D'un pas légèrement titubant, mais parfaitement déterminé, Hermione empruntait déjà les grands escaliers lorsque la Grande Salle commença à se vider de ses élèves et professeurs. Malgré sa fatigue à la fois physique et morale, la Serpentard fit tout de même attention à ne pas entrer dans les toilettes occupées par l'insupportable Mimi Geignarde. Heureusement pour elle, Peeves n'était pas non plus dans les alentours. Celui-ci devait certainement être occupé à guetter l'arrivée des première année afin de les accueillir comme il se doit, c'est-à-dire en testant sur eux mille et une blague de mauvais goût, comme à chaque rentrée scolaire. Une fois sa destination atteinte, la jeune fille alluma les torches au-dessus de sa tête à l'aide d'un sortilège et s'engouffra dans la pièce, sa baguette éclairée à la main. Elle actionna ensuite le robinet et s'aspergea le visage d'une eau cristalline, en espérant que la fraîcheur de celle-ci puisse l'aider à remettre un peu d'ordre dans ses idées. Une jeune fille à la chevelure décoiffée et aux joues empourprées par la colère, voilà le reflet peu flatteur que renvoyait le miroir disposé devant elle. Comment avait-elle pu se laisser prendre au jeu de cet idiot de Malefoy alors que son directeur de maison avait essayé de la préserver de tout cela ? Hermione avait beau être brillante, elle devait avouer que son tempérament de feu se mettait souvent en travers de son chemin. Pendant l'espace d'un instant, elle regretta à nouveau de ne plus avoir de retourneur de temps en sa possession, mais cette pensée s'envola presque aussi rapidement qu'elle n'était apparue, pour laisser place à un souvenir. Dans ce dernier, elle se vit à la fin de sa troisième année en train de sermonner Ron à coup de « Certaines magies se doivent d'être utilisées avec parcimonie, Ronald. Il faut éviter de les utiliser lorsque cela n'est pas fondamentalement nécessaire ». Ce à quoi il lui avait répondu, sur le ton de la plaisanterie « Parce que tu appelles ça fondamentalement nécessaire, toi, d'ajouter des matières supplémentaires à son emploi du temps ? ». En se rappelant cette scène, la brune laissa échapper un léger rire tout en épongeant son visage humide avec une serviette prévue à cet effet. Une chose était sûre : Ron et elle n'avaient jamais vraiment eu les mêmes priorités. Hermione s'avança vers le fond de la pièce et posa sa tête sur le rebord de la fenêtre, les rayons pâles et légers de la lune lui caressant le visage. Elle se mit alors à reconstituer sa journée. Il est vrai que beaucoup de choses s'étaient passées aujourd'hui. Tout avait commencé lorsque ce cher Drago l'avait violemment projetée contre un mur dans le Poudlard Express, ce qui lui avait valu un œil poché allant de pair avec un nez ensanglanté. Puis il y avait eu son piège dans lequel elle était bêtement tombée, cette heure passée avec le professeur Rogue, l'altercation avec la nouvelle professeur de Défense, ce moment avec Rogue.. Étrangement, c'était ce sur quoi l'esprit de la Serpentard préférait se concentrer, même si ce n'était peut-être pas le plus important. Son attitude d'aujourd'hui avait définitivement réussi à attiser sa curiosité. Soudain, elle entendit des bruits de pas qui la firent revenir à la réalité.
- J'ose espérer que tu ailles mieux si je t'entends rire du couloir ? Hermione reconnut la voix de Tracey avant même de faire volte-face.
- Je repensais juste à quelque chose de futile, luirépondit-elle brièvement en se retournant vers la fenêtre.
- Ce n'est pas futile si cela te permet d'aller mieux, fit Tracey en la rejoignant. Je pense que l'on devrait tous rire tant que nous en avons encore l'occasion, pas vrai ? continua-t-elle sur un ton quelque peu mystérieux.
- Que veux-tu dire par là, Tracey ? demanda notre protagoniste, quelque peu intriguée par ses propos.
- Eh bien, si le Seigneur des Ténèbres est bel et bien revenu, comme le prétend Harry..
- Il ne le prétend pas, c'est une affirmation, coupa la préfète d'un ton plus sec qu'elle ne l'aurait voulu.
- Ce n'est pas ce que semble croire la Gazette du Sorcier, répondit Tracey en s'appuyant contre la fenêtre, la tête dans les étoiles. En entendant cela, Hermione réprima un rire moqueur. Cela faisait un bon moment que la célèbre Gazette n'était plus digne de confiance. Sache que tu n'es pas pour autant la seule exception, Hermione. Être à Serpentard ne m'empêche pas de croire en son retour. Bien que surprise, l'intéressée ne répondit pas directement et se contenta d'acquiescer d'un signe de tête. Si elle s'attendait à trouver du soutien, ce n'était pas exactement dans sa propre maison. Mais en fait, ce n'est pas de ça que je voulais te parler..
- Laisse-moi deviner, c'est « Madame la sous-secrétaire d'État » qui t'envoie pour me demander de justifier mon comportement ? demanda une Hermione qui semblait dès lors avoir perdu goût à la conversation. En effet, cette dernière s'était réfugiée ici pour se retrouver seule à seule avec ses pensées, et non pas pour parler de leur nouvelle professeur de Défense, aussi infecte pouvait-elle être. Le retour de celui que l'on appelait le Seigneur des Ténèbres n'était pas non plus le meilleur sujet à aborder pour conclure une soirée ayant tourné au vinaigre.
- Oh non, pas d'inquiétude, je ne suis pas là sous ses ordres, mentit la blonde. Je voulais juste savoir pourquoi tu étais arrivée en retard au dîner. Moi qui pensais que la répartition des première année était importante pour les préfets.. Hermione ne sut dire si Tracey agissait de la sorte pour la faire sortir de ses gonds et ainsi la faire parler, ou si elle se montrait juste aussi délicate que d'habitude. Peut-être les deux.
- En effet, elle l'est, et j'aurais voulu accueillir les nouveaux élèves comme il se doit, rétorqua-t-elle en insistant sur la seconde partie de sa phrase. Seulement.. Disons que j'ai rencontré certains problèmes en chemin. À ces mots, les yeux émeraude de Tracey se mirent à pétiller avec intérêt, et elle demanda aussitôt :
- Le professeur Rogue en fait-il partie ? Je vous ai vu arriver ensemble au château. Puis elle ajouta, plus sérieusement, comme pour justifier son élan de curiosité : J'espère que tu ne nous as pas fait perdre de points.
Hermione leva discrètement les yeux au ciel. Décidément, la présence de Tracey ne semblait pas aider à rendre cette soirée un peu plus agréable. Il fallait un certain dédain pour donner une leçon de morale à celle qui avait contribué par trois fois à faire remporter la coupe des Quatre Maisons à Serpentard. Mais la blonde n'y avait pas été envoyée pour rien. Mettant un peu de distance entre elles, la préfète se mit à lui raconter brièvement la soirée qu'elle avait passée, tout en omettant certains détails qu'elle préféra garder pour elle. Plus vite elle satisferait sa curiosité, plus vite elle se retrouverait seule avec ses pensées.
- Eh bien, une chance que Rogue soit passé par là, releva finalement Tracey. Un professeur, et dans ce cas Rogue, qui prête sa baguette à une élève et qui l'autorise à transplaner avec lui dans l'enceinte de Poudlard..
- On ne peut pas transplaner à Poudlard, reprit la brune, gênée. Elle espérait secrètement en profiter pour changer de sujet de conversation.
- Près de Poudlard, alors ! Ce n'est pas comme si tu me l'avais répété vingt-cinq fois ces quatre dernières années.
- Tu ne te plaindrais pas tout de même ? Harry et Ron ont dû l'entendre une bonne cinquantaine de fois, eux. Sur ces mots, les deux Serpentard se mirent à pouffer de rire, ce qui détendit l'atmosphère.
- Et donc, poursuivit directement Tracey, tu as une idée de celui ou celle qui a pu manigancer tout ça ?
- Je suis certaine qu'il s'agit de ce sale cafard de Malefoy, rétorqua Hermione, les sourcils froncés. J'ai plusieurs preuves à l'appui. Pour commencer, c'est lui qui m'a rendu ma baguette. Et honnêtement, personne ne me déteste autant que lui. Son interlocutrice s'accouda à la fenêtre, tapotant le rebord des doigts.
- Il l'a peut-être retrouvée sur le chemin menant au château, tu sais, fit-elle en ignorant son autre argument.
- Impossible, coupa la brune, inflexible. Premièrement, je fais toujours attention à ma baguette, je n'aurais pas pu la perdre bêtement. On me l'a forcément subtilisée. Et quand bien même, ce serait une drôle de coïncidence qu'elle soit abandonnée sur la route par le voleur en question, et ensuite retrouvée par Drago Malefoy !
- Le monde tourne peut-être vraiment à l'envers aujourd'hui, continua Tracey sur le ton de la plaisanterie, en pensant à Rogue et à l'aide qu'il avait délibérément proposée à Hermione. Mais celle-ci ne l'écoutait qu'à moitié.
- Néanmoins, je doute qu'il ait opéré tout seul, ces imbéciles de Crabbe et Goyle ont dû lui filer un coup de main, ou peut-être même Pansy, qui sait. Ça ne m'étonnerait pas qu'il mêle sa petite amie à ses combines.
- Sa petite amie ? répéta Tracey en se redressant. Ne me dis pas qu'ils sortent ensemble !
- Qui sort avec qui ? demanda soudain une voix derrière eux.
Hermione et Tracey se retournèrent alors vers le faisceau de lumière qui s'avançait lentement dans leur direction, et ne découvrirent nulle autre que la flamboyante Ginny Weasley derrière celui-ci. Si la préfète de Serpentard semblait ravie de voir la rousse, cela ne semblait pas être le cas de sa camarade de maison.
- Ça ne te regarde pas, Ginevra, lui fit-elle comprendre sur un ton de discorde. Puis elle se retourna vers celle avec qui elle avait conversé pendant presque un quart d'heure. Descendons rejoindre notre salle commune, tu veux ? On y sera plus à l'aise pour discuter, loin de ces curieux Gryffondor.
Hermione ne put s'empêcher de trouver sa remarque déplacée, étant donné qu'elle était celle qui la questionnait depuis tout à l'heure. C'était l'hôpital qui se fichait de la charité, comme diraient ses parents. Le regard qu'elle échangea avec Ginny lui indiqua que celle-ci partageait un avis identique au sien.
- C'est bon, Tracey, fit la brune sans quitter la Gryffondor des yeux. Je vais discuter un peu avec Ginny avant de descendre me coucher. Merci, conclut-elle, à moitié sincère. D'un côté, elle devait bien avouer que se confier à quelqu'un l'avait soulagé d'un poids, mais l'impression d'en avoir un peu trop dit se faisait également ressentir.
- Bonne nuit, ajouta la rousse, victorieuse, usant d'un ton bien trop enthousiaste pour être honnête.
La Serpentard rendit son sourire à l'une et prit un certain plaisir à ignorer l'autre. Elle quitta ensuite la pièce en balançant fièrement un rideau de cheveux blonds au-dessus de son épaule, ce qui, sur le moment, rappela aux filles une certaine vélane qu'elles connaissaient bien. Une fois que Tracey fut suffisamment loin, les deux amies éteignirent et rangèrent respectivement leurs baguettes, puis entreprirent enfin de sortir des toilettes.
- Alors, de quoi parliez-vous tout à l'heure ? Qui est la petite amie de qui ? s'empressa de reprendre une Ginny impatiente, dévalant presque les escaliers. J'espère que tu ne vas pas me parler de Harry et toi, car ce serait loin d'être un potin. Quoique, la préfète de Serpentard sortant avec le préfet de Gryffondor, ça a de quoi..
- Tu vas arrêter de me charrier, Ginny ? répondit Hermione, embarrassée et amusée à la fois. Et ne fais pas autant de bruits dans les escaliers, nous sommes censées avoir déjà rejoint nos salles communes respectives.
- Hermione Granger est de retour ! s'amusa la Gryffondor en lui lançant un clin d'œil. Mais de toute façon, je ne risque pas grand-chose avec une préfète qui pourrait très bien prétendre faire sa ronde..
- Ah oui, je suis en train de faire ma ronde ? Dans ce cas, tu devrais trouver ça légitime que je décide de retirer cinq points à Gryffondor pour non-respect du couvre-feu ? L'expression impassible de Ginny lui indiqua que sa blague n'avait pas eu l'effet escompté. Ne me regarde pas comme ça, je rigolais, se rattrapa Hermione, qui avait sur le coup oublié que la question des points était à éviter entre les deux maisons rivales. De toute façon, plus aucun élève ne me prendra au sérieux après ce soir. La Gryffondor faillit manquer une marche.
- Hermione.. Ne te tracasse pas pour si peu. Ils auront tout oublié d'ici quelques jours, lui affirma-t-elle en tentant de la rassurer. Et puis, qui ne prendrait pas la plus brillante élève de Poudlard au sérieux ?
Les paroles de son amie réussirent à la réconforter dans sa propre déception, puis elle pensa à Harry et au retour de Voldemort, ce qui la peina davantage. Elle devait s'estimer heureuse. Lui n'aurait pas la chance d'être facilement oublié. La majorité des élèves du château devait avoir lu la Gazette du Sorcier cet été, et ce n'était qu'une question de temps avant que son meilleur ami ne soit jugé de façon partiale et traité de menteur.
- Merci beaucoup, Ginny, la remercia-t-elle en la gratifiant d'un sourire. Et si tu veux tout savoir, je disais à Tracey que Malefoy sortait certainement avec Pansy Parkinson. Mais quel intérêt ça peut avoir, de toute façon ? Cela provoqua cependant une réaction immédiate de la part de la rousse.
- Sérieusement, ce goujat de Malefoy aurait une copine ? Mais qui pourrait bien vouloir de lui ?
- Détrompe-toi. Va savoir pourquoi, mais il y a bien la moitié des filles de Serpentard qui rêveraient de lui faire boire un philtre d'amour, soupira Hermione, tandis qu'elles rejoignaient le premier étage. Si seulement l'une d'entre elles pouvait l'empoisonner en ratant son breuvage, ce serait Noël avant l'heure..
- Je ne suis pas si nulle en potions, mais je m'en chargerais volontiers, proposa Ginny en riant. Malheureusement, cette brillante idée avait une faille assez conséquente : Si une telle chose se produisait, Lucius Malefoy débarquerait à Poudlard et ordonnerait la fermeture de l'école en un rien de temps.
Ginny évita d'interroger la Serpentard à propos de sa soirée, préférant lui laisser le choix de lui en parler ou non. C'était mieux ainsi pour le moment. Elle estima alors qu'il était temps d'aller se coucher et s'apprêta à emprunter un raccourci pour rejoindre la salle commune des Gryffondor, mais elle ne fut pas assez rapide. Bientôt, les deux amies aperçurent les professeurs McGonagall et Rogue sortir du bureau de Dumbledore, plongés en pleine discussion. Sur tous les enseignants de Poudlard, il fallait qu'elles tombent sur leurs directeurs de maison.. Quelle veine ! À croire que Hermione attirait définitivement le mauvais œil.
- Je n'arrive pas à croire qu'elle ait pu décider de ça en votre absence, comme si elle avait déjà tous les..
- Bonsoir, les salua le maître des potions, plus pour avertir sa collègue de leur présence que par politesse.
- Bonsoir, professeurs, répondirent Hermione et Ginny d'une même voix.
- Vous allez mieux, Miss Granger ?
- Bien mieux, professeur McGonagall. Merci. Nous nous apprêtions d'ailleurs à aller nous coucher..
- Je suis soulagée de l'entendre, affirma-t-elle à son élève la plus compétente, tandis que le professeur Rogue restait impassible. Elle s'adressa ensuite à Ginny : Venez avec moi, Miss Weasley. Je vais vous conduire à la salle commune des Gryffondor, étant donné que les mots de passe viennent d'être modifiés, lui expliqua-t-elle.
Le reste de la conversation, Hermione ne l'entendit pas, car elles furent parties en moins de temps qu'il en fallut pour prononcer le mot « Quidditch », la laissant seule avec le professeur Rogue. La jeune sorcière ne savait pas exactement pourquoi, mais la perspective de se retrouver de nouveau seule avec l'homme qui représentait la maison Serpentard ne l'enchantait pas particulièrement. Ceci devait être principalement dû au fait qu'il avait assisté à son altercation avec Drago Malefoy, son homologue masculin, et surtout, qu'il était intervenu entre elle et sa nouvelle collègue. Elle s'attendait à recevoir au moins un petit pic de sa part, mais contre toute attente, le maître des potions descendit les escaliers menant aux cachots sans même lui adresser un regard. Hermione aurait dû se sentir soulagée, mais ce n'était pas le cas. Elle sentit son cœur se serrer, tandis que ses yeux noisette s'attardaient sur la silhouette de son professeur qui s'en allait sans elle. Severus Rogue l'ignorait de nouveau. La brune se sentit idiote d'avoir espéré autre chose venant de lui. Mais cette fois, c'était entièrement sa faute. Elle devait l'avoir déçu. Et elle n'avait auparavant jamais déçu personne à part elle-même (du moins, à sa connaissance), s'efforçant d'avoir toujours les meilleures notes possibles. Ce n'est pas pour autant que Rogue complimentait ses capacités, contrairement aux autres enseignants de Poudlard, et ce, même si elle faisait partie de sa maison. Difficile à accepter pour quelqu'un qui avait toujours voulu faire ses preuves. Mais comme tout semblait allait mieux pour elle, il n'avait plus aucune raison de s'attarder sur son cas.
- Qu'est-ce que vous attendez, Miss Granger ? Je ne compte pas rester planté ici toute la soirée. Suivez-moi si vous souhaitez rejoindre votre salle commune, à moins que vous ne préfériez dormir sur place, bien sûr..
C'était bien lui, c'était bien sa voix et son sarcasme habituel qui l'attendaient aux pieds des escaliers. Cette scène rappela alors à Hermione sa première rentrée à Poudlard, qui s'était révélée aussi semée d'embûches que sa journée d'aujourd'hui. Tandis qu'elle descendait les marches, elle se revit déambulant les grands escaliers à la recherche du bureau de Dumbledore, les cheveux ébouriffés et une quinzaine de centimètres en moins. En fait, elle n'avait jamais vraiment déçu ses professeurs, mais une chose était sûre : Elle leur avait déjà causé bien du souci, à Severus Rogue en particulier. Ce dernier ne put s'empêcher de remarquer qu'un léger sourire s'était dessiné sur les lèvres de son élève, tandis qu'elle le rejoignait d'un pas pressé.
- Professeur Rogue ? fit Hermione d'une voix distincte, attendant sa réponse pour poursuivre sa phrase.
- Vous n'êtes pas obligée d'attendre mon signal pour vous exprimer, Miss Granger.
- C'est pourtant vous qui m'aviez retiré des points en troisième année pour avoir pris la parole sans y avoir été invitée, rétorqua-t-elle en lui emboîtant le pas, direction la salle commune de la maison Serpentard.
- Vous devriez effacer ce souvenir pour faire de la place à vos prochains devoirs de potions, railla-t-il, étonné qu'elle se souvienne encore de cela. Nous ne sommes pas en classe, donc vous pouvez parler librement, à condition de ne pas me poser mille et une questions sur le programme de l'an prochain..
- Je tenais juste à vous demander qui avait accepté le mot de passe proposé par mon homologue masculin, puisqu'il ne peut pas s'agir de vous, continua Hermione en ne relevant pas ses sarcasmes.
- Il a été confirmé par la nouvelle enseignante de Défense contre les forces du Mal, répondit Rogue, amèrement. Et si jamais vous vous posiez la question, j'ai tenu à le modifier pour les mêmes raisons que vous, Miss Granger, expliqua-t-il avant même qu'elle n'ait le temps de le lui demander. J'estime qu'à notre époque, nous ne devrions plus prôner la pureté du sang, et encore moins en faire la caractéristique principale de notre maison.
- Je trouve votre façon de penser plutôt surprenante, professeur, mais admirable, lui avoua-t-elle. Vous avez entièrement raison, les temps changent. Raisonner comme Salazar Serpentard à son époque serait non seulement ridicule, mais illogique, puisqu'il existe des Serpentard issus de familles moldues.
- Nous en sommes tous les deux la preuve, Miss Granger. Je suis moi-même un sorcier de sang-mêlé, déclara le maître des potions tout en arrivant devant l'entrée de la salle commune des vert et argent. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il lui fasse part de ceci aussi facilement. Il était assez ouvert d'esprit, en fait. Ce sera tout ? La brune ne trouva rien à ajouter sur le coup et répondit donc par la négative. Basilic, prononça-t-il devant le mur de pierre. Un passage émergea aussitôt de celui-ci, invitant la préfète à pénétrer dans un décor vert et ténébreux.
- Presque aussi charmant que l'ancien mot de passe, ironisa Hermione.
- Je vous laisserai nous proposer mieux au prochain trimestre, lui répondit-il sur le même ton. Au fait, Miss Granger..
- Oui ?
- Justement, ce que vous portiez tout à l'heure était.. Charmant, si vous me permettez le compliment.
- Ah, euh, bafouilla-t-elle, à la fois gênée et dubitative. Et que portais-je au juste ? demanda-t-elle alors, un peu méfiante. En effet, recevoir un compliment direct de la part de Rogue devait être aussi probable que d'entendre un juron sortir de la bouche de Dumbledore. Personne n'avait vécu assez longtemps pour y assister. Il allait certainement achever sa phrase avec son sarcasme légendaire, du genre « La poisse que vous avez portée toute la journée. Pourquoi ne pas la prêter à votre ami Potter ? ». Mais cela ne pouvait pas être plus loin de l'étonnante réalité.
- Je vous suggérerais plutôt d'apprendre à fermer correctement votre esprit, poursuivit Rogue en la faisant rougir fortement. Aussi incroyable que cela puisse paraître, je parlais de votre sourire, Miss Granger.
Les joues de la concernée étaient désormais aussi écarlates que l'emblème de la maison Gryffondor. Hermione bredouilla une réponse incompréhensible, tandis qu'elle s'efforçait une nouvelle fois de dissimuler son jardin secret mental. Venait-il de complimenter son sourire ? Ce même sourire, ces mêmes dents dont il s'était moqué auparavant, après qu'un sortilège lancé par Malefoy eut loupé Harry et ricoché sur elle ?
- Merci beaucoup, finit-elle enfin par articuler convenablement.
La Serpentard était sur le point de lui dire qu'il devrait en faire de même, car elle avait justement lu une étude moldue à ce sujet récemment (celle-ci prouvant que sourire pouvait avoir un effet direct sur l'humeur), mais elle décida de ne pas gâcher un moment si rare en lui rappelant une nouvelle fois ô combien elle savait tout sur tout. Là-dessus, ils se souhaitèrent bonne nuit et se quittèrent cordialement, l'une pénétrant dans la salle commune des Serpentard, l'autre rejoignant ses appartements, sa longue cape noire flottant derrière lui. Bien qu'il n'était pas si tard que ça, la pièce était aussi sombre qu'elle en était vide quand Hermione y mit les pieds. Cette dernière en déduit que les plus jeunes devaient sans doute être déjà au lit afin d'avoir l'énergie nécessaire pour affronter la première journée de l'année scolaire. Elle monta alors les escaliers sans un bruit, pénétra rapidement dans son propre dortoir afin de récupérer ses affaires de toilette ainsi que son pyjama (Millicent et Daphné dormaient déjà, mais elle n'eut pas le temps d'apercevoir ni Tracey ni Pansy) et prit la direction de la salle de bain. Des voix s'élevèrent de celle-ci quand elle s'en approcha.
- Alors, c'est vrai, tu sors avec Drago ? demanda Tracey à Pansy en se séchant les cheveux avec une serviette.
- Che ne voit pas en quoi cha te churprend autant, répondit la brune en finissant de se laver les dents.
- Salut, fit Hermione du pied de la porte, plus pour annoncer sa présence que pour rejoindre leur conversation.
- Tiens, salut, Granger. C'est quoi ces joues rouges ? lui lança Pansy d'un ton railleur. Ne dis rien.. Des joues colorées, un air guilleret.. Tu reviens d'une petite balade avec Potter, c'est ça ? Hermione roula des yeux pour prétendre ne rien comprendre de la situation et commença à attacher ses cheveux en un chignon. Il était préférable de feindre l'indifférence plutôt que de répondre par un « Loupé, c'est le professeur Rogue qui m'a raccompagnée, si tu veux savoir » qui aurait pu engendrer un malentendu assez gênant. Mais c'était assez marrant de voir que tout le monde la croyait en couple avec Harry. Cela ne la dérangeait pas le moins du monde, mais lui n'avait certainement pas la tête à ça, surtout depuis le Tournoi des Trois Sorciers. J'aimerais bien être préfète dans ces moments-là, poursuivit Pansy, pour pouvoir me promener avec Drago en prétendant faire nos rondes..
- Tu as entendu, Hermione ? reprit Tracey en haussant les sourcils. Ils sortent vraiment ensemble !
- Oh, mes félicitations, répondit-elle sur un ton qui n'aurait pas pu sonner moins enthousiaste.
En effet, elle ne voyait pas pourquoi Tracey faisait de cette affaire toute une histoire (même si elle était assez curieuse de base), ni comment Pansy avait pu tomber assez bas pour sortir avec un garçon aussi arrogant que Malefoy. Surtout lorsque l'on connaissait la façon dont il considérait ses amis. Et puis, ce n'est pas comme si elle était proche de la brune ou quoi que ce soit. Elles avaient beau avoir partagé les mêmes dortoirs pendant plus de quatre ans, le fait qu'elle prenne un malin plaisir à critiquer Harry et la famille Weasley n'avait évidemment pas aidé à les rendre plus proches. Disons qu'elles se supportaient, tout simplement.
- Vous aviez parié là-dessus, ou quoi ? s'impatienta-t-elle, prête à aller se coucher.
- Tu aurais pu me le dire, c'est tout ! Je nous croyais amies, Pansy.
- On ne sort ensemble que depuis cet été et seule ma famille est au courant. Te voilà soulagée ?
- Bon, si ça ne vous dérange pas, j'aimerais prendre un bain, coupa Hermione en leur indiquant la sortie.
Enfin, elles étaient parties, lui laissant la salle de bain pour elle toute seule. Ce n'était pas de tout repos de vivre avec des Serpentard, pensa-t-elle, tandis qu'elle actionnait le robinet d'eau chaude, posait sa baguette sur le meuble situé à côté et se déshabillait. Les rares fois où elle avait pu pénétrer dans la salle commune des Gryffondor lui avaient prouvé que l'atmosphère là-bas y était totalement différente. On y riait beaucoup (notamment quand les jumeaux se trouvaient dans les alentours), tandis qu'ici, l'ambiance était plutôt encline aux disputes et aux moqueries en tout genre. Mais au moins, on pouvait y travailler dans le calme la plupart du temps, contrairement au repaire des lions. Hermione cessa sa comparaison des salles communes lorsqu'elle se glissa dans la baignoire, l'eau chaude caressant délicatement sa peau, telle une douce étreinte. Cela ne valait certainement pas le confort extrême de salle de bain des préfets qu'elle pourrait utiliser dans l'année, mais c'était tout de même très agréable. Détendue, la jeune fille se mit à penser au lendemain, tentant de mettre sa journée d'aujourd'hui dans un coin de sa tête, là où elle serait inoffensive pour l'humeur et l'esprit. Elle avait hâte de retrouver Harry et Ron, comme promis, et elle le ferait le plus tôt possible (du moins, après le petit-déjeuner, car elle n'était pas certaine que louper deux repas d'affilée était une bonne idée). Il ne s'écoula même pas une minute avant que son cerveau décide d'ignorer l'ordre qu'elle lui avait donné en premier lieu. Était-elle incapable de mettre ses problèmes de côté pendant quelques minutes ? Cela ne méritait certainement pas réflexion, mais quand même.. Le grand Severus Rogue s'était montré si différent aujourd'hui (voire même bienveillant) qu'elle ne pouvait s'empêcher de se poser des questions. Avait-il quelque chose à lui demander ? Très peu probable. Elle n'avait rien à lui offrir. Peut-être quelqu'un avait-il usé du Polynectar afin de lui voler son apparence ? C'était bien arrivé l'année dernière avec le professeur Maugrey.
- Comme tu es ridicule, Hermione, acheva la brune en faisant tournoyer les petites mèches rebelles qui s'étaient échappées de son chignon. Pourquoi chercher des excuses à sa sympathie ? Rogue est humain, après tout. Il peut très bien se montrer aimable de temps à autre sans que cela ne soit bizarre, surtout avec les élèves de sa maison. Peut-être que les membres de l'Ordre ont fini par déteindre sur lui. Tandis qu'elle se prélassait dans l'eau chaude, elle prit dans ses mains humides le petit miroir en argent disposé sur le meuble d'à côté, qu'elle porta face à son visage. Miroir, mon beau miroir, dis-moi pourquoi le professeur Rogue a-t-il complimenté mon sourire ? murmura-t-elle, amusée, en repensant à la scène de tout à l'heure. Puis elle se lança dans une imitation assez crédible du maître des potions, en guise de réponse : « Vous avez été nommée préfète de Serpentard, Miss Granger, nous serons donc amenés à travailler ensemble cette année, dans un but commun. Il n'y a rien d'étrange à se complimenter entre collègues, à moins que vous y voyiez un inconvénient ? Quoi qu'il en soit, je vous conseille de ne pas vous y habituer trop vite ».
Ces paroles auraient très bien pu lui appartenir, tellement qu'elle dut se plonger la tête dans l'eau pour réprimer un fou rire qui aurait pu réveiller ses camarades (il ne manquerait plus que les autres filles de Serpentard l'entendent parler toute seule pour qu'elle soit mise dans le même sac que Luna, surnommée Loufoca Lovegood). Mais c'était agréable de se laisser aller de temps en temps. Enfin, c'était ce qu'elle pensait, jusqu'à ce qu'elle manque de s'étouffer dans l'eau, non pas portée par ses rires, mais à cause de quelque chose qui lui traversa l'esprit au même instant. Hermione remonta aussitôt à la surface, à moitié haletante, et le miroir couvert de buée lui renvoya un reflet flou d'elle-même, à la chevelure complètement trempée. Par la barbe de Merlin..
- Le mot retrouvé dans le compartiment.. Rogue l'a toujours en sa possession, se murmura-t-elle en se mordant la lèvre inférieure, anxieuse. Il l'a peut-être déjà lu.. Bon sang. Comment ai-je pu oublier de le récupérer ? « Ce n'est pas comme s'il te l'aurait rendu » lui souffla sa petite voix intérieure.
Elle fit une pause dans son monologue et replongea la tête la première dans l'eau chaude, pensant à son emploi du temps de demain. Elle avait jeté un œil à un emploi du temps qui traînait dans le dortoir et était sûre d'avoir lu que les cinquième année avaient cours de potions le lundi après-midi. Si Rogue avait bel et bien lu le mot, nul doute sur le fait qu'il en ferait une affaire personnelle. Il n'allait certainement pas tolérer qu'un élève de sa maison en harcèle un autre, surtout s'il s'agissait des deux préfets ! Ici, ils étaient à Poudlard, l'une des écoles de magie les plus reconnues dans le monde entier, et non pas dans un quelconque lycée moldu. Que se passerait-il s'il décidait de lire le mot devant toute la classe, pour que le coupable se dénonce ? Elle en frissonna malgré la température du bain. Jamais Drago ne l'admettrait, même avec une preuve tangible à l'appui. Et son père débarquerait aussitôt au château pour l'innocenter..
