Merci pour les commentaires!

Alors, je sais qu'Izaya est décidément OOC ici (il l'est depuis le début de ce POV, mais c'est le pire jusqu'à présent). C'est voulu. Et c'est tout plein d'angst également. Je sais qu'Izaya et angst vont rarement de pair, mais je tiens à préciser que sa personnalité va encore changer d'ici la fin de cette fic. Voilà, c'est tout ce que j'ai à dire sur le sujet.

Bonne lecture!


POV: Izaya

Contre toutes attentes, je suis revenu sur le toit le midi. Et pas qu'une fois. Non, cela fait quelques mois que je me tape la conversation de ce débile à tous les midis!

Pourquoi?

C'est une très bonne question. Sincèrement, je n'en sais fichtrement rien. Peut-être parce que malgré tout, sa conversation a quelque chose d'apaisant. Il réussit toujours à m'empêcher de m'embourber dans des pensées qui n'ont jamais de fin. Qui plus est, contrairement à moi, ses soucis ne sont jamais majeurs. Il parle des prochains examens en certifiant qu'il doit à tout prix avoir la meilleure note, et ce, comme si c'était le problème du siècle! Alors que dans mon cas... je ne veux même pas entrer dans le sujet.

Je considère qu'il est le huitième mystère de cette école, bien plus incompréhensible et surnaturel encore que le fantôme des toilettes ou le mannequin de biologie. En effet, malgré sa stupidité sans limite – elle n'en connait vraiment aucune –, il est très intelligent. J'entends par là qu'il dégote facilement les meilleures notes de son année, tout comme moi. Il a par ailleurs beaucoup de connaissances, particulièrement en médecine. Plus j'apprends à le connaître et plus je me trouve de points communs avec lui. C'est troublant.

En tous cas, ce qui est certain, c'est que je ne serai jamais aussi bête que lui en amour. Il est d'une naïveté à toutes épreuves. Toute sa bêtise s'y retrouve concentrée. D'ailleurs, je commence à penser qu'il invente beaucoup de ce qu'il dit sur celle qu'il aime, et j'ai le sentiment que son amour n'est pas vraiment réciproque. Ceci dit, même si je me trompe rarement sur les gens, il faudrait quand même que je rencontre la fameuse Celty pour en être certain. Si ça se trouve, elle est aussi tarée que lui.

Je réalise bien que c'est mon premier ami à vie et surement mon dernier. J'aurais aimé le rencontrer plus tôt, quand je parlais encore. J'aurais peut-être réussi à embarquer dans son délire, et qui sait? Peut-être n'en serais-je pas là aujourd'hui? Peut-être qu'aujourd'hui, je parlerais encore?

C'est stupide. Je pensais avoir abandonné toutes réflexions de ce genre. En sa présence, je me sens tout à fait moi-même. J'ai parfois le réflexe de parler! Il me met en confiance, de manière exagérée. J'ai envie de croire en lui. Il est la première personne en laquelle j'ai envie de croire.

Ce que j'aime le plus en lui, c'est qu'il me traite comme si j'étais un adolescent normal. Personne n'a jamais réagit de cette façon face à moi. Même s'ils ne savent pas ce qui m'arrive réellement, les gens me prennent toujours avec des pincettes, ou sont au contraire insultants face à moi. Ils sentent que je suis différent et ne me le pardonnent pas. Ils se cambrent, tentent de se protéger eux-mêmes de la menace que je représente pour leur petit quotidien bien rangé.

Personne n'a jamais été naturel avec moi. Mon attitude n'aide en rien, je le sais bien, je fais fuir moi-même les autres, mais personne jusqu'à présent n'a tenu le coup assez longtemps pour que j'arrête de fuir. Je ne dis pas que j'en vaux la peine, bien au contraire. Seulement, ça me fait du bien de voir qu'au moins une personne se soucie assez de moi pour continuer à me faire la discussion même si je ne réponds rien.

Il n'empêche que j'ai l'impression de lui faire perdre son temps. Je sais que c'est son choix, mais il ne devrait quand même pas gaspiller sa salive pour moi. Il pense surement qu'il pourra me «sauver». Ses intentions sont pures, j'en suis certain, contrairement à celles de n'importe qui d'autre. C'est juste que je ne souhaite pas être sauvé. Il est intelligent, malgré sa stupidité; il comprend surement très bien mes réticences mais se croit tout de même capable de passer outre. C'est dans sa nature d'avoir trop confiance en lui. À mon avis, il n'a jamais connu l'échec, ce qui explique qu'il pense pouvoir me changer.

Sa façon de me parler, sa gestuelle, son éternel sourire, tout cela me révèle beaucoup sur lui. Ce que je peux certifier, c'est qu'il est naïf, mais d'une manière que j'ai beaucoup de mal à qualifier. Ce n'est pas qu'il ne voit pas le mal, c'est plutôt qu'il en fait fi. Il a un sens de l'éthique bien particulier. Il est le premier à faire des actes pas tout-à-fait nets, mais dans sa vision du monde, ces actes-là ne sont pas répréhensibles. En clair, il suit ses propres règles. Il n'y a aucune mauvaise intention dans ses décisions, et même si elles font parfois mal, ce n'est qu'un contrecoup involontaire. Il ne connait pas la méchanceté, je crois que c'est là l'élément-clé de sa naïveté.

Il est «pur». Il n'est pas souillé, contrairement à moi. Il n'a pas perdu cette capacité de croire que je n'ai plus. Ce côté de sa personnalité me pousse à le désillusionner. J'ai de la difficulté à supporter que quelqu'un puisse être aussi candide alors que je n'ai jamais eu la chance de l'être, et ma jalousie me pousse à vouloir le détruire. Par moments, j'ai envie de lui crier à la tête qu'il est stupide, que le monde n'est pas aussi accueillant qu'il semble le penser. J'ai envie de lui ouvrir les yeux de la pire façon qui soit. J'ai envie de le souiller, tout comme moi. J'ai envie de le briser, d'effacer ce sourire innocent qu'il me fait si naturellement.

Je pensais m'être complètement isolé du monde. Je pensais que je ne ressentirais plus rien à l'égard de qui que ce soit, mis à part Ukyo. J'ai cru... J'ai cru que personne ne saurait me bouleverser à ce point. J'ai eu tort, je me rends enfin compte que cette croyance n'était qu'un résidu de naïveté qu'il me restait.

Encore ce midi, je ne mange pas pendant qu'il me raconte, la bouche pleine, à quel point sa Celty est la meilleure, la plus belle, la plus géniale, la plus extraordinaire. Il trouve toujours de nouveaux mots pour la qualifier, tellement que je ne saurais me rappeler de tous. Je l'observe en coin pendant qu'il étale sa passion. Je me demande comment il peut être aussi amoureux d'une personne, comment il peut éprouver un sentiment aussi fort. Ses yeux brillent littéralement à la simple évocation de son amour. Il s'en vante peut-être un peu trop, mais tout ce qu'il dit paraît tellement sincère qu'on ne peut lui en vouloir.

Je suis stupidement et férocement jaloux. Je ne sais même plus de quoi exactement je suis jaloux. De sa candeur? De la force de son sentiment? Ou alors, pire... de la personne qu'il aime?

Moi qui croyait que je ne pourrais jamais ressentir d'amour, se pourrait-il que je développe ce genre de sentiment envers quelqu'un d'aussi stupidement candide? Et si jamais il venait à l'apprendre? Comment le prendrait-il? Je n'ai pas envie de voir son visage embarrassé et l'expression de peine que j'y lirais. Je n'ai pas envie d'entendre ses mots d'excuse, son ton de voix gentil, trop gentil, comme toute sa personne.

Je ramène mes genoux vers moi et y cache mon visage. Shinra continue à parler : il est habitué à un comportement de ce genre de ma part. J'ai étrangement le goût de pleurer. Même en admettant que mon amour puisse être réciproque, ce qui est impossible, je ne pourrais rien lui offrir. Je suis souillé, pour de bon, rien de bien ne peut venir de moi. Je ne pourrais que détruire cette pureté qu'il a, et j'en ai peur. En vérité, je ne lui souhaite que le plus grand bien, et je suis convaincu que je ne fais pas partie de la définition. Seulement, je n'arrive pas non plus à complètement le repousser comme je le devrais. S'il pouvait me laisser de lui-même, ce serait parfait, mais je sais bien qu'il ne le fera pas. Il est trop gentil pour ça.

Quel besoin avait-il de venir me parler? Pourquoi se soucie-t-il autant de moi? Comment peut-il encore supporter mon comportement? Pourquoi est-il si... si lui-même?

Maintenant que j'y repense, c'était tellement prévisible. Personne ne m'a jamais donné autant d'attention. La première à s'inquiéter pour moi ne pouvait que me faire tomber amoureux. Il suffisait de si peu... Pourquoi l'amour est-il aussi stupide?

Je suis stupide. Le plus stupide d'entre tous. Stupide, stupide, stupide.

Ce soir encore, Ukyo va me souiller, comme avant, comme toujours. Shinra, qui est si proche de moi en ce moment, n'en sait strictement rien. Il ne sait pas qu'il devrait s'éloigner de moi pour toujours. Il ne comprend pas que je suis une cause perdue. Il ne sait rien du tout et continue à me faire ce stupide sourire qui me fait tout chaud au cœur, à me regarder avec ses yeux tendres qui accélèrent mon rythme cardiaque, à me donner un espoir dont je n'ai certainement plus besoin.

J'ouvre la bouche et la referme immédiatement. Je n'ai aucune idée de ce que je voulais dire, mais j'aime mieux ne pas le savoir.