12 - A litanie at dusk de duskwatcher
Edward
Je m'approchai et laissai mon souffle balayer son visage espérant que cela l'hypnotiserait assez pour amortir le choc qu'elle allait certainement ressentir. "Oh non Isabella, je ne suis pas un ange."
Je pouvais voir qu'elle réfléchissait à toute allure et se demandait quelle question elle me poserait en premier. De nouveau je maudis silencieusement l'abîme de silence qui nous séparait. Ce serait tellement plus facile si j'avais un moyen de savoir ce qu'elle pensait réellement et comment elle y réagissait.
C'était risqué mais c'était le premier pas nécessaire pour qu'elle s'habitue progressivement à moi. Je l'avais amenée dans un endroit isolé prétextant de regarder les étoiles, sachant que si elle criait ou s'échappait j'aurais une chance de lui expliquer les choses ou du moins de temporiser. J'avais été surpris qu'elle veuille venir aussi facilement, évidemment cette jeune fille avait très peu d'instinct d'auto-préservation.
J'avais décidé de prendre les choses lentement, un pas à la fois, il fallait qu'elle assimile le fait que je n'étais pas humain, c'était impératif avant que nous allions plus loin et ça la débarrasserait de ses illusions ridicules. Si çà fonctionnait bien elle oublierait ça et je pourrais lui montrer que moi, Edward, était digne de sa confiance. A un moment donné je devrais tout lui dire mais pas ce soir.
J'espérai vraiment être digne de sa confiance. Je ne m'étais pas vraiment senti à l'aise durant le trajet. Tandis que nous roulions dans la campagne obscure elle s'était détendue peu à peu contre mon dos et j'étais conscient de ses doux seins pressés contre mon dos et la façon dont ses genoux enserraient mes hanches. La jupe qu'elle portait flottait autour de ses cuisses dans le vent, menaçant de remonter plus haut chaque fois que je changeai de direction. Ses mains s'étaient petit à petit agrippées à mon torse jusqu'au moment où nous étions aussi proches que des amoureux et que ses mains se promenent sur moi. Je sentais mon corps lui répondre et ce n'est qu'après avoir quitté la bretelle de l'autoroute que j'avais réalisé que ses réactions étaient celles de son subconscient et non une invitation ouverte parce que j'étais déjà prêt à la prendre sur le bas côté de la route.
Je me complaisais dans ce sentiment d'éveil de mon désir sexuel qui avait été laissé à l'abandon pendant si longtemps. Après tant d'années à être inactif sexuellement, retrouver ce lien avec mon humanité était encourageant Mais ce n'était pas seulement le désir sexuel qui me dirigeait c'était la nécessité de connaitre cette femme de toutes les manières possibles. Les années de solitude commençaient à s'effacer devant moi d'une façon que je n'aurais jamais pu anticiper. Le besoin d'être en relation avec d'autres êtres était primitif dans son intensité, aussi profondément enraciné que l'instinct de survie. Peut-être que finalement je pourrais me sortir de cet abîme de désespoir et trouver le moyen de revenir grâce à elle... Je mettais de plus en plus d'espoir pour mon avenir entre ses mains ignorantes.
"Eh bien alors qu'êtes-vous?" demanda-t-elle, en plissant le front.
"A bien des égards je suis comme toi." L'obscurité m'avantageait, elle cachait mon visage mais mes yeux affutés pouvoir voir le sien.
"Vous n'êtes pas humain," déclara-t-elle sans aucun doute.
Je ne pouvais pas lui mentir complètement mais je pouvais paraitre timide." Non."
"Vitesse, force, guérison..." Elle essayait de réunir toutes les pièces. Ses sourcils se rejoignaient d'une façon séduisante tandis qu'elle se concentrait.
"Bon guérir, non pas vraiment. Juste la capacité d'arrêter le sang." Le sang. Comme ton sang. Comme ton délicieusement sublime sang envoûtant. Le désir du sang commençait à ébranler les barreaux de la cage mais je l'avais fermement enfermé ce soir. Il jouait les seconds rôles après une autre sorte de désir. Je ne pourrais plus compter sur ça dans quelque temps.
Elle resta pensive.
"Ce que je suis," dis-je portant sa main à mes lèvres, "est fasciné par toi." Je pressai mes lèvres sur le dos de sa main sentant la chaleur délicieuse m'imprégner et en laissant son odeur sublime remplir mes narines. C'était pathétiquement vieillot, me réprimandai-je me demandant si elle était déjà complètement à ma merci.
Mais je fus récompensé par la soudaine accélération de son rythme cardiaque. Ses yeux étaient dilatés et son souffle coincé dans sa gorge. Je retournai sa paume et l'embrassai aussi, sentant les éraflures rugueuses sur mes lèvres. Je laissai ma main libre effleurer le côté de son bras, poussant le tissu plus loin. C'était comme toucher du velours chaud et je voulais continuer. Son petit halètement me ravit.
Etais-je assez désespéré pour la jouer comme ça? Je rapprochai mon visage du sien, la fixant attentivement et laissant mon odeur l'attirer dans cet état à demi-conscient dans lequel, je le savais, les humains étaient vulnérables. "Allonge-toi Isabella," l'exhortai-je laissant agir mon charme vampirique sur elle.
Tout près de la transe elle s'allongea sur la couverture et étira ses jambes. Son odeur enivrante me frappait par vagues appelant le côté sombre et lubrique en moi. Ses yeux ne quittaient pas les miens et je laissai tomber mon coude à côté d'elle. Je touchai sa gorge avec mon doigt juste au-dessus de son pouls et le laissai glisser vers le col de sa chemise. La tension entre nous augmenta mille fois et je sentis un frisson la parcourir.
"Tu êtes si belle Isabella," chantonnai-je . "Pourtant tes pensées restent un mystère."
Elle ne répondit rien, mon charme était très puissant. Il mettait les humains dans un état second et semblait les empêcher de prendre la moindre initiative. Carlisle désapprouverait que je m'en serve ainsi mais je savais aussi qu'il l'utilisait en cas d'urgence médicale.
Je posai ma main à plat sur son estomac juste sous ses seins. Ses hormones étaient en ébullition, je pouvais sentir la montée de son désir. C'était doux comme tout le reste en elle et mon corps voulait lui faire l'amour. Elle était si tentante à me regarder là, avec ses grands yeux, et sans le savoir elle était prête à se soumettre à moi si je le voulais. Je pourrai le réclamer ici et maintenant. Je laissai mes yeux parcourir toute la surface de la chair sucrée et pâle de son cou où des baisers pourraient être déposés et elle rejeta sa tête en arrière de plaisir jusqu'au bout de ses chevilles que je pouvais facilement encercler avec mes doigts.
Mais dans l'odeur de son excitation il y avait une fausse note, une dissonance qui n'allait pas avec la chanson de son odeur. Il y avait une trace de peur qui faisait que ça sonnait faux. Je pourrai l'attirer mais elle saurait que ce n'était pas de sa propre volonté et cela empoisonnerait notre relation.
Son corps svelte était allongé à côté de moi et je réalisais qu'il n'y avait pas qu'elle qui avait peur. J'étais totalement désespéré d'avoir cette frêle jeune femme transformée en vampire comme moi et c'était une leçon d'humilité. Mais pas que ça. Je voulais qu'elle m'aime. Fort et solitaire j'avais parcouru le monde. Maintenant mon monde se résumait à son sourire et à la lumière dans ses yeux.
Je regardai son corps et rangeait la convoitise... pour cette fois puis soupirai, roulant sur mon dos.
"Alors quelles constellations connais-tu?" demandai-je.
"Je... euh... " Je perçus la confusion dans sa voix tandis qu'elle reprenait pied. Oui c'était mon pouvoir charmeur mais ce n'était ni sa soumission ni son obéissance que je voulais. Je voulais sa reddition complète et totale et je la poursuivrai jusqu'à ce qu'elle soit mienne. Il y avait une énorme différence entre ce que je pouvais prendre et ce qu'elle pouvait me donner librement et j'aurais tout ça.
"Bon et bien il y a la Petite Ourse et la Grande Ourse bien entendu," dit-elle en me les montrant du doigt, nous étions couchés et regardions le ciel scintillant. "Puis la Lyre et les Pléiades. Et vous?"
"Je préférerai savoir pour toi d'abord. Et celle-là?" dis-je en montrant une qu'elle devait connaître. Je ne fus pas déçu.
"C'est le Cygne, ma préféré, évidemment." Ses yeux brillaient dans l'obscurité.
"Swan*, c'est logique."
"Quand j'étais enfant je regrettais que ce ne soit pas moi là-haut dans ce voile de ciel de nuit." Elle sourit à ce souvenir et ce sourire me fit regretter de ne pas l'avoir connue lorsqu'elle était enfant. Je parierais qu'elle avait été une enfant charmante.
"Eh bien je suis content que tu sois restée là. Tu serais trop seule. Là-haut, coincée dans le ciel pour l'éternité."
"Regardez-la elle n'est pas seule." Elle montra les autres constellations. Ses bras étaient beaux, longs et minces. "Le Dauphin, le Verseau, Pégase. Elle est entourée par des amis."
"Mais pas de compagnon." Pourrait-elle deviner le sens caché derrière cette conversation ou étais-je inutilement trop obtus?"
"C'est vrai, il n'y a pas d'autres cygnes," dit-elle avec nostalgie.
"Ce serait très difficile de passer l'éternité tout seul sans personne avec qui la partager." J'observai son visage tandis qu'elle fixait le ciel lumineux. Elle était tranquille et sereine et je réalisai qu'il y avait en elle une extraordinaire beauté d'une nature très subtile. Je repoussai le désir de la toucher qui me frappait par vague et j'étais effrayé car si je commençais à nouveau, je serai incapable de me retenir.
"Mais oui, je suppose que ce serait très difficile." Elle se tourna vers moi, souriant à demi jusqu'à ce que son expression s'assombrisse. "Oui, ça le serait," murmura-t-elle.
J'entendis son cœur accélérer et je tournai mon regard vers le ciel.
Elle soupira. "Ce sont pendant des nuits comme celles là que je ressens le plus fortement la présence de Dieu."
"Tu sens Dieu?"
"Pas vous? Regardez cette beauté. Vous ne voyez pas la main de Dieu là?"
"C'est magnifique," admis-je.
"Je pense que Dieu nous a créé pour que nous puissions profiter de la beauté qu'Il a créée."
"Donc nous sommes là pour l'applaudir?"
Elle fit un petit rire. "Plus que cela, bien sûr." Elle me regarda brièvement avant de recommencer à énumérer les étoiles. "Mais quand je regarde une nuit comme celle-ci, la parfaite obscurité, le ciel tournant comme une roue au-dessus de nous, je sais que nous ne sommes pas seuls, qu'il y a quelque chose qui ne peut pas être expliqué, un mystère plus vieux et plus grand que l'univers."
Elle parlait avec une telle innocence et une telle confiance que mon cœur froid me faisait mal. Il fut un temps où j'aurais pu regarder ce ciel de nuit et trouver cela merveilleux et admirable. Je me souvenais de ce sentiment de vénération, faire partie d'un plus grand mystère. Jusqu'à ce que mon existence prouve le fait que dieu était cruel.
Je roulai sur le ventre tournant la tête pour pouvoir la regarder. "Le problème que j'aie avec Dieu c'est qu'il fait crédit quand il s'agit des bonnes choses mais rien du tout quand il s'agit des mauvaises."
Elle roula sur le coté. "Les mauvaises?"
"Il y a beaucoup de cruauté et de haine ici dehors. Je ne peux pas croire qu'un Dieu juste laisserait tout cela se produire."
"Etes-vous en train d'essayer de juger Dieu?" demanda-t-elle doucement.
"Bien, quelqu'un doit le faire. Il a fait le monde plein de péchés et de tentations et il nous invite à participer à cela? Ferais-tu ça à tes enfants? Les laisserais-tu seuls dans une pièce pleine de couteaux et d'allumettes pour voir ce qu'il va se passer."
"Mais il ne nous a pas abandonnés, ne voyez-vous pas? Il est simplement ..."
Je me relevai brusquement incapable de rester en place tandis que ma colère et mon amertume me frappaient. Je fis quelques pas loin de la couverture et fixait les arbres sombres au loin. "Il nous a abandonnés. Ou moi, du moins. Peut-être est-ce différent pour toi. Mais je ne verrai jamais le visage de Dieu."
Je l'entendis prendre une inspiration profonde. "Comment pouvez-vous dire ça? Il n'y a rien qu'Il ne puisse pardonner si vous allez vers Lui avec un cœur repentant." Elle s'agenouilla sur la couverture. "Il nous aime. Nous devons juste apprendre à L'aimer en retour."
"Vraiment Isabella?" Je me tournai vers elle, elle avait posé ses mains sur ses genoux. "Il y a des choses que même Dieu ne peut pardonner," dis-je en repensant à ma litanie et me souvenant de la conversation que j'avais eue avec Carlisle dans la prairie.
J'entendis son souffle se bloquer dans sa gorge tandis qu'elle se figeait. "Non il n'y en a pas," dit-elle la voix tremblante. "Il peut tout pardonner. Il doit."
J'étais stupéfait de l'émotion qui passait dans sa voix et de cette note stridente que j'entendis. Je vis qu'elle serait les poings et je réalisai que je ne savais pas si elle parlait de mes crimes ou des siens. Avait-elle des secrets et que pouvait-elle bien avoir fait qui lui paraisse aussi impardonnable? Je regardai son doux et vulnérable visage tandis qu'elle scrutait l'obscurité, incapable le reconnaître l'horreur qui se tenait face à elle.
"Il le peut, il le fait," chuchota-t-elle pour elle-même, ses yeux fixant la nuit puis elle secoua la tête chassant toutes les autres pensées qui étaient là.
Elle quitta la couverture et s'approcha de moi. "J'aimerai que vous puissiez connaître Dieu comme je le connais. N'y avait-il aucun sens du sacré là d'où vous venez?" demanda-elle gentiment.
Elle était debout face à moi, une belle et mince jeune femme, magnifique dans tous les sens. Ses cheveux se soulevaient dans le vent et tombaient sur ses épaules, ses traits délicats et parfaits dans leur imperfection humaine étaient tournés vers moi, je réalisai qu'elle pourrait être l'autel où je me recueillerai.
Je murmurai doucement. "Oui l'amour est sacré."
Elle sourit, ses traits illuminés par la beauté de son âme. "Bon vous voyez, nous sommes d'accord."
Mes doutes revenaient à la charge. Pouvais-je vraiment demander à cette fille d'abandonner sa vie humaine pour passer des siècles avec moi en tant que vampire? J'allais lui prendre Dieu, sûrement le pire des vols que je pouvais imaginer. Peut-être que je pouvais en finir maintenant, l'envoyer à Dieu et en finir avec tout ce bazar.
Mais avant même que je puisse y réfléchir quelque chose à l'intérieur de moi hurla, Non! Elle doit vivre, elle vivra. Si elle ne veut pas de moi, alors je la laisserais et elle pourra vivre sa vie et continuer comme avant que je ne la rencontre dans l'église.
Le désir de sang grogna en moi à cette idée ridicule, je serais à jamais incapable de m'éloigner de la drogue de son odeur. Cette lutte avec moi-même me rendrait sûrement fou. Je ferai tout ce que je pourrai pour la persuader de rester avec moi, parce que tout ce que je désirais c'était son corps et son sang et ces envies étaient immenses, il fallait qu'elle fasse ressortir en moi tout ce qui était humain. Avec elle je pouvais voir les portes s'ouvrir vers une vie d'amour et d'harmonie, le genre de vie qu'a ma famille. Sans elle des années sans fin de sang, de mort et de brutalité me conduiraient vers une inexorable descente vers la vie des anciens vampires.
Une pensée me frappa sans que je m'y attende. Des fleurs, j'aurais dû amener des fleurs. Je n'étais pas un bon soupirant.
Nous retournâmes sur la couverture et nous y réinstallâmes. Je la regardai pendant qu'elle arrangeait sa jupe sur ses jambes. "Je connais si peu de choses sur toi. Que me dirais-tu?"
Elle posa ses mains sur ses genoux et sourit. "Que voudriez-vous savoir?"Je voulais tout savoir, je commençais par le début. "Lieu de naissance?"
"Forks, j'ai vécu là jusqu'à ce que j'ai quatre ans. Puis mes parents ont divorcé et ma mère et moi sommes parties. Je suis revenue vivre avec mon père pour mes études secondaires. Et vous?"
"Chicago."
Elle me regarda, sa tête penchée d'un côté. Je pouvais voir que ce nouvel indice déclenchait ses profondes réflexions. "Vous êtes né à Chicago?"
"Oui," dis-je en souriant au ton incrédule de sa voix.
« Et vos parents ? »
« Ils sont morts... de maladie... tous les deux. »
Son visage se décomposa et elle posa sa main sur mon bras. " Oh je suis désolée. "
La plupart du temps les gens disent cela automatiquement parce qu'il n'y a pas grand-chose d'autre qu'ils puissent dire. Mais le lui entendre dire me fit penser que c'était plus qu'une réaction de politesse. Ses yeux bruns brillaient chaleureusement et avec sympathie et ça fit resserrer ma gorge, un goût de chagrin que j'avais longtemps caché. La chaleur de sa main posée sur moi s'éloigna mais je secouai la tête. "C'était il y a très longtemps. Où vivais-tu avant de revenir à Forks?"
"Phoenix." Elle roula des yeux un peu. "C'est l'exact opposé de Fork, sec, ensoleillé et marron. très marron." Je souris à sa nostalgie.
Elle voulait plus d'informations sur moi, son empressement à vouloir me poser des questions était bien visible. Pour jouer elle demanda. "Et que faites-vous vous quand vous ne sauvez les jeunes filles dans les rue sombres des villes?"
"Je suppose qu'on pourrait dire que je suis dans la prévention du crime." Je regardai pour voir comment elle allait répondre à ça.
Ses sourcils se relevèrent. "Vraiment? Mon père est policier."
"Eh bien je suis plus un enquêteur sous couverture. Ou je pourrais dire que je l'étais. Je suis en train de laisser tomber cette voie." Je pouvais dire qu'elle réfléchissait à nouveau, et j'étais sûr que c'était sur ce que j'étais alors je me dépêchai de remplir le silence. "Alors tu es serveuse?"
C'était très intéressant et bizarre en même temps d'avoir à parler avec quelqu'un pour savoir à quoi il pensait. C'était comme ouvrir un cadeau de Noël petit à petit alors que vous vouliez seulement l'ouvrir en une seule fois pour tout découvrir.
"Juste pour l'instant. J'irai à Shoreline quand ce sera le début du trimestre d'hiver."
"Shoreline?"
"L'université du coin. Je commencerai là et puis si je peux avoir des bourses je continuerai mes études quatre ans."
"Que voudrais-tu étudier?"
"La psychologie. L'esprit humain m'intéresse, comment ça fonctionne, qu'est-ce qui fait que les gens se conduisent comme ils le font."
"Bonne chance avec ça. Je suis incapable de le comprendre," dis-je en secouant la tête.
"Et vous alors? Allez-vous à l'école?"
"Oui mais il y a longtemps. J'ai pensé recommencer." Il allait bien falloir que je fasse quelque chose de mon temps, et suivre des cours avec elle n'était pas une perspective dénuée d'attrait.
"Longtemps? Quel âge avez-vous? "Elle me regardait un air déterminé dans les yeux. Je compris que j'allais être incapable de laisser tomber ma garde ou de continuer à croire que je pourrai encore la sous estimer.
"Actuellement, je suis considéré comme jeune," dis-je pour temporiser.
"Et les Cullen sont votre famille," dit-elle essayant de rassembler toutes les informations. "Mais vous ne viviez pas à Forks?"
"C'est ça. Mais j'espérais les rejoindre au moins pour un moment."
Elle m'observa. "Il y a une ressemblance dans cette famille. Sont-ils comme vous?"
Je lui en avais déjà beaucoup dit. Par petits bouts me rappelai-je. Lui donner des petits bouts de vérité. Pour le moment le mystère était à mon avantage. Ça la gardait impliquée voulant résoudre ce problème de ma nature jusqu'à ce que je puisse lui révéler la vérité. "Isabella, je t'en ai dit autant que j'ai pu ce soir. Je t'en prie laissons nos différences tranquilles pour un moment."
Je pouvais voir sa réaction à ma demande, j'en aurais presque crié et sauté de frustration de ne pas être capable de savoir ce qu'elle pensait. Mais elle a gracieusement acquiescé et nous sommes retournés à regarder les étoiles lointaines au-dessus de nous. Je lui ai parlé de la mythologie grecque, des différentes constellations et elle m'a raconté certains contes navajos qui parlaient d'étoiles qu'elle connaissait lorsqu'elle vivait au sud-ouest.
Nous étions encore sur la couverture je roulai sur le côté et soutins ma tête avec mes mains.
"Alors tu dois connaître tous les mythes qui se rattachent au Cygne puisque c'est ton préféré."
"Bon il y a celui où Léda se laissa séduire par Zeus transformé en cygne," résuma-t-elle et elle sourit. "Puis il y a eu cet œuf, quelque chose qu'il m'est difficile d'imaginer." Je ris à son expression scandalisée. "Et il en sortit Hélène de Troie et quelqu'un d'autre."
"Oui Pollux. Connais-tu le poème de Yeats?"
"Non Yeats a écrit un poème à propos de Léda?"
"Oui." Je pris une inspiration et récitait.
"Un coup de vent soudain : les grandes ailes qui battent encore
Au-dessus de la fille chancelante, ses cuisses caressées
Par les palmures noires, la nuque prisonnière du bec,
Lui la pressant, poitrine contre poitrine désarmée.
Comment ces doigts terrifiés, incertains, pourraient-ils
Repousser cette gloire emplumée de ses cuisses qui s'ouvrent ?
Comment le corps gisant, livré à cet assaut de blancheur
Pourrait-il ne pas sentir le cœur étrange qui bat là. "
"Il y a plus mais tu vois l'idée."
Elle croisa ses mains et les posa contre son ventre. "C'est plus... beaucoup sensuel que ce à quoi je me serai attendue de la part de Yeats."
"Je sais," dis-je en souriant. "Plutôt surprenant pour un protestant irlandais."
Elle se tourna vers moi. "Et connaissez-vous la suite?"
Je continuai.
"Un spasme au creux des reins engendre là
Les murailles abattues, la tour et le palais en flammes,
Et Agamemnon mort.
Si brusquement ravie, domptée
Par la brutalité du sang des airs, put-elle recevoir
La science de l'oiseau en même temps que sa puissance,
Avant que le bec indifférent ne la laissât retomber?" **
Elle se tut pour digérer cela. Je pouvais dire que ça l'avait touchée mais je ne comprenais pas pourquoi.
Elle soupira. "On dirait que c'était un autre joueur."
Je ris à son commentaire plutôt inattendu. "Oui je suppose."
"La science de l'oiseau en même temps que sa puissance? Que croyez -vous qu'il voulait dire par là?"
Je m'assis et mis mes bras autour de mes genoux. "Peut-être que comme ils couchaient ensemble elle a vu le cygne pour ce qu'il était vraiment."
"Donc elle savait qu'elle se faisait avoir avant qu'il la laisse tomber?" Elle avait l'air presque indignée.
Je haussai les épaules. "Eh bien je suppose que c'est une interprétation."
Elle se leva aussi et s'installa comme moi. "Qu'est-ce que ça pourrait être?"
"Peut-être qu'elle a pris ses pouvoirs avant qu'il la laisse partir et qu'elle s'est sauvée elle-même."
"Pourrait-elle prendre son pouvoir?" demanda-t-elle ses yeux fixés sur mon visage.
Je la regardai, ses yeux étaient grands et sombres. "S'il le lui a donnés."
"Les pouvoirs peuvent-ils se donner?"
Je regardai son visage délicat en forme de cœur, même avec le peu de lumière, je pouvais voir clairement son regard chaleureux et brillant. Pourquoi avais-je pensé que les yeux marron étaient sombres, je ne pouvais pas le dire. "Oui ça se peut. Mais il y a un prix, un prix énorme." C'était comme si nous avions cessé de parler du poème. Je ne savais pas quoi dire d'autre et une partie de moi fut soulagée lorsque j'entendis son estomac se manifester. "Tu as faim," dis-je.
Ses yeux s'écarquillèrent et elle posa sa main sur son estomac. "Vous pouvez entendre ça?"
"Oui," dis-je en souriant tandis que le rouge envahissait son cou et ses joues. Je regardai les arbres au loin et arrêtai de respirer pendant un moment essayant de contenir mes émotions galopantes. Ce rougissement était comme un taureau devant un drapeau rouge. Ça me faisait la vouloir de toutes les façons possibles. "Nous devrions partir en quête de nourriture."
"D'accord," accepta-t-elle. Je me levai et lui offris ma main pour qu'elle fasse de même. Sa main paraissait bien petite et vulnérable par rapport à le mienne, comme si je tenais un petit oiseau.
Elle défroissa sa jupe pendant que je pliai la couverture. Je montai sur la moto, la démarrai et lui offris ma main à nouveau pour qu'elle s'installe sur le siège. Elle s'assit derrière moi arrangeant sa jupe du mieux possible. Je fis demi-tour et conduisis doucement dans le champ pour arriver à la route, je sentis ses bras passer autour de ma taille et sa poitrine et sa joue s'appuyer dans mon dos. La douce chaleur de ce contact se répandit en moi faisant comme des rides sur un étang et je savais que je ne serais plus en mesure de monter ou de descendre sur une autre moto sans me souvenir de ce contact.
...
* Swan : le cygne en anglais mais tout le monde le sait maintenant, non?
Et Cygnus la constellation du Cygne
** Leda and the Swan de William Butler Yeats
Un grand MERCI à lisouarras, erika shoval, sarinette60, canada02, flopy69 (pourquoi ne pas te créer un compte je pourrai te répondre... parfois tu me poses des questions... depuis le temps que tu me laisses des commentaires...), PatiewSnow, Grazie, miangemidemon02, bellaeva, soraya2107
530 lectrices sur le dernier chapitre vous le croyez?
Passez un bon week end mes belles
