Chapitre 12 : L'infiltration de l'Aube Mythique
Il se passa un moment avant que je n'entende de nouveau parler de la Compagnie Boinoir. Entre temps j'aperçus à peine Oreyn et ne pus donc me renseigner quant à toute cette affaire mais l'elfe noir semblait avoir tout sous contrôle. On m'envoya effectuer quelques missions un peu partout en Cyrodiil, recherche de fugitifs, garde du corps de chimistes et plusieurs missions secondaires. Grâce à ma fulgurante progression, je finis rapidement par atteindre le grade de Gardien. Mon maniement de l'arme aussi s'améliora et je parvenais à me mesurer à des adversaires de plus en plus puissants.
Je ne reçus que très peu de nouvelles de Martin et des Lames, toujours occupés à rechercher l'amulette. Quant à Tar-Meena, une missive m'informa qu'elle se penchait toujours sur les quatre livres.
Puis Oreyn finit par me convoquer pour un travail crucial d'après son air grave alors que je m'asseyais en face de lui, à son bureau. Il prit son temps pour rassembler ses pensées et enfin me mit au courant de la situation.
« − J'ai un travail délicat pour vous. Il faut que vous retrouviez Viranus Donton.
Il portait son habituel masque de mépris et de froideur mais je perçus de l'inquiétude dans son regard rouge.
− Le jeune guerrier ? Il a disparu ?, m'enquis-je avec curiosité
Oreyn secoua la tête alors qu'un tic d'agacement plissait ses lèvres.
− Laissez-moi terminer !, grogna-t-il en se redressant, je l'ai envoyé en mission à la mine oubliée. Lui et quelques autres devaient éliminer les trolls. Je n'ai pas de leurs nouvelles depuis quelques jours. Je veux que vous alliez voir ce qu'il se passe. Il est inutile que je vous dise à quel point cette affaire est délicate.
− Le Maître est-il au courant ?
− Ne vous occupez pas de ça, maniez-vous d'aller voir ce qu'il s'est passé. »
Je levai les mains en signe de paix puis me redressai pour prendre congé. Je sentais bien que l'elfe noir n'avait rien dit à la mère de Viranus mais c'était son problème. Après tout, il ne se gênait pas pour me rappeler à la moindre occasion qui était au-dessus de qui…
J'étais déjà passé plusieurs fois devant la mine oubliée, au court de mes multiples voyages dans Cyrodiil et à chaque fois un frisson glacial m'avait parcouru l'échine. La mine avait été fermée il y avait de ça de nombreuses années, sans réelles explications. J'avais plutôt tendance à penser qu'une étrange malédiction avait pesé sur l'ensemble du site mais sans preuves, plutôt une sorte de sixième sens. Je mis pied à terre et écoutai un moment le silence, une main sur l'encolure de Dust, pour parer à l'étrange sensation de solitude qui m'enserrait le cœur. Je sentais la peau de mon cheval frémir sous ma main. Lui aussi semblait se rendre compte de l'aura sombre qui pesait dans l'air. Il s'agita et secoua sa longue crinière grise avant de pousser un petit hennissement nerveux. Je le caressai doucement pour le rassurer puis dégainai mon épée. J'avançai parmi un sol en terre tassée, jonché de morceaux de planche pourris et de fer rouillé. L'entrée béante de la mine me rebuta davantage. Malgré la nervosité et le malaise qui m'habitait, j'inspirai profondément et pénétrai dans l'ouverture ténébreuse. Je marchai un moment dans le noir complet puis finis par apercevoir une lumière au loin. Les murs de terre se dévoilèrent, soutenu par de lourdes poutres en bois clair. Des outils miniers trainaient au sol, abandonnés tel quel à l'ouvrage du temps.
Je découvris ensuite les premiers corps. Mon cœur se pinça désagréablement alors que j'observai le cadavre d'un membre de la Guilde des Guerriers. Le liquide écarlate avait depuis longtemps été aspiré par la terre et seul une couleur plus foncé du sol m'indiqua que le pauvre s'était vidé de son sang. Je m'accroupis près de lui et le retournai sur le dos. Je fronçai les sourcils alors que je me rendis compte qu'il n'avait pas été tué par un troll. A moins que les trolls ne soient capables de se servir d'une lame auquel cas le guerrier avait définitivement été transpercé par l'un d'entre eux.
Je sentis mon malaise s'accentuer alors que je me relevai. Je ne ressentais pas la moindre présence vivante dans cet endroit. Je redoutais de continuer à avancer car je savais ce que j'allais trouver au court de mon cheminement. Finalement je me repris et poursuivis ma route.
Je ne m'arrêtais plus pour examiner les morts que je rencontrais, seuls leurs noms me traversaient l'esprit. Je me stoppai cependant au cinquième corps. Impossible de ne pas reconnaître l'armure noire de la Compagnie Boinoir. Ainsi donc ils étaient responsables de ce carnage. Mon sang se mit à bouillonner dans mes veines. La colère remplaça le malaise et la tristesse. Je grinçai des dents et continuai à marcher. Je devais retrouver le jeune guerrier.
Il me fallut une heure pour parcourir les diverses salles de la mine, comptant chaque corps dispersés parmi elles. La bataille avait du être terrible. Certains cadavres étaient tellement déchirés que j'eus du mal à discerner s'il s'agissait de membres de la guilde ou de la Compagnie. L'odeur de sang flottant dans l'air me donnait la nausée et j'accélérai mes recherches.
Finalement, au plus profond de la mine, je tombai sur ce que j'étais venu chercher. Plusieurs trolls sans vie étaient empilés au milieu de cette salle secondaire. Je faillis ne pas voir le corps en dessous mais le faible éclat du sang rouge se mélangeait à celui presque noir des trolls m'incita à l'inspection. Je poussai difficilement les cadavres de créatures pour dévoiler le visage tordu par un rictus de douleur et de peur de Viranus Donton. Je poussai un soupir de tristesse et entrepris de le dégager totalement. Son corps était couvert de profonds coups d'épée. Il n'avait eu aucune chance.
Sur la plaque d'armure sur le torse, écrit avec son propre sang je présumai, était inscrit CB. Pas besoin d'être un génie pour savoir qu'il dénonçait la Compagnie Boinoir pour le massacre d'une escouade entière. Je prononçai une brève prière à l'encontre de son âme et retirai la bague de son majeur, indiquant qu'il appartenait à la famille Donton. Je n'osai même pas imaginer comment la Maître allait prendre la nouvelle. Sans tarder je refis le chemin inverse et me laissai emporter par Dust dans le vent.
J'arrivai relativement tard à la Guilde, dans un état second. J'hésitai un instant sur le bas de la porte du haut bâtiment puis finis par prendre mon courage à deux mains. Je tombai aussitôt sur Oreyn. Il était assis devant le feu, le regard au loin, l'air abattu comme s'il avait le poids du monde sur les épaules. En m'entendant pénétrer dans le hall, il se redressa lentement et me fit face. Il lut dans mon regard ce qu'il redoutait et un éclair de douleur traversa ses yeux écarlates.
« − Ils ne s'en sont pas sortis ?, me demanda-t-il d'une voix faible
Je ne répondis rien mais lui tendis la bague de Viranus. Il l'a prit sans un mot et l'inspecta longuement, comme se convaincre qu'il s'agissait d'une fausse et pas de celle de la famille Donton.
− Je suis désolée, repris-je pour briser le silence pesant, il n'y avait plus rien à sauver là-bas.
− Qui ?
− La Compagnie Boinoir…
Il poussa un grognement de rage et frappa violement le mannequin en bois suspendu au milieu de la pièce. L'écho du coup resta suspendu dans les airs un court instant. Lorsqu'il retira sa main, je vis que le bois était fendu sur toute la longueur. Soudain la lassitude s'empara de lui et ses épaules s'affaissèrent davantage.
− Les enfoirés… J'aurais du me débarrasser d'eux plus tôt. Mais pour l'instant nous devons enterrer nos morts.
Il me tournait le dos, aussi ne perçus-je pas son expression mais sa voix était étrangement neutre.
− Et Vilena ?, soufflai-je
− Je m'occupe du Maître. Je n'ose même pas imaginer comment elle va prendre la nouvelle… Il était sous ma responsabilité. C'est à moi de lui dire. Faites-vous oublier pendant quelques temps et laissez-moi me charger de Vilena. Vous avez encore une carrière devant vous. »
Sans attendre de réponse, il sortit de la pièce.
Lasse et fatiguée, je rejoignis mon lit. Une missive avait été posée dessus. Un frisson d'excitation me parcourut alors que je pris connaissance du succès de Tar-Meena à déchiffrer les quatre volumes de l'Aube Mythique. Elle me demandait de la rejoindre le plus tôt possible. C'était une occasion parfaite pour prendre un peu de distance avec la Guilde, histoire d'attendre que l'orage soit passé.
Le lendemain, après une nuit agitée, je fis mes bagages et m'esquivai rapidement hors de la guilde, non sans prévenir Azzan que je partais pour quelques jours afin de régler une affaire urgente.
Mon retour à la capitale me rendit bien moins nerveuse que la première fois. J'avais parcouru du chemin depuis mon arrestation injustifié et mes faits d'armes me protégeaient de ce genre d'incident à présent. La ville était toujours aussi impressionnante et fiévreuse mais je sentais comme un malaise sous jacent. Des brides de conversations m'éclairèrent alors que je faisais mon chemin jusqu'aux Arcanes.
« − … Des portes d'Oblivion un peu partout dans le pays…
− … Vous avez entendu la nouvelle ? L'empereur avait un autre héritier caché…
− … Des daedra ont été aperçu pas loin de Bruma… »
La population semblait se rendre compte de la menace qui pesait de plus en plus fortement sur elle. Je vis le visage soucieux de mères qui tenaient fermement leurs enfants par la main, de commerçants surveiller attentivement les passants, de soldats crispés par la tension défiler devant moi.
La sensation disparut cependant alors que je pénétrai dans la salle à l'ambiance feutré des Arcanes. Tar-Meena bondit sur ses jambes et s'approcha de moi, agitée. Son visage reptilien semblait moins coloré que la dernière fois que je l'avais vu et des traces de fatigue le marquaient.
« − Vous voilà enfin ! J'ai de bonnes nouvelles pour vous ! Venez.
Elle me guida dans une salle secondaire, plus petite. Des tables avaient été parsemées un peu au hasard et de petits globes lumineux étaient suspendu au dessus, par magie sans aucun doute. Des étagères chargées de livre courraient le long des murs et une large cheminée au feu vif réchauffait l'ensemble.
Il n'y avait personne de présent aussi Tar-Meena m'invita à m'assoir près du feu. Elle sortit les quatre volumes de son sac et les posa sur la petite table basse en face de la cheminée.
− Alors qu'avez-vous découvert ?, fis-je avec excitation
− J'ai passé pas mal de temps à parcourir l'ensemble des livres. Mankar Camoran était un auteur fascinant. Il avait perdu la raison, cela ne fait aucun doute, mais quel génie !
Je lui lançai un regard appuyé et elle se rendit compte qu'elle devait en venir à l'essentiel.
− Bref, pour en revenir à nos moutons, il me semble que les premiers mots de chaque paragraphe soient importants. La première lettre de chacun d'entre eux compose un message. Voilà ce que ça donne : Chemin vert de l'empereur, où la tour rejoint le soleil de midi.
− Le chemin vert de l'empereur ? Est-ce un endroit en particulier ?, lui demandai-je perplexe
− Mais oui ! Ce sont les jardins autour du palais impérial. Quelque chose doit y être révélée à midi. Passionnant !
− Vous savez quelle heure il est environ ?, m'enquis-je avec précipitation
Elle marmonna un instant dans sa barbe, dans une langue étrange. Dans le creux de sa main apparut un disque lumineux. Elle tourna quelques secondes autour de sa main avant de se stabiliser presque perpendiculairement avec.
− Il est onze heure moins dix !
− Vite alors !, fis-je avec brusquerie en me levant
− Je peux venir ?, s'enquit précipitamment l'argonienne
J'hésitai un moment puis je me rendis compte que je lui devais bien ça. Je lui fis un signe de tête et nous nous élançâmes hors des Arcanes. Nous nous faufilâmes aussi vite que possible parmi les passants, certains sifflant de colère à notre passage. Tar-Meena était d'une agilité surprenante et elle due ralentir pour que je me maintienne à son niveau. Certains gardes faillirent nous arrêter mais à la vue de notre apparence, ils hésitèrent suffisamment longtemps pour que nous puissions disparaître dans la masse.
A bout de souffle, nous finîmes par atteindre les jardins verdoyants. L'air y était pur et un délicat parfum de fleur rendait l'atmosphère presque féérique. Comme l'architecture du reste de la capitale, le jardin formait un large cercle, découpé en plusieurs parcelles avec dessus divers tombeaux d'anciens empereurs glorieux. Nous nous arrêtâmes brusquement dans l'allée.
− Et maintenant on fait quoi ?, dis-je à bout de souffle
− Je… Mmh… Je ne sais pas trop, peut être que si nous faisons le tour du jardin, nous tomberons sur ce que nous sommes supposer trouver, il ne nous reste plus que quelques minutes avant midi.
− Très bien, séparons-nous ! Je prends à droite, vous prenez à gauche.
Aussitôt dit, aussitôt fait, je partis en trottinant sur ma droite, le regard furetant partout à la fois. Les secondes s'écoulaient inlassablement alors que je désespérai de trouver ce que je cherchais. Nous approchions du but, je le sentais !
Un éclat m'aveugla soudainement, m'empêchant de voir où je galopais. Je me pris le pied dans une racine et m'étalai de tout mon long. Pestant allègrement contre tout et n'importe quoi, je me relevai péniblement. Mon regard se porta sur ce qui m'avait ébloui un court instant et je sentis mon cœur faire un bond. Sur la porte en pierre d'un tombeau d'un certain Prince Camarill, un symbole rougeoyait sous le soleil de midi. Je m'approchai et découvris qu'il s'agissait de la carte de Cyrodiil dans son ensemble. Une petite croix marquait un endroit bien précis. Je sortis fébrilement la carte que je conservais soigneusement dans ma sacoche et la dépliai aussitôt. Je comparai les deux et nota mentalement l'emplacement du repère secret de l'Aube Mythique, dans les montagnes Jerall. Un souffle dans mon dos m'apprit que Tar-Meena venait de me rejoindre. Je l'entendis pousser un cri de joie alors que je pliais ma carte, un sourire aux lèvres.
− Ainsi, c'est donc là qu'ils se cachaient ! Je n'aurais jamais cru ça possible…
− Moi non plus, merci beaucoup Tar-Meena pour votre aide, fis-je avec chaleur
− C'était vraiment passionnant comme quête mais je présume que c'est ici que le chemin s'arrête pour moi, sourit-elle à mon encontre, je vous souhaite bon courage pour la suite mon amie
− Je vous tiendrais au courant des avancées de mes recherches, prenez soin de vous Tar-Meena »
Je la laissai en admiration devant l'éclat rougeoyant de la carte et m'élançai hors de la ville. Je pris soin cependant d'adresser une courte lettre à l'adresse de Martin et Jauffre pour les informer de ma découverte. Sans attendre je me mis en selle et partis pour les montagnes Jerall.
Je mis plusieurs heures à rejoindre l'endroit secret, loin des sentiers battus. Il commençait à faire nuit et l'air se refroidit rapidement. Je frissonnai et soufflai dans mes mains pour tenter de leur apporter un peu de chaleur. Mon souffle s'évaporait en nuage de buée mais je n'y prêtais pas attention. Je menai sagement Dust vers le sanctuaire de l'Aube Mythique, prête à tout pour récupérer l'Amulette.
Je faillis passer à côté de l'entrée tellement elle était dissimulée par la végétation et les grand rochers. Je descendis de Dust et m'interrogeai sur la marche à suivre. Je ne pouvais tout simplement pas rentrer là-dedans et massacrer tout le monde sur mon passage. Je finis par décider de voir sur quoi j'allais tomber. Je pris cependant soin de cacher mes cheveux argentés. Je n'étais pas non plus devenue une célébrité mais j'étais bien trop repérable dans ces conditions. Je sortis une capuche des sacoches accrochées à Dust et l'enfilai. Je n'étais pas habituée à avoir ainsi le visage camouflé mais j'allais devoir m'y faire si je voulais entrer là-dedans sans me faire repérer. Je retirai aussi l'écusson qui me donnait le statut de Gardien de la Guilde des Guerrier puis je changeai avec regret mon katana kalvani pour une simple dague, toujours pour ne pas attirer l'attention.
Fin prête, je pénétrai le sanctuaire de l'Aube Mythique.
Fort en révélation ce chapitre…
Prochaine partie sur l'Aube Mythique, ça commence à chauffer. Il ne reste plus que quatre chapitres et un épilogue. See ya !
