12
Il est de retour
- Qu'est ce qu'elle a ?
Mon regard venait de se poser sur Alice, qui s'était soudain figée, le regard dans le vague.
N'ayant jamais été témoin de l'une de ses visions, je l'observais sans comprendre.
- Que vois-tu ? lui demanda Jasper, tendu.
Un silence suivit sa question. A présent, neuf paires d'yeux étaient fixés sur elle, attendant l'annonce d'une catastrophe imminente.
- Aro, répondit-elle après un long moment, d'une voix lointaine qui ne semblait pas être la sienne.
A ce nom honni, je sursautais presque et l'observais avec davantage d'attention.
- Malgré les précautions que Sylane a prises pour se cacher, il a quand même appris sa venue. Il n'a pas renoncé. Il la veut toujours et il va venir la reprendre.
Je serrais les dents. C'était hors de question. Cette fois, je ne le suivrais pas. Il devait comprendre que, tout Volturi, tout Ancien qu'il était, il ne pouvait pas toujours tout obtenir. Aucun chantage ne m'obligerait à...
Je fus coupée dans mes résolutions, par la voix d'Alice, qui ajoutait :
- Il sera accompagné de... Lucius.
Ce nom m'évoqua aussitôt un visage angélique, encadré de magnifiques cheveux bruns mi-longs ; des yeux rouges hyptnotisants et un sourire irrésistible. Le don de Lucius me revint en mémoire. Il était efficace. Très efficace. Et à eux deux, ils formaient un tandem hautement dangereux. Malheureusement... je n'avais pas encore récupéré toutes mes forces et je savais que je ne sortirais pas vainqueur d'un affrontement avec eux. Si je me confrontais à eux maintenant, sans être en pleine possession de toutes mes capacités, ils m'auraient. Il y avait forcément une autre solution...
- Nous allons nous opposer à eux, décréta alors Edward, en écho à mes pensées en consultant son père du regard.
- Il a raison, l'approuva ce dernier. Tu ne sera pas seule face à eux.
Je secouais la tête.
- Non, je ne peux pas vous demander...
- Tu ne nous demande rien, me coupa alors Esmé d'un ton tendre mais ferme. Tu fais partie de la famille, Sylane. Et nous protégeons notre famille.
- Je serais là moi aussi, déclara alors Jacob, dont, pour le coup, j'avais presque oublié la présence.
- Hors de question, fis-je, catégorique. Je refuse que tu t'expose.
- Hé, tu n'as aucun moyen de m'en empêcher. Cet enfoiré essaye de me piquer ma gonz... hum... de t'enlever à moi, se reprit-il, alors ne me demande pas de rester les bras croisés et d'attendre que ça se passe.
- Et Jacob fait également partie de la famille à présent, ajouta Carlisle pour river le clou.
J'ouvris la bouche, puis la refermais et finis par marmonner dans ma langue maternelle, qu'ils étaient tous timbrés.
- On dirait qu'on a gagné une bataille ! rigola alors Emmett.
- Comment ça ? l'interrogea son père.
- On a réussi à clouer le bec à Sylane !
La plaisanterie provoqua un éclat de rire général, qui dissipa toute tension.
C'était vrai. Je faisais partie de la famille. Mais c'était pour cette raison que je ne voulais pas les mêler à ça. Cela étant, comme l'avait souligné mon âme sœur, je n'avais aucun moyen de les empêcher de me venir en aide.
Je l'avais laissée partir, mais, en réalité, j'étais incapable de faire une croix sur elle. Ses yeux couleur de brume me hantaient inexplicablement. Elle m'obsédait au point que je n'arrivais à m'intéresser à rien d'autre et que je rendais tout le monde fou à force d'en parler.
- Elle est presque tombée dans tes bras une fois, me fit remarquer Lucius, qui se trouvait non loin. Cela peut se reproduire.
Mais je n'en étais pas aussi certain que lui.
- Justement, objectais-je. C'est parce que cela a déjà failli se produire une fois, qu'elle se méfiera. De plus, ils la protégeront tous.
- Aie confiance, en toi et en moi, m'enjoignit-il d'une voix assurée.
Il avait raison. Je n'avais aucune raison de craindre le moindre échec. Après tout, j'étais presque arrivé à mes fins la fois précédente et, sans l'intervention de dernière minute des Cullen, Sylane Alris serait déjà mienne. Il était dommage que je n'ai pas su plus tôt qu'elle se trouvait si proche de moi. Il aurait alors été aisé de la convaincre de se joindre à nous, puisqu'elle semblait être venue pour cela au départ. J'ignorais ce qui l'avait fait reculer au dernier moment, mais, comme je ne m'étais pas caché que c'était elle que je voulais, j'espérais que ce n'était pas la perspective de se retrouver avec moi.
Sulpicia n'avait fait aucun commentaire à propos de ce désir évident que j'avais, d'une autre qu'elle. Comme à son habitude, elle était restée silencieuse et de marbre. Parfois, cela m'agaçait, mais je devais bien avouer qu'en l'occurence, sa totale indifférence m'arrangeait particulièrement. Elle m'ôtait ainsi tout soupçon de culpabilité qui aurait éventuellement pu apparaître aux tréfonds de moi. Ainsi, tacitement « absout » par ma compagne, j'allais pouvoir me consacrer à la traque de l'objet de ma convoitise.
En repartant pour les États-Unis, je n'avais pas plus de plan que la dernière fois. En échafauder un se serait révélé une perte de temps, Puisqu'Edward l'aurait immédiatement éventé. J'avais seulement confiance dans le don de persuasion de Lucius. Et puis, il me fallait bien avouer qu'il était d'une beauté exceptionnelle, même pour l'un des nôtres. L'expérience m'avait maintes fois prouvé, qu'un visage avenant suffisait bien souvent à vaincre sans bataille les plus récalcitrantes des femmes. Je ne doutais pas que les femelles du clan Cullen succomberaient également, même si elles étaient en couple depuis des décennies. Et lorsqu'elles seraient sous son charme, il pourrait leur faire faire ce qu'il voudrait -ou, en l'occurrence, ce que je voudrais. Présenter un front commun à leurs mâles pour empêcher Sylane de les rejoindre, par exemple. Jamais les inoffensifs Cullen ne prendraient le risque de blesser leurs compagnes en tentant de la récupérer par la force. Leur sens de la famille et de l'éthique, transmis par le pacifique Carlisle, était bien trop élevé. Et, malgré ce qui s'était produit à la précédente tentative, il n'était pas si aisé de briser le pouvoir du don de Lucius.
Bien sûr, on m'avait rapporté le ridicule entichement de Sylane pour un loup, mais un adolescent n'était pas bien à craindre, surtout s'il était isolé et surtout pour nous. Il ne représenterait pas un problème. Se débarrasser de lui serait un jeu d'enfant.
POV Jacob
Alice avait mis toute la maison en bran-le-bas de combat dès qu'elle avait vu arriver Volturi. D'après elle, il ne s'agissait plus que de minutes avant qu'il ne rapplique.
Je me frottais les mains. J'allais enfin rencontrer cette ordure qui avait fait tant de mal à ma bien-aimée Sylane et si l'occasion m'en était donnée...
- Tu ne fera aucune sottise du genre, Jacob, m'avertit sèchement Edward. La situation est assez difficile et compliquée, pour que les chiens ne nous causent pas d'ennuis supplémentaires.
La répartie fusa alors, coupante et glaciale.
- Je te saurais gré de ménager tes épithètes lorsque tu t'adresse à lui, lâcha Sylane.
Étonné par la formulation plus que par son intervention, je la fixais. Depuis que je la connaissais, c'était bien la première fois qu'elle s'exprimait dans des termes aussi... désuets. Comme à son époque.
J'adressais seulement une grimace ironique à mon détracteur, genre « laisse tomber, minable »... qui m'envoya en retour un regard qui voulait dire « elle ne te protègera pas toujours. et ce jour-là, nous réglerons nos comptes ». Je le fixais style « j'y compte bien » et notre querelle muette s'arrêta, car Jasper tentait de nous organiser en semblant de groupe coordonné. Il avait l'air de s'y connaître en bastons, le blondinet. Tant mieux. Au moins, le combat ressemblerait à quelque chose de construit. Je me surpris à rire intérieurement. Vu notre préparation, j'avais l'impression qu'on allait au moins refaire une petite bataille de Waterloo. Mais en fait, étant donné qu'on défiait quand même leur grand manitou, ça devait être un peu ça.
Mon regard dériva de Jasper, sur Carlisle. Le pacifique Carlisle, qui avait tellement horreur de la violence. J'avais beaucoup de mal à l'imaginer en combattant, prenant part à une guerre miniature. Je supposais qu'il prenait sur lui pour cela et ne l'en admirais que plus.
Je fus tiré de mes réflexions, par l'arrivée, face à nous, de deux hommes. Enfin, deux vampires si j'en jugeais par leurs prunelles rouge sang. Je fixais le plus âgé des deux. C'était ça le puissant Aro Volturi ? Mince, je m'attendais à plus impressionnant.
Je me trouvais à la droite de Sylane, au milieu des Cullen placés en ligne. A ma droite, se trouvaient Edward, Bella (que nous n'avions pas réussi à dissuader de s'en mêler), Carlisle et Esmé (que j'avais également le plus grand mal à imaginer en combattante étant donné sa gentillesse). A la gauche de ma bien-aimée, avaient pris place Rosalie et Emmett, ainsi qu'Alice et Jasper. Tous prêts à bondir à la moindre alerte.
- Une telle foule pour nous accueillir, fit Aro d'une voix onctueuse qui me donna envie de vomir. N'est ce pas quelque peu ostentatoire ?
- Nous savons parfaitement pourquoi tu es là, répliqua fermement Carlisle. E t personne ne te laissera faire car, s'en prendre à l'un de nous, c'est s'en prendre à toute la famille.
- Mais nous ne voulons de mal à personne, intervint alors celui qui l'accompagnait. Est-ce un mal que souhaiter avoir à son côté une personne chère à notre coeur ?
- Ne nous prend pas pour des idiots, rétorqua alors Emmett. On sait très bien qu'Aro n'aime que le pouvoir.
Je pensais que Volturi allait réagir à l'accusation, mais il n'en fit rien.
- Qu'en pensez-vous, gentes dames ? continua la deuxième type en regardant les femmes.
Alors, quelque part dans ma tête, le mot « danger » clignota comme un néon géant. J'avais le pressentiment que ce mec était dangereux et la suite ne me détrompa pas : à l'exception de Bella, elles hochèrent toutes la tête, provoquant les exclamations ébahies et horrifiées de leurs compagnon (moi inclus).
- Sylane, tu sais que ta place est parmi nous, au côté d'Aro, poursuivit le type de sa voix hypnotique, comme s'il n'entendait rien. Tu sais que tu seras plus appréciée à Volterra que tu ne le seras jamais ici. Aro peut t'apporter tout ce dont tu rêve et qu'aucun de tes amis ne pourras jamais t'offrir. Une place t'attend près depuis longtemps. Viens, ajouta-t-il en tendant la main vers elle.
Il était gonflé ce type ! Il ne croyait quand même pas qu'elle allait... Je m'interompis en voyant Sylane se détourner de nous et avancer vers eux.
Réalisant ce qui se passait, je tentais de la retenir en l'attrappant par le bras de toutes mes forces. Mais je n'étais plus un vampire nouveau-né à la force herculéenne et elle m'échappa sans que j'y puisse rien.
- Sylane, non ! m'écriais-je pitoyablement, en espérant que ma voix briserait l'emprise de celle du vampire.
En vain. Prévoyant certainement notre réaction, le type s'adressa aux filles.
- Vous n'allez pas les laisser nous attaquer, n'est-ce pas, gentes dames ?
A peine eût-il prononcé ces mots, qu'Alice, Esmé et Rosalie quittèrent nos rangs à leur tour et vinrent se placer en bouclier devant le trio que constituaient maintenant Volturi, le mec malsain et ma Sylane, dont le regard vide, à l'instar de celui de ses soeurs, n'indiquait que trop qu'elle était envoûtée.
Nous étions mal. Très mal. Comment, en effet, pourrions-nous attaquer pour récupérer Sylane, si les femmes du clan (ces femmes que j'avais appris à apprécier en les côtoyant jour et nuit pendant un mois) faisaient barrage ? Je surpris alors entre les hommes de la famille, un regard de connivence qui n'augurait rien de bon puis, ahuri, les vis tous fondre sur le quintette. Ils étaient fous !
Heureusement, la soudaineté de la manœuvre joua en faveur des Cullen. Manifestement, le dangereux duo ne s'attendait pas à ce que leurs vis à vis attaquent. Ils devaient compter sur les indissolubles liens familiaux unissant les membres du clan adverse.
La scène qui suivit fut presque insoutenable à regarder : la frêle Alice se retrouva aux prises avec l'imposant Emmett, Blondie à lutter contre Carlisle, tandis que Jasper repoussait les assauts d'Esmé en tentant de ne pas lui faire de mal.
Quand à moi, malgré mon envie d'intervenir, j'essayais d'empêcher Bella d'aller leur prêter main forte, ou du moins, ce qu'elle imaginait comme étant main forte, mais qui ne pourrait que les gêner.
Profitant de la confusion, Edward se précipita vers Volturi. Je savais qu'il savait ne pas être de taille face à l'Ancien, plusieurs fois millénaire, mais devinais sans mal ce qu'il cherchait à faire. En effet, constatant que son maître était attaqué, le type bizarre s'en mêla, cherchant à séparer les belligérants. J'y vis le but véritable de la manœuvrer : tout le monde était occupé. J'avais le champ libre pour accéder à Sylane.
Malheureusement, c'était oublier un peu vite le don d'Aro. A peine eût-il touché Edward, qu'il sut quel était notre plan et, tandis que je me précipitais pour, la tirer par le bras en usant de toute ma force, il ordonna à son âme damnée :
- Lucius, arrête l'enfant ! Il ne doit pas partir avec elle ! Elle est mienne !
Aussitôt dit, aussitôt fait, le dénommé Lucius abandonna son maître, pour foncer vers nous. Je devais faire vite. Lui et son maître ne possédaient aucun talent offensif, je le savais. Ils devaient compter sur ce qu'ils considéraient comme la faiblesse des Cullen et s'étaient montrés trop sûrs d'eux, négligeant de se faire accompagner d'un des leurs à même de les protéger. Du coup, ils n'avaient pour eux que leur force et leur vitesse de vampires, rien d'autre. Ce qui nous donnait un certain avantage. Surtout que j'étais extrêmement rapide moi aussi.
Toujours sous le coup du sortilège généré par la voix du plus jeune des deux, ma bien-aimée me suivit comme un automate et je ne pus m'empêcher de me demander à quel moment elle et ses soeurs reprendraient leur libre-arbitre. Si je n'avais pas été aussi difficilement impressionnable, j'aurais trouvé cette situation effrayante.
Comprenant qu'elle était, pour le moment, incapable d'utiliser ses facultés, je me transformais et me glissais sous ses jambes pour la prendre sur mon dos et l'emmener au loin avant que Lucius ne nous atteigne. Le plus simple étant la réserve, car je savais que Sam ne m'en voudrais pas de ma décision.
- Tu as raison, Jacob ! Cours ! me cria Edward comme je m'élançais à pleine vitesse.
En quelques instants, la scène surréaliste se trouvait derrière nous et je m'efforçais de ne pas penser à son issue. Une seule chose comptait pour le moment : mettre Sylane hors de danger.
POV Carlisle
Du coin de l'oeil, je vis Jacob, sous sa forme de loup, emmener Sylane et le dénommé Lucius lui emboîter le pas de toute sa vitesse. Je compris alors que, l'auteur du « sortilège » au loin, nos compagnes redeviendraient rapidement elles-mêmes.
Je poursuivis donc ma lutte contre Rosalie encore quelques minutes, avant qu'elle ne s'immobilise. Elles se figèrent d'ailleurs toutes en même temps et posèrent sur nous un regard égaré. L'influence néfaste avait cessé.
- Que s'est-il passé ? interrogea alors mon adorable Esmé, toujours face à Jasper.
Celui-ci ne cacha pas son soulagement de ne plus être forcé de se battre contre sa mère et je compris immédiatement qu'elle n'avait aucun souvenir des dernières minutes. Je supposais donc qu'il en allait de même pour mes filles et entrepris de leur résumer la situation.
A la fin de mon récit, la consternation se peignit sur leurs traits.
- Je suis désolée, s'excusa mon épouse auprès de Jasper. Je ne...
- Je sais, la coupa doucement ce denier. Tu n'y es pour rien. Ce n'est pas toi la fautive...
Tandis qu'elle hochait la tête et cherchait refuge dans mes bras, je tournais la tête vers Aro, qui n'avait pas bougé.
- Te rends-tu compte de ce que tu es prêt à faire pour t'approprier une femme qui ne veut pas de toi ? lui dis-je. Ton plan est forcément voué à l'échec. Et quand bien même cela fonctionnerait, pense-tu que contraindre Sylane par ce genre d'artifice, la forcerait à rester près de toi ? Tu serais forcé de l'envoûter pour l'éternité, d'user
indéfiniment du don de ton comparse, si tu voulais la garder. Tu sais qu'elle n'est pas de celles qui se laissent brider autrement que par ce type de subterfuge.
Comme il demeurait silencieux, ses prunelles rouge sang fixées sur l'endroit ou Lucius avait disparu, Edward ajouta :
- Si ton Lucius entre sur le territoire des chiens, je ne donne pas cher de sa peau. Ils ont éliminé Laurent, ils tueront également ton âme damnée et tu seras seul. Rends-toi à l'évidence, Aro, tu as perdu.
- Les loups l'apprécient et la défendront comme si elle était des leurs, ajouta Emmett. Comme nous-mêmes défendons les membres de notre famille.
- Tu peux tenter de lutter contre le destin, mais tu n'y parviendras pas plus que si tu tentais d'empêcher une tempête, renchérit Jasper.
- Jacob est l'âme soeur de Sylane, dit à son tour Esmé. Tu ne peux rien contre cela malgré ta maturité et ta puissance.
Je souris en constatant que nous présentions front commun, même au niveau de notre réflexion. Comme si nous étions les parties distinctes d'une même entité. Plus nous traversions d'épreuves, plus le lien qui nous unissait se renforçait, devenant indestructible au fil du temps.
POV Jacob
Au moment où je partais en courant, j'entendis le vampire italien faire de même et je me réjouis intérieurement à l'idée de la super bagarre que nous
Ouais mais je l'ai entendu l'appeller comme ça.
Peut-on supposer que les Cullen vont régler son compte à l'autre ?
Non. Il ne faut pas y compter. Cet Aro est un vieil ami de Carlisle, lequel refusera de l'attaquer.
Drôle d'ami, remarqua Seth.
Vous conallions avoir... et de l'opportunité de trucider un autre buveur de sang que Laurent.
Étant donné notre vélocité respective, nous arrivâmes rapidement à La Push et l'imbécile nous y suivit sans se douter une seconde qu'il allait y perdre la vie. Dès mon arrivée, je contactais mes frères de meute, qui se précipitèrent.
Jacob, que se passe-t-il ? me demanda Sam mentalement..
Sylane était en danger. Je l'ai amenée ici pour la protéger, répondis-je de même.
D'après ce que j'ai vu, elle est capable de se protéger seule, objecta encore l'Alpha sur le même mode.
Pas cette fois. C'est une longue histoire, dis-je de la même façon.
Qui la poursuit ? interrogea alors Jared.
Un italien.
Un autre vampire ? demanda Quil.
Évidemment, quoi d'autre ?
Ils se pourchassent entre eux maintenant ? fit Paul. Marrant.
Paul... le réprimanda Sam, avant de me demander : Il est seul ?
Son maître est resté avec les Cullen.
Son maître ? releva Embry. Ca sonne bizarrement à notre é l'état d'esprit de Carlisle maintenant. Vous savez qu'il a horreur de la violence et qu'il n'aime pas se battre.
Bon, occupons-nous de celui qui est sur notre territoire, décida Sam. Tu nous raconteras les détails ensuite.
A notre grande déception, la bagarre tourna court. Comme je le savais déjà, Lucius n'avait pour lui que sa force et sa vitesse vampirique. Son don, qu'il tenta d'utiliser sur nous, était, à ma satisfaction, demeuré sans effet. Il se défendit un bon moment, usant de ses poings avec dextérité, mais nous étions nombreux et avions de sacrées mâchoires dont il ne pouvait ni se prévaloir, ni se prémunir. Il tomba après un dernier assaut commun et ce fut Paul, le plus sanguin d'entre nous, qui se chargea, avec une délectation visible qui m'écoeura, de l'étêter.
Tournant la tête vers Sylane, je remarquais alors qu'elle « revenait à elle » et je m'empressais de redevenir humain pour l'approcher.
- Sylane, tout va bien ? m'enquis-je, inquiet.
- Un peu étourdie, disons. Que s'est-il passé ?
Comprenant qu'elle n'avait aucun souvenir, je lui narrais tout, ce qui renseigna également mes frères.
- Il faut que j'y retourne maintenant que Lucius n'est plus, dit-elle.
- Ca ne servirait à rien, tu sais, objectais-je.
- Mais il reste Aro...
- Et tu sais aussi bien que moi -et même mieux-, que Carlisle refusera que tu tente quoi que ce soit contre lui, même s'il est responsable de tout.
- De plus, tu n'as rien à craindre pour les Cullen. Je suis persuadé qu'ils vont tous très bien, renchérit Sam, retransformé lui aussi.
Elle eût une moue dubitative, mais n'ajouta rien.
- Cela étant, il est plus sage pour toi de rester à La Push pour le moment, dis-je, tant que nous ignorons si le buveur de sang italien a renoncé ou non.
- Et comment comptez-vous le vérifier ? s'enquit-elle.
- D'une façon très simple, répondit Sam avant de crier : Seth, je sais que tu es là ! Arrive ici !
Normal qu'il appelle le môme étant donné son amitié illogique avec Edward. Le jeune Clearwater devait effectivement se trouver tout près car il arriva dans la minute.
- Oui ?
- Va voir les Cullen et reviens nous dire s'ils sont seuls ou non.
- J'y cours, fit-il en se précipitant.
Il revint quelques minutes plus tard, alors que Sylane tournait en rond et commençait à me donner un sérieux tournis.
- L'italien est parti, déclara-t-il en arrivant devant nous. Carlisle a réussi à le convaincre que ses tentatives pour obtenir Sylane étaient vouées à l'échec.
Elle se tourna vers lui.
- Il a réussi ? fit-elle, incrédule.
Seth hocha la tête.
- Mais ça n'a pas été sans mal apparemment. Il a dû faire preuve de beaucoup de persuasion.
- Voilà qui ne m'étonne guère de sa part. Donc, Aro a abandonné la partie ? Je suis tranquille ?
- Apparemment.
J'aurais voulu dire quelque chose à Seth. Je n'en eus pas l'occasion. Ma bien-aimée avait fondu sur moi pour m'embrasser et j'oubliais instantanément tout ce qui n'était pas elle. Plus rien d'autre ne comptait, que le contact dur et glacé de ses lèvres sur les miennes. Nous étions comme le feu et la glace... sauf que c'était le feu qui nous consumait tous les deux. Les autres durent le comprendre, car ils s'esquivèrent rapidement.
Elle me fit tomber à la renverse, mais je ne sentis ni le choc d'avoir heurté le sol en chutant de toute ma hauteur, ni celui de son corps à la dureté minéral sur le mien.
Et soudain, un truc totalement dingue –enfin encore plus dingue qu'un loup-garou épris d'une vampire- se produisit. Un truc tellement hallucinant, que je ne l'aurais pas cru si je ne l'avais pas vu moi-même : ma magnifique Sylane, si ardente, se métamorphosa. En l'espace de quelques secondes, c'était une splendide louve au soyeux pelage fauve, qui se penchait vers moi.
Ebahi, je la fixais sans comprendre, avec un air parfaitement idiot. J'avais envie de hurler. De hurler un mot. Non, pas un mot, un prénom. Le seul qui soit logique à cet instant, le seul dont le possesseur serait peut-être à même d'expliquer ce nouveau prodige. Carlisle !
Je fus interrompu dans mon ahurissement, par la voix de ma compagne lupine qui résonna dans ma tête.
Oh hé ! Un peu moins de bruit ! On ne s'entend plus penser, fit-elle, mécontente. Tu pourrais au moins te concentrer sur moi. C'est vexant.
Je sursautais mentalement.
Sylane, tu… tu n'as rien remarqué ?
De quoi parles-tu ?
Regarde tes mains.
Elle pencha sa belle tête fine et leva une patte.
Je la sentis tressaillir violemment, pendant que son cri de surprise mental m'étourdissait presque.
Aie pitié de moi. Calmes-toi, lui dis-je.
Qu'est ce que c'est que cette mauvaise blague ?
J'ai bien l'impression que ce n'en est pas une, rétorquais-je. D'un seul coup, tu t'es transformée en louve. Absolument renversante –dans tous les sens du terme- mais en louve.
C'est impossible ! s'exclama-t-elle, horrifiée.
Pas plus que moi en vampire, objectais-je. Même si j'avoue que là, ça me paraît totalement incompréhensible. Il faut aller voir Carlisle.
Dans cet état ?! s'effara-t-elle.
Précisément. Attend.
Je me transformais à mon tour.
Viens, fis-je ne me mettant à courir vers la villa des Cullen.
POV CarlisleJe sortis de la maison à la demande d'Edward, qui avait refusé de m'en expliquer la raison. Je vis alors arriver un loup bien familier, accompagner d'un autre qui ne l'était pas du tout.
- Un nouveau dans la meute, Jacob ? demandais-je.
Il laissa échapper un petit jappement, qui devait être un rire et regarda Edward, attendant qu'il traduise ses pensées en mots.
- Le second loup est une louve, me révéla mon fils.
- Une louve ? m'étonnais-je. Qui donc ?
- Sylane.
Un silence glacé retomba et je me tournais vers lui avec une lenteur extrême, les yeux écarquillés.
- Je te demande pardon ?
- La louve est Sylane, répéta Edward, tandis que la louve s'agitait.
- Mais c'est…
- Elle s'est transformée sans crier gare, au moment où ils allaient… (il s'interrompit et reprit autrement) Ni l'un ni l'autre ne comprennent ce qui se passe et ils aimeraient une explication, si toutefois tu peux la leur fournir.
Je le regardais encore un moment, puis tournais les yeux, cherchant à discerner dans le splendide animal qui accompagnait Jacob, des similitudes avec mon ancienne compagne, tout en essayant de me remettre suffisamment de ma stupéfaction pour commencer à réfléchir.
- Jacob, peux-tu… te retransformer, s'il te plait ? Il sera plus simple de comprendre la situation si je n'ai pas la retranscription par Edward.
Le loup regarda sa compagne, qui hocha vaguement la tête dans un geste tout à fait typique de Sylane et il redevint lui même en un instant.
- Bien, maintenant, explique-moi avec précision les circonstances qui ont précédé sa transformation.
Embarrassé, l'Indien passa une main derrière son crâne en rougissant.
- C'est une obligation ? Edward a bien résumé, tu sais.
Il avait l'air si gêné, que j'eu pitié de lui.
- Non en effet, c'est inutile, le rassurais-je avant d'observer de nouveau la louve qui ne cessait d'aller et venir nerveusement.
J'étais si préoccupé, que je n'avais même pas pris garde à ce que le reste de la famille nous avait rejoints.
Le silence s'éternisa, puis je me lançais :
- Je pense que tout viens de la morsure de Sylane. Si son venin, resté dans ton corps, a pu te transformer, il est probable que ton sang l'a… contaminée en quelque sorte.
Il sembla encaisser le choc, puis objecta :
- Mais ça fait plusieurs semaines. Pourquoi maintenant ?
- Il devait falloir un événement déclencheur.
- Lequel ?
- Dans ce cas et d'après tes dires, il s'agit du désir physique.
- Merde… l'entendis-je murmurer.
- Sylane veut savoir comment redevenir elle-même, intervint alors Edward.
Jacob ricanna.
- Tes traductions laissent toujours à désirer, on dirait « Ed », se moqua-t-il. Elle a dit « Comment virer cette saleté d'apparence ? »
- Le sens est le même, fit Edward en haussant les épaules.
- Et bien, dis-je à mon ancienne compagne, étant donné l'unicité de la situation, j'en suis réduit aux supputations, mais je pense qu'il suffirait tout simplement que tu te calme. A tous niveaux.
Un grondement sourd monta alors de la gorge de la louve, qui finit tout de même par s'asseoir sur son arrière-train.
Soudain, Jacob et Edward semblèrent vouloir la prévenir de quelque chose… mais trop tard. Sylane avait repris sa forme. Totalement nue.
Très gêné, je détournais la tête, tandis qu'Emmett s'exclamait :
- Une grande sœur vampire et loup-garou ! Géant ! On s'ennuie jamais avec toi !
- Emmett, la ferme ! aboya la concernée en retour, sans paraître embarrassée de sa tenue. Ca n'a rien de génial.
- Tu verras, quand tu seras habituée, tu apprécieras, lui dit l'Indien.
- J'espère bien ne pas avoir à m'y habituer, gromella-t-elle en enfilant la robe qu'Esmé avait couru chercher et lui tendait.
- Tu n'auras peut-être pas le choix, ne pus-je m'empêcher d'objecter.
Aussitôt, tous les regards se tournèrent vers moi et je me hâtais d'expliquer.
- Encore une fois, je n'ai aucune certitude puisqu'aucun cas de ce genre n'existe parmi les nôtres, mais à mon sens, Jacob a pu évacuer ton venin, parce qu'il est un loup, génétiquement parlant ; à la différence de toi qui n'es pas génétiquement vampire. Et comme, techniquement, tu n'es pas vivante, ton corps n'a pas éliminé la « toxine » secrétée par le sang de Jacob que tu as ingéré et cela a créé ce phénomène. Tu va peut-être devoir vivre avec cette nouvelle faculté. Et apprendre à la contrôler.
- Merveilleux…
A son expression, je compris qu'elle aurait adoré passer ses nerfs sur quelque chose ou quelqu'un, mais qu'elle faisait un effort pour se dominer. La connaissant, j'imaginais sans peine à quel point cela devait être difficile.
