Le loup ouvrit de nouveau les yeux, incapable de savoir combien de temps il s'était rendormit, ni même depuis combien de temps il était dans cette fameuse grotte. Il fut cependant ravi de constater qu'il se sentait infiniment mieux. Il ne ressentait plus cette fatigue étrange, ni la douleur, ni la chaleur dérangeante.
Parvenant à se redresser, il fut plus que surprit en constatant qu'il était revenu à sa forme humaine sans même s'en rendre compte, mais encore plus lorsqu'en tentant de s'asseoir, il prit conscience qu'il n'était pas seul.
- Nom de dieu ! Jura-t-il les yeux écarquillés
Il secoua la tête, pas très sur de voir clair, puis déglutit lorsqu'il fut certain de ne pas rêver. Après de longues minutes à se demander ce que cette créature faisait niché contre lui, il parut reprendre vie. En regardant vers le bas, il soupira en se rappelant qu'il était nu. Il n'avait ni vêtements, ni téléphone, rien lui permettant de demander de l'aide. D'une main tremblante, il toucha du doigt la créature visiblement endormit contre lui et haleta en gouttant à sa température anormalement basse. Sans comprendre pourquoi, un sentiment de protection déferla sur lui et il la prit dans ses bras dans l'espoir de la réchauffer. Horrifié en constatant qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire, il se leva et se dirigea hors de la grotte espérant trouver de l'aide.
Après quelques heures de marche au milieu des bois, Jacob aperçut un cerf à quelques mètres. Mort de faim, il décida de s'arrêter pour chasser, espérant pouvoir nourrir la petite créature dans ses bras. Il la déposa au pied d'un arbre avec précaution et se transforma rapidement. Il fut surprit de constater qu'il semblait plus rapide qu'avant, mais s'en réjouit d'autant plus lorsqu'il parvint facilement a attraper l'animal. Il déchira rapidement le cou et traîna la carcasse jusqu'à la créature qui était resté totalement immobile au pied de l'arbre. Utilisant ses dents, il déchira la cuisse du cerf et arracha la peau avant de la déposer devant son petit protéger. Celui-ci ouvrit les yeux pour renifler la viande devant lui et se mit à lécher le sang qui suintait de la chaire pendant que Jacob se nourrissait avidement du reste de l'animal les yeux rivés sur la scène devant lui.
Le Quilleute attendit un long moment, espérant que son protégé allait parvenir à mordre dans la viande, mais celui-ci se contenta de lécher autant de sang que possible avant de fermer de nouveau les yeux. En soupirant, Jacob reprit forme humaine et reprit la créature dans ses bras pour continuer son chemin. Après un long moment, il vit enfin une route qu'il longea à distance sur plusieurs kilomètres sans croiser la moindre habitation ou le moindre véhicule.
- Comment je vais pouvoir voler une voiture s'il n'y a personne à des kilomètres à la ronde ? Gronda-t-il frustré et inquiet
Alors qu'il commençait à sentir la piqûre de ses larmes de désespoir, il remarqua la solution a son problème à quelques mètres de lui. Là au milieu de nul part, sur le bord de la route, il vit une cabine téléphonique. Il baissa les yeux sur la créature dans ses bras et poussa un soupire de soulagement.
Mais lorsque celle-ci commença à trembler, l'inquiétude le gagna de nouveau et il resserra son emprise espérant que la chaleur de son corps suffirait à la tenir au chaud suffisamment longtemps. Il se pressa d'atteindre la cabine, mais stoppa net devant lorsqu'il prit conscience qu'il ne savait pas qui contacter. Après quelques secondes de réflexion, il lui apparut qu'une seule personne pourrait répondre à ses questions et éventuellement l'aider sans causer plus de problème.
- Service des urgences de l'hôpital de...
- J'ai besoin de parler au Dr Carlisle Cullen, s'il vous plaît, coupa promptement Jacob. C'est une urgence familiale
- Tout de suite, s'empressa de répondre l'infirmière en réponse au ton inquiétant du Quilleute
Jacob attendit quelques secondes en écoutant l'épouvantable musique en espérant obtenir l'aide dont il avait désespérément besoin.
Edward était assit sur le vieux divan de son ancienne chambre, cela faisait quelques jours qu'il avait abandonné le cottage et chaque membre de la famille se relayait pour surveiller Bella à distance.
Il avait décidé d'attendre un peu avant d'aller chercher son loup, suivant les conseils de Jasper. Il scrutait le plafond, se demandant comment il allait pouvoir convaincre Jacob de lui pardonner, même s'il se doutait que le loup n'aurait pas le choix si le lui ordonnait, il ne voulait pas utiliser ce pouvoir sur lui, il préférait gagner sa confiance, lui prouver qu'il ne désirait que l'aimer.
Ses pensées se tournèrent vers la conversation qu'il avait eu avec Jasper lors de leur dernière chasse. Bien qu'Edward ne voulait que se précipiter sur les traces du Quilleute, il savait qu'il avait certaines choses à faire avant, comme de trouver un lieu pour accueillir le loup ou parler à la famille de leur connexion. Jasper avait souligné le fait qu'il ne valait mieux pas le ramener à la maison avec Bella à proximité, par ailleurs, il devait converser avec Carlisle, il avait besoin de conseils.
En soupirant, il se leva pour se diriger vers le bureau de son créateur, se fustigeant silencieusement lorsqu'il prit conscience que celui-ci n'aurait pas beaucoup de temps à lui accorder puisqu'il aller bientôt partir travailler.
Il frappa deux fois et ouvrit la porte pour trouver Carlisle lisant un article sur la chirurgie reconstructive. Celui-ci reposa doucement la revue médicale et leva les yeux vers son fils. Voyant l'expression perplexe d'Edward, il lui adressa un sourire encourageant et l'invita à s'installer sur l'une des chaises face à lui.
- Quelque chose de mal ? S'inquiéta-t-il de suite en espérant que le comportement morose d'Edward ne concernait pas de nouveau Bella
Edward secoua doucement la tête et s'installa face à son père. Il grimaça en se demandant comment avouer ce qu'il avait soigneusement caché à toute sa famille, hésitant à attendre un moment plus propice par manque de temps, mais surtout par lâcheté.
- Je... j'ai quelque chose d'important à t'avouer...
Il s'interrompit en fermant les yeux. Comment pourrait-il avouer à son créateur, son père, son ami ce qu'il avait fait ? Comment pourrait-il avouer la cruauté dont il avait été capable... au point d'en arriver à violer une créature magnifique qui n'avait fait que l'aimer?
Mais il avait besoin de le dire, besoin d'avouer son crime. Parce que oui, crime il y avait eu.
- Je suis un violeur, murmura-t-il pour lui-même sans prendre conscience que Carlisle avait très bien entendu. Je suis un monstre...
Carlisle écarquilla les yeux pas très sur d'avoir bien comprit et se redressa sur son fauteuil si vite que celui-ci faillit s'écrouler derrière lui.
- Que viens-tu de dire ? Souffla-t-il en priant silencieusement d'avoir mal entendu
Edward resta silencieux quelques secondes tout aussi choqué que son père par la façon dont il avait avoué son crime. Il déglutit et pressa ses mains sur ses genoux.
- Un peu avant le mariage, j'ai appris que Jacob Black s'était imprégné, commença-t-il en prenant soin de ne pas croiser le regard de son père. J'étais tellement en colère... persuadé qu'il s'était imprégné sur Bella, qu'enfin, il allait obtenir ce qu'il avait tant voulu. Il s'arrêta et ferma les yeux un instant, regrettant de ne pas être en mesure de pleurer, il ne pouvait que sentir le picotement du venin sous ses paupières. Je l'ai pris à part... et j'ai essayé de le tuer...
Carlisle écoutait attentivement, pas très sur de savoir comment réagir. Il avait toujours prit soin d'inculquer à ceux qu'il avait prit sous son aile un certain niveau de compassion, de respect que ce soit pour les humains ou tout autre créature. Il savait que la jalousie pouvait provoquer des comportements violents, il savait que son fils haïssait le loup pour avoir tenté de lui prendre Bella... mais de là à vouloir le tuer...
- Edward... je...
- Non, s'il te plaît, l'interrompit Edward qui rouvrit brusquement les yeux. J'ai besoin de tout te dire...
Carlisle hocha la tête mécaniquement et attendit patiemment la suite.
- Je ne l'ai pas tué, mais ce n'est pas passé loin, soupira-t-il en passant une main dans ses cheveux. Je ne comprenais pas à cette époque, je ne comprenais pas son comportement, ni le mien parce que malgré toute la cruauté de mes mots et de mes coups, à aucun moment il n'a tenté de se défendre. Ce n'est que durant la bataille contre les nouveaux nés que j'ai appris qu'il ne s'était pas imprégné sur Bella, mais sur moi...
Edward fit de nouveau une pause et se permit enfin de lever les yeux sur Carlisle qui portait une expression décontenancé. Il avait la bouche légèrement ouverte et les yeux écarquillés.
- J'étais encore plus en colère, reprit-il après une bonne minute de silence, tellement en colère. Je ressentais des choses que je ne voulais pas ressentir, le doute, l'inquiétude, la culpabilité... là où j'aurai dû me contenter de le haïr. Edward s'arrêta de nouveau pour plaquer ses deux mains sur son visage, essayant tant bien que mal de retenir ses sanglots, il prit une grande inspiration, dégagea son visage et leva les yeux sur son père qui n'avait pas bougé d'un pouce. J'ai commencé à m'approcher de la ligne de démarcation, j'étais incapable de rester à l'écart, trop intrigué, trop... attiré, curieux ? Je ne sais pas vraiment, mais j'ai fini par le rencontrer un soir et... il m'a offert sa vie. Il m'a proposé de traverser la ligne et de me laisser le tuer pour mettre fin à la situation en faisant passer la chose pour une rupture du traité... il m'a même assuré qu'il avait prit des dispositions pour qu'aucune représailles ne soit organisé contre nous... j'ai accepté...
- Dieu Edward ! S'indigna Carlisle qui parut enfin capable de réagir
- S'il te plaît, le supplia à nouveau le vampire honteux. J'ai essayé... mais je n'y suis pas parvenu, au lieu de cela, je l'ai... je l'ai molesté
De nouveau, Carlisle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais Edward leva la main pour l'arrêter.
- Je me suis enfuit, le maudissant, le tenant pour responsable de mon désir.
Edward souriait amèrement, il voulait se taper la tête contre un mur, il voulait que quelqu'un lui fasse du mal, il voulait être punit pour ce qu'il avait fait et espérait que son père allait remédier à ce besoin, même si au fond, il se doutait que c'était peu probable.
- Bien que mes sentiments pour Bella s'amenuisaient de jour en jour, il n'était pas question d'accepter ce que je ressentais. J'espérai juste ne plus revoir Jacob et finir par oublier ce que je ressentais. Épouser Bella tout en continuant à nourrir ma haine pour lui semblait tellement plus facile que m'avouer la vérité... mais durant la transformation de Bella, alors que j'étais partis dans les bois calmer la colère que je ressentais après avoir entendu l'aveu d'Alice... je... je l'ai rencontré près de la frontière Canadienne.
Les mains d'Edward se crispèrent sur ses cuisses et un grognement bas s'échappa de sa poitrine. Il se mit a trembler de plus en plus violemment et il dû serrer les dents pour s'empêcher de griffer sa poitrine.
- J'étais tellement en colère, sanglota-t-il brusquement. J'ai... j'étais incapable de retenir ma bête... lorsque je l'ai trouvé il était si différent... beaucoup plus petit. Au début, je ne l'ai pas reconnu, mais lorsque j'ai senti son odeur, ma bête à reprit le dessus... je devais le faire mien... je devais le prendre et... je devais calmer ma colère...
- Mon dieu, murmura Carlisle en secouant la tête.
- Je dois le retrouver, Carlisle. Je dois... m'assurer qu'il va bien, je dois le supplier de me pardonner... je dois... j'ai besoin...
Carlisle se leva brusquement. Il était incapable d'en entendre d'avantage. Il ne pouvait pas haïr son fils, peu importe ce qu'il avait fait, mais il y avait une limite à ce qu'il pouvait entendre. Il avait besoin de digérer ce qu'Edward avait fait avant d'être capable de lui offrir ses conseils.
- Edward... je t'aime et rien ne pourrait changer ça, mais j'ai besoin de temps, j'ai besoin de réfléchir à ce que tu dis. Nous déciderons de ce qu'il faut faire lorsque je rentrerai ce soir, souffla-t-il en se dirigeant vers sa bibliothèque. En attendant, je veux que tu lises ça, lui conseilla-t-il en s'emparant d'un vieux carnet de note. Je m'étais lié d'amitié avec Ephraim Black et lors de nos conversations, il a répondu à bon nombre de mes questions. Il tendit le carnet à son fils en soupirant. J'ai noté quelques détails sur l'imprégnation d'Ephraim sur sa femme et quelques remarques sur ce que j'ai pu observer chez les loups. Lis-le avant de faire quoi que ce soit...
Sur ces mots, il s'empara de sa sacoche et de sa veste et quitta son bureau promptement pour se rendre à l'hôpital dans l'espoir d'éclaircir son esprit.
Il fallut beaucoup d'effort à Carlisle pour être capable de se concentrer sur ses patients, mais après quelques heures, il parvint enfin à libérer son esprit afin de se concentrer sur son travail. Lorsque son quart fut terminé, il décida de se réfugier dans son bureau pour réfléchir.
Il savait que le besoin de son fils de s'approprier le loup était naturel, mais n'arrivait pas à accepter la façon dont s'était déroulé la chose. Il avait toujours du mal à croire qu'Edward avait pu aller jusqu'à tenter de le tuer, même après avoir découvert que le pauvre Jacob s'était imprégné sur lui et non pas sur Bella.
Mais de tout ce qu'Edward lui avait avoué, le viol était ce qui ne passait pas.
Carlisle connaissait la fierté des loups, il savait aussi qu'un loup ne pouvait rien refuser à son emprunte et c'est ce qui l'horrifiait le plus. Edward avait un pouvoir sans limite sur Jacob et il n'avait pas hésité à l'utiliser à sa guise.
Pourtant il connaissait son fils, il savait qu'il n'était pas cruel, il n'était pas ce genre de monstre et ses regrets le lui avait prouvé.
Malheureusement, cela ne changeait rien à la situation. Edward avait essayé de tuer un pauvre garçon pour quelque chose dont il était pas responsable et il avait fini par le violer cédant à ses instincts primaires sachant que le loups serait incapable de se défendre physiquement, incapable de le refuser.
Avec un long soupire, Carlisle s'accouda à son bureau et plaqua les mains sur son visage en se demandant comment il allait pouvoir aider Edward, mais aussi et surtout Jacob.
La sonnerie du téléphone le fit brusquement sursauter, il laissa tomber ses mains et s'empara du combiné.
- Oui ?
- Dr Cullen, j'ai quelqu'un sur la ligne qui souhaite vous parlez, il dit que c'est une urgence familiale...
- Bien. Passez-le moi, soupira-t-il en priant pour qu'il ne s'agisse pas d'un problème avec Bella
Il patienta quelques secondes, hésitant à lâcher le téléphone pour se mettre directement à courir vers la maison, mais au moment ou il allait céder à ses craintes, il entendit une voix sur laquelle il concentra toute son attention.
- Carlisle... c'est Jacob... Jacob Black... j'ai besoin d'aide...
