Merci pour vos commentaires ! Pour ne pas être (trop) sadique, je vous mets une suite... et pars me cacher! Bonne lecture !

POV de Jane

Lisbon et Sarah étaient parties relativement tôt du bureau. Je ne me souvenais pas à quand remontait la dernière fois où j'avais vu Lisbon si détendue, si souriante. Elle riait même aux bêtises de Sarah. Je souriais moi aussi en les entendant, et tentait d'enfouir cette douleur qui se rappelait à moi. J'en venais à penser que j'aurais aimé partager leur joie, leur discussion, juste profiter de ces instants de bonheur que je m'étais depuis trop longtemps interdit. Sarah m'avait expliqué qu'elles allaient faire quelques boutiques. J'avais été assez réservé quant à cette idée, et avais été trouver Lisbon dans son bureau afin d'évoquer ce sujet. « Je sais ce à quoi vous pensez, Jane, m'avait-elle dit avant que je n'ouvre la bouche, je sais que ça comporte des risques, mais je la suivrai comme mon ombre. » Mon scepticisme avait dû être flagrant car elle s'était dirigée vers la vitre, et avait écarté deux lattes du store. « Regardez-la, avait-elle dit, m'invitant à me rapprocher, en fixant Sarah qui semblait jouer sur l'ordinateur de Grace, en deux jours Sarah semble avoir repris le dessus. Je sais qu'elle reste fragile, qu'il faudra bien plus que de simples subterfuges pour qu'elle puisse supporter la douleur qui l'habite, mais si je peux lui apporter un peu de joie même momentanément, alors je le ferai. » J'avais laissé mon regard glisser sur son profil. J'admirais encore une fois ce côté altruiste, cette façon de se faire passer après les autres.

Une évidence m'avait frappé. Lisbon ferait une mère exceptionnelle. Je n'en avais jamais douté, et son comportement me confortait dans l'idée qu'elle était faite pour ça. En m'attardant sur ses traits, j'avais cependant noté l'ombre de la tristesse. Je savais ce qui se passait, mais elle ne l'aurait jamais avoué. « Vous avez bien fait en mentant à cette femme de l'assistance » avais-je dit en posant la main sur son épaule, l'arrachant de sa contemplation. Elle s'était tournée vers moi son regard ancré au mien, et avait souri tristement.

- Ce n'est que repousser l'inévitable, et vous le savez, avait-elle dit d'un ton fataliste.

- Sarah aura eu grâce à vous une parenthèse heureuse au milieu de ce drame, et, croyez-moi, il n'y a rien de plus important que cela en de telles circonstances, avais-je lancé, raffermissant ma prise sur son épaule.

Elle avait esquissé un autre sourire, baissé les yeux, posé sa main sur la mienne, l'avait étreinte brièvement, puis s'était avancée vers la sortie. Une fois face à la porte, elle avait fait volte-face, et, son visage éclairé d'un vrai sourire cette fois, avait murmuré : « je sais que vous n'aimez pas qu'on vous le dise Jane, mais vous êtes quelqu'un de bien. Merci. Pour Sarah. Et pour moi. » Et doucement, elle s'était éloignée, rejoignant la jeune fille, se recomposant un masque serein et heureux qui, à mes yeux, ne cachait que partiellement celui tourmenté qu'elle arborait quelques minutes auparavant. Lisbon ne saurait décidément rien me cacher avais-je pensé dans un sourire.

Fermant les yeux, je laissais une torpeur m'envahir. Le CBI était calme, tout le monde était rentré chez soi. Je restais souvent ainsi le soir, juste avant de monter au grenier ou de rentrer au motel. En général, j'attendais que Lisbon termine ses dossiers et qu'elle parte. Cela me permettait de l'observer et de lui conseiller de rester lorsqu'il était vraiment tard… ou tôt plutôt. Le sommeil fit son entrée, et je tombais lentement dans les bras de Morphée.

Des images floues, des coups, une odeur de cannelle et de fraise, des pleurs, des cris, une voix appelant au secours…

LISBON !

Je sursautai, tremblant. Instinctivement, je tournai la tête vers le bureau. Personne. C'est vrai, Sarah et elle étaient parties plus tôt. Mais ce cauchemar… cela semblait si réel. Mon cœur ne s'en était pas encore calmé. Je me passai une main sur le visage, essayant de chasser par la même occasion ce mauvais rêve, puis me levai dans l'intention de me préparer une tasse de thé.

Une fois fait, au lieu de monter, je retournai dans l'open-space. Je n'arrivais pas à me calmer, les bribes cauchemardesques, ces cris et ces odeurs s'accrochaient à moi. Quelque chose n'allait pas. Et cela avait forcément rapport avec Lisbon. Posant la tasse, je sortis précipitamment, pris les escaliers et sautai dans la voiture.

Sur le trajet, j'essayais de me convaincre que tout ceci n'était rien. J'allais trouver Lisbon et Sarah assises dans le canapé devant un film à l'eau de rose, en train de se goinfrer de glace… à la fraise pour Lisbon, et peut-être la même chose pour Sarah. Oui, c'est ça, en me voyant, Lisbon soupirera et me demandera ce que je veux d'un ton peu avenant. Et moi, moi… je me retrouverai bête, mais ne ferai rien paraître, sortant l'invitation de Sarah, bref m'en sortir par une pirouette dont j'avais l'habitude, juste pour pouvoir la voir sourire.

Oui, Lisbon et Sarah ne pouvaient qu'aller bien.

C'est encore ce que je me disais en arrivant chez elle… jusqu'à ce que je voie la porte d'entrée entrouverte. Avec appréhension, je n'osais entrer. « Lisbon ? Lisbon vous êtes là ? Sarah ? » Mes cris résonnèrent sans trouver de réponse. Je poussai légèrement la porte, et restai pétrifié par ce que je voyais.

L'équipe s'activait dans l'appartement de Lisbon depuis une heure, voire plus. J'avais perdu la notion du temps après… ça. Assis contre le mur du couloir, face à l'entrée, je me remémorais les derniers instants. Je me souvenais avoir appelé Cho, mes yeux fixés sur cette tache de sang. Il avait été le premier sur les lieux, m'avait demandé ce que je faisais ici, ce qui s'était passé, si j'avais vu quelqu'un sortir… toutes ces questions basiques posées aux potentiels témoins dans une affaire d'enlèvement ou de… meurtre. J'avais répondu automatiquement, sans quitter cette marque rouge du regard. Cho avait soudain cessé de parler, et s'était mis face à moi, obstruant l'objet de mon obsession.

- Jane, regarde-moi. On va les retrouver. On ne sait même pas si ce sang appartient à l'une d'elles. Le boss sait se battre.

- Elle a peut-être fichu un coup de poing dans le nez d'un de ses ravisseurs, d'où la présence de sang, était intervenu Rigsby dans l'intention de détendre l'atmosphère.

- Il y a trop de sang pour que ce soit ça.

- Mais pas assez pour que ce soit mortel, avait repris Cho.

Je laissai aller ma tête contre le mur, les yeux dans le vide. Une ombre plana devant moi. Cho.

- Nous avons terminé. La scientifique s'occupe de relever les empreintes.

- Il n'y en aura pas.

- Qu'est-ce qui te fait croire ça ?

- Lisbon a ouvert la porte à l'agresseur. Il n'y a pas de trace d'effraction.

- Tu penses qu'elle le connaissait ? Fit l'agent sceptique.

Je secouai la tête.

- Soit elle le connaissait, soit…

- Soit ?

- Soit elle s'attendait à me voir.

La réalité me frappa au moment même où je prononçai ces paroles. Ma faute. C'était ma faute si elles avaient été enlevées. J'aurais dû leur proposer de les accompagner, bien que Lisbon eût refusé.

Cho qui avait sûrement suivi le cheminement de mes pensées reprit :

- Ce n'est pas ta faute, tu m'entends ? On va avoir besoin de toi pour les sortir de là alors ce n'est pas le moment de te laisser aller.

- S'il lui arrivait quelque chose, je…

- Il ne leur arrivera rien ! Maintenant, réfléchis. Lisbon a-t-elle un petit ami ?

- Oui. Andrew. Mais ce n'est pas lui le coupable.

- Tu en es sûr ? Tu l'as déjà vu ?

- Non, mais il suffit de voir comment Lisbon rayonne après une de leur soirées. Attends… il est passé hier soir. Sarah me l'a dit.

- On va le convoquer tout de même. Peut-être aura-t-il remarqué quelque chose de suspect. Viens, on retourne au bureau.

- Je… je vais rester quelques minutes. Je vous rejoins là-bas.

Sans un mot de plus, Cho retrouva Rigsby et Grace qui discutaient un peu plus loin avec une voisine manifestement sourde et sous l'effet de somnifère.

J'entrai dans l'appartement de Lisbon, et observai chaque détail pouvant nous mener à une piste. Je souris en remarquant le pot de glace et les biscuits sur la table basse. Rien ne semblait avoir été déplacé ou volé. Pas d'indice, donc. Je serrai les poings en reportant mon attention sur la tache, et, au fond de moi-même, je me fis la promesse de les sortir de là coûte que coûte.