Hello les poussins !
Je suis super heureuse de vous présenter ce nouveau chapitre de Easy as Pie. Vous allez voir, on avance un peu dans l'enquête de l'explosion, et surtout, on peut enfin voir Harry et Draco dans la même pièce (les sms c'est bien gentil, mais ça ne fait pas tout).
Je préfère être sincère, les prochaines semaines vont être complexes pour moi : je reprends le travail (j'ai eu la chance de trouver un poste très intéressant en CDI près de chez moi, mais je n'aurai pas de vacances cet été), donc j'aurai peut-être moins de temps pour écrire. Je compte sur les transports pour pouvoir noter des idées, et peut-être m'organiser autrement dans mon écriture, et j'aurai sans doute la possibilité d'écrire un petit peu le soir avant de dormir, mais les premiers temps risquent d'être fatigants pour moi (le rythme à reprendre, tout ça). Je préfère donc ne m'engager à rien.
J'aurai par contre besoin de votre soutien ! Alors je vous demande une chose : faites exploser le compteur à review ! Montrez-moi que vous êtes là, que vous aimez un petit peu cette histoire et que vous aussi, vous souhaitez comprendre ce qu'il s'est passé (et ce qu'il doit encore se passer). Ca n'a rien d'obligatoire, mais... J'apprécierais.
Je vous embrasse, et vous souhaite une bonne lecture.
Shelby.
PS : une pensée affectueuse pour mon Koala-Mutant, qui est décidément bien trop douée et dont je suis fière. Une pensée pour les personnes qui me soutiennent au quotidien dans cette histoire : Mémé, Cali, Ady et Lou*, mon Etoile. Une pensée pour Lolo, aussi, qui finira par lire cette histoire, j'ai bon espoir. Et mes remerciements à .s celles et ceux qui lisent, suivent ou mettent cette histoire en favoris.
Chapitre 8
Première partie
Tu m'emmerdes, Potter.
Draco poussa Potter contre le mur, l'embrassant furieusement. Cet homme le mettait dans tous ses états, lui faisait perdre ses moyens. Il lui préparait un repas, presque romantique tant il était cliché — d'inspiration italienne, accompagné d'un des meilleurs vins de sa cave personnelle — puis se jetait sur lui, sans prévenir, dans son garde-manger. Incapable de résister à ce regard vert posé sur lui, à ce sourire qu'il parvenait à agrandir, à ces cheveux dans lesquels il rêvait de pouvoir passer une main. Il ne se l'expliquait pas, il constatait seulement Potter était un foutu emmerdeur, et lui ne pouvait décemment pas laisser passer cela.
Sa peau, alors que Draco l'embrassait, la léchait, la goûtait, avait la saveur d'une gourmandise oubliée il n'y avait rien de sucré, ni de musqué, rien qui sorte particulièrement de l'ordinaire, rien que le blond aurait pu nommer ou décrire. C'était sa peau, douce et offerte alors que Potter basculait sa tête sur le côté, laissant l'accès à son cou libre, ses mains visiblement avides d'en découvrir un peu plus sur l'autre homme. Leurs gestes étaient saccadés, pressés, exigeants. Ils en voulaient plus, prenaient et donnaient sans s'interroger. Leurs lèvres, déjà gonflées par les baisers échangés, se cherchaient pour mieux se quitter, pour mieux se retrouver et se faire payer le prix de la séparation.
Sous les doigts de Draco, la peau du jeune chef était douce et ferme. Il sentit les poils de son ventre, dont il savait qu'ils étaient plus noirs que la nuit, alors qu'il glissait ses mains sous le sweat-shirt trop large dans lequel se cachait le corps amaigri. Il était hors de question de cesser de l'embrasser, hors de question de se défaire de son contact, de perdre le son aussi délicieux qu'indécent de sa respiration déjà haletante, des soupirs à qui il redonnait leur liberté lorsqu'ils devaient, pour un détail aussi trivial que le besoin en oxygène, cesser de s'embrasser. L'artiste agrippa, du bout des doigts, la hanche du brun, encore musclée malgré les kilos perdus, tandis que de l'autre main, il caressait la joue du jeune homme, ignorant la barbe mal rasée qui lui picota la paume.
Il était là, corps à corps éperdu avec ce jeune homme abîmé qu'on avait tenté de tuer, dont on avait décimé la vie, et il ne rêvait que d'une chose : faire accélérer son rythme cardiaque, l'entendre balbutier, grogner ou protester. Potter n'était pas homme à supplier, et c'était une bonne chose. Il donnait, il prenait, avec une facilité presque troublante. Il répondait aux gestes, aux envies, aux invitations de Draco sans hésiter, ou initiait lui-même ses propres envies. C'était une course qu'il n'était pas question de gagner ni de perdre il s'agissait d'être là, ensemble, et de satisfaire un besoin animal dont aucun des deux n'aurait pu déterminer s'il était éphémère ou non.
Draco déboutonna le pantalon du brun, et glissa la main à la rencontre de l'objet de toutes ses convoitises. Chaud et palpitant sous ses doigts, il semblait un peu plus dur à chaque instant, déjà en éveil. Un léger sourire, narquois, étira ses lèvres, auquel Harry répondit par un grognement étouffé, ses propres attentions tournées vers la chemise de Draco, dont les boutons ne survivraient pas longtemps. Ils étaient pressés, enthousiastes, aveugles au monde et à tout ce que la réalité avait à dire pour les empêcher de donner à leur corps comme à leur âme ce qui leur manquait : l'autre.
Peut-être étaient-ils trop pressés, car lorsque Draco poussa Harry contre le mur, l'épaule du jeune homme percuta l'étage contre lui. Moins d'une seconde plus tard, le brun marmonnait un « aïe », portant la main à sa tête. Draco, un peu sonné, se recula. Contre le mur, Harry recula sa main de son front, dévoilant une estafilade sanglante.
— Tu saignes, Potter.
— Je n'avais pas remarqué, figure-toi…
— Viens, je vais te soigner, proposa Draco en se reculant.
— Gêné par un peu de sang, Malfoy ? demanda Harry, haussant un sourcil dans un mouvement qui, s'il n'était pas le sien, lui donnait une forme de machiavélisme plus qu'appréciable.
— Pas du tout, marmonna le blond, sourcils froncés et mine boudeuse.
Harry approcha son index, ensanglanté, de la joue de Draco, qui recula vivement. Il aurait pu marmonner ou froncer les sourcils, mais le rire de Harry l'en empêcha.
— Tu n'aimes vraiment pas ça.
— Non, je n'aime pas l'idée d'être plein de sang. Je tiens à ma chemise.
— Pas quand j'en arrache les boutons…
Draco secoua la tête, trop amusé pour s'en cacher.
— Allez, viens, tu pourras terminer d'arracher mes boutons ensuite.
Harry le suivit sans un mot. Sur le côté de son front, près de sa tempe, la boite de conserves — de la tomate concentrée — avait provoqué une large coupure qui, par chance, n'était pas profonde. Cela ne l'empêchait pas de saigner plus que nécessaire. Draco l'entraîna dans la salle de bain, une pièce d'une blancheur telle que c'en était presque éblouissant. Moderne et lumineuse, elle était équipée à la fois d'une immense douche à l'italienne et d'une baignoire bien plus classique, aux pattes de lions caractéristiques des salles de bain élégantes et luxueuses telles que Harry se les était toujours représentées. Draco le fit s'assoir au bord de la baignoire, et sortit d'un placard une trousse de premiers secours, qu'il posa sur un petit tabouret avant de l'ouvrir et d'en sortir un antiseptique et de la gaz stérile. Debout près de lui, il aspergea une gaze de produit antiseptique. Harry leva la tête vers lui dans un réflexe, mais Draco fit claquer sa langue contre son palais.
— Ne bouge pas. Baisse la tête.
Le brun s'exécuta. Son visage se trouvait à hauteur du torse de Malfoy. Sa chemise était à moitié défaite, dévoilant un torse qui ne disait rien de son âge. La peau, pâle, semblait aussi douce et soyeuse que dans le souvenir de Harry, suffisamment pour que garder ses distances et ne pas le toucher demande un effort particulier. Sa vie entière avait été remise en question, mais il n'avait d'yeux que pour le corps de cet homme, que pour ses mains fines qui s'afféraient à le soigner, que pour ses lèvres affamées de lui. Il déglutit Draco posa délicatement la gaze stérile imbibée sur la plaie, qu'il tapota plusieurs fois. Ses gestes étaient doux, c'en était presque surprenant. Il jeta la gaze dans une poubelle de l'autre côté de la pièce, et versa de nouveau du produit sur un nouveau morceau de gaze, et répéta les mêmes gestes. De l'autre main, il bascula doucement la tête de Harry sur le côté, et repoussa quelques mèches de cheveux rebelles. Harry tressaillit.
— Ca pique ? demanda le blond d'une voix égale.
— Non, ça va…
— Tu t'es déjà fait couper les cheveux ? poursuivit-il comme si le lien était évident.
Harry souffla par le nez, amusé.
— Ils sont très bien mes cheveux.
— Ils sont beaux, mais c'est un bordel monstre, nuança Draco en tirant sur une mèche de cheveux. Regarde-moi ça, tu n'as pas une mèche qui soit disciplinée.
— La discipline chez les Potter, ça tient plus du mythe, murmura Harry, définitivement amusé par la tournure que prenait la situation.
Draco jeta la seconde gaze, et inspecta la plaie avec minutie. La coupure était propre, pas profonde. Il n'y aurait pas besoin de faire de points.
— Tu es un homme dangereux, Potter.
— La boîte est tombée parce que tu m'as poussé, je te signale.
— Et le coup sur mon nez, l'autre fois ?
— Sur ton nez ? C'était le mien !
— L'alcool te fait perdre la tête je crois…
— Ce genre de choses ne m'arrive qu'en ta présence.
Draco haussa un sourcil.
— Il t'arrive d'autres choses en ma présence ? demanda-t-il avec la nonchalance qui lui était propre.
Harry leva les yeux vers lui. Que pouvait-il dire, après s'être lui-même vendu avec une telle naïveté ? Sa famille était brisée, ses parents se morfondaient, choqués par les derniers évènements et inquiets pour ce que le futur réservait à la famille Potter-Black-Lupin. Draco avait eu raison, plus tôt dans la soirée : il devait se débrouiller. Il en avait en vérité profondément besoin, et ne souhaitait nullement qu'Hermione ou ses parents décident à sa place. C'était précisément ce que Draco lui apportait : la sensation d'être une personne à part entière, capable de décider pour lui-même. Il ne s'en était pas préoccupé, les jours précédents les échanges de sms avec le blond étaient une échappée qu'il s'accordait volontiers, sans réfléchir plus en avant à ce qui l'attendait à son retour d'Australie. Malgré la teneur de leurs échanges, la légère provocation dans laquelle ils se complaisaient était plaisante, mais n'avait jamais vraiment donné à Harry le sentiment que cela appelait une suite.
— J'oublie le reste, dit-il simplement.
La seule réponse de Draco fut de poser ses lèvres sur les siennes. Pas un mot supplémentaire n'était nécessaire, et Harry n'attendait rien d'autre. Ils s'embrassèrent longuement, toute passion comme évanouie. Ce baiser était contemplatif, calme et doux. Contre sa joue, la main de Draco était légère, le blond penché sur lui. Ses cheveux avaient un peu poussé, si bien que des mèches blondes chatouillaient le front de Harry. Le jeune homme se releva, lentement, et s'appuya contre Draco.
Le blond termina ce qu'il avait entrepris plus tôt, juste avant que la boîte de conserves ne tombe sur Harry en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, il le débarrassa du reste de ses vêtements. Au sol, le sweat informe et trop grand, par terre, le tee-shirt aux couleurs de son équipe de rugby. La ceinture de son jean claqua sur le carrelage en rejoignant le reste des vêtements au sol, et personne ne remarqua ce que devint le caleçon, les deux hommes étant trop occupés à se montrer tout l'intérêt qu'ils se portaient. Aucun des deux ne découvrait le sexe, aucun des deux n'était en position de prétendre n'avoir jamais eu d'expérience satisfaisante, et même sans chercher à voir plus loin que ce qui se trouvait tout contre eux, le fait était qu'ils trouvaient avec l'autre ce petit quelque chose qui faisait toute la différence. Le bon endroit, au bon moment, avec la bonne personne.
Harry n'était pas en reste. Lui aussi savait ce qu'il voulait, il le savait et fit en sorte de l'obtenir. Bientôt, il ne fut plus seul à être nu, et il attira Draco vers lui, reculant contre le mur de la salle de bain. Recouvert de faïence, il était terriblement froid, surtout en contraste avec sa peau rendue brûlante par le désir que la proximité de Draco enflammait sur chacune de ses terminaisons nerveuses. Sans quitter le blond du regard, et après quelques caresses sans ambiguïté au pénis de celui-ci, il se tourna face contre le mur, tirant le galériste vers lui. Le message était on ne peut plus clair. Il le voulait, à cet instant précis, il le voulait avec une clarté qui le surprenait lui-même.
Oublier le tournant qu'avait pris sa vie, le retour à la case zéro inattendu et imprévisible. Oublier qu'il n'avait plus son propre logement, son indépendance absolue, sa liberté adorée. Oublier que son parrain était entre la vie et la mort et que ses proches oubliaient un peu trop facilement qu'il n'était plus un gamin incapable de décider pour lui-même. Juste oublier tout le reste et se concentrer sur le blond, qui dans son dos, s'était rapproché de lui, visiblement décidé lui accorder cet oubli tant désiré. Le bras pâle de Draco entoura la taille de Harry alors que lentement, après l'avoir soigneusement préparé, il le pénétra, sa tête contre la sienne, son souffle caressant la joue du jeune homme.
Et Harry oublia.
Il oublia le monde entier, et Draco devint son univers.
Le ventre de Draco contre son dos, chaud et dur, et ses lèvres contre son cou, qui erraient sans but précis sinon celui de le toucher, de garder autant le contact que possible, ses mains qui le caressaient, lentement. Ils restèrent quelques instants, presque immobiles, à l'exception peut-être de leur torse qui se soulevait et s'affaissait avec plus de profondeur qu'à l'accoutumée, de leurs doigts qui se crispaient sur l'autre ou de leurs genoux qui parfois tremblaient, comme prêts à perdre l'équilibre. Puis, le bassin de Draco initia quelques mouvements, d'abord désordonnés, presque chaotiques, comme le temps de se synchroniser sur un rythme, une mélodie inaudible à l'oreille humaine qu'il fallait suivre à tout prix. Même leurs cœurs semblaient avoir saisi le message, remarqua vaguement Harry alors que les mouvements de Draco se faisaient plus insistants, plus larges, plus profonds. Chaque coup de rein se voyait accueilli par un gémissement si agréable à l'oreille que Draco se mordait les lèvres pour ne pas y répondre, se contentant de déposer baiser après baiser, morsure après coup de langue sur chaque parcelle de peau offerte à ses lèvres.
Ils avaient chaud, mais pas suffisamment, de toute évidence, pour considérer de prendre de la distance l'un par rapport à l'autre. Il s'agissait au contraire d'être aussi proches que possibles, de tuer la distance, d'éradiquer le moindre espace entre eux. À mesure que le plaisir les saisissait, que la délivrance s'annonçait, et que le morcellement de l'orgasme menaçait de se faire connaître, le bras de Draco se resserrait autour de la taille du brun, dont le bras avant adopté un angle étrange dans le seul but de rapprocher son amant de lui. Il laissa sa tête basculer vers l'arrière, juste contre l'épaule de Draco, qui souffla doucement sur ses lèvres, tandis que d'une main, Harry se tenait tant bien que mal au mur. Il aurait pu s'enivrer de cette sensation de s'écrouler sans jamais toucher le sol, de s'effondrer dans l'infini.
Puis les doigts de Draco, longs, fins et délicats, bien loin de ceux, plus forts et abîmés de Harry, s'enroulèrent autour du membre du brun. Il n'y avait pourtant aucune délicatesse dans le geste, juste le désir, le besoin animal de transmettre un plaisir, un désir que la douceur ne pouvait pas trahir. Prisonnier des vas-et-viens que son cul et sa verge se voyaient infligés, Harry fut balayé par l'orgasme. Brutal, profond et d'une intensité telle qu'il eut, l'espace d'un court instant, l'impression de suffoquer, comme si son corps, son âme et sa personne toute entière, son passé, son présent et son futur n'étaient pas assez pour supporter une vague de plaisir d'une telle force. Ce fut douloureux, dans l'absolu, douloureux et délicieux, plus encore lorsque l'accélération du souffle de Draco, dans son dos, puis un gémissement prolongé qu'il aurait pu écouter des heures durant, lui indiquèrent que lui aussi avait plongé du haut de la falaise.
Le temps s'arrêta.
Pas un geste ne fut esquissé, ils restèrent immobiles, l'un contre l'autre, à l'exception du souffle court, des jambes tremblantes, des peaux moites et de leurs lèvres qui ne tardèrent pas à se chercher. Il fallait que l'instant se prolonge, que le moment s'éternise, juste un tout petit peu. Harry se tourna, de façon à faire face à Draco. Ses joues étaient rougies, et ses cheveux blonds, habituellement impeccablement bien coiffés, tombaient sur son front avec une nonchalance toute Malfoy. Quelques gouttes de sueur avaient perlé le long de sa tempe, et Harry embrassa l'angle de sa mâchoire, juste avant que l'une d'elles ne se perde dans le vide.
— Maintenant, Potter, dit Draco à voix basse, j'apprécierais que tu fasses honneur à ma cuisine. Je n'ai pas cuisiné pour rien.
— Tu as cuisiné pour avoir mon cul.
— Je l'ai eu, viens manger maintenant.
Harry se surprit à rire de bon cœur, et fut plus surpris encore d'entendre Draco faire de même. Son rire était rare mais étonnement naturel. C'était un rire joyeux, un rire plein de soleil et de bonne humeur, un rire dont le son ne pouvait que faire sourire. C'est précisément ce que dit Harry.
Nus comme des vers, ils s'attablèrent à nouveau. La viande avait refroidis, ainsi que les pommes de terre, mais les saveurs restaient incroyables. L'équilibre entre la viande, parfaitement assaisonnée, la coppa, la tomate séchée et la mozzarella était assurément réussi, comme si ces produits avaient été faits pour qu'on les associe un jour. Harry mangea avec appétit, sous le regard de Draco, et bientôt, il ne resta plus rien dans les assiettes, pas plus d'ailleurs que dans les verres ou la bouteille de vin entamée pour l'occasion. Draco en ouvrit une autre, qu'ils burent en tête à tête, sans quitter la table. Ils discutèrent de tout et de rien le blond raconta son voyage, la beauté de l'Australie, mais ne s'éternisa pas sur les problèmes que lui avait causé Pansy pendant tout ce temps. Harry évoqua son travail, le rugby, les clients, mais s'arrangea pour ne pas mentionner l'explosion. Draco ne l'y encouragea pas non plus. Ils parlèrent, écumèrent une troisième bouteille de vin, et à mesure que le liquide diminuait, le rose des joues des deux hommes se faisait plus rouge, leurs yeux pétillaient plus fort. Draco découvrit que le jeune homme avait des goûts musicaux éclectiques, mais qu'il ne connaissait pas la musique classique. Il lui promit, très solennel, de la lui faire découvrir un jour. Harry, lui, l'interrogea longuement sur la façon dont il gérait ses différentes vies : la galerie, la recherche d'œuvres d'art, l'enseignement, la rédaction, parfois, d'articles de littérature scientifique... C'était à se demander comment il trouvait le temps ne serait-ce que de s'habiller aussi élégamment chaque matin, comment il parvenait à écouter de la musique, à peindre, à rester présent dans la vie de Blaise. Ils partagèrent un fou-rire quand ils s'aperçurent qu'ils avaient tous les deux un proche archéologue, s'interrogèrent sur la probabilité que ce genre de choses arrive dans une vie, puis ils se calmèrent, des larmes de rire au coin de leurs yeux rendus trop brillants par l'alcool, par leur orgasme commun, par un repas délicieux, et par le plaisir d'une soirée passée ensemble.
Ils discutèrent comme s'il n'y avait jamais eu cette tension étrange entre eux, celle qui suit les nuits passionnées passées avec un inconnu sur le sol trop dur d'une cuisine professionnelle, où il est difficile de déterminer si cela appelle une suite, un futur.
Un futur. Le mot était si fort, en cet instant, pour Harry comme pour Draco, qu'ils tentèrent, chacun à sa façon, de se convaincre qu'il n'était absolument pas question de cela. La nuit était déjà avancée lorsque Harry décréta qu'il devait partir. Draco ne le retint pas, mais appela un taxi pour lui, l'accompagna jusque sur le trottoir, et l'embrassa. Ses lèvres, sa langue, son corps tout entier sentaient le vin, mais Harry lui rendit le baiser, lui sourit, et monta dans la voiture, qui s'éloigna, laissant sur le trottoir un blond dont le sourire béat ne trouva alors pour seul témoin que les lampadaires de la rue et le jaune pâle de la lune.
*.*.*.*
Richard Plantagenet était en retard. Il l'avait été toute sa vie sa mère lui avait donné naissance sept jours après le terme, et avait été horrifiée lorsque ce bébé immense et roux était sorti de son petit corps frêle. Depuis ce jour, la ponctualité était un mythe pour lui. Il avait tout essayé : les montres, les alertes sur son téléphone, il avait même demandé à plusieurs amis de l'appeler ou de lui envoyer des messages pour lui rappeler d'être à l'heure. Richie, comme l'appelaient ses collègues en l'absence de victimes ou de prévenus, était pourtant resté imperméable à ses propres tentatives de devenir ponctuel. Il y'avait toujours une dernière chose à faire, un dernier détail à régler, et le fait qu'il ne soit pas toujours exactement vif ne l'aidait pas non plus. Son travail ne faisait pas exception, et pour pallier à cela, son patron avait exigé qu'il soit présent au bureau une demi-heure avant ses collègues. Il n'était que rarement là exactement à l'heure prévue, mais cela ne l'empêchait pas d'arriver suffisamment tôt pour ne jamais être le dernier.
Sauf ce jour-là. Sur le chemin, le pneu arrière de son vélo éclata. Il ne parvint à arriver au bureau qu'une heure plus tard, soit une demi-heure après ses collègues. En sueur, furieux et passablement irritable, il fit irruption dans son bureau, ouvrant la porte d'un grand geste, et ne s'aperçut que Harry Potter était déjà présent qu'après que le battant de bois eut percuté le mur avec fracas. Il tenta, tant bien que mal, de retenir la porte ou de se donner une contenance, mais c'était trop tard. Il aperçut, du coin de l'œil, un léger sourire sur le visage de Potter, mais qui disparut presque immédiatement.
— Monsieur Potter, mes excuses pour ce retard.
— Bonjour, lieutenant.
Potter avait meilleure mine, remarqua Richard en s'asseyant derrière son bureau. Les cernes sous ses yeux s'étaient estompées, mais l'inquiétude dans son regard ne trompait pas.
— Je vous propose de reprendre où nous nous étions arrêtés.
— Oui.
— Nous en étions à parler de votre relation avec votre ex-compagnon, Colin Crivey, c'est bien cela ?
— C'est cela, oui.
— Vous me disiez avoir eu une séparation difficile.
— Oui.
Richard soupira. En meilleure forme, certes, Potter l'était, mais il n'était guère loquace. Et il ne pouvait pas le lui reprocher : personne n'avait envie de venir parler d'un ex-petit-ami soudainement suspect d'une explosion criminelle. À sa décharge, Potter ne semblait pas tout à fait convaincu par l'hypothèse de Plantagenet concernant Crivey, et s'il refusait de saisir une option de facilité, il ne pouvait pas se permettre de laisser une piste de côté.
— Vous pouvez m'en dire plus ?
— J'ai… J'ai quitté Colin, il y'a quelques semaines. Je suis rentré un soir, et je n'ai pas été capable de continuer.
— De continuer quoi ?
— Cette histoire. Je ne l'aimais pas, expliqua Harry, visiblement mal à l'aise.
— Est-ce qu'il s'est passé quelque chose pour que vous en veniez à cette conclusion ? Un évènement particulier ?
— Je… Pardon ?
— Avez-vous rencontré quelqu'un ? Avez-vous vécu quelque chose de particulier qui vous a permis de faire la lumière sur votre situation ?
— Je..
Harry plissa les sourcils, mal à l'aise, son mécontentement croissant à mesure que Richard s'exprimait.
— Je ne vois pas bien le rapport.
— Vous n'êtes pas obligé de répondre.
— Alors j'aimerais autant ne pas répondre.
— Bien. Vous l'avez quitté. Que s'est-il passé ensuite ?
— Il est parti de chez moi le soir-même. Il est retourné chez sa mère. Helen Crivey.
— Quelles sont vos relations avec elle ? demanda Plantagenet.
— Cordiales.
— Même après votre rupture avec son fils ?
— Nous n'avons pas eu de contacts. Nous n'avions pas eu beaucoup avant. Elle ne m'appréciait pas particulièrement, je pense, mais elle était polie, résuma Harry.
Ca n'était pas tout à fait exact. Helen Crivey avait toujours montré le fond de sa pensée : elle ne croyait pas en l'histoire de Harry et Colin. Elle avait eu raison, bien sûr, mais Harry s'était toujours senti observé, reluqué par cette femme qui semblait ne pas croire à sa présence aux côtés de son fils, comme si elle ne pouvait admettre qu'il s'intéresse à Colin. Avait-elle compris, dès le début, que Harry s'était laissé entrainer, qu'il n'avait pas protesté et laissé le jeune homme enrouler ses tentacules autour de lui ? Avait-elle vu les maigres efforts qu'il avait fait pour tenter de se convaincre que cette histoire pouvait raisonnablement fonctionner sur la base d'un peu de bonne volonté ?
Helen Crivey ne le détestait pas, parce qu'elle n'avait jamais cru qu'il puisse rendre Colin heureux.
— Avez-vous eu des nouvelles de Colin après votre rupture ? demanda Richard, les doigts au-dessus du clavier, prêt à prendre des notes.
— Euh… il est venu à mon domicile, plusieurs fois. Sur mon lieu de travail aussi. Et par téléphone. Des sms.
— Que voulait-il ?
— Il était en colère, il avait besoin de le dire.
— Vous pouvez être plus précis ? demanda Plantagenet patiemment, retenant tant bien que mal un soupir.
— Il avait bu, à chaque fois. Il disait des choses sans queue ni tête, des menaces, des reproches.
— Des menaces ? releva l'inspecteur, aux aguets.
— Oui.
Harry porte encore ses vêtements d'entraînement. Des tâches de boue séchée se sont formées sur son t-shirt, et sa peau est maculée de terre, de traces diverses et d'ecchymoses. Depuis cet entrainement au cours duquel Neville ne s'est pas gêné pour lui dire le fond de sa pensée, quelque chose l'attire irrémédiablement vers ce sport qu'il avait laissé de côté. Il se sent de nouveau légitime à courir, le ballon en main, à marquer des essais et à fêter des victoires contre lui-même avec ses coéquipiers. Il les connait depuis si longtemps qu'ils font partie de ces gens qui semblent faire partie de sa vie depuis toujours.
Comme souvent, l'ascenseur est en panne. Il monte les marches, épuisé par l'entraînement et les exercices impitoyables qu'ils se sont infligés. Devant sa porte, Colin est présent, encore une fois. Il n'est pas agité, il semble même trop calme, lui qui stress si facilement habituellement. Il lève les yeux lorsqu'il entend Harry approcher, et le regarde de haut en bas. Le brun lit dans son regard une convoitise qui le met mal à l'aise il n'y a rien de sain ni de positif dans ce regard, seulement le désir de prendre quelque chose qui ne lui appartient plus — qui ne lui a jamais appartenu, en vérité.
Il est rare qu'il y ait un jour sans que Colin se fasse remarquer d'une façon ou d'une autre. Il a dû le bloquer sur son téléphone, et malgré sa demande de changer le code d'accès de l'immeuble, Colin est parvenu à entrer. Peut-être faudra-t-il songer à porter plainte, à signaler son comportement, à demander une ordonnance restrictive à son égard — cela existe-t-il seulement, ou ne voit-on ces décisions de justices bien pratiques dans les séries américaines qu'il regarde parfois après le travail ?
— Salut Colin, dit-il dans un soupir alors qu'il cherche les clés de son appartement dans son sac.
— Je suis venu m'excuser, dit le jeune homme platement.
— C'était pas nécessaire.
— Si. Je me suis mal comporté, je ne t'ai pas écouté, je ne t'ai pas compris, et maintenant je sais que ce n'est pas comme ça que je pourrai te récupérer.
Harry marque un arrêt, abasourdi par ce qu'il entend. Depuis qu'il a demandé à Colin de partir, il a l'impression de parler dans le vide, de chanter la messe, comme dirait son père de façon caustique. Il répète, il explique, il détaille, il dissèque les raisons pour lesquelles il ne veut pas poursuivre avec Colin. Il voudrait lui rentrer les idées dans le crâne, le forcer à comprendre, ne pas lui laisser le choix, mais il n'a pas ce pouvoir, et il n'a pas la maîtrise suffisante des mots pour que ses formules aient l'impact dont son ex a besoin pour enfin intégrer que leur fin est définitive. Il n'y aura pas de retour, et Colin est aveugle, comme il l'a toujours été.
— Tu ne me laisses pas entrer ? poursuit Colin avec un sourire presque raisonnable.
Son regard, lui, est beaucoup moins raisonnable, beaucoup plus inquiétant.
— Je préfère éviter.
— Pourquoi ? Je veux juste qu'on discute.
— J'ai compris, lâche Harry, que la lassitude commence à gagner.
— Alors quel est le problème ?
— Le problème, Colin, est que je ne veux pas qu'on se parle.
— C'est ton nouveau mec ?
— Mon nouv… quoi ? Colin, je ne veux pas te parler, je ne veux pas que tu essaies de me récupérer, je veux que tu partes. Est-ce que c'est clair ?
— Mais tu…
— Non, Colin, non ! C'est fini. C'est définitif. Pars, s'il-te-plait.
Colin s'approche de Harry. Il y a quelque chose de fou dans son regard, une lueur de provocation qui inquiète Harry un court instant, avant que ne naisse en lui une colère qu'il n'a pas ressentie depuis longtemps. Plus il voit le jeune homme, plus il est en colère contre lui. C'est presque du dégoût, une gêne au creux de l'estomac qui lui donne envie de rendre son déjeuner. Sa gaucherie, son embarras, son refus de comprendre, sa lenteur et sa niaiserie lui hérissent le poil, c'est épidermique. Le jeune homme tend le bras vers Harry, qui esquisse un brusque mouvement de recul. Le bras de Colin semble attiré par le vide de l'escalier, et comme au ralenti, Harry le voit basculer. Son corps heurte les marches sans que Harry ait le temps de réagir, sans que Colin ne cherche même à se retenir au mur, à la rembarde, à Harry, même. Il est déjà au sol, recroquevillé sur l'entre-deux étages. Il se passe un court instant, à peine plus longs qu'un souffle, pendant lequel son corps est comme désarticulé. Ses jambes et ses bras ont adopté un angle qui n'a rien de naturel.
En une fraction de secondes, les pires scénarii franchissent allègrement la conscience du chef il voit Colin mort ou dans un coma profond, il imagine la police, les pompiers, les interrogatoires, les reproches, la déception de ses proches. Il se représente vivant sa vie entière avec le souvenir de cet instant terrible, mais Colin se redresse, mettant fin à des fantasmes horrifiques que Harry est heureux de chasser de son esprit. Désorienté, le jeune homme se relève sur ses jambes tremblantes, et Harry amorce un geste vers lui, prêt à venir l'aider. Colin lui sort par les yeux, mais il ne parvient pas à lui en vouloir. Comment le pourrait-il, alors qu'il vient de lui briser le cœur ? Il descend une première marche, puis une seconde mais le jeune homme tend une main furieuse vers lui. Son index est pointé vers le brun, et il tremble, sans doute de douleur, de surprise, de colère. De rage, réalise Harry alors qu'il entend cette voix tordue par la fureur le frapper de plein fouet.
— Ne.. Ne bouge surtout pas. Ne t'avise pas de m'aider, siffle-t-il.
Ses yeux débordent de larmes, mais Harry ne s'y trompe pas : il n'est pas dans son état normal. Il ne semble pas blessé non plus, ce qui rassure le brun.
— Colin, laisse-moi au moins…
— FERME-LA, rugit-il et son visage tout entier est un défi. Reste loin de moi. Tu n'as rien de bon à m'apporter.
Harry le regarde s'éloigner, et reste sans bouger sur le pas de sa porte pendant de longues minutes. La lumière automatique fini par s'éteindre, et il reste encore un petit peu dans la pénombre, incapable d'esquisser le moindre geste. Il passe sa soirée dans une forme de brouillard duquel il ne parvient pas à se sortir. Sous la douche, puis devant la pizza qu'il se commande, incapable de se défaire de l'image de Colin dévalant l'escalier.
Ce soir-là, il ne répond pas aux messages envoyés par Draco.
Richard avait tapé sur son clavier pendant toute la durée de la déclaration de Harry. Le chef n'avait pas tout dit il avait gardé pour lui le dégoût qu'il avait ressenti pour Colin, la satisfaction fugace qu'il avait eu à voir Colin tomber dans le vide, l'état de consternation dans lequel il s'était retrouvé suite au départ du jeune homme, mais Plantagenet n'était pas naïf. Harry semblait étonnement patient, compréhensif à l'égard du jeune homme, dont le comportement était pourtant insupportable. Envahissant, il relevait même du harcèlement, et si Potter l'avait voulu, il aurait pu venir porter plainte.
— Y'a-t-il eu des évènements au cours des dernières semaines qui relevaient de l'inhabituel ? Des choses qui n'étaient jamais arrivées et qui pourraient être liées à votre rupture avec Mr Crivey ? demanda Plantagenet.
Harry sembla surpris par la question. Il fronça les sourcils, assombrissant son regard vert.
— Je… Je n'en ai aucune idée…
— Mr Potter… Harry, je me permets de vous appeler par votre prénom. Harry, je ne vous demande pas d'accuser Mr Crivey. Je vous demande si, en y repensant, il peut y avoir eu des évènements dans votre vie qui auraient été précurseurs de l'explosion de votre appartement et que nous pourrions relier à postériori à Mr Crivey.
— Vous me demandez de…
— De m'aider à comprendre pourquoi votre parrain est dans un lit d'hôpital entre la vie et la mort, acheva froidement Richard, impatient.
Harry se leva brusquement de sa chaise, qui bascula en arrière et heurta le sol.
— De quel droit vous permettez-vous de parler de Sirius de cette façon ? s'exclama-t-il d'une voix que la colère rendait rauque.
Richard leva les yeux vers lui.
— Asseyez-vous.
Contrit, Harry se rassit, mais Richard n'était pas dupe. Son visage n'exprimait que colère et incompréhension. Le système policier n'était pas exactement adapté à ce genre d'évènements traumatiques, et Plantagenet en était le premier agacé. Demander à un homme dont la vie venait d'être balayé comme un fêtu de paille de décortiquer les dernières semaines de sa vie et de potentiellement mettre dans une mauvaise posture une personne pour laquelle il avait du respect n'était pas une pratique qu'il appréciait particulièrement. Mais il n'avait pas le choix s'il voulait que cette affaire avance, et étant donnés les dégâts qu'elle avait fait, les assurances comme sa hiérarchie étaient aux abois pour démêler le vrai du faux et désigner un ou des coupables.
— Il y'a eu... Je crois qu'il y'a eu quelque chose, murmura finalement Harry.
— Je vous écoute.
— Ginny Weasley me fournit en légumes et plantes aromatiques. C'est aussi elle qui est en contact avec des fournisseurs en poisson et en crustacés, ainsi qu'en fruits, et je refais mes stocks tous les jours, donc chaque matin, très tôt, elle me dépose la livraison du jour. Il y a eu un jour où lorsque je suis arrivé au travail, il n'y avait rien, c'était la première fois que ça arrivait, et j'étais sûr d'avoir passé la commande.
— Que s'est-il passé ? Je ne comprends toujours pas. Je passe commande tous les soirs, en précisant ce dont j'ai besoin, puisqu'à l'exception de quelques propositions que fait Ginny lorsqu'on lui suggère ou qu'elle a un produit intéressant, ce sont globalement les mêmes produits de saison, expliqua Harry. Le mail que j'envoie habituellement était bien parti, si j'en crois ma boîte mail, mais selon ce que m'a dit Ginny, elle ne l'a jamais reçu.
— Cela a-t-il eu des répercussions sur la suite ?
— J'ai pu récupérer le strict minimum pour ce jour-là, et j'ai changé la thématique prévue avec mes élèves. Ça s'est bien passé, mais ça aurait pu être catastrophique si la journée avait été chargée ou si les groupes n'avaient pas été compréhensifs.
Richard nota brièvement l'anecdote que venait de lui raconter Harry sans faire de commentaire.
— C'est le seul évènement marquant ?
— Oui.
L'inspecteur éteignit la web-cam et se tourna vers Harry.
— Je vais être franc, Mr Potter, vous n'êtes pas obligé de me répondre, puisque ça ne fera pas partie du procès verbale. Vous êtes un homme de caractère, vous n'êtes pas du genre à vous laisser faire, et je pense qu'il ne vous en faut pas beaucoup pour vous entraîner dans une bagarre de bar lorsque vous avez trop bu, commença Richard, dont la sortie fut accueillie par un rire amusé du brun face à lui. Pourquoi n'avoir jamais porté plainte contre Mr Crivey ? Il a fait de votre vie un enfer, même avant cette explosion, parce que rien ne garantit qu'il s'agisse de lui, et vous n'avez jamais cherché à vous défendre ? La loi existe pour quelque chose et…
— Savez-vous ce que c'est que de demander à la loi d'intervenir en votre faveur lorsque vous êtes un homme gay, Inspecteur Plantagenet ? l'interrompit Harry, dardant son regard vert droit dans le sien.
— Non.
— Et quand bien même. Il ne m'a pas frappé, il ne m'a pas agressé, il n'avait rien fait de répréhensible à mon avis. Je l'ai quitté, après avoir alimenté pendant des mois son délire à notre sujet, parce que je n'avais pas le courage de lui briser le cœur. J'ai eu un bras cassé un jour. Ce n'était pas une brisure nette et précise, c'était une brisure sale, de travers. Ca a été infiniment douloureux, et c'est ce que j'ai fait subir à Colin. Si j'avais été capable de lui dire immédiatement ce que je pensais de notre couple, de mon incapacité à l'aimer, si je ne l'avais pas laissé emménager dans mon appartement, si je n'avais pas pris sur moi pour me convaincre que j'en étais peut-être capable, les choses se seraient bien mieux passées, mais j'ai été lâche.
— ça ne justifie pas tout, Harry, souligna doucement Plantagenet.
— Je n'hésiterai pas à venir chercher des conseils conjugaux auprès de vous la prochaine fois que je n'aurai pas les couilles de briser un cœur au bon moment. On a fini ? l'interrompit le chef en se levant de sa chaise.
— Oui, bien sûr.
Harry attrapa sa veste et sorti de la pièce. Il aurait sans doute honte de sa propre réaction, plus tard, quand viendrait le moment de réfléchir à son propre comportement, mais sur l'instant, peu lui importait. Les conseils de Plantagenet n'étaient pas les bienvenus, pas alors que Sirius était allongé dans un lit d'hôpital, et que Remus passait son temps à son chevet.
Draco, penché sur un magasine d'art qu'il s'était acheté un peu plus tôt, un gobelet de café à la main, l'attendait à l'accueil du poste de police. Il avait insisté, dans un SMS envoyé avant même le levé du jour, pour accompagner Harry — insisté étant un grand moment : il avait affirmé qu'il l'accompagnerait, et le brun n'avait eu ni le courage ni, étrangement, l'envie de le convaincre que c'était inutile. À aucun moment il ne lui avait dit quoi dire, et à aucun moment, une fois sortis du poste, il ne lui demanda comment ça s'était passé. Il se contenta de marcher à ses côtés, guidant la marche jusqu'à sa galerie, donc il avait proposé à Harry de la lui faire visiter après sa déposition.
Décontracté dans son jean, qui mettait en valeur ses jambes au point qu'il eut été stupide de prétendre qu'un costume aurait pu le rendre plus beau encore, il n'en était pas moins stupéfiant d'élégance et de prestance. Harry voyait sans mal les regards se tourner et se détourner sur cet homme dont la blondeur attirait les rares rayons de soleil de cette journée inhabituellement claire. Ses lunettes de soleil, qu'il avait baissées sur son nez en sortant du commissariat, complétaient cette allure tout droit sortie d'un défilé de mode.
— Comment va ton crâne ? demanda-t-il soudain alors qu'ils s'apprêtaient à traverser une rue.
— Très bien. Ça ne saigne plus.
— Tu seras bien avisé de me dire ce que tu comptes casser, la prochaine fois.
— Tu ne t'emmerdes pas, Malfoy.
— Non, mais tu m'emmerdes, Potter, répliqua Draco avec un sourire dans la voix.
La prochaine fois.
