Chapitre 12 : Dans la tanière de l'homme aux masques

- Pierre, mon chéri, appela Laura. Viens voir un peu s'il te plait.

- J'arrive, ma coccinelle.

Pierre Dupont était un homme d'une cinquantaine d'année, grand, et maigre comme une corde à linge. Il avait la particularité d'être méconnaissable pour qui ne voyait pas son visage, car il portait un masque qu'il changeait régulièrement. Sa femme, Laura, 22 ans, était plutôt petite, environ quatre têtes de moins que son mari, brune aux yeux bleus tellement clairs qu'on ne voyait que le point noir au milieu. Dès qu'il entra dans la pièce, elle lui montra le quadrant du radar installé sur le toit. Un point rouge se rapprochait du centre.

- Hum, commenta-t-il. On dirait que Marie s'est trompée, ma colombe.

- Il semble, en effet, mon lapin.

Il prit sa femme par la taille et la regarda tendrement.

- Mais ne t'inquiètes pas, ma grenouille, le comité de réception est prêt.

- Mon loup, tu es tellement prévoyant !

- Je sais, ma luciole.

Il ouvrit un tiroir et en sortit une pochette plastique contenant un poster plié en quatre. La pochette était légèrement pourpre pâle. Il regarda ensuite un grand plastique de la même couleur qui emballait ce qui devait être un tableau.

- Quelle aubaine, ma souris ! Il n'y a surement que les deux gosses.

- C'est très bien, mon aigle royal.

- En attendant, ma fourmi, je pense que nous devrions nous intéresser à notre invitée.

- Quelle excellente idée, mon cachalot !

Ils sortirent de la pièce.

Alice s'ennuyait profondément. Après avoir traversé la France en grillant toutes les limitations de vitesse, et en provoquant une dizaine de carambolages, ses ravisseurs l'avaient trainée par les pieds, et, pour se venger, l'avaient attachée au plafond la tête en bas. Puis ils s'étaient mis à jouer aux cartes tout en enfumant la pièce à coups de cigarettes. Et maintenant, elle avait mal des pieds à la tête.

La porte s'ouvrit sur un monsieur très grand qu'elle n'avait encore jamais vu. Il envoya Jean, Antoine et Alexandre, les trois hommes qui l'avaient enlevée, accueillir quelqu'un et se tourna vers elle.

- On dirait que quelqu'un s'inquiète pour toi, lança-t-il.

Elle aurait haussé les épaules si ses bras n'avaient pas étés totalement engourdis.

- J'imagine que je vais bientôt avoir quelqu'un pour bavarder, alors, dit-elle d'un ton blasé.

- Pas du tout, expliqua-t-il. Je les mettrai à ta place, seulement. J'ai besoin de ton aide.

- Ah, ça, vous avez l'art et la manière de demander, vous.

- Voyons, voyons, dit-il d'un ton paternel. Si je t'avais dit que je voulais ton aide pour devenir richissime dans l'illégalité la plus parfaite, et méconnue, tu aurais refusé, n'est-ce-pas ?

Alice réfléchit.

- Ça dépend, annonça-t-elle enfin. Ça se monnaye.

- Tu me plais, toi !

Éloïse avait une grosse envie de baffer son frère, mais se retint jusqu'à ce qu'ils aient posé la voiture sur le côté, après de nombreux loopings plus ou moins artistiques et parfaitement inutiles. Alors qu'elle allait lui administrer la correction qu'il méritait, un filet se rabattit sur la voiture, qui fut ensuite trainée par un tracteur rouge jusqu'à une maison. Ses occupants furent alors consciencieusement extraits, assommés, puis déposés dans ce qui devait être une cage aux lions ramassée dans les poubelles d'un cirque quelconque.

Dès que les extrayeurs-assomeurs-déposeurs furent sortis, les deux enfants ouvrirent les yeux.

- Reconnais une chose, dit Corentin. Nous voilà dans la place.

- C'est vrai, reconnut Éloïse.

Ils se levèrent, puis leur apparut un problème de taille.

- Comment on sort de c'truc ? demandèrent-ils à l'unisson.