Spinner's end. 12
Ce matin Remus Lupin se prépara pour ses classes. Les premières depuis qu'il était revenu. Albus ayant décidé de lui octroyer deux jours de repos supplémentaires avant de commencer son travail de professeur après son agression.
Draco qui passait dans le couloir vit le loup discuter avec ses étudiants après les classes du matin. Remus ne changeait guère ses habitudes, pensa-t-il. Déjà du temps où il était élève ici le maraudeur agissait comme ça, parlant volontiers avec les jeunes, il avait toujours du temps pour eux. Aujourd'hui il avait revêtu un pantalon noir et une chemise bleue, et par-dessus il portait une robe de sorcier ouverte.
L'homme était séduisant, Draco l'avait remarqué à plusieurs reprises évidemment, mais là ça lui paraissait encore plus flagrant maintenant. Ses cheveux blonds châtains tombaient légèrement sur ses yeux et son regard pétillait de malice tandis qu'il répondait à un étudiant.
Oui, Remus Lupin était vraiment un très bel homme, pensa-t-il en continuant son chemin sous le regard intéressé d'un certain loup. Mais pourquoi il ne l'avait pas encore vu comme ça, séduisant ? Était-il aveugle ou borné, par Salazar !
Bon d'accord depuis qu'il lui avait essuyé le visage il se rendait compte qu'il ne le voyait plus de la même façon, et que il ne pensait qu'à ça. Il pouvait même dire que son corps réagissait bizarrement quand Remus était à proximité de sa personne. Pourtant ça ne lui paraissait pas incongru comme situation, juste déstabilisant.
Dans les cachots Snape finissait de mettre quelques potions dans un sac en prévision de leur déménagement. Il rétrécit ensuite les malles de Harry en plus des siennes et celles de Lucius. Il voulait partir de Poudlard avant midi, il ne servait à rien d'attendre pour se rendre chez lui. Ce matin il avait donné des directives à Draco pour les cours, il savait qu'il n'avait pas à s'en faire puisque le jeune homme s'en sortait admirablement bien, mais bon remettre deux ou trois choses à leur place était indispensable pour lui.
Le jeune homme aux yeux verts insondables voyait les préparatifs mais il s'en foutait royalement. Il savait que Voldemort en lui fulminait de ne pas tout savoir et qu'il allait le payer chèrement, mais ça aussi il s'en foutait. Tant qu'il s'éloignait de Remus tout le reste importait peu. Comment il allait d'ailleurs, son cher Remus ? Il n'osait pas le demander de peur que l'autre ne lui trouve encore une idée ridicule pour l'approcher et le supprimer.
-Tu es sûr que nous ne faisons pas une bêtise ? Interrogea Lucius en regardant Severus prendre sa baguette et défaire le sort qu'il y avait sur la porte.
-Nous le saurons quand nous y serons, répondit énigmatiquement le maître de potions en faisant un signe vers Harry, signifiant par là que le Lord devait écouter leur conversation.
Les trois hommes sortirent de Poudlard et marchèrent tranquillement jusqu'aux grilles du château. Prenant chacun Harry par un bras, Malfoy et Snape transplanèrent. Les sorciers ne mirent pas longtemps pour arriver dans une maison tout aussi lugubre que les cachots eux-mêmes. Le Gryffondor poussa un imperceptible soupir résigné, sa nouvelle prison semblait pire que la première, mais bon au moins là Remus n'était pas à portée de Voldemort et donc de lui.
Le jeune sorcier regarda l'endroit un peu curieux tout de même. La pièce n'était pas bien grande, pourtant malgré la pénombre il vit une grande bibliothèque cachant tout un pan de mur. Devant l'immense bibliothèque il y avait trois canapés usagés qui semblaient confortables, à leurs pieds se trouvait une petite table de bois brut avec quelques vieux manuscrits dessus. Harry vit aussi une autre table près d'une fenêtre ou reposait quelques fioles de potions.
Sur le côté, près d'une porte qui devait donner sur la cuisine, pensa Harry, un petit escalier de bois montait à l'étage.
-Vous pouvez vous reposer, Potter. Votre chambre est celle située à droite, la porte du fond est la salle de bain et l'autre porte et ma chambre, dont vous n'avez pas accès, bien entendu.
Pour montrer que les ordres lui étaient indifférents Harry s'installa dans un des fauteuils du salon et n'en bougea plus. Il posa sa tête sur le côté et ferma les yeux pour tenter d'ignorer qu'ici il sera encore plus prisonnier qu'à Poudlard. Le survivant se sentit partir dans un profond sommeil, les voix de Snape et de Lucius s'estompèrent et enfin il sombra dans un repos bien mérité.
-Je crois qu'il s'est endormi, Severus, chuchota Lucius en recouvrant le jeune homme d'un plaid. Tu veux le monter dans sa chambre ?
-Laisse-le là, au moins nous l'avons sous les yeux, c'est la nuit qui va nous poser problèmes je le crains.
-Les sorts que nous avons mis en place ce matin avec Dumbledore devraient suffire, non ? Je ne vois pas ce que nous pourrions faire de plus, il n'est pas …
-Tu as vu de quoi il est capable, ne cherche pas à minimiser ses actes, Lucius.
-Il n'est pas responsable !
-Je sais, soupira le brun.
-Alors le monstre ! Toujours décidé à rester dans ton silence ridicule ? Tu sais que je commence à perdre patience ? Si tu continues à agir ainsi il va falloir que je….
Harry entendait la voix pourtant il continua de faire semblant de dormir. Pas envie d'avoir les deux autres sur le dos pour lui donner des conseils qui ne serviront à rien.
- Me faire mal ! Tu le fais déjà alors qu'est-ce que ça va changer ? Et si tu pensais à Remus pour tromper ton ennui, navré pour toi mais d'ici tu ne pourras pas l'atteindre, lui répondit le jeune sorcier dans son esprit.
-Je ne me préoccupe pas du loup, je l'aurais en temps voulu, ne t'inquiète pas de ça.
-Alors quoi, Tom, en manque d'inspiration ? Tu ne sais plus quoi faire de ta méchanceté ?
-Que nenni, mon cher ! Je me demandais si me défouler sur Lucius ne serait pas une bonne idée, peut-être réagirais-tu, qu'en dis-tu ? A moins bien sûr que tu ne veuilles pas que je touche à ton blondinet préféré, alors qu'en dis-tu ?
-Tu dérailles, Voldy. Lucius Malfoy n'est rien pour moi, comme Snape d'ailleurs.
-Pourtant, ricana le mage noir. Pourtant il m'a semblé voir un certain intérêt pour ta personne venant du bel aristocrate. Sais-tu qu'il rêve de te mettre dans son lit ?Crut bon de dire Tom pour faire réagir le sale gamin qui le défiait sans cesse.
Le Gryffondor gloussa malgré lui de l'ineptie des paroles de Voldemort, et Severus assis non loin de lui se raidit. Le rire du jeune homme était grinçant et glacial. Le Serpentard blond resta stoïquement assis, il reposa simplement son verre sur la table en jetant un œil à Severus qui avait la main sur sa baguette.
-Ils te surveillent, avorton, tes deux anges gardiens ne vont plus te lâcher, pesta le Lord en envoyant à Harry un sort de faible intensité pour le faire regimber.
-A qui la faute ! Rugit-il furieux de la basse vengeance ridicule du Lord. C'est bien toi qui me sort des idées ridicules, nan !
-Tes âmes damnées ont passées le reste de la journée à renforcer les sortilèges sur cette maison. Sais-tu où nous nous trouvons, Harry ? Ils se sont bien gardés de te le dire, hein ?
-Aucune idée, et je ne veux pas le savoir, m'en contrefiche de leurs manigances et des tiennes.
-Eh bien pour ton information personnelle sache que nous sommes à Spinner's End, chez ce cher Severus Snape.
Chez Snape, pensa Harry, ouais, vu la décoration il ne devrait pas être étonné.
-Cela dit ce n'est pas ça qui va m'ôter l'idée de chercher des petites représailles que tu vas te faire un plaisir de perpétrer, mon cher griffon. Et imagine la colère de Severus quand il verra que tu t'en es pris à son compagnon ? Risible, tu ne trouves pas ? Je sens que je vais bien m'amuser, rigola le serpent dans un grincement sinistre.
Harry releva la tête et ouvrit les yeux, il ne fut pas surpris de voir les deux Serpentards le regarder avec curiosité.
-Est-il là ? S'enquit Snape sans avoir besoin de prononcer le nom du Seigneur des Ténèbres.
Le jeune homme tourna son regard vers lui et referma les yeux de lassitude sans répondre.
-Vous pouvez faire semblant, Potter, mais nous savons tous les trois qu'il va tenter quelque chose. C'est le seul moyen qu'il a en sa possession pour vous faire du mal, il veut vous tenir sous sa coupe, vous faire culpabiliser, vous détruire complètement, il ne cessera que quand il aura réussi, vous le savez bien.
-J'ai attaqué Remus, je ne pourrais jamais me le pardonner, souffla le jeune sorcier.
-Et vous croyez que Lupin va vous en vouloir pour un acte que vous n'avez pas contrôlé ? Cet homme vous aime comme un fils, il ne vous abandonnera pas.
Lucius eut un léger sourire en entendant son compagnon tenter de rassurer le survivant. C'était bien la première fois qu'il le voyait si bien disposé envers le jeune homme. Ces derniers jours Severus semblait à cran, comme s'il n'avait pas qu'un seul problème à surmonter, mais deux.
-Je sais qu'il veut m'anéantir pour mieux prendre ma place, il se fourre le doigt dans l'œil s'il croit que je vais le laisser faire.
-Alors qu'est-ce que vous attendez pour vous battre, Potter !
-Et vous qu'est-ce que vous attendez pour me tuer !
-Il est hors de question que je fasse ça.
-Non, bien sûr. Vous préférez attendre que je le fasse moi-même. Pas besoin de se salir les mains si Potter se tue lui-même, hein, Snape ?
-Vous êtes gonflé d'orgueil en pensant que vous sacrifier va forcément arranger les choses, grogna l'homme en se levant de son fauteuil. Vous ne voulez pas tenter de vous battre pour votre survie, ayez un peu de courage, Potter. Cela ne vous a pas manqué pourtant pendant la bataille, auriez-vous peur de ne pas réussir cette fois ?
-Ce n'était qu'un coup de chance, je ne suis pas un assassin.
-Je n'ai jamais prétendu ça…
-Je ne suis pas un lâche non plus, contrairement à vous, Snape.
-Nous n'allons pas revenir sur ça, se fâcha le maître des potions en reniflant. J'ai fait ce qu'il y avait de mieux pour vous….
-Pour moi ou pour vous ?
-Cette discussion est close…..
-Evidemment, quand ça vous arrange vous essayez de me faire fermer mon bec, mais moi je ne veux pas.
-Aucune importance que vous le vouliez ou non, moi j'en ai fini avec ça.
-De quoi parlez-vous ? Se manifesta Voldemort, faisant taire sur le champ Harry qui s'était pourtant promis de rester sur ses gardes.
-Mêle-toi de tes affaires, tu peux pas me lâcher cinq minutes !
-Que reproches-tu à Severus ? Allons…dis-moi donc ce secret si lourd à porter.
-Potter ! s'irrita Snape, quand apprendrez-vous à vous taire ? Vous lui donnez des armes…..
-Je ne lui donne aucune arme, Snape.
-Si, vous le faites !
-Mais je m'en branle de ce que vous pensez, allez vous faire foutre et foutez-moi la paix !
L'aristocrate blond claqua du pied, montrant par là que le ton que prenait la conversation ne lui plaisait pas du tout.
-Severus, cesse cela, les choses ne s'arrangeront pas si vous vous crêpez le chignon à tout propos.
-Je monte me coucher, éructa Snape de voir que Lucius ne le soutenait pas. L'homme déplia ses longues jambes et les toisa de toute sa hauteur. Bonsoir, messieurs, ajouta-t-il avant de quitter la pièce à grands pas.
Le silence s'éternisa dans le salon après le départ de Snape. Harry grimaça quand Voldemort devint injurieux dans sa tête, et c'est le blond qui en faisait les frais, bien évidemment. Heureusement que l'aristocrate ne pouvait entendre les paroles du Lord, sinon à coup sûr il lui aurait envoyé quelques sorts bien douloureux au travers de son corps et vraiment il n'avait pas envie de ça ce soir.
-C'est le moment pour ma vengeance, avorton, il est seul et nous sommes deux, cracha le Seigneur des Ténèbres.
-Où t'as vu qu'on était deux, débile !
- Lève-toi, trouve une arme quelconque et tue-le, asséna le serpent avec jubilation. Je veux te voir lui éclater la tête, je veux qu'il rampe sur le sol, je veux le voir me supplier, s'excita Voldemort. Qu'attends-tu, fils de démon ? Obéis sur le champ ou sinon tu sais ce qu'il t'attend !
Le Gryffondor tourna la tête à gauche et à droite, cherchant un objet qu'il ne trouva pas et qu'il ne cherchait pas vraiment d'ailleurs.
-Pas de couteau, ni de tisonnier, Harry. Pas de chance ! Enuméra Malfoy avec un rictus que Harry qualifia de fourbe, il lui faudra être plus malin s'il veut me vaincre, ricana Lucius.
-Qui a dit….
-Je suis peut-être d'apparence plus calme et moins emporté que Severus, mais ne me prend surtout pas pour un novice ou un idiot. N'oublie pas qui je suis, Harry Potter ou tu pourrais le regretter. Severus a raison quand il dit que le Lord va encore imaginer un coup pendable, crois-tu que je n'allais pas le supposer moi aussi ? Je connais bien Voldemort, je l'ai côtoyé assez longtemps pour savoir ce qu'il a dans la tête.
-Ces deux-là me connaissent indiscutablement trop bien, finalement je ne sais pas sur lequel je vais lancer mon attaque, ricana Tom en voulant faire profiter Harry de sa profonde réflexion. Sur lequel aimerais-tu exercer tes talents de tueur, Harry ? Sur Severus, un homme qui te déteste cordialement pour ce que tu es et qui t'a harcelé pendant de nombreuses années ? Ou sur Lucius Malfoy qui t'a toujours regardé de haut comme si tu étais un moins que rien, un insignifiant petit vermisseau qu'il aurait aimé écraser sous sa chaussure ?
-Ni l'un ni l'autre, murmura le garçon. Fous-leur la paix et à moi aussi tant que tu y es.
-Tu n'y penses pas ! Alors que je m'amuse comme un fou il faudrait que je laisse tout tomber parce que monsieur a des principes, le railla l'héritier des Serpentards.
-Je t'emmerde, pourriture immonde !
-Tu peux m'affubler de tous les noms que tu veux si cela te fait plaisir, cela exacerbe encore plus mon désir de vengeance, vilain crapaud aux yeux verts.
Lucius se leva et scruta le survivant.
-Va te coucher, Harry, tu dois être fatigué.
-Dis plutôt qu'il veut rejoindre l'autre anormal, siffla le serpent malfaisant. Il veut que Snape le baise, qu'il le…..
-Ils font l'amour, Tom. Snape et Lucius ne baisent pas, ils font l'amour, c'est ce qui se passe quand on est amoureux de son partenaire. Oh ! Mais c'est vrai, toi tu ne connais pas ça, toi tu n'as jamais connu une personne assez stupide pour t'aimer. Qui serait assez fou pour ça d'ailleurs, faire l'amour avec un serpent visqueux et malodorant, quelle horreur ! Et je ne parle pas de ta méchanceté par-dessus le marché. Serais-tu encore puceau à ton âge, Tom ? Je suis sûr que oui, et en vérité je pense que tu es jaloux de savoir que toi tu n'as jamais pris un corps pour subir mille et un délice, que ce soit avec un homme ou avec une fem….
Harry n'arriva jamais à la fin de sa tirade, l'intérieur de sa tête fut pris d'une terrible douleur qui finit par lui prendre tout le corps. Il tomba du fauteuil tandis que le sang se mettait à couler abondamment de son nez qu'il essuya d'un revers de main. Son corps soudain se tordit comme sous un doloris, la douleur fut extrême. L'entité qui possédait Harry savait qu'elle ne devait pas lancer un doloris sur le morveux, elle savait que cela serait néfaste pour elle et sa magie.
Lucius appela Severus en urgence, l'homme aux yeux d'onyx dévala les marches et parvenu devant le jeune homme il fit reculer Lucius de plusieurs pas.
-On ne peut rien faire, Potter a certainement refusé un ordre.
-Je pense que le serpent l'incitait à s'en prendre à moi, avoua Lucius.
- Au moins il essaie de le contrer c'est toujours ça.
-Oui, mais à quel prix, Severus ?
-Je ne peux même pas répondre à ta question, je n'ai jamais vu ce genre de possession, Lucius.
-Ce que nous faisons là ne me plaît pas, argua l'aristocrate.
-Crois-tu que je prenne mon pied en voyant Potter se faire démolir de la sorte ? Si tu crois ça alors autant que je le tue de suite comme il me l'a demandé.
-Je n'ai jamais pensé que tu puisses être aussi cruel envers lui, non, émis Lucius en sachant au contraire ce que Severus éprouvait pour le survivant. Mais nous sommes impuissants à soulager ce que lui fait subir le Seigneur, et ce n'est même pas dit qu'il s'en sorte sans dommage, son cœur ne peut ne pas résister à une telle épreuve, tu le sais.
-J'attends l'ami de Lupin, ce Vlad je ne sais plus quoi. Il paraît qu'il aurait une solution à nous proposer, seulement il ne doit venir que dans une semaine, il est sur un autre cas important.
Les deux Serpentards regardèrent, inutiles à aider leur jeune ami, le Lord prendre un malin plaisir à le détruire. Le jeune sorcier endura les tortures avec courage, sans émettre un seul son. Seuls ses yeux trahissaient la souffrance dont il était victime, sans compter les marques que les deux hommes voyaient apparaître sur le corps tordu et tourmenté qui gisait sur le sol du salon.
Snape détourna les yeux, il n'en pouvait plus. Il aurait donné sa vie pour que les peines de Harry cessent enfin. Mais sa vie était déjà finie, dans peu de temps il ne sera plus là, alors que pouvait-il lui donner d'autres sinon les quelques semaines qui lui restaient ?
