Le coin de l'auteure :

Bonjour ! En piste pour un nouveau chapitre du point de vue d'Harry. J'espère qu'il va vous plaire. En tout cas merci à tous pour vos adorables reviews. Oh, et bienvenu aux nouveaux. Je suis vraiment ravie que cette histoire vous plaise, et j'espère que vous passerez un bon moment à suivre cette aventure.

Bonne lecture !

Bises ;)

Peaseblossom

Disclaimer : rien ne m'appartient comme toujours. Tout est à JK Rowling.

Réponse à la review anonyme :

C : Oh, merci beaucoup pour tous tes compliments ! Je ne vais vraiment plus savoir où me mettre, moi. ^^ Moi aussi, j'avais un faible pour les histoires qui finissent bien, mais j'ai voulu changer pour une fois, et vu dans quoi je m'étais embarquée, je trouvais que ça ferait vraiment niais. Un grand merci pour ton soutien. même si ça finit, mal, j'espère que l'histoire t'aura plu quand même. Et pour Blaise... c'est une impression, parce que je l'ai fait adorable (non, mais c'est vrai en plus !) Tu verras dans les chapitres suivants... En tout cas, un grand merci d'être toujours au rendez-vous. J'espère sincèrement que ce chapitre te plaira. A bientôt ! Bises ;)


Chapitre 10 – Se retrouver

« Potter ! Fowles ! Dans mon bureau ! »

Harry ne pouvait jamais s'empêcher de sursauter quand la voix de Dawlish se mettait à tonner dans le bureau des Aurors. C'était bien ridicule. Il pouvait rester des heures en planque, sans bouger, sans jamais se laisser surprendre par quoi que ce soit, mais il était incapable de ne pas sursauter quand son supérieur élevait la voix. Vraiment ridicule. Il laissa ses affaires en plan et se dirigea vers le bureau de Dawlish.

Un jeune Auror aux cheveux châtains et à l'air affairé se précipita dans la même direction que lui. Harry remonta ses lunettes et entra dans le bureau de Dawlish. A sa grande surprise, ils n'étaient pas seuls. Harry ne mit pas longtemps à reconnaître Malefoy. L'autre était un Auror qui était déjà là quand il avait intégré la brigade. Un certain Greshko. Harry ne le connaissait pas très bien. Il était assez discret et se mêlait peu aux autres. Mais apparemment, il faisait du bon travail, et il n'était pas là pour juger les autres.

Dawlish contourna son bureau et s'assit à sa place. Harry le regarda faire sans comprendre. Que faisaient-ils tous là ? Quel était le problème exactement ? Malefoy avait l'air furieux. Mais vraiment furieux. Son regard lançait des éclairs, et Harry n'aurait pas aimé être la cible de toute cette colère. Fowles jetait un regard incertain autour de lui. L'angoisse qui émanait de lui ne faisait rien pour arranger son état d'esprit. Que se passait-il donc ? A voir la tête d'enterrement de Dawlish, l'impassibilité de Greshlo, et la colère de Malefoy, ça avait l'air grave.

« Potter, Fowles, commença Dawlish, je veux que vous vous adjoignez à l'enquête prioritaire de Malefoy et Greshko. Ils vont vous expliquer. »

Un grondement sourd échappa à Malefoy.

« Vous n'avez pas le droit de faire ça.

- Ce n'est pas vous qui allez m'apprendre mon travail, Malefoy, l'interrompit sèchement Dawlish. Pas de discussion. »

Malefoy bondit de son siège, rouge de fureur.

« Nous n'avons pas besoin d'eux !

- L'enquête que je vous ai confiée il y a deux mois n'a pas avancé d'un poil, Malefoy, rétorqua Dawlish. Un œil neuf et un peu de recul ne feront pas de mal. Cette affaire est trop grave pour être menée à la légère, et je pensais que vous le comprendriez. »

Harry observa la scène, mal à l'aise. Il vit Greshko jeter un regard d'avertissement à Malefoy, qui fit comme s'il ne l'avait pas vu. Pourtant, il était en train de dépasser les bornes, et il fallait être idiot pour ne pas voir que Dawlish avait déjà largement épuisé ses crédits de patience. Mais Malefoy était aveuglé par la colère. Fowles se dandinait d'un pied sur l'autre, aussi mal à l'aise qu'Harry.

« Ça ne fera rien avancer du tout ! s'exclama Malefoy. Tant que Dolohov ne sortira pas de son trou, on n'arrivera pas à le déloger.

- Je me contrefiche de ce que vous pensez ! aboya Dawlish. Vous allez faire ce que je vous dis, ou je vous suspends ! »

Harry vit que Malefoy avait clairement l'intention de répliquer. Mais Greshko le coupa avant qu'il n'ait pu dire quelque chose qu'il aurait sans nul doute regretté par la suite.

« Ok. On va faire comme ça. Mais il ne faut pas s'attendre à des résultats dans l'immédiat. Dolohov n'a pas reparu depuis un long moment, et on ne sait pas à quoi est due cette interruption de ses activités. »

C'était la première fois qu'Harry entendait une phrase si longue dans la bouche de Greshko. Dawlish lui jeta un regard approbateur. Malefoy le fusilla du regard.

« Faites de votre mieux. Je vous fais confiance. »

Greshko acquiesça. Harry se sentait perdu. Il ne savait pas de quoi il était question, si ce n'est qu'on voulait qu'il participe à une enquête qui, de toute évidence, concernait Dolohov, un Mangemort encore en cavale, mais que Malefoy n'avait aucune envie de le voir se mêler de cette affaire. A côté de lui, Fowles était tout aussi confus que lui. Harry avait plusieurs fois travaillé avec lui, et il savait qu'il était plutôt bon pour débusquer les suspects, et qu'il savait à coup sûr si quelqu'un mentait ou non. Mais dans son cas, Harry ne savait trop que penser. Jusque-là, on avait soigneusement évité de les mettre ensemble sur une affaire, Malefoy et lui. C'était du bon sens, d'ailleurs. Il était de notoriété publique qu'ils ne se supportaient pas. Même s'ils avaient suffisamment grandi pour ne pas se sauter dessus à la moindre provocation, l'inimitié et la tension étaient toujours là. Il n'était pas du tout sûr qu'ils arriveraient à s'entendre, à supposer qu'ils fassent preuve de bonne volonté. Ils avaient tous les deux des caractères forts, et il faudrait se méfier des étincelles. Dawlish devait vraiment être dans une situation désespérée pour en venir à cette solution. L'affaire était donc plus que sérieuse. Étrange qu'il n'en ait pas entendu parler. La presse aimait bien ce genre d'histoire pour se faire mousser. Affaire en partie étouffée par le Ministère, donc. Tout ça ne lui disait rien qui vaille.

Malefoy fulminait toujours mais Dawlish se désintéressa de lui. Son regard de faucon, perçant et inquisiteur, se posa sur Fowles et Harry.

« Silence absolu sur cette affaire, les prévint-il. Dolohov est dangereux. Que l'on n'entende plus parler de lui ne veut pas dire qu'il est hors circuit. Il essaye peut-être simplement de nous faire baisser la garde. Je vous décharge de vos autres dossiers, celui-là passe avant. Débrouillez-vous comme vous voulez, mais ramenez le moi ! »

Ainsi congédiés, les quatre Aurors sortirent. C'est Greshko qui prit la direction des opérations, vu que Malefoy était trop en colère pour le faire. Ils se retrouvèrent dans une petite pièce adjacente à la grande salle quadrillée par les box individuels. C'était l'endroit où l'on se rendait d'ordinaire pour les débriefings qui demandaient de réunir une grosse équipe. La dernière fois qu'il y était entré, c'était pour organiser le démantèlement d'un gros trafic d'objets de magie noire, avec les trois-quarts de la brigade. Hermione était là, elle aussi, en tant que consultante spécialisée. Et c'était Malefoy qui supervisait l'opération.

Rapidement, Greshko leur fit un compte-rendu de l'affaire. Faits, déclarations, dépositions, rapports, analyses et tout le bataclan. Malefoy boudait sur un siège, les bras croisés, bien décidé à ne pas décrocher un mot. Mais Harry ne fit plus attention à lui, à mesure que Greshko déballait son histoire. Il fronça les sourcils. Quelque chose le chiffonnait dans le récit de l'Auror. Et à voir la mine concentrée de Fowles, qui prenait frénétiquement des notes sur un calepin, c'était pareil pour lui. Il faudrait qu'il étudie la question plus en détails, mais le fait était là. Quelque chose l'intriguait.

« On vous fera parvenir le dossier tout à l'heure, conclut Greshko. Mais en gros, voilà l'affaire. N'est-ce pas Malefoy ? »

Le concerné leva les yeux au plafond. En réalité, Harry le soupçonnait d'être vexé. Extrêmement vexé. Il l'aurait sans doute été aussi à sa place, même s'il ne l'aurait pas montré de façon aussi... éclatante. C'était un peu comme si on remettait en cause son intégrité et son intelligence professionnelle. Lui aussi aurait détesté ça.

Ils se séparèrent là-dessus. Même déchargés de ses enquêtes en cours, Harry ne manquait pas de travail. Le pire restait la paperasse. Il ne s'était jamais attendu à ce qu'il y en ait autant quand il était entré dans la brigade des Aurors. L'avantage, c'était qu'il n'y avait pas tellement besoin d'être concentré. Ce qui lui donnait tout le loisir de songer à cette nouvelle enquête. Il n'avait été assigné qu'une fois à la capture d'un ex-Mangemort. Comme si on l'avait soigneusement tenu éloigné de ce genre d'événement. Mais il ne s'en plaignait pas. Ces gens qu'ils arrêtaient lui rappelaient trop souvent les heures les plus noires de sa vie, la fuite, la peur, la douleur, l'isolement, le rejet. Toutes ces pensées qu'il voulait enterrer au plus profond de lui. S'il voulait obtenir quelque chose dans cette affaire, il faudrait qu'il cadenasse tout cela au fond de lui.

Il pensa à Malefoy qui prenait si mal son arrivée sur l'affaire. Ça ne l'étonnait guère. Toutefois, quelque chose l'inquiétait chez Malefoy. Depuis ce qui s'était passé avec Hermione, il était… différent. Perdu. Et Harry était persuadé que c'était surtout cela qui le mettait dans cet état d'irritation. Et il avait observé la même chose chez Hermione, même si elle ne le montrait pas de la même façon. Hermione était distante. Avec tout le monde. Même lui. Perdue elle aussi. Et Harry ne comprenait pas. L'antidote les avait ramenés à eux-mêmes. L'affaire enterrée, tout pouvait redevenir comme avant. Ce n'était qu'une très mauvaise plaisanterie qui avait mal tourné. Une bêtise qui ne prêtait pas à conséquences. Mais rien ne se passait comme prévu. Et Harry ne voyait pas comment arranger les choses. Il avait l'impression que tout lui échappait.

La pendule du bureau se mit à brailler de tout son saoul, comme tous les soirs. Harry n'était pas de garde cette nuit-là. Il rangea rapidement son bureau, peu enclin à faire des heures supplémentaires ce soir-là. Il s'assura que sa baguette était à sa place, dans sa poche droite, et prit la direction de l'ascenseur. Une main l'arrêta juste avant qu'il ne sorte de la salle des Aurors. Il se retourna brusquement. Ce n'était que Greshko. L'Auror blond lui tendit une chemise cartonnée.

« Copie du dossier, » expliqua-t-il.

Puis il tourna les talons. Harry resta un moment stupéfait par cette attitude on ne peut plus cavalière. Puis il décida d'ignorer l'incident. Il glissa le dossier dans une poche intérieure de sa veste et rentra chez lui.

Il transplana dans un petit parc, non loin de chez lui. Il respira à pleins poumons l'odeur d'humidité et de feuilles mortes qui embaumait l'atmosphère. C'était tellement différent de l'air enfumé de Londres qu'il appréciait d'autant plus cette petite promenade bienvenue le matin comme le soir. Il passa devant les jeux d'enfant, les balançoires et les bacs à sable. Il faisait frais et il n'y avait personne à cette heure. Le soleil avait déjà commencé à se coucher là-bas, derrière les collines. Ses derniers rayons transformaient les feuillages roussis par l'automne en joyaux d'or et de rubis. Au-dessus de lui, la lune commençait déjà à sourire.

D'un pas flâneur, il passa les petites grilles qui délimitaient le parc et remonta la rue pavée, bordée de maisons coquettes aux jardins bien entretenus. Ça ne faisait pas très longtemps qu'ils avaient emménagés là avec Ginny, mais Harry s'y sentait bien. Ils avaient essayé, un temps, de réhabiliter le 12, square Grimmaurd que Sirius lui avait légué, mais la vieille et sinistre maison lui rappelait trop de souvenirs et d'espoirs perdus. En attendant de trouver une solution pour la demeure londonienne, ils avaient déménagé dans un petit pavillon, juste à l'extérieur d'un village moldu. Il y avait peu de monde, on ne l'y connaissait pas, et on ne lui posait pas de questions. Harry n'en espérait pas tant.

Cinq minutes plus tard, Harry faisait tourner sa clef dans la serrure de sa maison. Une chaleur confortable lui bondit dessus, et il se laissa aller à un soupir de bien-être. Des rires s'échappaient du salon, ainsi qu'une délicieuse odeur de tarte à la citrouille. Harry en sentait son estomac gargouiller d'avance. Il avança silencieusement dans le petit couloir qui desservait les pièces du rez-de-chaussée et donnait accès à l'escalier qui grimpait au premier étage. Il s'arrêta devant la porte du salon.

La première personne qu'il vit fut Ginny, un tablier autour du cou, le sourire aux lèvres, appuyée contre la cheminée. Elle regardait en direction de la table basse, et Harry dut se contorsionner le cou pour voir ce qu'elle regardait. Le spectacle le fit sourire. Hermione accroupie à côté de la table basse murmurait des sortilèges qui donnaient vie aux personnages des dessins de Teddy. Son filleul se trouvait à la maison pour quelques jours. Andromeda le leur avait amené deux jours plus tôt. Le petit garçon, des étoiles plein les yeux, regardait s'agiter l'ours et le lion qu'il avait maladroitement dessinés sur sa feuille de papier et à grand renfort de couleurs avec de petites exclamations de joie. C'était de la jolie magie, et Hermione avait toujours fait cela à merveille. Elle était douée en enchantements et elle savait s'y prendre avec les enfants.

Il les observa de longues minutes. Les cheveux de Teddy avaient pris une vigoureuse teinte bleue, sa couleur préférée.

Harry aimait beaucoup son filleul. Mais Teddy en était encore à l'âge où l'on ne comprend pas très bien tout ce que l'on a perdu. En attendant, Harry essayait de lui donner tout ce qu'il n'avait jamais eu, au temps où il vivait chez les Dursley. De l'affection, de l'intérêt et du temps. Mais il n'avait pas tellement besoin de se forcer pour ça. Teddy était vraiment un petit garçon attachant. Toute la famille Weasley l'avait très vite adopté, mais Hermione restait sa baby-sitter préférée. Elle écoutait, et elle trouvait toujours une réponse aux questions parfois saugrenues qu'on pose à cet âge. La jeune femme avait beaucoup sympathisé avec Tonks, partageant avec elle ce qu'elle ne voulait pas partager avec Ron ou lui. Sa mort l'avait énormément affectée. Teddy était tellement adorable... il n'avait pas mérité d'être orphelin. Ce n'était pas juste.

Il en avait parlé une fois avec Hermione. Et de ce qu'il conviendrait de faire, quand il commencerait à poser des questions sur sa famille. Cette idée l'angoissait, et il s'était naturellement tourné vers Hermione, qui savait toujours trouver les mots pour lui répondre. Mais sa réponse l'avait surpris, parce qu'il n'avait jamais envisagé la chose sous le même angle qu'elle.

« Il te ressemble beaucoup, tu sais ?

- A moi ? »

Hermione rit.

« Oui, à toi. Il est orphelin, comme toi. Il grandira sans ses parents et il ne les connaîtra jamais autrement que par les souvenirs des gens qui l'entourent. Le moment venu, tu sauras quoi faire. L'essentiel est de l'entourer d'affection pour qu'il ne se sente jamais rejeté ou non-désiré. »

Harry médita quelques instants ses paroles.

« Il faut qu'il ait ce que toi tu n'as pas eu, » ajouta-t-elle dans un murmure.

Harry sursauta et posa un regard lourd sur elle.

« Mais Hermione...

- Je sais, coupa-t-elle. Mais dans le fond, tu sais que j'ai raison. Ron et moi... On ne pouvait pas te donner ce dont tu avais besoin. Il n'y a jamais eu personne pour te donner ce dont tu avais besoin. Ça n'arrivera pas à Teddy. Crois-moi. »

Harry acquiesça lentement. Puis, saisit d'un nouveau doute :

« Et s'il nous rejette quand il saura pour ses parents ? S'il nous en veut, qu'il ne veut plus nous voir ? »

Hermione posa une main réconfortante sur son épaule.

« Ne te fais pas de soucis. Sois toujours sincère avec lui, comme tu l'as toujours été. »

Harry n'avait jamais encore été confronté à des questions trop gênantes, et pourtant légitimes de la part de Teddy. Pourtant, il gardait toujours en tête cette conversation avec Hermione. Et pour le moment, il donnait au petit garçon toute l'affection dont il était capable.

Hermione ensorcela un nouveau dessin, et de petits poissons se mirent à nager au milieu de vaguelettes et d'algues au pastel, ce qui tira des rires émerveillés à Teddy.

« Tu m'apprendras ? Quand j'aurais ma baguette ? » demanda le petit garçon.

Hermione sourit. Soudain, Harry retrouvait son amie telle qu'il l'avait toujours connue.

« Bien sûr, mon grand, » répondit-elle.

Elle leva les yeux et croisa le regard amusé et attendri d'Harry. Elle lui sourit.

« Regarde qui est là, Teddy, » fit-elle au petit garçon.

Teddy se retourna. Harry vit un grand sourire se peindre sur le visage de son filleul. Il se leva, abandonna ses crayons et ses dessins, et se précipita vers son parrain.

« Harry ! Hermione va m'apprendre à faire bouger mes dessins. Tu crois que je pourrais avoir ma baguette bientôt ? »

Harry embrassa Teddy.

« A onze ans, Teddy. Je te l'ai déjà dit. »

Ginny et Hermione les rejoignirent. Il embrassa sa fiancée, et enlaça son amie. Parfaite félicité familiale qui l'emplissait toujours de bonheur. Il avait toujours des moments d'angoisse parfois. Serait-il un bon père, lui qui n'avait jamais su ce que c'était ? Mais ces moments de joie suffisaient à balayer ses doutes. Soudain, Hermione s'écarta en fronçant les sourcils.

« Il n'y a pas quelque chose qui brûle ? »

Ginny bondit.

« Ma tarte à la citrouille ! »

Elle se précipita dans la cuisine. Il l'entendit jurer, mais Harry était à peu près sûr que ce serait tout de même délicieux. C'était toujours délicieux. Hermione se pencha vers Teddy.

« Tu veux bien retourner dessiner ? lui demanda-t-elle. Je voudrais parler à Harry. »

Le petit garçon acquiesça et retourna à ses dessins. Pendant quelques minutes, les deux amis le regardèrent gribouiller sur sa feuille de papier. Il était si concentré qu'il ne maîtrisait plus très bien ses pouvoirs de métamorphomage, et ses cheveux changeaient de couleur parfois, quand ce n'était pas la forme de son nez ou la couleur de ses yeux. Ça posait quelques problèmes d'ailleurs. Andromeda avait dû engager un précepteur sorcier pour s'occuper de son petit-fils. Elle ne pouvait pas décemment l'emmener dans une école moldue tant qu'il ne maîtrisait pas sa magie, toute involontaire qu'elle soit. Mais Andromeda savait gérer ce genre de situation. Après tout, Tonks aussi avait été métamorphomage.

Tout à ses pensées, Harry ne vit pas tout de suite qu'Hermione avait cessé de regarder Teddy pour le fixer.

« Tu voulais me parler ? demanda-t-il.

- Oui... »

Son ton hésitant interpella Harry. Il n'était pas dans les habitudes d'Hermione d'être hésitante. Il lui jeta un regard interrogateur.

« J'ai pris mon samedi, commença-t-elle. Je vais partir ce week-end. »

Harry la regarda, ne sachant trop comment elle voulait qu'il réagisse. Qu'elle parte en week-end, soit, mais que venait-il faire là-dedans ?

« Je ne serais certainement pas joignable, poursuivit-elle, de plus en plus mal à l'aise. Je voulais juste t'éviter d'être inquiet, et… et Ron aussi. »

Un affreux doute traversa l'esprit d'Harry. Elle n'avait quand même pas…

« Tu n'en as pas parlé à Ron ? » s'étonna-t-il, un peu plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.

Grand Merlin, ils étaient fiancés, oui ou non ? Hermione croisa les bras. Elle se mordilla la lèvre inférieure, comme elle le faisait toujours quand elle n'était pas à son aise, ou qu'elle réfléchissait à un problème délicat.

« Non, finit-elle par répondre. Je… J'ai besoin d'être seule quelques temps. Je ne sais plus trop où j'en suis, et… je préférerais que Ron ne soit pas là. »

Harry soupira.

« Ecoute Hermione, je t'aime beaucoup, mais parfois… »

Elle lui adressa un pauvre sourire.

« Oui, je sais.

- Tu sais toujours, » marmonna-t-il.

Il ne voulait plus se retrouver coincé entre elle et Ron. Ils étaient tous les deux suffisamment grands pour gérer leurs histoires tous seuls, non ? Il soupira. C'était ses meilleurs amis. Il n'aimait pas les voir s'éloigner et se déchirer. Il n'aimait déjà pas ça à Poudlard, ce n'était pas maintenant qu'il allait apprécier leurs querelles sans fin.

« Pourquoi vous ne parlez pas avec Ron ? avança-t-il plus doucement. Je suis sûr qu'il souffre autant que toi de cette situation, ne pas lui parler n'arrange rien. »

Hermione détourna les yeux, et Harry vit une larme s'accrocher à ses cils.

« Je sais, mais… je n'y arrive pas, murmura-t-elle, la gorge nouée. Ron… Ron refuse de m'écouter… Par moment, je… Je ne veux pas le faire souffrir, tu comprends ? »

Son regard était si triste… Il acquiesça et l'attira contre lui. La jeune femme se nicha contre lui. Un spasme la secoua.

« Il ne veut pas comprendre que j'ai besoin d'un peu de temps et de solitude, poursuivit-elle contre l'épaule d'Harry. J'ai… En fait, c'est… C'est comme si quelqu'un était entré chez toi. Rien n'a été volé, mais… mais tous les objets ont été déplacés. Tu ne te sens plus en sécurité nulle part, ni avec personne. »

Harry plongea son regard dans celui de la jeune femme. La détresse qu'il lut dans ses yeux n'était pas feinte, et le jeune homme se sentit presque mal pour elle. Il aurait voulu la réconforter, mais il ne savait pas comment s'y prendre.

« Hermione… commença-t-il, je… je crois que je comprends. Mais tu n'as vraiment pas à t'inquiéter. Tout est redevenu comme avant. Ron s'est un peu emporté, mais tu peux comprendre pourquoi, non ? »

Elle acquiesça, mais Harry voyait bien qu'elle ne se sentait pas mieux. A cet instant, il aurait donné n'importe quoi pour savoir réconforter les autres aussi bien qu'elle le faisait. Il n'avait jamais été très doué pour ça.

« Bon, soupira-t-il, je parlerai à Ron. Mais je ne suis vraiment pas sûr que ce soit la bonne solution. Vous devriez remettre les choses au point tous les deux. On ne surmonte pas une crise en restant seul, chacun dans son coin. Demande à Ginny. »

Il releva le menton d'Hermione et la força à le regarder dans les yeux. En plus de la détresse, il y voyait maintenant de la honte. Ce n'était pas tout à fait ce qu'il avait imaginé susciter. C'était ce qu'il y avait de plus agaçant chez elle. Elle tenait tellement à être parfaite, même si elle n'en avait pas forcément conscience, qu'elle en oubliait qu'il était parfois humain et naturel de se laisser aller à ses penchants égoïstes.

« Mais prend ton week-end, ajouta-t-il, et repose-toi. Tu y verras sans doute plus clair quand tu auras pris le temps de réfléchir. »

Il se doutait bien que son emploi ne l'aidait pas pour ça. Elle croulait sous le travail au département des Mystères, un travail qu'elle ne pouvait pas toujours partager avec quelqu'un d'autre. Difficile de réfléchir dans ces conditions.

« Je sais que Ron sera là, quand tu reviendras, assura-t-il. Il t'aime, rien ne pourra changer ça. »

Il la sentit se raidir, mais il mit ça sur le compte de la tension accumulée qui cherchait à s'évacuer. Hermione avait sa fierté. Elle n'aimait pas pleurer devant les autres, même devant lui. Elle n'avait jamais voulu donner à quelqu'un cet ascendant sur elle. Harry comprenait parfaitement. Il pensait de la même façon.

« Merci, » souffla-t-elle.

Il s'écarta légèrement et lui sourit.

« Je ne vais pas te laisser tomber, Hermione, lui glissa-t-il. Même si tu fais des trucs bizarres que je ne comprends pas, parfois. »

Il lui arracha un sourire.

« Hermione ! appela Ginny depuis la cuisine. Tu manges avec nous ? »

La jeune femme essuya ses yeux rouges. Elle se tourna vers la cuisine où Ginny les observait, maniques en main. Elle secoua doucement la tête.

« Non merci, Ginny. C'est gentil. »

Harry put voir sa fiancée froncer les sourcils. Pourtant, elle ne posa pas de questions. Elle devait voir qu'Hermione n'était pas dans son assiette. Aussi, elle n'insista pas. Hermione récupéra son manteau. Elle ébouriffa les cheveux de Teddy, puis embrassa Ginny et Harry. Le jeune homme la raccompagna jusqu'à la porte.

« N'oublie pas ce que je t'ai dit, » lui glissa-t-il sur le seuil.

Hermione acquiesça.

« Repose-toi surtout. »

Elle lui sourit. La nuit était tombée au dehors et la lune dessinait des éclats argentés dans ses cheveux.

« Merci, Harry. Pour tout. »

Là-dessus, elle tourna les talons. Harry regarda longuement s'éloigner sa silhouette nimbée par la lune. Il s'inquiétait beaucoup pour elle. Il espéra qu'elle irait mieux rapidement. Il fallait qu'elle se retrouve. Peut-être que ce week-end allait l'aider. C'était tout ce qu'il avait à espérer pour elle.