Note : Bonjour, voici la suite...Bonne lecture.


« -Gen ? demanda-t-il inquiet, qu'est-ce qu'il se passe ?
Genzô raccrocha et regarda Herman l'air très troublé.
-Faut que j'aille à la fac, murmura-t-il encore sous le choc. Alex a été agressée... »


Le trajet pour se rendre à la faculté fut plus long qu'à l'ordinaire à cause de la circulation dense due à la sortie des spectateurs du stade. Herman insista pour conduire, n'ayant pas envie d'embrasser un poteau au cas où Genzô ait eu pris le volant - le jeune homme était trop perturbé par les évènements. Il faut dire que les explications de Kristel au téléphone n'avaient pas été très claires et la seule chose dont Genzô était sûr pour le moment, c'est que Alex était en vie ! Autrement dit pas grand chose de rassurant...Pas plus rassurante d'ailleurs que la présence sur le parking de la faculté d'une camionnette de pompiers et d'un véhicule de police. En s'efforçant de ne pas s'imaginer le pire, Genzô se dirigea au pas de course vers l'amphithéâtre, là où Kristel lui avait répondu et qu'il repéra facilement grâce à la foule anormale d'étudiants qui se pressait là.

Apparemment, les responsables de la faculté empêchaient l'accès à toutes personnes non concernées. Genzô se fraya un chemin parmi la foule et put rentrer dans la vaste salle après avoir expliqué que la personne agressée était sa petite amie. Herman et Maggie restèrent en retrait, n'ayant pu suivre le japonais. Dès son entrée, Genzô vit Alex, qui à son immense soulagement était consciente et en train de répondre docilement aux questions que lui posait un pompier tout en lui prenant la tension. Assise par-terre et adossée au mur, elle ne pleurait pas, semblait calme, attentive... mais « éteinte ». Assis à ses côtés, une jeune fille à l'air inquiet qui devait être Kristel et un garçon que Genzô ne connaissait pas. Si sur le moment une vague de fureur l'envahit en pensant que ce garçon était l'agresseur d'Alex, il se ravisa en remarquant un quatrième étudiant, un peu à l'écart des autres et encadré de deux hommes portant un brassard de la police. Le garçon ne parlait pas, se contentant de rester droit, les bras croisés, ne semblant pas concerné par tout ce qui se passait autour de lui. Genzô le fixa un instant, ressentant une soudaine et violente envie de meurtre, mais...

« Genzô ? » prononça une petite voix.

Alex venait de remarquer sa présence et se sentit alors envahie d'une si douce et réconfortante sensation de chaleur. Le japonais revint sur ses priorités en s'entendant appelé et se dirigea rapidement vers Alex. Son expression tendue et inquiète fut radoucie par le timide mais tendre sourire que lui fit sa petite-amie. Le secouriste s'étant un peu écarté, il en profita pour serrer très fort Alex dans ses bras. Il n'arrivait pas à parler, il ne savait pas quoi dire (« ça va ? : bien sûr que non voyons / qu'est-ce qui s'est passé ? : ça ne se voit pas... »). Alors, comme si elle avait deviné son trouble, Alex lui murmura : « Je vais bien, ne sois plus inquiet. » Mais Genzô n'était qu'à moitié rassuré : comment pouvait-on aller bien après une telle expérience ? Se tournant vers Kristel il lui demanda :

-C'est toi que j'ai eu au téléphone ?
-Oui, je suis Kristel et voici Lucas, répondit-elle en montrant le garçon à ses côtés.
-C'est grâce à eux que je vais bien et... qu'il ne s'est rien passé, dit Alex avec gratitude en fixant Genzô du regard pour être sûre qu'il comprenne bien le sens de ses paroles. Elle semblait cependant épuisée, à bout de force.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé justement ? finit par demander le japonais dans un souffle, n'y tenant plus.

Alex commença le récit, mais se fut Kristel qui prit la suite au moment où la française n'avait plus pu poursuivre avec ses propres souvenirs.

-En fait, expliqua Kristel en regardant alternativement Alex et Genzô, au bout d'un moment je me suis demandée ce que tu faisais. Alors on est venu voir avec Lucas – avec qui je parlais en t'attendant – et quand on est rentré dans l'amphi...elle marqua une pause gênée.
-Quand tu es rentrée dans l'amphi ? l'encouragea à poursuivre Genzô.
-...on a vu Horst penché au-dessus d'Alex. Sur le coup on n'a pas très bien compris ce qu'il se passait, dit Kristel en regardant Lucas qui confirma ses dires d'un mouvement de tête, on ne voyait pas non-plus ce qu'il faisait, mais comme on sait qu'ils ne s'entendent pas du tout, on a de suite pensé qu'il y avait un problème. J'ai hurlé et Lucas s'est précipité sur Michaël et l'a fait basculer sur le côté.

Nouvelle pause.

-Ensuite, conclue l'allemande, on a appelé les secours et prévenu les profs.

Genzô, qui s'était accroupi pour être au niveau d'Alex, se releva et fusilla Horst du regard. Sans prononcer un mot il fit un mouvement vers le garçon.

-Non Genzô, le supplia Alex d'une petite voix en s'agrippant à sa veste. Je n'ai pas besoin qu'en plus de tout ça tu ais des ennuis à cause de lui.

Ses yeux larmoyaient pour la première fois. Elle ne savait que trop bien ce qu'un garçon respectueux de l'honneur comme son petit-ami serait prêt à faire pour celle qu'il aime. Mais elle ne le voulait pas, elle n'en avait pas besoin...

-Ne t'inquiète pas, la rassura Genzô d'un ton calme, je veux juste lui parler.

Le japonais descendit quelques marches et s'approcha de Horst. Les deux policiers qui se trouvaient à ses côtés firent un mouvement vers Genzô pour pallier à un quelconque geste violent de sa part. « Je veux juste lui parler » répéta le japonais. Il fixa alors Horst dans les yeux avec dégoût alors que celui-ci ne broncha pas et soutient son regard par défiance. « Qui t'as permis de lever la main sur elle ? siffla-t-il entre ses dents, ...on n'en restera pas là » poursuivit-il menaçant avant de tourner les talons et de rejoindre Alex. Alex, qui malgré sa faiblesse, était en train de protester face au pompier qui insistait pour qu'elle soit amenée à l'hôpital.

-Vous avez besoin de passer des radios, expliqua-t-il une nouvelle fois, et là-bas on vous établira un certificat médical dont vous aurez besoin pour votre dépôt de plainte au commissariat.
-Mais je n'ai pas envie de...commença Alex.
-Fait ce qu'il te dit...s'il te plaît, la coupa avec douceur Genzô qui constata que Alex se tenait le poignet droit et pour laquelle même un bref passage à l'hôpital le rassurerait.

La française n'avait pas envie de discuter avec Genzô et se résigna en soupirant. Dans la mesure où ses blessures n'inspiraient pas d'inquiétudes particulières, elle obtint d'aller aux urgences dans la voiture de Genzô et non avec les pompiers. Par mesure de tranquillité, tout le monde sortit par la porte de secours tout en bas de l'amphithéâtre. Alex et Genzô rejoignirent discrètement Herman et Maggie à la voiture du gardien (où Maggie ne put s'empêcher de se jeter dans les bras de son amie manquant de peu de la faire tomber) alors que Horst étaient instamment prié par les policiers de les suivre au commissariat afin d'établir au plus tôt sa déposition sur les faits de la soirée. Quant à Kristel et Lucas, ils avertirent Alex avant qu'elle ne parte, qu'ils allaient eux aussi immédiatement au commissariat pour ne pas risquer, comme l'avait souligné Lucas, que « Horst en profite pour se tirer ».


Quartier résidentiel de Hambourg. Dans une grande demeure cossue où tout était calme en cette soirée, le téléphone sonna, faisant légèrement sursauter le couple d'une cinquante d'années qui y vivait seul - leur fils unique faisant ses études en ville où il avait son propre appartement. Monsieur Horst, un homme à la haute stature et à la mine sévère, saisit le combiné du téléphone et décrocha, se demandant qui pouvait appeler à une heure si tardive.

-Oui ?
-C'est moi papa, répondit une voix d'homme mal assurée.
-Michaël ? Que nous vaut l'honneur d'avoir de tes nouvelles...si tard ? ajouta l'homme d'un ton ironique où ne perçait aucune affection paternelle.

Au prénom de son fils, madame Horst, une petite femme aux traits fins et au regard tendre, se leva à son tour du canapé qu'elle occupait jusqu'alors avec son époux tandis qu'ils regardaient un film à la télévision, et se dirigea prestement vers son mari.

-Papa, poursuivit le garçon gêné, je...j'ai un problème...
-Le contraire m'eut étonné, répliqua monsieur Horst avec froideur.

Les deux hommes ne s'entendaient guère. Si aux yeux de sa mère, Michaël resterait à jamais son « bébé », il était flagrant que son père ne partageait pas cet avis. Monsieur Horst, Thomas de son prénom, était un chef d'entreprise à la réussite envieuse qui dirigeait tout, y compris sa famille, avec une poigne de fer. Si ça n'avait été pour l'amour de sa femme, ça aurait fait longtemps qu'il aurait « licencié » son propre fils comme il avait déjà licencié tant de salariés sans état d'âme pour le bien de la productivité ! Trop souvent absent du domicile conjugal pour travailler jusque tard le soir et les week-end, madame Horst avait reporté tout son amour sur son fils chéri et ne lui avait jamais rien refusé. Mais en grandissant, en prenant de l'assurance et trop d'arrogance, Michaël était passé du statut de petit garçon capricieux à celui de jeune homme « à problèmes » multipliant les erreurs de parcours par manque de repères... combien de fois déjà son père, grâce à ses relations, lui avait permis de s'en tirer sans dommage...pour son fils mais pour lui-même également – avoir son nom mêlé à quelques faits divers que ce soit (même sans gravité) n'était pas une bonne publicité pour lui ! Et malgré leur dernière discussion où il avait sommé son fils de se conduire en adulte responsable, il ne fut pas surpris de l'entendre appeler pour demander une nouvelle fois de l'aide.

-Qu'est-ce que tu as fait cette fois ? demanda monsieur Horst blasé.
-J'ai...je me suis... « disputé » avec une fille, dit hésitant Michaël.

Son père n'était pas stupide et comprit que cette fois-ci, il ne s'agissait pas d'une simple bagarre ni d'une histoire de substances illicites. Il marqua un temps de réflexion (sa capacité à analyser et trouver des solutions rapidement aux problèmes était impressionnante) puis demanda précipitamment sous le regard inquiet de sa femme :

-Où es-tu ?
-Dans ma voiture, je suis en route pour le commissariat central où je dois aller faire ma déposition, expliqua le garçon.
-N'en fais rien surtout ! s'exclama monsieur Horst. Ecoute-moi attentivement Michaël, dit-il sur un ton qui ne souffrait aucun conteste tel un vrai dirigeant, tu vas te rendre au commissariat où tu attendras que j'arrive ! Tu entends bien : je ne veux pas que tu dises quoi que ce soit avant que je ne t'ai vu ! Je vais appeler Wesler et m'occuper de cette affaire. Toi, tu te tiens tranquille jusqu'à ce que l'on arrive... si tu en es capable !

La dessus, monsieur Horst raccrocha au nez de son fils.

-Thomas, demanda inquiète madame Horst, mais que ce passe-t-il enfin ?

Mais monsieur Horst ne répondit pas de suite et lui fit signe de patienter encore un instant pendant qu'il composait à la hâte un numéro de téléphone.

-Wesler ? C'est Horst, dit-il, j'ai besoin de vous immédiatement : rejoignez-moi à mon domicile, mon fils vient d'être arrêté !

Comme il s'en doutait, son épouse étouffa un cri en entendant ses dernières paroles.

-Qu'est-ce que tu racontes, dit-elle dans un murmure...qu'est-ce qu'il s'est passé ?
-Il semblerait, dit calmement monsieur Horst le regard étincelant, que ton fils est réussi à repousser ses propres limites dans la perdition !

Sur ces mots il quitta la pièce et sortit dans la cour en attendant que son avocat le rejoigne...


Les deux hommes arrivèrent au commissariat où prétextant son statut d'avocat, maître Wesler (avocat et homme de confiance de son employeur) obtint de rester seul avec Michaël et son père.

« Maintenant Michaël, dit l'avocat posément sous le regard perçant le monsieur Horst qui avait tout juste salué son fils en entrant dans la petite pièce, j'ai besoin que vous me racontiez absolument tout ce qu'il s'est passé dans les moindres détails ». Le garçon commença son récit tandis que l'avocat prenait des notes en silence. Quand il eut fini, son père poussa un profond soupir de consternation. Michaël n'osa pas croiser son regard. Maître Wesler, rompu aux exercices d'équilibriste dans sa profession prit un moment de réflexion puis annonça : « Il ne fait malheureusement aucun doute que la plainte pour « coups et blessures » sera très vraisemblablement retenue, mais je pense pouvoir faire quelque chose concernant celle pour « agression sexuelle » - à ces mots Thomas Horst eut l'irrésistible envie de se jeter sur son fils pour l'étrangler – pour cela, poursuivit-il en regardant intensément Michaël, voilà ce qu'il faudra dire... ». Le tête-à-tête entre les trois hommes terminé, Michaël suivit l'un des inspecteurs pour faire sa déposition. Il croisa dans le couloir des bureaux Kristel et Lucas qui venaient eux, de terminer la leur.


Résultat des examens : une entorse au poignet droit. La douleur ressentie à la nuque n'était plus qu'un souvenir et il ne subsistait qu'un bleu au bas du dos de la jeune femme en souvenir de sa chute.

-Bon...dit Genzô en regardant Alex timidement comme s'il ne savait comment aborder le sujet, si tu t'en sens capable, on peut aller au commissariat maintenant.

A ses yeux, devoir raconter une nouvelle fois ce qu'il s'était passé ce soir était une véritable épreuve et il trouva sa petite-amie très courageuse quand elle répondit spontanément « oui » à sa proposition. Ils pénétrèrent tous les deux dans le commissariat (Herman et Maggie ayant trouvé plus raisonnable de les attendre dans un café voisin) avec en main, les documents médicaux que l'hôpital avait remis à Alex. Du guichet, on leur demanda de patienter un instant sur des fauteuils d'où ils furent amenés dans un bureau, où les attendait l'un des deux policiers qui s'étaient trouvés dans l'amphi un peu plus tôt. A son tour et à nouveau, sans se plaindre ni émettre d'objection, Alex relata les faits de la soirée en y rajoutant les évènements qui avaient précédé quelques temps auparavant (l'épisode de la gifle au campus et les remarques narquoises incessantes du garçon à tous propos). A ce moment-là, Genzô ne put s'empêcher de tourner brusquement la tête vers la jeune femme, marquant ainsi tout son étonnement à la découverte de ces prémices de l'agression. Durant tout le temps où elle parla, il avait tenu la main d'Alex dans la sienne en signe de soutien et l'avait regardée d'un air inquiet. Une fois qu'elle eut terminé, Alex demanda ce qu'il allait se passer maintenant. Elle nota que le policier semblait bien réfléchir à ce qu'il allait dire. Son front plissé en pleine réflexion et son air gêné ne lui plaisaient pas trop.

-Et bien maintenant, dit enfin l'inspecteur, nous allons constitué un dossier que nous allons transmettre par la suite au procureur qui décidera quels chefs d'inculpation seront retenus ou non...
-Ça va prendre longtemps, demanda Alex.
-Ça dépend malheureusement de la quantité de dossiers qu'il y a à traiter avant le votre, avoua le policier.

Genzô eut un petit rire déplaisant tandis que Alex n'était pas étonnée d'une telle réponse (après tout, c'était partout pareil).

-Mais en attendant, demanda Genzô qui s'était avancé sur sa chaise et regardait l'inspecteur en fronçant les sourcils, comment ça va se passer ? Alex va devoir retourner en cours où elle croisera tout les jours le garçon qui a voulu la violer en attendant que quelqu'un ait le temps de s'occuper de son dossier ?

On pouvait sentir la colère et la frustration dans ses propos. Malheureusement, ni Alex ni Genzô ne se doutaient de ce que le policier allait leur répondre.

-Il faut que vous sachiez quelque chose, commença-t-il mal à l'aise, il y a un risque non négligeable pour que seule l'accusation pour « coups et blessures » soit retenue.

Il attendait un peu inquiet la réaction des deux jeunes gens assis en face de lui à ses paroles.

-Quoi...dit Alex remuant la tête, dans la plus totale incompréhension, persuadée qu'elle n'avait pas bien entendu.
-Vous pouvez répéter ? demanda Genzô interdit.
-Et la plainte pour « agression sexuelle », dit alors Alex qui sentait monter la colère en elle, vous trouvez qu'il n'y a pas de quoi la justifier dans ce que je vous ai dit...et dans ce que mes collègues de cours vous ont également rapporté ?

Le policier dut lever ses mains dans un signe d'apaisement pour stopper les deux jeunes gens et donner des explications.

-Les choses ne sont pas si simples. Il y a votre version des faits, dit-il en pointant Alex du doigt, complétée par celle de vos amis; amis qui n'étaient pas avec vous au-moment de l'agression à proprement parlé et qui ont rapporté ce qui s'était passé durant votre perte de connaissance...
-Ben justement...commença Alex. Mais l'inspecteur lui fit signe de se taire.
-Et, poursuivit-il, il y a la version de l'autre partie concernant ce qui s'est passé avant l'arrivée de vos amis et qui ne concorde pas du tout avec la votre... J'en suis désolé, ajouta l'homme sincère.
-Ça veut dire quoi : « qui ne concorde pas » ? protesta Genzô. Vous croyez qu'elle a tout inventé et qu'elle s'est jetée dans les escaliers toute seule peut-être ?

Le ton était monté et le jeune homme semblait prêt à bondir sur le policier tellement il était furieux.

-Je comprends votre réaction, dit l'inspecteur d'une voix calme mais tout aussi menaçante que celle de Genzô, mais si vous ne vous calmez pas, je vais devoir vous faire sortir et poursuivre la discussion seul avec mademoiselle.

A l'idée de devoir laisser Alex seule dans ces conditions à cause d'un manque de contrôle, Genzô se rassit au fond de sa chaise, expira profondément et s'excusa auprès de l'homme.

-Alors ? fit Alex pour ramener la conversation sur le sujet qui la préoccupait, qu'entendez-vous par « ne concorde pas » ?

Après tout ce qu'elle avait vécu aujourd'hui, elle pensait qu'il ne restait plus qu'à faire cette déposition et qu'elle pourrait ensuite rentrer se blottir dans les bras de son amoureux pour y trouver le réconfort dont elle avait tant besoin. Mais là, c'était un nouveau choc. Un nouveau choc auquel elle devait faire face, et elle était si fatiguée pourtant...Elle attendit avec appréhension que le policier parle à nouveau.

-Monsieur Horst a reconnu vous avoir fermement serré les poignets ainsi que giflé dans un moment de perte totale de contrôle due à une grande contrariété. Cependant..., il dut à nouveau lever les mains pour empêcher Alex et Genzô de lui couper la parole, cependant, il nie fermement toute tentative d'agression sexuelle.
-Et qu'est ce qu'il faisait allongé sur moi alors ? s'écria Alex indignée par un tel mensonge.
-Ayant heurtée le mur après votre chute, relata l'inspecteur, monsieur Horst se serait précipité sur vous, réalisant ce qu'il venait de faire et inquiet de savoir si vous alliez bien...

Alex en restait muette de stupéfaction. Même dans ses délires les plus fous elle n'aurait pu imaginer une histoire pareille. Elle ne savait plus quoi dire tellement il y avait de protestations qui s'élevaient en elle.

-Et mes poignets ? hurla-t-elle tout en se relevant et en montrant ses mains qui étaient restées rougis par endroits au-niveau des articulations... Et ses lèvres sur mon coup ? dit-elle alors que des larmes coulaient le long de ses joues... Et quand il m'a dit : « tu vas voir ce qui arrive quand on se fout de moi »... Et quand...quand...elle avait du mal à parler à cause des sanglots qui montaient dans sa gorge, ...et quand il a posé ses mains sur moi...

Alex était fatiguée, elle n'en pouvait plus. Maintenant, il fallait même qu'elle prouve ce qu'il lui avait fait ! Genzô la prit dans ses bras et foudroya le policier du regard. Ce dernier ne s'habituerait jamais à ces situations de détresse où malheureusement seuls les faits comptent. Alors que Alex essayait de se calmer et de reprendre le dessus, l'inspecteur reprit la parole.

-Je sais que c'est très dur, et c'est également très frustrant pour vous...et pour moi. Mais malheureusement, seuls les faits comptent. A ce moment de la soirée où vous étiez seuls, c'est votre parole contre la sienne. Quant à vos amis qui ont déjà déposé, ils n'ont pu que confirmer que monsieur Horst était bien penché sur vous...mais sans geste ni trace de violence comme des vêtements déchirés ou autres...
-Et mes poignets...demanda Alex dans une dernière tentative en soulevant à nouveau ses mains.

Elle avait cessée de pleurer et parlait désormais d'une voix calme et claire .

-Il a dit vous avoir serré les poignets, mais au début de la dispute, afin de vous... empêcher de lui tirer une nouvelle fois une gifle.

Le policier ne put s'empêcher de sourire devant l'énormité de ces propos. Alex resta silencieuse. Elle avait l'impression que tout avait été programmé, planifié avant même que ça ait lieu.

-Et ça vous paraît pas un peu gros ça ? questionna Genzô d'un ton sarcastique.
-C'est malheureusement plausible, et c'est tout ce que retiendra le procureur, reconnut le policier.
-Et au fait, dit le japonais qui pensa soudainement à quelque chose, comment vous a-t-il justifié sa présence dans l'amphi, seul avec Alex, alors que tout le monde se trouvait dans une autre salle ?
-Il aurait entendu votre amie s'exclamer avoir perdu son téléphone et partir voir s'il ne se trouvait pas dans l'amphithéâtre, dit le policier. Ayant besoin de lui parler pour avoir des explications sur leur mésentente, il l'aurait suivie pour pouvoir bavarder avec elle en toute tranquillité Malheureusement le ton serait monté et ça aurait dégénéré...

Genzô passa sa main dans ses cheveux affichant une expression exaspérée.

-Est-ce qu'il vaudrait mieux que mon amie prenne un avocat ? interrogea le japonais qui ne voulait pas lâcher l'affaire.
-C'est à vous de voir, répondit l'inspecteur, mais il ne vous sera utile que par rapport aux chefs d'accusation retenus. Je vous conseillerai donc plutôt d'attendre de voir si vous en aurez besoin, dans la mesure où monsieur Horst a reconnu les coups portés...

Genzô s'apprêtait à parler mais Alex intervint.

-Laisse tomber...dit la jeune femme d'un ton ferme devant les expressions surprises des deux hommes. De toute évidence, il aura toujours réponse à tous. Alors on verra bien ce qu'en pense la justice désormais.

Alex se leva dignement de sa chaise et regarda Genzô, l'air hébété, qui restait assis ne sachant pas quoi répondre ou que faire. Elle regarda le policier et lui demanda si lui, la croyait.

-Oui, lui avait-il spontanément répondu, mais ça ne changera rien...
-Pour moi, dit Alex avec un sourire triste la larme à l'œil, ça change tout...merci.

Elle se plaça à côté de la porte du bureau et regarda Genzô, attendant qu'il la rejoigne. Le jeune homme se leva à son tour, désabusé, salua l'inspecteur et quitta le commissariat.

Alors qu'ils avaient une cinquantaine de mètres à parcourir pour atteindre le café, Genzô sentit Alex se cramponner à son bras pour y trouver la force de rester droite et d'avancer...toujours avancer...Ils rejoignirent Herman et Maggie qui ne leur demandèrent pas comment ça s'était passé...ils en auraient bien le temps plus tard. Alex voulait juste retrouver la quiétude des bras du seul homme qu'elle aimait, tout comme elle l'avait tant souhaité peu de temps auparavant, et ne plus avoir à penser à rien pour ce soir...