Yo, ça faisait longtemps! :) Le pire, c'est que j'ai finit cet OS il y a au moment 5 mois, et je ne le poste que maintenant. Et en plus j'étais partie avec l'idée de faire un truc joyeux mais au final c'est un peu raté. Enfin bref, voici un OS 2700, j'espère qu'il vous plaira.

Joyeuses fêtes :)


La première fois qu'il était venu au café, Enma ne l'avait pas remarqué.
Enfin si : il l'avait remarqué. Disons qu'il était difficile de manquer un châtain, limite blond aux grands yeux chocolat, dans un pays où la plupart des gens sont bruns aux yeux noirs –pas qu'il puisse vraiment y redire grand-chose, étant lui-même suffisamment roux pour s'attirer des regards malveillants dans la rue – mais qu'il ne l'avait pas remarqué de manière si significative qu'il s'en serait souvenu sans raison.

Il avait commencé à noter sa présence lorsque le garçon était venu pour la cinquième, ou peut-être, sixième fois. Il avait l'impression qu'il venait à intervalle plutôt régulier, et il nota presque distraitement qu'il commandait toujours la même chose, un chocolat chaud.

Ce n'était bien sûr pas le premier client qui venait ici régulièrement : il y avait une vieille dame qui venait tout les matins, vers neuf heures, pour boire son café noir, très serré, avec un sucre qu'elle trempait dedans pour le sucer après l'avoir quasiment fini. Le père qui venait tout les samedi midi avec sa fille pour commander un plat du jour, quel qu'il soit, et un menu enfant, et encore quelques autres. Il retint la commande du petit châtain comme celle de tous les autres, sans vraiment avoir besoin d'y faire attention, et commença à repérer les jours lors desquels son nouveau client venait prendre son grand chocolat chaud : les mardis et les jeudis.

Au début, bien sûr, ça n'avait rien de régulier : le garçon ne venait qu'une fois sur deux, ou alors que quelques fois avant de disparaitre pendant des semaines, mais peu à peu, l'habitude s'installa, et Enma se mit à préparer du chocolat chaud tous les mardis et les jeudis, un peu avant quinze heure. Et lorsqu'il n'avait pas de client à satisfaire, il laissait parfois son regard tomber sur son nouvel habitué.

Le garçon devait avoir son âge, et portait un sac d'écolier orange en bandoulière, dans lequel il gardait quelques dossiers qui devaient être ses cours. Il prenait son chocolat quasiment sans parler, compensant par de gentils sourires qui feraient fondre un iceberg, et s'asseyait sur une banquette, à la table la plus éloigné de la fenêtre. Il sortait de son sac ses feuilles et les examinaient en buvant de temps en temps une petite gorgée de chocolat, qui lui laissait parfois une petite moustache brune sur les lèvres, et qu'il s'empressait de faire disparaitre d'un coup de langue.

Lorsqu'il arrivait à la dernière gorgé du liquide qui, depuis longtemps déjà, n'était plus chaud, il renversait le reste du gobelet dans sa bouche avant de reposer lourdement le récipient blanc et de laisser son regard se perdre dans le vide, oubliant alors momentanément ses polycopiés et ses feuilles couvertes d'encre qui restaient, délaissées, sur la table.

Il était capable de rester là pendant des heures, parfois le regard totalement perdu dans le vide, et de temps en temps avait un sursaut de sa conscience, qui le faisait revenir à ses cours pendant quelques dizaines de minutes avant qu'il ne replonge dans ses pensées. Il partait à des heures aléatoires, toujours après avoir regardé son portable quelques minutes ou après avoir reçu un appel, il s'en allait alors presque précipitamment, en jetant un dernier sourire vers le bar.

Le garçon châtain, presque blond, aux grands yeux chocolats, qui prenait toujours un chocolat chaud les mardis et les jeudis vers quinze heure devient un habitué auquel Enma s'habitua, et cela n'aurait pas été plus loin si un soir l'adolescent n'avait pas fini par s'endormir au café, ne répondant pas à son téléphone qui vibrait furieusement dans sa poche, et que l'employé roux ne soit obligé de le réveiller.

Il le secoua doucement, et non pas un peu brutalement, comme il l'aurait fait si ça avait encore été un énième poivraud tombé ivre mort sur sa table. Non, il le pris gentiment par l'épaule et le réveilla en douceur parce qu'il avait bien vu que ces derniers jeudis et mardis son accro au chocolat chaud semblait de plus en plus épuisé, allant avec des cernes qui aurait rendues vert de jalousie un zombie, et qu'à vrai dire, il s'attendait plus ou moins à ce qu'il ne s'écroule plus tôt.

Le châtain papillona un instant en se réveillant, sans avoir l'air de vraiment savoir où il était, puis il vit Enma et lui fit un gentil sourire, bien que toujours l'air un peu perdu.

- Le café ferme, expliqua sans brusquerie le serveur, et à moins que tu ne veuilles que je ne t'enferme à l'intérieur, tu devrais rentrer chez toi.

Et il accompagna le tout d'un gentil sourire, histoire de faire comprendre qu'il ne le chassait pas méchamment.
Bien sûr, ça n'empêcha pas son client, qu'il avait déjà catalogué comme relativement timide, de rougir et de se mettre à bafouiller, l'air totalement affolé.

- Oh, je suis désolé ! Pardon ! Je vais juste ranger mes affaires et je ne te dérange plus !

- T'inquiètes pas ! temporisa immédiatement Enma, je suis en train de ranger, tu peux bien rester jusqu'à ce que j'ai fini.

Et sur un dernier sourire – histoire de ne pas lui faire peur – il s'en alla ranger les dernières chaises dont il ne s'était pas encore occupé, et passer un petit coup de torchon sur le comptoir. Pendant ce temps, l'accro au chocolat se débattait avec ses feuilles qui luttaient farouchement pour ne pas avoir à entrer dans le classeur bleu du châtain.

- Tu veux que je t'aide ? demanda-t-il, à moitié sérieux, ayant fini son propre rangement et voyant que l'adolescent, dans sa précipitation, avait réellement du mal à ordonner ses cours.

- Je… l'autre rougit brutalement, et Enma pourrait jurer qu'il avait pris la même teinte que ses cheveux. Ca va aller, ne t'embêtes pas avec ça.

Et comme si c'était une formule magique, les feuilles et le classeur disparurent soudainement dans le sac orange de son habitué, même si le roux se doutait qu'une ou deux avaient dû souffrir dans la manœuvre.

- On peut y aller, alors ? demanda-t-il avec un signe de tête vers la sortie, et l'autre acquiesça vigoureusement, la tête toujours de la couleur d'une tomate.

- Ou… Oui…

Bien mûre, la tomate.

- Alors, reprit Enma en fermant à clé la porte de service, tu t'appelles comment ? Parce qu'on se voit assez souvent mais je connais toujours pas ton nom…

Le magnat du chocolat le regarda un instant, indécis, manifestement sans savoir s'il devait lui confier son nom ou non.

- Moi, c'est Enma, dit-il alors, pour l'encourager, tout en tendant une main amicale.

Le garçon sembla prendre son courage à deux mains avant de répondre.

- Tsunayoshi… Mais tu peux m'appeler Tsuna, si tu veux. Ajouta-t-il même rapidement, et le roux devina que son client préférait largement qu'il l'appelle par son surnom.

Et comme si ça lui demandait tout le courage du monde, il se saisit de sa main, et lui fit un sourire bien trop lumineux pour vraiment être considéré comme timide.

- Enchanté Tsuna, sourit Enma, en prenant un peu le temps de laisser le nom et sa saveur rouler sur sa langue. Tu es au lycée ? demanda-t-il finalement en désignant le sac de cours sans lequel il ne l'a jamais vu.

- Ah… euh… oui ! En deuxième année… Et toi ?

- Pareil !

Tsuna était moins timide qu'il n'en avait l'air, constata avec surprise le roux au cours de la conversation qui s'ensuit. Ils discutèrent un peu des cours, des petits boulots, comme celui de serveur qu'Enma faisait au bar, et se séparèrent après une petite heure, en bons amis qui ne se connaissent pas vraiment.

Par la suite, ils ne se parlèrent pas tellement plus qu'avant, à part qu'ils s'appelaient par leur prénoms lorsqu'ils en avaient l'occasion, et qu'Enma faisait parfois de petits commentaires sur les cours que Tsuna étudiait. Il se surprenait aussi parfois à laisser un regard pensif sur l'autre adolescent avant d'être rappelé à l'ordre par la voix d'un client ou celle de son patron, et à apprécier les rougeurs qui montaient parfois aux joues de l'adolescent lorsqu'il le taquinait un peu.
Mais Tsuna ne s'endormis plus au bar, malgré qu'il eu parfois l'air d'être sur le point de s'écrouler sous des tonnes d'il ne sait trop quoi, et la conversation allait rarement plus loin qu'un bonjour, quelques commentaires et un au revoir.

Presqu'une année passa, pendant laquelle Enma vit Tsuna passer par des hauts et des bas, et pendant laquelle son regard se perd de plus en plus sur le châtain, sur ses lèvres pâles, sur ses doigts fins, sur sa silhouette fine, sur son air concentré, sur son regard perdu à des kilomètres. Presqu'une année passa, pendant laquelle le roux osait de moins en moins taquiner le châtain, tout en le voulant de plus en plus.

Et puis, il y eu un mardi, puis un jeudi, puis un autre mardi et un jeudi et encore d'autres et d'autres pendant lesquelles Tsuna semblait être de plus en plus au fond du trou, et pendant longtemps Enma n'osa pas demander ce qui n'allait pas. Parce qu'il y avait forcément quelque chose qui n'allait pas, et que, pour une fois, ça ne ressemblait pas à de simples problèmes que peut avoir un lycéen n'ayant pas rendu sa dissertation à temps.

Et puis, Tsuna disparu. Enma savait qu'il ne devrait pas penser comme ça, mais après deux semaines sans voir son client préféré. Il ne pouvait s'empêcher de penser que quelque chose n'allait pas. Mais Tsuna et lui n'avaient jamais échangé leur numéro et il n'avait aucune idée d'où le brun habitait. Alors, tout ce qu'il lui restait à faire était d'attendre et d'espérer.

Au bout de la première semaine : Enma voulait voir le brun.
Au bout de la deuxième semaine, il commença à s'inquiéter.
Au bout de la troisième, il était prêt à aller voir la police.

Et il aurait sans doute finit par le faire, si Tsuna n'était pas réapparu à ce moment là.

Le temps sembla s'arrêter un instant, et le roux se demanda pourquoi ça lui avait pris autant de temps de se rendre compte qu'il était amoureux du petit brun.
Tsuna avait d'énormes cernes sous les yeux, et Enma était sûr qu'il avait pleuré.

- Un café, s'il vous plait. Commanda l'adolescent d'une voix faible. Noir. Sans sucre.

Les mouvements d'Enma s'arrêtèrent brusquement en pleine course. Tsuna n'avait jamais demandé un café. Il n'aurait jamais commandé un café en tant normal. Le serveur eu soudain la sensation d'une pierre tombant dans son estomac. Mais son vis-à-vis refusait de le regarder dans les yeux, et il finit par exécuter la commande.

Tsuna alla s'assoir à sa place habituelle. D'où il était, Enma le vit gouter une toute petite gorgée de son café, et grimacer. Et puis, comme face à un défi, il prit fermement sa tasse et en renversa tout le contenu dans sa gorge. Il reposa la tasse et se regard se perdit dans le vide.

Enma hésitait à aller le voir, le surveillant du coin de l'œil.
Il manqua de casser un verre quand les premières larmes se mirent à tomber, et couru immédiatement vers Tsuna.

- Tsuna ? demanda-t-il gentiment, n'osant pas rassurer le brun d'une caresse comme il mourait d'envie de le faire.

Seul un sanglot qui manqua de lui briser le cœur lui répondit. Toujours hésitant, le roux passa les bras autour de la tête du lycéen pour l'attirer contre lui. Tsuna enfouit sa tête contre son torse et ses mains vinrent s'agripper à son tee-shirt, le griffant presque au passage. Celles d'Enma trouvèrent naturellement leur chemin dans les mèches châtains clair et caressèrent doucement le crane de Tsuna dans un mouvement qu'il espérait apaisant.

Le peu de clients qu'il restait encore à cette heure les regardèrent du coin de l'œil durant les dix minutes pendant lesquels ils restèrent dans cette position, le garçon dans ses bras à présent quasiment silencieux.

- Tsuna ? demanda tout bas Enma, comme si parler trop fort risquerait de briser le garçon dans ses bras.

Le brun le lâcha et s'essuya rapidement les yeux, détournant le regard.

- Désolé, je…

Le reste de sa phrase se perdit dans un soupir et le lycéen se passa une main dans les cheveux avec l'air de quelqu'un écrasé par la plus immense des fatigues.

- Je devrais y aller.

Sa voix n'était qu'un murmure et il se leva rapidement, sans regarder le serveur ni se retourner une seule fois alors qu'il passait la porte du café.

Enma tenta de réfléchir pendant une seconde avant de simplement le suivre. Il le rattrapa sur la rue principale et le traîna sans un mot dans une ruelle. Tsuna ne protesta pas, se laissant faire avec la mollesse d'une poupée, et lorsque le roux le plaqua contre un mur sale, il ne savait toujours pas par quoi commencer.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? sembla être le pire choix quand le visage de l'autre garçon devint un masque de tristesse.

Tsuna haussa les épaules et ouvrit la bouche. Il parlait si doucement que si Enma n'avait pas été si près de lui il n'aurait surement rien entendu.

- Il buvait tout le temps ça.

- Il… ?

Les lèvres de Tsuna se tordirent en une grimace.

Enma l'observa pendant un moment, incapable de savoir comment réagir alors que Tsuna lui rendait son regard. Il tenta de parler mais sa bouche refusa de s'ouvrir et il eut presque peur de ce qu'il pourrait dire à ces yeux bruns orangés.

- Je devrais rentrer chez moi.

Tsuna fut celui qui finit par parler en premier, mais sa voix était plate et inexpressive et il ne fit aucun geste pour s'en aller.

Enma l'embrassa.
Ses mains tenaient la tête du blond pour l'empêcher de se soustraire à ses lèvres et c'était beaucoup trop violent et trop affamé. Il aurait du lui offrir des baisers doux et réconfortants ; tenter de lui faire oublier sa peine, mais il cédait à son désir égoïste de juste prendre le plus possible qu'il pouvait de Tsuna tant qu'il le pouvait.

Lorsqu'il le lâcha, les lèvres du lycéen étaient gonflées et ses mains agrippaient ses épaules, sans qu'Enma ne soit capable de dire si c'était pour le repousser ou s'accrocher à lui.

Le blond le regarda les yeux grands ouverts, l'air effrayé, mais il ne faisait aucun mouvement pour se dégager et Enma se rapprocha, doucement, cette fois. Les lèvres de Tsuna ne s'ouvrirent pas sous les siennes mais il répondit timidement au baiser, et lorsqu'Enma s'éloigna, ce ne fut que pour attirer le brun dans ses bras.

Tsuna se mit doucement à trembler et il resserra son étreinte sur lui, sachant sans avoir besoin ni de le voir ni de l'entendre que les pleurs du lycéen avaient repris dans son cou. Des mots et des phrases brisées parviennent à ses oreilles et Enma serra Tsuna un peu plus fort.


Voilà. Un petit drabble aussi, pour la route...


Dino et Spanner n'était pas vraiment ensemble parce qu'ils s'aimaient. Si on avait demandé à Dino pourquoi ils étaient depuis si longtemps ensemble, il aurait surement rougi autant qu'il est possible, et aurait fini par se ramasser dans un pli invisible du tapis, tandis que Spanner aurait simplement eut un petit sourire malicieux, empreint cependant d'une certaine tristesse.

Si on avait demandé à Tsuna, il aurait dit qu'il y travaillait, un air fatigué derrière les tonnes de papiers qui s'amoncelaient sur son bureau.


Voilà. Ce sera sans doute tout pour cette année! :) Sinon, si certain d'entre vous suivent le Tsuna Project, je m'y suis remise sérieusement et devrait être capable d'en publier la deuxième partie dans pas trop longtemps.

Joyeux Noël et bonne année ! :)