Je serai un jour capable du pire
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Depuis quelque temps, je peux tout faire… ou presque.
Mentir, tricher, tenter de ne pas blesser, faire semblant, manipuler, ironiser, me cacher, sourire, retenir mes larmes, faire silence tout, ou presque.
Lisbon, quant à elle, a ce don précieux et rare de pouvoir réconforter ceux à qui l'on vient d'annoncer une horreur. Parce qu'elle connait le poids de la perte d'un être cher, elle connaît les privations, les doutes, les efforts nécessaires pour cohabiter auprès d'un parent survivant qui a abandonné la lutte.
Elle reste tellement humaine, courtoise, fontaine d'empathie, parfois même attachante.
D'entrée de jeu, au début d'une enquête, j'ai envie de gifler celui ou celle dont je ne doute pas de la culpabilité. Je voudrais me défouler sur quiconque agit sans prendre conscience du chaos qu'il laisse en héritage ensuite. J'enrage à l'intérieur, mais je ne laisse rien paraître. J'ai trop peur de laisser entrevoir un infime soupçon de sensibilité. Certains ne savent que trop bien ce que j'ai traversé et qui doivent se demander comment je fais pour être encore debout et sain d'esprit aujourd'hui. D'autres trouveraient plus facile de me prendre pour un homme sans cœur. Que m'importe ce que les autres pensent !
Comment pouvez-vous être aussi froid ?
Je m'entraîne !
Qu'attendiez-vous comme réponse à ce genre de question stupide ?
Si vous saviez les efforts que cela me demande chaque jour pour ne montrer au grand jour que ce je décide de laisser filtrer. Malheureusement, le filtrage ne se fait que dans un sens. Rien - ou si peu - ne sort, mais je suis toujours autant révolté, touché, meurtri par le comportement de mes semblables. La violence qui m'entoure se fraye un chemin au fil des jours au fond de moi et dépose au fur et à mesure des couches supplémentaires, jusqu'au jour où tout ça finira par déborder.
Pour l'instant, je parviens encore à gérer.
Pourtant, cette fois, ça dépasse les bornes. Comment peut-on se faire appeler « papa » et se comporter comme le dernier des salauds ? Quel enchaînement glauque peut amener un homme à frapper son enfant, la chair de sa chair, au point de lui ôter toute chance de voir le jour se lever une fois encore ?
L'effort que je dois fournir en ce moment précis pour ne pas lui sauter à la gorge est si intense qu'il me faut quitter cette pièce, avant d'être incapable de me contrôler.
Au revoir, Michael.
C'est tout ce que j'arrive à dire. Tant mieux. Sinon mes mots risqueraient de se bousculer à la sortie de façon violente. Mes mains pourraient se joindre à la discussion. Personne n'imagine la rage que je contiens, de si belle manière que seul un sourire ironique parvient à effleurer mes lèvres. Personne ne doit soupçonner ce trait chez moi… pas maintenant.
Je sais qu'il arrivera un jour où je serai forcé de passer à l'acte. J'ai peur de montrer ce dont je me sens capable, sans jamais l'avoir encore tenté.
J'espère seulement que lorsque ce jour viendra, il n'y aura pas de témoin
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cfr: S1x12 « Magie Rouge et Noire» (Red Rum)
