Harry s'appuya sur le balcon qui faisait le tour de la Grande Salle, observant la scène. Il ne connaissait pas le nombre exact de tickets vendus, mais la salle, qui avait été magiquement étendue pour s'accommoder à la foule, avait l'air complètement bondée. Célestina Warbeck introduisait la chanteuse suivante, Wicked Jenny sous de nombreux applaudissements.

Harry dut admettre, que là, au dessus de tout, c'était plutôt agréable. Il avait juste jeté un œil à la masse de monde dans la Grande Salle et avait immédiatement dit à Ron et Hermione qu'ils les reverrait après le concert. Mais il voulait quand même en profiter. C'était pour Tonk, pour Rémus. Il le leur devait d'être là. Il avait marché autour du château avant de réaliser qu'il n'y avait personne sur le balcon. Il avait vu McGonagall, qui lui avait dit que c'était à cause de problèmes de sécurité, mais qu'il pouvait regarder de là-haut s'il préférait, du moment qu'il était discret.

C'était plutôt avait une vue parfaite sur le show et pouvait tout entendre, et pouvait en même temps éviter la foule qui le faisait paniquer.

« Peut-être que c'est là toute l'histoire, Potter » se dit-il en lui-même en appuyant son menton sur ses mains. « Trouver un compromis. »

Il fredonnait avec une des chansons de Wicked Jenny, une mélodie assez optimiste appelée « Se noyer dans l'amour. », quand il réalisa soudainement, même sans se tourner, qu'il n'était plus seul.

Harry pouvait toujours sentir quand Séverus était proche. C'est un don qu'il avait développé il y a des années, un qu'il ne pouvait pas vraiment décrire sans avoir l'air complètement idiot. Séverus n'avait pas d'odeur particulièrement forte, mais il sentait lui. Il ne respirait jamais fort, mais Harry pouvait capter la cadence exacte de sa respiration. Même sans le voir, tous les sens d'Harry picotèrent à la seconde où l'homme entra dans la pièce.

« Belle vue. »

Harry ne se retourna pas. « Que fais-tu ici ? »

« Je n'aime pas non plus la foule », dit Séverus. Il était plus proche d'Harry à présent, debout, si près du plus jeune que si celui-ci tendaient ses bras en arrière, il le toucherait.

« Minerva m'a dit que tu avais trouvé une place de choix ici. »

Harry secoua la tête. « Tu es un bâtard, tu le sais ça ? »

Harry connaissait Séverus, même après toutes ces années de séparation, et il savait même sans le regarder, que celui-ci s'était arrêté. « La plupart des jours, oui. »

Harry se retourna finalement. « Comment peux-tu être là ? Comment peux-tu me regarder tous les jours où je viens à Poudlard, agir comme si tout était normal et comme si nous nous étions quittés en bons termes, alors que nous savons ce qui s'est passé ? Tu me rends fou, tu sais ça ? Parce que je te regarde et je t'écoute, et je pense que peut-être tout ce qui s'est passé était juste un rêve et que j'ai imaginé le fait que tu m'as effacé de ta vie. Et alors, les souvenirs me reviennent en pleine face et je sais qu'il n'y a aucun moyen, aucun putain de moyen que quelque chose d'aussi terrible soit une rêve. Donc, dis-moi, maintenant. Comment peux-tu être là ? »

Le visage de Séverus pâlit. « Tu préférerais que je parte ? »

« Je préférerais que tu me dises pourquoi tu t'es transformé en une personne totalement différente et pourquoi tu m'as jeté dehors, et pourquoi me parles-tu comme si rien ne s'était passé ? »

Séverus fronça légèrement les sourcils. « Est-ce que ça t'aiderait si je te disais que j'avais mes raisons ? »

Harry renifla. « Ouais, bien sûr. Des raisons. Tu es un adulte, Séverus. Il faudra faire mieux que ça. »

Séverus approcha d'un pas, mais se figea quand il vit Harry reculer. « Harry. Je te demande pardon. »

Harry senti sa mâchoire tomber. Deux choses auxquelles il ne s'attendait pas venaient de sortir de la bouche de Séverus : Son prénom, à nouveau, et une excuse. Il s'empêcha de se pincer.

« Je t'ai traité de manière horrible. Je ne peux pas offrir d'excuse assez forte pour ça. Mais je te l'assure, mes intentions sont sincères. »

« Tes...intentions. » dit Harry doucement. « et quelles sont-elles exactement ? »

« Qu'aimerais-tu qu'elles soient ? » demanda Séverus.

Sincèrement, Harry ne savait pas. Une partie de lui – une très large partie pour dire la vérité – voulait que Séverus admette qu'il l'aimait encore. Mais tout se passait trop vite. Harry s'était rejoué leur dernier jour ensemble ces 20 dernières années, et c'était à chaque

fois comme une dague en plein cœur. Le plus vieux n'offrait toujours pas la moindre explication. Malgré combien Harry voulait Séverus, il savait aussi qu'il y avait encore beaucoup de choses sur lesquelles ils devaient travailler, s'ils devaient avoir une relation légitime de quelque sorte que ce soit, que ce soit amis...ou plus.

Harry regarda la scène, où Wicked Jenny avait commencé une nouvelle chanson. Si quelqu'un lui avait dit il y a un an, qu'il serait de retour à Poudlard, pour le concert de l'année, il leur aurait ri au visage. Peut-être qu'il le regardait depuis le balcon, mais il était quand même là.

Et n'est-ce pas ce qu'est la vie ? Prendre un jour après l'autre, tout simplement ?

« Tu regardes le concert avec moi ? »

Séverus inclina la tête. « Merci »

Ils étaient debout, côte à côte, penché sur le balcon, ne disant pas un mot. Séverus était proche d'Harry, si proche que s'il bougeait sa main droite un tout petit peu, il lui effleurerait les doigts. Ça semblait si magnifiquement familier. Même après presque deux décennies, la sensation du corps de Séverus près du sien était électrifiant. Graduellement, Harry se relaxa, profitant à la fois de la musique et de la compagnie.

Après deux autres chansons rythmées, la musique se calma doucement. "Nous voulons dédier cette chanson à Nymphadora Tonks," dit la chanteuse. "Elle s'appelle un hiver coloré. Tonks, j'espère que es en train d'écouter !"

La chanson contrastait fortement avec les chansons précédentes du groupe. Alors que la mélodie était belle, elle était aussi nettement triste, comme si elle avait été écrite dans le but d'être jouée aux funérailles de quelqu'un qui était mort bien trop jeune.

« Tonks haïssaient les chansons tristes », dit soudainement Harry. « Si elle était là, elle se moquerait d'eux. Et pourtant, nous sommes là, à l'écouter en son honneur. » Il jeta un coup d'oeil vers Severus. « Ça avait l'air juste au début. Tonks adorait la musique, elle aurait aimé être à un concert comme celui-ci. Elle aurait pu danser toute la nuit. Mais ces gens sur scène... ils ne l'ont pas connue. La moitié du public ne l'a pas connue. Qu'est-ce qui fait que ce concert est différent pour eux de tout autre concert auquel ils assisteront cette année? »

« Nous, nous la connaissions » déclara Severus. « Et avec toutes les recettes allant à la Société britannique des loups-garous , je suis sûr qu'elle aurait été ravie, même avec cette chanson maladroite. »

Harry hocha la tête. Teddy avait trouvé l'idée géniale, mais même lui...Il se figea, réalisant ce qu'il était en train de dire . De quel droit avait-il dit à un autre orphelin qui n'avait jamais connu ses parents, qu'il ne savait pas ce qu'ils auraient aimé ou pas? Il ferma les yeux. « Je me demande juste si ce que nous faisons est bien. »

Il sentit la main de Severus couvrir la sienne, et ouvrit ses yeux en état de choc. Il se dit qu'il devait peut-être s'éloigner, mais le contact était complètement normal, inoffensif et d'une certaine manière, c'était exactement ce dont Harry avait besoin à ce moment-là.

« Tu as grandi » dit Severus, la voix douce, comme émerveillée.

Harry renifla. « Je me sens toujours pareil. En complet désordre. »

« Ne le sommes-nous pas tous? » Severus demanda. Il fit une pause. « Je suis très... impressionné par la façon dont tu as géré cette affaire. Ça aurait pu être une honte, avec la manière typique du ministère, en grande pompe, mais c'est ... quelque chose que je crois, ceux que nous honorons auraient apprécié. »

« Merci, » dit Harry, plutôt surpris. « J'apprécie cela. »

« Je vais te dire une autre personne que tu as impressionnée, »dit Severus presque trop rapidement. « Quelqu'un que tu ne connais peut-être pas : ma vieille amie Irma. »

« Irma? » Harry demanda, fronçant les sourcils. « La bibliothécaire? »

« Irma Crabbe », dit Severus. « Son fils était de ta promotion »

Oh, Merlin, comment Harry a-t-il pu oublier Vincent Crabbe? Harry faisait encore des cauchemars du Feudeymon dans la salle sur demande. Bien qu'il n'ait pas vu Crabbe mourir, il se demandait parfois si c'était pire. L'imagination d'Harry après la guerre était remarquablement vive, et la pensée de Crabbe, criant à l'agonie alors que sa propre création le brûlait vif, avait fait trembler Harry pendant de nombreuses nuits.

« Irma a perdu son fils et son mari ce jour-là », poursuivit Severus. « Bien qu'honnêtement, elle les avait perdus bien avant cela. Vardan, son mari, était un homme cruel. Il croyait tout ce que le Seigneur des Ténèbres prêchait. Mais Vincent... Vincent aurait pu être sauvé, je crois. Il voulait être Briseur de Sorts. Il fallait de l'habileté, de la stratégie. Il aurait pu voir le monde." Il secoua la tête. "Mais, comme beaucoup d'autres garçons, ce qui lui a été fatal, c'était qu'il voulait désespérément impressionner son abusif et ivrogne de père. »

Sans réfléchir, Harry serra la main de Severus. Ce genre d'histoire lui était familière. L'homme avait admis plusieurs fois qu'il était conscient qu'il aurait pu finir comme n'importe lequel de ces manges-mort qui sont morts au nom de Voldemort. Il avait suivi ce chemin. Il n'y avait pas de moyen facile d'en sortir. Seule la miséricorde d'un l'avait sauvé de ce sort. Harry savait que la culpabilité de ne pas pouvoir influencer les esprits de tous les enfants Serpentard des manges-mort avait pesé lourd sur son esprit.

« Irma était certaine que le Ministère oublierait son fils », déclara Severus. Sa voix était rauque maintenant, pas beaucoup, mais assez pour qu'Harry l'ait remarqué. « Il était, après tout, sur le point de devenir lui-même Mange-mort. Il avait tenté de tuer. Mais quand il est mort, il n'était encore qu'un enfant, le fils d'une femme qui était anéantie parce qu'elle l'avait laissé tomber. »

« Je suis désolé », chuchota Harry.

Severus secoua la tête. « Pourquoi devrais-tu être désolé ? Tu es le seul à t'être exprimé lors de cette réunion et à avoir insisté pour que tout le monde soit honoré, pas seulement ceux qui ont eu la chance d'être du bon côté. Vincent Crabbe est mort bien trop jeune. Il a été privé de l'occasion d'examiner ses actions hors du chaos de la guerre, de voir l'erreur de sa manière de faire, de travailler pour le faire ce qui est juste. Mais maintenant, sa mort signifie que quelque chose de bon va émerger, même si ce n'est que dix gallions en son nom pour un organisme de charité. »

La tête de Severus tomba, et Harry lui frotta le dos en cercles réconfortants. Cette position était également familière. Bien qu'Harry ait toujours senti qu'il avait besoin d'un réconfort disproportionné , il y avait encore des moments où le poids de la guerre menaçait de consumer Severus. D'habitude, le Maître des potions essayait de le garder bien caché à l'intérieur, mais même lui n'était pas à l'abri d'avoir besoin d'une touche rassurante.

Harry se voyait tellement dans Séverus, cette manière déprimante de faire tomber les épaules , le regard de la défaite sur son visage, le sentiment de tristesse qui enflait par vague. Oui, Severus comprenait. Severus savait. C'était la malédiction qu'ils partageaient.

Mais c'était également ce qui les avait toujours attachés ensemble.

« Oh, Severus », murmura Harry, caressant sa joue. L'homme pencha la tête vers le plus jeune, une question tapie au fond de ses yeux angoissés.

C'était juste comme au bon vieux temps. L'un d'eux souffrait, l'autre le ressentait et voulait faire n'importe quoi pour apaiser cette douleur, même si c'était juste un peu, même si c'était temporaire. Harry se sentait attiré par Severus, voulant qu'il ressente la chaleur d'un autre être humain qui le comprenait, qui voulait qu'il sache qu'ils étaient deux, et qu'ils avaient tous deux survécu.

Quand ses lèvres se posèrent sur celles de Severus, ce fut une victoire tranquille. Pour Harry, pour Severus, pour eux-mêmes.

« Oh, Harry, » murmura Severus, frottant ses pouces en petits cercles autour des tempes d'Harry. « Mon Harry. »

Les mots de Severus rompirent le sort, et Harry se raidit. Bon sang, il venait de se dire que les changements arrivaient trop vite, que rien n'était résolu, et qu'il avait besoin de se protéger. Ce n'était pas un jour après l'autre ça; c'était sauter en avant d'une année entière.

« Je suis désolé », dit Harry. « Je suis vraiment, vraiment désolé, Severus. Mais je ne peux pas. »

Ne pouvant plus regarder Severus, sachant qu'il serait à nouveau complètement perdu, Harry tourna les talons et s'enfuit.