Livre I

Chapitre 12 : La Plus Noble des Maisons

McGonagall accompagna Harry jusqu'à la tour des Gryffondor dans le plus total silence. Il eut la nette impression qu'elle était en colère contre lui. Mais bon, il était probable que tout le monde était en colère contre lui, sauf peut-être les jumeaux Weasley. Eux étaient probablement écroulés de rire. Ils s'arrêtèrent devant le portrait d'une dame très grosse endormie dans un fauteuil.

" Debout, ordonna la directrice de Gryffondor, et la grosse dame s'éveilla. Elle se frotta les yeux, encore à moitié endormie, et les regarda, l'expression encore un peu vaseuse.

- Vous ne trouvez pas qu'il se fait un peu tard, professeur ?

- J'en suis bien consciente, répondit McGonagall d'un air pincé, avant de se retourner vers Harry, pour la première fois depuis qu'ils avaient quitté le bureau de la directrice. Le mot de passe est 'Filet du Diable'. "

Le portrait s'ouvrit, laissant place à une entrée circulaire.

" Je vous quitte ici, Mr Potter. Les dortoirs des garçons sont sur votre droite, le vôtre est tout en haut de la tour. Elle fit demi-tour pour s'en aller, mais Harry l'interpella.

- Professeur ! "

Elle s'arrêta sans se retourner.

" Je suis vraiment, vraiment désolé de vous avoir causé des ennuis, dit-il, essayant de lui faire sentir à quel point il se sentait coupable. Elle se raidit, et il crut pendant un instant qu'elle allait l'ignorer et s'en aller. Elle le surprit lorsqu'elle se retourna, une expression plus douce sur le visage.

- Je suis moi aussi désolée. Lord Voldemort avait raison. Vous étiez sous ma responsabilité. J'aurais dû me rendre compte immédiatement que vous étiez resté en arrière lorsque tout le monde s'est aligné pour la Répartition, avant ça même... Beaucoup de problèmes, et de douleur, auraient ainsi pu être évités. Nous devrons tous les deux nous montrer plus prudents à l'avenir. Bien, Mr Potter, il se fait tard. Je vous souhaite une bonne nuit.

- Attendez ! Encore une chose ! "

McGonagall semblait maintenant curieuse. " Oui ?

- Euh... Si vous pouviez... Pourriez-vous ne dire à personne que je suis un fourchelang ?

- Je suppose. Pourquoi ? La plupart des gens seraient fiers d'avoir un don pareil.

- Eh bien... Je préfèrerais autant que les gens ne se mettent pas à nous assimiler, moi et ... Lui. D'autant que je suis un Gryffondor. Ils sont déjà assez furieux comme ça. "

Elle lui fit un sourire ironique. " Lui et moi, Harry. Et je peux comprendre que vous puissiez trouver ça désagréable. La bonne nouvelle, c'est que vous avez causé juste assez de chaos pour que personne ne pense à enlever des points à Gryffondor. Cela vous aidera énormément à obtenir le pardon de votre Maison. J'ose penser que, d'ici Noël, ils s'en souviendront tous comme d'une sorte d'aventure.

- Merci, professeur.

- Je vous en prie. Maintenant, hop, au lit. "

Elle s'éloigna à grand pas, un peu plus de légèreté visible dans sa démarche, et Harry traversa l'entrée. Il fut accueilli par quatre Gryffondor très curieux.


McGonagall rentra immédiatement à ses appartements, et se prépara pour la nuit, complètement épuisée. Quelle soirée ! Il n'y avait plus eu de Cérémonie de Répartition aussi mouvementée depuis la fois où James Potter et Sirius Black avaient glissé des Scroutts à pétard dans les corbeilles à pain des Serpentard. Elle n'avait aucun mal à imaginer James se roulant par terre de rire à la vue de son fils attirant Nagini, un serpent énorme et particulièrement venimeux, dans la Grande Salle, puis s'enfuyant de cette même Grande Salle en entraînant l'ensemble des professeurs de Poudlard dans une traque folle à travers tout le château.

Elle contempla l'idée d'envoyer à Sirius et Remus une lettre décrivant les évènements de la soirée. Elle était certaine qu'ils seraient extasiés d'apprendre que le fils de James s'avérait être autant un fauteur de trouble que son père. Elle abandonna rapidement l'idée. Qui savait ce que ces deux feraient s'ils apprenaient que leur filleul était en Grande-Bretagne ? S'il y avait bien une chose dont Harry James Potter n'avait pas besoin, c'était que ses parrains violent leur liberté surveillée pour lui rendre visite, juste sous le nez de Voldemort.

Voldemort.

Elle frissonna. Elle n'oublierait probablement jamais l'image du sorcier jetant cet affreux sortilège à l'enfant de Lily. Il lui était arrivé, surtout dans les premières années, d'être convoquée dans le bureau de la directrice pour recueillir un enfant puni de façon semblable, mais ça avait toujours été après la punition. Pendant un instant, elle avait cru que son coeur allait s'arrêter en entendant les cris du garçon.

Pour empirer les choses, Harry s'était révélé être un fourchelang. Un talent rare et très recherché... pour un Serpentard. Pas tant que ça pour un Gryffondor. Elle trouvait très prudent son souhait de garder son talent secret, et elle l'aiderait du mieux qu'elle le pouvait. Mais ils étaient à Poudlard. Les secrets, et encore plus ceux qui avaient trait à la magie, le restaient rarement. Presque tous les professeurs étaient déjà au courant, et il suffisait d'une conversation surprise par hasard pour que tous les élèves le soient aussi.

Pire que tout, Voldemort savait. Et il avait maintenant une bonne raison de s'intéresser à l'enfant. Il trouverait un moyen d'exploiter le talent de Harry à son avantage, cela ne faisait aucun doute. La seule chose que McGonagall pouvait faire, c'était de garder son jeune pupille autant à l'abri que possible. Et, vu les derniers évènements, elle se demandait si elle était à la hauteur.


Severus rentra dans ses appartements juste après minuit. Il avait abandonné Bellatrix, légèrement saoule, seule avec leur seigneur. Il était certain que le dictateur, lorsqu'il s'en irait, remettrait en question sa décision de lui donner le poste de directrice. Le mage noir s'en souciait peut-être même déjà.

Il eut un sourire vindicatif à l'idée de voir cette femme arrogante se faire remettre à sa place. Lestrange avait peut-être été un général exceptionnel durant la guerre, mais il fallait plus que du sadisme adroit et de la loyauté aveugle pour diriger une école. Les enfants manquaient généralement d'ambition et de méchanceté, mais ils avaient beaucoup de temps libre pour exprimer leur créativité.

Les jumeaux Weasley illustraient cela parfaitement. Il suffirait de les laisser seuls dans une pièce pendant une heure, avec seulement leur baguettes, et ils seraient capables de créer une pagaille digne des légendes antiques. Ah, remplacez les baguettes par un paquet de chewing-gum et le résultat serait le même.

Ajoutez à cela les étranges jeux de pouvoir entre les différentes Maisons, les histoires de famille, le système de points et les matches de Quidditch et vous obtenez la recette parfaite des manigances entre adolescents. Les nombreux secrets et bizarreries du château ne faisaient que multiplier les possibilités et les dangers. Il fallait une vigilance de tous les instants, un esprit acéré et de la poigne pour maintenir l'ordre à Poudlard. Lestrange aurait peut-être été digne de cette position dans quelques années, après avoir passé du temps à enseigner et à étudier la mentalité et le comportement des élèves. Mais elle avait obtenu la position et la distinction associées dès la fin de la guerre, en tant que récompense, pas en tant que responsabilité. Elle ne semblait pas comprendre que diriger Poudlard demandait énormément de travail de sa part.

McGonagall aurait beaucoup mieux convenu. Il ne le dirait jamais à personne, et surtout pas à elle, mais elle était la seule personne vraiment convenable. Elle avait la personnalité, la discipline et l'expérience. Plus que tout, elle aimait l'école. Elle l'aimait tellement que même lorsque son mentor adoré, l'ancien directeur Albus Dumbledore, avait fui, elle était restée.

Et, par miracle, elle avait été épargnée. A défaut de loyauté envers Voldemort, celle qu'elle avait envers l'école lui avait permis de conserver son poste de directrice de Gryffondor.

Mais elle ne serait jamais directrice de Poudlard. Il n'y aurait probablement plus de directeur Gryffondor tant que Voldemort règnerait. Ce qui faisait de lui le meilleur candidat restant. Et pas un si mauvais candidat que ça, à son avis. Il n'avait peut-être pas autant d'expérience que Minerva, mais il partageait son amour pour l'école. Dans une certaine mesure, cela s'étendait aussi aux élèves. Aussi abrutis et inconscients soient-ils.

Potter allait peut-être lui offrir l'occasion dont il avait besoin pour faire chuter Bellatrix de son piédestal et obtenir l'attention et la considération de Voldemort. Il avait déjà une longueur d'avance sur elle en ce qui concernait les derniers ordres de leur Maître, la collecte d'informations sur Potter. Dans le monde des sorciers, personne n'en savait plus que lui sur Potter. Il était présent lorsque le garçon avait été pris à sa famille, il avait ses antécédents moldus et ses résultats au test d'aptitude magique, il l'avait vu obtenir sa baguette. En ajoutant à cela que sa filleule était apparemment sa meilleure amie, il était clair que Bellatrix n'avait absolument aucune chance d'en apprendre plus que lui.

Si Potter venait à obtenir les bonnes grâces de Voldemort (une infime possibilité, mais son Maître se montrait souvent aussi imprévisible que les escaliers de Poudlard), alors un simple geste de réconciliation de sa part pourrait le remettre dans celles de Potter. Après tout, il y avait un seul vrai point de litige entre eux, ce stupide carnet de dessins.

Il suffirait de le lui rendre et il serait content.

Severus eut un sourire satisfait. Il tira ledit carnet de sa bibliothèque et se dirigea vers son laboratoire privé. Il l'ouvrit au hasard, tombant sur un croquis de James penché sur un tour de potier. Potter le potier (1). Quelle délicieuse absurdité. Il ouvrit une nouvelle page, cette fois-ci mettant en scène un Harry bébé dormant dans les bras de sa mère, elle même assoupie dans un fauteuil à bascule.

Le carnet était rempli de dessins, des croquis incomplets pour la plupart, mais ils décrivaient sa vie aussi bien qu'un journal intime l'aurait fait. Harry aimait ses parents. Harry aimait le football (pas le football Américain, le football), les animaux et l'art. Il n'y avait pas beaucoup de dessins représentant d'autres gens, et personne, hormis les Potter, n'apparaissait plus d'une fois. Cela suggérait qu'il n'avait pas beaucoup d'amis. Soit il était très timide, soit ses parents étaient trop protecteurs... ce qui pouvait l'avoir rendu timide. C'était une faiblesse facilement exploitable, qui lui permettrait de gagner sa confiance ou de le détruire psychologiquement.

Il y avait là un nombre incalculable de possibilités. Severus était probablement en train de se laisser emporter. Il avait besoin de quelques conseils avisés sur comment procéder. Invoquant une plume et du parchemin, il se mit à composer une lettre.


" Tu sembles encore en un seul morceau, dit Clyde, en l'inspectant sous tous les angles. Mais c'est pas sûr qu'on s'en rende compte si tu n'avais plus de foie.

- Quoi ?

- Oh, Harry, tu vas bien ? demanda Hermione.

- Moi, il m'a l'air super, dit Fred. Il semble même absolument génial, je trouve.

- Il faut vraiment qu'on te félicite, mon vieux. Fred et moi, on ne s'était plus autant amusés depuis la fois où un Poufsouffle a fait exploser la salle de potions.

- Pour l'amour de dieu, vous êtes incorrigibles ! " dit-elle avec un reniflement.

Harry regarda les quatre Gryffondor et leur fit un sourire épuisé.

" Je vais bien. Je suis resté hors de portée de Nagini. Que s'est-il passé après mon départ ? Il y a eu des blessés ? "

Ils s'assirent tous confortablement dans les fauteuils placés devant la cheminée et lui racontèrent ce qu'il s'était passé. Il y avait eu quelques accidents, rien de plus sérieux qu'une grosse bosse sur la tête, quand tout le monde avait paniqué et essayé de quitter la salle en même temps. Mais une fois Harry et le serpent partis, Voldemort et les professeurs avaient rapidement ramené l'ordre. Les élèves blessés avaient été envoyés à l'infirmerie pour la nuit, et les préfets avaient emmené le reste de leur maison vers les dortoirs. Une bonne partie de la Maison Gryffondor avait attendu le retour de Harry, mais presque tous étaient finalement allés se coucher.

Harry leur raconta tout de sa première confrontation avec Nagini, puis de la seconde et de la course poursuite dans les couloirs et à travers les passages secrets, de sa rencontre avec Sir Nicholas et enfin de sa visite au bureau de la directrice. Il ne leur parla pas de son don de fourchelang ni du pardon que lui avait accordé Voldemort ; il leur dit à la place qu'il avait tout expliqué et s'en était tiré avec une grosse réprimande. Miraculeusement, Gryffondor s'était sorti de ce fiasco sans perdre un seul point.

Tout le monde suivit son récit avec enthousiasme, sauf Hermione qui n'arrêtait pas de s'écrier "Tu aurais pu te faire tuer !" Ils subirent une longue leçon sur les "casse-cou inconscients" jusqu'à ce que Hermione elle-même se mette à bailler. Ils finirent enfin par aller se coucher dans leur nouvelles chambres.

La chambre dans laquelle Harry et Clyde entrèrent était complètement obscure, et tous les autres garçons dormaient. Clyde s'effondra dans le premier lit vide venu, et Harry fit de même dans le lit restant.

Voilà une manière inattendue de commencer sa scolarité, pensa-t-il. Malgré tout ce qu'il venait de se passer, il ne put s'empêcher de sourire légèrement. Hormis le moment où il était passé pour un idiot dans la Grande Salle, et la douloureuse punition directement ensuite, la journée avait été plutôt fantastique. Il se retrouvait dans la même maison que sa meilleure amie, avait rencontré les jumeaux Weasley et s'en était fait des amis, avait vu et parlé avec son premier fantôme, avait découvert un passage secret (il fallait juste qu'il le retrouve !), s'était montré plus malin qu'un serpent géant et avait découvert qu'il était un fourchelang !

Soit, il ne savait pas encore si le truc de fourchelang était une bonne chose ou pas. Il le dirait peut-être un jour à Hermione, et il était sûr qu'elle lui sortirait une liste de tous les avantages et inconvénients associés au don.

En attendant, il ne voulait rien d'autre que dormir.

Harry fut réveillé le lendemain matin par une sensation de brûlure sur sa cuisse. Il se catapulta hors du lit et sortit sa montre de gousset. Il était déjà en retard pour le petit déjeuner. Tous les autres lits étaient vides, y compris celui de Clyde, et il se demanda pourquoi personne n'avait pris la peine de le réveiller. Avec lassitude, il se changea, fit sa toilette et réunit ce dont il aurait besoin pour la journée, puis prit le chemin de la Grande Salle.

Il bailla tout au long du trajet, aussi fatigué que s'il n'avait pas du tout dormi. Son sommeil avait été agité, ses rêves remplis de passages secrets et de serpents.

La Grande Salle était pleine lorsqu'il entra, mais le bruit ambiant diminua clairement lorsqu'il passa la porte, et il fut la cible de beaucoup de regards. Il hésita un instant, puis marcha résolument vers sa table, se forçant à garder la tête haute. Mais même sa Maison ne se montrait guère accueillante. La table était déjà bien remplie, et les quelques places vide semblaient se combler dès qu'il s'en approchait. Frustré et un peu blessé, il se mit à la recherche d'un endroit où s'assoir.

" Hé, Harry ! " appela quelqu'un. Harry se retourna et tomba nez-à-nez avec les jumeaux Weasley. Ils l'attrapèrent chacun par un bras et le traînèrent vers une partie de la table occupée en majorité par des première année. Sans prêter attention à qui était assis où, ils se mirent à semer la pagaille et à pousser tout le monde pour libérer de la place pour eux trois. Plusieurs élèves finirent carrément par terre. Harry se serait senti mal pour eux s'ils n'avaient pas réussi à retrouver sans problème de nouvelles places là où lui avait eu tant de mal quelques minutes auparavant.

Harry se retrouva assis en face d'Hermione et de Clyde. Hermione avait le nez plongé dans un bouquin et ne semblait s'être rendu compte de rien (ce qui arrangeait Harry, il ne voulait ni de sa pitié, ni d'un sermon pour les jumeaux). Clyde semblait sur le point de s'endormir dans ses oeufs.

" Il était temps que tu te lèves ! dit Hermione, sans même lever le nez de son livre.

- Si quelqu'un avait pris la peine de me réveiller... murmura-t-il, puis fit un sourire à Hermione. La montre fonctionne, au fait. Mais tu y as peut-être été un peu fort sur le sortilège d'échauffement.

- C'est censé te donner une raison de ne pas être en retard. "

Elle ne leva pas les yeux en disant cela, mais il était difficicile de rater son sourire malicieux. La tête de Clyde glissa enfin de sa main et atterrit dans ses oeufs. Ils éclatèrent tous de rire, et Hermione lui tendit une tasse de thé fort. Elle sortit ensuite leurs emplois du temps (apparemment, ils étaient identiques pour les première année d'une même maison) et leur fit une synthèse de ce à quoi ressemblerait leur semaine.

Les jumeaux ne tardèrent pas à s'en mêler, apportant ici et là des commentaires sur les professeurs et leurs petites manies, sur qui donnait le plus de devoirs et qui donnait le plus de points et qui donnait les pires retenues. Harry ne savait pas à quel point il pouvait se fier à ces informations. Ça ne l'étonnait pas vraiment d'apprendre que McGonagall donnait le plus de devoirs, mais il avait plus de mal à imaginer Rogue comme donnant le plus de points (d'autant plus que les jumeaux se jetèrent un regard assez étrange en le disant).

Hermione finit par les traîner en cours d'Histoire de la Magie, le visage de Clyde encore parsemé de morceaux d'oeufs. Leur professeur était le professeur Toure, et Harry eut la nette impression que c'était une fanatique. Elle soutenait une théorie bizarre sur la nécessité des mages sombres, de la violence et de la guerre pour le progrès de la civilisation magique. Quiconque était surpris à critiquer Grindlewald ou Morgana devait passer tous les cours d'une semaine assis au coin. Quiconque pris à critiquer Voldemort avait le droit au coin, à une semaine complète de retenues et devait écrire une lettre d'excuse au dictateur pour ce qu'il avait pu dire (ce dernier point était probablement le meilleur des moyens de dissuasion). Elle sembla prêter une attention toute particulière à Harry, qui mit un point d'honneur à ne jamais prononcer le moindre mot pendant son cours, de peur de dire quelque chose de travers.

" Parfois, j'aurais bien aimé qu'ils gardent l'ancien professeur. Professeur Toure est compétente, sans aucun doute, mais ça aurait été extraordinairement intéressant de recevoir des leçons d'un fantôme", avoua Hermione tandis qu'ils se rendaient à leur cours de sortilèges.

Le professeur Flitwick enseignait les sortilèges et avait le meilleur sens de l'humour de tous leurs professeurs. Il régala les première année en faisant voler toutes sortes d'objets à travers la salle, les faisant parfois rebondir sur les têtes des élèves en chemin. C'était la première de leur classes où l'utilisation de la baguette était nécessaire, et la première fois où Harry put toucher sa baguette depuis qu'il l'avait achetée. La sortant de son étui, il sentit une bouffée de puissance immédiate. Clyde, à moitié assoupi à côté de lui, sursauta et se retourna vers lui comme s'il lui avait enfoncé un doigt dans les côtes.

Flitwick leur donna pour exercice de faire flotter une plume. Hermione et un garçon de Poufsouffle furent les seuls à y parvenir complètement. Dean Thomas, un autre Gryffondor, mit le feu à la sienne. Clyde fendit la sienne en deux (Flitwick lui-même fut incapable de deviner comment). Harry y arriva presque, sa plume glissant le long de sa table sans jamais prendre son envol.

Leur cours suivant fut celui de Forces du Mal et Défense, enseigné par le professeur Quirrel. Tous ceux qui avaient attendu ce cours avec impatience, Harry en tête, furent déçus. Quirrel semblait savoir ce dont il parlait, mais avait tendance à s'arrêter en plein milieu d'un exposé pour soupirer de manière particulièrement déprimante. Clyde fut surpris en train de dormir en plein milieu d'une explication sur les différences entre les malédictions héréditaires et celles de lignée, et la seule réponse de Quirrel fut de le regarder avec envie, de soupirer puis de reprendre le cours.

Lorsque la matinée prit fin et qu'ils commencèrent le déjeuner, Clyde finit par se réveiller suffisamment pour demander ce qu'il avait raté. Hermione se mit à lui réciter tout ce qu'ils venaient d'apprendre, ajoutant bien plus d'informations que les professeurs ne leur en avaient réellement données, et pétrifiant complètement le pauvre garçon. Elle venait juste de finir le contenu des cours, et passait maintenant au sermon sur son inconscience lorsqu'elle aperçut Drago l'attendant à l'entrée de la Grande Salle.

" Oh, je ferais mieux d'aller lui parler tout de suite, dit-elle. Je préfèrerais éviter d'avoir cette conversation en plein milieu du cours de potions.

- Bonne chance, dit Harry. Et ne le laisse pas te faire culpabiliser pour avoir été choisie pour Gryffondor. "

Elle sourit faiblement et s'en alla.

" Tu penses qu'il va la manger ? " demanda Clyde.

Harry haussa les épaules et alla chercher un endroit où s'assoir. Personne n'essaya de l'en empêcher cette fois-ci, mais personne ne lui parla non plus. Les jumeaux Weasley n'étaient pas encore arrivés, et Harry et Clyde profitèrent de cet instant de répit pour manger sans peur d'être empoisonnés.

" Tiens, tiens, Potter, je suis surpris que tu sois encore là. Je pensais que Tu-Sais-Qui allait te punir jusqu'à ce que ton cerveau se transforme en gelée. Enfin, j'imagine que ça n'aurait pas changé grand-chose pour toi. "

Harry jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule et vit Ron Weasley souriant avec mépris. Harry l'étudia attentivement, arriva à la conclusion qu'il ne valait pas le risque de perdre des points et se tourna de nouveau vers sa soupe.

"Qu'est-ce qu'y t'arrive, Potter ? T'as perdu ta langue ? Ton cerveau s'est peut-être vraiment transformé en gelée, finalement."

Clyde était sur le point de sortir sa baguette, mais Harry le regarda et secoua la tête.

" Pas la peine, dit Harry. C'est pas comme si on avait quelque chose à faire de ce qu'il pense.

- Qu'est-ce que tu viens de dire, imbécile ? gronda le garçon.

- Harry, il a sorti sa baguette ! "

Harry ne prit pas la peine de se tourner vers le rouquin. Il ne s'arrêta même pas de manger. Clyde semblait de plus en plus frénétique. Il n'arrêtait pas de tendre la main vers sa baguette, mais hésitait en voyant le visage complètement serein de son ami. Presque toute la table était maintenant en train de les observer. Harry prit une gorgée de son jus de citrouille.

" Range ta baguette ! interrompit une nouvelle voix pleine de colère. Tu veux faire perdre des points à Serpentard dès ton premier jour ?

- Mais il...

- ... a clairement dépassé le stade de tes gamineries", dit Hermione avec force. Harry regarda par-dessus son épaule et vit Drago poussant le bras de Ron vers le bas et Hermione le fusillant du regard, l'air furieuse.

" Qui t'a parlé, espèce de sale ... aïe !

- Pour ton bien, tu n'a pas intérêt à finir cette phrase, claqua Drago, sa main maintenant serrée autour du poignet de Ron comme un étau. Viens par là. Je crois qu'il faut qu'on discute de la différence entre les comportements des Gryffondor et des Serpentard. Parce que pour le moment, Potter est bien plus digne de Serpentard que toi. "

Le plus jeune des frères Weasley rougit à ces mots. A contrecœur, il rangea sa baguette et se contenta de lancer à Harry (qui lui avait déjà tourné le dos) un regard venimeux.

"On finira ça plus tard", dit-il, et il repartit, furibond, vers sa propre table. Harry lui fit un signe d'au revoir de la main sans même le regarder. Il imagina sans mal la couleur que devait prendre le visage du rouquin, son oncle avait souvent la même autrefois. Drago laissa échapper un soupir exaspéré.

"Tu viens avec nous ?

- Non, répondit Hermione. Je préfère être en compagnie un peu plus civilisée.

- Comme tu veux. Après les cours ?

- Je serai à la bibliothèque; tu seras le bienvenu.

- Je te retrouverai là-bas alors.

- Bonne chance Drago. "

Un instant plus tard, Hermione prit place aux côtés de Harry.

"Tu t'en es vraiment bien sorti, le complimenta-t-elle. Je ne sais pas si j'aurais été capable d'ignorer comme ça quelqu'un pointant sa baguette sur moi.

- Qu'est-ce qu'il pouvait me faire ? Ça m'étonnerait qu'il connaisse beaucoup plus de maléfices que moi. En tout cas, rien de vraiment dangereux. Un Finite Incantatem plus tard et j'aurais de nouveau été normal, il aurait perdu des points et reçu au moins une retenue.

- Bordel, Malefoy avait raison, tu penses plus comme un Serpentard que Ron "

Harry fronça les sourcils et fit les gros yeux à Clyde, mais en réalité il était plus qu'un peu gêné par la comparaison. Il était un Gryffondor. Le Choipeaux l'avait mis là. Il avait suggéré la maison de Voldemort en premier ? Et alors ?


Le cours de métamorphose s'avéra aussi ardu que Harry le craignait. Il avait été amusé par la démonstration de McGonagall, qui avait transformé une table en cochon, mais beaucoup moins par la quantité astronomique de notes qu'elle leur avait ensuite fait copier. Puis elle leur avait donné pour tâche de transformer une allumette en aiguille. Plusieurs des allumettes prirent tout simplement feu. Celle de Harry fit pousser une feuille d'argent. Hermione y arriva presque, son allumette devenant argentée et pointue d'un côté.

Ce cours fut immédiatement suivi par le cours de potions avec les Serpentard. Ce fut... intéressant. Apparemment, les jumeaux n'avaient pas menti. De tous les professeurs, Rogue donnait vraiment le plus de points... à sa propre Maison. Il leur donnait des questions faciles, puis en donnait des impossibles aux Gryffondor (Hermione réussit à répondre aux siennes correctement) avant de pester contre leur stupidité. Harry ne savait pas s'il était plus en colère à cause de l'injustice ou amusé par ce comportement tellement immature. Au moins l'homme semblait l'ignorer – à la plus grande déception de Ron. Ce ne fut qu'à la fin du cours que Rogue daigna lui prêter la moindre attention, ce dont Harry aurait bien pu se passer.

"Potter, restez ici."

Clyde lui fit un geste d'adieu attristé, et Hermione roula des yeux.

"Il va parler à un professeur, pas au diable ! On sera à la bibliothèque, Harry ! Rejoins-nous quand tu auras fini."

Harry ne répondit pas, gardant les yeux rivés sur Rogue. Il espérait trouver un indice indiquant pourquoi il avait été retenu, mais le visage du professeur resta complètement de marbre en relisant ses notes de cours. Finalement, ils furent seuls, mais aucun ne prit la parole. Quand Rogue le regarda en face, Harry détourna les yeux. Snape eut un sourire en coin.

"Je vois que vous n'êtes pas une cause perdue, Potter. Vous êtes clairement capable de tirer des leçons de vos expériences. Est-ce que ma filleule vous a dit que je pratiquais la legilimancie ?

- Non. Mais elle m'a dit que c'était le cas de Voldemort. Il l'a utilisée sur moi hier soir, et ça ressemblait à ce que vous m'avez fait chez les Dursley."

Le sourire de Rogue s'élargit. "Quelle mémoire extraordinaire. Je parie que vous pouvez même vous rappeler de leurs prénoms. De ce à quoi ils ressemblent, du timbre de leur voix, de leurs habitudes ou des nombreux et variés mauvais traitements qu'ils vous ont fait subir. La plupart des enfants qui passent plus d'une semaine à ARES ne gardent généralement que quelques vagues impressions.

- Eh bien... euh... c'est aussi mon cas, mais... vous m'avez fait une très forte impression.

- Vous me flattez... ou vous mentez, atrocement. Pouvez-vous deviner vers quelle hypothèse je penche ?

- ...

- Bien, Potter, j'ai le pouvoir de vous renvoyer à ARES, jusqu'à ce que votre passé et vos souvenirs deviennent réellement insignifiants pour vous. Néanmoins, comme je ne souhaite pas effacer les connaissances que vous avez acquises pendant vos classes d'été, ni bouleverser ma filleule, je suis prêt à laisser passer cette petite anomalie en échange de votre coopération... et de votre honnêteté."

Il y eut un éclair dans une paire d'yeux vert émeraude qui se rapprochèrent dangereusement d'une autre paire couleur ébène.

"Qu'est-ce que vous voulez ?"


(1) Potter veut évidemment dire potier en anglais.

NdA: Pas de Voldemort dans ce chapitre, mais il apparaîtra dans le suivant.