Bruce en connaissait un brin sur la dépression – principalement pour l'avoir expérimentée de première main. De fait, la gueule que tirait Thor ne l'avait pas dupé une seule seconde.

« Ça te travaille drôlement, cette histoire de Dollhouse » fit-il remarquer après avoir demandé au Viking de s'asseoir dans l'un des canapés indécemment mous de Tony.

Les grands yeux bleus de Thor luisaient d'humidité, et le physicien songea distraitement qu'il fallait vraiment se méfier des apparences : d'un côté, vous aviez un golden retriever en forme de dieu du tonnerre, et de l'autre, il y avait lui qui planquait le Hulk à l'intérieur. Si c'était pas de l'exemple, ça…

« Vous ne savez pas quel personne est mon frère, Banner » répondit l'alien. « Loki chérissait son esprit comme un guerrier son arme, comme une femme sa beauté. Il s'agissait de sa seule fierté, de son grand triomphe, et voilà que cela lui a été arraché par la plus vile des magies. »

Bruce hésita.

« Vous savez que la Dollhouse est supposée n'engager que des volontaires. Des gens qui acceptent de se laisser réécrire la personnalité. »

L'Asgardien secoua la tête avec un rire amer.

« Mon frère mourrait avant de laisser quiconque le contraindre à changer ce qu'il est. Croyez-moi, je suis bien placé pour le savoir. Je l'ai vu mettre en avant ceux de ses dons qu'Asgard réprouve, seulement car cela lui appartenait et qu'il refusait de s'en défaire, alors que cela lui aurait facilité la vie. »

Il frissonna.

« Non, Loki a été capturé par cette Dollhouse, et réduit à les servir comme un esclave. Et lorsque je le retrouverai, j'aurais des mots avec les maîtres de cette organisation. »

Le physicien déglutit. Il avait le net pressentiment que la conversation se réduirait à un grand coup de marteau sur le crâne des responsables de la Dollhouse. Ce qu'il avait du mal à leur souhaiter, de la même manière qu'il ne souhaitait le Hulk à personne.

Sauf peut-être à Ross. Mais ce n'était pas du sadisme en ce cas-là, juste de la catharsis.


Verity fixait les mots écrits à l'encre noire sur le dossier trônant sur ses genoux. Mine de rien, elle avait usé toute sa réserve d'audace lorsqu'elle avait réclamé le dossier d'Opale à la direction, sous le prétexte de vouloir être mieux renseignée sur sa poupée.

Elle aurait pu tout aussi bien s'abstenir, il n'y avait presque rien dedans : pas de numéro de téléphone, pas d'adresse, même pas de nom ! A croire qu'Opale était juste tombé du ciel, tout droit dans les bras de la Dollhouse.

Bon, il y avait bien quelque chose. Mais merde, que c'était déprimant.

Verity savait que certaines des poupées s'étaient engagées pour l'argent, dans l'espoir de ne plus avoir à travailler après leur contrat de cinq ans. D'autres, comme Topaze ou Mica, voulaient faire effacer des souvenirs déplaisants – dans leur cas des souvenirs de leur service militaire. Pas beau, les conflits d'Afghanistan.

Opale voulait garder les souvenirs de sa famille, c'était leur charge émotionnelle qu'il voulait faire disparaître. L'amour, la colère, la tristesse, tout ce qu'il avait jamais ressenti pour eux… effacé, comme ça.

Ouaip. Elle n'avait jamais rien vu de plus déprimant.