Bonsoir tout le monde !
A défaut de porter l'amour en ce jour, me voila pour porter un nouveau chapitre à ma fic – eh oui, on fait ce que l'on peut avec nos modestes moyens.
Que dire d'autre ? Peu de chose. Il fait froid. Il neige. Le mois de Fêvrier est juste sinistre. Rien de quoi s'apesantir.
Encore et toujours un grand merci à Littlemagicworld, Basmoka, Hopeness,Cloudine, Sarah, EtoileDeNeige, Joufly-La-Verte, Sed', Maggy, Oceanna, Eden1487, Caella, Hachiko06, Atchoum16,Lil's M, Lily forever et Endless77pour leur review.
Comme d'habitude, j'ai répondu à toutes les reviews ayant un compte, mais Lil's M m'a apprit que sa réponse n'était jamais arrivé chez elle. Si c'est le cas pour d'autre, je maudis Ffnet et m'en excuse.
Et pour ce chapitre, c'est un album entier que je vous conseille : Hospice de The Antlers. Juste magique…
Disclaimer: Tout est à JKR. Rien n'est à moi.
Titre: Beau Jouet trop compliqué
Résumé: Le murmure de la mécanique. Le rouage impeccablement huilé. Jusqu'à ce que tout se grippe. « On a tous notre lot Malefoy. Après...Le Lord ou l'Ordre. Quelle différence, si j'ai réussis à t'aimer... » DMHG
Acte 12
POV Draco
Il y a le moment où tout bascule. Face à la glace, je renouai ma cravate en sifflotant un air stupide.
Les vitres avaient explosé. Le sol avait tremblé, une fraction de seconde. J'avais roulé contre le lit, le souffle coupé. Et comme dans un mauvais rêve, j'entendais Londres imploser. Si loin. Si proche.
Si le QG était tombé…
OoOoOoO
La panique était palpable. Les sous-sols avaient tenu. Aucun dommage à l'infirmerie. Un véritable miracle. Pour la maison ancestrale des Blacks, par contre, c'était une autre histoire. L'explosion avait ravagé le salon et la chambre de conférence.
Le type qui s'était fait exploser avait entrainé dans sa folie deux membres de l'Ordre.
Alors que je descendais les escaliers, la nouvelle était tombée : une bombe avait explosé au Ministère. Alors que je traversais les sous-sols, une troisième bombe avait ravagé l'Allée des Embrumes. C'était une attaque. Méthodique et millimétrée.
Lupin m'avait alpagué alors que j'arrivais aux encablures de mon bureau.
- Malefoy, avec moi.
Il n'y avait plus une trace de faiblesse. Juste une saine détermination. Je savais qu'il était épuisé, presqu'à bout de force. Mais tant que son esprit saurait le porter, Lupin resterait de ceux qui ne faibliraient pas.
- On va où ?
- Au dock. On a fait revenir la division de la périphérie de Londres. Elle se replie sur Traverse. Pour le reste, je sais qu'Harry et les autres ont été rapatriés directement au dock. C'est encore l'endroit le plus sûr - pour le moment.
OoOoO
Définitivement, je n'aimais pas les docks. Ils « sentaient » la guerre. Ils avaient été construits pour ça. Et ces petits baraquements lugubres, accrochés au bord de la Tamise, me rappelaient que ma petite vie confortable à l'ombre du QG n'était qu'une illusion. Les docks étaient une forteresse. Ceinturés de part en part des troupes défensives de l'Ordre. A l'intérieur, ça grouillait. Des centaines de types venus des quatre coins du Monde, débarqués d'Amérique, d'Europe ou d'Asie. Je ne sais pas ce qui les avait poussés à quitter leur vie, leur famille pour une guerre qui n'était pas la leur. Mais si je m'étais écouté, j'aurais été leur souffler d'y retourner au plus vite. Ils ne trouveraient rien ici de ce qu'ils étaient venus chercher… L'héroïsme, l'honneur ou la fraternité. Ici, on crevait. Et c'était tout.
Au milieu du réfectoire immense, Potter semblait frêle. J'avais peine à croire que c'était sur cette ombre fantomatique que reposait « notre » guerre. « Notre » victoire.
Granger était là… Un temps, elle sembla soulagée de m'apercevoir. Lupin avait étalé la carte sur la table. Il s'était emparé des salières et les avait disposés sur le plan. Là ou avait explosé les bombes.
- Il faut sauver Traverse…
Potter avait murmuré et tous avaient levé la tête.
- Sauver Traverse ? Harry, de quoi tu parles ? Les Mangemorts sont bien plus bas…
- Précisément. Ils ont frappé les Embrumes, le Ministère et le QG. On parle aussi d'une explosion au-dessus de Corrondes. On ne disperse pas les troupes, Remus. Hors de question. C'est ce qu'il veut. On met tout le monde sur Traverse et on défend.
Cette fois, l'incompréhension était à son comble. Bien sûr, nous avions subi un échec violent à Corrondes. Bien sûr, Traverse avait été menacée au début de l'été. Mais jusqu'alors, l'Ordre s'était astreint à ne jamais abandonner une zone en difficulté…
- Mais… Et toute la zone sud en-dessous de Traverse ? La périphérie de Corrondes et sa zone Nord ? C'est bien en-dessous de Traverse. Si on n'y descend pas aujourd'hui, on ne pourra plus y retour…
- Je le sais parfaitement…
Potter avait cinglé, interrompant Lupin. Le menton levé, il semblait le narguer.
- … Et j'assume. Repoussez l'attaque et sauvez Traverse. On dresse les barricades. Et on empêche toute approche Mangemort…
- Harry !
Granger. Qui d'autre ?
- Tu veux abandonner toute la zone sud de Londres au Lord ? Harry… Et les civils ?
Cette fois, le regard qu'il jeta à sa meilleure amie était purement glacial.
- C'est un ordre.
- Ouria…
Le chuchotement était presque doux, contre son oreille. Et la jeune femme se tendit doucement.
- Mademoiselle Ouria !
Une main se posa sur son épaule et la secoua doucement. Et la Médicomage se sentit tirer des limbes dans lesquelles elle était plongée. Arrachée de force, elle réalisa qu'une lumière agressive lui brulait les yeux. Au loin, dans Londres, des bombardements et des déflagrations. Le visage chiffonné de la jeune Cathy était au-dessus d'elle.
Elle repoussa la couverture rêche et s'extirpa du dortoir exigu. Elle avait dormi combien de temps ? Une heure ? Peut-être deux ? La fatigue lui sciait les jambes et elle chancela un instant.
- Je ne voulais pas vous réveiller, mais ils arrivent déjà par dizaine, et la Médicomage Supérieure a dit que…
- C'est bon, Cathy. Tu as eu raison.
Ouria avait accéléré le pas, et la jeune Médicomage dut augmenter ses foulées pour rester à sa hauteur.
- La Médicomage Supérieure a fait évacuer les derniers blessés dans les salles arrières. Elle dit qu'on va avoir besoin de lits et de femmes. On peut louer Merlin d'avoir reçu nos ravitaillements de soins et de vivre la veille au soir sinon nous…
Ouria coupa court aux divagations de la jeune femme en pénétrant dans l'imposante salle des soins. Déjà, un cri monta sous la voutes.
- Déchargements de soldats. Déchargements massif. Dans la cour extérieure !
Toujours cette même chose horrible. L'affluence des grands blessés.
Ouria s'était déjà faufilée vers la cours extérieure. Elle poussa les lourdes portes, qui glissèrent entre ses doigts. L'épuisement et les conditions de sécurité empêchant tout transplanage, les blessés étaient ramassés sur la voie publique par les brancardiers. Amassés sur les charrettes et transportés à la hâte vers les sous-sols. Les premiers soins s'effectuaient à même les véhicules, ou sur les pavés branlants de la cour. Déjà, on alignait les corps de ceux qui n'avaient pas supporté le voyage. Déjà, l'odeur acre du sang prenait à la gorge.
Ouria s'accroupit sur le premier corps. Elle en était venue à ne plus voir les os fracassés, les membres mutilés et les figures déchiquetés. Ce n'était plus que des morceaux de chair malléable qu'elle tentait de sauver. En évitant de laisser échapper son regard. Rien qu'une déviation, et on se retrouvait paralysée, à regarder un homme dans les yeux. Aujourd'hui, elle savait plus rapidement que personne trouver un pouls, déchirer des uniformes imbibés de sang ou garrotter un blessé. Mais elle ne savait plus regarder les gens sans ciller. Le dos courbé, elle épinglait sur les revers des vestes les bandeaux de couleur. Elle refermait les pupilles mortes avant d'agrafer l'insigne noir. Les plus sérieux cas se voyait hériter d'une cocarde rouge. Les hommes qui survivraient recevaient le bandeau jaune. Quand au blanc, elle n'avait encore jamais vu un type assez peu amoché pour avoir la chance d'en hériter. Les brancardiers faisaient le tri ensuite.
- Ouria !
La jeune femme détourna la tête. Sherryl se tenait en équilibre précaire sur la plateforme surélevée d'un chariot. Elle se rapprocha rapidement, jouant des épaules pour traverser la foule.
- Si on ne s'occupe pas de lui rapidement, il ne s'en sortira pas, haleta Sherryl une fois son amie à sa hauteur. Attrape-lui les jambes, on va le transporter dans la salle.
- Il perd énormément de sang…
Les deux jeunes femmes échangèrent un regard anxieux.
- Ça va faire dix minutes que j'attends le brancardier. Il est parti Merlin seul sait où ! On le bouge ! trancha la Médicomage.
La jeune femme avait déjà saisi l'homme sous les aisselles et Ouria s'exécuta. Un grognement rauque passa les lèvres du blessé quand les deux femmes le soulevèrent. Elles réussirent à le faire glisser à terre et à plus ou moins le trainer à l'intérieur. Avec toute la douceur qu'il leur restait, elles le hissèrent sur un lit rouillé.
- Eau chaude !
Sherryl découpait déjà la lanière de cuir de son sac, avant de s'attaquer aux tissus roides de son uniforme. Les gestes s'enchainaient, mécaniques. Le sang qui prenait toute la place. Ce rouge immonde. L'homme eut un ultime soubresaut, avant d'expier dans un dernier souffle. Ouria suspendit son geste, et avec une délicatesse incongrue, elle chercha son pouls. Elle ferma les yeux, et ses épaules se voutèrent.
- Il est mort.
- Eh merde !
Sherryl ne tremblait pas. Elle fit disparaitre le ruban rouge, le remplaçant par un noir. Alors qu'elle remontait un drap sur lui, Ouria eut le temps de voir qu'il était jeune. Trop.
Elle fit demi-tour. Sur le lit voisin, deux Médicomages s'usaient sur le torse pâle d'un pauvre type. Pas le temps de s'émouvoir.
Elle se mit à courir dans l'allée. Spectacle lamentable. Epaves sans nom, souillées de sang, de terre. Des gosses. Médicomages comme blessés. Hâves, blêmes. Méconnaissables. Un brancardier la repoussa sans ménagement et elle s'agrippa contre le lit d'un blessé. Le souffle court. Le regard de la Médicomage au chevet du mourant qu'elle venait de percuter la glaça. Elle balbutia des excuses. Elle repéra immédiatement le paquet abandonné au milieu de l'allée : un homme au ruban rouge. Posé a même le sol. Elle avisa l'un des derniers lits vides et héla la première personne passant à côté d'elle.
- Vous, aidez-moi à le porter.
- Je… Pardon ?
- Ce type, sur ce lit, souffla-t-elle en lui saisissant les jambes.
Elle remercia à la hâte, se penchant sur le corps. L'homme avait les yeux mi-clos, le souffle court.
- Très bien. Suivez mon doigt du regard. OK ? Bien, très bien. Vous êtes capable de parler ? Comment vous appelez-vous ?
- Robin… Robin Andrews.
Elle repéra rapidement la plaie au ventre. Peu habituel. Ce n'était pas un sort ou une bombe qui lui avait fait ça. Trop net. Trop propre.
- Arme blanche, souffla-t-elle, presque pour elle-même. Bien. Ok, Robin. Je vais me charger de ça, ok ? Tout va bien se passer. Tout va bien se passer…
Elle balaya la salle du regard et aperçut Cathy, les mains pleines se hâter dans l'allée.
- Cathy ! Ici !
La jeune fille était blême. Elle distingua Ouria et hocha la tête, un peu perdue. Elle venait de sortir de l'école. Elle avait suivi la formation expresse qui vous formait des Médicomages opérationnelles en moins de six mois. Mais Ouria se demandait sincèrement si ces filles étaient prêtes à subir ça… Qui l'était, d'ailleurs ?
Au moins, ses mains ne tremblaient pas. Ouria avait rapidement mis la jeune femme au parfum. Cathy avait juste repoussé les mèches blondes balayant ses yeux avant de se mettre à essuyer le corps. S'assurer qu'aucun des organes vitaux n'étaient atteints. Empêcher l'hémorragie. Robin avait déliré un moment avant de s'évanouir. Cathy se contentait seulement de le rafraichir à intervalles régulières. Mais il s'en tirerait. Ouria eut un faible sourire. C'était le premier type de la journée qu'elle arrachait à cet enfer.
- Scherbastsky !
Une blouse blanche. Le médecin venait de lui intimer l'ordre de le suivre. Et on ne discutait pas l'ordre des blouses blanches. Parole sainte. Elle osa à peine lever les yeux sur sa jeune collègue.
- Je recouds la plaie et je lui fais boire de quoi dormir. C'est parfait. Allez-y, Mlle Ouria.
Nerveusement, elle étreignit le bras du blessé avant de filer. Elle ne le verrait même pas vivre. Ouvrir les yeux. Elle allait encore une fois en voir un crever. Les médecins n'appelaient les Médicomages que pour les cas désespérés. Tout le monde le savait. Elle tout du moins. Ce qui, en l'état présent, lui semblait du pareil au même.
Le type était défoncé. Il y avait eu de l'acharnement, de la méthode. On l'avait déjà débarrassé de son barda et découpé ses vêtements. Une odeur pestilentielle monta aux narines des Médicomages, les faisant plisser le nez.
- Par Merlin. Retournez-le, aboya le docteur, contournant rapidement le lit. Et j'ai besoin de potions, hurla-t-il plus fort.
Ouria avait déjà saisi l'homme par le torse, aidant à le faire pivoter. Elle ne put retenir un sursaut d'horreur. Il semblait qu'on lui avait fendu le dos en deux. Une plaie purulente et boursouflée recouvrait l'ensemble de son dos, dégageant une odeur proprement écœurante.
- Merlin…
Le docteur s'était déjà ressaisi.
- Basculez-le sur le ventre. Dépêchez vous… Où sont passées ces putains de potions ? Scherbatsky, allez m'en chercher.
Ouria avait levé des yeux perdus vers son supérieur, avant de tourner les talons.
Elle dut plusieurs fois s'écarter pour éviter les brancardiers chargés, les Médicomages portant les blessés à bout de bras. Finalement, elle parvint à traverser la pièce et à pénétrer dans l'officine.
Elle aperçut immédiatement le corps adossé contre une des imposantes armoires. Une Médicomage. La main plaquée contre sa bouche, elle tentait de retenir chacun des sanglots qui la secouaient. Des larmes sillonnaient ses joues sales et tout son corps prostré laissait échapper de longs spasmes d'épuisement. Longtemps, Ouria n'osa pas esquisser le moindre geste. Et puis la Médicomage se redressa. Elle aperçut Ouria. Alors, très dignement, elle essuya ses larmes. Elle réajusta sa coiffe. Elle s'essuya les mains sur sa robe et elle lui sourit. Un sourire affable et courageux. Le sourire de l'espoir. Celui de celles qui pleurent dans le noir.
OoOoO
Elles n'étaient déjà plus que des automates. Les corps rompus par la douleur, l'esprit assommé par la fatigue. Le rush était passé. On pouvait de nouveau fonctionner par roulement.
Une heure de pause. Un luxe presque irréel. Le temps d'effacer le sang sur le visage, les mains, les bras… Elles étaient toutes assises dans la salle de repos de l'officine. Une fille avait ouvert la porte donnant sur la cour intérieure, histoire de « faire de l'air ». Elle n'avait sans doute pas prévu que le sang sur les pavés descendrait les escaliers. De longues rigoles sombres s'écoulaient jusqu'à elles. Dans les sous-sols. Le sang les retrouvait toujours. Toujours.
Ouria alluma une autre cigarette. Le silence était lourd, il y avait eu un esclandre, plus tôt, pendant le rush. Entre Sherryl et une autre fille, une nouvelle. Les cris étaient montés sous la voute. La nouvelle s'acharnait sur un cadavre presque rigide.
« Il est mort ! »
Et l'autre, la bouche ouverte, les joues maculées, avait semblé ne pas comprendre. Déjà elle retendait les bras vers le corps sur la table.
La gifle avait claqué. Et puis une autre. D'autres encore. Ouria avait juste eu le temps de ceinturer Sherryl.
« Cette idiote… Il faut sauver les vivants ! Les vivants ! haleta désespérément la Médicomage dans les bras d'Ouria. »
On leur avait parlé de ça. On leur avait dit de veiller à ne jamais trop tirer sur la corde. Ces pétages de plomb terribles. Imprévisibles et incontrôlables.
Personne n'avait rien dit à Sherryl et elle buvait son café, les poings serrés.
Déjà, les langues se déliaient. On chuchotait qu'aucun gradé n'avait été blessé. Qu'on avait envoyé les plus jeunes à l'attaque et que les officiers étaient restés sur Traverse. Les brancardiers disaient que ça avaient été une boucherie. Et les ragots, les rumeurs et les suppositions se mêlaient, s'entrechoquaient et formaient un magma de sang, de mort et de terreur qui donnaient la nausée.
Ouria écrasa sa cigarette et observa son reflet dans le miroir fendu. Distraitement, elle passa un doigt sur ces cernes violacés.
Pov Draco
La Brioch'D'or. La pancarte se balançait doucement sur la devanture. Mme Higgins avait mis la clef sous la porte. Elle avait repassé sur ses épaules son gilet à grosse maille. Disparue, envolée… Tuée. C'en était fini des brioches dorées et joufflues, recouvertes de sucre. Terminé les chocolats chauds qui vous brulaient la gorge. Révolu, enfin, le temps où j'avais huit ans. Je revoyais encore ma mère et cette façon qu'elle avait de me presser à promettre : non, je ne dirais rien à Père, non, je n'en parlerais pas à Dobby, non, je n'oublierais pas.
Mme Higgins. Une force de la nature. Un petit bout d'Irlandaise au caractère rude et à la langue bien pendue. Son accent à couper au couteau et ses sentences pleines de flamme. Elle avait refusé de partir. Vaillante.
- Malefoy ?
Je me raclai la gorge, gêné. Il fallait qu'elle me trouve ainsi, le nez au vent et le ventre noué.
- … Ca va ?
Hésitante. J'acquiesçai. Elle opina du chef et se plaça à mes côtés. Elle enfonça ses poings dans les poches et plongea son cou dans l'écharpe.
Les barricades se dressaient. De bric et de broc. Le vent vint rabattre nos capes contre nous et je frissonnai. Déjà, plus loin, on construisait le premier poste frontière.
- Je n'aime pas les barricades.
Je l'observai du coin de l'œil.
- Pourquoi moins qu'autre chose ?
Elle haussa les épaules.
- Je ne sais pas. C'est la faute à Voltaire*…
Je ne posai même pas de questions. Elle semblait si lasse alors. Au bord de tout. J'avais peur de la voir éclater en sanglot. Elle se contenta de passer un regard usé sur moi et un sourire grêle vint éclore sur ses lèvres.
OoOoOoOoO
Il pleuvait. Londres devenait glaise. Et sous les pavés fendus, ça suintait. Tout le monde pataugeait sec dans ce gourbi sans nom. Les morts avaient égrené notre soirée dans les restes du QG. Tous les sous-sols étaient plein de murmures. J'aurais eu besoin d'elle… Mais elle n'était pas là. Envolée la petite Sainte. Et comme tout valait mieux que cette rumeur perpétuelle, je m'étais proposé au poste frontière.
Ça puait. Tout le quartier était comme anesthésié. Une odeur de peur et d'abandon. Et je gelai. Le type à côté de moi somnolait sur sa chaise, tout habillé.
Il n'y avait personne dehors. Hormis un gros chat roux qui trainait sa mélancolie sur les trottoirs. Dans le fond, j'aurais préféré quelque chose pour m'occuper l'esprit. Arrêter de cogiter.
Je relus la note de service qui trainait sur la tablée.
« Eilias est rentré au bercail. » Cinq mots énigmatiques à qui veut les entendre.
Eilias, c'était Rogue. J'avais appris de la bouche de Lupin qu'il avait finalement réussi à sauver sa peau. La question que tout le monde se posait était de savoir comment il avait pu survivre si longtemps chez le Lord, en disgrâce. Les rumeurs – déjà, allaient bon train.
- Je prends la relève.
L'homme sur sa chaise se frotta les yeux et étouffa un bâillement dans la manche de sa veste. Il s'ébroua en se relevant et m'invita à le remplacer. Je déclinai d'un hochement de tête.
- Vous avez tort, vous devriez dormir.
Il passa une main sur ses joues râpeuses et s'approcha de la lucarne pour scruter la rue.
- Il n'y a pas âme qui vive…, soufflai-je en me callant contre le mur.
- En apparence… Les Ombres mentent, parfois…
OoO
Je somnolai quand une main vint se poser sur mon épaule. L'homme posa un doigt sur ses lèvres m'intimant de me taire. Puis toujours, sans un mot, il me fit signe de le suivre. A la lucarne, une lueur opalescente tremblait. De l'autre côté.
Je sentis une sueur froide courir le long de ma colonne vertébrale. Un mauvais pressentiment. Et alors que je sortais du poste, les premières lumières des autres barricades s'allumèrent. Urgence…
- C'est une attaque nocturne !
J'avais juste eu le temps de me retourner. La lumière au bout de la rue s'était épaissie, laissant apparaitre une cohorte de Mangemorts en marche.
- Par Merlin…
Il avait reculé d'un pas, s'éloignant de la lucarne, comme pour tenir à distance l'affreuse fatalité qui se rapprochait.
Les Ombres mentaient, souvent.
Mes mains tremblaient tandis que j'allumais la lumière au dehors. L'Appel à l'aide. Toutes ces conneries de protocoles. Personne n'avait imaginé qu'il pourrait nous attaquer de nuit, si vite…
Je resserrai la baguette entre mes doigts, le souffle court. Déjà, les gardes les plus proches arrivaient sur les barricades.
Le pire était sans doute ce silence… A vous glacer le sang. Ce fut une bataille qui manqua cruellement de mot. L'Ordre rampait sur les barricades, et les Mangemorts glissaient sur les pavés.
Et quand le premier sort fusa, il y eux à peine un cri. Plus tard, on appela cette bataille la nuit des héros. A travers chaque fenêtre, chaque carreau, les civils crurent voir la bravoure et l'héroïsme. La vérité, c'est qu'il n'y eut pas plus d'héros ici qu'ailleurs. La nuit nous rendit grâce. Nimbant chaque homme d'une solennité et d'une rigueur toute nouvelle.
Mais la vérité, aussi, ce que chacun tint assez longtemps pour laisser au commandement le temps d'arriver. Rien ne fut lâché avant que Potter fut sur place. Comme un ultime soubresaut d'orgueil.
Et quand la première barricade tomba, ce fut une gerbe dans la nuit.
Je ne sais plus combien d'hommes je tuai. Trop, sans doute. Des silhouettes qui s'affaissaient sans bruit, pendant que je courrais encore. L'épuisement me sciait les jambes, et je dus me rabattre contre un mur pour reprendre mon souffle. Combien de temps encore ?
Je réussis à me trainer plus loin. Je ne sais pas ce qu'elle foutait là, à l'angle de Traverse, mais je sentis mon cœur faire un bond, et je la saisis brusquement par la taille. Elle poussa un hoquet alors que je l'appuyais contre le mur.
- Tu n'aurais pas du venir ici, tellement…
Je ne savais plus ce que je faisais. Je caressais ses joues en tremblant. Qu'est-ce qu'elle foutait là, bordel ?
- Malefoy… Est-ce que tu vas bien ? Tu trembles…
Elle passa ses doigts sur ma nuque nouée et mon ventre se tordit. Je ne savais plus.
- Hermione…
Elle plongea ses yeux dans les miens et je l'attirai contre moi. Mon baiser était une supplique. Elle s'accrocha à moi comme à sa planche de salut, ses doigts agrippés contre ma nuque. Je me retirai à bout de souffle, repoussant une mèche de ses cheveux.
- Je t'en prie…
Je l'embrassai encore avant de l'abandonner.
OoOoOoO
Elle haletait… Par Merlin… Et elle se tordit contre le mur. Elle jeta un regard circulaire, avant de remonter la capuche sur son nez et de se faufiler dans une ruelle.
La poigne qui lui tomba dessus faillit lui couper le souffle. Elle resta muette, les yeux écarquillés.
- Alors, comme ça, Miss-je-sais-tout se paye le luxe de se taper l'héritier Malefoy…
Il avait susurré contre son oreille, et alors qu'il se reculait, elle distingua son faciès sous le capuchon. Elle hoqueta.
- Zabini…
Son sourire se fit carnassier.
- Je te croyais plus prudente… Batifoler sur un champ de bataille, allons…
Il la tenait par le col de sa cape et il s'arqua contre elle, jaugeant la ruelle du regard.
- … Allons discuter plus loin, si tu veux bien.
Il s'arracha de l'appui du mur, l'entrainant avec elle dans la ruelle.
- Draco. L'énigme Malefoy. Tu n'as pas idée du cas de conscience qu'il représente chez le Lord. Un type comme lui, c'était du pain béni. Un adepte en devenir. Et le séisme qui a secoué le QG quand il a rejoint Potter.
- Je ne te dirai rien, Zabini, tu peux m'épargner ton discours et me tuer tout de suite.
Elle l'observait, le regard hautain. Un sourire fugace vint écorcher ses lèvres et il s'abattit contre elle. Il approcha son visage du sien et murmura.
- Si tu savais comme il te haïssait. A Poudlard… Au-delà du raisonnable. Dis-moi, pourquoi ?
Elle plongea son regard dans le sien.
- Uppercut du droit. Troisième année. Ça te dit quelques choses ?
Et il se mit à rire, il la força à marcher, la tenant fermement par le bras avant de la repousser sous une porte cochère.
- Tu es si naïve… Draco est, dans le fond, un animal bien primaire. Il respecte, il haït et méprise. Il ne sait rien faire d'autre. Mais, toi, petite gamine mal peignée, pourquoi la haine ?
Elle repensa alors à ses lèvres, tremblante.
- Pourquoi toi, hein ?
Et son regard la déshabilla lentement. Que voulait-il qu'elle lui dise ? Qu'elle n'en savait rien ? Qu'elle l'avait haï terriblement jusqu'à avoir envie de lui comme personne.
- Tu peux crever.
Elle lui avait filé entre les doigts, juste le temps pour elle de tenter de l'esquiver. Mais sa poigne retomba sur elle, impressionnante.
- Bordel, à quoi tu joues, Zabini ? Réponds ! On est en guerre. On risque de se faire descendre à tout moment. A quoi ça rime ces questions ? Qu'est-ce que ça peut bien te foutre, à la fin ?
Son regard s'alluma et il lui attrapa les cheveux, les tirant fermement en arrière.
- L'autre soir, j'ai bien vu que quelque chose n'allait pas… Un sentiment étrange. Je connais Draco, et il ne s'était encore jamais embarrassé de petites putes dans ton genre. Alors quoi ? Plan de Potter ? Vengeance personnelle ? C'est quoi la condition à la clause : se laisser sauter par Malefoy ? Hein, trésor… ?
- Arête ! Arrête bon sang !
Elle poussa un cri déchirant et se rua contre lui. Comme une bête. Un petit animal apeuré. Et sans savoir comment, il se retrouva avec sa baguette sous la jugulaire. Terrifiante avec son regard.
- Tu veux la connaitre, ta putain de vérité ? Je ne la connais PAS la condition sous ta saloperie de clause. Je ne sais pas, tu m'entends ? Ca me terrorise, Zabini… Tu entends…
Elle pleurait maintenant. Et les sanglots qui semblaient déchirer sa silhouette frêle ne l'empêchait pas de le menacer, sans trembler.
Elle secoua la tête et doucement, abaissa sa baguette. Longtemps, elle le regarda sans ciller. Sans bouger. Comme un défi silencieux. « Tue-moi si tu l'oses. »
Il avait hoché la tête. Et la nuit l'avait englouti.
OoOoOoOoO
Pov Draco
Il pleuvait. Un crachin triste. J'étais à deux encablures du QG et je marchais vite. Les Mangemorts avaient battu en retraite. Comme des ombres silencieuses et vaporeuses, à travers les ruelles. Alors, je rentrai.
- Attends !
Je m'étais immobilisé soudain, posant la main sur ma baguette, j'avais pivoté sur mes talons. Une silhouette s'était détachée de la porte cochère et avait avancé vers moi. Sa capuche goutait.
- Blaise.
Un sourire.
- Bonsoir.
Il avait perdu de sa superbe. Il semblait trop grand et usé. Il hésita un moment, avant de faire un pas en avant.
- Draco… Pansy est morte.
Ce fut d'une violence inouïe. Il avait dit ça si soudainement, la voix déchirée.
- … Tout seul, je n'ai pas su…
- Non…
Ma voix tremblait. « Je t'en prie, Blaise, ne dis rien. »
- Et c'est l'Ordre qui va la ramasser… Alors il fallait que je te le dise…
Et sa petite voix vint chanter dans ma tête « Quand le type allongé sera un ami, un camarade, un soutien ? Comment on va pouvoir vivre ça ? »
La pluie avait cessé. J'avais froid, soudain.
- Je ne te demanderai plus jamais rien… Mais ne laisse pas son corps sans sépulture.
Il avait relevé les yeux, et il semblait à bout de souffle.
- Je suis damné, Draco… Ou peut-être pire… C'est un fou. Et nous n'aurons plus jamais de repos après ça… Alors, si Granger peut faire quelque chose… Si elle peut te sauver…
- Gran…
- Il sait ! Il croit la rumeur. Il la veut ! Tu comprends ? Si elle est à la fois son point faible et le tien…, me coupa-t-il.
Une silhouette se dessina derrière Blaise, lugubre.
- C'est drôle la vie, parfois… Le hasard, le destin… Mais je ne crois pas que le Lord aimerait. C'est mal, la traitrise, Zabini.
Je frissonnai quand la voix doucereuse retentit. Des cheveux châtain, un regard azur et des traits fins. Enrôlé dans la lourde cape noire.
Blaise lui avait jeté un regard en coin, un pli soucieux était apparu sur son front et il avait sifflé.
- Fergus, qu'est-ce que tu fous encore là ?
Fergus… Comme un mauvais rêve.
- Ça ne va pas, Malefoy ? Tu as vu un fantôme ?
Fergus s'était approché, acerbe, me toisant de ses yeux fiévreux. Et lentement, il avait pointé sa baguette sur moi.
- Fergus… Qu'est-ce que tu fous ?
Blaise ne comprenait pas. Blaise ne pouvait pas comprendre. C'était entre lui et moi. Une histoire d'un gamin - son meilleur ami, bousillé dans une ruelle salle. Une histoire à la con.
- Sectusempra !
Il avait pivoté brusquement. Blaise n'avait pas eu le temps de parer du coup.
- Non !
Son sourire atroce, son visage figé et ses boucles humides dans le cou. Il avait juste eu le temps de souffler, cruel.
- Tu auras le loisir de le voir se vider de s…
- Avada Kedavra !
L'éclair vert le projeta en arrière. Il l'avait accueilli comme une délivrance. Enfin. J'avais glissé sur le sol, jusqu'à Blaise… Tremblant.
Les pavés étaient déjà poisseux, je défis sa cravate, tentai de résorber les plaies… Je n'étais pas Médicomage.
- Blaise, je vais aller chercher du…
- Non…
Il avait soufflé, et une bulle de sang avait éclaté contre ses lèvres. Il avait secoué la tête, suppliant. Il savait. J'avais saisi sa main. Je pleurais. Des larmes noires, des larmes d'incrédulité. Un spasme lui avait arraché un râle sourd, et ça avait été terminé. Fini. Ses grands yeux bruns me fixaient de leur prunelle morte. Et un haut le cœur m'avait saisi.
Juste la force de me trainer sur le côté pour y vider mes tripes. J'avais refermé ses paupières. Je ne savais plus. Je ne voulais plus savoir. Blaise avait raison, nous étions damnés.
OoOoO
-Remus, Qu'est-ce qui s'est passé ?
Elle le toisait de toute sa hauteur, les poings serrés.
- Je t'en prie, Hermione, ne te mêle pas de cela.
Elle avait secoué la tête et il avait senti son cœur se serrer.
- C'est mieux pour toi.
Il s'était levé, esquissant un geste vers la porte, mais elle s'était plantée devant lui.
- Remus… Je m'inquiète.
Il avait massé sa tempe douloureuse. Il avait encore trop peu dormi. Il n'arrivait pas à se sortir de l'esprit le corps de Malefoy, replié sur l'asphalte, à demi conscient. Et ce sang… Ce sang, tout ce sang noir et poisseux.
Il avait arraché Malefoy du sol. Tout de suite, il reconnut le profil acéré de Zabini. Son front large et droit, ses épaules massives. Zabini, le compère silencieux des Serpentard… Son élève. Il avait ordonné qu'on rapatrie les corps dans les sous-sols du QG. Et il avait tenu Draco à bout de bras.
Un fantôme. Une poupée de chiffon entre ses doigts maigres. Et c'était fou comme il était Sirius. Sirius, il y a bien longtemps. Encore jeune et beau, mais avec ce regard glacé, perdu :
- Ils sont morts, Remus. Ils sont morts.
La logorrhée sans fin de cette nuit-là. Lupin avait juré de ne jamais revivre ça, jamais. Et voilà qu'il s'était retrouvé avec ce gosse dans les bras.
Et Hermione ne lâchait rien.
- Zabini est mort.
Elle avait pali avant de s'asseoir, les sourcils froncés.
- C'était son meilleur ami.
Elle avait levé les yeux pour croiser le regard du Professeur et il avait hoché la tête.
- Je sais, Hermione, je sais tout cela.
« Ou du moins, je l'imagine… »
Elle eut la décence de ne pas demander s'il allait bien. La correction de ne pas faire de manière, de ne pas se lamenter. Il y avait eu trop de morts pour qu'elle feigne encore. Mais il était l'ami de Malefoy, et cela changeait tout.
- Qu'allez-vous faire des corps ?
Il s'était contenté de sonder son regard. Pour ne pas avoir à lui répondre. Elle savait, nécessairement, qu'on ne prenait plus le temps d'enterrer les morts.
- Woolwich.
Bien plus désolé qu'un désert, plus sauvage qu'une montagne, si on cherchait une vision plus fantastique qu'un rêve angoissé, c'était à Woolwich qu'il fallait aller. Il y a peu encore, c'était une ville comme il en existait tant d'autres à la périphérie de Londres. Et puis les morts avaient commencé à s'accumuler, toujours plus nombreux. Dans l'urgence sanitaire, Lupin avait désigné Woolwich. Car sur la rive sud de la Tamise, au Sud-Est de Londres. Et car les immenses hangars en friche de l'ancienne Woolwich Arsenal offraient bien assez de place pour enterrer les morts. Lupin n'y avait été qu'une fois. Ce qui lui avait sauté aux yeux, c'était cette cicatrice béante, cette terre meurtrie et retournée, ce sillon noir qui marquait les fosses encore fraiche. Des fosses partout. Béantes, où on alignait les corps anonymes. Le smog épais, l'air lourd et moite, irrespirable. L'horreur. Une autre facette de l'horreur.
- Draco ne voudra jamais…
« Non, ma petite. Draco connait cet enfer. Il sait ce que Woolwich veut dire. Pour toi, ce n'est qu'un mot qui fait peur. Alors, oui, Draco ne voudra pas… »
- Mais il n'aura pas le choix…
Alors ? Alors ? Alors ?
L'auteuz est avide de réaction ! Elle tremble. Son cœur bat. Aidez là =)
* Oui, elle était simple celle la, mais j'avais envie (et je suis faible)
