Voici donc ce nouveau chapitre et je précise bien, que mon histoire n'est pas une énième version du Hobbit. Il y aura bien des éléments du roman mais cela ne tournera pas autour de la Compagnie des nains et du dragon Smaug. Ceci dit, voici un chapitre haut en couleur.

Avis aux amateurs…

Chapitre 12

Les galettes d' Alachnÿ

Apprécier une promenade avec un charmant capitaine n'était pas dans les prérogatives de Chaperon Rose.

Marcher ne l'intéressait pas. D'autant qu'elle ne souhaitait abîmer d'avantage les semelles de ses chaussures roses déjà fortement élimées.

Par contre, puisque les elfes adoraient la contemplation des étoiles, autant le faire en charmante compagnie mais assise, voire… Ainsi, cet ellon serait-il à même de lui conter toutes les subtilités de cette charmante tradition …

Bien évidemment, la gourgandine se fichait comme d'une guigne de ces coutumes ancestrales qu'elle qualifiait de puériles. Une seule chose l'intéressait…harponner et entraîner dans ses filets le bel ellon aux cheveux courts.

Son instinct lui soufflait que cela ne serait pas une tâche aisée, mais elle aimait, par-dessus tout, relever des défis de ce genre, aussi s'attela- t-elle à mettre sur pied un plan de séduction ficelé à la perfection.

Assise aux côtés du roi, Olana n'en finissait plus de contempler le profil du monarque, tandis qu'il lui déclamait un poème la sachant friande de sonnets raffinés.

Toute à son attention, le souverain récitait ses vers avec la juste intonation, prenant soin de soigner sa diction.

N'y tenant plus, la main d'Olana s'éleva entre elle et lui et vint effleurer la joue du roi. Ce fut si doux qu'il interrompit sa lecture et ferma les yeux. Elle avait cette extraordinaire faculté de laisser parler ses désirs selon ses envies et le moment choisi.

Cela aurait pu paraître audacieux, pourtant, à ses yeux ça ne l'était pas. Une simple marque de tendresse, voici ce qu'il ressentait avant que son impétuosité ne la pousse à se jeter dans ses bras.

Passer ainsi de la plus timide retenue à une ardeur flamboyante…

Thranduil ne cessait d'être surpris et ce changement dans sa vie si bien ordonné, le déstabilisait.

Par quel bonheur un tel trésor était-t-il entré dans sa vie ?

Résister ne servait à rien. Emporté par son désir, il enveloppa de ses bras cette étreinte aussi intempestive que démonstrative. Les mots jaillirent aussi limpidement qu'une source bienfaisante :

Thranduil : Cet emportement signerait-il un désir qu'il vous plairait d'assouvir Olana ?

Le visage contre le cou du souverain, la jeune femme remua la tête dans un signe d'assentiment :

Thranduil : J'aime quand vous vous enhardissez mon ange. Cela est nouveau pour moi. Faut-il que vous soyez entrée dans ma vie pour balayer toutes ces convictions qui étaient miennes ?

Une voix douce lui répondit. Toujours nichée contre lui, ses paroles provoquèrent un certain émoi chez le roi autant par sa teneur que par le souffle occasionné par son énonciation :

Olana : Votre charisme et vos traits d'une finesse enchanteresse ont enflammé mes actes.

Thranduil : Que c'est joliment nommé ma dame.

Souhaitant percevoir son visage, il tenta de défaire son étreinte, mais ses bras, tels des serpents, s'enroulèrent un peu plus autour des épaules de l'ellon. Comme il était bon, à cet instant précis de se sentir forte, pensa-t-elle.

« J'étreins contre mon sein, l'un des monarques les plus puissants de ce monde. ». Ce sentiment fit naître, chez la jeune femme, une envie audacieuse.

Le roi sourit. Cet acte de bravoure ne resterait pas sans récompense. Au moment où ses gestes se firent plus tendres, la voix de son capitaine s'éleva au-dehors :

Luthïen : Sire, puis-je entrer ?

Olana sursauta :

Olana : Je ne tiens pas à être vu. Ce serait attiser un sentiment néfaste dont je ne ressens que trop les méfaits. Y a-t-il un endroit où je puis me dissimuler ?

Thranduil : Sentiments néfastes, méfaits ? Nous en reparlerons Olana. Je ne laisserai pas s'établir un tel climat entre mes gens et vous ma dame.

Contrarié, il comprit la position d'Olana et fut toutefois agacé par ces convenances dont le poids lui pesait. Lui indiquant le paravent derrière lequel, il avait l'habitude de faire ses ablutions, elle se leva comme un ressort et disparut se cacher.

Retrouvant tout son aplomb, le roi ordonna à son capitaine d'entrer :

Thranduil : Qui a-t-il Luthïen ?

Luthïen : Veuillez me pardonner, Sire mais le nain a une information d'importance à vous apprendre.

Le roi jeta un regard hautain en direction du lutin. Ce dernier, sur l'insistance de Luthïen avait ôté son bonnet rouge et le tenait contre son visage, ouvrant de grands yeux. Ses petits doigts tripotaient le tissus de son couvre-chef avec nervosité :

Thranduil : Parlez petite personne !

Le nabot se dit, comme ça en passant, que c'était bien la première fois que le souverain ne le traitait pas de nain :

Mic Mac : Majesté, j'ai vu les sales trognes d'hier. Celles qui nous sont tombées d'ssus comme la vérol…comme des fourbes.

Olana, bien à l'abri derrière son paravent, ne put s'empêcher de sourire. Mic Mac serait toujours Mic Mac :

Thranduil : Vous voulez dire des orques ?

Mic Mac : C'est tout comme.

Thranduil : Où cela ?

Mic Mac : Y sont partis maint'nant. Mais y' en avait deux et y avait l'air salement en rogne. Pis, y ont détalé comme des lapins après qu'j' leur soit tombé dessus.

Thranduil : Que faisiez-vous à cet endroit ?

L'œil soupçonneux du souverain n'enchanta guère le lutin. Il se promit, intérieurement, de lui rendre cette politesse :

Mic Mac : J'ai rien fait. J'regardais la lune dans l'arbre ! J'aime bien rêvasser et écouter toutes vos belles musiques…

Le roi, bien entendu, n'accorda aucun crédit à cette révélation fracassante et se hâta de s'adresser à son capitaine en Sindarin :

Thranduil : Sellez mon cheval Luthïen. Il nous faut inspecter les alentours.

Luthïen : Bien majesté.

Thranduil : Que ce nain vienne avec nous. Il nous désignera l'endroit exact.

Au passage, le capitaine s'empara du gnome et tous deux quittèrent la tente royale. Heureusement pour lui, Mic Mac ne comprenait pas le Sindarin. Il aurait été irrité d'entendre le mot « nain ». Cependant, tel un sixième sens, le petit majeur du lutin eut comme une légère raideur. N'accordant aucun crédit à ce précieux souverain, il préféra tendre son majeur « au cas où » se dit-il. Après tout, on ne lui avait pas confié la teneur de leur échange. Toutefois, il avait pris soin de le dissimuler auparavant contre son bonnet. Olana sortit de sa cachette :

Olana : Je me porte garante de la véracité de ses propos mon roi. S'il affirme avoir vu des orques, il dit vrai. J'ai perçu le léger tremblement dans sa voix. De plus, il ne se risquerait pas d'encourir la colère d'un roi !

Thranduil : Je vous fais confiance ma dame. Ne quittez pas cet endroit Olana. Vous et moi avons encore tant à nous dire.

Olana : Je suis aux ordres de votre majesté vous le savez bien.

Souriant, il s'approcha de sa dame et déposa un baiser sur son front :

Thranduil : Je n'en ai pas pour longtemps.

Obéissante, elle s'assit sur la couche royale, prit le livre de poésie entre ses mains et le parcourut distraitement. L'écriture elfique était magnifique. Les pleins et les déliés se mariaient à la perfection. Quant aux illustrations…

Que ce monde était beau. Que ces gens savaient s'imprégner de la beauté des mots autant que celle des êtres. Elle étouffa un bâillement et s'allongea en attendant le retour du roi.

Parvenu à destination, Thranduil et Luthïen ne purent que constater la puanteur imprégnant encore les lieux. Déjà, elle commençait à s'atténuer. Le capitaine se mit à la recherche de trace. Comme la terre était meuble, il lui fut facile de remarquer distinctement des traces de pas en direction du sud-ouest…

Dol Guldur !

Thranduil : Ils sont rentrés chez leur maître.

Luthïen : Devons-nous les poursuivre ?

Thranduil : En selle !

Malgré la farouche volonté du souverain de mettre la main sur les fuyards, force était de constater qu'il n'y parviendrait pas. Il y avait tant de possibilités de se dissimuler qu'il était inutile de persister dans un acharnement voué à l'échec.

Les cavaliers firent donc demi-tour.

L'ordre de surveiller les alentours du campement fut donné au capitaine et le roi reprit le chemin de sa tente.

Elle se trouvait là…Belle et alanguie…

Le sommeil l'avait cueillie telle une rose. Ses longs cheveux blonds, comme un champ de blé mûr, s'étalaient sur l'oreiller. Un souffle léger s'échappait de ses lèvres entrouvertes.

Elle avait une si jolie façon de soupirer, perdue dans ses rêves…

Il resta un long moment à se délecter de cette vision avant que le désir ne s'empare de ses sens.

Sa main frôla son corps, ses lèvres volèrent un peu de son souffle…

Sous l'effet de la caresse, sa peau se hérissa alors qu'un gémissement aussi doux qu'une note de musique s'élevait entre ces deux corps.

Elle ouvrit les yeux. Thranduil lui sourit. Il effleura son visage empreint d'amour, elle retint prisonnier dans sa bouche le doigt coquin du roi. Il n'en fallut guère plus pour enflammer le désir de l'ellon.

Leurs visages s'approchèrent, leurs fronts se touchèrent…Dans une communion d'esprit, leurs lèvres se joignirent en un long baiser brûlant teinté d'une douceur infinie.

Peu importait les convenances, pensait Thranduil, cette nuit, elle m'appartient.

Dans un léger bruissement d'étoffes glissant à terre, le roi s'unit à elle la faisant sienne alors qu'au dessus de leurs têtes, les étoiles éclairaient pour quelques temps encore la noirceur de ce monde.

On avait promis à Ëlnar un commis supplémentaire afin de l'assister dans ses tâches. Le jeune Faënarion, tout juste entré dans sa majorité, fut présenté à l'intendant :

Ëlnar : Ah te voilà Faënarion, fils de Tanarïon. Je vais te montrer les tâches dont tu vas devoir t'acquitter et elles seront nombreuses.

Grand, mince, élancé, l'ellon aux cheveux châtain foncés s'inclinait respectueusement devant le Chef. Que lui avait-on dit déjà ? Oui, laisser traîner ses oreilles là où il le fallait, quand il le fallait et surtout …ne pas éveiller les soupçons.

Le fils de Tanarïon, l'un des conseillers du roi, aimait par-dessus tout travailler de ses mains.

Au grand étonnement de ses parents, il avait choisi la cuisine et l'acharnement de son enseignement avait porté ses fruits. Ëlnar l'avait remarqué parmi d'autres et comprit qu'il devait lui offrir sa chance. Travailler à son service afin de satisfaire le fin palais du roi restait une belle alternative à cet elfe désireux de servir son monarque comme son père.

C'était différent de l'enseignement de la diplomatie, mais le résultat était le même. Seul le fait de se rendre disponible au bien-être de son souverain l'emportait sur son choix.

Enfin récompensé par la marque de confiance dont Ëlnar l'avait affublé, Faënarion était très heureux de prouver sa valeur.

Trois nuits d'affilée, il ne vint pas au repas du soir. Il avait averti ses parents qu'il dînerait avec ses amis. Comme il en avait énormément et qu'il avait fort bien œuvré ces derniers temps à son apprentissage, la permission lui fut accordée.

Ce fut donc l'esprit léger qu'il les avait rejoints, admirant au passage les étoiles si chères à son cœur.

Il y avait deux nuits de cela, Faënarion commençait sa vie d'adulte.

Il y avait deux nuits de cela, les pas de Faënarion le menaient à sa perte…

Alors que les elfes étaient surveillés depuis leur départ de la forêt de Mirkwood, Faënarion fut remarqué par les espions du cavalier noir. La nuit où Olana s'était perdue après sa dispute avec le roi, un troisième orque dissimulé, non loin de là, avait remarqué ses allées et venues…seul.

L'aventure chevillée au corps, l'elfe immature n'avait pas pris les recommandations de ses aînés en compte. Pour lui, le danger n'existait pas. Il était réservé aux soldats. Pas pour un apprenti cuisinier.

Le cavalier noir, lui, connaissait le moyen d'entrer dans la forteresse sans utiliser la moindre force. La ruse et la malice l'avaient, bien souvent servies.

Il attendit donc le deuxième soir pour se montrer à lui sous les traits de la suprématie de son pouvoir.

Sur son cheval noir, immobile, l'elfe en imposait tant que le jeune ellon s'inclina sous le poids du respect. Il se devait d'offrir à ce cavalier de belle prestance un accueil digne de son éducation.

Ses traits,d'une beauté surprenante, figèrent la marche de Faënarion.

On lui avait souvent parlé des elfes noirs, ou elfes de la nuit. Nommés Avari, ils étaient les seuls des Eldar à ne pas avoir terminé le Grand Voyage vers les Terres Immortelles.

Appelés « Moriquendi », en elfique, ils passaient, aux yeux des hauts elfes d'Eldamar, pour un peuple inférieur.

Pourtant, celui-ci avait plus de prestance que l'ensemble des hauts dignitaires au service de Sa Majesté Thranduil.

Son port de tête, son regard fier, sa posture droite lui conférait une aura majestueuse.

Cavalier noir : Suilad (salutation) jeune ellon.

Surpris de l'entendre parler le sindarin, Faënarion se sentit décontenancé. Après s'être à nouveau incliné, il répondit avec respect :

Tanarïon : Suilad seigneur.

Cavalier noir : Je dois me rendre dans le royaume de la Lothlorien. La fatigue de ma monture ne m'offre d'autres choix que celui de mettre pied à terre pour la nuit…

Tanarïon : Le campement de Sa Majesté Thranduil ne se trouve guère loin. Souhaitez-vous y trouver aide et repos ?

Avant même de répondre, l'elfe venait de descendre de son cheval et s'approchait de lui. Sans qu'il ne puisse se l'expliquer, ce seigneur elfique aussi impressionnant qu'énigmatique attisait sa curiosité.

Faisant un pas vers lui, le cavalier noir le gratifia d'un sourire confiant :

Cavalier noir : Pouvez-vous m'y conduire ?

Tanarïon : Il en sera fait selon votre souhait seigneur.

Cavalier noir : Auriez-vous l'obligeance de tenir la bride de mon cheval. Un caillou s'est glissé dans ma botte et me fait souffrir mille morts.

L'ellon aux cheveux noirs ne pouvait accomplir son dessein si le jeune elfe sylvestre n'était en accord avec ses propres pensées. Il lui fallait, pour cela, être invité pour intervenir.

C'était ainsi depuis la nuit des temps.

Son pouvoir était néfaste dès lors qu'il y avait consentement, acceptation.
Dans un élan de générosité, Faënarion accepta de venir en aide au seigneur elfique en lui tendant la main, afin qu'il prenne appui.

Aussitôt qu'il y eu contact, le jeune ellon fut irrémédiablement perdu.

La main du cavalier noir serra l'avant bras de Tanarïon avec une telle force qu'il en fut abasourdi.

Soudain, sa vue se brouilla, une étrange vision hanta son âme. Il y était question de souffrance, de mort, de torture. L'elfe prit peur.

Ce fut la dernière pensée s'invitant à son esprit encore libre pour les quelques secondes de sa vie d'ellon.

L'instant d'après, il était devenu SON serviteur.

Ce qui fut dit ce soir là n'aurait été compréhensible par aucun être vivant en Terre du Milieu.

Il n'existait qu'une seule personne capable de comprendre ce qui avait été annoncé.

Tout aussi tranquillement, le cavalier noir remonta sur son destrier aussi sombre que l'âme de son maître :

Cavalier noir : As-tu bien compris l'importance de ta mission Faënarion ?

Tanarïon : Oui maître. Je les surveillerais et apporterais à votre connaissance tous les faits et gestes de Sa Majesté Thranduil.

Cavalier noir : Œuvre pour celui qui te contrôle désormais. Vas et agit.

D'un geste sec, il tira sur la bride de son cheval lui intima l'ordre de faire demi-tour.

Bolg, attendait à une demi-lieue de là, impatient. Le cavalier ne fut pas très long à cracher sa hargne :

Cavalier noir : Avant de retourner chez votre maître, tâchez de vous assurer que celui-ci ait bien compris sa mission !

Bolg et ses hommes ricanaient.

Cavalier noir : Si vous n'aviez pas frappé si fort l'autre prisonnier, je n'aurais pas eu besoin de prendre ce risque stupides créatures ! Il se présentera à vous demain soir avec des informations pour lesquelles je serais fort tenté de torturer le premier qui oserait me les dissimuler…par esprit de contradiction peut-être ?

Bolg ne le lâchait pas du regard :

Cavalier noir : Aurais-je dû détacher mes syllabes pour que mes paroles soient compréhensibles ? Vous ne vous assiérez jamais sur le trône du pouvoir. Le seul que je vois pour vous serait celui de la bêtise, et encore…

Chaperon Rose finissait de se parfumer, toute excitée à l'idée de retrouver son capitaine de la garde.

Bizarrement, ce ne fut point elle qui se mit à sa recherche, mais lui qui se présenta l'œil brillant prêt à dégainer son épée.

Ceci dit, il possédait une très belle arme dont il pouvait s'enorgueillir.

Avec ses cheveux courts d'un noir bleuté qui rebiquaient à la façon d'un personnage de manga japonais, cet ellon ne manquait pas de charme. Notre donzelle avait acquis une sacrée culture. Le Japon figurait parmi l'une de ses destinations préférées.

Toutefois, le monde moderne de Jack était d'une rare violence. Elle ne s'y aventurait jamais seule, ni bien longtemps d'ailleurs. Finalement, la Terre du Milieu lui convenait mieux. Elle continua à détailler ce capitaine dont les atouts ne se comptaient plus.

Ses yeux d'un bleu, à faire pâlir d'envie une mer azuréenne, accrochèrent son regard pour ne plus le lâcher.

Il commença par s'incliner, puis se redressant, s'approcha autant qu'il était décent de le faire et se mit à humer son parfum.

Mêlé à son essence de femme, le parfum opérait un savant mélange de senteurs.

Par son comportement, il lui faisait clairement comprendre qu'il venait chercher son dû.

Dès lors, Chaperon Rose n'eut de cesse de le mettre en émoi sortant la pointe de sa langue rose, tapotant son peton par terre, minaudant à qui mieux mieux...

Admiration ce petit bout de femme, il la laissait faire, sans prononcer la moindre parole.

Au bout d'un moment, remarquant qu'elle perdait contenance, il fit un pas décisif et la souleva de terre aussi facilement que s'il eut ôté un fagot de bois.

La portant dans ses bras, il se dirigea à l'extérieur du campement près d'un petit bois. Devant un arbre, il la déposa.

S'adossant contre l'écorce, elle attendit patiemment.

Sauf que…rien ne se produisit. Toujours silencieux, la gourgandine commença à s'énerver :

Chaperon Rose : Mais pourquoi m'observes-tu ainsi sans agir ? Es-tu malade, bête, puceau peut-être ?

L'ellon RICANA. Décidément, cette effrontée lui plaisait :

Chaperon Rose : Si tu n'es pas capable de satis…

Brusquement, il se mit à parler :

Luthïen : Silence !

Chaperon Rose : Pardon ? Ais-je bien en…

Luthïen : J'ai dit silence !

Une colère sourde débordait de toute part :

Chaperon Rose : Mais pour qui te prends-tu ? Est-ce là les belles manières des elfes ?

Luthïen : Je les réserve pour les dames de belles conditions.

Elle ouvrit de grands yeux :

Chaperon Rose : Ca veut dire quoi au juste ?

Luthïen : Tu m'as très bien compris joli dévergondée.

Chaperon Rose : Mon ami, vous n'êtes digne que de mon indifférence.

Luthïen : Inutile de prendre tes grands airs avec moi. Qui s'est chargé de me faire miroiter monts et merveilles depuis notre départ de Mirkwood ? Cela t'amuse autant de faire briller les prunelles des mâles ?

Chaperon Rose : Je ne vois pas de mâles dans cet environnement. Tout juste un âne et encore…

Rejetant la tête en arrière, le capitaine éclata de rire :

Luthïen : Tu as du répondant ma belle.

Chaperon Rose : Bien, puisque je ne semble pas t'intéresser, je te laisse vaquer à tes occu…

Luthïen : Je vais t'embrasser et tu vas adorer.

Chaperon Rose : Mais…

D'un mouvement brusque, sa bouche recouvrit les lèvres encore entrouvertes de Chaperon. C'était un baiser brutal, terriblement excitant pour la jeune femme. Tout d'abord résistante, elle céda sous l'assaut osé de sa langue. Tout aussi sauvagement, l'étreinte de l'elfe se desserra la laissant complètement abasourdi.

Il prit le temps d'observer les dégâts qu'il venait d'occasionner avant de réitérer son baiser la laissant pantelante, puis il passa aux choses sérieuses.

Son regard se fit soudain sombre, alors qu'il jetait au sol son épée.

Chaperon Rose : Hâte-toi mon bel elfe.

Luthïen : Alors nous y voilà ? Je t'ai laissé faire ton petit jeu de séduction sans faillir et déjà tu me donnes un ordre que je devrais exécuter dans l'instant ?

Chaperon Rose : En voici une façon de me parler. Non mais !

Luthïen : Préfères-tu que je m'en aille ?

Chaperon Rose : Quel toupet !

Luthïen : Alors je m'en vais...

Chaperon Rose : NON !

Luthïen : Je m'en doutais

Chaperon Rose : Doucement mont bel elfe, ne t'accorde pas plus d'importance que tu n'as.

Luthïen : Et toi ?

Chaperon Rose : Moi, ce n'est pas pareil, je dispose mon beau mâle. Il va bien falloir que tu le comprennes ainsi.

D'autorité, il l'embrassa sauvagement la laissant sans voix :

Luthïen : Serait-ce le seul moyen pour te faire taire ?

Chaperon Rose : J'aime à le penser.

Luthïen : Alors, puisqu'il en est ainsi…

Le beau capitaine, sûr de son pouvoir sur cette trop jolie petite humaine, sortit sa dague de son étui, la fit glisser le long de la jambe de la jeune femme jusqu'à hauteur de ses dessous.

La fixant dans les yeux, il inclina le tranchant de la lame et coupa net le tissus de sa culotte.

Tel un trophée, il la porta à son nez, la huma et la fourra dans sa poche.

Capitaine : Pour moi !

Après avoir contemplé un temps ce ravissant joyau, il se mit en quête de lui démontrer son savoir faire de mâle conquérant.

D'une main, l'elfe lui bloquait les poignets. L'autre, eut la fantaisie de n'en faire qu'à sa guise et déjà effleurait, caressait, titillait…

La faisant languir, il l'emmena au bord du précipice. Se sentant prête à tomber, ses miaulements devinrent suppliants. Ne pouvant endurer davantage cette attente, elle entreprit de lui donner un bon coup de pied mais l'elfe, surprit, ne put qu'en rire :

Capitaine : Penses-tu obtenir ce que tu souhaites de cette façon ? Ma belle, tu vas devoir me supplier.

Chaperon Rose : Ca m'étonnerait mon bel elfe.

Pour toute réponse, l'elfe s'immobilisa faisant comprendre à Chaperon, qu'elle était loin d'avoir raison et que ce soir elle n'aurait pas le dernier mot. Reprenant ses caresses lascives, elle se pâma de plaisir à nouveau, une fois encore, il cessa brusquement. Au bord de l'implosion, elle finit par capituler :

Chaperon Rose : Tu as gagné, je demande grâce.

Capitaine : Ce n'est pas suffisant ma belle, supplie-moi !

Chaperon Rose : Jamais !

L'elfe mordit ses lèvres à nouveau et renouvela son supplice. Elle finit par céder, haletante :

Chaperon Rose : Très bien, je te supplie.

Capitaine : Encore !

Chaperon Rose : Je te supplie.

Capitaine : Voilà ma belle. Je t'ai emmené là où je le souhaitais. Je l'ai enfin eu ma revanche ! A présent, c'est toi qui viendras me supplier de te détrousser petit cœur. Tu retrouveras facilement le chemin du retour je pense. Belle nuit à toi ma jolie fleur.

Ravi, bien qu'insatisfait, il la libéra, non sans lui avoir mordillé une dernière fois les lèvres. Avec le sourire d'un conquérant, il ramassa son épée et reprit le chemin du campement.

Furieuse, la belle s'empara d'un caillou qu'elle jeta en direction de l'elfe. Il esquiva cette attaque en riant. La pierre disparut dans un fourré :

Chaperon Rose : Je l'aurais moi aussi ma revanche, tu peux être sûr.

Capitaine : Mais oui mon petit cœur, je n'en doute pas un seul instant. C'est quand tu veux.

Chaperon Rose : Espèce de ... de... gougnafier, scélérat, porc, malandrin…

Tout un vocabulaire fleuri y passa.

D'un geste gracieux, l'elfe se retourna une dernière fois en posant un doigt sur ses lèvres pour lui intimer l'ordre de se taire.

C'est un Chaperon Rose en furie, qui réintégra le campement échafaudant déjà son plan de contre attaque. Elle commença par remettre une culotte, question de décence, avant de retrouver Aliénor.

Retenant sa colère, l'idée lui vint de demander conseil à cette grande courtisane dans l'âme. En effet, durant son exil, la belle guerrière avait trouvé asile chez Maître Netfelg qui tenait une maison de plaisir où se rencontrait les notables. Après lui avoir raconté ce qu'elle venait de vivre, Aliénor prit le temps de la réflexion et un sourire apparut sur ses lèvres :

Aliénor : Voici un défi qu'il me plaît de relever. Il aurait été un sujet de choix pour moi. Dommage que nos chemins ne se soient pas croisés. Je te donnerais quelques conseils afin de te venger de cet effronté.

Chaperon Rose : Je ne sais pas comment je vais pouvoir calmer la fièvre que m'a refilée ce corniaud.

En riant, elles partirent à la recherche d'un peu de vin, et du vin, ce n'est pas ce qui manquait à notre malicieux lutin Mic Mac.

Il venait de trouver le jackpot.

Une charrette, regorgeant de fruits et légumes soigneusement rangés dans des paniers d'osiers, faisait office de leurre.

Prudents, les elfes avaient prévu ce subterfuge afin d'éloigner les éventuels fureteurs, tels que ces humains très portés sur cette boisson. Mais notre lutin connaissait toutes les ficelles et c'est naturellement qu'il s'installa entre un plein panier de choux fleurs et un sac remplis de pommes rouges.

Au dessous, se trouvait une rangée de tonnelets contenant le précieux liquide rouge.

Mic Mac : J'l'ai aient bien carottés ! J'vais leur piquer la bibine du roi, comme ça, y's'feront gueuler dessus par l'autre empaffé.

C'était un fait, Mic Mac avait, une bonne fois pour toute, décidé de renommer le roi avec ce charmant sobriquet.

Joignant le geste à la parole, il se saisit d'un tonneau marqué du sceau royal et le fit basculer du charriot. La terre meuble amortie le choc. Il sauta au bas de la charrette, s'assura que personne ne l'avait remarqué et fit rouler de ses petits bras son trophée, jusqu'à ses amis. Maintes fois il pensa se faire prendre, mais les elfes, trop occupés à soigner leurs montures ne prêtèrent aucune attention à ce petit individu. C'est le poitrail, gonflé d'orgueil et de fierté, qu'il se présenta devant une Chaperon Rose complètement échevelée :

Mic Mac : Ben quèque y t'es arrivé ? T'as croisé la route de Matouba ?

Chaperon rose : Matouba ? Le chat ? Oh non, c'est plutôt un animal sauvage qui s'est battu avec moi.

Là-dessus, surgit une Opéca tendue comme un arc :

Opéca : Qui tu as harponné encore la grue ?

Chaperon Rose : Ah ! Très chère Opéca, tu tombes bien ma brune amie.

Sur ces mots, elle se jeta avec rage sur son ennemie en empoignant une mèche de ses longs cheveux.

Tirant avec une force phénoménale, elle lui arracha un cri. Les sens de Chaperon, déjà exacerbés par l'affront du capitaine, trouvèrent là le meilleur moyen de s'exprimer, tout en se déchargeant d'une belle quantité d'adrénaline.

Toute deux s'engagèrent dans un corps à corps éperdu.

Les cris de rage des combattantes, mêlés aux cris de souffrance attirèrent l'attention de quelques gardes. Devant un tel spectacle, ils ne surent quelle attitude adopter. Ces humaines tellement déconcertantes, les laissaient pantois.

Les séparer eût été la seule démarche à accomplir, sauf qu'ils n'en firent rien.

Bien au contraire, ils laissèrent au hasard le soin de décider de leur sort.

C'était une évidence à présent, il y avait de l'animation depuis que ces étrangers étaient entrés dans leur quotidien !

Au sol, les deux poules folles continuaient dans l'ordre de : se frapper, s'invectiver, voire se cracher dessus. Le capitaine, marchant à grandes enjambées, s'arrêta net devant un tel spectacle et éclata d'un rire sonore :

Capitaine : Qu'arrive-t-il encore à ces humaines ?

Soldat : Je ne sais pas mon capitaine. Leurs cris nous ont alertés. Nous avons hésité à les séparer.

Capitaine : Les séparer ? Pour quelles raisons ?

Se repaissant, à son tour, du spectacle, il finit par énoncer d'une voix forte à ses soldats :

Capitaine : Je parie pour ...

Chaperon Rose qui n'avait pas perdu une miette des paroles de Son capitaine attendait la fin de sa phrase la poitrine gonflée d'orgueil :

Capitaine : … cette belle brune qui semble s'y connaître en matière de lutte.

Le visage de Chaperon Rose se décomposa.

Pâle, elle se sentit envahit d'une colère sourde et meurtrière. A présent il n'y avait pas qu'Opéca qu'elle avait envie de dérouiller. Pour l'heure, il lui fallait gagner son combat, question de fierté, mais elle se promit de faire regretter les paroles de cet arrogant personnage et redoublant de vigueur, elle empoigna Opéca par la taille et la jeta face contre terre.

S'affalant sur ses fesses elle emprisonna ses poignets ce qui rendit Opéca inapte à lutter. Frappant du pied et déversant sur sa rivale un flot ininterrompue d'insultes, toutes plus fleuries les unes que les autres, elle adressa un regard triomphant à son capitaine. Pour toute réponse, il la déstabilisa en faisant glisser sa langue sur ses lèvres.

Il y avait dans ce geste une arrogance teintée d'un érotisme troublant. La jeune femme eut un instant de faiblesse. Relâchant son emprise, cette erreur permit à Opéca de se retourner et d'envoyer un uppercut sur la joue de Chaperon Rose.

Elle poussa un cri :

Chaperon rose : Borgnasse, je vais te tuer !

La haine se déversa en elle comme une coulée de lave. Et la bataille reprit avec une telle virulence que le capitaine crut bon d'intervenir. D'un bond, il se leva, se saisit de Chaperon Rose, la bascula tête cul sur son épaule et s'en fut vers d'autres cieux.

Opéca, hirsute, hurla :

Opéca : Alors ? J'ai gagné ?

Capitaine : Je déclare Opéca vainqueur. Qu'on offre une tournée, c'est pour moi.

Là-dessus, Chaperon, folle de rage, se mit à marteler de coups de poing et de pieds l'elfe, lui hurlant des horreurs sans noms :

Capitaine : Chante mon bel oiseau, chante. Ahahahh !

Il continua sa route jusqu'à l'étang tout proche, s'en approcha et la jeta dans l'eau fraîche.

Accrochée à lui, elle réussit à le déséquilibrer. Dans sa chute, elle l'entraina avec elle dans les eaux calmes.

Surpris, il se tourna pour se redresser mais la belle lui décocha un formidable coup de poing dans la mâchoire avec une telle force qu'il en fut le premier étonné. Portant le coup de grâce, elle appuya ses deux mains sur la tête elfique le forçant à disparaître sous l'eau.

Bien entendu, il ne mit pas longtemps pour se reprendre.

Refaisant surface, il se saisit de la belle et à son tour la fit plonger dans l'eau froide. Les longs doigts de Chaperon Rose empoignèrent le bel engin du capitaine et le serra de toutes ses forces. Il hurla.

Elle en profita pour lui asséner un second coup de poing dans la cuisse. Abasourdi, il fut forcé de reconnaître son habileté au combat au corps à corps.

Décidé à mettre enfin un terme à cette joute, il la sortit de l'étang, en la dévisageant intensément. Une lueur féroce faisait briller ses prunelles assombries.

Le capitaine ayant baissé sa garde, la belle, avec un sourire des plus aguicheurs, souleva son genoux et d'un coup sec se permit de faire sonner les clochettes du bellâtre qui sous la surprise de cette fourbe attaque tomba sur ses genoux.

Elle se mit à sa hauteur :

Chaperon Rose : Voilà choupinou, je t'ai emmené là où je le souhaitais, selon une formule utilisée par un certain goujat précédemment. Maintenant c'est toi qui te traînera à mes pieds…Belle nuit à toi mon capitaine. Une petite goulée d'air peut-être ?

Et la gourgandine s'en fut, un rire léger s'échappant de sa gorge alors que les crapauds continuaient à croasser se faisant plus gros sous l'effet de leur vantardise.

Bien que reprenant son souffle avec difficulté, Luthïen ne put s'empêcher de sourire. Cette humaine était décidément un spécimen de choix qu'il lui plairait de mettre dans sa couche.

A partir de cette nuit, c'était devenu un véritable défi.

Chemin faisant, elle tomba sur Aliénor et se mit en quête de lui raconter ce charmant petit épisode. La guerrière éclata de rire :

Aliénor : J'adore ta façon de mater cet elfe !

Chaperon Rose : Ceci dit, j'ai quand même payé cher mon audace. Je suis aussi bouillante qu'un chaudron de magicien.

Aliénor : Allons lever un verre en l'honneur de cette mémorable soirée ma belle. Pars devant, je te rattrape.

Chaperon Rose : Bien dit ! Allons refroidir la machine.

Avec le sourire, Aliénor se dirigea vers l'étang. Décidément, il attirait beaucoup de mondes ce soir là. Elle tomba nez à nez avec un Luthïen au top de sa forme. Se tenant encore l'entrejambe, le capitaine écarta rapidement sa main à la vue de la jeune femme

Aliénor : Luthïen, il fallait que je te félicite. Tu n'es pas qu'un puissant guerrier...ta vigueur à… discipliner les femmes fais de toi un allié qu'il me plairait de compter parmi mes amis.

Luthïen : Je sens comme une légère pointe d'ironie dans vos propos Gente dame.

Aliénor : Penses-tu ! J'ai beaucoup trop d'admiration pour un mâle de ton espèce. Allez, sans rancune.

Sur ces paroles, elle tendit la main à l'elfe qui, prudent, la détailla une fraction de seconde avant de la serrer :

Capitaine : Nous nous apprécions tous les deux me semble-t-il.

Aliénor : Jamais autant qu'en cette magnifique soirée.

Aliénor et Amélie riaient encore de ce charmant petit intermède raconté avec toute la poésie de Chaperon Rose. Bien entendu, les autres désirèrent entendre, par le menu détail, toute l'histoire. Opéca blêmissait, au fur et à mesure de sa narration :

Opéca : La borgnasse ! Comment fait-elle pour toujours tirer le meilleur lot ?

Prince Charmant : Ca mon amie, c'est peut-être dû à son caractère un peu plus coulant, dirais-je.

Opéca : Tu vas voir ce que je vais te faire couler tout à l'heure pignouf !

Prince charmant : Vous n'êtes décidément pas fréquentable.

Alachnÿ venait d'apparaître d'on ne sait où, le sourire aux lèvres, tenant une pomme à la main. Fidèle à son habitude, ce magicien véreux affichait un sourire des plus suspects. Tantôt il avait aperçu le roi et Olana réintégrer la tente royale d'un pas très pressé.

Comme il était fin tacticien, du moins aux dires de ses amis magiciens peu où prou aussi tordus que lui, il se dit alors qu'un petit rapprochement entre ces deux êtres serait le bienvenu.

Un magicien de son envergure se devait de rendre hommage à ce qui lui servait de matière grise.

Voilà, c'était ainsi. Notre ami se sentait d'humeur primesautière et contait le faire savoir en prodiguant les bons soins aux bonnes personnes. Une telle générosité émanant d'un être aussi complexe, brillait par sa soudaine apparition.

Ce roi pédant, comme il aimait à le penser, allait recevoir une petite leçon. Alachnÿ pensa même en récolter quelques lauriers tant son coup avait auparavant été déjà fortement apprécié par divers souverains de son monde.

Il n'oublia pas Ses amis, pour lesquels il éprouva, tout à coup, comme une résurgence de sentiments.

Alachnÿ : Comme vous portez-vous Amis de toujours ?

Le lutin lui lança une œillade où brillait une sympathie toute particulière, avant de se tourner pour cracher à terre.

Alachnÿ : Quel plaisir de vous rencontrer ! Je sens chez vous comme un empressement à satisfaire le moindre de mes désirs...

Mic mac : Ah ouais ?

Alachnÿ : Si fait, comme celui, par exemple, de me verser une coupe de ce délicieux vin volé par ce petit chancre nauséabond.

Mic Mac : Et pourquoi qu'je ferais ça ?

Alachnÿ : Parce qu'il y a fort longtemps que je n'ai pas testé mes grands pouvoirs de magicien…

Prince Charmant : Pouvoirs de grand renom tant vos hauts faits sont méritoires.

Le lutin cracha pour la seconde fois :

Mic Mac : On préserve ses miches Prinçouille ?

Prince Charmant : Mais pas du tout le gnome. Seulement, il me plaît à penser qu'être aux côtés du plus fort offre une certaine sérénité.

Aliénor : Je te reconnais bien là Prince.

Prince Charmant : On ne saurait se refaire.

Chaperon Rose : Ca, il n'y a aucun risque !

Alachnÿ : Prince est un grand visionnaire comme je l'ai toujours pensé.

Matouba en profita pour émettre un semblant de rire, ce qui consistait en fait à crachoter entre ses dents une myriade de postillons.

Mic mac : Sale chat !

Là dessus, il se jeta sur Matouba et tous deux roulèrent dans la poussière. Des poils volèrent dans tous les sens et les griffes sortis, coupantes comme des rasoirs, griffèrent le lutin sans ménagement :

Gabriel : Allez-vous cesser à la fin ?

Accompagnant ses mots d'un formidable coup de pied, il envoya valser le lutin et le chat à deux mètres du sol et tous deux retombèrent dans l'assiette de Nimïel qui laissa échapper un hoquet de stupéfaction :

Nimïel : Etes-vous devenus fou ? Bon sang, je n'ai jamais vu pareil excités. C'est toujours comme ça entre vous ?

Jack : Bienvenue chez les fêlés mon ami et encore t'as rien vu.

Aliénor : Ca suffit ! Maintenant tu vas te calmer sale petit fouineur et toi aussi stupide boule de poil. Quant à vous Alachnÿ, il serait préférable que vous passiez votre chemin histoire de calmer un peu l'ambiance.

Alachnÿ : C'est tout à fait compréhensible et comme je suis magnanime, je consens à satisfaire votre désir et m'en retourne à ma promenade du soir.

Tous le fixèrent avec étonnement. Il capitulait un peu vite ce magicien. Aliénor s'approcha de jack :

Aliénor : Tu ne le trouves pas bizarre ?

Jack : Il l'est toujours ma belle. Ceci dit, je ne sais pas pourquoi mais je sens venir la grosse connerie.

Aliénor : Moi aussi et cela ne me rassure pas du tout. Je viens d'envoyer Mic Mac le surveiller de plus près.

Jack : Il va gueuler, déjà qu'il doit zieuter Gabriel ! Enfin, t'as raison, quelque chose est en préparation, je le sens.

Prince Charmant : Qu'avez-vous à douter sans cesse de ce magicien ? C'est quand même quelque chose ! Vous voyez le mal partout.

Nimïel : Sa tête ne me revient qu'à moitié, quant à l'autre...

Jack : L'autre est déjà toute à sa connerie !

Sifflotant, le magicien se dirigeait sur le territoire d'Ëlnar d'un pas nonchalant. Autant dire que la manœuvre était risquée ! Un peu à l'écart, cet endroit, peu enclin à cuisiner, devait toutefois servir à préparer les repas pour tous. Il y avait des chariots où les victuailles s'entassaient, deux feux que l'on entretenait continuellement et enfin deux tables où le cuisinier officiait comme il le pouvait. Un véritable numéro d'équilibriste. Elaborer des recettes dans un tel cadre relevait d'un défi permanent. Faënarion se tenait là, tout prêt, épluchant des légumes.

D'un pas léger suivit de son acolyte poilu, le magicien montra le bout de son nez. Celui qui avait prévu un retournement de situation des plus agréables, s'en venait d'un pas léger et joyeux :

Alachnÿ : Ah messieurs, d'ailleurs, je ne saurais qu'elle appellation choisir pour vous désigner vu que je n'ai pas l'habitude de côtoyer des elfes. Je m'en voudrais d'être irrévérencieux envers d'aussi agréables créatures.

Distants, ils le toisaient d'un air méfiant :

Alachnÿ : N'ayez crainte, je ne viens pas vous déranger dans vos précieuses tâches, bien au contraire. J'aimerais beaucoup offrir au seigneur Thranduil l'une de mes spécialités culinaires. Des gâteaux à la cannelle. Je sais que Dame Olana, (et il insista bien sur le nom) adore ces pâtisseries ! J'ai tout naturellement pensé que le roi adorerait goûter ce qui plaît à son invitée de choix ! Hum ? Qu'en pensez-vous Mes amis ?

Les amis du magicien ne mirent pas longtemps pour accéder à sa demande, se disant qu'après tout, si Dame Olana aimait cela, alors le roi Aimerait forcément, vu qu'il ressentait une inclinaison tout à fait particulière pour cette humaine. De plus, ils n'avaient très certainement pas envie d'éveiller le courroux légendaire de leur souverain.

Ces derniers temps il paraissait si étrange. Cette femme, y était pour beaucoup. Contrarier ce mage, ne leur semblait donc pas raisonnable.

Et le magicien commença sa recette.

Il choisit lui même tous les ustensiles, sans compter les ingrédients et se mit à casser les œufs et mélanger le sucre. Pendant qu'il remuait avec vigueur la mixture, il détourna l'attention des elfes qui, méfiants, gardaient continuellement un œil sur lui :

Alachnÿ : Oh, regardez, encore ce maudit lutin qui vous espionne. N'auriez-vous pas envie de lui mettre un bon coup de pied au cul et le renvoyer dans ses quartiers ? Il ne vous énerve pas, vous, avec ses petits yeux de fouineurs ? Cette tête à claque mériterait une bonne leçon Mes amis !

Les elfes, qui détestaient encore plus ce morpion, fondirent sur lui comme la vérole sur le bas clergé, l'empoignèrent et commencèrent à le secouer sans ménagement. Pendant ce court laps de temps, il eut tout le loisir de dégrafer le collier de Matouba, se saisir d'une pincée de poudre contenue dans une poche cousue et saupoudrer la préparation en chantonnant :

Alachnÿ : Mandragore, Mandragore, quand y'a à plus y'en a encore !

Cette plante médicinale, narcotique, soporifique et hallucinogène, mélangée à l'un des ingrédients secret du magicien, avait pour effet…de réveiller les ardeurs. Et le moins que l'on puisse dire étaient qu'elles les éveillaient bougrement bien et fort longtemps !

Autant chez les sujets masculins, que féminins, ce puissant aphrodisiaque offrait plus qu'une parenthèse enchantée, elle était l'assurance d'accoster sur les terres des plaisirs et là, pas besoin de jeter l'ancre pour débarquer. La voie était royale…pas besoin de balisage.

Faënarion ne cessait de l'observer à la dérobée, lui trouvant un air suspect.

Satisfait de la dose intégrée dans sa recette, le magicien récupérait sa cuillère de bois et touillait alors que les elfes reprenaient déjà leur surveillance. La malice d'Alachnÿ dépassait la légendaire méfiance elfique.

Le bougre s'autorisa même une petite chanson de sa composition. Bien évidemment, les paroles étaient prononcées en une sorte de patois tout à fait incompréhensible pour les elfes et heureusement.

Paillarde, cette chanson aurait très certainement heurtée les oreilles bien chastes des ellons.

Après avoir confectionné des petites boules qu'il aplatit avec une attention toute particulière, il présenta fièrement ses galettes au cuistot :

Alachnÿ : Voici. Un peu de cuisson et votre roi et sa Dame entreront au paradis. Et par la grande porte encore. Oh, excusez-moi, un regain de poésie sans doute dû à la contemplation de ce magnifique astre lunaire.

Le chef observa ces pâtisseries et l'espace d'un instant fut tenter de les jeter à terre, voire sur le visage du magicien mais prudent, il les déposa sur les pierres brûlantes servant également à la cuisson du pain :

Alachnÿ : Pas plus de quelques minutes Ami. Dès qu'elles seront dorées vous pourrez les disposer sur un plat et récolter les lauriers de la gloire. Cadeau de la maison, je vous offre toute les félicitations sur un plateau d'argent. Bien, je m'en vais rêvasser sous cette lune divinement propice à déclamer quelques poésies... Ah Mes amis, ce fut un plaisir de converser avec vous mais toute les bonnes choses ont une fin.

Et sous les regards aiguisés des elfes, il s'en fut tout guilleret.

Prince charmant, qui venait dans sa direction l'interpella :

Prince charmant : Que faisiez-vous avec les cuisiniers ?

Alachnÿ : De délicieux petits gâteaux qui devraient nous apporter une parenthèse enchantée.

Prince charmant : Ah oui ? Quelle idée charmante. Décidément, personne n'apprécie votre générosité. J'ai beau vanté votre mérite, mais ces olibrius n'attache guère d'intérêts à mes propos...rendez vous compte, quels sots !

Alachnÿ : Mais vous êtes un visionnaire Prince ! Enfin, mon ami, je connais moi, votre valeur. A mes yeux, vous les valez tous. Et encore je suis indulgent...

Prince Charmant : Cette parenthèse enchantée consiste en quoi au juste ?

Alachnÿ : Votre patience devrait bientôt être récompensée. D'ici quelques minutes, la vérité éclatera tel un feu d'artifice. Oh pour ça, vous pouvez me faire confiance ! Ah, il y a comme ça, mon ami, des moments dans la vie qui valent leur pesant d'or.

Prince Charmant : Vraiment ? J'adore les surprises.

Alachnÿ : Dans ce cas, vous allez être servis.

Prince Charmant : D'autant que le roi paraissait terne ces deux derniers jours.

Alachnÿ : Je vous promets qu'il va briller de mille feux et encore j'en oublie. Il va donner de sa personne comme jamais. Ah ! Vous devriez m'embrasser !

Prince Charmant : Que vous êtes drôle. Je pense également que Sa Majesté a besoin d'une petite surprise. Il semble si attaché à Dame Olana. Curieux cette passion soudaine n'est-il pas ?

Alachnÿ : Mon ami, con et passion font compassion !

Prince charmant : Oh Oh Oh, mais voyons... Est-ce bien raisonnable ?

Alachnÿ : Mais mon ami, qu'est-ce qui est raisonnable en ce monde dites-moi hum ? Rien. Rien ne pourras jamais l'être, foi de magicien, c'est bien pour cela que nous existons…

Prince Charmant : C'est tout de même, comment dirais-je, assez couillu comme avis !

Alachnÿ : Prince, il n'y a pas à dire, vous avez toujours le mot qui convient et celui-ci, croyez-le ou non, se trouve fort adapté à la situation.

Prince charmant : Con et passion ... Je n'en avais pas entendu d'aussi bonne depuis bien longtemps.

Alachnÿ Et je vous abreuverais souvent de perles de cet acabit.

Prince Charmant : Vous êtes vraiment un être à part !

Et sur ces bonnes paroles, ils s'en furent en riant.

Les gâteaux quant à eux étaient à présent dorés à souhait. Faënarion les retira de la pierre.

Curieux, il les huma. L'odeur de la cannelle, embaumait l'air. En prenant soin de vérifier qu'aucun de ses congénères ne le surveillait, il se saisit de deux des gâteaux et les glissa dans sa poche.

Mic Mac, tout à sa mission d'espionnage, avait réussis à semer les elfes. Bien que fort rapides, aucun n'avait pu rivaliser avec cette petite crapule. Hors d'haleine, il finit sa course devant ses amis réunis autour du feu, occupés à discuter et à se détendre. Enfin plus pour très longtemps. Reprenant son souffle à grandes goulées, le lutin finit par cracher le morceau :

Mic Mac : Eh mes amis !

Opéca : Amis ? T'es en train d'rêver là.

Mic Mac : Ben si c'est ça, je ferme ma gueule et j'vous dis pas c'que j'viens d'voir du côté des cuisines, surtout qui m'ont pas ratés les elfions !

Prince Charmant : Un peu de politesse finirait-elle par vous apparaître telle une grâce divine ?

Mic Mac : Quèque y dit ? Il est torché ?

Amélie : Ahaha !

Opéca : C'est bien partit pour elle en tout cas !

Un rire parcourut l'assistance. Même Mic Mac y allait de son commentaire savoureux :

Mic Mac : Ca c'est pas nouveau.

Aliénor : Bon, vas-y Mic Mac, qu'as-tu à nous apprendre ?

Mic Mac : L'aut' bonze à fait des galettes à la cannelle. Pour le roi et Olana qui disait.

Aliénor : De la pâtisserie ?

Jack : Qu'est-ce qui nous mijote encore ce vieux bouc ?

Nimïel : Pourquoi ne pas le lui demander tout simplement ?

Aliénor : Mon ami, tu n'a pas idée de ce qui peut se passer sous ce chapeau de sorcier…

Mic Mac : C'est pour ça qui l'porte toujours sur son crâne, pour pas qu'toute ses conneries s'envolent.

Chaperon Rose : Je sais moi ce que trame ce charmant Alachnÿ.

Opéca : Ah ouais ? T'as la science infuse maintenant ?

Chaperon Rose : Secrets de vieille routarde ma brune amie.

Opéca : Vieille, t'as bien raison…

Chaperon Rose : Inutile de m'attaquer sur ce terrain ma chère, tu n'y gagnerais qu'une énorme désillusion. Tu peux bien chercher l'usure du temps sur mes traits, tu n'y trouverais qu'un visage aussi lisse qu'un cul de singe !

Prince Charmant : Un brin de poésie se serait-il invité dans cette charmante conversation ?

Aliénor : Ne commencez pas vous deux ! Quant à toi Chaperon, dis-nous vite quelle catastrophe est sur le point de nous tomber dessus.

Chaperon Rose : Eh bien pour votre gouverne, sachez que ces gâteaux à la cannelle ne sont ni plus ni moins…

Opéca : Alors tu craches l'morceau oui ou non !

Chaperon rose : Permet-moi de retenir encore quelques temps mon auditoire en haleine. Ceci dit c'est l'une de mes spécialités…retenir les ardeurs au point culminant…

Aliénor : Chaperon !

Chaperon Rose : Très bien. En fait ces galettes sont bourrées d'aphrodisiaque. Ce vieux pervers a déjà proposé ses services à pas mal de souverains fort désireux de prétendre à une gloire notoire dans notre monde.

Mic Mac : Ouais la frangine et y'a pas qu'eux !

Prince Charmant : Il est grand temps d'énumérer la liste…Après tout, il y a prescription non ?

Mic Mac : Ouais, bonne idée. J'ai des noms, et j'les aie monnayés cher.

Prince Charmant : Aucun de nous ne remettrais tes compétences en doute.

Sur ces entrefaites, tel un coup de tonnerre, Gabriel, ayant flairé un mauvais vent s'abattre en ces lieux jugea bon de remettre à chacun une mission d'importance.

Le ton de l'archange ne laissait la place à aucunes tergiversations :

Gabriel : Aucun nom ne sera évoqué en ce monde pas plus qu'ailleurs pauvres âmes lubriques. A présent, il faut agir dans l'urgence. Commencez par intercepter ces galettes fallacieuses.

Amélie : Quèqu'y dit ?

Opéca : Rien, rendors-toi la vieille. Sur c'coup là tes lumières sont pas trop utiles. Tu peux cuver peinarde.

Gabriel : Chaperon Rose, introduisez-vous auprès du roi et Olana…

Chaperon Rose : Quelle charmante idée ! J'y pensais depuis quelques temps…

Gabriel : Réflexion faite, accompagnez-là Nimïel.

Nimïel : C'est comme si c'était fait.

L'archange soupira complètement dépité. Même dans les situations de crise cette jeune femme ne perdait jamais une occasion de jouer sur les mots :

Aliénor : Chaperon, ce n'est pas le moment. Cours vite et empêche ces fichus gâteaux d'arriver en possession de Sa Majesté.

Chaperon Rose : J'y cours, j'y vole !

De sa démarche unique et fantasque, la belle se mit en quête de sa mission, suivit d'un Nimïel tout à la grâce d'admirer un aussi joli fessier en mouvement :

Gabriel : Que quelqu'un se dévoue pour aller vérifier qu'aucune de ces pâtisseries ne subsiste offerte à la tentation telle le fruit défendu…

Les yeux fermés, emportés par son emphase, l'archange souleva une paupière et se redressa, fier d'avoir à nouveau l'attention de son auditoire :

Opéca : Je m'en charge !

Prince Charmant : Et surtout, comme l'a très justement spécifié Gabriel, ne succombez point à la tentation. Nous connaissons tous ici votre détermination à damner le pion à votre rivale Chaperon Rose.

Opéca : J't'ai sonné toi ?

Prince Charmant : Comme toujours, je suis tombé juste.

Gabriel : Jack et Aliénor, si le sort devait tourner en notre défaveur, ce que je pressens malgré un optimisme chevillé au corps, faîtes ce qu'il faut pour contrer le mauvais sort s'abattant sur nous.

Aliénor : Ne vous inquiétez pas Gabriel. Rien de fâcheux ne se produira.

Mic Mac : Compte-la d'ssus et bois d'l'eau frangine.

Le lutin plaça son index entre ses lèvres, le sortit hors de sa bouche et le tendit au dessus de sa tête :

Mic Mac : Eh ! Je sens le vent tourner. Ca va ch…

Gabriel : Hors de ma vue la huitième plaie d'Egypte !

Le lutin recula effrayé par la voix de baryton de l'archange. Se faisant il chuchota à l'encontre d'une Amélie toute dent dehors :

Mic Mac : Quèque c'est Egypte ?

Pour toute réponse, la bonne femme haussa les épaules et émit un rire sonore :

Mic Mac : Eh ben elle était bonne la bibine qu'j'ai ramené on dirait…

Chacun mit un point d'honneur à exécuter sa mission…

Enfin, ne restait que Prince Charmant tout à fait satisfait de s'en être tiré à si bon compte :

Gabriel : Quant à vous !

Prince Charmant : Mais enfin…Je ne suis l'auteur d'aucun fait notoire.

Gabriel : Aidez-moi à trouver la neuvième plaie d'Egypte et j'espère bien arrêter là le compteur. Au-delà, je rends les armes…

D'un pas vif et volontaire, l'archange commença sa migration vers des cieux orageux où grondait la tempête à venir.

Disposées avec goût sur un plateau d'argent, les précieuses pâtisseries furent posées sur la table à l'intérieur de la tente royale. Une attention toute particulière fut apportée à leur présentation.

Y mettre les formes était dans les cordes elfiques. Personne ne soupçonnait encore la teneur de ces pâtisseries ni ce qu'elles risquaient d'engendrer.

Olana, fort gourmande, s'approcha avec envie. C'était toujours ainsi que commençait les mauvaises actions, huma leur odeur et soudain emportée par un désir impérieux d'y goûter, s'empara d'un gâteau dans chaque main et entreprit de les dévorer.

Surpris par ce délice venu de nulle part, elle se resservit sans attendre et croqua goulûment dans ces délicieux sablés

ET LA ! LA !

Chaperon Rose et Nimïel, à bout de souffle, se présentait enfin aux abords de la tente royale. Oilïnn surprise de les trouver sur son chemin s'inclina rapidement devant eux :

Oilïnn : Puis-je vous être utile ? Vous cherchez quelque chose ?

Chaperon Rose : Les preuves du délit.

N'y comprenant rien, la jeune elleth interrogea du regard cette curieuse humaine toujours survoltée et cet elfe au sourire ravageur :

Chaperon Rose : Ma choupinette…

Nimïel : Charmante damoiselle, votre loyauté me semble sans faille. Nous allons faire fi des convenances et parer au plus pressé voulez-vous ?

Sa main effleura la sienne, la saisit d'un geste ferme et la porta à ses lèvres. Un baise main et une brusque montée de rougeur plus tard, l'elfe beau parleur, planta un regard de braise dans les innocentes prunelles elfiques :

Nimïel : Charmante damoiselle, il ne sera pas dit que ce regard enchanteur ne fasse l'objet, en mon cœur, d'une tempête de sentiments dont je ne saurais réfréner l'ardeur. Aussi je requiers votre bienveillance, bonté et générosité. Je m'engage à respecter votre condition de jeune elleth absolument profane et garderais en moi cette profusion de sensations m'égarant sur des chemins pernicieux.

Complètement décontenancé, se posant mille et une questions, Oilïnn jeta un regard en direction de Chaperon, laquelle souriait. Elle chuchota à l'encontre de Nimïel :

Chaperon Rose : Alors on fait encore des siennes Nimïel ? Toi et ton charme ravageur…

Nimïel : Une question charmant petit être, a-t-on apporté au souverain des pâtisseries tantôt ?

Heureuse d'avoir retrouvé une certaine convenance, Oilïnn retrouva le sourire :

Oilïnn : Oui. Votre ami magicien en a confectionné tout à l'heure. Leur odeur était à elle seule une véritable tentation.

Chaperon Rose : Vous n'avez pas goûté au fruit défendu au moins ?

Ce faisant, elle prit le menton de la jeune elleth entre ses doigts et s'approcha au plus près d'elle observant ses pupilles. Apparemment aucune perversion n'y faisait rage. Soulagée, elle soupira :

Chaperon Rose : Pouvez-vous m'introduire auprès de Sa Majesté choupinette ?

Nimïel jeta un regard en biais en direction de la jeune femme que ces mots enchanteurs, du moins pour elle, mettait en joie :

Nimïel : Je vous reconnais bien là ma mie.

Chaperon Rose : L'on ne saurait se refaire mon ami.

Oilïnn : Vous désirez parler au roi ?

Chaperon Rose : Tout à fait.

Oilïnn : Je ne sais trop…

Chaperon Rose : C'est de la plus haute importance.

Oilïnn : Fort bien.

Nimïel s'inclina respectueusement :

Nimïel : Me permettrez-vous d'attendre la fin de cet entretien à vos côtés charmante elleth ?

Rougissante, Oilïnn approuva d'un signe de tête :

Oilïnn : J'ai des tâches dont je dois m'acquitter et…

Nimïel : Je vous y aiderais en tout bien tout honneur, Gente damoiselle.

Oilïnn : En ce cas.

Chaperon Rose glissa un dernier coup d'œil vers Nimïel avant de suivre Oilïnn.

Olana vira de couleur. Une sensation de chaleur s'empara de tout son être. Ses jambes, son ventre, son torse, son visage… Dans un second temps, elle ressentit des fourmillements aux extrémités, de la sueur glacée coulait le long de son dos, ses pupilles se dilatèrent et son cœur s'emballa.

Comme un spectacle pyrotechnique, il ne manquait qu'un signal pour lancer le début des festivités. Ce fut le tout petit rien, le léger « oh » s'échappant d'entre ses lèvres qui mit le feu aux poudres.

Et là, pas besoin de chambellan pour annoncer les noms à particules...

Elle se colla littéralement contre le roi et le fixa avec une telle intensité… Un papier à cigarette aurait très difficilement pu être glissé entre eux.

Ce fut alors que le deuxième effet de la mandragore, merci Alachnÿ, se fit sentir.

Ses pensées furent inondées de pensées lubriques, à tel point qu'un joli camaïeu de rouges s'invita sans permission sur ses joues. Elle balbutia quelques mots.

Jetés au hasard, le roi eut le plus grand mal à les ordonner. Lorsque ce fut fait, il la dévisagea, tenta de se contenir, mais hélas, un rire aussi franc qu'inattendu s'invita sur ses traits.

Ce fut la première fois qu'elle le vit rire. Soudain, son roi lui apparaissait si détendu, si léger…Elle en oublia sa gêne et se jeta dans ses bras :

Olana : C'est la première fois que je vous vois rire. Jamais je n'aurais imaginé…Vous êtes tel que je vous rêvais…

Encore en proie à son rire, Thranduil, lui caressa la joue :

Thranduil : Est-ce vrai ?

Ce fut le grand moment de l'introduction de Chaperon Rose. Oilïnn s'inclina respectueusement devant le souverain tout comme la gourgandine qui, soit dit en passant, balaya du regard les environs immédiat. LES précieuses galettes se trouvaient là, toutes proches, disposées sur leur plateau.

Lorsqu'elle leva la tête, Chaperon comprit instantanément.

Olana semblait en proie à la plus profonde confusion. D'emblée elle prit la parole :

Chaperon Rose : Que votre précieuse Majesté me pardonne de troubler votre quiétude, mais Gabriel, le directeur de conscience de mon amie réclame sa présence, dès lors qu'il vous sera possible de la libérer de ses obligations bien entendu.

Olana se tourna vers son amie. Interposée entre le roi et Chaperon, cette dernière dissimulée au regard du souverain marmonna en articulant en silence deux mots qui mirent ses sens en alerte : galettes, Alachnÿ.

Cela suffit à la jeune femme pour effectuer la corrélation entre son malaise et les pâtisseries.

Feignant un acte de maladresse, elle renversa le plateau à terre tout en faisant preuve d'inattention en y posant les pieds dessus. Le roi l'observait surpris. Que lui arrivait-il ?

Olana, le feu aux joues, une où deux mèches s'échappant de sa coiffure, les lèvres rouges et pleines, les pupilles dilatées avait le souffle court.

L'intensité de son regard interpella le roi. N'y tenant plus, ses mains prirent en coupe le visage de la jeune femme, il était brûlant. Sa respiration sifflante. Ce fut comme si elle le suppliait.

Toujours aussi immobile, elle bloqua sa respiration, ouvrant de grands yeux, transpirant à grosses goûtes. Ses joues empourprées, trahirent sa gêne.

Au bord de l'asphyxie, Thranduil dû la rappeler à l'ordre :

Thranduil : Respirez Olana, respirez…Encore… voilà, c'est mieux.

Chaperon tenta une manœuvre d'approche :

Chaperon Rose : Que votre majesté ne s'inquiète point, mon amie souffre parfois de petits malaises dus à une nette propension à l'angoisse. Notre voyage sur ces terres fait parfois surgir d'anciennes inquiétudes. Me permettez-vous de la raccompagner Sire ?

Thranduil : Bien entendu. Prenez le repos nécessaire Gente dame.

Après une rapide révérence, les deux amies quittèrent la tente royale.

Il n'y avait pas qu'à la bonne appréciation du souverain que les précieuses galettes avaient été proposées. Tanarïon, curieux, en avait dissimulé deux dans ses poches. Dans ses pensées confuses, les paroles tournaient en boucle. Espionner les étrangers, comme le roi d'ailleurs, pour le compte de…comment s'appelait son nouveau maître ?

Comme un sursaut néfaste, une pensée furtive traversa son esprit. L'image de ses parents heureux à l'annonce du choix d'Ëlnar concernant leur fils, l'envahit brutalement, bientôt suivit d'une image sombre, contradictoire.

Un personnage hideux, à la fois magnifique et pourtant terriblement cruel…

Il y avait autant de sadisme en cet être que le grand Melkor et son lieutenant Sauron réunis.

Il remit les galettes dans sa poche.

Opéca, bien décidée à remplir sa mission avec une opiniâtreté démesurée, s'avançait. L'intendant ne se trouvait pas dans les parages, fait qu'elle regretta, mais un jeune elfe, du moins le pensait-elle, finissait de faire la vaisselle.

Bon sang, une envie impérieuse de goûter ces pâtisseries la submergea tout à coup. En restait-il ?

Il fallait faire parler le cuisinier et cela semblait dans ses cordes. Heureusement, à cette heure de la nuit, l'elfe était seul. La manœuvre serait plus facile. Opéca s'approcha, roulant des hanches, aguicheuse à souhait :

Opéca : Dis-moi mon bel elfe, j'ai une petite faim qui tenaille mon estomac et quelque chose me dit que tu pourrais sans doute y remédier.

Elfe : Il m'aurait été agréable de vous satisfaire, mais hélas, nous n'avons plus rien sinon quelques fruits...

Opéca : Je n'te parle pas de cela mais plutôt de douceurs. Il me semble que vous avez dû confectionner de délicieuses pâtisseries, ce soir non ?

Elfe : Hélas dame, elles ont été portées au roi et sa dame.

Opéca : Dis donc, tu me prends pour une dinde ? Moi je pense que tu en as peut-être encore une où deux sous le coude.

Le jeune elfe, décontenancé par la brusquerie de cette jeune femme, se mit à rougir tout en réfléchissant intensément :

Opéca : Ah je vois que j'ai fait mouche on dirait. Allez mon tout beau crache le morceau ! Quel âge as-tu mon mignon ? Tu sembles si innocent...

Elfe : Je n'ai que cent vingt ans Gente dame.

Opéca : Cent vingt ans ? Fichtre ! Je suppose que pour vous les elfes, c'est jeune.

Elfe : Oui Dame, j'ai tout juste l'âge de la majorité.

A ces mots, Opéca sentit son sang s'échauffer. Elle s'approcha et se colla contre l'elfe qui hoqueta :

Opéca : Alors comme ça tu débutes dans la cour des grands quoi ! Tout juste sorti de l'œuf, comme c'est mignon. Mais dis-moi, t'es-tu jamais servi de ton... ?

Empourpré comme une jeune vierge, l'elfe sursauta :

Opéca : Non ! Ne me dis pas ... Un petit puceau ! Mais c'est jour de gloire pour moi, enfin la roue tourne. Viens par ici mon joli petit lot, je vais te faire beaucoup de bien et crois-moi tu vas me donner tout ce que je te demande et même plus.

Et mettant sa menace à exécution, elle commença à lui faire son numéro de charme.

Pourquoi ne pas imiter cette petite péronnelle de Chaperon pensa-t-elle ? Aussitôt dit aussitôt fait, elle minauda à la sauce Opéca, ce qui donnait un rendu un peu plus terne que l'original mais cela conviendrait tout de même pour ce qu'elle avait à lui soutirer.

Un petit soupir directement soufflé dans le creux de son oreille lui fit comprendre où résidait le point faible de ces êtres :

Opéca : Si tu es gentil avec moi, je te ferais décoller directement et crois-moi tu en redemanderas mais auparavant, où-as tu caché le où les pâtisseries que tu t'étais promis de goûter en solitaire ?

Elfe : Vous ne direz rien à personne ma Dame n'est ce pas ? Me le promettez-vous ?

Opéca : Ma Dame ? Oh qu'il est mignon, mais non, je ne dirais rien, juré craché, je garderais ma langue et elle ne servira qu'a te faire monter au paradis mon petit agneau, alors ?

Alors le jeune elfe, que le souffle chaud d'Opéca commençait à rendre fou, sortit de sa poche l'une des deux galettes qu'il avait réussi à détourner.

Opéca s'en saisit, l'observa sous toutes les coutures.

Elle la présenta à l'elfe :

Opéca : Comme je suis une bonne fille, je te laisse la priorité, alors tu vas la croquer mon jeune chaton et je te rejoins tout de suite après.

Si elle savait ! Joignant le geste à la parole, elle ouvrit la bouche de l'elfe, y glissa une partie de la galette, sauf que, le jeune ellon la croqua entièrement.

Opéca, folle de rage commença à l'empoigner pour lui démontrer sa façon de penser.

ET LA ! LA !

Le jeune elfe, se mit à trembler, rougir, haleter, ses yeux s'assombrirent, ses mains devinrent des serres empoignant le corps d'Opéca avec fermeté…

Opéca : Ca y est ? On a la mayonnaise qui monte ?

Faënarion : …..

Trop heureuse de se moquer de cet impudent, la jeune femme riait de bon cœur :

Opéca : Ben alors ? On t'a mangé la langue ? Ceci dit j'men vais t'manger autre chose moi !

Tanarïon : Cavalier…Elfe noir…

Opéca : Allons bon ! Qu'est ce que tu baragouine encore ?

Tanarïon : Torture…

Opéca : Eh ben tu m'as l'air bien décalqué jeunot ! C'est la première fois qu'ca t'arrive hein ? Et on dit quoi ? Merci le genre humain ! N'aie crainte, t'es entre de bonnes mains mon petit chaton, laisse-moi faire et prépare-toi pour ton entrée dans le monde des adultes. A la hussarde mon bellâtre !

Cependant, la tournure que prirent les événements ne fut pas tout à fait celle espérée par la jeune femme.

Enhardis, l'elfe se crut investit d'un pouvoir dépassant sans doute ses compétences. Un râle s'échappa de ses lèvres.

Il lui intima l'ordre de ne pas bouger. Ce qui, dans un premier temps, fut interprété pour une promesse de plaisir, vira à la séance de torture.

Pris d'une ardeur sans pareille, il se leva et renversa Opéca la planquant à terre à plat ventre.

Sortant d'on ne sait où un bout de corde elfique, il la ligota. La mandragore avait un effet dévastateur sur le tout jeune ellon. Les substances contenues dans le sablé intensifièrent le mal que l'on avait introduit dans son esprit. Son côté sombre prit le dessus sur ce qu'il restait de bonté et d'amour en cet être.

Ce petit jeu ne l'amusait plus. Au moment où elle allait hausser le ton, l'elfe lui administra une énorme claque qui lui fit heurter la tête contre le sol :

Opéca : Mais ça ne va pas ? Brute épaisse ! Dis-moi tu me sembles bien hardi pour un jeune puceau ... Ah, Tu me fais mal !

Encore étourdie, il devint incontrôlable. Bâillonnant la jeune femme, il s'exprima en un langage dur et complètement incompréhensible. Cela ne ressemblait en rien à de l'elfique.

Soudain, elle ressentit une douleur atroce sur son dos. L'elfe la lacérait avec une dague. Elle pleura, mais le bâillon étouffa ses cris. Tentant une dernière manœuvre, elle envoya un bon coup de pied dans les jambes de son attaquant mais ce dernier, bien décidé à lui en faire baver, lui asséna un autre coup sur la tête.

A demi inconsciente, elle crut venir sa dernière heure, lorsque la providence lui sauva la vie en la personne d'Aliénor.

Bien que ne possédant aucune arme, la guerrière savait se battre à main nue et en deux temps trois mouvements, elle envoya un coup de poing sur la mâchoire de l'elfe.

Poussant un grognement, il tourna son visage vers elle. Ebahie, Aliénor fixait l'individu. Il n'avait plus rien à voir avec le gentil cuisinier rougissant. Ses yeux, d'un noir d'encre, reflétaient le mal absolu et ses muscles bandés semblaient bien trop saillants pour un si jeune elfe. La surprise passée, son regard fit le tour de la cuisine espérant trouver quelque chose qui lui viendrait en aide. Son seul recours fut une poêle, apparemment très épaisse et très lourde qui fit office de masse et calma cet être hideux quelques secondes le temps pour Aliénor de pousser un formidable cri :

Aliénor : A la garde !

Aussitôt, deux soldats accoururent. Ils eurent un instant d'hésitation car enfin il était des leurs. Ceci dit, l'être leur faisant face n'avait plus rien d'un elfe. Aussitôt, ils fondirent sur l'amas grognant à terre et le ceinturèrent. Du moins c'est ce qu'ils tentèrent ! Sauf que leur adversaire, ne comptant pas se laisser faire, les envoya à terre.

Aliénor hurla comme une désespérée. L'elfe, vif comme un démon, il bondit sur ses pieds et prit la poudre d'escampette sans demander son reste.

Aliénor : A la garde ! A l'aide !

Ce fut le branle-bas de combat. Des soldats surgissaient de toute part, épées au point. Tout ce qu'ils virent n'était que douleur et tristesse. Les deux elfes blessés au sol, hébétés, tentaient de comprendre ce qui venait de se produire.

Aliénor tendit son doigt raide comme la justice de Salomon, en direction du nord :

Aliénor : Il est parti par là ! Filez-moi une arme, si j'avais eu une épée je l'aurais déjà trucidé, chose que vous avez ostensiblement omis de faire !

Elfe : C'est l'un des nôtres ! Jamais nous ne lui ôterons la vie.

Aliénor : Ah oui ? Préférez-vous que cela lui incombe ?

Piqués au vif, nos elfes voulurent démontrer à cette furie qu'ils leurs restaient un minimum de fierté et se mirent à chercher partout celui qui leur causait tant de soucis. Ils l'aperçurent courir au loin entre les tentes espérant échapper à leur regard elfique mais c'était mal les connaître.

Un elfe était en mesure de courir très vite lorsque la nécessité s'en faisait sentir. Ces trois-là firent une démonstration tout à fait convaincante. Hélas, le fuyard avait déjà pris trop d'avance, faisant fondre comme neige au soleil leur espoir de le rattraper.

Mettant le plus de distance possible avec ses poursuivants, Faënarion finit par retrouver l'un des disciples de son maître et s'écroula hors d'haleine à ses pieds.

De toute sa hauteur, Bolg observa avec haine et dédain la chose vagissante peinant pour reprendre son souffle :

Bolg : Alors ? Qu'as-tu à nous apprendre ?

Les yeux écarquillés, un mauvais rictus sur les lèvres, l'elfe tendit la dernière galette qu'il avait sortit de sa poche. A moitié émiettée, elle resta quelques secondes dans sa main avant d'être littéralement pulvérisée par l'orque blanc :

Bolg : Crétin ! C'est tout ce que tu as à nous montrer ? Une misérable galette ? De quelle mission t'avait chargé l'autre ?

Tanarïon : Les…surveiller…

Bolg : Décidément, toi et les vôtres n'êtes bons qu'à servir de déjeuner aux charognards !

Furieux, Bolg prit une lente inspiration puis se tourna vers l'un de ses soldats :

Bolg : Tuez-le !

Orque : Mais… et l'autre ? Il va se mettre en rogne.

Bolg : Je me fiche de lui ! Tuez-le et partons !

Avec cruauté, l'un des orques s'approcha et enfonça sa dague en pleine poitrine, puis ils s'enfuirent.

Faënarion suffoqua, porta la main à sa blessure. Son cœur ralentissait, il avait mal. Une souffrance aigüe le contraignait à plisser ses paupières. Il ne pouvait même pas crier, ses poumons n'étaient plus en mesure de lui offrir la moindre chance d'appeler à l'aide. Il baissa les paupières et attendit…

Ce fut Aliénor et Jack qui le trouvèrent.

Ces deux guerriers savaient pister leurs ennemis comme jamais. Luthïen ne fut pas en reste et lui aussi mit toute l'ardeur qui convenait à cette recherche.

Immédiatement jack s'accroupit auprès de l'elfe et colla son oreille contre sa poitrine :

Jack : Il est encore en vie. Allez chercher du secours !

Il comprima la blessure de l'ellon dont la respiration devint sifflante :

Jack : Grouillez les mecs, y va clamsser !

L'archange et Prince Charmant, non loin de là, se précipitaient vers Jack. Hélas pour Prince, la vue du sang s'échappant de la blessure eut un effet dévastateur. Posant son mouchoir contre son nez, le gentilhomme commença par avoir un haut le cœur avant de s'évanouir et tomber face contre terre.

Gabriel leva les yeux au ciel avant de s'agenouiller près du blessé.

Soudain, son visage afficha un air grave. Il souleva une paupière de l'ellon.

Quelque chose l'intriguait visiblement. Jack et Aliénor s'interrogèrent du regard. Apparemment, aucun des deux ne put renseigner l'autre.

Enfin, Gabriel s'exprima :

Gabriel : Laissez-moi quelques secondes !

Aliénor : Pardon ?

Gabriel : Vous m'avez bien compris Aliénor.

Cette dernière, surprise, s'écarta un rien mécontente :

Gabriel : Levez votre main Jack.

Jack : Y va pisser l'sang, il en a déjà perdu…

Gabriel : J'ai dit levez votre main !

Jack : Eh, ça va ! Ok c'est bon !

Les deux amis s'éloignèrent :

Aliénor : Qu'est-ce qui lui prend ?

Jack : J'en sais foutre rien mais j'aime pas ça.

Gabriel dû faire vite, le temps était compté. Lui seul était en mesure de sauver ce qui subsistait de bon chez cet être corrompu. Déjà au loin, Ishtâk accourait aussi vite qu'il le pouvait.

Lorsqu'enfin tous s'approchèrent, Gabriel soutenait la tête de Tanarïon. La blessure ne coulait plus, la respiration n'était plus sifflante, néanmoins, elle nécessitait des soins urgents.

Immédiatement le mage du roi prit les choses en mains et examina le blessé.

Aliénor et Jack fixaient l'archange intensément. Ce dernier, visage impassible, remuait à peine les lèvres. Que disait-il ?

Alors que les elfes déposaient sur un grand linge le corps de leur ami en vue de son transport, Ishtâk posait sa main sur le bras de Gabriel :

Ishtâk : C'est une chance que vous soyez arrivé à temps…

L'archange approuva d'un signe de tête.

Aliénor, bras croisés, attendait Gabriel de pied ferme. Ce dernier se redressa de toute sa hauteur disciplinant sa chevelure. Puis il haussa un sourcil en s'adressant à elle :

Gabriel : Hum, vous avez une question à me soumettre Aliénor ?

Jack : Ouais, moi j'en ai une ! Il va s'en sortir ?

Gabriel : Il n'est pas encore arrivé au bout de son chemin Jack.

Jack : Cette façon de répondre par des métaphores…

Secouant sa tête, le mercenaire enrageait. Gabriel, lorsqu'il le désirait, savait parfaitement noyer le poisson :

Gabriel : Velle est posse. (Vouloir c'est pouvoir.)

Jack : Alors si en plus y'a d'la parlotte en latin…

Maugréant, Jack reprit le chemin du camp.

Aliénor : Parfois la seule volonté ne suffit plus Gabriel. Que se passe-t-il ? Pourquoi tous ces mystères ?

Gabriel : Croyez-le ou non Aliénor, je ne souhaite que votre bien. Vous épargner tous, tel est mon rôle.

Aliénor : Vous n'en direz pas plus n'est-ce pas ?

Gabriel : Allons chercher ce magicien farceur. J'ai grande hâte de lui mettre la main dessus.

Pour une raison imprécise, Alachnÿ semblait avoir disparu de la surface de ce monde.

Du moins, pour cette nuit….