Helloo-o !
Je suis désolée de mon dernier post qui sentait un peu la fille overbookée à plein nez... ^^'
Et j'espère avoir répondu à tout le monde pour les deux chapitres précédents ?
J'espère que ce chapitre 11 éveillera plus votre intérêt que les autres puisque le suivant est ""crucial"", un peu un turning-point dans toute La Faille. =)
(comprendre: l'auteure stresse presque autant que pour cette saleté de concours qu'elle passe.)
Merci à janeandteresa, Sweetylove30, LAurore, leelou09, Ju-lit, Totallyfan et Paffi. =)
Anara: J'aime beaucoup l'interprétation que tu donnes du chapitre 9 et je suis contente d'avoir réussi à rendre les choses visuelles. :) Oh et je suis absolument enchantée de lire ton enthousiasme quant à cette histoire. Ca fait super plaisir ! ^^ Merci à toi ! :)
Enjoy: Quelle review pour le chapitre 9 ! Je ne sais même pas quoi répondre en fait. ^^' Tu m'as scotchée, je suis absolument ravie que ça te plaise et surtout que ça t'inspire de telles réactions ! Merci merci merci ! :) Et deux reviews pour le prix d'une par la suite. :) Je suis contente que le chapitre t'ait plu parce que j'avais peur qu'il passe pour un intermédiaire entre deux. Et puis tu décris tellement bien tout ce que je voulais évoquer lorsque j'ai écrit que je reste admirative à chaque fois. =D Oh, si ça peut te rassurer, il y a la sphère 3 après la 2 (en tout cas la comparaison avec 2012 m'a beaucoup fait rire ^^). "cinématographique" = l'un des compliments les plus génialissimes qu'on m'ait jamais fait. MERCI ! =)
FewTime: Je suis contente que la chapitre 9 t'ait plu. :D Bosco était une double excuse: j'aime ce perso et j'avais besoin que Lisbon s'ouvre auprès de Jane. (Oh et j'ai tendance à penser que Jane n'a pas complètement saisi l'ampleur de l'affection que Lisbon portait à Bosco, mais ça dépend des jours, avec Jane je ne suis jamais sûre de rien. ^^) J'ai été super heureuse quand j'ai lu que le bouleversement des sentiments avait l'effet que j'espérais. :) Et surtout, j'ai été heureuse de lire que Chris te plait \o/ Lisbon fiancée, c'est une fantaisie de ma part, j'aimais beaucoup l'idée. (et ça évite l'assimilation "une enfance compliquée = une fille incapable d'aimer", je voulais une autre justification de sa vie sentimentale -mais je suis sûrement trop impliquée pour être objective ^^') Pour ta deuxième review, je suis en retard moi-même je n'ai rien à dire. :) J'ai beaucoup aimé ta réaction envers Jane, du début à la fin, mais j'ai surtout aimé ton parallèle avec alliance et collier. :) [figure-toi que j'ai moi-même quelques problèmes avec Grace parfois...] Oh et oui, tu es libre d'aimer Chris. ^^ Pour finir je suis très heureuse que la déclaration de Lisbon ait été appréciable, je m'étais laissée aller à ne pas la retravailler. :) Merci beaucoup !
Lalala: Elle arrive, contente de lire ton enthousiasme. :)
Chapitre 11: My life would suck without you – Kelly Clarkson [Ma vie serait nulle sans toi]
"I know that I've got issues, but you're pretty messed up too.
[Je sais que j'ai des problèmes, mais tu es toi aussi plutôt dérangé.]
Either way I found out, I'm nothing without you.
[Quoi qu'il en soit, j'ai découvert que je ne suis rien sans toi.]"
.
Lisbon sentit la mauvaise humeur la gagner dès lors qu'elle raccrocha après une brève conversation téléphonique avec Rigsby.
Son agent était parti dans la matinée, accompagné de Jane, pour aller interroger Lauren Cliff, la secrétaire de Gary Jr, au sujet de l'étude de notaires douteuse, Berner & Hooke. La jeune femme avait assuré n'avoir rien trouvé concernant cette étude et pas même le nom ne lui disait quoi que ce soit. Jane l'avait alors provoquée en feignant la trouver incompétente et elle avait fondu en larmes. Rigsby avait dû chasser le consultant de la pièce pour la calmer et avait perdu une demi-heure à écouter les malheurs d'une pauvre fille paumée.
En ressortant enfin, Rigsby n'avait pas retrouvé Jane et n'avait pas pu le joindre non plus. Il avait réessayé pendant dix minutes puis avait appelé sa supérieure pour savoir quoi faire. Elle avait été sans pitié : qu'il laisse le consultant sur place.
Maintenant, avec quelques minutes de recul, elle devait bien s'avouer qu'elle n'avait pas été patiente et encore moins objective. Le sujet Jane était délicat, et ses sentiments envers ce sujet étaient trop versatiles pour le moment. Il y avait l'agacement de savoir qu'il n'avait pas tenu sa promesse et qu'il était venu voir si elle était bien rentrée la veille. Il y avait aussi son comportement insupportable, quand il feignait que rien ne le touchait, qu'il ne lui en voulait pas, qu'il était totalement indifférent à la situation, alors même qu'il dormait clairement dans le grenier et était tout aussi clairement frustré qu'elle l'ait remis à sa place. Il y avait l'agacement qu'elle ressentait envers elle-même, parce qu'elle regrettait sa présence. Il y avait sa tristesse aussi, parce qu'il lui manquait, pas Jane son consultant, Jane son ami –pas Jane le plaisantin agaçant, mais le Jane silencieux et doux qui avait partagé quelques jours de sa vie. Il y avait sa peur aussi, sa peur de comprendre pourquoi il lui manquait tant, sa peur qu'il ne revienne plus, qu'elle ait tout perdu. Et puis il y avait la culpabilité. Cette affreuse culpabilité qui l'avait empêchée de dormir la nuit dernière.
Jane avait vu Chris, et même si elle n'aurait su dire comment il avait réagi à sa présence, elle n'était pas à l'aise avec la situation. Chris avait été important dans sa vie, et elle le retrouvait avec un immense plaisir, mais il appartenait plus au passé qu'à la vie qu'elle construisait. Elle ne voulait pas que Jane croit quoi que ce soit concernant la présence de son ex-fiancé, ni qu'il apprenne par quelqu'un d'autre qu'elle qui il avait été… Mais aborder le sujet était impossible, elle ne pouvait pas se confier à lui, elle ne le voulait pas. Elle voulait qu'il revienne dans sa vie, mais elle ne voulait pas parler.
Elle secoua la tête pour chasser ses pensées contradictoires et eut l'un de ces espèces de sourires tristes qui se teintent de regrets. Il lui manquait d'heures en heures et c'était plus fort qu'elle. Elle s'en voulait autant qu'elle lui en voulait. Il aurait dû rester distant, ne jamais commencer à la protéger, ne jamais l'amener à aimer sa présence. Tout aurait été plus simple.
-Patron ? appela timidement VanPelt en franchissant le pas de la porte ouverte.
-Oui ? se réveilla la brune.
-Cho et moi avons entrecoupé nos informations et je pense que les résultats peuvent vous intéresser.
-J'arrive, répondit Lisbon en fermant les fichiers ouverts de son ordinateur. Des nouvelles de Rigsby ou de Jane ? s'enquit-elle distraitement.
VanPelt lui fit signe que non et Lisbon sentit la colère revenir. Elle allait tuer Jane dès lors qu'il referait surface. Ses absences lui portaient toujours sur les nerfs, et étant donné qu'elle était déjà sur les nerfs, son consultant avait du souci à se faire.
Lisbon se posta derrière les chaises de Grace et Cho et observa l'écran de la rousse.
-On a chacun de notre côté rassemblé les informations qui paraissaient suspectes, moi sur les comptes, et Cho dans la liste des clients décédés, expliqua Grace. Après j'ai coupé les informations pour voir si nous avions des données en commun et ça donne ça.
Elle cliqua sur une icône et deux listes apparurent côte à côte, certains noms étaient surlignés en rouge.
-Vous voyez les noms surlignés ? demanda VanPelt.
Lisbon émit un son d'acquiescement tout en fixant l'écran. Elle comprit immédiatement ce qu'avaient découvert ses agents.
-Berner & Hooke ont reçu peu avant chaque décès des paiements des familles bénéficiant des testaments des morts, expliqua Grace à voix haute.
-Autrement dit, Jane avait raison, soupira Lisbon. Berner & Hooke ont trouvé le moyen d'écourter des vies contre de l'argent, faisant affaires avec les familles.
-C'est sûrement pour ça que Carrie Fletcher a dit à Rigsby et Jane que Gary Jr fouinait chez les notaires, fit remarquer Cho. Il avait été sollicité pour enquêter sur cette étude et il a dû trouver quelque chose.
-Et son fils était au mauvais endroit au mauvais moment, ainsi que le gardien, termina Lisbon. Il faut trouver qui a mis Gary Jr sur cette piste… VanPelt, il doit y avoir une trace d'un paiement sur son compte, voyez si vous pouvez trouver le client.
-D'accord patron, répondit la rousse en se remettant immédiatement au travail.
-Cho, attends Rigsby. Quand il sera là, emmène-le avec toi voir Carie Fletcher, peut-être qu'elle saura nous dire quelles questions posaient Gary Jr et surtout si elle sait quelque chose de l'activité illégale de ses employeurs.
Cho hocha la tête et se leva pour aller appeler Rigsby plus loin.
Lisbon retourna dans son bureau pour mettre à jour son memo, espérant avoir à s'en servir bientôt pour boucler cette enquête.
A cet instant, elle aurait tout donné pour fuir le travail et rentrer chez elle, retrouver Bouh et son canapé… Mais elle savait que c'était se faire autant de mal que de bien, sa maison était toujours habitée par des échos, lui rappelant cruellement le vide qu'elle avait fait.
Un vide qu'elle regrettait.
Lisbon fut sortie de sa paperasse en milieu d'après-midi, par Jane. Il entra silencieusement, fermant la porte derrière lui. Elle le dévisagea, surprise, et attendit qu'il lui explique la raison de sa venue.
-La secrétaire, on est sûr qu'elle est sans histoire ? s'enquit-il finalement en se plantant devant le bureau, les mains dans les poches.
-Oui pourquoi ?
-Trop bonne comédienne pour être honnête, répondit-il en haussant les épaules. Vous devriez chercher à nouveau, elle est froide.
-Froide ? releva-t-elle.
-Sans sentiment, au cœur glacé, capable de meurtre de sang-froid, vous voyez ?
Elle acquiesça, bien qu'un peu surprise par l'idée.
-Et vous vous basez sur quoi ?
-Vous n'avez jamais confiance en mes théories hein ? s'exaspéra-t-il.
-Je veux des faits Jane, j'ai besoin de faits pour monter un dossier, je ne suis pas un superhéros qui arrête les méchants d'un froissement de cape, ironisa-t-elle.
Il eut un léger sourire, amusé par l'idée. Elle se détendit légèrement, elle préférait ce sourire à sa mine concentrée, ça lui rappelait des temps moins compliqués.
-Elle veut passer pour une émotive, mais aucune parcelle de son bureau n'est personnalisée, expliqua-t-il en fin de compte. Aucune photo, pas de bibelot, un pot à stylos sobres, un simple ordinateur, des tons oscillant entre le noir et le gris, aucune feuille de travers… Elle est méticuleuse et froide. Mais c'est aussi une excellente comédienne, elle a un très bon contrôle de son corps : les larmes, les sanglots, le contact visuel, le pouls très calme… Elle est redoutablement douée.
-Attendez, vous pensez que c'est elle la tueuse ? s'étonna Lisbon.
Jane fit la moue, apparemment encore hésitant avec son hypothèse.
-Je ne sais pas vraiment, avoua-t-il à regret. Mais je serai prêt à parier qu'elle n'est la secrétaire de Gary Jr Robin que depuis quelques temps, selon mes estimations, ça correspond environ au moment où Gary Jr s'est intéressé à l'étude des notaires.
-Je vais demander à VanPelt de vérifier, convint Lisbon. Autre chose ?
-Moi non, vous ?
Elle haussa un sourcil, étonnée par sa question. Il avait perdu son air plus réjoui, retrouvant le sérieux, et elle comprit finalement ce qu'il sous-entendait.
-C'est ma vie privée Jane, marmotta-t-elle, sur la défensive.
-Je n'ai rien dit, de quoi parlez-vous ? feint-il, parfait bluffeur.
-Ça ne vous regarde pas, vous devez arrêter ça maintenant, insista-t-elle, agacée par son comportement.
-Arrêter quoi ?
Il la défiait du regard, pas avec cette habituelle lueur de malice qu'elle trouvait si amusante, mais avec de la froideur. Elle savait ce qui se cachait derrière ce visage, et elle trouvait plutôt effrayant de réaliser une fois encore au combien elle commençait à le connaître. Elle savait qu'il y avait de la douleur bien cachée au fond de ses yeux, et de l'amertume quelque part perdue dans sa voix.
-Vous êtes obligé d'arborer ce masque stupide à chaque fois ? s'exaspéra-t-elle bien malgré elle. Ne faîtes pas semblant de ne rien ressentir, vous n'auriez pas une fois encore trouvé le chemin de chez moi hier soir si vous étiez si insensible à la situation.
-Je ne vois pas de quoi vous parlez Lisbon, je suis rentré chez moi hier soir.
-Mais bon sang Jane ! s'agaça-t-elle. Quand comprendrez-vous enfin que je n'ai pas besoin de vous ? Quand comprendrez-vous que vous n'avez pas le droit de rentrer dans ma vie et de tout chambouler ?
-Je peux savoir pourquoi vous criez ? répondit-il calmement, impassible.
Elle le trouvait affreusement cruel, elle ne pouvait s'en prendre pourtant qu'à elle.
-Arrêtez de vouloir me protéger Jane ! Vous avez passé un mois sans moi, sans même chercher à savoir comment j'allais ! Eh bien retrouvez cette bonne vieille habitude, oubliez-moi ! J'étais bien mieux sans vous !
Le mensonge lui brûla la gorge avant même qu'elle n'ait fini sa dernière phrase et elle eut une fugitive envie de laisser ses yeux s'inonder. Elle aurait dû prendre un somnifère la nuit dernière et dormir, elle aurait dû fuir le café, elle aurait dû se taire, et ne jamais commencer à crier.
Elle vit le visage de Jane changer en un instant, passant de l'impassibilité à la colère.
-C'est ce que vous pensez ? gronda-t-il d'une voix mal maîtrisée. Vous pensez vraiment que je vous ai oubliée pendant un mois sans chercher à savoir quoi que ce soit de vous ?
-Osez dire le contraire, le défia-t-elle.
Il détourna le regard sur le côté, l'air franchement blessé. La colère dominait toujours ses traits cependant, mais elle n'était pas sûre que cette colère soit dirigée contre elle.
-A votre avis Lisbon, pourquoi vous n'avez pas passé une journée sans voir un membre de l'équipe pendant les deux semaines qui ont suivi votre sortie d'hôpital ? lança-t-il en la fusillant du regard.
Elle ouvrit la bouche pour protester mais il leva la main pour la faire taire.
-Vous êtes là à me donner des leçons, à me reprocher de ne pas avoir été là alors que vous n'en savez rien. Vous ne savez pas ce que ça a été d'accepter que la mort de Kelly soit ma faute, d'accepter que vous étiez en danger à cause de moi, d'accepter que vous soyez désormais une partie du plan de John LeRouge !
Il commençait à hausser le ton mais elle n'osait plus parler ni l'interrompre. La colère avait délié la part d'ombres de Patrick Jane, et elle était toute ouïe.
-J'ai passé un mois à m'empêcher d'aller vous voir, pour vous garder en sécurité ! s'énerva-t-il. Et vous pensez que j'ai subitement décidé de revenir vous voir juste pour bousculer votre quotidien ? J'ai été là chaque soir depuis des semaines, depuis votre sortie d'hôpital ! Je n'ai pas manqué une seule soirée, j'ai vérifié que vous étiez en sécurité aussi souvent que possible, j'ai passé des nuits entières à m'imaginer les pires scénarios ! Alors oui je suis allé trop loin dans votre vie privée, oui j'ai voulu vous protéger plus que je ne l'avais jamais fait, mais vous n'avez pas le droit de me reprocher de vous avoir oublié !
Elle chercha ses mots alors qu'il la fixait avec intensité et colère, mais elle ne trouva rien à dire. Elle était affreusement désolée de ce qu'elle avait affirmé, de ce qu'elle avait fait, mais elle n'avait pas su. Le choc de cette vérité lui vola toute chance de lui répondre et elle vit ses épaules s'affaisser alors qu'il comprenait qu'elle ne dirait rien. Sans doute pensait-il déjà qu'il s'était humilié en vain.
-Ne tenez pas compte de ce que je viens de dire, marmotta-t-il sans la regarder, l'air douloureux.
Il se dirigea vers la porte et l'idée de son départ envoya un électrochoc à la brune. Elle se leva en revenant enfin à elle.
-Jane, souffla-t-elle.
Il s'arrêta la main sur la poignée de porte mais ne se tourna pas vers elle. Elle chercha ses mots, combattant l'envie grandissante de laisser le torrent d'émotions l'envahir.
-Vous me manquez, avoua-t-elle à mi-voix, si bas qu'il pensa avoir rêvé.
Il tourna la tête dans sa direction mais sans la regarder.
-C'était votre décision Lisbon, pas la mienne.
-Je regrette ma décision, avoua-t-elle en se maudissant mentalement de céder, sans doute trop émue pour être rationnelle.
-Vous avez les idées embrouillées.
-Je sais, approuva-t-elle en souriant tristement. Mais je le pense même quand mes idées sont à peu près claires. J'ai besoin de temps pour prendre du recul et comprendre, confessa-t-elle à regret, mais je sais que même avec toute la lucidité du monde, vous me manquerez encore.
Pendant un fugitif instant, il parut sur le point de revenir vers elle, mais son visage se referma aussitôt et il resta à la porte.
-Je vais demander à VanPelt si elle trouve quand Lauren Cliff a été embauchée par Gary Jr, lança-t-il finalement.
Il ouvrit la porte et sortit de son bureau aussitôt, et Lisbon se traita d'idiote en se laissant retomber sur son fauteuil. Elle enfouit sa tête dans ses mains et chercha à calmer la douleur qui meurtrissait son être entier. Elle récoltait ce qu'elle avait semé, et pourtant ça lui semblait être la punition la plus draconienne qui soit.
Et il lui manquait toujours plus.
Jane faisait les cent pas dans le grenier depuis dix bonnes minutes, s'insultant, se détestant, dans un pas vif, agacé. Il s'arrêta brutalement et donna un coup de pied dans le mur sous la fenêtre avant de sentir la douleur physique s'ajouter à la douleur mentale.
Les mots de Lisbon l'avaient touché en plein cœur. Pas ces affreux mots où elle avait avoué penser qu'il l'avait oubliée pendant des semaines, mais plutôt ceux si doux qu'elle avait formulés à mi-voix, honteuse de sa faiblesse sans doute. Il avait eu cette effrayante envie de revenir vers elle et de la prendre dans ses bras, cette stupide envie de tout gâcher encore une fois. Et il avait fait bien pire.
Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? Pour la deuxième fois elle lui offrait une chance de revenir, lui donnant cette fois des espoirs fous, et il la laissait en plan sans même tenter de la réconforter ?
Il y avait une différence notoire entre s'éloigner de quelqu'un pour son bien et n'être qu'un idiot à l'orgueil mal placé, et pourtant, il avait franchi le pas séparant les deux avec une facilité exaspérante. Il détestait être aussi fier, être incapable de se laisser porter vers elle, il haïssait cette culpabilité, ce poids des décisions prises depuis longtemps, ces promesses qu'il tiendrait… Il haïssait tout ce qui le maintenait loin d'elle, tout ce qui la faisait souffrir. Alors immanquablement, il se haïssait.
Il laissa passer quelques minutes de plus avant de pouvoir revêtir le masque des habitudes, puis il redescendit dans les bureaux.
-Oh Jane, tu tombes bien, sourit VanPelt en le voyant arriver.
-Ah ? s'enquit-il en se dirigeant vers la cuisine où elle le suivit.
-J'ai mis en pause la recherche sur Gary Jr que voulait Lisbon pour me pencher sur Mademoiselle Cliff.
-Et ?
Il mit sa bouilloire en route tout en sortant le nécessaire pour un thé.
-Elle a été embauchée il y a un mois et demi, l'informa-t-elle avec un sourire ravi.
-Intéressant.
-Le problème c'est qu'elle a un alibi solide pour le meurtre, déplora la rousse en perdant son sourire. Tu veux que je regarde s'il y a un lien entre elle et l'étude Berner & Hooke ?
-Sa mère, lança tout naturellement Jane en remplissant sa tasse.
-Sa mère ? releva-t-elle.
Jane acquiesça tout en reposant la bouilloire.
-J'ai lu le rapport d'interrogatoire, elle a dit que sa mère était malade dernièrement, expliqua-t-il.
-Et ?
-Tu trouveras sans doute que son testament est chez Berner & Hooke.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
Elle fronçait les sourcils, cherchant à faire les liens. Jane embarqua sa tasse de thé vers son divan, suivi par sa jeune amie, toujours sceptique.
-Je veux dire que Mademoiselle Cliff va sûrement bientôt hériter de la fortune de sa chère mère, et si tu vérifies ses finances, elle a sûrement parié avec Berner & Hooke dernièrement.
Une lueur de compréhension passa dans les yeux de VanPelt et elle ne chercha pas à en demander plus. Elle se dirigea immédiatement vers le bureau de sa supérieure pour lui annoncer le raisonnement du consultant. Elle espérait seulement qu'il n'était pas trop tard pour la pauvre Madame Cliff.
Jane fut réveillé par une main légère sur son épaule et vit Grace lui adresser un regard navré.
-Tu serais mieux dans un lit, lui suggéra-t-elle doucement. Il est vingt heures.
Il s'assit sur le canapé et regarda les bureaux plongés dans la pénombre. Cho et Rigsby parlaient à voix basse derrière Grace.
-On s'en va, l'informa-t-elle.
Il acquiesça et jeta machinalement un coup d'œil au bureau de Lisbon.
-Lisbon est partie vers dix-neuf heures, déclara la rousse. Elle a prévenu la police de Chicago qu'il fallait faire interner dans l'hôpital le plus proche madame Cliff et elle a lancé un avis de recherche sur Lauren Cliff. On a découvert grâce aux vidéosurveillances de l'aéroport qu'elle n'est pas allée à Chicago voir sa mère le jour du meurtre. On ne l'a pas trouvée à son bureau et Cho et Rigsby ont pu vérifier que son appartement était vide.
-D'accord, marmotta-t-il.
-On se voit demain ?
Il hocha la tête, économisant ses mots pour laisser plus de place à ses pensées emmêlées.
-Bonne nuit alors, souffla-t-elle avec un sourire amical.
-Bonne nuit, répondit-il machinalement.
-Salut, lancèrent Cho et Rigsby l'un après l'autre lorsqu'ils constatèrent que Grace revenait vers eux.
Les trois agents partirent ensemble, sûrement pour une sortie d'avant week-end. Les samedis matins ils embauchaient plus tard et il n'était pas rare qu'ils prennent le temps de sortir les vendredis soirs pour boire un verre ensembles. Parfois, Jane les avait accompagnés, appréciant leur compagnie, leur amitié. Mais ils savaient quand lui demander de les rejoindre, et ce soir ce n'était pas le bon soir, alors ils n'avaient rien dit.
Il ne put s'empêcher de penser qu'il avait des amis d'une subtilité admirable.
Il se leva avec dans l'idée d'aller faire un tour discret du côté de chez Lisbon, pour vérifier qu'elle était bien rentrée. Cependant il fut interrompu dans ses projets par l'arrivée d'un homme brun familier qui s'arrêta avec une moue déçue face au bureau de la brune.
-Je peux vous aider ? lança Jane plus pour pouvoir se faire une idée de cet homme qui connaissait Lisbon que par réelle intention de l'aider.
Le brun se tourna vers lui et lui adressa un sourire surpris.
-Vous êtes Patrick Jane non ?
-C'est bien moi, confirma-t-il dans un sourire faux mais parfait pour quiconque n'était pas Lisbon.
-Je suis Chris Palmer, dit-il en tendant la main. Je suis un vieil ami de Teresa.
-Enchanté, répondit Jane d'un ton neutre -qui le surprit lui-même- tout en serrant la main tendue.
-Elle est déjà partie ?
-Elle est rentrée chez elle.
-Dommage, déplora Chris.
-Je peux transmettre un message ?
Là encore, il devait avouer être plus motivé par la curiosité que par l'altruisme –non pas que l'altruisme ait jamais fait partie de ses qualités d'ailleurs.
-C'est sympa, sourit Chris, mais je ne vais pas vous embêter, je l'appellerai, c'était sans importance.
Jane haussa les épaules, feignant l'indifférence alors même qu'il rongeait ses freins intérieurement, s'empêchant formellement de tester toute lecture à froid sur ce Chris sorti de nulle part. Il y avait vraiment des moments où il regrettait de ne pas tout savoir de Lisbon, et ce moment en était définitivement.
Le silence allait devenir gênant lorsque Chris reprit la parole :
-Ecoutez, je ne suis pas du coin alors je vais repartir bientôt. Teresa ne le sait pas encore, je compte sur vous pour me laisser le lui dire…
Jane acquiesça, il n'avait aucune intention d'être le porteur de mauvaises nouvelles, il avait bien assez provoqué la tristesse chez Lisbon.
-Elle m'a beaucoup parlé de vous, je ne l'ai revue que quelques fois, mais il n'est pas passé dix minutes sans que vous fassiez partie d'une de ses phrases. Même si elle a du mal à l'accepter, elle tient à vous. Je la connais, elle déteste paraître faible et elle veut tout faire toute seule, mais ça ne l'empêche pas d'être humaine, quoi qu'elle veuille, quoi qu'elle dise.
Jane fronça les sourcils, il voyait parfaitement où Chris voulait en venir, il semblait être quelqu'un de protecteur et doux, quelqu'un qui était attaché à Lisbon. Et il voulait s'assurer que quelqu'un soit là pour elle alors qu'il repartait, s'assurer que Lisbon irait mieux. Toutefois Jane avait beau tourner l'idée dans tous les sens, il ne comprenait pas pourquoi Chris trahissait la confiance de Lisbon pour lui dire ça.
-Elle ne sait pas toujours ce qui est bien pour elle, reprit le brun avec un sourire un peu amer, elle préfère s'oublier pour les autres et ne pas être confrontée à elle-même, à ses choix, à des changements dans sa vie. Elle a toujours peur d'exploser si elle considère d'autres voies, vous l'avez sans doute remarqué, non ?
-Je connais Lisbon, se contenta de répondre Jane, un peu offensé que ce Chris prétende en savoir plus que lui sur la brune.
Certes, en dernier recours, c'était sûrement le cas, mais il était Patrick Jane, il connaissait Lisbon, et il savait la lire… Alors comment aurait-il pu apprendre quoi que ce soit de Chris ?
-Ne lui faîtes pas de mal Mr Jane, soupira Chris. Je ne vous connais que par ce qu'elle a dit, ce qui est bien peu à vrai dire, mais je me permets de vous dire que si vous ne tenez pas autant à elle qu'elle tient à vous, vous ne devez pas chercher à revenir dans sa vie… Mais si par hasard vous l'aimez assez pour vouloir son bien, je ne sais pas ce que vous faîtes encore là à m'écouter. Je sais ce que ça fait de perdre Teresa Lisbon, et croyez-moi, vous ne voudriez pas vivre ça.
Jane ne sut même pas quoi répondre. Ce Chris sortait de nulle part et lui volait toute sa virtuosité d'apparences, quand diable retrouverait-il enfin une vie plus simple ? Il soupira, la simplicité avait quitté sa vie depuis longtemps. En revanche il n'avait plus l'habitude d'être dérouté, et il ne comptait pas récupérer cette habitude. Il se reprit donc en quelques secondes.
-Eh bien merci du conseil, lança-t-il avec un sourire magiquement faux.
-Désolé, sourit Chris, un peu gêné. J'ai vite retrouvé ma fâcheuse tendance à la protéger, c'était plus fort que moi. J'espère que vous ne m'avez pas trouvé trop déplacé ?
-Déplacé est un bien petit mot à côté de ce que vous avez dit, s'amusa malgré tout Jane. Mais je suppose que votre volonté de protéger Lisbon vous excuse. Nous avons ça en commun.
Chris sourit un peu plus, apparemment rassuré et lui tendit la main.
-Dans ce cas nous nous disons adieu sans regret, déclara-t-il.
-Sans regret, répéta Jane en lui serrant la main.
Chris s'éloigna de quelques pas vers l'ascenseur, puis sembla se souvenir de quelque chose. Il fit volte-face, s'arrêtant dans le couloir.
-Teresa avait laissé ça sur le siège passager de la voiture, dit-il en montrant un trousseau de clefs. Je crois me souvenir qu'elle a dit qu'il était à vous.
Il lança les clefs et Jane les attrapa au vol, surpris.
-Au revoir Mr Jane, lui sourit une dernière fois Chris.
Jane répondit vaguement, les yeux fixés sur le trousseau de clefs qu'il tenait du bout des doigts.
Puis, lentement, alors que l'ascenseur emmenait Chris loin du bien qu'il avait répandu, Jane ferma sa main sur les clefs et sentit son cœur se serrer.
Lisbon tenta vainement de combattre les larmes qui menaçaient de couler alors que le générique de The Fountain défilait à l'écran. Elle avait été idiote de regarder ce film. Elle savait pertinemment qu'il la faisait pleurer et ce soir où elle était bien malgré elle affreusement déprimée, il avait fallu qu'elle soit prise de la sotte envie de regarder ce film précisément.
Bouh gémit en la voyant si malheureuse et elle ne put s'empêcher de sourire dans sa tristesse, caressant son compagnon poilu pour le réconforter, à défaut de se consoler elle.
Elle se sentait faible et stupide, ça n'arrangeait rien. Elle avait trop de regrets concernant Jane désormais, en voulant éviter de l'ajouter à cette liste trop longue, elle l'y avait inscrit bien malgré elle, tout en haut. La plume qui l'avait ajouté aux regrets avait eu son sang pour encre, la douleur en témoignait, le manque omniprésent aussi. Elle aurait donné beaucoup pour qu'il soit là, pour sentir sa main chercher la sienne, ou ne serait-ce que ressentir sa présence.
Elle éteignit la télé et se leva pour ranger le DVD. Elle allait poser le boitier lorsqu'elle entendit un moteur familier. Elle se figea et écouta le moteur s'éteindre, puis, prise d'un incontrôlable élan, elle se dirigea vers la porte et l'ouvrit. Elle se fichait de sortir en t-shirt long, bras et jambes nus, elle se fichait des larmes qui menaçaient toujours de couler, elle se fichait des voisins, tout ce qui comptait c'était son cœur qui battait trop fort, qui lui faisait trop mal. Elle sortit et traversa les quelques mètres de jardin.
Elle était à peine à la moitié lorsqu'elle vit la porte de la DS bleutée s'ouvrir et Jane traverser la rue pour s'approcher d'elle. Elle oublia qu'elle était pieds nus et trottina sur le sol goudronné pour le rejoindre. Il lui adressa un sourire désolé, incapable de parler alors qu'elle approchait. Il parut plus qu'interdit lorsqu'elle se jeta à son cou avec un naturel déconcertant. Il la sentit enlacer sa nuque avec une force désespérée et son monde entier bascula.
Il entoura sa taille, la soulevant légèrement du sol du même fait, et il lui offrit l'étreinte dont elle avait tant besoin. Il renonça aux mots, il renonça au repentir, le reste viendrait plus tard. Il l'entendit murmurer une litanie d'excuses, lui dire qu'il lui avait manqué puis il sentit ses larmes, les larmes qu'elle avait tant retenues. Il préféra alors la soulever un peu plus pour pouvoir la ramener chez elle et la cacher au monde. Les voisins devaient sûrement se demander ce qu'ils faisaient et surtout pourquoi elle était dans cette tenue.
Comprenant qu'il la ramenait à l'intérieur, elle le laissa la porter. Elle regretterait peut-être chaque geste, elle s'en voudrait sûrement pour chaque seconde, mais sa présence, sa douceur, son odeur, et son retour, c'étaient autant de raisons de prendre le risque d'être faible devant lui, faible pour lui.
Peu après avoir fermé la porte d'un coup de pied, il la déposa sur le canapé et elle se sépara de lui à regret. Elle croisa son regard enchanté et elle ne put s'empêcher de baisser les yeux en rougissant, un peu honteuse, alors qu'il s'asseyait à côté d'elle. Bouh les observa en penchant la tête sur le côté, visiblement sceptique, et elle rit, chassant ses larmes de ses joues pour attraper le chiot et le poser sur ses genoux.
Elle leva à nouveau les yeux vers Jane et croisa son premier vrai sourire depuis plusieurs jours. Elle le lui rendit, désormais bien loin de toute tristesse, bien qu'encore un peu gênée par son comportement. Ils gardèrent le silence longtemps.
Le manque avait disparu.
Hem... *agite un drapeau de-n-importe-quelle-couleur-pourvu-que-ça-évite-les-tomates*... Des avis ? \o/
Chapitre 12 en ligne probablement jeudi matin ou mercredi soir, je ne sais pas encore, ça dépendra du concours. Sur ce, je retourne à mes révisions et vous laisse avec un aperçu (pas du tout révélateur, j'en ai presque honte):
"-Vous avez un consultant insupportable ? releva Jane, joueur.
-Vous n'avez pas idée, souffla Lisbon.
-Et qu'est-ce qu'il fait d'insupportable ?
-Il passe sa vie à me mener la vie dure.
-C'est sûrement pour vérifier que vous restez alerte, s'amusa-t-il.
-Oh vraiment ?"
