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Note: Je l'avais fini depuis plusieurs jours, mais puisque personne n'a lu le précédent à part une fidèle assoiffée...
Mais DIX-SEPT page, quand même U_U
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Chapitre Dix : « Le Palais… »
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« J'aimais tant à te regarder, de loin. Je ne suis pas retourné en cours, peu m'importait.
Je suis retourné chasser, chaque nuit, avec Kiba. Chaque nuit, je te rendais visite, invisible.
Te regarder dormir, paisible, me complait de bonheur.
Je ne rentrais pas chez moi, je restais chez Karin, avec Kiba. Chaque soir, je jouais un air de violon, sur le balcon.
Le monde, en bas, restait les yeux rivés sur moi, et j'espérais sans cesse que parmi eux se cacherait une chevelure d'or, un regard azuré, qui saurait sentir l'amour que je lui porte au travers des notes qui s'envolaient pour toi. »
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Le vent, frôlant les arbres et les parterres de fleurs devenues sauvages, caresse tendrement mes joues.
J'ai la sensation de dépérir.
Si fatigué de cette existence, je voyage dans un brouillard d'émotions trop colorées pour mes pauvres yeux trop fatigués.
-Hawk ? Tu es sûr que ça va ? demande une voix rauque, derrière moi.
-Hn. Vous n'étiez pas obligés de réunir une délégation pour me raccompagner chez moi, je connais le chemin.
-Je t'ai gardé chez moi pendant plus d'un mois, tu me dois bien un verre dans ta charmante demeure, ricane Karin.
-Moi, je venais dire à Kiba qu'il serait temps qu'il rentre au bercail. Shino devient foutrement chiant, à force, râle Sakura. Et ce n'est pas de ma faute si le minot me suit partout, depuis quelques temps…
Derrière elle, le jeune homme aux cheveux rouges me sourit.
-Ma pauvre chérie, te voilà avec un toutou collé aux basques, s'esclaffe Kiba.
-Toi, le clébard, tu la fermes. Si tu n'avais pas disparu sans raison apparentes, je ne serais pas obligée de fuir mon lieu de villégiature préféré, et le humeurs de son tenancier. Mais j'ai réussi à le forcer pour qu'il vienne, ce soir.
-Attendez… vous n'allez pas me dire que toute votre joyeuse bande de dégénérés va se retrouver au Palais pour le concert ? je m'exclame, atterré.
-Ah si, qu'est-ce que tu croyais, mon grand ? Naruto joue dans une salle pour la première fois de sa vie, et qui plus est, au Palais, pour le plus grand concert de l'année. Tu ne pensais tout de même pas que nous allions rater ça ?
-Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça… marmonnais-je en passant les baies vitrées du salon.
Cela doit bien faire une décennie, ou presque, qu'il n'y a eu tant de peuple en ma demeure. Les laissant aux bons soins de mon minibar, je file, sans un regard en arrière, en direction de ma salle de bains.
Me déshabillant en quatrième vitesse, je fille m'abrutir sous les jets d'eau bouillante. L'eau coulant le long de mon corps devient rouge, avant de s'échapper par les tuyaux d'évacuation. Il est sept heures du matin, je suis couvert de sang.
Personne ne l'a vu, dans la rue. Personne ne voyait mes vêtements noirs collés à ma peau, rigidifiés par l'hémoglobine. Personne ne voyait mes cheveux crasseux, imbibés.
Personne ne posait les yeux sur moi, j'étais invisible, une ombre furtive.
Je n'existe pas, aux yeux du monde.
Des pas feutrés, dans le couloir, m'alertent de l'approche de quelqu'un. Au parfum, je reconnais Kiba, qui ouvre la porte, son loup sur les talons.
Faisant couler l'eau dans mon immense baignoire, il y lave rapidement l'animal, puis l'y laisse barboter dans des nuages de mousse, avant de se dévêtir à son tour et de venir me rejoindre, sans un mot.
Cette étrange habitude, que nous avons prise chez Karin, ne me gêne pas. Il y avait un étrange bien-être à nous retrouver, tous les trois, nous aspergeant d'eau dans sa petite baignoire, riant aux éclats en nous soufflant de la mousse rougie par le sang à la figure.
Doucement, il me frotte le dos, tandis que je m'occupe à démêler ses cheveux hirsutes.
-Tu sais, je suis sûr qu'il a la peau aussi douce, et aussi blanche que toi… lance t-il, un sourire dans la voix.
-Tu sais, si tu lui dis que tu m'as frotté le dos chaque matin depuis trois semaines, il risque d'avoir des envies de meurtre, réponds-je posément.
-Non. Shino est un ange, de quelque façon que ce soit. Il n'est pas comme nous. Je n'ose imaginer le mal que je lui ferais, rien qu'en l'effleurant du bout des doigts…
-Tu penses sérieusement lui faire moins de mal en allant voir ailleurs ? Un jour, il faudra vraiment que tu m'expliques comment ton cerveau fonctionne… dis-je en levant les yeux au ciel.
-Je ne suis pas plus tordu que toi, mon chou, réplique t-il en me servant son sourire le plus effrayant qui soit. Et tant que je resterais loin de lui, il ne risquera pas de tomber sous le coup de mes crocs… je sais que tu penses la même chose, Sasuke. Sinon, tu ne serais pas resté loin de Naruto pendant si longtemps.
Sortant de la cabine, la peau rougie, les cheveux dégoulinant le long de mon torse, je m'arrête brièvement devant la glace. Ce que j'y vois ne ressemble pas à ce reflet que j'ai toujours connu. Ce visage morne, ce regard terne…
Où Diable sont donc passés la royale indifférence, le masque de glace, la lueur de haine incendiant me prunelles ? Il n'y a plus rien.
Je ne suis plus moi.
Une serviette nouée autour de la taille, une autre jetée sur la tête, je regagne le salon, laissant les deux clébards à leurs ablutions matinales. Akamaru me regarde, l'air complètement défoncé, refermer la porte, tandis que Kiba commence à chanter.
N'importe quoi…
Dans le couloir, j'ouïs que l'un de mes invités a mis la chaîne en marche, et qu'un ragga chaleureux, presque sexuel, réchauffe l'aire glacière qui régnait dans cette baraque depuis trop longtemps.
Sans leur accorder la moindre attention, je me sers un verre de scotch, clope au bec, lorsqu'une voix quelque peu acide m'interpelle, moi qui m'amusais follement à faire un aquarium sous ma serviette.
-Uchiha, pourrais-tu au moins avoir l'extrême indulgence de te présenter à tes invités dans une tenue plus correcte ?
Ricanant à la demande de la jeune femme aux cheveux roses, ma Davidoff entre les lèvres, je laisse sans aucun état d'âme tomber ma malheureuse serviette au sol, dévoilant aux yeux de tous les derniers éléments de mon corps faisant de moi l'Homme Parfait par excellence.
Avec une lenteur calculée uniquement dans le but de la faire chier, j'enfile le boxer que j'avais saisi au vol en sortant de ma chambre, puis me retourne vers eux, verre à la main, les invitant du regard à onduler au rythme de la musique, ce pour quoi Karin ne se gêne pas un seul instant, se collant contre moi.
Elle est si obscène, lorsqu'elle danse… un véritable délice de tous les sens.
Kiba ne trouve rien de mieux à faire que surgir sur ces entrefaites, ébouriffé et complètement à poil, sans mauvais jeu de mots, se joignant à nous.
Son corps frôle le mien sans retenue, et ses mains se baladent sur la peau de Karin, effleurant ses rares vêtements. Riant aux éclats, celle-ci s'écarte pour se servir un autre verre, remplissant au passage le mien et celui de Kiba, qui s'amuse grandement à me dévorer la nuque sous les regards fascinés du rouquin, et ennuyés de son Impératrice, qui ne peut retenir un sourire moqueur lorsqu'il s'empare de mes lèvres pour le baiser le plus vertigineux qui soit.
A la fin du morceau, nous nous séparons, hilares, nous asseyant sur les chaises de bar derrière lequel Karin s'affaire sur la confection de quelques cocktails fortement alcoolisés.
-Bon, assez rigolé, je peux savoir ce que vous foutez tous là ? demandais-je en allumant une autre cigarette, attrapant un jean qui trainait par là. Vous inquiéteriez-vous de ma santé, damoiselle Valentina ?
Arrêt sur image.
-Eh bien, tu as fini par te souvenir de moi, à ce que je vois, s'esclaffe la jeune femme. Mais plutôt que de m'en faire pour ton intégrité physique et mentale, je me demandais plutôt si je devrais te frapper jusqu'à ce que mort s'ensuive. Je peux savoir ce que tu fous ?
-C'est à quel sujet ?
-Tu sais très bien de quoi je parle ! Tu l'ignores, tu l'évites, tu le sauves, et tu disparais… je peux savoir à quoi tu joues ? Il ne peut pas comprendre ! Tu vas le détruire, si tu continues !
-Il est plus solide que tu ne sembles le croire, Valentina.
-Ne m'appelle pas comme ça, bordel !
-Et pourquoi pas, je te prie ? je demande glacialement, pas intimidé pour trois sous. Après tout, là est bien ton nom, pour autant que je puisse me souvenir d'une demoiselle que j'ai courtisé pendant des années… la faute te reviens, tu n'as pas eu la politesse de venir me rendre visite à mon retour, comment aurais-je pu reconnaître en toi ma douce et tendre fiancée…
-Je ne t'ai rien demandé, tu ferais bien d'oublier Valentina. Elle est morte, elle n'avait pas la carrure pour survivre dans ce monde de dégénérés du bulbe. Celle que je suis aujourd'hui est bien meilleure !
Je la regarde droit dans les yeux, fronce les sourcils. Finalement, je gronde doucement :
-En parlant de ça, tu ne penses pas qu'il serait plus que temps d'aller chercher ta gamine ? Ça fait six ans, maintenant…
Second arrêt sur image.
J'imagine qu'il s'agit d'un sujet interdit par toutes les lois du bon sens… mais il faudra bien que cette bougre d'andouille agisse, au bout d'un moment !
-Ma… fille ? Mais comment…
-Ah, tu te souviens donc que tu as une fille ? Excuses-moi, ce n'était pas évident, au premier abord, tu as tellement l'air de t'en foutre, la plupart du temps… crachais-je dans un sourire narquois.
-Je t'interdis de dire ça ! hurle t-elle, pétrifiant sur place les trois autres spectateurs. Tu ne sais rien de ma fille !
-J'en sais plus que toi, morue ! Je sais parfaitement que tu ne vas la voir qu'une fois tous les quinze déluges, et que jamais tu ne lui adresses la parole ! Tu crois que ça lui plait, de ne pas savoir d'où elle vient, ni qui sont ses parents ? C'est dans les bras de sa mère qu'elle aurait dû pleurer toute son enfance, pas dans les miens ! La Valentina que je connais, celle que j'ai aimée n'aurait jamais laissé faire ça ! Et ne me sers pas d'excuses pathétiques selon lesquelles tu n'aurais pas la force de l'élever, toi et moi savons bien que tu n'as tout simplement pas le courage de voir l'homme que tu aimes sur son visage !
Ils semblent tous figés, sous le choc.
Personne d'autre que moi n'oserait parler ainsi à cette femme, et il semblerait que certains d'entre eux craignent pour ma survie.
-Comment sais-tu où elle est… personne ne devait savoir…
-Réfléchis cinq minutes, pauvre cruche. Tout le monde sait que ma mère n'a pas grandi à Lúa. Même depuis l'Europe, même si je t'ai perdue de vue, il y avait toujours quelqu'un qui veillait sur toi, quelqu'un qui t'a emmenée en lieu sûr pour que tu mettes ton enfant au monde, quelqu'un qui venait du même pays que ma mère. J'étais là, lorsque tu l'as mise au monde, à quelques mètres de toi. J'ai entendu tes cris, je t'ai entendue lui donner son nom. Je ne voyais pas ton visage, je ne connaissais pas ton nouveau nom, et chaque année, c'est à la fille d'une vieille amie, d'un premier amour que je rendais visite, pas au rejeton de l'Impératrice. Maintenant que je sais où tu es tombée… je ne peux pas te laisser l'abandonner là-bas. Maintenant que je sais qu'elle serait plus en sûreté avec toi que nulle-part ailleurs, je compte te tenir la jambe jusqu'à ce que tu réalises qu'il faut que tu ailles la chercher !
-En sûreté ? Tu te fiches de moi ? Je suis un monstre !
-Tu es l'Impératrice de Lúa ! Tu as sacrifié famille, gloire et richesses par amour, et tu as suivi le sentier le plus sombre en dépit de tout bon sens, par amour ! Alors il est temps pour toi d'accepter un peu de lumière, de changer la musique, et de laisser ta gamine connaître le visage de sa mère dont elle est déjà si fière, même si elle ne te connaît pas encore ! Sakura, toi qui as toujours tout fait par amour… tu ne peux pas laisser la situation telle qu'elle est éternellement.
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Ah, quel bordel, je vous jure.
Dire qu'on s'amusait bien, tous les trois. Nous dormions dans le même lit, Akamaru à nos pieds, prenions nos douches ensemble, et quand ils chassaient, je reprenais du service sur le pavé.
Mais c'est fini, maintenant… n'est-ce pas ?
Ce soir, notre belle idylle à trois sera terminée. Notre histoire sans amour s'évanouira dans le vide, et il ne me restera plus que ça. Je reprendrais ma vie, comme avant, tandis que mon ami et mon amant se débattront avec leurs sentiments.
Cette nuit, nous avons fait l'amour pour la dernière fois. Tous les trois, pour la première fois.
Sasuke, jusque là, s'était abstenu. Ils étaient doux, si doux que j'en aurais pleuré. Ils étaient tendres, comme si j'étais la femme de leur vie, comme s'ils pouvaient m'aimer.
A la fin, ils ont crié le nom de ceux qu'ils aiment à en crever, et mes larmes ont coulé.
Parce que je n'avais nul nom à souffler.
Je n'ai personne pour qui dépérir, personne pour qui souffrir.
Je suis seule.
Encore plus seule qu'une Impératrice qui a déjà tout perdu.
Une larme menace son maquillage, au coin de ses yeux. Je ne l'ai jamais vue pleurer, elle qui peut être si brutale, si violente parfois.
Sasuke a raison.
Il a beau être très con, parfois, et Dieu sait que j'ai eu le temps de le subir depuis quelques temps, il a raison.
Il faut qu'elle aille chercher sa fille.
Elle en meurt d'envie, je le sais.
Si j'avais un enfant, je n'aurais qu'une envie. Le chérir. Le garder contre moi, à jamais.
Ne jamais le laisser seul.
Si j'avais un enfant, je voudrais qu'il devienne comme eux. Aussi beau, aussi fort, aussi indestructible.
Aussi libre.
Mais pour devenir comme eux, il faut être un démon.
Pour être comme eux, il faut être seul, et se construire soi-même.
Souffrir.
Et aimer à en crever.
Quelle mère voudrait que son enfant souffre à ce point ?
Pas moi.
Et pas elle non plus.
Pourtant, comme moi je n'ai de cesse que de chercher un parfum, un cœur qui saurait m'aimer, elle laisse ses yeux se perdre dans le vide, se demandant où est passé le Soleil.
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Parfois, j'ai l'impression de ne pas être moi.
Peut-être parce que je n'ai pas de passé. Peut-être n'ai-je pas d'avenir non plus.
Qui sait ?
Parfois, je me sens vide. Comme maintenant. Cela m'arrive même souvent.
Un vide qui me ronge.
Mais dans ses bras, je me sentais entier. Pour la première fois depuis fort longtemps, voire peut-être depuis toujours, je me sentais vraiment bien.
Mais ce n'est pas honnête. Je lui ai tout prit sans rien lui donner en retour. Qu'ai-je à lui offrir ?
Je ne peux même pas lui parler de moi, je ne me connais pas moi-même…
C'est vrai.
Il y a peu, je n'étais encore qu'une coquille vide, hantée d'images auxquelles elle ne pouvait donner de sens… qu'est-ce que tous ces cauchemars ? Et ces horribles marques, partout ?
Si vous saviez à quel point je me dégoûte, parfois.
Lorsque je me réveille, haletant, après avoir rêvé de massacres et de champs de batailles, le corps en sueur, et que je sens l'aridité de ma gorge. Parfois, je me dis que mes camarades du lycée font bien de m'éviter, finalement.
Qui sait quel monstre se cache derrière mon visage d'ange ?
Qui sait à quel point je pourrais devenir dangereux, moi qui ne connaît même pas l'étendue de ma propre folie ?
Il m'est arrivé de souhaiter disparaitre.
Vraiment.
Mais lorsque, chaque nuit depuis plus d'un mois, il vient me regarder, pensant que je dors profondément, et que je sais ses iris plus sombres que la nuit la plus noire fixés sur moi comme sur une unique étoile… je me dis que, parfois, cette vie, même vide de sens, même démunie d'espoir, vaut vraiment la peine d'être vécue.
Rien que pour ces petits instants de bonheur grappillés ici et là au gré du vent, au cœur de la nuit, sans qu'il n'en sache rien, je me laisserais cent fois damner avec la plus sincère ferveur…
Ecoutes-moi, mon amour, écoutes la voix de mon piano.
Ce soir, je jouerais pour toi…
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Rajustant le col de la chemise noire que j'ai piquée à Sasuke, je me décide à enfin sonner à sa porte.
Bien qu'il soit très tôt, on sent de loin l'effervescence de cette maison. Deux jeunes femmes étendent du linge en discutant, dans le jardin, un délicieux fumet s'échappe de ce que je devine être la fenêtre de la cuisine… et un jeune ange délicieusement vêtu d'un tee-shirt blanc à manches longues laissant deviner chaque courbe de son torse sculptural, décoré d'arabesques tribales noires dessinées tout le long du côté gauche, et d'un jean quinze fois trop large pour lui, d'un noir délavé, élimé, m'ouvre sa porte, véritable vision de rêve…
-Quelle merveilleuse matinée, je souffle moqueusement, aveuglé par les reflets du soleil dansant sur sa chevelure dorée.
-Kiba ? s'exclame t-il, surprit. Mais que fais-tu ici, à cette heure ? Tu n'as rien à manger, chez toi ?
Je hausse un sourcil.
Je n'oserais songer à quand date la dernière fois que nous nous sommes vus, et voilà tout ce que ce gland trouve à me dire. Etrange remarque…
-Tu ne penses donc qu'à bouffer, Naruto ? s'exclame en riant l'une des jeunes femmes en ramenant un panier vide. Invites donc ton ami à partager ton petit-déjeuner, espèce de ventre sur pattes !
Les yeux cristallins de l'ange tombé du ciel s'illuminent à cette idée, mais j'y coupe court en intervenant :
-Une prochaine fois peut-être, dis-je dans un sourire. A dire vrai, je suis venu en cette belle matinée pour te faire profiter d'un petit déjeuner en terrasse, sur le port. Ça fait des siècles que je ne t'ai pas vu, laisses-moi te payer un café avant le plus beau jour de ta vie !
Aussitôt, son regard renversant se rallume dans toute sa splendeur, comme si des milliers de soleils venaient illuminer un ciel d'été.
-Bien sûr ! s'exclame t-il en surgissant hors de sa demeure, sautant au bas des marches blanches du porche.
Une brise caresse doucement son visage, secouant quelque peu le désordre de ses cheveux humides. M'est avis qu'il vient de prendre une douche…
-Mon chéri, ton sourire te donne toujours l'air aussi débile, éructais-je, goguenard. Tu devrais prendre exemple sur ton petit ami, lui, au moins, il a une classe folle.
-Depuis quand tu baves sur les hommes de ce genre ?
-Mais depuis toujours, ça n'a rien de nouveau, m'esclaffais-je.
Il rit à son tour, et c'est en nous chamaillant tels les deux sales morpions que nous sommes que nous prenons la direction du port, sous un soleil chatoyant.
Sur notre passage, quelques paresseux s'affairent, affolés, à leurs derniers achats de noël, et les marchands de victuailles se disputent à corps et à cris les clients qui font leurs courses du réveillon au dernier instant.
-Que penses-tu de ce café ? je demande, un moment plus tard, devant la terrasse de l'Océan.
-Le serveur est craquant, répond t-il avec une moue espiègle. Je vais devoir te surveiller…
-C'est plutôt à moi de te surveiller, si tu veux mon avis, je marmonne. Voudrais-tu cesser de le reluquer ainsi, je te prie ? Où est donc parti le temps où c'était moi qui faisais du gringue à n'importe qui ?
Il éclate de rire, et tire une chaise, face au port. Je fais de même. Un doux sourire flotte sur ses lèvres, tandis qu'il observe les voiliers se balancer paresseusement et tirer sur leurs amarres.
-Ces messieurs désirent ? demande plaisamment le serveur, ma foi fort agréable à regarder, il est vrai.
-Un double café pour moi, avec un croissant, dis-je dans un sourire.
-Pareil…
-Ou ramenez plutôt un panier de viennoiseries.
-Très bien, c'est noté ! s'exclame joyeusement le serveur en filant comme le vent.
Du coin de l'œil, alors que le jeune homme entre à l'intérieur du café, je remarque, parmi les quelques autres clients matinaux, la présence d'un couple… plutôt original.
Elle porte de longs cheveux roses et lisses, caressant ses reins, et des vêtements taillés sur-mesure, le faux-cuir se mêlant au satin et à la dentelle.
Lui arbore un tee-shirt noir à longues manches près du corps déclarant fièrement « Nothing Else Matters », et le même style de jean que Naruto, avec une chevelure rouge présentant, tout comme celle de Naruto, une forte ressemblance avec un nid de corneilles…
Une cigarette entre les lèvres, la jeune femme tourne dans ma direction son regard vert perçant, une lueur vaguement moqueuse dans le fond des iris, puis se retourne sans autre forme de procès vers son ami, sans nous prêter plus d'attention.
Je souris encore.
Dire qu'il y a à peine une demi-heure, nous étions tous dans le salon du baron de Lúa…
Tirant moi aussi une cigarette de mon paquet neuf, je l'allume avec un vieux Zippo… qui était resté dans la poche du pantalon de Sasuke.
Eh merde.
Une fois, il m'a raconté qu'il l'avait acheté à Paris, place du Trocadéro, à un Antillais fort sympathique qui lui fit un prix à toute épreuve. Il tombait bien, son briquet venait justement de rendre l'âme…
Coulant un regard dans ma direction, Naruto ouvre de grands yeux devant ledit Zippo et ne trouve rien de mieux à faire que de s'exclamer :
-Oh ! La tour Eiffel !
Réaction face à laquelle je ne puis malheureusement retenir une vague de fou rire. Hilare, je lui glisse le carré de métal brossé entre les mains, lui laissant tout le loisir de le retourner entre ses longs doigts de pianiste, les yeux brillants.
-Il est à Sasuke, j'ai oublié de le lui rendre. Tu lui donneras ce soir… je murmure alors que le serveur dépose deux cafés et des douceurs devant nous.
Je ne puis réprimer le sourire radieux que m'inspirent ses iris aux nuances cristallines, remplies d'étoiles, illuminant autant son visage d'ange que les rayons de ce soleil matinal.
Dire que ces deux idiots ont besoin d'une excuse aussi débile pour s'approcher… ils sont navrants.
Vraiment.
Mais quoi de plus agréable qu'un jour naissant empli de promesses d'avenir ?
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Cela fait un mois que nous nous sommes rapprochés, elle et moi.
Elle m'a baladé dans toute la ville, me montrant des endroits recélant des merveilles dont je ne soupçonnais pas l'existence, surtout ici.
Elle m'a lancé dans la découverte des milliers de trésors que contiennent les quartiers que mon milieu ne fréquente guère et pense mal famés.
Les échoppes multicolores, les boutiques de bijoux de verre ou de perles, époustouflantes de couleurs bariolées, un snack-bar où se trouve servi, selon elle, le meilleur chocolat chaud de la planète, et je suis bien de son avis, une pâtisserie ouverte toute la nuit, dans laquelle nous achetions de gargantuesques cookies aux pépites de chocolat tout à fait délicieux, que nous mangions assis sur le rebord de la vitrine de l'antiquaire d'en face, un homme chétif mais extrêmement sympathique et amical avec lequel nous discutâmes souvent…
Ce soir, je serais son cavalier pour le gala de Noël du Palais.
En fin d'après-midi, elle me laissa à la lisière de mon propre quartier, m'assurant qu'elle reviendrait deux heures plus tard à cet endroit précis pour que nous y allions.
C'est-à-dire dans dix minutes.
Et je ne suis pas prêt.
-Gaara ? Mais qu'est-ce que tu fabriques ? demande la voix surprise de ma sœur, figée dans l'encadrement de la porte de ma chambre, sa robe de soirée à moitié mise.
Je lève sur elle un regard désespéré.
Sa surprise ne m'étonne guère, étant donné que cela fait près d'une demi-heure que je retourne mes fonds de placard, clope au bec, sans me révéler la capacité de me trouver une tenue convenable pour l'occasion… et me voyant planté là, entre deux monceaux de vêtements, en boxer, presque les larmes aux yeux, n'importe qui en resterait comme deux ronds de flan.
-Temari, ma sauveuse ! je m'exclame. Par pitié, aide-moi, au secours…
-Mais que t'arrives t-il, enfin, tu as vu dans quel état tu as mis ta chambre ? Kankuro, pourquoi ris-tu ainsi ?
-Il se moque de moi…
-Cesses de geindre, et admet que tu es d'un ridicule à toute épreuve, là, tout de suite, lance mon grand frère, hilare. Tu savais pourtant que nous irions au Palais ce soir, alors pourquoi n'as-tu pas choisi de tenue plus tôt ? Occupe t-elle donc ton esprit à ce point ?
-Qui ça, elle ? demande Temari.
-Je suis le cavalier d'une femme époustouflante de beauté, ce soir, lançais-je à travers un nuage de fumée, comme si cela expliquait tout, ce qui est le cas.
-Ses cheveux sont de quelle couleur ? me coupe ma sœur en se dirigeant d'un pas décidé vers les montagnes.
-Roses, me devance Kankuro, réprimant visiblement un fou rire. Mais ce n'est pas le genre jeune fille sage et fleur bleue, tu peux me croire…
Elle hausse un sourcil interrogateur.
-Gaara, ne me dis pas que tu t'es fait prendre dans les filets d'une femme fatale, grogne t-elle.
-Elle n'est pas fatale, elle est mortelle, plaisante encore mon frère.
Encore une remarque de ce genre et je vous jure qu'il se prend mon poing dans la figure…
-Tu sais que ce genre de filles n'en veulent qu'à ton argent, frangin, commence Temari d'un ton compatissant. Si tu commences à t'enticher d'une telle prétendante…
-Cessez de raconter des âneries, je l'interromps. Elle n'a rien de « ce genre de filles ». Ce n'est plus une fille depuis longtemps…
Mon frère s'écroule par terre en toussant, s'étouffant de rire.
Ma sœur ouvre de grands yeux.
Je ne veux même pas savoir ce qu'elle s'imagine…
Me tendant sans un mot un costume noir ainsi qu'une chemise gris fer, elle cherche à plonger son regard dans le mien, mais je me détourne pour les enfiler en quatrième vitesse, ajoutant une chaîne en argent à mon cou et une ceinture cloutée à mes hanches. Se réveillant de sa soudaine torpeur, elle s'exclame :
-Je veux la voir !
Je soupire, Kankuro lève discrètement les yeux au ciel, mais tous deux m'emboîtent le pas lorsque je sors dans la rue. Au coin de celle-ci, très calme et totalement déserte, m'attends une silhouette féminine et longiligne, adossée à un lampadaire quelque peu grésillant.
La semi-obscurité confère à la personne cette aura de mystère qui lui est propre, et je m'apprêtais déjà à me perdre dans ma contemplation lorsque la voix de ma sœur m'ôta ce plaisir :
-Vous ne comptez tout de même pas y aller à pieds ? Le soleil s'est couché depuis un moment, Gaara, les rues ne sont plus très sûres, à cette heure… je sais que vous deux avez la mauvaise habitude de traîner dehors à pas d'heure, mais je ne pense pas qu'une jeune fille serait très rassurée…
-Ne t'en fais donc pas tant, Temari. Il ne nous arrivera rien, tu peux me faire confiance… et puis, c'est Noël, les démons aussi sont de sortie, ce soir.
A mesure que nous approchons d'elle, je remarque que la jeune femme a le regard perdu dans l'obscurité des cieux.
Bien que nous ayons bénéficié d'une merveilleuse journée ensoleillée, quelques nuages cachent désormais à notre vue la beauté de la lune, même si quelques étoiles transparaissent tout de même.
Elle est superbe, comme toujours.
Ce soir, elle a daigné délaisser la jupe de vinyle pour une somptueuse robe de cocktail gris acier, dont les fentes laissent apparentes ses interminables jambes gainées de résille.
Le laçage dans son dos nu laisse l'œil se perdre dans les fossettes de la cambrure de ses reins, et un décolleté épuré ne laisse nulle place à l'imagination quand à son opulent argument.
Une main gauche, fine et délicate, porte à ses lèvres ce que je devine être une énième cigarette, au vu des quelques mégots blancs jonchant le sol à ses pieds.
Un éclat argenté luit à son annulaire, et je sais que s'y trouve un anneau d'or blanc serti de dizaines de grenats rouges foncés, brillants de milles feux sous chaque rayon de lumière.
Une brise rafraîchissante soulève quelques mèches de ses longs cheveux roses, dont la coiffure sertie de perles métalliques est, à elle seule, une véritable œuvre d'art.
Lorsque, entendant nos voix, elle pose ses yeux d'un vert abyssal sur ma propre personne avec un sourire narquois, je me dis que rares sont les femmes dont la splendeur égalera jamais celle de la veuve des Ténèbres…
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Les trois jeunes gens m'observent, les yeux ronds.
Surtout la femme.
Je crois l'avoir connue, à une autre époque, dans une autre vie. Et peut-être sans les bigoudis.
Gaara et son frère sourient, un peu niaisement peut-être, et ce dernier semble se retenir à grand peine de pouffer de rire.
Ce doit en effet être assez surprenant d'apprendre que son petit frère sort ce soir avec le monstre qui a fichu une frayeur de tous les diables de l'Enfer à son cher Neji Hyûga, mais qu'importe.
Après les avoir salués, nous partons en direction du Palais.
Dans la rue, les passants nous souhaitent tous le bonsoir, auquel nous répondons dans un immense sourire. Certains rentrent chez eux pour le réveillon, ils rejoignent leurs familles pour célébrer la naissance d'un enfant, il y a plus de deux mille ans.
D'autres sortent tout juste de chez eux, s'apprêtant à fêter la chose avec d'autres amis, car ils sont le genre de personnes à toujours avoir quelque chose à fêter, tous les soirs.
Ne serait-ce que leur solitude.
Il y a même de ces hommes trop seuls, qui n'ont personne, et qui vont oublier la liesse de ce jour dans les bras de leur belle de rue favorite.
D'autres rentrent offrir des cadeaux à leur femme et à leurs enfants, mais en n'ayant dans le cœur que leur fleur de pavé, à qui ils ont offert des roses en guise de présent, comme pour s'excuser de les tromper avec leur propre famille.
Lúa est le genre de ville qui brille par sa souffrance.
Puisqu'il nous reste près d'une heure avant le lever de rideau, nous nous posons à la terrasse d'un café, en face du Palais, observant les passants et nous moquant ouvertement du beau monde qui commence à se rassembler, sur le parvis.
Tels une volée d'oiseaux tropicaux, ils se pavanent et se pâment en gloussant de rire à la moindre réflexion plus ou moins drôle. Les talons des femmes claquent sur le pavé de pierre blanche, les hommes fument sur les marches, un maître d'hôtel engoncé dans un superbe costume à queue de pie gris perle saisis les noms des invités sur un registre relié de cuir.
De loin, je repère quelques visages connus, mais pas les plus attendus, rendus beaux sous les lueurs enchanteresses esquissant leurs lumineuses arabesques sur la surface de pierre finement travaillée du somptueux Palais de Lúa.
Trois adolescents sirotent bruyamment des bières, dans un coin de terrasse. Lorsqu'ils nous voient, l'un d'eux commence à lancer des blagues douteuses, des quolibets auxquels je n'accorde aucune importance.
Je les ignore royalement.
Qu'aurais-je donc à faire de chiots mal léchés ?
Plongée dans mes pensées, j'entends soudain mon camarade demander distraitement :
-Ta main te fait-elle encore souffrir, Impératrice ?
Constatant, non sans surprise, que le garçon scrutait depuis un moment la moindre de mes expressions, je lève ma main gauche devant mon visage. Dans la lumière chaleureuse du café luisent doucement les croisillons argentés de mon poignet.
-J'imagine que tu aimerais savoir d'où me viennent ces cicatrices, me tromperais-je, Gaara ?
-Il est fort à parier qu'en effet, tel est bien le cas… cela ressemble à des traces de dents…
-De crocs, Gaara, ce sont des traces de crocs.
Il ouvre de grands yeux horrifiés.
-Te serais-tu fait mordre par l'un de tes amis ?
-Bien sûr que non, tu crois vraiment que je laisserais n'importe qui goûter à mon sang ? C'est quelque chose de précieux, chez nous…
-Alors le Roi, peut-être ? demande t-il en me lançant un regard suspicieux.
J'éclate de rire, sans retenue.
-Shun n'aurait jamais supporté de me toucher de la sorte… mordre, c'est voler la vie, les gens biens ne volent pas la vie des personnes qu'ils aiment. C'est vrai qu'il y a goûté, une fois. Mais le contexte n'était pas le même.
-Mais alors…
Il semble encore plus choqué que tantôt…
-C'est de l'automutilation !
-Et les piercings, les tatouages et la jolie marque que tu portes au poignet, c'est quoi ? Je te trouve très mal placé pour me critiquer, Gaara… je renchéris. Tu voulais savoir, ne t'en plains pas...
Il se tait.
J'ai gagné. Je gagne toujours…
Lorsque nous nous levons pour passer, à notre tour, les grandes portes du Palais, je me tourne vers le garçon que j'ignorais tout à l'heure.
Lui et ses deux amis lèvent leurs yeux déjà légèrement embrumés sur moi, et captent le regard que je leurs lance, sous les rayons de la lune. Je vois un frisson de terreur les parcourir.
A présent, ils savent.
Nous sommes en Enfer…
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°°O°O°O°°
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Ce soir, c'est le grand soir.
En attendant l'heure fatidique, je farfouille dans mes armoires, en boxer, clope au bec. Comme d'habitude, je ne sais pas quoi mettre ! J'en pleurerais bien, mais je n'ai guère le loisir de m'apitoyer sur mon triste sort, sans quoi je serais encore en retard…
« Sois toi, et le monde t'aimera », paraît-il. Eh bien soyons moi, par le Diable ! Or donc, je trouve, par Dieu seul sait quel miracle, un pantalon à pinces noir et sa veste assortie, sous laquelle je passe une chemise rouge sang… je suis certain que Sasuke adore cette couleur, allez savoir pourquoi…
Et, miracle encore, une paire de derbies neuves m'attendent à la porte de ma chambre. Qui donc sème ainsi des vêtements en ma demeure ? Bonne question… à élucider plus tard, bien qu'étrangement le tout semble fait sur-mesure, ce qui est impossible puisque je n'ai jamais mis les pieds chez un tailleur !
Passant devant la galerie de miroirs du couloir, je découvre un majestueux renard à neuf queues, brodé de fils rouges dans le dos de ma veste, définitivement faite sur-mesure. Comment pourrait-elle autrement porter mon emblème ?
Les mauvaises habitudes ayant la vie dure, je boucle un collier clouté autour de mon cou gracile, histoire de ne pas avoir l'air trop sage, puis, après maintes réflexions, décide de faire de même avec une ceinture, d'un genre méchamment semblable, sur mes hanches.
Après un dernier coup d'œil dans la glace de l'entrée, je constate avec horreur que la catastrophe naturelle siégeant fièrement au sommet de ma tête me donne l'air toujours aussi débraillé que d'ordinaire, même dans un costume neuf.
Malédiction.
Le Lune émerge lentement d'entre deux lambeaux de nuages rosissant, tandis que je rejoins, à pieds, le centre-ville.
Nous aurons droit à une belle nuit de Noël, cette année.
La lune éclairera les rues de notre cité, révélant les visages des fêtards qui la peuplent peu à peu.
La Lune Pourpre de Lúa… une jolie femme, étincelante de beauté, amie protectrice et confidente dévouée, posant ses doigts de lumière sur ses enfants, ses rayons s'insinuant dans chaque recoin de nos âmes…
N'y aurait-il donc que des femmes pour régner sur l'empire de la Nuit ? Trois indéfectibles compagnes, tour à tour dangereuses et généreuses, haineuses ou amoureuses, effrayantes ou maternelles… des mères dont nous sommes tous les enfants. La Lune, la Cité, et l'Impératrice…
Le Palais de Lúa.
Souvent, les palais sont de superbes bâtiments, aux architectures somptueuses et recherchées, représentant la fierté d'un pays. Lúa est, sans nul doute, la ville la plus fière du monde, et donc se doit de présenter l'un des plus somptueux palais du monde.
Il y a quelques siècles encore, il abritait les anciens rois et leur cour, jusqu'à ce que le peuple se soulève, mené par le baron Uchiha.
Depuis ce temps ancien, le clan devint le plus important du pays, et sa voix faisait loi. Peu à peu, les campagnes se couvrirent d'une ville florissante, qui finit par rejoindre les frontières d'autres villes, jusqu'à ce que le pays ne devienne plus qu'une unique ville, gigantesque, qui empiète sur les pays voisins.
Depuis les Uchiha, Lúa n'a eu de cesse que de s'embellir, même s'ils n'ont fait que remplacer la monarchie par un parlement constitué exclusivement des grandes familles du pays, qui siège dans le Palais.
Les Uchiha y ont une voix, tout comme les Darcy, les Hyûga, les Yamanaka, et d'autres, moins importants, dont il m'est impossible de me souvenir.
Dans le Palais se trouve une immense salle de théâtre à l'italienne dans laquelle se tiennent différents spectacles, tels que des représentations de ballets, d'opéras, des pièces… des concerts. Donner un récital au Palais de Lúa revient à jouer au Bolchoï, à Covent Garden ou au Palais Garnier.
Des salles de réception, immenses et somptueuses, dans lesquelles on avait dû donner nombre de bals, fut un temps, des jardins tenus par d'éminents architectes paysagistes, des serres renfermant mille merveilles, parfois utilisées dans le but de recherches médicales, dorlotées par les meilleurs botanistes…
Oui, le plus somptueux des palais, qui porte même en son sein les écuries et les quartiers de la garde nationale, seule armée que l'on nous connait, et qui ne sert pas à grand-chose sinon à faire joli.
Devant les portes majestueuses aux impressionnantes moulures, se tiennent deux armoires à glace en uniforme, hallebarde en main et sabre au côté, ignorant royalement la volée de damoiseaux et damoiselles caquetant d'émotion sous leur regard grave.
Gravissant les quelques marches, pour l'occasion garnies d'un tapis rouge foncé, menant aux grandes portes, je surprends un regard noir du côté de la volaille, lorgnant mon costume sur-mesure avec ostentation, tandis que l'un des gardes grogne une grossièreté comprenant les sang-bleus et son postérieur.
Etrange.
Des gardes ordinaires ne se le seraient jamais permis…
Je souris au gorille, il y répond.
A la porte, derrière un trépied argenté en forme de lyre supportant un document relié de cuir comportant les noms et le statut de chaque invité, se tient, droit comme un piquet, un homme fin, d'un certain âge, en impeccable costume gris et blanc avec boutons de machettes et épingle à cravate en diamant.
-Vous êtes ? demande t-il courtoisement, avec un sourire avenant.
-Uzumaki Naruto, réponds-je du même ton.
-Un instant, je vous prie…
Il feuillette un instant, fronçant légèrement les sourcils.
Evidemment, il ne me trouvera pas dans la liste des invités, c'était couru d'avance… je lève discrètement les yeux au ciel, retenant un grondement d'insatisfaction, pour finalement arguer :
-Je suis pianiste. Je participe au spectacle…
Il ouvre des yeux ronds, m'examinant de la tête aux pieds, tandis que je me demande quelle mouche le pique.
-Monsieur Uzumaki ! Mais bien sûr, où donc avais-je la tête… vous devriez passer par l'entrée des artistes, c'est pourquoi je n'avais pas fait attention… bredouille t-il, confus.
Je hausse un sourcil, surpris.
Ce serait bien la première fois qu'un homme d'une telle stature serait intimidé d'avoir commis une bourde en ma présence…
-Laissez, Pierre, lance un magnifique ténor, polaire. A présent que « monsieur Uzumaki » est ici, ne lui faite pas faire le grand détour, je n'ose imaginer ce qu'il pourrait advenir dans les quartiers de derrière, qui ne sont guère des plus sûrs…
Apparait à ma vue un homme… pour lequel aucun adjectif positivement élogieux ne semble suffisant.
Il ressemble à s'y méprendre à un mannequin phare pour une collection de prêt-à-porter pour homme, dans ce costume immaculé à la taille soignée et recherchée, des surpiqûres bleues faites à la main, le style légèrement inspiré de l'ère victorienne, le blason du clan brodé à la boutonnière…
Un éventail délicat, en croissant de lune, et ses rosiers entrelacés.
-Monsieur Uchiha ! Mais… mais bien sûr, faites comme vous l'entendez…
-Mais j'y compte bien, Pierre, se moque le jeune homme de sa voix glaciale et cruelle, tout en portant une cigarette à ses lèvres.
J'en reste figé là, comme deux ronds de flan.
C'était lui… lui qui ne voulais pas me voir, lui qui m'a évité, abandonné, sauvé, lui qui a disparu pour revenir, au final, m'espionner dans mon prétendu sommeil, chaque nuit…
Lui qui vient à ma rencontre, plus somptueux que jamais.
Mon plus merveilleux cadeau de Noël…
Je lui arrache la Davidoff des lèvres pour la porter aux miennes, sous son regard surprit. Celui que je considère comme le maître d'hôtel écarquille les yeux, de même que la volaille environnante, abasourdie.
Qui ose ainsi ôter au dernier des Uchiha son petit plaisir ?
Celui-ci éclate de rire, immédiatement plus chaleureux qu'auparavant. Chaleur qui m'est réservée dans son absolue entièreté.
A moi tout seul.
-J'ai oublié mes clopes, expliquais-je en l'allumant avec son Zippo, l'air de rien. Et tu as oublié ton briquet dans les poches de Kiba.
Il esquisse un sourire goguenard.
-Ce clébard n'a même pas eu la présence d'esprit de me piquer un pantalon propre, ce matin, lance t-il en reprenant possession de son bien.
J'éclate de rire devant son expression tragique.
Finissant sur ces entrefaites sa cigarette, je la jette au loin et me retourne sur un délicieux regard, tendre et accueillant comme un « chez soi » auquel je n'ai jamais eu droit…
-Que penserait monsieur Uzumaki de partir jeter un regard à cette scène, histoire de voir si elle se révèlerait digne de nos éminentes personnes...
-Avec grand plaisir, monseigneur, me moquais-je gentiment en emboîtant son pas.
Alors qu'il me tend la main pour me mener à l'intérieur, je crois entendre le murmure éberlué de monsieur Pierre :
-Il leur ressemble tant…
Qui ressemble à qui ?
Tournant furtivement les yeux dans sa direction, je surprends son regard, posé sur moi…
Plait-il ?
Mais je n'ai guère le loisir d'y réfléchir, Sasuke me traînant de ce pas dans l'immense hall du palais.
S'il n'y avait toutes ces tapisseries et ces chandeliers, ces lustres de cristal, peut-être pourrait-il paraitre glacial… mais je ne prête pas tant attention à la décoration, mon esprit étant plus occupé par le superbe postérieur me précédant.
-Oh…
Je me fige sur place, stupéfié.
Quelle beauté…
Sasuke se retourne, les yeux emplis de tendresse, et m'invite d'un geste à franchir le pas. Immense et déserte, des centaines de fauteuils de velours bleu roi, des boiseries peintes en argent, des moulures parant les balconnets des loges, un immense lustre scintillant de mille feux…
Ses longs doigts s'enroulant autour des miens, le Uchiha m'entraîne en direction de la scène, impressionnante, et son parquet parfaitement lisse. Je peux m'imaginer sans difficulté les centaines de danseuses qui ont dû se mouvoir dessus, légères et graciles comme des oiseaux.
Les lourds rideaux de velours, tirés, laissent apparent un superbe piano noir et luisant, réplique du mien. Toutefois, dressé là, au milieu de cette scène, enveloppé de son aura quasiment magique, il me parait plus imposant encore.
Tout simplement magnifique.
Complètement absorbé dans mes pensées volages, je me rends soudain compte que nous nous sommes arrêtés. Sur cette scène sombre.
Aussi sombre que lui.
Ses mèches d'ébène.
Ses iris d'obsidienne.
Les ténèbres. La nuit. Et la mort…
Pourquoi cette lueur me paraît-elle si triste, si désespérée ? Ne devait-elle pas être joyeuse, vivante ?
Pourquoi tes yeux paraissent-ils sans vie, pourquoi sembles-tu si seul ?
-Je ne veux pas que tu sois seul… gémis-je, sans m'en rendre compte.
Son regard qui me scrute, qui me déchire, et me brûle, se dérobe au mien en un battement de cils.
Si je pensais un seul instant qu'il fuirait devant moi, je me trompais.
Posant son front contre le mien, plongeant ses prunelles dans les miennes, intensément, il me sourit, un petit sourire maladroit et un brin hésitant, mais si véritable que je pourrais en avoir les larmes aux yeux.
-Tant que tu seras présent, je ne serais pas seul, n'est-ce pas ?
Recouvrant ma bonne humeur, je lui retourne le geste.
-Bien sûr, suis-je bête…
Se penchant un peu plus, il s'empare de mes lèvres, là, en plein milieu de cette scène magique.
Si quelqu'un avait été présent, eût-il crû un instant voir le diable embrasser son ange déchu avec la plus tendre passion ?
Sans doute…
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oO°OoTsuzuku...oO°Oo
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(Je sais, c'était long et fastidieux, c'était le bordel...)
(... contentez-vous en, c'est ce que j'ai de mieux è_é)
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