Merci pour vos reviews
Comme promis voilà la suite qui j'espère vous plaira. Bonne lecture.
CHAPITRE DOUZE:
Quand le premier quartier de la lune s'élèvera dans le ciel…
De derrière les vitres embuées des serres, on distinguait avec peine les contours du château qui se dessinaient dans le brouillard dont le parc était à présent envahi.
Narcissa avait pu à loisir en observer la progression tandis que le professeur Chourave leur prodiguait des conseils sur les méthodes de révision à adopter pour affronter en toute tranquillité les examens de fin d'année qui approchaient dangereusement.
Des conseils qui auraient très certainement eu davantage d'impact si seulement les professeurs Slughorn, McGonagall et Flitwick ne les leur avaient pas déjà dispensés tour à tour plus tôt dans la journée.
Si il y avait un côté déprimant à entendre répéter quatre fois la même chose d'autant plus si cela concernait les examens, Narcissa ne semblait pas s'en soucier, elle avait d'autres préoccupations. A commencer par le fait que Bellatrix n'avait pas daigné lui adresser la parole depuis leur retour à Poudlard. Elle se contentait d'observer un silence imperturbable pour mieux éluder les questions de sa sœur en particulier quand celles-ci avaient un rapport plus ou moins direct avec Sirius.
Venait s'ajouter à cela la disparition de la potion, car si il ne faisait aucun doute que c'était à cause de sa trop longue préparation qu'elle avait été volée, l'identité du voleur et l'usage qu'il comptait en faire restaient pour le moins obscurs.
Et Narcissa fût d'autant plus déçue de constater que ni Quitterie, ni Severus ne semblaient en tirer plus de conclusion qu'elle. Mais c'était bien mal juger ce dernier, au contraire il avait une idée bien particulière sur la question :
- Qui s'occupe de la protection de la maison ? demanda-t-il à Narcissa tandis que le professeur Chourave tentait d'expliquer à Evan Rosier et Rabastan Lestrange la manière dont les professeurs effectueraient la notation de leurs copies d'examen.
- Les elfes de maison, je crois...Mais leur travail est toujours irréprochable et je ne pense pas qu'un sorcier puisse contourner facilement ce genre de magie, répondit-elle en repensant à ce détail qui lui avait échappé.
- Et je suppose qu'on ne peut pas corrompre un elfe ?
- Tu supposes bien, rétorqua Quitterie de l'autre bout de la table, les elfes sont beaucoup trop loyaux pour être corrompus par qui que se soit, ils n'obéissent qu'à leurs maîtres.
- Donc dans ce cas la seule et unique solution, c'est qu'un de leurs maîtres ait donné l'ordre à l'un d'eux de lever la protection afin de permettre...commença Severus en essayant de prêter le moins possible attention au regard noir que lui lançait Narcissa, mais comme il s'y attendait cette dernière ne lui laissa pas l'occasion d'aller plus loin dans sa réflexion.
- La seule et unique solution, c'est que cette personne doit disposer de sorts assez puissants pour détourner la magie des elfes, c'est tout, répliqua-t-elle pour couper court à ces insinuations visant à incriminer un membre de sa famille.
- Oublie ça, murmura Severus mais sa voix fut à moitié couverte par le retentissement de la cloche qui annonçait la fin des cours et les raclements de chaises habituels qui l'accompagnaient.
Se résignant une fois de plus au silence puisqu'il savait pertinemment qu'il ne disposait pas d'assez de preuves pour étayer une telle théorie, il quitta la pièce sans un regard en arrière.
- La préparation de la potion d'amnésie exige beaucoup de concentration et de rigueur, commença Slughorn en adressant un bref sourire à Sirius qui avait eu le bon goût de venir d'asseoir de lui-même au premier rang à côté de Quitterie. C'est d'ailleurs pour cette raison que vous effectuerez ce travail individuellement et dans des conditions similaires à celles de l'examen. Miss Black, je vous rappelle que vous n'êtes pas dispensée de m'écouter et même si cela vous ennuie ayez au moins la politesse de faire semblant de vous y intéresser, ajouta-t-il à l'adresse de Narcissa qui dévisageait Sirius avec autant de méfiance qu'on en accorde à une Harpie déguisée en sorcière.
- Excusez-moi professeur, murmura-t-elle en reportant son attention sur lui mais sans pour autant arrêter de jeter des coups d'œil discrets à l'autre bout de la table où Sirius semblait prendre des notes.
Elle se demandait si il se conformait aux instructions de Slughorn en prenant place au premier rang, par soucis de parfaire ses connaissances en potion à l'abri des distractions que lui apportaient ses amis ou s'il y avait une autre raison à tout cela...
- Les instructions se trouvent donc à la page 126 de votre livre et les ingrédients requis sont à votre disposition dans l'armoire au fond de la classe, excepté le venin de serpent. Les fioles qui portent cette mention dans le haut de l'armoire ont été mal étiquetées par un élève peu soucieux de mener à bien ses retenues, il s'agit en réalité de venin d'éruptif. C'est donc afin d'éviter toutes confusions que j'ai disposé moi-même un flacon sur chaque table de quatre. Vous avez une heure et demi, conclut-il avant de s'installer confortablement à son bureau et de disparaître derrière la « Gazette du Sorcier ».
La une était entièrement consacrée aux élections ministérielles qui se dérouleraient fin juin, on pouvait d'ailleurs voir l'actuel ministre en compagnie des deux candidats les plus à même de le remplacer après son départ en retraite. D'un côté, une dénommée Millicent Bagnold, directrice du département des catastrophes magiques, et de l'autre, le directeur du département de la justice magique, Bartemius Croupton.
Narcissa fut brusquement interrompue dans sa lecture par un oiseau en papier envoyé par Sirius qui lui frôla la joue avant d'atterrir en douceur sur la table de Severus déjà à moitié recouverte de racines de marguerite et de plusieurs fioles soigneusement étiquetées. Ce dernier lut le contenu du parchemin, puis le tendit à sa voisine qui le fixait d'un air intrigué:
- Ça répond à une de tes questions ? Murmura-t-il d'un air amer en s'efforçant de garder son regard fixé sur son chaudron car il se savait observé.
« Si tu t'en es tiré à bon compte avec Bathory pour le passage derrière la statue, n'espère pas que cela arrive une deuxième fois. »
- Alors c'était lui qui l'avait prévenu ? s'indigna Narcissa, bien qu'elle s'en fut doutée, elle ne parvenait pas à y croire.
- C'est ce qui semble en ressortir, mais tu peux toujours lui demander confirmation par toi-même, dit Severus sans prendre la peine de lever les yeux des racines de marguerite qu'il était en train de hacher.
Elle griffonna donc la question au dos du parchemin, le replia en forme de papillon et l'envoya à l'autre bout de la table sans perdre Sirius des yeux une seule seconde.
Ce dernier parcourut le mot d'un air amusé et lui renvoya un serpent de papier en affichant un sourire arrogant qui avait tout lieu d'indiquer qu'à défaut d'une réponse claire, il avait sûrement trouvé un moyen de faire de l'esprit.
« Ma chère cousine,
Sache que ce mot, qui d'ailleurs ne t'était nullement adressé, ne concerne que Rogue et moi. Tu ferais donc mieux de t'occuper de ce qui te regarde si tu ne veux pas avoir d'ennui, à commencer par ta potion d'amnésie. Je te signale qu'il ne reste plus qu'une heure et quart, si toute fois cela t'intéresse de passer en seconde année. »
Sans lui accorder le moindre regard qui pourrait trahir l'état de fureur dans lequel il l'avait plongée, Narcissa quitta la table pour aller chercher les ingrédients dont elle avait besoin. Une fois devant l'armoire, elle se hâta de prendre chacun des ingrédients dont elle connaissait parfaitement la liste, sans faire attention aux murmures des Gryffondor du dernier rang qui semblaient n'avoir rien de mieux à faire que de critiquer ses faits et gestes.
Quand Slughorn annonça que le temps imparti serait écoulé dans une dizaine de minutes, Narcissa s'apprêtait à ajouter l'ingrédient final à sa potion. Elle s'apprêtait à laisser tomber une goutte de venin dans la préparation d'un bleu sombre, quand Severus interrompit son geste, en lui saisissant le poignet manquant de peu de lui faire lâcher le flacon.
- Tu as écouté Slughorn quand il a dit que les flacons de venin de serpent étaient déjà posés sur les tables et que ceux de l'armoire étaient du venin d'éruptif mal étiquetés, en lui prenant le flacon des mains pour lui donner celui dont lui-même s'était servi quelques minutes auparavant.
- En quoi cela t'importe que je rate ou pas ma potion ? demanda Narcissa qui supportait de moins en moins les remarques qu'on pouvait lui faire sur son travail scolaire.
- Étant donné que je me trouve juste à côté de ton chaudron et que le venin d'éruptif est un puissant explosif, ça m'importe beaucoup, lui rétorqua Severus en faisant passer à Sirius par l'intermédiaire de Quitterie le flacon qu'il tenait encore dans la main.
L'avait-il fait par rancune envers Sirius ou tout simplement par négligence, Narcissa n'en avait pas la moindre idée. Aussi ce fut seulement lorsqu'un bruit d'explosion retentit juste à côté d'elle qu'elle prit conscience de ce qui venait de se passer. Si Sirius qui se trouvait en bout de table n'avait aucun mal à éviter les jets de potion, c'était loin d'être le cas de Quitterie qui avait pris une étrange teinte bleu. Slughorn l'envoya à l'infirmerie accompagnée d'une élève de Gryffondor, histoire de prévenir toute crise d'amnésie partielle que pourrait provoquer la potion inachevée sur elle.
- Mr Black, pouvez vous m'expliquer la raison pour laquelle vous avez mis du venin d'éruptif dans votre potion ? demanda Slughorn pensant qu'il s'agissait d'une étourderie de sa part.
- C'est Rogue qui me l'a donné, fit remarquer Sirius avec un sourire en coin devant l'air sombre qu'affichait Severus.
- A ce que je vois votre chaudron n'a pas explosé, s'étonna Slughorn en se tournant vers Severus. Que dois-je en conclure?
Ce dernier ne répondit pas, l'espace d'un instant Narcissa eut l'impression qu'il lui adressait un regard accusateur.
De toute façon se retrouver à deux accusés ne changerait rien, c'est plutôt à Sirius qu'il devrait en vouloir, pensa-t-elle.
- Allez m'attendre dans mon bureau, je tirerai cette affaire au clair plus tard, lança Slughorn rompant lui-même le silence pesant qui s'était installé.
Cette fois-ci il ne s'agissait pas d'une impression, c'était bien un regard accusateur que lui lançait Severus... à elle et non à Sirius...parce que son silence était bien pire que l'hostilité déclarée de ce dernier. Elle essaya pendant un instant de ne pas y faire attention, de ne pas se laisser envahir par ce flot de culpabilité qui menaçait à chaque instant de la submerger. Mais au moment où Severus se détournait pour gagner la porte, elle interpellait sans prendre le temps de réfléchir le professeur Slughorn:
- Excusez-moi professeur, mais c'était un accident. C'est moi qui ai pris par erreur le flacon de venin d'éruptif et...
- Dans ce cas Miss Black, la coupa Slughorn en la considérant d'un air réprobateur, vous accompagnerez Mr Rogue dans mon bureau. Il ne me reste que dix minutes, ajouta-t-il en regardant la montre à gousset qu'il venait de tirer d'une des poches de son gilet de soie, et je compte bien en profiter pour terminer mon cours. Il n'y pas de raison pour que des élèves, qui se comportent de manière plus que convenable, aient à subir les conséquences de vos actes. Et c'est valable pour vous aussi Mr Rogue.
Severus ne fit aucun signe qui puisse laisser entendre que c'était à lui que Slughorn s'adressait, et s'empressa de gagner le couloir. Narcissa ne tarda pas à suivre le même chemin essayant de ne pas prêter attention aux regards pleins de reproches que lançaient les autres Serpentard, mais quelques mots comme « la coupe des Quatre Maisons » et « le banquet de fin d'année » parvinrent tout de même à ses oreilles.
Si apparemment les Serpentard ne semblaient pas s'inquiéter qu'une de leur camarade soit actuellement à l'infirmerie dans un état incertain, il en était tout autre chose pour ce qui était de la coupe des quatre maisons.
- Le cours est déjà fini ? demanda une voix lorsqu'elle referma la porte derrière elle.
Elle jeta un coup d'œil interrogateur à Severus qui avait l'air aussi surpris qu'elle, puisque autant qu'ils pouvaient le constater le couloir était désert.
- Il reste encore une dizaine de minutes, non ? reprit d'un ton enjoué la voix qui semblait venir du mur face à eux.
- Le professeur Slughorn nous a demandé de l'attendre dans son bureau, tenta Narcissa à tout hasard en fixant le mur comme si elle s'attendait à y voir apparaître une bouche qui allait lui répondre.
Au lieu de cela, elle vit d'abord se matérialiser des cheveux roux en bataille, un visage au nez fin surmonté de lunette d'écaille, puis une robe sombre semblable à celles que portait l'oncle Alioth au ministère à la différence que celle-ci paraissait nettement plus élimée.
- Bien, je vais vous y conduire, dit-il en leur faisant signe de le suivre.
- Excusez-moi, mais vous êtes un employé du ministère, non ?
- C'est exact, répondit-il avec un enthousiasme qui avait tout lieu de laisser penser qu'il menait à bien à Poudlard la première mission qu'on lui avait confiée. Mais pour le moment je ne suis qu'assistant au département de la justice magique...
Il ouvrit la porte du bureau de Slughorn d'un coup de baguette, les invita à y entrer puis repartit devant la porte du cachot où Slughorn terminait de donner son cours.
- Tu ne trouves pas cela bizarre ? finit par demander Narcissa à Severus qui n'avait pas dit un mot depuis qu'ils avaient quitté la classe.
- Quoi ? Qu'un assistant du département de la justice veille à la protection de Slughorn en utilisant un sortilège de Désillusion pour se dissimuler des regards ? rétorqua t-il en s'installant dans un des fauteuils en cuir vert sombre dont le bureau semblait entièrement peuplé.
- Tu veux dire qu'il est ici uniquement pour protéger Slughorn ? Mais pourquoi le ministère...
- Il ne s'agit pas du ministère mais de Bartemius Croupton, répliqua-t-il sans lui laisser le temps de terminer sa phrase, cet homme là ferait n'importe quoi pour être nommé premier ministre. Alors quand un professeur de Poudlard vient le voir parce qu'il croit savoir la raison pour laquelle ceux qui à l'heure actuelle terrorisent l'Angleterre toute entière en s'en prenant à ses confrères, crois moi, la première de ses priorités est de le garder en vie. Surtout après ce qui est arrivé à Hopkirk.
- D'où est ce que tu tiens ça ? demanda-t-elle en le fixant d'un air incrédule.
- Tu n'es pas la seule à t'être servie de la potion, maintenant ce qui m'inquiète c'est qu'elle soit tombée entre de mauvaises mains.
Après avoir écopé d'une semaine de retenue, Narcissa pour son manque d'attention et Severus parce que Slughorn le soupçonnait non pas sans raison d'avoir volontairement donné la mauvaise fiole à Sirius, ils regagnèrent leur salle commune.
L'entrevue avec le directeur de leur maison n'avait pas dû durer plus d'une dizaine de minutes, mais Narcissa avait l'impression que cela faisait déjà deux heures qu'elle avait quitté précipitamment le cours de potion.
Evidemment comme chaque soir, les élèves qui n'avaient pas jugé bon de s'avancer dans leur travail occupaient toutes les tables et Narcissa éprouva un élan de culpabilité quand elle réalisa qu'elle-même avait un devoir en retard de métamorphose que le professeur McGonagall avait accepté qu'elle lui rende le lendemain dernier délai, et qui représentait environ soixante centimètres de parchemin sur les sortilèges de Transfert.
Quitterie devait également lui rendre son devoir mais vu l'état dans lequel elle se trouvait actuellement, le professeur McGonagall ne lui en tiendrait certainement pas rigueur, même si elle était sensée avoir fait ce dernier depuis plus d'une semaine.
Le fait que Gryffondor soit en tête du classement pour non seulement la coupe de Quidditch, mais aussi la coupe des Quatre Maisons, avait suffit à mettre leur directrice de suffisamment bonne humeur pour laisser à deux élèves de Serpentard une journée de répit pour venir à bout de leur travail.
La perspective de passer deux heures seule à la bibliothèque, et une demi heure de plus si elle se passait de dîner, n'était pas pour la réjouir. Le jeudi précédent, une heure avait suffit à Severus pour rédiger au moins le double de la longueur de parchemin exigée. Narcissa qui pendant ce même laps de temps n'avait rien écrit de plus qu'un titre et une introduction d'une dizaine de ligne peu concluante, s'était sentie tellement découragée qu'elle avait préféré remettre son travail à plus tard et n'y avait pas repensé jusqu'au moment où le professeur McGonagall avait demandé aux élèves de rendre leur copies.
Elle savait pertinemment que Severus ne l'aiderait pas quand bien même elle serait en train de se noyer sous une marée de feuille de parchemin et de livres de métamorphose, mais cela ne l'empêcha de lui demander de l'accompagner, la bibliothèque étant l'endroit où il passait le plus clair de son temps. Ce dernier ne manqua pas d'accepter.
- Il est huit heures, je ferme! s'exclama Mme Pince de sa voix grinçante.
Narcissa totalement absorbée dans sa lecture n'y prêta pas attention et se fut seulement à l'instant où cette dernière éteignit les quelques chandelles qui éclairaient encore la pièce qu'elle leva les yeux vers elle. Elle se tenait dans l'encadrement de la porte, la lueur de la lanterne à sa main se reflétait dans ses lunettes d'écailles lui donnant plus que jamais l'apparence d'une dragonne.
Severus fit signe à Narcissa de se dépêcher, il savait pertinemment que si ils commençaient à l'énerver, à défaut de cracher des flammes, Mme Pince n'hésiterait pas à les exclure de la bibliothèque au moins jusqu'à la fin de l'année.
Après leur avoir adressé un bref regard dédaigneux quand ils passèrent devant elle, la bibliothécaire referma la porte à clef et disparut à l'angle du couloir.
- On ferait bien de regagner la salle commune, fit remarquer Severus en allumant sa baguette, on a déjà une semaine de retenue…
Un claquement de doigts sonore l'empêcha de terminer sa phrase, tous deux se retournèrent en direction du bruit : le couloir était désert.
Narcissa repensa à l'Auror et à son sortilège de Désillusion, mais la voix aiguë étrangement familière qui s'éleva dans l'obscurité la fit définitivement renoncer à cette idée.
- Je suis venu vous prévenir…
Le fort accent germanique qui ponctuait chacun de ces mots contrastant étonnement avec la hauteur du timbre de cette voix aurait pu rendre la scène comique si seulement cette phrase venue de nulle part ne les avait pas autant surpris.
Deux grands yeux bleus de la taille d'une balle de tennis brillaient dans l'obscurité, puis l'elfe drapé d'un torchon s'approcha d'eux d'un pas hésitant. Il portait une petite barbe blanche taillée en pointe et Narcissa se serait presque attendue à le voir apparaître avec un de ces ridicules chapeaux de lutins comme en sont affublées les petites statues que les moldus placent dans leur jardin.
- Mon maître…mon maître court un grand danger…
Severus s'apprêtait à demander à l'elfe l'identité de son maître, mais Narcissa lui saisit le bras en jetant à l'elfe un regard mêlé de stupeur et d'incrédulité.
- C'est Hanz, murmura-t-elle comme si elle ne croyait pas elle-même à ce qu'elle était en train de dire.
- Qui est Hanz ? demanda Severus en regardant successivement Narcissa et l'elfe.
- C'est notre elfe, répondit-elle en désignant la broderie d'argent qui représentait l'armoirie des Black sur le torchon.
Elle ne l'avait jamais vu auparavant mais elle se souvenait parfaitement d'avoir entendu sa mère appeler un dénommé Hanz qui avait une voix semblable à la sienne, puis il y avait aussi les paroles de Bellatrix qui ne faisaient que confirmer ses pensées.
Ca fait des mois que mère s'est réconciliée avec l'oncle Alioth…je crois que c'est depuis qu'il lui a donné cet elfe qui parle allemand en échange de Nora, elle devenait beaucoup trop vieille pour nous assurer un service convenable.
Cela expliquait comment le voleur avait pu s'introduire dans le manoir pour dérober la potion.
- Mon maître…il court un grand danger, répéta Hanz sans prêter la moindre attention aux paroles de Narcissa.
- Dans ce cas, son maître ce serait ton ...commença Severus mais elle ne lui laissa pas le temps d'en dire davantage.
- Mon père ? Ca fait douze ans qu'il est mort, et je ne pense pas qu'à l'heure actuelle il court le moindre danger.
- Je…je suis désolé, je ne voulais pas… marmonna Severus ne sachant quoi dire d'autre, non pas que les propos de Narcissa aient été remplis d'une quelconque tristesse, au contraire elle avait dit cette phrase sur un ton tellement détaché à la limite de l'agacement que cela en avait presque quelque chose d'effrayant.
- Me faire de la peine ? suggéra Narcissa. Il n'y aurait pas eu de quoi, pour moi ce n'était qu'un étranger.
Elle eut envie d'ajouter « rien de plus », mais se rendant compte de la dureté de ses mots et du regard pesant avec lequel Severus la dévisageait, elle s'en abstint et reporta toute son attention sur l'elfe qui répétait inlassablement la même phrase.
- Qui est ce maître dont tu parles ?
- Hanz, n'a pas le droit de trahir les secrets de son ancien maître. Hanz y est beaucoup trop attaché…même si celui-ci lui a donné des vêtements. Hanz restera toujours fidèle à son maître, même si maintenant il doit servir d'autres sorciers. Hanz ne trahira jamais son secret, murmura l'elfe en jetant des regards furtifs autour de lui comme si il s'attendait à voir son ancien maître surgir des ténèbres pour le réprimander.
- Est-ce que ton maître fait partie de la Société des Potionnistes ? demanda Severus en se penchant vers lui.
L'elfe prit une brusque inspiration comme si Severus venait de lui jeter un seau d'eau particulièrement froide au visage, ses yeux injectés de sang s'écarquillèrent.
- Mon maître court un grand danger…Quand le premier quartier de la lune s'élèvera dans le ciel, ce sera la fin…
Perdant toute contenance il se mit alors à sangloter bruyamment, manquant de signaler leur présence à Rusard. Narcissa lui ordonna de garder son calme, ce qu'il fit avec toutes les peines du monde.
- Le refuge du démon…là où les regards ne peuvent l'atteindre…dans les ténèbres de la forêt…aux cotés des chevaux qui apportent la mort à quiconque les voient…
- Il y a des Sombrals dans la forêt interdite ? demanda Narcissa à Severus qui d'après l'expression surprise de son visage devait être en train de se poser intérieurement la même question.
- Quand le premier quartier de la lune s'élèvera dans le ciel, alors le démon prendra le dessus sur mon maître...
Il étouffa un sanglot et disparut en un nouveau claquement de doigts.
- Tu ne penses pas que c'est Slughorn, n'est ce pas ? Son ancien maître, ajouta Narcissa devant le regard interrogateur que lui lançait Severus.
- Ca pourrait tout aussi bien être Bathory ? rétorqua-t-il, il détestait qu'on fasse des suppositions sur ce qu'il pouvait penser.
- Mais toi, tu ne penses pas que c'est Slughorn, répéta Narcissa mais sa phrase n'avait plus rien d'une interrogation.
- Tu veux mon véritable avis ? Non, je ne pense pas que ce soit Slughorn le maître de cet elfe. Slughorn a déjà dit tout ce qu'ils avaient besoin de savoir au ministère, il ne représente plus aucun intérêt maintenant. Il était le dernier obstacle qu'ils leur restaient à contourner pour parvenir à leur but…
- Bathory ? risqua Narcissa en essayant de voir au-delà du regard vide et insondable de Severus.
- Exactement. Mais ce qui m'intrigue le plus c'est que l'elfe connaît le moment exact où ils vont attaquer son maître, quand le premier quartier de la lune s'élèvera dans le ciel…
Alors le démon prendra le dessus sur mon maître... Merci de laisser une petite review au passage. La suite la semaine prochaine, là où Narcissa apprend à ses dépends qu'il n'est pas toujours bon d'échanger des secrets...
