- Il y a quelque chose d'inhumain à bord, lança Thénène.
Pour rentrer à la Congrégation, les Exorcistes avaient décidé de prendre le train puis de continuer par voie maritime plus tard. Une fois installée près de sa sœur, Thénène s'était calée contre elle et s'était endormie rapidement.
Les autres discutaient paisiblement quand elle se réveilla et prononça cette phrase.
- C'est-à-dire ? lui demanda sa sœur.
Au même instant, l'œil gauche d'Allen s'activa et le blandin fut le premier à réagir. Il activa également son Innocence et détruit à l'aide de son canon un Akuma camouflé en serveur.
Lavi ouvrit la fenêtre pour aérer alors que Thénène guidait le nuage de poison jusqu'à la fenêtre. Ils reprirent donc leur discussion, Thénène y participant.
- Votre première mission fut une réussite, se réjouit Allen.
- C'est vrai, acquiesça la japonaise. Et il n'y a pas eu de gros problèmes : tout s'est bien passé.
- Si on omet le fait que tu as voulu ma mort euh... quand tu m'as étranglée dans l'allée... quand tu m'as étranglée devant l'auberge... ensuite à table... après au fleuve... dans la cave... cinq fois ! Et t'as aussi menacé Allen. Et surtout Lavi...
- Oh, Titi, tais-toi : t'es chiante.
- Méchant Kaka...
Thénène se mit alors à bouder dans son coin, attendant de descendre du train.
- Titi ?
-...
- Titiiiiii ?!
-...
- Titi, tu boudes ? demanda Seika.
Sachant qu'elle n'obtiendrait aucune réponse, elle mit sa tête devant le champ de vision de sa sœur, qui fit tout pour l'ignorer, le visage fermé.
- Titiiiiiiiiiiiii ?
-...
- Tu boudes ?
Devant cette absence totale de réponse et connaissant parfaitement sa cadette, la japonaise s'appliqua à faire des grimaces, pour sortir Thénène de son mutisme. Elle haussa simplement les sourcils et ses lèvres s'étirèrent légèrement, affichant un petit sourire.
- Ah ha, j'ai gagné !
À ses paroles, Thénène reprit son sérieux et tourna la tête pour regarder ailleurs. Seika releva les manches de son manteau et se craqua les doigts.
- Aux grands maux, les grands remèdes ! s'exclama-t-elle avant de se jeter sur sa sœur.
Elle la chatouillait de partout, principalement dans les côtes et dans le cou, alors que sa sœur couinait avant de se lâcher et de rigoler. Elle fit par tomber au sol, les larmes coulant à flot, le souffle court. Seika se mit à sa hauteur et continua sa douce torture pendant que sa sœur l'implorait d'arrêter.
- T'as gagné ! T'as gagné ! affirma-t-elle en s'écartant de son aînée.
- T'es sûre ? Je peux te foutre une raclée plus écrasante aussi, si tu veux.
- Nan, nan, nan c'est bon : tu as gagné !
- Comme toujours.
- Tsss, sorcière.
- Pardon ?!
- J'ai rien dit ! Me chatouille pas s'il te plaît !
- Tch. Allez, lève-toi.
Seika se remit sur ses pieds et tendit sa main à sa sœur qui s'en saisit et se releva à son tour. L'aînée s'assit et la cadette s'affala contre elle.
- Titi, t'es lourde.
- Gné, je t'aime moi.
- Lourde dans tous les sens du terme.
- CÂLIN !
Thénène lui sauta dessus et l'emprisonna dans ses bras, la serrant fort contre elle et frottant sa joue contre son épaule.
- Purée, je viens de te dire que t'es lourde !
- Rien à foutre.
- Lâche-moi !
- Non.
Seika essaya tant bien que mal de détacher sa sœur d'elle mais quand elle s'y mettait, il était très difficile de l'arrêter. Surtout qu'elle adore les câlins et embêter son aînée. Kanda les ignorait simplement et le reste du groupe rigolait face aux idioties de ces deux filles. Quelque chose de volant et doré entra en trombe par la fenêtre et heurta le front d'Allen. L'attention de Thénène fut directement reportée sur Timcampy qui s'était posé sur la tête du blandin. Elle desserra son emprise autour de sa sœur et fixa le golem.
- Ah Tim ! Je te cherchais ! Tu étais où ces deux derniers jours ?
- Thénène, ça va ? s'inquiéta Seika, surprise que sa sœur la lâche aussi brusquement.
- Oui, oui, oui.
- Pourquoi fixes-tu Timcampy comme ça alors ? s'enquit Allen, curieux.
- Je sais pas... J'ai...
- T'as quoi ?
- Seika, je crois l'avoir déjà vu quelque part...
- Et où ça ?
- Je... je sais plus...
Les deux sœurs se regardèrent longuement dans les yeux jusqu'à ce qu'elles ne soupirent en même temps.
- Nan, en fait, oubliez ce que j'ai dit, déclara Thénène en fermant les yeux et croisant les bras. Je suis fatiguée.
- Dors Titi.
- Ne t'endors pas maintenant, intervint Lenalee, on descend au prochain arrêt !
- Merde.
- Calme ton vocabulaire, la gronda Seika.
- Dixit celle qui a juré comme une charretière dans la cave parce qu'elle n'assume pas sa mémoire de poisson rouge.
- Thénène, je vais te-
- Hikari.
- Yamiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Laisse-moi juste lui faire un peu mal !
- Non ! Tu ne me/la touches pas ! lui dirent synchroniquement sa cadette et le kendoka.
- Tch. T'as de la chance Thénène... Attends de voir à la Congrégation Baka Gaki.
- J'ai tellement hâte mon Kaka d'amour.
- Thé-
- Allez, descendons ! la coupa le rouquin.
Tous se levèrent et se dirigèrent vers la sortie, bagage en main. En tête de la marche, Thénène se collait presque à Kanda, de peur que sa sœur ne l'attrape dans la gare subitement, sachant qu'elle était absolument capable de le faire. Le kendoka étant le seul à réussir à refréner les envies meurtrières de sa compatriote japonaise, il était plus sûr pour sa sécurité et sa vie de rester près de son garde du corps improvisé, ce dernier n'étant pas consentant face à ce rapprochement soudain.
- Tu veux quoi Gaki ?
- Seika.
- Et bah ?
- J'ai peur qu'elle me saute à la gorge. S'il te plaît, si tu vois qu'elle s'approche pour me faire un truc, stoppe-la ! gémit la métisse, effrayée.
- J'en ai rien à foutre.
- Mais s'il te plaît ! Elle veut me tuer !
- Il se passe quoi devant ? lança Lavi, malicieux comme à son habitude. Un petit rapprochement ?
- Urusai Baka Usagi ! s'exclamèrent les deux japonais et Thénène.
- Ah pourquoi t'as réagi Seika ? T'es jalouse ? T'as peur qu'elle te pique ton mari ?
- Déjà : je ne suis pas amoureuse de Kanda donc j'ai pas à être jalouse. Et s'il le fallait, je l'aurais été d'une personne qui en vaut vraiment la peine.
- Mais merci, c'est sympa, je t'entends si t'étais pas au courant !
- Et ensuite, Thénène n'aura pas de copain pendant encore de longues années.
- Ah, pourquoi ça ? s'incrusta Lenalee.
- C'est parce qu'elle est célibataire, répondit Thénène à sa place. Elle veut que je le reste avec elle.
- J'vais t'buter sœurette.
Seika voulut attraper Thénène mais celle-ci se cacha derrière le kendoka, blasé. Il attrapa l'aînée de la fratrie par le col de son manteau et mit une bonne distance entre les deux filles.
- Yamiiiiiiiiiiiiiiiii ! Laisse-moi juste l'enterrer vivante !
- Hikari. Ne touche pas à ta sœur.
- Mais-
- Y'a pas de mais qui tienne, oublie pas que tu as besoin d'entraînement : pour une fois que ta sœur sert à quelque chose.
- Mais je suis toujours là, s'offusqua la métisse. Arrêtez de parler de moi : je suis en face de vous !
- Et Hikari, c'est la dernière fois que je me répète.
- Injustice, grogna la japonaise avant de se diriger avec la sortie de la gare.
- Merci Kanda !
- Et toi, arrête de chercher ta sœur.
Thénène se cacha derrière l'apprenti Bookman, le temps que le japonais s'en aille à son tour.
- Putain, lâcha-t-elle dès qu'il disparut de son champ de vision, ils me font trop flipper !
- D'un côté, tu cherches les problèmes, lui fit Allen, gentiment.
- Je sais, mais je peux vraiment pas m'en empêcher. Et encore moins avec Seika !
- On avait remarqué !
Ils rirent tous les quatre avant de rejoindre les deux japonais qui les attendaient.
- Dis Lavi ?
- Oui ?
- En cas de danger, je peux compter sur toi ?
- Bien sûr, lui garantit-il enjôleur.
- Lavi, arrête de draguer ma sœur.
- O-O-Oui m'dame !
- Pff. Je le savais, marmonna Thénène.
- Comment on rentre ? s'inquiéta alors le blandin.
Ils se trouvaient à l'entrée de la gare, bloquant le passage. La chinoise interpella un passant et lui demanda le chemin pour accéder au port. Bienveillant, il le lui nota sur une feuille qu'il lui donna et la salua chaleureusement. Lenalee fit alors signe aux autres de la suivre, les instructions en main. Une dizaine de minutes plus tard, l'air salin de la mer se fit sentir et le groupe d'Exorcistes débarquèrent sur un port. La sœur du superviseur réclama au près des hommes qui travaillaient une embarcation assez solide pour transporter ce beau monde.
Ils lui en désignèrent une qui leur était inutile. Les apôtres de Dieu s'en emparèrent donc et embarquèrent un par un.
- Comment on fait pour mettre en mouvement cette vieille bicoque ? voulut alors savoir la métisse.
- Tu refais ton truc de la dernière fois non ? proposa Lavi.
- Ah nan ! Seika le fera : je suis trop fatiguée.
- Dis plutôt que t'as la flemme, idiote.
- T'as tout compris !
- Tch.
La jeune femme aux cheveux lisses s'installa à l'arrière et se concentra. Un tourbillon apparut et leur embarcation bondit en avant et fendit les flots calmes. Comme la première fois, tout le monde s'accrocha. Le temps fila et une terre apparut rapidement. Seika, au lieu de ralentir, accélérait, provocant une certaine panique générale.
- Seika ! Arrête-toi ! glapit Lavi, affolé.
Tellement concentrée sur son travail, elle ignora royalement le rouquin. Sa sœur lui tira alors le manteau et elle se retourna enfin.
- Ah merde !
Elle cessa alors et le batelet ralentit progressivement. Il laissa néanmoins une marque dans le sable avant de s'immobiliser complètement. Tout le monde mit pied à terre sauf le rouquin, secoué.
- Vous êtes vraiment incroyables... chuchota-t-il.
- Ça va : t'es encore vivant ! répliqua Seika. Allez, sors de là : on doit encore marcher.
Il s'exécuta, tremblant, leur permettant de poursuivre leur progression. Ils atteignirent alors l'endroit où devrait techniquement se situer la Congrégation.
- C'est l'heure de grimper ! s'exclama Lenalee.
- Quoi ?! s'étonna Thénène. On va grimper ?!
- Exaaaaa mon Titi ! Un peu de sport ne te fera pas mal je pense...
- Ah Kaka. Enfin bref, laissez-moi faire.
Ils attendirent calmement que Thénène fasse quelque chose et se sentirent brusquement s'élever dans les airs. La cadette se concentrait sur la terre sous leurs pieds et la poussait vers le haut, dressant ainsi un pilier. Au niveau de l'îlot de la Congrégation, elle arrêta l'ascension et étira une large bande de terre, servant de passerelle entre leur position et la plateforme face à eux. Ils le traversèrent et de nombreux golems noirs vinrent les entourer et filmer le reste de leur marche. Ils arrivèrent devant le gardien qui les reconnut et leur laissa le passage.
Ils se posèrent un instant dans le hall.
- Thénène, tu devrais aller à l'infirmerie, lui conseilla Allen.
- Tant qu'on me fait pas de piqûres, je suis pas contre... Euh, où est l'infirmerie ?
- Je t'accompagne ! se dévoua galamment Lavi.
- Je vous accompagne aussi dans ce cas, gronda Seika.
Kanda s'en alla sans dire un mot, probablement dans sa chambre.
- Moi je vais donner l'Innocence à Nii-san et commencer le rapport de mission.
- Je t'aide pour le rapport dans ce cas.
- Merci Allen ! Bon bah, à tout à l'heure les amis.
Ils se séparèrent alors, Lenalee et Allen allant de leur côté tandis que Thénène, Seika et Lavi prenaient un autre chemin. Durant tout le trajet, la japonaise fixait le garçon en face de lui, le rendant nerveux. Cette situation amusait sa sœur qui se mordait la lèvre pour ne pas exploser de rire.
- A-Alors ? Que pensez-vous de la Congrégation ?
- C'est vraiment terne : y'a pas de couleur, déplora la benjamine du groupe.
- Je confirme Titi, comparé à notre maison : y'a vraiment aucune joie de vivre on dirait.
- Pourtant il y a une bonne ambiance ici. Enfin, quel est votre type de garçon ?
Thénène explosa de rire et Seika fusilla alors Lavi du regard, se demandant si elle devait le tuer ou non.
- T'es pas mon type d'homme le lapin.
- Ah tu préfères les grands hommes et d'origine japonaise ?
- J'vais te-
- Calme-toi Seika : il te taquine, s'interposa tranquillement sa sœur. Personnellement, j'en ai pas.
Lavi tilta.
- C'est-à-dire ? Tout le monde peut t'intéresser ? s'enquit-il en se tournant vers elle.
- Ouais.
- Intéressant... Tiens, nous sommes arrivés.
- Merci Lavi ! lui sourit la métisse. À tout à l'heure !
Elle entra dans l'infirmerie, suivie de sa sœur.
- Oublie ma sœur le lapin, lui dit-elle froidement avant de pénétrer à son tour dans l'infirmerie.
