Chapitre 12- POV-Sam
Mais enfin monsieur Frodon, reprenez-vous! cria Sam complètement abasourdi par ce qu'il venait d'entendre, vous êtes ensorcelé vous aussi j'en suis sûr!
Tu ne comprends pas Sam, répondit ce dernier, tu ne ressens pas ce que je ressens. Elle est magnifique!
Non elle ne l'est pas monsieur Frodon! S'exaspéra Sam, C'est une sorcière!
Ce n'est pas vrai ça Sam! rétroqua Frodon, Sinon elle t'aurait transformé en crapaud depuis longtemps à cause de ta méchanceté! Tu ne la connais même pas!
Les sorcières cachent leurs pouvoirs monsieur Frodon, répliqua Sam, tentant de se calmer, elle vous tuera pendant votre sommeil pour ensuite aller voler les trésors de monsieur Bilbo!
Je refuse d'en entendre plus! éclata Frodon, Je croyais que je pouvais te faire cette confidence Sam, mais je me suis trompé. Je n'aurais jamais du t'en parler. Je m'en vais et je t'ordonne d'être gentil avec elle aujourd'hui.
Vous êtes dans de beaux draps monsieur Frodon!, héla Sam en le regardant partir.
Celui-ci ne se retourna pas. Sam s'effondra sur le banc devant sa maison. Comment pouvait-il obéir à Frodon et être gentil avec cette ensorceleuse qui convoitait le trésor de Bilbo ? Lorsqu'il avait vu Frodon s'approcher de sa maison, il s'était dit que c'était sa chance d'empêcher tout cela en le prévenant de la catastrophe qui le menaçait, mais lorsque ce dernier lui avait avoué être fou amoureux d'elle, il s'était affolé. Elle avait tout planifié. Cette vilaine sorcière allait gagner la sympathie de tous les hobbits du voisinage et en particulier celle de Frodon pour obtenir ce qu'elle voulait. Manipuler tout le monde pour voler et s'enfuir par la suite. Il se fit donc une promesse : « Moi, Sam Gamgie, je ferai tout en mon pouvoir pour l'empêcher de s'en tirer comme ça. J'essaierai de faire entendre raison à monsieur Bilbo, je présenterai à monsieur Frodon les plus belles hobbites de la Comté (et même la belle Rosie si c'est vraiment nécessaire), j'aurai toujours à l'œil cette ensorceleuse et elle ne gagnera jamais ma sympathie. Je sauverai ainsi de la ruine la famille à laquelle je suis dévoué.
POV- Sophie
Un an et demi avait passé à la Comté.
Sophie était fière d'avoir réussi une acceptation partielle au sein de celle-ci. Quelques voisins de Bilbo, voyant la quantité de tâches qu'elle était capable d'accomplir en plein soleil sans se fatiguer, avaient mis leur méfiance de côté et l'avaient engagé également. Elle avait eu par conséquent la possibilité de faire assez d'argent de poche pour acheter du tissu au marché et se confectionner des robes à sa taille grâce à la voisine couturière qui avait finalement consenti à l'aider après que la jeune fille ait compris que quelques pâtisseries étaient nécessaires pour ce genre de demande chez les hobbits. Sophie ne pouvait dire si elle était globalement appréciée ou pas. La plupart des hobbits n'étaient pas méchants avec la jeune fille, mais gardaient leur distance en entretenant une relation très impersonnelle avec elle. L'humaine avait cependant réussi à se faire quelques amis ainsi que quelques ennemis.
Même s'ils ne se parlaient que très peu, un lien de confiance la liait à Bilbo. Outré au départ de remarquer qu'elle passait toutes ses nuits à l'extérieur sans dormir et qu'elle ne mangeait pas, il s'était souvent fâché pour qu'elle aille se coucher dans le salon et qu'elle avale son diner au moins, mais il finit bientôt par comprendre qu'elle n'était jamais épuisée, ni affamée. Il cessa donc de l'embêter, mais lui dit à maintes reprises de l'aviser si jamais quelque chose n'allait pas et cela remonta énormément le vieil hobbit dans l'estime de Sophie. Il s'agissait d'un bon employeur et de quelqu'un qui aurait pris soin d'elle si elle avait été vulnérable. Elle lui était reconnaissante de l'avoir engagé malgré sa différence et l'hostilité des autres à son égard et lui semblait heureux de voir qu'elle réussissait à s'en sortir malgré tout. Il restait par ailleurs aux yeux de Sophie un homme plutôt mystérieux, très différent des autres hobbits. En effet, il passait le plus clair de son temps à écrire et toutes sortes d'objets étranges ornaient sa maison. Il semblait cacher en lui d'impénétrables secrets.
Pipin, l'ami de Frodon, quoiqu'un peu envahissant au départ, avait aussi été d'une grande aide pour son intégration. La semaine de leur rencontre, il ne l'avait tellement pas lâché d'une semelle et lui avait présenté tant de gens que Sophie avait commencé à se demander si ses tentatives de séduction étaient vraiment sérieuses. Elle fut immensément soulagée lorsqu'elle le vit faire exactement la même chose avec une autre fille la semaine suivante. Cependant soucieuse d'être seule par la suite, elle l'aida un soir à contrecœur avec son cousin Merry à préparer le plan d'un vol de champignons dans le champ d'un vieil hobbit grincheux. Le succès fut tel que depuis Merry et Pipin ne cessèrent de la solliciter pour leurs mauvais coups souvent mal organisés. Ce n'était jamais bien méchant et l'humaine finit avec le temps par s'attacher à ces deux petits hobbits facétieux qui avaient toujours toutes sortes de projets un peu idiots en tête.
Par contre, le jardinier de Frodon, Sam, avec qui elle devait travailler tous les jours chez Bilbo, ne lui parlaient plus depuis que Frodon lui avait demandé de ne plus l'insulter. À partir de ce moment, il ne cessait de l'observer de loin avec regard méfiant comme si elle allait lui sauter à la gorge d'un instant à l'autre. Sophie était d'autant plus attristée par son attitude que Frodon et celui-ci semblait de très bons amis en son absence. De plus, tout ce qu'elle faisait pour essayer de lui faire changer d'avis comme faire des commissions pour Bilbo ou sympathiser avec les nombreuses filles qu'il présentait à Frodon semblait l'exaspérer encore plus. Au bout de quelques semaines, la jeune fille s'était tout simplement fait à l'idée qu'elle serait toujours pour lui une source de méfiance.
Le neveu de Bilbo, Frodon, quant à lui, était le petit frère qu'elle n'avait jamais eu. Il l'avait grandement aidé dans son intégration et n'avait jamais laissé personne l'insulter. Il se faisait également un plaisir de lui enseigner, à l'aide des livres de son oncle, toutes sortes de choses sur le nouveau monde dans lequel elle vivait. Durant ses nuits blanches, la jeune fille avait pu étudier la carte de la Terre du Milieu et admirer des illustrations des châteaux des elfes de Fondcombe, de la cité de nains de la Moria et des forteresses des hommes du Gondor. Elle était fascinée par toutes ces splendides paysages qui jusqu'à maintenant n'existaient pour elle que dans les rêves des hommes. Une envie de voyager la tenaillait, mais elle ne voulait pas s'éloigner de peur d'être complètement isolée et aussi au cas où les secours feraient enfin leur apparition. Une autre théorie avait également émergée dans la tête de la jeune fille lors de ses promenades nocturnes. Elle était peut-être morte au fond. Son corps immortel et inépuisable errait quelque part au purgatoire entouré d'anges gardiens et d'âmes malfaisantes avant d'atteindre le paradis ou l'enfer. C'était l'explication la plus logique qu'elle pouvait donner aux événements. Un jour, quelque chose l'amènerait à son véritable destin.
POV- Sophie
C'était le printemps à la Comté, la nature était si luxuriante et brillante que Sophie commençait à se demander si elle n'était pas au paradis finalement. Elle profita d'un petit temps libre en après-midi pour admirer la beauté de la forêt avoisinante. La splendeur des lieux lui fit un peu oublier le temps et son chemin. Les arbres se suivaient, les sentiers s'entrecroisaient, rien ne semblait avoir de fin. Elle atterrie soudain dans une clairière presque magique, plus belle que tout ce qu'elle avait pu admirer jusqu'à maintenant. Les feuilles et l'herbe semblaient des miroirs qui se passaient l'un l'autre la lumière du soleil et chaque fleurs en avait l'air gorgé. Un peu troublée et complètement charmée, elle murmura doucement :
Dieu…?
Soudain, une voix venant d'en haut clama paisiblement :
Une cascade d'automne a ébloui mon cœur
Son visage orné d'émeraudes était plein de chaleur
Et son corps gracieux comme une fleur
Débordait de douceur
À la matinée, elle plane encore dans mes pensées
Elle est ma constellation préférée
Aussi mystérieuse que je puisse l'aimer
Aussi étrange que je puisse la désirer
Elle ne sera jamais à ma portée
Elle est mon ange adoré.
Que..? Qui? Se demanda Sophie en tournant vivement la tête vers tous les arbres au-dessus d'elle.
Juste ici, dit la voix derrière elle.
Elle fut surprise de découvrir Frodon, un livre à la main.
Frodon? Qu'est-ce que tu fais là? Demanda la jeune fille.
C'est l'endroit que je préfère pour lire et écrire, répondit le hobbit, je croyais que j'étais le seul à en connaître l'existence, mais je vois que tu te débrouilles bien.
Eh bien! Répondit Sophie, je ne savais pas que tu écrivais de la poésie.
Eh bien oui, répondit Frodon un peu gêné, je ne suis qu'un amateur.
Oh allez, le poème que tu as lu il y a une minute était très bien! Tu peux faire mieux?
Ils se juchèrent sur une branche qui permettait, Frodon l'avait découvert, d'avoir une vue imprenable sur la magnifique clairière où ils se trouvaient. Le jeune hobbit, habitué à grimper dans les arbres, se moqua des efforts plus considérables qui devaient fournir l'humaine pour aller aussi haut. Cependant, leur point de vue attient, ils passèrent un temps indéterminé à lire et à discuter. Les poèmes de Frodon, la nature paradisiaque, le soleil, les animaux, tout cela envoutait Sophie à un tel point qu'elle crut à plusieurs reprises que la Comté et la forêt autour avaient disparu, qu'elle allait s'endormir paisiblement et libérer son âme à jamais.
Sophie, murmura Frodon le visage illuminé par la lumière, je quelque chose à te demander.
Ça tombe bien moi aussi, répondit Sophie.
Vas-y donc en premier, répondit le hobbit.
Frodon….. commença Sophie, elle hésitait, elle aurait peut-être l'air d'une folle, mais une autre partie d'elle-même était sure que la réponse à cette question pourrait enfin tout expliquer,
Frodon…. Est-ce qu'on est au paradis?
HEY! QU'EST-CE QUE VOUS FAÎTES LÀ-HAUT!
La jeune fille fit si surprise par cette interruption brutale qu'elle perdit l'équilibre et heurta violemment plusieurs branches avant de s'écrouler de tout son long par terre.
Gandalf!? S'écria Frodon en descendant agilement de l'hêtre sur lequel il s'était perché.
Sophie se releva rapidement pour apercevoir un grand homme âgé dont la couleur caractéristique était manifestement le gris à en juger par sa tunique, son chapeau et ses cheveux. Il fixait d'un air extrêmement perplexe ses écorchures qui se cicatrisaient toutes seules et ses bleus qui disparaissaient d'eux-mêmes.
Gandalf, intervint Frodon, je vous présente Sophie la seconde jardinière de Biblo.
Bien le bonjour ma chère, dit-il, d'où venez-vous donc? Je pensais être la seule créature non-hobbit tolérée en ces lieux.
Ahh…Ha,Ha,Ha! répondit Sophie un peu intimidée par le regard sévère du vieil homme, ben de très loin, en fait, c'est compliqué, heu…
Il s'agit d'une fermière orpheline du…Gondor, intervint Frodon, elle a voyagé jusqu'ici et…heu… Bilbo l'a engagé.
Ahhh…répondit le grand homme, avec un petit sourire sceptique, et j'imagine que c'est grâce à ses grands talents de fermière-botaniste?
Ou..ii c'est ça! Répondit Sophie.
Ah alors c'est donc vous que le pauvre Sam Gamgie cherche depuis des heures! Je l'ai trouvé il y a une minute tout en sueur qui cherchait son aide-jardinière à la demande de Bilbo. Le vieil homme se pencha vers Sophie et dit plus bas, si j'étais vous je me dépêcherai un peu avant de me faire enterrer vivante.
« Oh non c'est pas vrai! Se dit-elle en regardant sa montre avec horreur, j'ai manqué tout ce temps! » La jeune fille partit immédiatement à la course ce qui n'était pas l'idée du siècle, car elle se retrouva de nouveau perdue.
Sophie…? Dit une voix fatiguée derrière elle.
C'était Sam. Tout rouge, les cheveux plein de brindilles, le visage tout sale et l'air particulièrement enragé.
Où…OÙ ÉTIEZ-VOUS?
La journée allait être longue.
