Bonsoir,
Mille excuses pour ce retard! Mon temps d'écriture s'est vu écourté, et en plus de cela, ce chapitre m'a nécessité un certain temps de réflexion (j'ai cherché à le peaufiner au maximum, à ne pas le bâcler, et le résultat, c'est que le temps d'écriture s'est vu prolongé). En tout cas, je suis heureuse de pouvoir enfin vous l'offrir, d'autant plus que je ne suis pas certaine de pouvoir poster pendant la première semaine de vacances (vous vous consolerez, je l'espère, avec ce chapitre qui est plutôt long). Donc, au programme:
- Poudlard. Et EXCLUSIVEMENT Poudlard.
Je vous laisse découvrir!
Ps : La semaine dernière, je suis allée au ciné-concert de Paris où était diffusé " Harry Potter et la chambre des secrets ". C'était vraiment magnifique. J'espère que certains d'entre vous ont aussi pu en profiter. Pour ma part, ça m'a ému de revoir ce film qui a bercé mon enfance, et j'ai redécouvert les musiques du film (avec un véritable orchestre, ça change. Je vous assure que ça donne vraiment des frissons:D). J'espère que les autres films seront aussi adaptés en ciné-concert.
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12. Une Gorgone à Poudlard
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Pareil à celui de Rose, l'uniforme d'Helen Babbling était vert sombre (les garçons, quant à eux, avaient hérité du violet comme couleur de vêtement) et il épousait convenablement son corps svelte, alors qu'il tassait celui de Rose. Son visage immobile et austère semblait faire fuir tous les étudiants qui passaient à proximité de la banquette où elle était installée, de même que son regard involontairement intense qui répondait aux coup d'œils indiscrets – lesdits coup d'œils étaient surtout masculins, d'après les constatations de Rose. Helen paraissait bien au-delà de toutes les réactions qu'elle provoquait autour d'elle ; elle était littéralement plongée dans ses pensées. Un court instant, Rose la contempla sans bouger jusqu'à ce qu'elle réalise que le carrosse avait quitté le sol depuis deux bonnes minutes.
Le sortilège d'extension avait permis de donner à l'intérieur du véhicule volant l'aspect d'une grande salle de séjour riche en ornements et en mobilier. Il y avait des tentures aux fenêtres, qui étaient aussi larges que celles d'un manoir, un tapis, une cheminée, des tableaux au mur (dont l'esquisse du château de Poudlard et plusieurs portraits d'enseignants), et suffisamment de banquettes pour accueillir un village entier. Des jeux de cartes et d'échec version sorcier permettaient de prévenir l'ennui, et il y avait de quoi se désaltérer avec des maripain et du jus de citrouille. Le plus surprenant était probablement que ce moyen de transport ne souffrait d'aucune gravité : il était aussi stable qu'une véritable pièce à vivre, alors que les mouvements impétueux du carrosse mené par les palominos à l'extérieur devaient probablement être dignes de ceux d'un bateau en pleine tempête. « Jamais je n'aurais cru que le confort de ce monde surpasserait un jour celui de mon époque », songea Rose en comparant ce luxe au bon vieux Poudlard Express.
Avec un sourire aux lèvres, elle s'assit sur la même banquette qu'Helen. D'emblée, cette dernière afficha un air distant. Avant que Rose n'ouvre la bouche, elle déclara d'un ton cassant :
- Changez de place, Rose Weasley. Partager ma compagnie ne pourra que vous être nuisible.
Sans bouger, Rose la considéra sans comprendre la cause de son rejet.
- Expliquez-moi d'abord pourquoi vous ne voulez pas de moi ici, exigea-t-elle doucement.
- Je suis une femme mariée et ma place n'est pas ici, comme vous devriez le savoir, répondit Helen, le regard rivé devant elle. La loi établi il y a dix ans en défaveur des femmes dans ma situation leur interdit de reprendre leurs études à Poudlard. Rien n'est plus dégradant aux yeux des familles de sorciers les plus traditionnelles... J'ai pu obtenir une dérogation grâce au directeur de Poudlard, auquel j'ai soumis une demande. Cependant, je savais que je ne pourrai pas échapper au jugement méprisant des autres.
« Mes parents m'ont bien raconté qu'auparavant, la société la plus puriste des sorciers avait des coutumes archaïques, mais jamais je n'aurais imaginé que des lois puissent sanctionner les femmes de cette manière », pensa Rose, stupéfaite. Les prunelles inflexibles d'Helen semblaient toujours l'inciter à changer de banquette, ce qui ne l'encouragea nullement à obtempérer.
- Et votre fils ? Demanda Rose d'une voix prudente.
- Il est en sécurité chez son père... Il n'y a pas lieu de s'inquiéter.
Les poings d'Helen se contractèrent tout de même avec force et ses lèvres frémirent imperceptiblement. Une bouffée d'admiration s'éleva en Rose face aux sacrifices que cette jeune adolescente était prête à faire pour réaliser ce qui était probablement l'un des rêves de milliers de femmes en situation défavorable : prendre le chemin de Poudlard. La Helen Babbling qu'elle avait rencontré, stricte et soucieuse des conventions, n'était donc qu'une façade.
Celle-ci darda à nouveau son regard froid sur Rose pour dire :
- L'autre raison pour laquelle je ne vous veux pas sur cette banquette est que je ne vous aime pas... Et ne me demandez pas de vous expliquer pourquoi ; notre conversation s'est prolongée suffisamment longtemps. Levez-vous.
Un court instant, Rose hésita. L'hostilité apparente d'Helen la paralysait complètement. Elle finit par quitter la banquette sous le regard curieux de quelques étudiants, et elle s'installa sur une banquette vide à droite de la salle (Abraham se trouvait avec d'autres élèves et n'avait manifestement aucune envie de la rejoindre). D'un geste las, elle tira les rideaux de velours placé devant le long siège pour s'isoler. Durant les interminables minutes qu'elle passa seule, toutes sortes de pensées désagréables lui traversèrent l'esprit concernant sa situation actuelle. Pour la première fois, aller à Poudlard ne l'enthousiasmait pas, car elle ne voyait rien de plus qu'un désert inerte devant elle. Elle craignait d'y perdre son temps et de ne pas trouver de solution à son problème. Si seulement elle avait refusé dès le départ de toucher à ce fichu manuscrit !
Un maripain chaud vint la consoler deux heures, mais après avoir mangé, elle s'assoupit involontairement – ce qui la dispensa finalement d'endurer le voyage. Aux alentours de dix-neuf heures, par les fenêtres, le spectacle était fascinant : le ciel était désormais parsemé d'étoiles, et le château de Poudlard se dessinait au loin dans une esquisse timide au milieu du lac opaque plein de mystère, près duquel Rose aimait se recueillir avec un livre lors de ses moments de libre. Le paysage était figé comme un tableau malgré la vitesse alerte du carrosse (seul le château s'agrandissait progressivement). Tous les étudiants, hormis Helen Babbling, se levèrent pour assister à la descente de cette « voiture » volante.
- Ne venez-vous pas ? Demanda une étudiante blonde à Rose.
- Non, répondit Rose avec un petit sourire qu'elle voulut aimable.
Perplexe, la jeune fille s'éloigna. Helen, qui avait assisté à la scène, dit sèchement en se tournant vers Rose :
- Pourquoi êtes-vous toujours en train de me suivre ? Ne restez pas ici et faites comme les autres.
- Croyez-vous que quiconque ici ait envie de vous suivre, espèce de Gorgone ?
L'élève qui venait de prendre la parole était un garçon qui paraissait avoir dix-huit ou dix-neuf ans (il semblait courant à cette époque que les sorciers débutent tardivement leurs études). Il était grand mais chétif, et possédait des cheveux très sombres ainsi que des pommettes hautes. Ses lèvres s'étaient plissées avec mépris lorsqu'il s'était adressé à Helen en tempêtant le mot « Gorgone ». Cette injure était vraisemblablement très insultante, puisque Rose se souvenait de la répulsion avec laquelle le sorcier Thaïlis Kyle l'avait qualifié de Gorgone. Qu'est-ce que cela pouvait donc bien signifier ? Rose s'efforça de faire taire sa curiosité en observant Helen toiser le garçon sans un mot.
Ce dernier eut un sourire goguenard – qui laissa découvrir une rangée de dents aux rebords légèrement pointus – devant cette passivité.
- Les filles volatiles dans votre genre n'ont rien à faire ici, poursuivit-il d'un ton supérieur. Combien de pères respectifs ont vos enfants pour que vous avez décidé de les abandonner ?... Voilà pourquoi les moldus devraient être expulsés de Londres ; à force de les côtoyer, les sorciers imitent leurs mœurs légères !... Cela dit, votre attitude prête tellement à confusion que je me demande si vous venez bel et bien d'une famille de sorciers.
- Espèce de crétin ! S'écria Rose, surprise par son propre élan. Tu te trompes sur toute la ligne ! Helen n'a qu'un seul...
- Ne vous en mêlez pas ! L'interrompit Helen avec une soudaine véhémence.
En se rappelant qu'elle avait une fois de plus usé d'un langage complètement inapproprié pour l'époque, Rose se tut précipitamment. L'étudiant, à présent furieux, darda sur elle un regard de souverain mécontent. Embarrassée, Rose eut l'impression qu'il s'attardait sur ses taches de rousseur, comme si c'était un indicatif suffisant concernant son identité.
- Comment osez-vous vous adresser de la sorte à un membre de la famille Flint, misérable souillon ? Vous pourriez être expulsée de Poudlard pour cela !
En contenant un rire ironique, Rose se demanda s'il parlait en connaissance de cause. Pouvait-on vraiment, à cette époque, exclure un élève de Poudlard pour « non respect » de la hiérarchie sociale ? En sursautant, elle reprit le fil de l'altercation : le dénommé Flint avait déjà détourné son attention d'elle. Son objectif semblait surtout de briser l'armure de glace d'Helen Babbling.
- Alors, mademoiselle la Gorgone ? Lui lança-t-il. Êtes-vous déterminée à rester une année complète à l'école ? Ou allez-vous partir avant que je ne vous y oblige ?... (un rire mesquin s'échappa de ses lèvres alors qu'il se rapprochait d'elle) Allez-vous vraiment salir les pupitres avec vos doigts ? Je crois qu'elle peine à comprendre que personne ne veut d'elle ici, Deneth, ajouta-t-il en direction d'un étudiant aux cheveux longs jusqu'à la poitrine et à l'allure féroce.
- Flint, je sais de source sûre que vous n'êtes pas en droit de vanter les mérites de votre famille.
L'élève qui s'était adressée à Flint possédait une voix à la fois mélodieuse et ferme. En levant les yeux, Rose eut l'impression que l'illustration d'un manuscrit historique se mouvait devant elle : l'étudiante ne portait pas d'uniforme de Poudlard, mais une robe émeraude traînante aux manches triangulaires et des souliers si pointus qu'ils pourraient servir d'armes. Néanmoins, c'était sa chevelure qui était la plus proéminente dans son apparence : des boucles auburn interminables venaient encadrer toute sa silhouette et frôlaient le sol. Rose se rendit compte par la suite qu'elle était la seule à être surprise par cette longueur.
L'œil provocateur de Flint mit au défi la jeune fille de poursuivre son explication, ce à quoi elle s'attela sans tarder :
- Depuis que votre père, Semius Flint, passe son temps à perdre son argent en jouant dans des auberges, le nombre de terres de votre famille a diminué. De plus, chacun sait que votre mère décapite les elfes de maisons qui ne sont plus en âge de travailler chez vous, et qu'elle vend leurs têtes dans l'allée des embrumes en tant que nourriture pour les Trolls – un commerce illégal depuis trois ans, pour vous rafraîchir la mémoire.
En adoptant un air arrogant amusé, elle conclut :
- Ma famille possède six terres de plus que la vôtre, deux fois plus d'elfes de maisons, et trois fois plus de lingots d'or. Par conséquent, vous devriez me respecter et m'obéir dès à présent.
- Vous mentez... Vous..., siffla Flint en blêmissant. Quel est votre nom, d'abord ?
- Vous n'avez pas besoin de le savoir.
Sur ces mots, l'étudiante tourna les talons avec une cérémonie volontaire et retourna à son poste d'observation au niveau de l'une des fenêtres. Un grincement sous le tapis indiqua alors à Rose que le carrosse avait touché terre. Pendant ce temps, Helen n'avait guère changé d'expression ou de posture, comme si les propos de Flint l'indifféraient complètement. Une sorte de timidité empêcha Rose de l'approcher à nouveau (même Flint cessa de la titiller et rejoignit un groupe d'étudiants).
...
Un flot d'élèves se déversa du carrosse désormais immobile ; Rose frémit lorsqu'un vent violent la frappa de plein fouet.
Le pire qu'elle endura fut l'instabilité des rochers sous ses chaussures, car le carrosse se trouvait en fait au sommet d'une falaise (que Rose jugeait probablement plus vertigineuse que les autres élèves en raison de ses malaises en altitude) qui offrait une vue en plongée surprenante sur le château de Poudlard. Rose déglutit en faisant taire le tremblement de ses jambes.
- Avancez prudemment !... Hâtez-vous, la cérémonie va bientôt commencer !
L'ordre avait été donné par une sorcière à l'air mélancolique et aux cheveux blonds abondants – la directrice adjointe (elle portait une collerette qui lui donnait l'air chétive), et Rose parvint à établir une vague ressemblance entre Mrs Dragonneau, qui était une amie de longue date de ses parents, et elle. Divisés en quatre groupes et encadrés par des étudiants plus âgés qui ne portaient pas l'uniforme de Poudlard (parmi lesquels se trouvait la jeune fille à la chevelure auburn très longue), les élèves entreprirent de descendre la falaise en empruntant un chemin sinueux et glissant. Rose peina à combattre son malaise alors que le vide était présent partout autour d'elle, et un moment, elle trébucha en s'agrippant malencontreusement à l'épaule de Flint qui tomba à sa suite sur un rocher plat.
En se relevant hargneusement, il essuya frénétiquement sa robe neuve avant de se tourner vers Rose dans l'intention de lui servir les pires injures. Il aboya :
- Touchez-moi encore une fois, souillon, et je vous enterrerai vivante sous cette falaise !
- Vous êtes vraiment un sale type ! S'indigna Rose en ayant le sentiment de ne jamais s'être aussi bien défendue de sa vie. Ou alors, quelque chose ne tourne pas rond dans votre tête. Un tour à Saint-Mangouste, ça vous intéresse ?
Étrangement, elle ne se sentait pas intimidée et était poussée par un élan de confiance, alors qu'à son époque, elle perdait facilement ses moyens dès lors qu'il lui fallait subir un conflit. Était-elle en train de changer ou était-ce les personnes autour d'elle qui étaient devenues différentes ? Quoi qu'il en soit, il lui fut agréable de tenir à un garçon arrogant tel que Flint.
Ce dernier paraissait éprouver une furieuse envie de dégainer sa baguette, mais il se contint afin de faire bonne figure auprès des élèves.
- Vous me le payerez, marmonna-t-il avant de se détourner d'elle.
Le chemin jusqu'au château se poursuivit sans aucun autre événement « houleux ». Les élèves et la directrice adjointe embarquèrent à bord des traditionnelles diligences tirées par des sombrals, cependant que les élèves de première année rejoignaient des barques. « Ça me soulage d'avoir affaire à des rituels intemporels. Je me sens presque chez moi », se dit Rose, ballottée par les mouvements de la barque.
Une fois qu'ils furent rassemblés dans la cour d'entrée du château, il leur fut demandé de se séparer de leurs sacs de voyage personnel, puis de rejoindre en toute discrétion la grande salle. À l'intérieur de la grande salle, le même plafond étoilé qui avait fait rêvé Rose lors de sa première année à Poudlard semblait apaiser la cacophonie environnante. Les élèves séparés par table en fonction de leurs maisons respectives étaient bien moins nombreux que ceux qui étaient destinés à être réparti. Des élèves de tout âge se bousculèrent avant de former un demi-cercle autour du choixpeau magique à la demande de la directrice adjointe qui se présenta brièvement :
- Bienvenue à Poudlard, chers apprentis. Je suis Esmerelle Gamp, la directrice adjointe. Présentez vos respects. (toutes les têtes des étudiants s'inclinèrent, et Rose s'efforça de les imiter) Poudlard est un lieu que les sorciers chérissent depuis l'époque des fondateurs et c'était au départ un lieu de refuge – l'un des uniques lieux où la sorcellerie pouvait s'étioler sans crainte. Aujourd'hui, notre école est un lieu d'apprentissage où l'étude de la magie est essentielle ; au cours de votre année ici, nous attendrons de vous une régularité constante et une obéissance aux règles.
Un parchemin qui acheva sa course au pied de l'estrade fut déroulé, après quoi chaque étudiant fut invité à se parer la tête du choixpeau. Quand vint le tour de Rose, elle trouva étrange d'entendre son nom être prononcé par un personnage aussi solennel qu'Esmerelle Gamp. Au même instant, dans le même lieu, mais à plusieurs centaines d'années de distance, ses cousins et son frères avaient-ils réalisé sa disparition ? Ou le temps s'était-il au contraire figé depuis qu'elle avait voyagé dans le temps ?
À son passage, les murmures ne manquèrent pas de résonner : « Weasley ? Non, je ne connais pas ce nom ». Bien évidemment, l'identité de Rose était la même quel que soit le lieu où elle se trouvait : sa maison de prédilection fut donc Gryffondor. Elle s'appropria une place au niveau de la table de gauche, puis elle se concentra sur la répartition des seuls élèves de première année qu'elle connaissait déjà : Abraham devint un Gryffondor dès que le choixpeau frôla sa tête. Helen Babbling fut affectée à Serdaigle. Flint et la fille aux cheveux auburn, quant à eux, étaient déjà à la table des Serpentard et saluaient les nouveaux venus.
La cérémonie se poursuivit avec le discours de la directrice de Poudlard, Elizabeth Burke. Lorsque cette dernière quitta la table réservée aux professeurs pour prendre la parole, Rose manqua de renverser un verre à pied ; la réplique en chair et en os du portrait, devant lequel elle avait l'habitude de passer distraitement dans le hall d'entrée à son époque, venait d'apparaître devant elle. En effet, depuis la mort de la directrice Elizabeth Burke, de nombreux portraits la représentant parsemaient les murs de Poudlard. Ayant dirigé l'école de la fin du 16e siècle au début du 17e siècle, Mrs Burke était reconnaissable à son chapeau pointu comme une lame, à sa robe noire austère rayé de rouge, et à sa collerette intimidante qui accentuait la bosse de son menton. Ses cheveux roux tirés en arrière et séparés en deux disparaissaient sous la montagne de dentelle. Son teint était blafard, ses sourcils fins, et ses yeux, peu aimables. Elle était particulièrement célèbre chez les élèves de Serpentard du fait de sa croyance en la supériorité du sang-pur.
En la considérant, Rose se surprit à regretter la directrice de son époque, Minerva McGonagall.
- Présentez vos respects, exigea Mrs Burke sans précéder son discours d'une parole de bienvenu.
Avec concomitance, les élèves se levèrent, se courbèrent, et prononcèrent en chœur : « Nous vous saluons, madame la directrice ». La fraction de retard que Rose eut sur les autres élèves lui valut plusieurs paires de regards noirs. Fort heureusement, Elizabeth Burke ne le remarqua pas et un petit sourire étira ses lèvres fines.
- Je suis fière de vous accueillir pour une nouvelle année à Poudlard, dit-elle. Notre école traverse les années sans faillir, il est vrai, mais ce qu'il se passe à l'extérieur doit tout de même attirer notre attention. Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons préserver notre monde. Les récents événements prouvent que nos traditions, notre authenticité, et notre magie sont menacés. La pédagogie, l'apprentissage, et l'épanouissement sont le cœur de notre métier, et eux seuls vous serviront d'arme pour lutter contre ceux qui vous veulent du mal. Le danger guettant les sorciers s'est intensifié, et nous devons donc vous former différemment. Vos enseignants et moi-même avons décidé d'instaurer une nouvelle discipline pour répondre à ce besoin : les défenses contre les forces du mal, un cours qui vous sera dispensé par le professeur Sir Dellacomley. Par ailleurs, le succès du Quidditch a pris de l'ampleur, comme vous avez pu le constater ; de ce fait, un tournoi de Quidditch sera organisé entre les maisons chaque année. Au départ, j'y étais formellement opposée... vous connaissez mon attachement aux vieilles traditions de notre école (quelques enseignants gloussèrent). Mais vos enseignants m'ont convaincu en mettant en avant votre santé physique.
À l'annonce de ces réformes, Rose s'attendait à ce qu'un débordement de joie se manifeste dans la salle de la part des élèves. Néanmoins, aucun chapeau ne fut jeté en l'air et toutes les bouches restèrent closes. La majorité des étudiants paraissaient contenir leur fébrilité, comme s'il était discourtois à cette époque de réagir au discours de la directrice. Par la suite, Mrs Burke énonça les règles principales de l'école. Deux d'entre elles étaient particulièrement surprenantes : les élèves devaient saluer tous les occupants du château qu'il croisaient, y compris les fantômes, sous peine de faire perdre des points à leurs maisons. L'hymne de Poudlard devait être déclamé à chaque début de cours et inscrit en tête de tous les parchemins des exercices écrits (un rituel qui a été aboli à la fin du 19e siècle, d'après les souvenirs de Rose.
Le banquet était plutôt fade en comparaison de ceux auxquels Rose était habituée : un ragoût avait été servi avec les rustiques maripain trempés dans du jus de citrouille. Très de plats appartenant à la gastronomie moldue avaient l'honneur de paraître à table. Il y avait cependant des glaces en guise de dessert. À peine arrivée, Rose ressentait déjà le besoin de partir.
...
Les coutumes moldues ont apparemment lutté pour trouver leur place au sein de l'école Poudlard, un lieu encore conservateur au 17e siècle. À titre d'exemple, Noël n'était pas célébré ; seuls les événements liés à l'histoire de Poudlard et de la sorcellerie prenaient la forme de fêtes, comme le jour de la fondation de Poudlard ou encore la commémoration du 8 février en l'honneur des martyrs de Londres (l'équivalent ancien de la commémoration des martyrs de Salem). Le port des vêtements moldus était interdit, même en dehors des heures d'enseignements (une élève surprise en possession d'un collier de perles et d'un corset avait été renvoyée), de même que le jargon moldu. Et la direction d'Elizabeth Burke n'avait pas contribué à assouplir les règles.
Un jour, avant de quitter le dortoir, Rose oublia de rabattre ses cheveux autour de ses épaules comme les autres filles et les noua rapidement en queue-de-cheval. Elle descendit dans la grande salle en ayant l'étrange impression d'être le centre de toutes les attentions, ou pire encore : d'être une accusée à deux doigts de passer devant une cour de justice. En s'empourprant inévitablement, elle s'installa à la table des Gryffondor en courant presque. Une élève qui semblait un peu plus jeune qu'elle la regarda. En voyant là une intention purement amicale, Rose sourit :
- Salut.
Après quoi, elle se mordit les lèvres. « Salut » n'était guère un mot conforme. Le mutisme de l'élève qui la regardait la gêna, de même que son expression scrutatrice.
- Êtes-vous une Gorgone ? Finit d'ailleurs par lui demander celle-ci.
- Non, je suis... (déconcertée, Rose souhaita assouvir sa curiosité) Qu'est-ce que c'est qu'une Gorgone ?
- Vous ne le savez pas ? Vous avez pourtant l'air d'en être une. Une Gorgone est une personne qui imite les mœurs des moldus. J'en ai vu beaucoup à Londres, mais vous êtes la première à oser faire cela à Poudlard... Si vous vous faites surprendre par un enseignant avec une pareille coiffure et en train de parler de cette manière, vous serez expulsée.
En soupirant, Rose finit par se débarrasser de l'élastique qui retenait sa chevelure, et s'éclaircit la gorge en s'efforçant de bannir de son discours tout propos qui pourraient choquer ses interlocuteurs actuels. En employant le ton le plus solennel possible, elle déclara :
- Mademoiselle, je vous prie de croire que je ne suis pas l'une de ces personnes qui éprouve une fascination farouche pour les habitants de Londres dépourvus de pouvoir magique. Je les respecte sans pour autant vouloir leur ressembler. Croyez bien que je n'ai guère pour dessein d'offenser quiconque.
- Ce que vous êtes étrange ! S'exclama l'élève en grimaçant. Pourquoi vous adressez-vous à moi comme si j'étais la chef du Conseil des sorciers ? C'est vraiment gênant !
Leur malentendu s'acheva ici. Ensuite, Rose fit progressivement connaissance avec elle et apprit qu'elle se nommait Ariel Beurk. Elle avait treize ans, était de sang-pur, et venait à Poudlard pour la deuxième année consécutive. Rose entreprit de se présenter quand elle eu terminé, mais Ariel lui intima de se taire en plaçant un doigt devant ses lèvres. Autour d'eux, toutes les conversations s'étaient estompées, et des rouleaux de parchemins avaient remplacés les assiettes. Seul le bruit du crissement des plumes était perceptible.
- C'est l'heure du courrier, expliqua Ariel à Rose. Chaque jeudi après-midi, nous pouvons rédiger des lettres pour nos familles.
Avec frénésie, elle déroula un rouleau de parchemin et commença à écrire. Rose l'imita, et sa plume qui frôla le papier manqua d'inscrire mécaniquement « maman ». En réfléchissant, Rose décida finalement d'adresser sa lettre à La niche. Quel autre choix avait-elle ? Aucun. Si elle adressait son courrier à ses parents, il se perdrait probablement en chemin. Lorsqu'elle posa sa plume, Ariel se pencha vers son parchemin avec curiosité.
- À qui avez-vous écrit ?... (elle lut la lettre de Rose) Est-il votre fiancé ?
- Non, il est... mon bienfaiteur.
Pour dissimuler son embarras, Rose garda les yeux rivés sur les mots qu'elle avait destiné à Ralston.
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Ralston,
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Ma rentrée à Poudlard s'est bien déroulée ; j'ai été affectée à Gryffondor. Il était plutôt fascinant d'apercevoir le château sur l'autre bordure du lac, comme si l'un de mes rêves se concrétisait enfin. J'ai souvent rêvé d'un endroit semblable à celui-là où tout m'émerveillerait, même le ciel. Je n'aurais jamais imaginé qu'il puisse exister pour de bon et qu'il puisse être aussi similaire à ce que mon esprit connaissait déjà. Figurez-vous que comme vous l'espériez, des réformes prennent le pas sur les aspects les plus conservateurs de Poudlard : le Quidditch a enfin fait son entrée dans l'école, et un tournoi sera organisé entre toutes les maisons chaque année. La pratique de la magie sera également bien plus mise en valeur que la théorie, et une nouvelle discipline permettra aux apprentis de se défendre par eux-mêmes (les défenses contre les forces du mal). J'ai pensé à vous quand la directrice a prononcé son discours.
Concernant Poudlard, je n'ai rien à vous dire de plus pour le moment. J'espère que de votre côté, vous remportez toutes les batailles que vous menez au Magenmagot. J'ai l'intuition que les choses vont bientôt changer. Alors, continuez de vous battre pour un monde plus juste. Moi, j'ai confiance en vous.
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