HEY LES LOUVETEAUX ! bon aujourd'hui il s'agit d'un chapitre un peu plus long que d'habitude, mais vous m'en direz des nouvelles ;)

Les rebondissements sont au rendez-vous, ça se corse ! $_$ j'espère que ça vous plaira tout autant ^^

Milles merci à Zéphirebleue pour m'aider à rendre tout ça clair et lisible ^^

bonne lecture !


Chapitre 12 : étranger.

« C'était… bizarre. »

Talia quitta la route des yeux un instant pour planter son regard sur le visage fatigué de son fils.

« Quoi donc ? »

Papillonnant légèrement des yeux, Derek ne quittait pas la chaussée des yeux. Son esprit tournait au ralenti et il avait beaucoup de mal à essayer de former une phrase avec sujet, verbe, complément. Il resta quelques instants muet, essayant de former cette maudite phrase dans sa tête avant de la sortir oralement, mais rien n'y faisait, il n'y parvenait pas.

« J'sais pas… Le môme là… Laura avait raison… Ah j'sais vraiment pas ! Je dois halluciner. »

La nuit était tombée depuis un bon quart d'heure sur le pays et Talia se faisait plus prudente et plus attentive à la conduite, néanmoins cela ne l'empêcha pas d'analyser les bouts de phrase de son rejeton, même s'ils étaient un peu vagues. La fièvre le faisait peut-être délirer mais en tout cas elle sentait qu'il était différent. C'était plus fort que la fièvre.

« Tu parles du fils du shérif ? »

Derek fronça les sourcils. Il aurait aimé basculer sa tête en arrière mais le repose-tête l'en empêchait. Il pesta entre ses dents et ronchonna encore plus quand une voiture arrivant en face vint éblouir sa vision particulièrement sensible ce soir.

« Bah… Il a un truc ce gosse. Il… Me fait penser à Paige. Bordel c'est malsain… Je veux dire, penser comme ça c'est… Ouais, malsain. »

Il soupira en passant une main dans ses cheveux sombres et baissa les yeux sur ses genoux, prenant d'un coup conscience qu'il venait de dire tout haut ce qu'il pensait tout bas.

« Enfin non pas malsain ! C'est juste une… Coïncidence. »

Talia rit doucement, ce qui surprit tout particulièrement Derek qui avait l'habitude de se faire disputer lorsqu'il sortait des balivernes de la sorte sans avoir tourné sept fois la langue dans sa bouche. A croire que le sujet l'amusait.

« Paige était une fille très mignonne c'est vrai, et le petit Stilinski est aussi très beau, mais hormis leurs surplus de grains de beautés je pense qu'ils n'ont rien en commun. Tu sais, même si physiquement ils se ressemblent sur certains points, aucun gosse ne peut être comme Stiles. Je ne le connais pas, mais je sais ce qu'il a vécu. Ça change les gens ce genre d'événement. Alors même si ... »

Quand madame Hale tourna la tête pour regarder son fils, celui-ci dormait déjà, le visage appuyé contre la vitre du véhicule … Il n'avait sans doute pas écouté toute l'histoire, c'était peut-être mieux comme ça.

Arrivée à leur manoir, Talia réveilla le malade et l'aida à pénétrer dans l'enceinte de la demeure.

« Ah ! Enfin! »

La rayonnante Laura accueillit sans cacher son soulagement les deux retardataires qui avaient pourtant promis de rentrer avant le coup d'envoi du match de la soirée… Dommage pour eux, c'était déjà la première mi-temps.

Derek était bien trop dans le gaz pour faire quoi que ce soit alors il se contenta d'aller se coucher silencieusement. Le foot n'était pas sa priorité et les bavardages à outrance de sa sœur non plus d'ailleurs.

Fermant sa porte avec soin, il regarda l'heure tout en se déshabillant : vingt-et-une heure cinquante. Cela faisait bien des lustres qu'il ne s'était pas couché aussi tôt … Mais de toute façon il ne pouvait tenir éveillé beaucoup plus longtemps.

La fièvre agissait sur lui comme un somnifère et, à chaque fois qu'il tombait malade de la sorte, jamais il ne se couchait après vingt-deux heures. C'était comme ça.

Tandis que l'homme de la maison dormait enroulé dans sa couette, au rez-de-chaussée l'ambiance était toute autre. Laura avait pris l'initiative d'allumer la cheminée tandis que Cora s'amusait avec les cheveux de sa poupée métisse sur le rebord du canapé, le plus proche de la chaleur. Leur mère ne tarda pas à les rejoindre, s'asseyant entre ses deux filles et attrapant au vol une part de pizza qui ne demandait qu'à être dévorée.

Toc toc toc

Les deux filles sursautèrent en parfaite synchronisation. À cette heure le pays était soit devant le foot, sois dans les bras de Morphée, comme Cora ou Derek…

« Je crois que quelqu'un vient de frapper à la porte » commenta Laura avec inquiétude.

Talia prit les devants et attrapa habilement le couteau qui avait explicitement servis à couper la pizza, prête à défendre ses enfants s'il le fallait.

« Maman ? »

La petite Cora se frottait encore les yeux, dire qu'elle était totalement réveillée aurait été un parfait euphémisme.

Elle ne comprenait pas tout et son innocence força Laura à s'enrouler autour de sa petite sœur.

« Laura, surtout reste ici avec ta sœur. »

L'aînée des filles acquiesça, en silence. Elle s'approcha de Cora, qui somnolait depuis déjà un petit bout de temps, et la serra fort contre sa poitrine.

Derek avait le sommeil léger et malgré sa fièvre écrasante les coups frappés à la porte l'avaient douloureusement tiré des limbes du sommeil.

Il se résignait lentement à se lever mais son lit lui hurla de ne pas bouger et il était tellement chaud et confortable que l'adolescent ne batailla pas longtemps et replongea son visage dans son oreiller de plume.

En bas, Talia s'était doucement rapprochée de la porte, comme une louve voulant surprendre un lapin. Elle se posta à distance raisonnable de la grande porte boisée et tint à poing fermé le couteau partiellement recouvert de résidus suspects.

« Qui est-là ? »

Si un gémissement glauque pouvait être compris comme étant une réponse, alors ladite personne lui en avait donnée une de réponse !

Toujours sur ses gardes, elle se hâta d'ouvrir la porte pour y découvrir un homme, sans doute possible, couché sur le seuil de la porte, la main en sang.

S'il n'y avait que sa main en sang ça aurait été simple, seulement son abdomen était lui aussi sérieusement touché … Talia n'était pas médecin mais au vu de l'état de l'intrus elle pouvait néanmoins certifier qu'il était dans de beaux draps.

« Maman ?! »

« Ça va ! Laura, couche ta sœur dans sa chambre et rejoins-moi à la cuisine! »

Sa voix ne trahissait rien de la détresse qu'elle ressentait, Talia était grave et autoritaire, comme elle savait si bien le faire.

Laura exécuta ses ordres sans plus de cérémonie. En quittant la chambre de sa sœur, elle ouvrit brièvement celle de Derek, histoire de voir où il en était et … Il dormait. Ronflait même. Elle avança doucement sur le parquet, se laissant presque glisser, l'embrassa sur le front et repartit aussitôt.

Arrivée à la cuisine, elle se stoppa net dans son élan en voyant la scène qui se déroulait devant ses pupilles.

« Ma… Maman ?! »

Celle-ci épongeait le sang qui venait goutter sur le sol carrelé. Quand elle vit sa fille elle s'arrêta un instant. Imperturbable.

« Aide-moi tu veux ? Enlève-lui ce qu'il reste de son T-shirt. »

« Mais maman ! Il doit aller à l'hôpital ! C'est… C'est pas possible de le garder ici ! »

« Laura ! Il mourra en route si on l'emmène à l'hôpital ! »

Elle ouvrit la bouche, la ferma, l'ouvrit encore avant de définitivement la garder fermer. Légèrement chamboulée, elle se contenta d'attraper la paire de ciseaux mis à sa disposition avec sa main tremblante. Elle coupa maladroitement le tissu gorgé de sang.

« Mon dieu ... »

Talia laissa de côté ce qu'elle avait entrepris de faire et s'approcha de la plaie maintenant mise à nu. Elle conclut en voyant la blessure, les sourcils levés, qu'il fallait la recoudre. Tout simplement.

« Maman … La seule chose que je t'ai jamais vu recoudre c'étaient mes jeans troués quand j'étais petite ! T'envisages… Pas de recoudre ce gars quand même ? »

Dépassée par la situation et son incapacité à agir en conséquence, Laura commençait à paniquer ce qui n'était pourtant pas son genre. Mais peut-être aussi n'avait-elle jamais eu besoin de s'affoler avant ce jour.

« Laura ! Tu vas te calmer. Ce garçon pas plus âgé que toi risque de mourir si nous ne faisons rien ! Alors arrête de pleurnicher et apporte-moi de l'alcool à 70 degrés, des bandages, une serviette humide, du fil et bien sûr une aiguille que tu auras préalablement brûlée avec un briquet. »

C'était beaucoup lui demander mais Talia connaissait bien sa fille et elle savait qu'avoir tout ça dans la tête l'empêcherait de céder à la panique. Se rendre utile était en quelque sorte son point d'ancrage.

La jeune femme brune tourna alors les talons et disparut à l'étage, s'engouffrant dans la salle de bain.

« Laura ? »

Ladite Laura sursauta et son cœur manqua bondir en dehors de sa cage thoracique pour venir s'écraser six mètres en dessous.

« Derek ?! Tu m'as fait peur ! Et puis qu'est-ce que tu fais ici ?! Tu devrais aller te coucher ! Tu es malade ! »

« Ouais … Toi dis-moi, qu'est-ce que tu as ? Tu trembles. C'était qui à la porte ? »

Anxieuse et incapable de camoufler ses soubresauts, Laura ne savait pas quoi dire à son frère pour l'inciter à retrouver son lit. En plus, il n'était pas du genre facile à berner, c'est un Hale après tout.

Alors, regrettant déjà ce qu'elle s'apprêtait à faire, elle se laissa tomber le long du mur de la salle de bain et remonta ses genoux vers elle pour pouvoir cacher sa tête dans ses bras.

« Il y a… Un homme. Peut-être un adolescent … Blessé à l'abdomen... Qui est actuellement en train de repeindre la cuisine. Maman a l'air d'avoir fait dix ans de médecine et moi … Je dois aller chercher certaines choses ici pour lui amener pendant qu'elle éponge le sang qu'il reste. »

Surprise du silence de son petit frère elle releva le bout de son nez pour l'observer. Son visage était tendu et ses yeux ronds comme des balles de golfs, il ne semblait plus malade du tout.

« Quoi ?! Sérieusement ?! Tu veux dire qu'il y a un inconnu, blessé qui plus est, dans la cuisine ? Si ça se trouve il s'est échappé d'un asile ou autre !

« Derek. Dans l'état où il est, il ne risque pas de faire grand chose. »

Son frère ne prit même pas la peine de rétorquer quelque chose, préférant rester bien en dehors de cette histoire loufoque. Il rejoignit donc sa chambre, dans le plus parfait silence, laissant une Laura complètement déphasée derrière lui.

« Merde … C'est dingue comme il s'en fout. »

Elle se remotiva à rassembler tout le petit matériel nécessaire pour l'opération fastidieuse qui s'apprêtait à avoir lieu et rejoignit sa mère dans la cuisine, les bras chargés de matériels.

Elle posa tout sur le plan de travail et attacha ses cheveux en chignon vite fait, histoire de ne pas retrouver des traces de sang coagulé dans ceux-ci.

Talia, qui ne s'occupait pas des affaires de sa fille, attrapa la bouteille d'alcool et en reversa une bonne partie sur la blessure sans même prêter attention à la réaction du patient. Laura, elle, sursauta et marmonna quelque chose dans sa moustache avant de mettre les voiles, dégoûtée par l'odeur acide du sang bien trop présente dans la pièce.

« Laura ! »

Elle ferma les yeux. Ce soir, c'était sa soirée.

« Viens m'aider. »

Elle soupira, fort.

« Surveille le pendant que je le recouds. Il va bouger. »

Elle ouvrit la bouche pour se plaindre mais aucun son ne franchit la barrière de ses lèvres. Sa mère ne doutait vraiment de rien.

C'est alors que, peu confiante, elle glissa son regard chocolat sur le visage crispé de douleur du jeune homme. Il avait de longs cheveux bouclés, tirant vers le blond. Sa mère avait tort. Il était bien plus jeune qu'elle ! Il avait la tête d'un adolescent… Peut-être dix-sept ans. Il avait un visage agréable…

Elle se rapprocha de lui sans vraiment y prendre garde et quand il ouvrit difficilement les yeux, elle ne put retenir un cri aigu sorti du fond de sa gorge … Ce qui fit rappliquer Derek et Talia près d'elle dans la seconde suivante.

« Laura ? »

« Ça va. Ça va. »

Les paupières de l'adolescent papillonnèrent quelques secondes avant qu'il ne replonge dans une douloureuse inconscience.

« Il m'a juste surprise en ouvrant les yeux. Rien de grave. »

« Il t'a dit quelque chose ? »

« Non Maman. Rien. »

Derek, lui, toujours dans un silence de mort, décida de faire le tour de la victime histoire de l'observer.

« Vu comment tu me l'as présenté Laura j'avais imaginé un homme de vingt-cinq ans, balafré de partout avec le ventre ouvert. »

Il soupira, sans doute de soulagement, et quitta la cuisine en chipant au passage une croûte de pain.

« Derek ! »

Croyant être pris en flagrant délit, il pivota légèrement la tête avec une mine enfantine histoire d'attendrir sa mère.

« Va voir si Cora dort toujours. »

Il soupira de soulagement et disparu en deux/deux à l'étage. Oui, elle dormait toujours.

« Bon Laura, tu vas bien le tenir aux épaules. »

Complètement à l'ouest, la jeune fille n'assimila pas les paroles de sa mère, restant droite comme un piquet, les yeux dans le vide. Sa mère sembla comprendre son malaise car elle prit le temps de lui expliquer plus clairement les choses.

« Il n'est pas complètement dans le gaz. Je n'ai pas la possibilité de l'anesthésier donc il risque d'avoir mal. Très mal. Si jamais il a des réactions incontrôlées plutôt agressives, je veux que tu sois là pour le retenir. »

Elle hocha la tête, accrochant fermement les épaules frêles du jeune homme. Elle espéra très fort qu'il reste tranquille pendant toute l'opération.

« Fini ! »

Laura, épuisée, se laissa aller sur une chaise de la cuisine en soupirant de délivrance.

Par contre sa mère, elle, fraîche comme si elle venait de se lever, rangeait tranquillement le matériel et lavait celui qui était couvert de substances rougeâtres tirant sur le marron.

« Comment tu arrives à faire ça ? »

Essuyant son aiguille, Talia se retourna et plongea son regard émeraude dans celui de sa fille.

« Oh tu sais, parfois même à trente-huit ans on arrive à se découvrir des talents. »

Elle sourit tendrement et se retourna pour nettoyer le cul-de-poule qu'elle avait utilisé pour nettoyer régulièrement l'aiguille.

Laura décida d'aller prendre l'air. Il était cinq heures quatorze du matin.

Elle posa ses fesses devant l'entrée, sur les marches. Elle essaya de réfléchir calmement à la situation.

Premièrement, comment cet homme avait-il trouvé le manoir ? Non pas qu'il soit rayé de la carte, mais tout de même. Il était à cinq bons kilomètres au nord de la route départementale, perdu entre une petite route en terre et des milliers d'arbres. Ou bien c'était une coïncidence. Ou alors il savait où il allait. Et puis d'ailleurs … Qu'est-ce qui lui était arrivé ?

Un froissement de feuille la fit sursauter. Décidément, son cœur était mis à rude épreuve.

« A quoi réfléchis-tu ? »

« A tout ça. J'ai pas l'habitude de voir le manoir transformé en hôpital improvisé alors je fais le point. Dans ma tête. »

Talia se posa à ses côtés, l'enroulant de ses bras pour la réconforter.

« Tu sais, je n'ai pas l'habitude de recoudre l'abdomen d'un gamin de vingt ans. »

« Dix-sept ans. Pas plus. »

Les deux femmes échangèrent un regard complice et rentrèrent dans la demeure, complètement exténuées l'une comme l'autre.

« Finalement je ne suis peut-être pas aussi endurante que ça. »

En passant devant la cuisine, Laura fit une pause. L'odeur et la vue du sang avaient disparu, laissant place à une légère senteur de lavande. Tout avait disparu. Même l'ado.

« Où tu l'as mis ? »

« Dans la chambre d'ami. »

« Maman, c'est la chambre collée à la mienne ! »

Talia esquissa un rictus bien particulier lui donnant un air de psychopathe que seuls elle et son frère Peter savaient faire.

« J'ai fermé la porte à clé. Je ne suis pas folle ! »

Faisant mine de bouder parce que oui, malgré le fait que sa mère ait verrouillé la porte, dormir à côté d'un inconnu rendait Laura fébrile.