(Je m'apprête à rejoindre d'ici peu de temps ma tit' femme pour la rencontrer irl, j'ai très peu de temps à accorder à cette intro pour le moment et la feignasse que je suis à oubliée qu'elle avait la mauvaise habitude de se lever à midi tous les dimanche. Je m'excuse donc. Je retravaillerais tout ça à mon retour. One love *coeur*)

Bien, après quelques problèmes techniques (notamment la disparition de ce chapitre dans les méandres de la mémoire de mon appareil ainsi que sa réapparition... A MOITIÉ) me voilà de retour \o/ Pour ce chapitre, présence de Lime tout doux (remerciez Julia XD (tu apparais de plus en plus dans mes fics... Arrête de me donner des idées ! xD))

(Comme expliqué plus tôt, pas le temps pour la review anonyme aujourd'hui, navrée Margot *coeur*)

Je remercie mon ptit lapin bleu, câlins, coeur, tournesols, combi, et SPN à volonté pour toi !

(Oui, je vais trop vite, c'était l'intro yolo ^^')

Bonne lecture ;)


Chapitre 12:

Le gravier crissait sous ses pas. Après un bon moment de marche silencieuse et frissonnant un peu, il jeta un rapide coup d'œil au bâtiment devant lui et tomba sur ce qu'il cherchait : la sonnette. Son doigt appuya, son cœur s'accéléra. À travers la porte, il entendit son appel se propager parmi les couloirs dans un écho devenant désespérant au fil des secondes. Dimanche. L'école était fermée. Ils ne devaient y avoir qu'eux. Ils devraient être là, l'un ou l'autre.

Il sursauta. Une série de pas derrière la porte, se rapprochant petit à petit.

Mine de rien, il prenait un risque énorme. Le Prof de Philo était imprévisible et le marteau jamais bien loin.

Mais ça en valait la peine.

Les réponses à ses questions en valaient la peine.

Les bruits se rapprochèrent encore et, malgré toute sa volonté, son courage et ses bonnes intentions, il se raidit.

Même si cela ne lui sauverait pas la vie, il recula d'un pas lorsque la porte se déverrouilla puis s'ouvrit.

Silence.

Le nouveau venu lui sourit.

— Oh... Qu'est-ce que tu fais là ?

Le Présentateur TV.

Soulagé, le Hippie sourit à son tour.

Effectivement, pas de formes de grossesse ou même de choc apparent. Il avait l'air plutôt heureux... Quoiqu'un peu surpris de se retrouver en tête à tête avec lui, eux qui ne se croisaient d'ordinaire qu'au milieu de foules alcoolisées chez Kriss ou bien Mathieu.

— Man ! s'écria-t-il à la fois soulagé et plein d'appréhension. S'il te plaît, il faut qu'on parle ! Il faut que tu me raconte ce qui s'est passé il y a deux mois ! S'il te plaît ! S'il te plaît...

Son regard qu'il devinait suppliant, ses mains jointes comme pour une prière... Son attitude sembla perturber le Présentateur, ayant plutôt l'habitude d'être lui-même en position d'infériorité et pas le nécessité, le supplié.

Il jeta un regard derrière lui, puis à sa main droite qui enserrait une éponge.

— Mais... J'allais nettoyer, et je peux pas partir sans le prévenir...

Nouveau regard par-dessus son épaule. Ill sembla hésiter avant d'ouvrir la porte en grand, l'invitant à passer devant lui.

— Entre, je vais lui parler et on sortira pour discuter.

Le Hippie déglutit.

Le Prof de Philo.

La personnalité avec tant de force et de dépendance qu'elle en avait acquis des capacités exceptionnelles, qui le dépassait complément et lui faisait froid dans le dos.

Et qui, en plus de cela, réagissait pour un rien, se laissait emporter par sa frustration si vite, trop vite.

Il recula encore d'un pas.

— Man... Je veux pas qu'il me fasse du mal.

Le Présentateur sourit.

— Il ne te fera rien si je suis là.

D'abord hésitant, le pacifiste opina. Après tout, si lui-même était un tueur psychopathe, il se contiendrait un minimum pour les invités de son alter-ego.

Il avança donc et, encouragé par son camarade, commença à longer le long couloir qui se présenta à lui, son stress montant d'un cran lorsqu'il entendit la porte se refermer derrière lui.

Il déglutit.

— C'est pas compliqué de loger ici, man ? demanda-t-il alors pour combler le silence.

Un pas derrière lui, le Présentateur eut un petit rire.

— Oh non, plus maintenant. C'est devenu ma maison.

Il acquit. Un silence plutôt confortable s'installa, de temps en temps brisé par son collègue qui le guidait à travers le bâtiment, lui faisant signe pour tourner ou prendre l'escalier, agitant l'éponge jaune vif.

— On est au premier étage, salle E58.

Même sans connaître le numéro de la pièce, il l'aurait aisément deviné. La lame de couteau à moitié enfoncée dans le mur en face de la porte lui aurait sans doute été un bon indice. De même que le sol tâché d'hémoglobine encore brillante ainsi que le corps à demi-englouti par les ténèbres du couloir, dont les dernières ampoules n'avait pas inutilement été allumées.

— Ça a été rapide, fit remarquer la personnalité en costard après un bref soupir.

Le Hippie n'ajouta rien, le regard fixé sur les flous contours du cadavre dans l'ombre. La bouche ouverte, les yeux écarquillés par la surprise et l'horreur.

— Je n'assiste jamais à la mise à mort quand je peux l'éviter.

Son camarade fit une pause, puis désigna d'un geste son éponge.

— Alors, quand j'ai vu que c'était pour aujourd'hui, je suis allé chercher de quoi nettoyer tout ça.

Le Présentateur laissa sa phrase en suspens.

Tout ça semblait si... Normal pour lui.

Après un moment, le pacifiste réussit enfin à détourner son regard bien vivant de celui bien vide qu'il devinait dans l'obscurité pour se focaliser sur la porte fermée à sa droite. Remarquant ce changement d'état, son double blond fit de même et posa une main sur la clenche.

— Tu verras, il peut être patient et compréhensif, quand il le veut.

Le Hippie hocha nerveusement la tête.

Oui, Peace & Love.

Malgré son comportement impulsif, le Prof de Philo permettrait bien au Présentateur TV de quitter le boulot une petite heure ou deux.

Le temps de savoir.

Avec un sourire encourageant, son collègue entrouvrit la porte, y passa le premier et... Disparut.

Le pacifiste eut juste le temps d'apercevoir un éclair noir et blanc filant devant ses yeux et d'entendre le bruit caractéristique d'un corps en plaquant un autre contre un mur, mais avec toutefois peu de violence.

Le Hippie se tut, hésitant un moment à intervenir lorsqu'une voix suivit d'une seconde transpercèrent le bref silence.

—J'ai cru comprendre que tu étais... Intéressé ?

— Ça vous... Te prends comme ça soudainement ?

— Disons que je suis prêt.

Silence.

— Mais... C'est pas possible tout de suite...

— J'admire ton assiduité, cadreur, mais le travail peut très bien attendre demain.

— Non, c'est le Hippie qui attend derrière la porte...

Nouveau silence. Une série de pas et le Présentateur TV apparut pour lui ouvrir, rougissant tout en renouant sa cravate.

— Désolée, murmura-t-il, visiblement très gêné.

Le Hippie s'autorisa un petit rire tout en pénétrant dans la classe.

— C'est pas grave, man ! C'est peace.

Oui, il serait bien mal placé pour lui faire la morale. Avec le nombre de fois où il avait sauté sur son hippie et où celui-ci lui avait rendu la pareille...

Un passé en passe d'être révolu, songea-t-il tristement.

— Qu'est-ce qu'il fait là ? s'écria le Prof de Philo tandis que ces pensées devinrent plus grises. Si c'est ce crétin qui l'a envoyé, c'est NON ! Je refuse de le voir.

Le pacifiste voulut intervenir, lorsque le Présentateur TV le coupa, ramassant au passage l'éponge qu'il avait faite tomber un instant plus tôt pour la poser sur l'une des nombreuses tables.

— C'est moi qu'il veut voir.

Silence.

L'anarchiste, coupé dans son élan, se figea. Son compagnon reprit, désignant distraitement la porte.

— Je peux sortir un moment ? Je reviendrais pour nettoyer, changer la batterie de la caméra, et...

Une brève pause de la part du cadreur suffit visiblement au Prof de Philo pour déglutir.

Silence.

L'anarchiste soupira et plongeant son regard dans celui de son alter-ego :

— Tu fais ce que tu veux, tu es un homme libre.

Ce fut au tour du Présentateur TV de réagir, rougissant et souriant d'un air béat.

Le Hippie, au milieu de cet échange, écarquilla les yeux. Son double philosophe était bien moins rude que dans ses souvenirs, la présence du Présentateur semblait ressortir ce qu'il y avait de meilleur en lui. Ce qu'il n'avait jamais montré à personne, même en ayant habité chez Kriss pendant des années.

Le double en costard de celui-ci fit signe à celui drogué, ils quittèrent la pièce, revenant sur leurs pas en silence, fermant pour l'un la porte avec une délicatesse toute particulière tandis que l'autre nageait dans ses pensées.

— Man, marmonna le Hippie tout en longeant de nouveau le couloir, je ne pensais pas qu'il pouvait être si... Attentionné.

A ses côtés, le sourire du Présentateur TV grandit encore. Ouvrant la porte d'entrée, il soupira doucement.

— Il fait de son mieux. On fait les choses petit à petit, étape par étape, parce qu'il n'est pas fait pour aimer, et... Il fait de son mieux pour moi.

Devant tant de bonheur, le Hippie sourit à son tour. C'est ça, dont il avait besoin depuis un moment. De voir des gens heureux. Pour relativiser.

Marchant désormais sur un petit chemin de campagne, il laissa le Présentateur le guider au bord de champs tous plus magnifiques les uns que les autres, déserts de tout témoin.

— Ça fait combien de temps, man ?

Le cadreur de Hors Sujet stoppa sa marche, détourna son regard d'un petit papillon rose qui s'était posé sur un grillage près d'eux et répondit sourire aux lèvres en fixant l'horizon.

— Entre deux et trois mois. Depuis que je lui ai rendu visite en prison.

Petit silence confortable, leurs soupirs résonnèrent dans la chaleur de l'après-midi. Le Hippie ferma les yeux. Cela faisait un moment qu'il ne s'était pas sentit aussi détendu, comme si ces soucis n'étaient au fond pas si graves. Il se sentait... Peace & Love. Comme s'il retrouvait enfin sa philosophie de vie après tant de peurs et d'incertitudes.

— J'ai appris, pour cette histoire de bouteille.

Il rouvrit les yeux, fixa le Présentateur qui s'était assis dans l'herbe, au bord du chemin de terre. Il fit de même et se pencha aussitôt sur son camarade.

— C'est Kriss, qui... ?

— Il a appelé le Prof qui m'a raconté. Il m'a dit qu'apparemment, j'aurais pu, moi aussi... C'est complétement fou.

Le Présentateur TV ouvrit de grands yeux tout en fixant le sol. Il ne semblait toujours pas en revenir. Lui avait deux mois de retard sur toute cette histoire.

Près de lui, le pacifiste reprit sa position suppliante, tremblant au fur et à mesure qu'il sentait les réponses enfin arriver.

— Yes, man... Mais j'ai besoin que tu me raconte ce qui s'est passé ce soir-là. C'est vraiment important. S'il te plaît, man.

Silence.

Le Présentateur TV soupira.

— Je... Je n'étais pas dans mon état normal, j'ai fait...

— Man, on a tous fait des erreurs, vas-y, je t'en supplie...

Nouveau soupir.


L'heure qui le faisait tanguer, la lumière qui l'aveuglait, la musique qui l'obligeait à crier.

— Vous pourrez dire à Kriss que je rentre chez moi ? Je ne me sens pas très bien et, comme il doit être occupé...

Face à lui, le Baron et l'Irlandais, à moitié affalés l'un contre l'autre, le fixèrent avec surprise.

— Pas de problème, répondit la personnalité au chapeau haut-de-forme.

Satisfait, le Présentateur TV fila à travers la pièce bondé, repoussant maladroitement le Pyromane qui jetait un œil intéressé à sa cravate tout en jouant avec son briquet.

Il fonça sans réfléchir, bousculant parfois sans vraiment s'en rendre compte.

De l'air.

Il accéléra, manquant de rentrer dans InThePanda qui venait d'arriver et qui se précipitait bras tendus vers la table des youtubers ("Les mecs, vous êtes chiés d'avoir commencé, vous pensez à ceux qui viennent de Lyon ?", "T'abuses, répondit François, on a allumé le micro il y a quatre heures !").

Une bouffée de chaleur prit la personnalité de Kriss qui déglutit lorsque le double du nouveau-venu lui passa devant sans un mot, n'ayant pas même prit la peine d'essuyer les traces de sang ornant son visage.

De l'air.

Il se remit à courir, la voix de Maître Panda pourtant largement amplifiée par deux enceintes ne lui parvenant même plus aux oreilles. La porte d'entrée lui tendait les bras, il l'ouvrit et la referma d'un geste brusque.

Le silence, le vent.

...

Et pourtant il faisait chaud.

Haletant, il porta une paume à son front. Peut-être était-il malade.

Enfonçant ses mains dans les poches de son costard, il marcha fébrilement le long de la petite cours pour atteindre la rue.

350 kilomètres jusqu'au Beaujolais, jusqu'à l'école, jusqu'à son Prof de Philo.

4 jours de marches, 4 heures de voiture.

Heureusement qu'il n'avait pas oublié de prendre de la monnaie avant partir. Il arrêta un donc taxi, pria pour que le chauffeur ne soit pas un abonné de Langue De Pub, et partit.

A moitié sonné par la fatigue et la chaleur, il posa son front contre la vitre qui lui donna une étrange impression de fraîcheur auréolé, étouffée par l'écrasant bouillonnement de son corps. Il ferma les yeux, bercé par les routes de campagne peu illuminées qui lui envoyait encore de temps à temps un éclair de lumières à travers ses paupières.

A regret, il dû bien jeter paresseusement un œil à sa montre et soupirer. Il devait être debout. À revoir le script du cinquième Hors Sujet qu'il soignait tout particulièrement, ou encore à préparer des cours.

Les cours.

Les gamines de terminale.

Il souffla, secoua la tête.

Il s'était juré de ne pas y penser. Des dizaines et des dizaines de fois. Mais c'était plus fort que lui.

Parce que lui n'était pas là, quand son alter ego donnait des cours à ces lycéennes aux yeux noirs et aux lèvres écarlates. Il devait rester dehors et attendre que la dernière soit sortie.

C'était pour rester vivre à l'école. C'était pour garder leur semblant de foyer à tous les deux, mais...

Le Prof de Philo avait beau avoir fait de lui son exception à sa crainte de l'amour, il n'en restait pas moins plein de défauts (et même au niveau corporel : que pouvait-il contre des formes féminines ?).

Alors, oui, le Prof était tout aussi violent que d'ordinaire durant ses cours... Mais certains des élèves l'appréciaient justement pour ça.

Il voulait lui faire confiance, se fier aveuglement à lui comme il le faisait d'ailleurs sur tout autre sujet, mais... Mais il ne se sentait pas digne de tous ses efforts.

Il n'assistait pas aux cours. Il aurait pu se passer n'importe quoi. Il devait attendre dehors.

Ce qui d'ordinaire l'inquiétait le faisait maintenant bouillir. Si l'une d'elle l'avait touché... Ou même un gamin, d'ailleurs...

Ses pensées étaient confuses. De brefs souvenirs de regards intéressés le firent frissoner.

La voiture s'arrêta, la portière claqua et il fit un peu de route à pied.

Il faisait chaud.

Enfin, après un moment de lutte intérieure, il accéléra en apercevant l'école.

Encore une porte qui claque, les pensées de moins en moins claires au fur et à mesure de ses pas. Il se demanda même si il avait vraiment sortie sa clé pour entrer avant que son esprit embrumé, dans un ultime effort, ne lui confirme.

Ce n'était pas de la fatigue. Plutôt... Comme si on lui avait bourré la tête avec du coton. Il avait peut-être trop bu...

D'un geste maladroit, il ouvrit encore une porte, la dernière, silencieusement, et se glissa dans la salle de classe. La lumière lui picota les yeux et il distingua la silhouette de son compagnon, bien réveillé, pianotant sur le clavier de l'ordinateur.

Il sourit.

D'un mouvement d'épaules, il fit tomber sa veste noire qu'il laissa au sol sans y prêter la moindre attention. D'ordinaire, il l'aurait accroché, il en prenait toujours soin, mais il faisait si chaud. Trop chaud.

Avec il l'espéra suffisamment de douceur, il posa ses mains sur les épaules du Prof qui s'immobilisa aussitôt. Il se retourna, fit un effort pour laisser un petit sourire apparaître sur son visage. Pour cesser d'être impassible et se dévoiler.

— Tu es là, cadreur.

Le sourire du Présentateur TV s'élargit encore. Se sentant étrangement bien plus téméraire que d'habitude, il se pencha sur les lèvres de son alter-ego et y posa les siennes.

Cela faisait si peu de temps. Ils étaient encore un peu timides concernant leurs marques d'affection. Mais pour la première fois, il se sentait la force d'affronter une appréhension commune. Une appréhension qui sembla passer bien vite par la tête du Prof de Philo lorsque le Présentateur, ayant caressé du bout de la langue la jointure de ses lèvres, s'en éloigna pour laisser ses doigts s'attaquer aux boutons de sa chemise blanche.

— Cadreur ?

— Hum ?

Il déboutonna le premier et se pencha de nouveau, jusqu'à ce qu'une main ne le repousse.

— Je ne me sens pas vraiment prêt pour ça maintenant, c'est un peu précipité.

Il fit la moue, voulu s'approcher encore, une deuxième main l'empêcha d'approcher.

— Je suis sérieux. J'ai besoin de temps.

Sa voix grave ne trahissait en effet aucune forme d'ironie. Sans en avoir la moindre raison, alors que son esprit se réveillant lentement lui conseilla de s'arrêter là, il insista pour s'approcher.

Son dos heurta le mur.

Le mur à l'opposé de la pièce.

Il grimaça un peu, davantage perturbé par la surprise que par le choc lui-même. Tout contre lui, à sa grande surprise, le Prof de Philo ne parut pas furieux.

Plutôt inquiet.

La personnalité philosophe laissa un bref silence passer, le temps que les poings qui maintenait le Présentateur contre le mur se décrispent.

— Tu n'es pas dans ton état normal.

Le Présentateur ouvrit de grands yeux, la respiration rendue haletante par la tension et la vitesse des évènements. Le Prof de Philo l'observa longuement tandis que son regard se perdit dans l'espace, partagé par une infime conscience que quelque chose n'allait pas et une déconnexion quasi-totale avec la réalité.

Il faisait chaud.

Il tenta une manœuvre pour se dégager, mais resta immobilisé entre le mur et son compagnon qui n'ajouta rien.

Après un moment, une main le tira et le fit sortir de la pièce, l'agrippant toujours aussi fermement. Le Prof de Philo sortit, ouvrit la porte d'une salle de classe voisine et, sans plus de cérémonie, le poussa à l'intérieur.

Il tomba à genoux dans l'obscurité, grimaçant encore lorsque le 'clic' de l'interrupteur résonna dans sa tête et que la violente lumière de la pièce imprégna sa rétine.

La porte se referma, un tour de clé le fit déglutir. La voix du Prof de Philo lui parvint de derrière le panneau de bois.

— Je ne sais pas ce qu'ils t'ont fait, je ne sais pas ce qu'ils t'ont donné... Mais on va attendre que les effets disparaissent. Tu vas rester ici et je reviendrais demain matin.

— Je suis désolé...

Le Présentateur TV avait murmuré ces mots avec tristesse. Son cerveau semblait se remettre en marche, toujours avec lenteur, mais suffisamment pour lui faire réaliser l'espace d'une seconde la scène à laquelle il avait participé.

Un bref silence derrière la porte manqua de le faire pleurer.

— C'est pas ta faute, murmura la voix du Prof. Je sais, je suis sûr que ce n'est pas ta faute. Je veux juste éviter un accident. Reste là et essaie de bien dormir.

Il hocha vivement la tête.

Et entendit des pas s'éloigner.


Le Hippie garda longtemps les yeux écarquillés. Assimilant toute l'histoire, il reprit d'un ton encore absent :

— Alors c'est pour ça que tu n'es pas enceint aussi, vous n'avez pas fait l'am...

— Non, on l'a pas fait, coupa le Présentateur, gêné.

Silence.

— Le Prof de Philo a tout de suite su que quelque chose n'allait pas...

— Il faut croire qu'il me connaît bien...

— J'aurais dû m'en rendre compte, moi aussi.

Le pacifiste de Minute Papillon soupira. Il resta un moment immobile, la gêne de son collègue ne sachant que répondre plus que palpable et l'attristant encore davantage.

Lorsque, tout à coup, un détail lui traversa l'esprit.

— Une minute...

Le récit qui venait tout juste de lui être raconté se rejoua vaguement à travers son imagination un peu grillée par la drogue.

Il réalisa.

— Après avoir bu, tu as fait près de 350 kilomètres pour rejoindre le Prof de Philo, hein man ?

— Il faut croire, personnellement je ne m'en souviens pas très bien, mais je suis arrivé à l'école, alors...

— Man, si tu as fait tout ce chemin, c'est bien pour le voir LUI.

Son camarade fronça les sourcils, perplexe.

— Oui...

— Donc tu n'as pas sauté sur le premier venu ?

— Évidemment que non !

...

— Je ne l'ai pas violé.

...

Un immense sourire s'étala sur son visage.

— Hein ?

Près de lui, le Présentateur TV semblait perdu. Il le prit dans ses bras sans réfléchir, éclata de rire dans le silence de l'après-midi qui enfilait sa tenue de soirée.

Il ne l'avait pas violé. L'enfant avait vraiment été conçu dans le consentement. Il n'avait pas à s'en vouloir. Il n'y était pour rien. Il avait le droit de l'aimer. Les deux, le droit de les aimer tous les deux.

Il ne l'avait pas violé !

Il se leva sans cesser de rire une seule seconde sous l'œil ébahi de son double qui finit pourtant par sourire à son tour.

— Je sais ce qu'il me reste à faire ! s'exclama après un instant le Hippie.

Oui, restait à assumer ses responsabilités. Ensuite il reviendrait. Il reviendrait et il les aimerait.

Tous les deux.


"La césarienne"

Rien que le titre du chapitre laissait présager le pire.

Et il n'avait pas tort, malheureusement.

Au début, les photographies de couleurs le figèrent, puis sa bouche s'ouvrit lentement en une sorte de cri silencieux.

Un cri intérieur.

Il n'était pas prêt.

Un aboiement le sortit heureusement du silence. Capsule de Bière, la tête contre ses genoux depuis le début de sa lecture, s'anima pour pointer sa truffe non loin de son nez. Leurs regards se croisèrent et il sourit faiblement.

— Tu as faim ?

Second aboiement, il se laissa glisser hors du matelas et alla chercher dans un placard l'os du gigot que Mathieu mettait toujours de côté pour le berger belge. Il lui tendit avec un sourire, heureux de le voir l'accepter et commencer à le mordiller, cherchant les restes de chair.

Un dernier regard à son livre et il le posa sur un siège de façon à pouvoir retrouver rapidement sa page le lendemain. C'est qu'il commençait à se faire tard.

Son estomac grogna.

Il n'avait pas mangé. La simple vision du gigot avait manqué de le faire vomir et il n'avait trouvé d'autres solution que de s'isoler, en profitant encore pour se documenter.

La césarienne.

L'anesthésie.

L'accouchement.

La précocité.

Le bébé.

Tant de termes qui tournaient dans sa tête à longueur de journée. Et même de nuit.

Il se rassit mollement sur le lit. Un bref silence passa.

— J'ai envie de fumer, gros.

Sa remarque resta en suspens. Il en avait envie, pour faire passer le stress, pour oublier sa peur, mais...

Il avait jeté tout ce qu'il avait. Tout. Parce que...

"C'est essentiel pour la santé de l'enfant."

Une main contre son ventre, il soupira. Il se tourna vers Capsule qui interrompit son repas pour le regarder en retour.

— Il reviendra, pas vrai gros ? Il n'est pas vraiment parti, c'est impossible...

Non.

Il refusait d'y croire.

Tout ce qu'ils avaient vécu ensembles ne pouvait pas si facilement être renié et effacé. Comme si rien n'était jamais arrivé. Leur premier baiser, leur première fois... Et tous les autres, et toutes les autres. Il ne pouvait pas renier ça. Aucun d'eux ne le pouvait.

Et c'était exactement la raison pour laquelle il se devait de faire naître cet enfant. Le mélange de leurs deux personnes. L'accomplissement, la réussite, l'apothéose de leur amour.

Leur petit bonhomme aux yeux bruns.


— Alors... Où est-ce qu'on en était, déjà ?

Le Présentateur TV sourit, frissonnant lorsqu'il sentit des mains se faufiler sous sa veste pour la faire glisser lentement le long de son dos. Le vêtement fut déposé à bout de bras sur une table, les doigts dénouèrent pour la seconde fois sa cravate.

— Ce soir ? Tu es sûr ?

Le Prof de Philo sourit. Self-control admirable de la part de ce sadique qui se débarrassa de la bande de tissus avant de l'embrasser en guise de réponse.

Le Présentateur, tout comme dans ce flash-back dont il n'avait raconté que l'essentiel, se mit fébrilement à déboutonner la chemise blanche de son vis-à-vis qui fit de même avec la sienne. Elles disparurent toutes deux, imitées par la ceinture du Prof dont le sifflement résonna un moment dans le silence. Le blond posa ses mains sur les épaules nues face à lui, celles certes timides mais confiants de son compagnon se placèrent dans son dos.

— Je ne te ferais aucun mal, je serais doux.

Le reporter secoua la tête.

— Non, non. C'est très gentil de contenir tes pulsions et tes désirs, mais... Je préfèrerais que ça soit...

Les lèvres du Prof de Philo se jetèrent sur les siennes avec fougue. Coupé net, il fut d'abord tenté de poursuivre sa phrase plus tard mais finit par l'oublier.

Les mains dans son dos descendirent pour se glisser dans les poches arrières de son jean. Il gémit lorsque celui qui s'apprêtait à devenir son amant mordilla sa lèvre inférieure, la torturant un moment avant de passer sa langue sur la surface gonflée qu'il présuma écarlate.

Leurs bouches se séparèrent de quelques centimètres, leurs souffles se croisant.

Ils haletèrent un moment. Le Présentateur ferma les yeux, profitant ainsi un maximum de la voix délicieusement grave et rocailleuse qui fit sauter son cœur dans sa poitrine :

— Sur le bureau ?

— Oui...

— Tu veux que je sois rude ?

— S'il te plaît...

— Tu me le dirais, si je te faisais mal ?

— Bien sûr...

Il rouvrit les yeux. Le Prof de Philo lui sourit encore, bien plus fascinant que l'étrange schéma dessiné derrière lui à la craie sur le tableau noir. Lui qui soulevait quotidiennement 5t sur son épaule le prit dans ses bras et le souleva comme s'il n'était pas plus lourd qu'une poupée de porcelaine.

En profitant pour passer une main dans les cheveux noirs et bouclés de son alter ego, le Présentateur TV se mit à rire un peu.

— On est un beau couple de zèbres, murmura-t-il entre deux rires.


Ça se voit que j'envie le Présentateur TV ? Ça se voit ?! XD

Le prochain chapitre s'avère être assez complexe à écrire. C'est un moment important de l'histoire que je ne veux surtout pas louper et pour lequel il me manque d'ailleurs encore quelques recherches de dernières minutes ^^'

Je ne pourrais pas non plus le teaser sur Twitter (#Exception).

Alors je ne sais pas vraiment dans combien de temps il sera prêt et obéira à mes exigences, mais mon rythme plus ou moins régulier s'arrête là. Je le reprendrais bien sûr ensuite :)

A bientôt !

Edit: Il se trouve qu'encore une fois, j'ai parlé avant d'agir et que le chapitre avance BEAUCOUP plus vite que je ne l'avais prévu (j'en suis la première étonnée, mais j'imagine que le fait de le cogiter depuis le début aide bien O.O... Donc, effectivement, à très bientôt ;))