Note de l'auteur : La chanson est de mon cru, même si elle est écrite en anglais. J'ai fait de mon mieux. Je l'ai traduite après le chapitre, vous verrez.
Merci à Melior pour ses reviews.
MàJ : réécrite le 29/06/19.
Aucun personnage de Labyrinthe ne m'appartient, de même que les lieux.
Chapitre 11 :
Déclaration
Ludo murmura :
— Jareth aime Sarah, mais pas comme nous.
Didimus hocha gravement la tête. L'hologramme de Jareth leur livra pour la troisième fois l'ultime secret qu'il recelait :
— Lorsque j'ai trouvé en Toby l'héritier, mes yeux se sont tournés vers sa sœur qui, à ma plus grande surprise, connaissait l'histoire du Labyrinthe ! Elle possédait même plusieurs objets qui avaient un rapport, dont une statuette de moi. Un peu faussée par la réalité, mais qu'importe. J'étais intrigué. Toutes ces reliques provenaient de sa mère, qui les tenait d'une elfe. Une des dernières de leur race. Comme vous le savez, les elfes sont nos ennemis, mais nos royaumes se sont distendus, et le leur se situe à présent trop loin des humains pour que ces derniers se souviennent d'eux. Le seul point commun qu'ils ont avec nous est leur méfiance envers les fées.
— Bah, les elfes ne sont pas si pires, tant qu'on ne les croise pas, grommela Hoggle.
— Pour en revenir à Sarah, je ne comprenais pas l'intérêt que je portais pour elle. Lorsque j'ai découvert la famille Williams, elle avait quinze ans. Un peu capricieuse, dure de caractère. Je venais la voir la nuit, ou bien dans le parc, sous forme de chouette. Elle jouait du théâtre à partir du livre rouge et de son histoire. J'ai profité de sa colère contre son petit frère pour accomplir ce qu'elle avait demandé. Si cela avait été un autre enfant, je n'aurais pas autant hésité, mais il s'agissait de Toby, que je voulais pour héritier. En forçant Sarah à se rendre dans mon Labyrinthe et à chercher son petit frère, je désirais la connaître davantage. Puis je me suis aperçu que mon cœur de glace fondait en même temps qu'elle se rapprochait et qu'elle relevait mes défis.
— C'est mignon ! s'exclama Didimus.
Ambrosius aboya joyeusement. Ludo pivota vers la porte de la Salle Psyché des Lyres, comme s'il s'efforçait d'observer Dave à travers. Hoogle le remarqua et lui dit :
— Il doit être en train de jurer avec tout le vocabulaire dont il dispose, et s'insulter lui-même puisque je crois qu'il est confronté à ses propres reflets, qui doivent lui répondre...
Le Jareth de la boule de cristal, comme s'il attendait qu'on l'écoute de nouveau, ne soufflait mot. C'est seulement lorsque nos quatre amis se tournèrent vers lui qu'il acheva son histoire.
oOo
o
Sarah hésitait encore, l'esprit brûlant de doutes. Cependant, sa détermination ne flanchait plus. Elle se mordit les lèvres et arrêta de jouer à « plouf, plouf » avec les battants.
Je dois écouter mon cœur, mais c'est plus facile à dire qu'à faire !
Pour la première fois depuis qu'elle se trouvait là, la jeune femme étudia attentivement les sculptures. À sa grande surprise, elle s'aperçut que chaque battant comportait une fée de taille humaine. Pourtant, elle aurait cru voir une multitude de ces créatures, en plus petites, lorsqu'elle était plus loin !
Elle s'approcha. Au fur et à mesure, sa vision se précisait, mais pas celle de ses yeux. Son fichu cœur avait pris le relai, tout simplement, sans qu'elle s'en rende compte. Voilà pourquoi il ne resta plus qu'une seule fée. Sur le battant de gauche.
Sarah posa les mains sur la pierre polie et la poussa. Un passage éclairé par divers vitraux l'accueillit. Rouges, jaunes, violet... Elle se sentit en paix dans cette atmosphère. Des colonnes blanches se trouvaient de part et d'autre du couloir et, entre elles, se situaient les fameux vitraux. Au bout du chemin, deux issues, sans porte. La jeune femme perçut l'importance d'un tel détail. Les éventualités se réduisaient et la rapprochaient de Jareth. Sans hésiter, comme si son cœur avait été suffisamment endoctriné pour être autonome, elle se dirigea à droite. Excitée comme une puce, elle se mit à courir, comme il y a six ans, lorsqu'elle errait dans la longue ligne droite du Labyrinthe. Sauf qu'ici, c'était un autre couloir, similaire au premier, qui l'accueillit. Et à chaque fois, il y avait deux sorties, deux possibilités de continuer.
Sarah allait à gauche, puis à droite. Elle semblait tourner à l'intérieur d'un immense casse-tête. Elle en perdit la notion du temps jusqu'à ce qu'elle parvienne à un passage où il n'y eut plus qu'une seule issue. Un cul-de-sac. Elle s'arrêta au milieu, haletant, mais l'esprit clair.
Il ne faut pas se fier aux apparences.
Alors elle ferma les yeux et tendit les mains devant elle. Quelque part, au-delà des murs qui la renfermaient, sonna une horloge.
Ding.
Sarah se figea.
Quelle heure est-il ? Douze heures ou treize heures ?
Ding, ding.
Après les trois premiers échos, elle compta. Puis le douzième coup arriva, sans prévenir.
Ding.
Aucun autre ne le suivit. La jeune femme trembla de soulagement et faillit flancher. Non, ce n'était pas le moment ! Vite, écouter son instinct. Être attentive à ce que lui dictaient ses sens, qui lui demandaient de tourner sur elle-même. Elle s'y plia Ensuite, elle recula. Elle ne savait plus où elle se trouvait exactement ; pour l'instant, elle devait continuer à s'aveugler.
Enfin, au bout de minutes interminables, elle sentit quelque chose effleurer ses vêtements, mais il n'y avait rien. Sarah déglutit et accéléra l'allure. Son pied se prit dans une pierre mal ajustée du pavé irrégulier. Elle crut tomber sur les fesses. Cela ne se produisit pas. La jeune femme persévéra encore cinq secondes, puis ouvrit les paupières aussi sec.
À sa plus grande surprise, elle reconnut le labyrinthe intérieur où elle avait retrouvé Toby, six ans plus tôt.
oOo
o
— Approche, Sarah.
Un sourire effleura le visage du Roi des gobelins, qui évoluait entre deux marches d'escaliers inversés.
— Tu es tout près de moi.
Il était invisible aux sens de la jeune femme. Enfin, pour l'instant. Il fallait qu'elle le trouve non avec ses yeux, mais avec son cœur.
— Il suffit que tu abattes ta dernière barrière.
Jareth commença à chanter. Une mélodie inédite franchit ses lèvres, en ces quelques mots ailés :
In the lands of heart
A flower blossoms
It's a world apart
And she haven't home
o
I see in the sky
With her dress so white
A woman who cry
And call the dark night
o
If you have trust
You can love you
Moon without dust
Embrace for two
For two
oOo
o
Il était là, quelque part. Sarah le sentait, indéniablement. Les nerfs à vif, elle avalait marche sur marche, sans croiser une seule fois le Roi des gobelins. Puis, elle l'entendit. Ahurie, elle le chercha encore une fois. Son chant la guiderait peut-être. Haletante, elle ferma les yeux et se laissa happer. Elle n'était pas encore tombée dans le vide.
La voix se tut. Sarah fulmina. Elle ouvrit les paupières, puis elle sauta un gouffre, pour pouvoir se retrouver au milieu d'une grande plateforme, terminée par un escalier descendant. Plutôt que de courir vers celui-ci, elle serra les poings avec force et l'appela :
— Jareth !
Un carillon lui répondit, puis un second ; elle reconnut avec horreur les coups de la treizième heure.
Non ! Cela fait à peine cinq minutes que je suis ici ! Non !
— Jareth ! Jareth !
oOo
o
Le Roi sourit ; le temps passait beaucoup plus vite en cet endroit qu'il avait créé de ses propres mains. Il s'agissait bien du seul, d'ailleurs, de tout le royaume. Il s'adossa contre le mur qui se trouvait désormais derrière la jeune femme, sur la plateforme. Il se remit à fredonner, tout en resserrant les pans de son habit blanc contre lui. Aussi blanc que lorsqu'il avait « perdu » contre elle.
I walk in the street
Or I fly faster
Your eyes, my sweet
Shine for ever
oOo
o
Cette fois, le chant venait de derrière elle. Elle se retourna et son regard croisa un mur. La jeune femme se désespéra.
Encore des tours de passe-passe ! Cela n'arrête pas de changer, comme avant !
— Jareth, montre-toi !
À la place, la voix du Roi des gobelins continua de s'insinuer en elle :
If you have trust
You can love you
Moon without dust
Embrace for two
For two
Ding. Le dixième coup.
C'est alors que Sarah accomplit quelque chose qu'elle n'avait osé faire auparavant et qu'elle ne referait plus jamais : elle se mordit la main pour être sûre de ne pas rêver.
— Aïe !
Ding.
La marque de ses dents se voyait fort bien sur sa chair livide. Du sang commença à déborder de la morsure, pour dégoutter par terre.
Ding.
Sarah ferma les yeux. Son cœur lui murmurait que Jareth était là, avec elle. Sinon, la plateforme sur laquelle elle se trouvait ne se serait pas retrouvée isolée et ne flotterait pas !
oOo
o
Au dixième coup, Jareth s'arrêta à quelques centimètres de la jeune femme. Il la vit porter la main à la bouche pour se blesser. Cela l'amusa. Puis le onzième, et le douzième coup clamèrent leur mélodie.
Il murmura, si bas que Sarah eut du mal à l'entendre :
Can you give your hand
I remove the sand
Who blind your lost soul
Il vit la jeune femme se raidir.
oOo
o
Lorsque ces trois phrases atteignirent son être, Sarah sentit quelque chose de violent la posséder. Sa respiration s'arrêta ; son cœur se brisa une première fois. Elle comprit ce qui l'avait menée jusqu'ici.
— Non...
La chose la plus impossible qu'il soit venait de se produire. Ouvrir les yeux, et reconnaître ses sentiments... Les accepter, aussi.
Sans pouvoir se contrôler, elle bredouilla, en essayant de rester dans la même tonalité que Jareth :
If I have trust
I can love you
Moon without dust
Embrace for two
For two
Ding.
Sarah ouvrit les yeux ; ses larmes s'en échappèrent. Diluviennes, elles inondèrent ses joues, ses lèvres, son menton. Devant elle, le Roi des gobelins la fixait.
Je vous livre la traduction de cette chanson écrite spécialement pour cette fiction. Eh oui, même avec mon anglais médiocre, j'ai réussi à faire quelque chose qui est à peu près correct. Bon, par contre, je ne peux pas la chanter, sorry ! La mélodie que j'ai en tête est trop incertaine et puis... suis trop timide pour ça ! Voilà la traduction :
Dans les landes du cœur
Une fleur s'épanouit
C'est un monde à part
Et elle n'a pas de maison
o
Je vois dans le ciel
Avec sa robe si blanche
Une femme qui pleure
Et appelle la nuit sombre
o
Si tu as confiance
Tu peux t'aimer
La lune sans poussière
Embrasse pour deux
Pour deux
o
Je marche dans la rue
Ou je vole plus vite
Tes yeux, ma douce
Brillent pour toujours
o
Si tu as confiance
Tu peux t'aimer
La lune sans poussière
Embrasse pour deux
Pour deux
o
Peux-tu me donner ta main
Que j'enlève le sable
Qui aveugle ton âme perdue
o
Si j'ai confiance
Je peux t'aimer
La lune sans poussière
Embrasse pour deux
Pour deux
