants en leur parlant doucement, en leur souriant avec tendresse et quand ils étaient assez en confiance, qu'ils retrouvaient l'espoir de survivre à cette confrontation, Harry les noyait sous son pouvoir – il les étouffait pour qu'ils s'étranglent sur leur propre stupidité.

- Hm… Une fin atroce, conclut Harry avec un faux air désolé sur le visage.

Et puis il sourit, toute comédie oubliée, et il tendit le bras vers l'arrière, la main tendue. Draco vit Fleur s'avancer prestement avec la grâce qui caractérisait si bien les jeunes filles de l'aristocratie, son visage épuré rayonnant d'une fierté propre aux vainqueurs. Elle eut un petit sourire adressé à son maître qui se transforma très vite en un rictus féroce, ressemblant de loin à l'apparence de harpie qu'arboraient les vélanes de sang-pur lorsqu'elles s'énervaient. Harry referma ses doigts sur la main pâle de la Française qui tourna à demi son visage vers lui pour lui sourire de nouveau avant de reporter son attention sur le groupe de rebelles.

Draco la trouva splendide dans son habit de cuir qui moulait son corps mince comme une seconde peau. Ses yeux mercures remontèrent le long de ses jambes finement musclées, qui faisaient baver chaque femme d'envie, puis passèrent sur sa poitrine serrée dans un corset noir dont elle appréciait se vêtir pour combattre – outrageant les gentilles petites ménagères sorcières qui la croisaient. La cape d'argent coulait le long de son dos, exhibée fièrement par la jeune demi-Vélane.

Draco aurait aimé porter la sienne. Son poids sur ses épaules lui manquait. Sa chaleur, sa douceur, sa symbolisation, tout ça lui manquait atrocement. C'était l'inconvénient d'être un espion : il était voué à ne jamais porter fièrement les couleurs de son maître – comme les Mangemorts avaient été condamnés à cacher leur marque des Ténèbres. Draco frotta son avant-bras gauche comme si ça le démangeait.

- Vous serez ravie d'apprendre, ma chère Amélia, que Greyback est mort.

Un silence de plomb suivit cette déclaration mais Draco ne l'entendit pas, son cœur battant violemment dans ses tempes. Il vacilla un instant lorsque la vérité le frappa de plein fouet. Son père était le dernier des Mangemorts encore en liberté – il se détesta un moment d'avoir échoué là où tous les autres avaient réussi. Ils avaient tous atteint leur objectif : retrouver ceux qui leur avait pourri la vie. Mais pas lui. Lui, il attendait encore le jour où Lucius Malfoy se tiendrait au bout de sa baguette, totalement à sa merci, suppliant pour qu'il l'épargne.

Harry claqua des doigts, une fois, et Draco reporta son attention sur lui. A côté de lui, un Aspirant qui ne devait pas avoir plus de douze ans s'avança jusqu'à sa hauteur. Il portait difficilement dans ses bras un bocal d'une hauteur d'une quarantaine de centimètre où un liquide vert ballotait sous ses mouvements précipités. Draco plissa les yeux pour distinguer l'intérieur et il écarquilla les yeux quand il comprit que la tête du loup-garou le plus sanguinaire de ces trois dernières décennies gisait dans le liquide, une expression d'horreur crispant ses traits figés dans la mort.

- Par Merlin, souffla Bones, plaquant sa main sur sa bouche.

- Merlin n'a rien à voir avec ça, répliqua Harry. Par contre, Fleur…

Draco reporta son attention sur la sorcière, remarquant dans son regard bleu toute la joie qu'elle ressentait d'avoir exterminé Greyback. Il fit glisser ses yeux sur son cou, appréciant la courbe gracile et la peau pâle qui palpitait rapidement sous les battements effrénés de son cœur. Le coup de coude de Pansy dans ses côtes le fit sursauter et il détourna son attention de Delacour.

- Ne voulez-vous pas remercier Fleur pour avoir vengé la mort de votre nièce ?

- La vengeance ne mène nulle part sauf à la folie et à la destruction, répliqua Bones d'une voix tremblante.

Le sourire joyeux d'Harry fondit comme neige au soleil. Draco resserra sa prise sur sa baguette, prêt à intervenir à tout moment – ou à simplement les protéger, lui et Pansy, si Harry perdait le contrôle de lui-même. Il lâcha la main de Fleur qui recula sur une dernière caresse sur l'avant-bras nu de Potter.

- La vengeance est ce qui permet à tout le monde de survivre sur cette Terre, Madame Bones. Nous la cherchons tous même si pour certains cela est inconscient. C'est l'unique raison qui nous pousse tous les jours à nous lever, cela et l'espoir. Mais l'espoir peut s'éteindre, se tarir alors que la vengeance reste et s'envenime. Ne me dites pas que vous n'avez jamais voulu venger la mort d'Edgar, votre grand frère, ou encore la mort de vos parents ou celle de Jacob, votre petit frère ? Je ne vous croirais pas. Nous sommes humains, nous avons ça dans le sang. Nous cherchons toutes sortes de justice dans ce monde et bien souvent, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Vous pensez que la vengeance ne mène qu'à la folie et à la destruction, je vous réponds que la vengeance est une sorte de baume qui apaise toute âme meurtrie. Elle est la réponse à tous nos tourments.

Hypnotisé par son ami, Draco ne pouvait que se repaître de la vue qu'il offrait, si sage et si puissant, dénué de toute forme de norme sociale. Il paraissait dans ce paysage dévasté tel un ange vengeur – beau, olympien, puissant, sans peur. Dans son simple pantalon de combat, torse nu, il semblait invincible.

- Dites-moi, madame Bones, quels sont les raisons pour lesquelles vous avez rejoint la résistance ?

- Nous…

Elle déglutit, échangea un regard avec Williamson et reprit, un ton bravache dans la voix :

- Nous sommes ici pour vous combattre, vous et vos idées tyranniques.

Le sourire d'Harry se reforma, vainqueur.

- Vous voulez vous venger de toutes les morts que j'ai causées. Vous voulez vous venger du monde que j'ai détruit pour reconstruire celui-ci. Vous êtes emplie de désir de justice, je le vois au fond de vos yeux, madame Bones. Et puisque ma propre justice ne joue pas en faveur de vos opinions, vous voulez faire justice vous-même, sous couvert de nobles raisons. Vous aussi, vous voulez vous venger.

Harry se rapprocha lentement, ses yeux verts flashy et hypnotiques ancrés dans ceux troublés de l'ancienne membre du Magenmagot. Il s'arrêta à quelques centimètres, à peine, pénétrant volontairement dans son espace personnel pour lui démontrer qu'il avait les pleins pouvoirs, ici ou ailleurs – qu'il était le grand mage noir Harry Potter.

- Vous n'êtes pas mieux que moi finalement, chuchota-t-il.

Les épaules d'Amélia se tendirent brusquement et Draco pouvait aisément imaginer les yeux écarquillés qui fixaient ceux d'Harry sans pouvoir se détourner. Le brun sourit une nouvelle fois, heureux d'avoir assis sa puissance, puis se détourna d'eux. Sans peur, il leur tourna le dos et Williamson fit mine de lever sa baguette quand tous les Fidèles levèrent la leur dans sa direction. Il pâlit, écarta les mains. Son morceau de bois tomba au sol et vint s'écraser dans la neige. Draco cacha un sourire sarcastique. Salazar, avait-il vraiment cru qu'il pourrait réussir là où tout le monde avait échoué avant lui ? Comme si ce misérable et pathétique ancien Auror avait le droit de tuer Harry de dos. Il aurait été raide mort avant d'avoir eu le temps de dire « Quidditch ».

- Pourquoi êtes vous ici ? demanda bravement Bones en relevant la tête.

Harry la regarda par-dessus son épaule dans un geste rempli d'innocence et de tendresse.

- Je suis venu pour Draco Malfoy et Pansy Parkinson, dit-il simplement comme s'il venait de répondre à une question stupide.

D'un même mouvement, tout le groupe de résistants se referma sur eux, voulant vraisemblablement les protéger de leurs corps. Pauvres naïfs. Pensaient-il réellement qu'ils faisaient le poids contre le sorcier qui avait défait Voldemort ? Harry était leur pire cauchemar, ils auraient dû partir en courant tant qu'ils le pouvaient encore.

Draco passa un bras protecteur autour des épaules de Pansy, parodie du grand frère qui souhaitait protéger sa sœur coûte que coûte. Elle lui attrapa la main, serra ses doigts et se mit à trembler. Draco savait que c'était l'excitation de savoir qu'ils rentreraient bientôt à la maison mais tous durent croire que c'était de peur parce qu'ils se rapprochèrent un peu plus d'eux tels des remparts inutiles face à l'ouragan devant eux.

- Il faudra nous tuer d'abord ! cria Katie Bell près de Justin Finch-Fletchley, son binôme.

Draco leva les yeux au ciel. Ce qu'ils pouvaient tous être stupides. Il espérait de tout son cœur qu'après les avoir côtoyés pendant des semaines, leur imbécillité ne l'avait pas contaminé parce que là, ils atteignaient quand même de sacrés sommets. N'avaient-ils pas compris qu'ils étaient tous des morts en sursis ? A la fin de cet intermède, quand Harry se serait assez diverti, ils ne seraient plus que des souvenirs pour le monde des vivants. Cependant, s'il avait pris la peine de s'attacher un peu à eux – pourquoi aurait-il fait une telle chose ? – il aurait été flatté qu'on veuille mourir pour les protéger. Il savait qu'il en valait la peine mais ces ignorants ne voyaient en lui qu'un ancien mangemort repenti, espion pour l'ancien Ordre et désirant rejoindre le prochain – peur eux, il ne valait pas plus que les autres.

Oooh d'accord. Il comprenait maintenant. Pour les rebelles, tout le monde avait le droit de vivre et on n'abandonnait pas un camarade résistant même si on ne l'aimait pas. Suivaient-ils des règles plus stupides que celle-ci ? Draco n'aurait pas risqué sa vie pour un Fidèle. Il l'aurait fait pour un membre du Cercle, justement parce qu'il en faisait partie et qu'il les aimait – c'était sa famille, ses amis. Et surtout parce qu'Harry aimait profondément son Cercle et qu'une perte briserait quelque chose à l'intérieur de lui. Il ne voulait pas qu'Harry soit blessé – physiquement ou émotionnellement.

- J'en ai bien l'intention, Katie, ne t'inquiète pas. Mais avant ça, je voudrais récupérer ce qui m'appartient.

Draco savait qu'il aurait dû protester, lui rappeler qu'un humain n'appartenait à personne, qu'ils n'étaient pas des objets. Mais étrangement, il aimait cette appartenance. Il aimait qu'Harry les considère comme siens, eux qui avaient toujours été rejetés – par leurs parents d'abord, par l'école ensuite. Il aimait qu'Harry montre à tous qu'ils les aimaient tellement qu'il les revendiquait. Avec n'importe qui d'autre, il aurait tiré sa baguette un Avada au bord des lèvres. Mais Harry… Harry était sien aussi alors tout allait bien.

Il se tourna vers eux, son regard s'adoucissant légèrement et sourit, une main tendue vers eux.

- Draco, Pansy, il est temps de revenir à la maison.

Draco se tourna vers la jeune femme qu'il serrait contre lui, remarqua les larmes qui lui montaient aux yeux sous le coup de l'émotion. Depuis combien de temps n'étaient-ils pas allés au Manoir ? Ils avaient quitté la demeure depuis bien trop longtemps, si on voulait son avis. Ils avaient passé la majorité des quatre dernières années à déambuler dans tout le Royaume-Unis à la recherche d'indices sur l'emplacement des différents mangemorts en liberté – et ils avaient réussi, en grande majorité. Le Cercle s'occupait ensuite de les appréhender alors qu'eux, les Oiseaux, repartaient dans une autre direction – nomade sans emplacement sédentarisé. Le manoir avait été trop dangereux pour leur couverture – les Fidèles ne devaient pas connaître leur identité : il devait rester le Colibri sans visage et sans âge.

Mais maintenant. Maintenant, Harry leur offrait la chance d'avoir un toit au-dessus la tête et de devenir de véritables membres du Cercle – menant des Raids, formant des Aspirants, dirigeant les Fidèles. Ils n'avaient plus à se cacher, à être ses Oiseaux – parce qu'il en avait encore suffisamment pour se permettre de garder son Colibri et son Rouge-gorge à l'intérieur. Draco espérait que Blaise et Théo auraient bientôt la chance de recevoir cette récompense à leur tour. Ils le méritaient et il avait hâte de les revoir, eux qu'il n'avait pas quittés pendant toutes ses années Poudlard.

Pansy enroula son bras autour de sa taille et ils commencèrent doucement à marcher vers Harry qui les attendait, le menton relevé, la fierté transpirant par tous ses pores à l'instar d'un père face à ses enfants prodiges. Tous les résistants froncèrent les sourcils, paralysés par la dure réalité – nous avons été trahis – et John attrapa adroitement le bras de Pansy pour l'empêcher d'avancer.

- Non, vous n'avez pas à faire ça, dit-il comme un enfant perdu.

Pansy ancra ses yeux dans les siens, plus sérieuse que jamais. Elle se pencha jusqu'à ce que ses lèvres effleurent le pavillon de son oreille et elle dit, ne cherchant même pas à chuchoter :

- Lâche-moi avant que je ne t'éventre.

John retira sa main comme s'il s'était brûlé et Draco lui sourit sadiquement en reprenant son cheminement vers leur ami et maître qui les attendait, la main toujours tendue vers eux. Puérilement, il prit plaisir à bousculer Finch-Fletchley qui hoqueta. Le chemin jusqu'à Harry se fit en à peine quatre secondes mais Draco avait l'impression qu'il leur fallut une éternité pour arriver près du mage noir.

- Mes amis, les salua-t-il alors qu'ils posaient chacun une de leur main sur celle toujours tendue du brun.

- Alors en plus d'être des Mangemorts, ils sont tous les deux à ta botte ! cria Justin, la rage le rendant aveugle au risque qu'il prenait à parler ainsi à Harry.

Ce dernier soupira, se lassant visiblement de cette confrontation. Draco appuya plus fortement le bout de ses doigts sur sa paume chaude pour essayer de le calmer, obtenant en réponse une douce caresse de sa magie qui s'enroula autour de lui.

- Ils n'ont jamais été des Mangemorts, dit-il, agacé.

- Pourtant, ils ont la marque sur le bras, rétorqua Amélia.

Harry les fit doucement pivoter pour qu'ils fassent face aux membres de la résistance. Il les pria d'une voix grave de dénuder leur avant-bras gauche, ce qu'ils s'empressèrent de faire. La Marque des Ténèbres détonnait sur leur peau pâle et ils tendirent les bras pour que tous puissent la voir.

- Vous pensez vraiment que je laisserai mes hommes porter la marque de quelqu'un d'autre ?

Il claqua une fois des doigts et l'encre noir s'évapora de leur peau tendre, laissant leur membre aussi vierge qu'un parchemin neuf. Draco regarda son bras, soulagé. Il avait détesté voir ce tatouage sur lui. Chaque jour, il se rappelait la sensation qu'il avait ressentie quand Voldemort l'avait ancré dans sa chair. Il l'avait beaucoup grattée, comme si son cerveau lui envoyait des signaux pour lui dire : « Oh, mec, Harry l'avait enlevée à la fin de la guerre, pourquoi elle est encore là ? Enlève-là. Vite. » Il n'avait rien pu faire à part la recouvrir le plus souvent possible par de grandes manches.

- Est-ce pour cela que vous les avez acceptés, Amélia ?

- En partie, souffla la femme clairement à bout de force. Nous savions tous que depuis quatre ans, vous avez lancé une chasse aux Mangemorts et qu'aucun d'eux ne recevaient de clémence de votre part. La marque était un signe pour savoir si nous avions à faire à des traîtres.

- Visiblement, nous aurions dû être plus attentif, souffla Williamson.

Harry garda le silence, son pouvoir grandissant autour de lui comme une bulle. Ses cheveux commencèrent à danser sous une brise perceptible de lui seul. Ses yeux se durcirent, flashant de pouvoir et il resserra sa main autour des leurs.

- Et vous osez me faire des grands discours sur la vengeance ? Vous acceptez des Mangemorts dans vos rangs ! Vous protégez ces êtres abominables alors qu'ils ont tué vos familles, vos amis. Est-ce que ce ne sont pas des hommes comme Amucys Carrow qui ont violé ta sœur, Katie ? Et des hommes de la même trempe que Lucius Malfoy qui ont égorgé ton neveu, Justin ? Avez-vous oublié tout le mal qu'ils vous ont fait ? Préférez-vous vous allier à ces êtres effroyables plutôt que d'être de mon côté ? Je vous ai tous sauvés de Voldemort, vous devriez m'en être reconnaissant. Vous devriez vous incliner devant ma puissance et implorer mon pardon !

Il cria ses derniers mots et serra les poings, les veines de ses avant-bras se démarquant sur sa peau claire. Une vague d'énergie sortit de lui et envoya tous ses opposants à terre, le souffle court. Draco remarqua vaguement que les Fidèles qui empêchaient toute retraite étaient eux aussi tombés à genoux sous le pouvoir d'Harry.

- J'apprendrai à chaque membre de votre résistance ce qu'il en coûte de s'en prendre à un dieu tel que moi. Je les traquerai, un par un, et les écraserai sans le moindre remord. Le monde entier comprendra qu'il devrait trembler devant moi.

- Quel-quelqu'un, balbutia Katie du sang perlant au coin de sa bouche tant la pression de la magie du mage noir était forte. Quelqu'un te tuera, Harry, comme tu as tué Voldemort.

Harry ricana, le son faisant frissonner la totalité des personnes présentes, sauf Ronald qui, impassible, regardait simplement son meilleur ami, un masque légèrement blasé sur le visage.

- Je suis le Maître de la Mort, chérie, personne ne peut me tuer.

Et comme pour renforcer ses propos, il laissa une seconde vague de magie pure sortir de son corps et les rebelles s'écroulèrent à ses pieds, le souffle difficile et des perles de sang giclant sur la neige immaculée. Aucun d'eux n'essaya de se relever et Harry se détourna d'eux. Draco inclina la tête devant lui et Harry lui releva le visage d'un doigt sous le menton. Le sourire qu'il lui accorda était d'une rare sincérité qui vrilla le cœur de Draco.

- Mon chat, susurra-t-il, son regard impénétrable semblant lire en lui. Cela fait trop longtemps que je n'ai pas eu le plaisir de te regarder. Ton visage est toujours un plaisir pour les yeux.

- Tu n'es pas mal non plus, mon Roi, répondit Draco, la voix traînante.

- Je le sais, mon chat, sourit Harry en caressant sa joue. Tu n'es pas le premier à me le dire et tu ne seras sûrement pas le dernier.

Draco se retint de lever les yeux au ciel et préféra soupirer de dépit. Il fit rapidement abstraction du surnom – débile si on voulait son avis, mais relativement approprié qu'Harry lui avait attribué depuis qu'il avait découvert son animagus. Il secoua la tête face à la confiance de son Maître.

Harry se recula d'un pas, l'englobant d'un regard critique. Il ne se préoccupait nullement des dix rebelles qui gémissaient de douleur, allongés dans la douce poudreuse. Il resta un long moment à simplement le regarder et Draco se soumit volontiers à cet examen visuel.

- Tu sembles… nu, dit-il enfin avant de se tourner vers Pansy et d'hocher la tête. Toi aussi.

Il frappa brutalement dans ses mains et Draco vit deux Aspirants se découper des rangs des Fidèles pour s'approcher d'eux, leurs magnifiques capes argentées reposant sur leurs bras tendus en avant. Ils marchèrent jusqu'à eux et s'agenouillèrent, têtes baissées. D'un même mouvement, Draco et Pansy firent un pas en avant et attrapèrent soigneusement l'étoffe d'argentée.

Draco laissa le doux tissu glisser sur la pulpe de ses doigts avant de l'empoigner plus fermement, se réappropriant cette cape qu'il n'avait que trop peu de fois portée. D'un geste gracieux, il la plaça sur ses épaules et l'attacha à la base de son cou. Il prit un temps pour apprécier le poids qui glissait dans son dos et la chaleur qu'elle lui procurait.

- Beaucoup mieux, souffla Harry.

Il leur adressa un dernier regard et se détourna d'eux. Il fit face aux résistants qui tentaient de survivre après les deux ondes de choc qu'ils venaient de balayer. Il les observa un instant et Draco se demanda ce qui se passait dans sa tête. Cependant, il n'eut pas le temps de s'appesantir sur la question parce que Harry releva la tête vers son armée et dit simplement :

- Tuez-les. Tuez-les tous.

Tous se mirent en mouvements en même temps, désireux de répondre aux ordres de leur maître. Ce fut l'anarchie et Draco resta en retrait, contournant certains Fidèles pour retrouver Harry dans cette marrée humaine.

- Harry ! l'appela-t-il doucement pour ne pas attirer l'attention de tout le monde.

- Qu'y a-t-il ? demanda le mage sans se détourner du spectacle morbide qui s'offrait devant lui.

Draco inspira profondément, sachant que ce qu'il allait dire aurait l'effet d'une bombe. Il ménagea le suspense, suffisamment pour qu'il remarque le coup d'œil blasé de son maître.

- Je sais où se trouve Percy Weasley.

Harry se figea avant qu'il ne se retourne doucement vers lui, presque au ralenti. Draco eut un sourire en coin, appréciant la stupéfaction sur le visage de son maître – lui qui ne semblait surpris par rien dans ce bas monde de mortel aux mœurs futiles. Il posa ses deux mains sur ses épaules et Draco ne détourna pas son regard de celui pénétrant de son ami.

- Tu en es sûr ?

- Absolument certain.

Un éclat étincela dans le regard d'Harry qui pressa doucement ses épaules. Draco se pencha vers son ami, chuchota l'emplacement de la cachette du rouquin fuyard et en réponse, Harry embrassa gentiment sa joue – dans un geste totalement déplacé sur ce champ de bataille – avant de s'éloigner de lui, le pas vif. Il hurla par-dessus les cris de douleur des résistants :

- Ron ! Je sais où est ton frère ! Je sais où est Percy !

Draco leva une main pour rappeler à son maître que théoriquement c'était lui qui savait où était la cachette de Percy mais Harry le coupa avant même qu'il n'ait eu la chance d'ouvrir la bouche. Le brun s'était retourné vers lui et il marchait maintenant à reculons, sans le quitter des yeux et Draco savait qu'il serait bientôt avalé par la mer humaine qui grouillait autour d'eux.

- Tu devrais rentrer au manoir. Ton cadeau t'attend dans la Chambre des Murmures, sourit sadiquement Harry Potter avant de se faire engloutir par ses Fidèles.

Draco ne s'attarda pas, préférant de loin la tranquillité du Manoir qu'à la folie de ce guet-apens dont le dénouement ne laissait place à aucune autre issue. Harry avait frappé un grand coup, ramenant des dizaines de Fidèles en plus de son Cercle au grand complet. Mais après tout, c'était le premier combat – si on pouvait appeler cette mascarade, un combat – contre la résistance et Harry voulait certainement laisser un message aux autres groupes qui en avaient après lui.

Draco transplana sans attendre, le cœur battant la chamade à la perceptive du cadeau généreusement offert par Harry. Il se demanda ce que cela pouvait être et son imagination tourna à plein régime tout le temps qu'il lui fallut pour atteindre les cachots. Il vola presque jusqu'à la Chambre, son impatience le rendant fébrile. Le battant de la Chambre s'ouvrit violemment et il s'arrêta devant son précieux cadeau qui pendait lamentablement au bout des chaînes.

Il tenta de calmer son cœur qui semblait vouloir sortir de sa poitrine et avança dans la pièce, un calme olympien inscrit sur son visage, bien loin de la tempête qui régissait à l'intérieur de lui. Finalement, il aurait lui aussi le droit à sa vengeance personnelle. Il remercia mentalement Harry pour tout ce qu'il lui offrait si généreusement – lui qui lui apportait sur un plateau d'argent l'homme qu'il recherchait depuis maintenant plus de quatre ans.

- Bonjour père.

Lucius releva la tête difficilement et Draco sourit quand il vit dans ses iris, si semblables aux siennes, la peur de ce qui allait suivre. C'était le meilleur cadeau qu'il n'ait jamais espéré et il se promit de trouver un formidable présent pour son maître – son frère, son ami – qui rivaliserait avec celui-ci – si c'était possible – pour le remercier de sa sympathie.

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Angleterre, 17h

Percy est tombé bien bas, pensa Harry en levant un sourcil septique. Ils avaient transplané directement de Trevlach à ici, peu importait où était le ici en question. Derrière eux, une maison visiblement à l'abandon se dressait dans ce paysage désolé et hors du temps. Aucune étincelle de vie ne semblait s'être aventurée jusqu'ici – en plein milieu de la forêt de Sherwood, dans une clairière remplie de magie.

- Tu as raison, il est tombé bien bas, approuva Ron.

Harry ne comprit que maintenant qu'il avait peut-être pensé trop fort – et que ces mots étaient finalement sortis de sa bouche contre sa propre volonté. Il jeta un coup d'œil à son meilleur ami qui regardait la cachette de Percy, lui aussi perplexe. Draco avait toute sa confiance mais honnêtement, il aurait préféré que son petit chat lui avoue que Percy se trouvait dans un hôtel moldu. Tout plutôt… qu'ici. Il se tourna à nouveau vers la niche bleue dont la peinture s'écaillait, semblant tout aussi abandonnée que la maison.

- Bon, reprit Ron en claquant dans ses mains.

- Hors de question, le coupa Harry en le fusillant du regard.

Ron se détourna de la niche, un sourcil relevé et Harry le frappa dans le bras, l'empêchant de dire quoi que ce soit.

- Je ne me vautrai pas dans la boue pour lui.

Que Percy Weasley, un traître, puisse vivre dans une vulgaire niche pour chien ne le dérangeait pas – bien au contraire, il y était à sa place. Mais lui ? Lui n'allait pas s'abaisser à y entrer. Il était un dieu et un dieu ne rampait pas – quoi que, ça dépendait devant qui mais il ne le ferait certainement pas pour Percy.

- Pas pour lui, pour moi.

Harry leva les yeux au ciel. Ron le connaissait trop bien pour savoir qu'il ne pouvait pas résister à cet argument ultime. Il ne savait que trop bien qu'il ferait tout pour qu'il soit heureux – se rouler dans la boue pour aller débusquer son frère en faisait partie. Assurément. Il était prêt à plonger dans un lac rempli d'inferi si cela pouvait aider Ron. Il mourrait même si c'était ce que son meilleur ami voulait.

- Allez viens, chochotte, râla Ron gentiment en empoignant son bras.

Harry maugréa dans sa barbe inexistante. Pourquoi était-il entouré de personnes opportunistes, hm ? Il devrait peut-être revoir son entourage. Faire le ménage pour écarter tous ceux qui pourrait lui nuire. Ron arrivait tout en haut de la liste suivi de près par Hannibal et Will, qui cherchaient quand même à le tuer. Harry secoua la tête, dépité. Il ne pourrait jamais s'éloigner de Ron – ce serait comme essayer de s'arracher un bras avec ses propres dents au milieu des bois : outre le fait que c'était impossible, il souffrirait et il mourrait en moins de temps qu'il faudrait pour dire « ouf ». En ce qui concernait Hannibal et Will, c'était déjà plus compliqué – moins radical. Ils avaient quand même essayé de le tuer après qu'ils aient couché ensemble. Qui faisait ça ?

Harry avouait qu'il avait déjà tué ses amants après une baise torride mais aucun d'eux n'avait été suffisamment intéressant pour qu'il le laisse vivre. Hannibal et Will… Il avait eu l'impression qu'ils partageaient quelque chose – beaucoup de choses. Enfin, beaucoup c'était peut-être un peu exagéré. Mais ils avaient vécu plusieurs évènements qui les avaient rapprochés dont le meurtre de ses relatifs. Ça aurait dû compter, non ? Il avait sauvé la vie de William et il avait fait en sorte qu'il n'y ait plus aucun indice dans le cabinet de ce cher docteur Lecter qui aurait pu mener la police jusqu'à eux. N'avait-il pas assez fait pour rattraper la bourde de leur première rencontre ? Et puis, si on lui demandait son avis, Harry ne voyait pas où était le mal. Il aurait pu juste les tuer, au lieu de cela, il avait eu la gentillesse de les laisser en vie – attachés à une chaise, d'accord, mais en vie quand même.

C'était peut-être naïf, affreusement romantique et honnêtement il avait envie de vomir rien que d'y penser mais il avait pensé qu'ils tenaient un peu à lui – comme lui tenait un peu à eux. Après tout, Harry n'avait jamais permis à personne – mis à part son Cercle et plus précisément à Ron et Draco – de le voir aussi clairement qu'Hannibal et Will avaient eu la chance de l'apercevoir. Il se promit de leur laisser une chance s'ils se décidaient à le rappeler. Royal, il les écouterait – leur laissant la chance de s'expliquer, de regretter, de demander pardon – avant de se décider à les tuer ou à leur laisser une seconde chance.

Harry se laissa tomber au sol, continuant de pester tout bas, et grimaça de dégoût quand la boue froide vint se coller à son torse nu. Il observa la minuscule entrée de la niche et fixa, septique, le corps imposant de Ron devant lui.

- T'es sûr que ça va rentrer ? demanda-t-il en essayant de faire fi de la sensation désagréable de son pantalon collé à ses jambes par la vase froide.

Ron le regarda par-dessus son épaule, ses bras déjà recouverts de boue. Un éclat lubrique passa dans ses yeux azures et Harry se sentit durcir légèrement – reconnaissant cette étincelle qui avait illuminé les regards de Will et Hannibal quand il les avait sucés avec ferveur.

- La dernière fois que tu m'as demandé ça, tout était bien rentré et tes cris de plaisir avaient résonné dans tout le manoir.

- Je devrais apprécier ton humour salace mais étrangement, dans cette situation, je suis plutôt blasé.

- C'est le fait d'être recouvert de boue ? N'est-ce pas censé être le fantasme le plus courant chez les hommes ?

Harry ne put s'empêcher d'imaginer Hannibal et Will, recouverts de boue des pieds à la tête et s'embrassant comme des perdus. Mouais. Ce n'était pas transcendant. Par contre… Harry frissonna de plaisir, son sexe s'irrigant contre la terre meuble. Merlin. Harry essaya de penser à autre chose mais l'image que son cerveau venait de créer semblait s'être imprimée sur ses cornées. Il haleta en fantasmant sur Hannibal et Will, recouverts de boue des pieds à la tête et dansant mortellement autour d'une pauvre victime en pleurs. Salazar, ça… ça c'était bandant et il se promit de se caresser sur cette image dès qu'il en aurait l'occasion.

- Merlin, grogna Ron en détournant le regard. Tu es totalement accro à tes stupides Moldus. Tu bandes rien qu'en pensant à eux.

Le rouquin commença à ramper et Harry posa délicatement ses doigts sur le bas des mollets de son ami pour le retenir avant que sa tête ne disparaisse à l'intérieur de la niche. Ron se retourna à moitié vers lui, un sourcil relevé, et Harry lui sourit, lubrique.

- Je bande aussi quand je pense à toi.

Ron le regarda simplement, le visage inexpressif et Harry attendit, sans bouger. Puis Ron hocha la tête, une fois, comme s'il venait de lui avouer que demain il ferait beau – et c'était un peu ce qu'il venait de faire, en réalité, parce qu'il était sûr que Ron le savait déjà et que la majorité du Manoir le savait déjà.

Ron se remit en route, son corps rampant dans la boue et Harry le suivit, pestant une nouvelle fois après les résistants qui auraient pu cacher Percy dans un endroit moins étroit et moins difficiles d'accès – il plaint un instant les rebelles qui devaient venir régulièrement le voir pour le ravitailler avant de secouer la tête, un sourire sarcastique sur les lèvres. Pourquoi leur accorder sa précieuse compassion alors que ces chiens de traîtres ne méritaient rien d'autre que de ramper le reste de leur mort dans la boue ?

Étrangement, l'entrée de la niche s'agrandit pour laisser passer Ron et Harry, écœuré, se demanda s'ils n'auraient pas pu entrer simplement debout comme des êtres civilisés. Salazar, il prendrait un certain plaisir à torturer Percy – avec l'autorisation de Ron, évidemment – si c'était effectivement le cas.

A l'instar de la tente de Perkins qu'ils avaient utilisée lors de la Coupe du Monde de Quidditch de 1994, l'intérieur de la niche avait subi un sortilège d'extension indétectable. Ron lui tendit une main secourable qu'il s'empressa de prendre pour se remettre sur pied. Il lança un sortilège informulé sur son corps, enlevant la boue qui maculait sa peau pâle. Il se demanda vaguement si les vertus de la vase sur la douceur de l'épiderme étaient prouvées et si Hannibal et Will remarqueraient la différence s'ils le caressaient de nouveau.

Il se tourna vers Ron, remarquant que ses vêtements avaient eux aussi été débarrassés de la saleté mais qu'il restait une petite tâche sur son visage. Doucement, il se rapprocha de lui, conscient que son sexe palpitait sous son pantalon en cuir. Il lécha la pulpe de son pouce et, lorsqu'il fut assez près, frotta délicatement la joue de son meilleur ami, délogeant la boue d'une douce caresse. Il sourit quand les yeux bleus qui le fixaient avec attention s'assombrirent de désir.

- Tu avais une tâche, dit-il la voix volontairement plus rauque de d'habitude.

Il se détourna de lui, fier de son petit effet et étouffa un ricanement en entendant son bras droit grogner. Harry pouvait presque sentir son regard fiévreux sur son corps et il s'en délectait. Il fit semblant de s'intéresser au salon cosy et il sourit quand Ron commença à parler.

- Je ne me rappelle plus pourquoi j'ai refusé qu'on baise ensemble, grogna-t-il à voix basse. Tu as le plus beau cul que j'ai eu le plaisir de voir.

- Je sais, sourit Harry en tapant sur sa fesse. J'aime le regarder aussi.

Ron éclata d'un rire sec qui se répercuta dans la grande pièce vide – mais Harry savait que Percy se trouvait dans un coin sombre, peloté sur lui-même, espérant ne pas se faire voir. Le mage sourit sadiquement, il allait lui faire croire qu'il ne l'avait pas senti – lui faire espérer pouvoir en sortir vivant.

- C'est le commentaire le plus narcissique que tu n'aies jamais dit.

- Tu crois ? demanda-t-il véritablement surpris.

- Quoi que, sourit Ron en se rapprochant de lui.

Il prit délicatement son visage entre ses mains et le lui releva doucement. Harry le regarda dans les yeux, sentant Percy se tendre dans son coin en imaginant son petit frère embrasser le mage noir le plus terrible du Royaume-Unis.

- Je crois qu'il arrive juste après la dernière fois où tu m'as dit que tu t'aimais comme je t'aime.

- Oh ! C'est à ce moment là que tu as refusé qu'on baise ensemble !

Il y avait une sorte d'accusation dans sa voix, même si Harry n'arrivait pas vraiment à être en colère contre son meilleur ami parce que c'était une partie de cette frustration qui l'avait poussé dans les bras d'Hannibal et Will. Une partie seulement, parce que le plus gros de son geste – son transplanage, son baiser volé au docteur Lecter puis à Graham – était uniquement dû à sa colère face la découverte de l'identité de l'espion. Il avait passé une mauvaise journée et la seule façon qu'il avait trouvée pour distiller sa magie destructrice avait été de coucher avec Hannibal et Will – et par Merlin, ça avait été la meilleure idée qu'il avait eue depuis deux mois, si on excluait sa décision d'aller tuer les Dursley.

- Je ne sais pas où j'avais la tête, répliqua Ron en secouant la tête les yeux fixés toujours sur son fessier moulé dans le cuir.

- Tu le regrettes maintenant, n'est-ce pas ? ricana Harry.

- Hm-hm, acquiesça le rouquin. Si je n'avais pas un peu plus de retenu, je te déshabillerais maintenant et je te prendrais violemment.

Revigoré par les images de sexe brut que les paroles de Ron avaient ancrées dans son esprit, sa verge poussa contre la braguette de son pantalon, désireuse qu'on lui accorde toute l'attention qu'elle méritait. Alors qu'un frisson remontait le long de l'échine d'Harry, un gémissement se fit entendre du coin le plus sombre de la pièce. Harry sourit.

D'un geste ample, il délogea les couverts sur la petite table en bois et sauta dessus, jambes croisées. Il regarda avec plaisir Ron tourner le visage vers la direction du bruit, ses yeux se durcissant de colère. Harry inclina la tête sur le côté, le regard levé vers le plafond, nettement ennuyé.

- Percy ! appela-t-il, d'une voix agacée. On sait que tu es là, pas la peine de te cacher.

- Montre-toi, Percy, claqua Ron en croisant ses bras sur sa poitrine. Tu n'aimerais pas que je vienne te chercher par la peau des fesses.

Exaspéré, Harry tourna la tête vers la tête rousse qui sortit des ténèbres. Percy ne ressemblait plus au Percy de la dernière fois qu'il l'avait vu. Toujours aussi grand, son corps paraissait maintenant dégingandé. Il n'avait plus que la peau sur les os, rongé qu'il était par la culpabilité. Les tâches de rousseurs de son visage ressortaient sur sa peau maladivement pâle et des cernes tombaient bas sous ses yeux hantés par la peur. Ses cheveux roux paraissaient rêches, aussi cassants que de la paille – ils n'avaient plus rien en commun avec la crinière flamboyante de Ron. Sa peau pâle était ternie, sans éclat, presque craquelée par le manque de soleil. Il était pathétique mais ça, ce n'était pas nouveau.

- L-Lord, salua Percy, les mains tremblantes de peur.

- Harry, coupa le brun dans un souffle. Appelle-moi Harry, après tout, nous sommes presque frères, non ?

- H-H-Harry…

Le mage prit un plaisir sadique en entendant son bégaiement plus marqué qu'avant. Il lui sourit, d'un rictus dégoulinant de gentillesse.

- Tu te doutais qu'on te retrouverait, n'est-ce pas, Percy ? Tu savais que tu ne pourrais pas te cacher de nous éternellement.

Percy déglutit difficilement, sa pomme d'Adam montant et descendant convulsivement, les larmes aux bords de ses paupières. Ses épaules étaient basses d'avoir été vaincu et Harry se reput de son air défaitiste. Il se lécha les lèvres, sans le quitter des yeux. Percy était à leur merci et tout ne pouvait que bien aller maintenant.

Lucius était dans leurs cachots, torturé par son fils à l'heure actuelle. Greyback était mort, sa tête trônant dans une pièce spéciale du manoir. Draco et Pansy étaient de retour, les résistants du groupe qui les ayant accueillis se noyaient dans leur propre sang au beau milieu de Trevlach. Et maintenant… Maintenant Percy avait été retrouvé et il allait payer pour tout ce qu'il avait fait pendant la guerre contre Voldemort. Les rebelles étaient mis à mal et bientôt, toute leur espèce s'éteindrait comme s'ils n'avaient jamais existés. Tout était parfait. Sauf…

Sauf qu'Hannibal et Will avaient essayé de le tuer, qu'il n'arrivait pas à oublier cette désagréable sensation inconnue qui tordait son ventre et qu'ils ne l'avaient pas appelé depuis deux jours. Harry comprenait qu'ils avaient sans doute peur de sa réaction – quel genre de fou ne redouterait-il pas de le confronter après avoir tenté de l'assassiner dans son sommeil ? Mais Harry se promit de mettre tout ça au clair bientôt. Si les deux hommes ne cherchaient pas à le rappeler, le mage noir les tuerait simplement. S'ils demandaient son pardon – s'ils l'imploraient – alors Harry serait magnanime avec eux et il leur accorderait grâce.

Percy tomba à genoux, les mains tendues devant lui.

- H-H-Harry j-je v-voulais p-pas, j-je t-te j-jure !

Le bégaiement rendait la phrase presque incompréhensible – mais surtout c'était tellement désagréable qu'Harry grimaça, sa langue claquant contre son palais. Percy se mit à trembler plus fortement, se recroquevilla sur lui-même, allant presque jusqu'à appuyer son front sur le sol sale.

- Tu nous as trahis, Percy, dit Ron.

- Tu savais que ton heure viendrait, n'est-ce pas, Percy ?

Les yeux écarquillés, l'ancien membre du Ministère les regarda alternativement. Harry lui sourit, rassurant, alors que Ron l'observait, impassible.

- V-V-V-Vous allez me t-t-t-t-tuer ?

- Nooooon, sourit le fils Potter. Bien sûr que non.

Ron s'avança doucement vers son frère, son long corps musclé bougeant avec grâce. Il s'agenouilla près de l'autre rouquin et Harry inclina la tête sur le côté, observant avec envie le cul de son meilleur ami. Sa langue vint lécher ses lèvres sèches.

- Mais je peux t'assurer, mon frère, que tu vas souhaiter de toute ton âme qu'on t'ait accordé de mourir rapidement.

Percy sanglota, gémit, et Harry ferma les yeux. C'était un son tellement… magnifique. Salazar ! Parfois, il avait l'impression de pouvoir se nourrir de ces bruits remplis de désespoir, de peur et de douleur – comme les Détraqueurs se nourrissaient des souvenirs heureux. Ron attrapa le visage défait de Percy brusquement et le releva pour le regarder bien en face.

L'instant était pesant, si lourd qu'Harry sursauta – imperceptiblement – quand son téléphone portable sonna dans sa poche. Ron se retourna vers lui, sourcils froncés.

- Sérieusement, Harry ? dit-il, blasé.

Le mage noir lui offrit un sourire insolent. Il savait que son meilleur ami le haïssait pour avoir détruit son petit effet. Il haussa les épaules, son cœur battant un peu plus vite dans sa poitrine en sachant qu'il n'y avait qu'Hannibal et Will qui disposaient de son numéro et il décrocha son téléphone, contrôlant sa voix pour que son interlocuteur n'entende pas son trouble – et puis d'abord pourquoi était-il troublé ? Ce n'était que deux moldus, par Merlin !

- Allô ?

- On a un problème, lança la voix du psychiatre, tout de go.

Harry leva les yeux au ciel et soupira.

- Où ?

- Chez moi.

Et il raccrocha. Simplement. Harry haussa un sourcil, outré, et écarta doucement le téléphone portable de son oreille pour le fixer comme s'il allait s'excuser pour le comportement odieux d'Hannibal Lecter. Enfin, odieux était peut-être un peu trop fort, surtout si c'était une urgence. L'image de Will allongé sur le sol, blessé par un homme stupide, s'imposa à lui avec la force d'un sombral lancé à pleine vitesse.

- Ils ont besoin de moi, occupe-toi de lui comme il se doit, dit-il à Ron qui l'observait, septique.

Sans lui laisser le temps d'argumenter, Harry transplana, en se demandant vaguement depuis quand il s'abaissait à accourir dès qu'Hannibal l'appelait, tel un chien que son maître sifflait. Le monde se flouta autour de lui et Harry préféra mettre de côté ce sentiment désagréable parce qu'il ne pouvait décidément pas les laisser mourir sans rien faire – et que ça le faisait royalement chier de ne plus comprendre ses propres émotions. Et que rien de bon n'en ressortait jamais quand il était en colère.

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Angleterre, 17h45

Les secondes s'étaient depuis longtemps transformées en minutes. Les minutes étaient devenues des heures. Les heures semblaient aussi longues que des jours. Percy se demanda vaguement si les mois ressembleraient bientôt à des années, sa langue sortant difficilement pour venir humidifier ses lèvres craquelées. Il ne savait plus depuis combien de temps il se trouvait dans cette pièce sombre, froide et humide. A un moment donné, il s'était évanoui, Percy s'en souvenait. La douleur avait été tellement forte, tellement puissante, tellement omniprésente, que son corps s'était rompu aussi facilement qu'une brindille.

- On se réveille, mon frère ? J'ai cru que tu étais mort.

Il aurait tellement – tellement – aimé mourir. Ron avait eu raison : il regrettait qu'ils ne lui aient pas accordé une fin rapide et indolore dans son refuge. La torture durait depuis un temps incalculable et il n'y avait aucune fenêtre qui aurait pu lui donner une vague idée de l'heure qu'il était. Il avait l'impression que son corps allait exploser sous les sorts de son petit frère.

Percy releva les yeux vers ce dernier, tranquillement assis sur une table en bois où divers objets de tortures attendaient fièrement. Il frissonna en remarquant une pince énorme : il se demanda à quoi cela servait avant de réaliser qu'il ne voulait pas le savoir. Vraiment, vraiment pas envie de le savoir. Il reporta son attention sur son frère qui faisait tranquillement tourner sa baguette entre ses doigts. Si ça n'avait pas été dans de telles conditions, Percy aurait été heureux de retrouver Ron.

- Qu'est-ce que tu veux ? gémit-il, du sang dégoulinant sur son menton.

- Tu sais ce que je veux, Percy. Je veux la vérité.

La vérité c'était tellement vague mais Percy savait que Ron ne s'arrêterait jamais avant d'avoir obtenu ce qu'il voulait et Percy… Percy était prêt à tout pour que la douleur s'arrête. Son corps ne pourrait pas supporter plus de Doloris – surtout avec la puissance à laquelle son bourreau les lançait – et il ne voulait pas mourir. Il n'avait pas survécu aussi longtemps pour mourir maintenant. Il était désespéré de pouvoir un jour revoir le soleil. Il voulait sentir sur sa peau la douceur de la brise, entendre les oiseaux de la forêt de Sherwood chanter de douces mélodies, voir les fleurs éclore au prochain printemps. Il voulait s'allonger dans l'herbe, se délecter du doux parfum de la nature, se repaître de la vue de sa douce fiancée – qu'il avait dû abandonner quand on l'avait caché pour sauver sa vie.

- Tout ce que tu voudras, souffla-t-il.

Ron sauta à terre, sa baguette retenue lâchement du bout des doigts. Un rictus méprisant se dessina sur ses lèvres au fur et à mesure qu'il s'avançait vers lui, tel un prédateur se moquant de sa proie.

- Je pensais que tu allais tenir un peu plus longtemps que ça. Tu me décevrais presque. Enfin bon, dis-moi tout.

- Qu'est-ce que tu veux savoir ?

- Pourquoi n'étais-tu pas au ministère quand nous l'avons pris ?

Percy ferma les yeux, souffla difficilement tant ses côtes lui faisaient mal. Il était sûr que Ron imaginait que quelqu'un l'avait prévenu mais la vérité était loin d'être aussi réjouissante.

- Je suis arrivé en retard.

Un silence lourd suivit ses paroles et lorsqu'il regarda le visage de son frère, il vit ses traits figés dans un masque incrédule. Il voulut se racler la gorge mais sa bouche était trop sèche et ses cordes vocales le faisaient déjà suffisamment souffrir. Puis dans le silence pesant, le rire sec de Ron résonna dans la pièce.

- Tu es en vie uniquement grâce à une panne de réveil ?

Percy hocha de la tête, les yeux baissés de honte. Le nombre de fois où il était arrivé en retard à son travail se comptait sur les doigts d'une seule main. Mais cette fois-ci, ça lui avait littéralement sauvé la vie.

- C'est tellement pathétique !

C'était aussi son avis mais contrairement à la plupart de ceux qui étaient arrivés à l'heure au travail, il était encore en vie, quatre ans après la prise du Ministère. Peu pouvaient se targuer de pouvoir encore respirer aujourd'hui.

- Bien, dis-moi ce que tu sais sur les résistants, exigea Ron.

Percy secoua la tête, serra les lèvres si fortement qu'il en eut mal aux mâchoires. Il ne dirait rien. Il avait été un traître lors de la guerre contre Voldemort, il ne deviendrait pas un renégat lors de celle contre Potter. Il avait une chance de rattraper ses erreurs passées et il n'allait pas la laisser couler entre ses doigts tremblants.

- Tu ne veux rien dire ?

Il garda le silence une nouvelle fois.

- Très bien, tu l'auras voulu. Accio dents.

Percy hurla quand une force invisible tira sur ses dents. Elles bougèrent ensemble avant de s'arracher une à une de ses gencives. Son cri résonna dans les cachots et des larmes coulèrent sur ses joues quand la douleur explosa dans sa bouche. Merlin, ça faisait tellement mal. Percy avait envie de vomir – et de mourir.

- Dis-moi, Percy, dis-moi tout ce que tu sais. Qui est à la tête de la résistance ?

La dernière de ses molaires se délogea de sa gencive et avec elle, Percy sentit toute ses bonnes résolutions partir en fumée. Il n'avait envie que d'une chose : que ce supplice s'arrête. Et il était prêt à tout pour que ce soit le cas.

- Maman, souffla-t-il avec douleur. Ch'est maman.

Le silence dans la cellule devint mortel et Percy ferma les yeux, une douleur lancinante parcourant tout son corps. Ses membres tremblaient et il savait que si ses chaînes ne l'avait pas maintenu debout, il se serait écroulé au sol, pleurant comme un enfant.

- Maman ? demanda Ron, la voix mortellement froide.

- Oui, dit Percy essayant de ne pas s'évanouir sous la douleur.

- Les autres sont au courant ?

- Ils z'en font touch parchie.

Percy sentit sa conscience s'éloigner, son cerveau préférant le couper du monde extérieur où son corps souffrait tellement. Il laissa l'inconscience engourdir ses membres tremblants et sourit presque quand il entendit le hurlement de rage que Ron poussa. Il était déjà évanoui quand l'enfer se déchaîna autour de lui.

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Baltimore, 12h35

Harry atterrit souplement dans le grand hall et il tendit l'oreille pour deviner ce qui se passait. Une douce musique – du piano – s'élevait de la salle à manger et Harry fronça les sourcils, soupçonneux. Qu'est-ce qui se passait ? Prudemment, il sortit sa baguette et avança à pas de loup vers la salle à manger.

Hannibal avait dit qu'ils avaient un problème mais sa magie ne détectait aucune urgence. D'après elle, Will et le psychiatre se trouvaient tous les deux dans la salle et elle ne percevait aucune autre présence dans la grande bâtisse.

Doucement, il poussa la porte. Sa baguette tomba au sol quand il vit la table joliment décorée qui attendait patiemment devant un feu qui ronronnait doucement dans l'âtre en pierre. Hannibal et Will, tous les deux en costume-cravate, attendaient en silence – droits et élégants. Harry se retint de regarder son corps. Ce fut sans doute la première fois qu'il regretta de ne pas avoir mis de chemise – mais il était fier de son torse finement musclé et il s'avança dans la pièce, sourcil relevé, masquant de son mieux le trouble qui faisait battre son cœur un peu plus vite à la vue des magnifiques bougies qui prônaient sur la table.

- Je ne vois aucun problème, déclara-t-il en observant les alentours.

- Bonjour Harry, salua doucement Will en ancrant ses yeux bleus dans les siens.

Harry remarqua une étincelle de regret dans ses iris azures et il fit un geste des doigts vers sa baguette qui vola jusqu'à lui. Sans faire grand cas de la soudaine raideur de leur épaule, Harry rangea sa baguette magique à la ceinture de son pantalon en cuir.

- Bonjour, dit-il en retour en embrassant du regard les deux moldus qui n'osaient pas s'approcher de lui. Vous n'essayez pas de me tuer aujourd'hui ?

- Pas aujourd'hui, assura Hannibal.

Le coin de ses lèvres s'était relevé et Harry sut qu'il regrettait son geste mais qu'il était trop fier pour s'excuser. William aussi, d'une certaine manière. Mais il comprit à cet instant qu'il aimait beaucoup cette fierté mal placée – qui équivalait à la sienne.

- Vous m'en voyez ravi, ça aurait été mal placé de vous tuer dans votre propre maison.

- Effectivement et ça aurait été impoli.

Harry sourit, s'avança dans la pièce et caressa délicatement le dossier d'une chaise.

- Et tout le monde sait à quel point vous comme moi détestons les malpolis, dit-il avant de se tourner vers la troisième place dressée. Vous attendiez quelqu'un, peut-être ?

Will s'avança alors qu'Hannibal s'éclipsait de la pièce. Il vint près de lui, posa une main sur son épaule nue et la serra tendrement. Le souffle court, Harry apprécia le contact de la peau du moldu avec la sienne et il l'observa du coin de l'œil – la réalité se mélangeant avec les souvenirs de son visage crispé par le plaisir.

- Seulement toi. Hannibal nous a fait un excellent repas.

- On dirait que vous avez quelque chose à vous faire pardonner, ricana Harry.

- Un geste que nous regrettons tous les deux.

Harry haussa les épaules, bien que la confession vrilla brièvement son ventre. Il lui sourit, d'un sourire sincère et fiable, avant de se tourner vers Hannibal qui entra, ses bras portant un plat dont le fumet lui mit l'eau à la bouche. Son ventre grogna tout bas, se rappelant qu'il n'avait pas eu la chance d'être nourri depuis sept longues heures.

Will tira sa chaise et Harry s'y installa, la pulpe de son index effleurant le bout du couteau en argent. Merlin ! Comment ne pouvait-il ne pas être sous le charme quand on lui offrait un somptueux repas aux chandelles ? Harry fondait face à ces petites attentions et il en oublia presque qu'ils avaient cherché à le tuer, à peine deux jours plus tôt.

Hannibal posa le plat au centre de la table et servit ses deux invités avant de le faire pour lui-même. Il s'installa ensuite et Harry attrapa son verre rempli de vin pour trinquer avec eux. Personne ne le dit mais ils burent à cette nouvelle relation qui se basait sur de meilleures bases. D'un commun accord, ils firent table rase du passé – oublié le test avec la police ou la tentative de meurtre – et ils sourirent tous les trois, un silence agréable les enveloppant.

Assis à la table, dégustant un délicieux déjeuner, Harry eut l'étrange impression d'avoir trouvé sa place et il aima cette sensation – bien qu'incongrue. Et il espéra secrètement que cela durerait encore longtemps.

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TADAAAM ! Bon, on avance, on avance… Draco et Pansy sont revenus au bercail, Percy a été retrouvé, Ron apprend pour sa famille et Hannibal et Will essaient de reconquérir Harry ! J'espère que vous passez de bonnes vacances et que vous avez profité de pâques pour vous goinfrer de chocolat – j'ai perdu des lecteurs qui me suivaient depuis le début mais j'ose mettre ça sur le compte des vacances et des chocolats plutôt que sur la qualité de mon histoire ! xD

Merci à tous pour votre soutien :)

En tout cas, j'espère que ce chapitre vous a plu, le prochain arrivera mercredi prochain, soit le 26/04 ! N'hésitez pas à me donner votre avis ! Bonne journée les gens :)