Lorsque Harry sortit de la salle de classe inutilisée, il s'enfuit presque dans le couloir. Il ne voulait pas affronter ses amis. Il les avait perdus aujourd'hui. Il préférait ne plus jamais leur parler que de voir la pitié dans leurs yeux…

Mais il s'enfuit à peine jusqu'au bout du couloir avant que Draco ne le rattrape.

-Merlin Harry ! Arrête-toi !

Il n'avait pas vraiment le choix, Malefoy l'avait attrapé par le bras. Harry baissa les yeux et avait la ferme intention de les garder comme ça. Mais Draco lui empoigna violemment le menton et le força à le regarder. Harry poussa un gémissement de douleur et sentit des larmes lui brûler les yeux, autant à cause de Malefoy que de la honte.

-Regarde-moi gronda le Serpentard.

Harry dégagea son menton d'un mouvement sec, maintenant en colère. Il toisa Malefoy d'un regard brûlant, et eu la surprise de voir une certaine satisfaction dans le sien.

-C'est bon, tu te remets, Potter ? Demanda-t-il avec un petit sourire.

Harry le regarda en fronçant les sourcils.

-Qu'est ce que tu me veux ? Demanda-t-il sèchement.

-Que tu comprenne que ce n'est pas comme ça que tu vas perdre mon amitié, crétin ! Ni celle des autres !

Surpris, Harry considéra son ami. Il n'y avait pas de pitié dans son regard. Ni dans celui des autres. Simplement du soutien, voir même un peu d'indifférence. Blaise lui sourit.

-Écoute, Potter. Être traité comme un elfe de maison, battu en continu depuis des années, je pense qu'aucun de nous ne peux comprendre ce que ça fait, mais si ça peut t'aider, sache que nous-tous ici, nous sommes élevés selon les principes d'éducation des Sang-Purs… Et ça inclut une bonne rouste de temps en temps ! Une gifle, des coups de canne, voir même, pour les plus extrêmes, le Doloris…

Harry frissonna. Le mot lui disait quelque chose…

-Le sortilège de torture ? Souffla-t-il.

Draco hocha la tête. Harry recula d'un air horrifié. Qui ? Quel genre de parent pouvait lancer ce sort à ses enfants ? Il regarda Draco, puis son regard passa à Vincent, Blaise, Greg, Pansy, Théo… Tous ses amis !? Tous ses amis avaient pu être, un jour ou l'autre, torturés par leurs propres parents !?

-Tout ça pour te dire Harry, que aucun de nous ne te jugera sur quoi que ce soit. Et si on peut te donner un conseil, c'est de ne pas montrer à ces gens qu'ils t'ont blessé ! Même si tu souffre, même si tu as l'impression que tu vas crever, même si tu pense que tu vas t'évanouir, relève-toi, relève la tête, tiens toi droit, regarde-les dans les yeux et surtout, dis-toi qu'ils ne te briseront pas. Parce que le jour ou tu cesseras de penser ça, ils auront gagné. Le jour ou tu cesseras de penser ça, tu sera déjà brisé, et tu les regardera danser sur le cadavre de ta dignité… Qui que ce soit ! Ta famille, Weasley, Granger, Dumbledore, le Seigneur-des-Ténèbres, n'importe qui ! Même moi ! Qui que ce soit, ne laisse personne te faire ça ! Encaisse et attends que ça se termine ! Et à ce moment là, relève-toi, regarde cette personne dans les yeux et vas-t-en d'un air digne, que cette personne comprenne qu'elle à manqué son coup encore une fois…

Harry déglutit, et regarda de nouveau ses amis. Tous semblaient partager l'opinion du blond, et lui renvoyèrent un regard ou perçait la détermination de faire leurs preuves. Comme lui. Il sourit.

-Merci Draco…

Draco rougit.

-C'est rien, Potter. Maintenant, allons manger, je meurs de faim…

Harry ricana. Draco n'était visiblement pas habitué aux marques de reconnaissance…

Il se dirigea vers la grande salle accompagné de ses amis et une fois arrivés, ils se séparèrent pour partir chacun vers leur table, et Harry rejoignit Neville. Il lui proposa de l'accompagner dans l'après-midi pour aller visiter Hagrid : au matin, Hedwig avait apporté à Harry son premier courrier. Comme il avait les vendredi après-midi de libre, Hagrid lui demandait de passer pour lui raconter sa première semaine de cours et il avait accepté…

Vers quinze heures, ils frappèrent à la cabane du garde-chasse et furent accueillis par un concert d'aboiements joyeux. Le grosse voix de Hagrid retentit et le demi-géant ouvrit la porte sous le regard intrigué de Harry et celui, un brin apeuré, de Neville. Harry présenta son ami et ils entrèrent. Hagrid leur proposa du thé et des biscuits durs comme de la pierre pendant que Crockdur, le chien, bavait abondamment sur les cuisses de Harry.

-Alors Harry, comment s'est passée cette première semaine à Poudlard ? Demanda Hagrid. Tu t'es fais des amis ?

-Je crois. Enfin, à la tour de Gryffondor, il n'y a que Neville. J'aime bien les jumeaux Weasley aussi, mais on ne se parle pas souvent…

-Tu t'es fais des amis dans d'autres maisons ?

-A Serpentard.

Hagrid ouvrit de grands yeux surpris.

-Serpentard ? Tiens donc… Il y a une raison ?

Harry haussa les épaules.

-Oui, Ron Weasley est un idiot, et sur le moment, Draco Malefoy m'a semblé plus intéressant. Il l'est d'ailleurs, il m'a beaucoup aidé aujourd'hui…

-Ah oui ? Demanda Hagrid d'un ton curieux.

-Il m'a conseillé sur quelque chose, et nous partageons le même point de vue…

-Ma foi ! Dumbledore doit être ravi que vos deux maisons se rapprochent…

-Aucune idée ! Et pour être honnête, je m'en fiche ! Je suis amis avec qui je veux l'être, pas avec qui les autres voudraient que je soient ami… Je me moque de cette querelle, elles est stupide et tellement ancienne, quel intérêt avons-nous à la poursuivre aujourd'hui ? Pourquoi porter le poids d'une histoire qui s'est déroulée il y a plus d'un millénaire.. ?

-Ça ! Tu as entièrement raison ! Et les cours ?

Harry rougit.

-Pour être honnête… Je les trouve plutôt faciles…

-Vraiment ? S'étonna Hagrid. C'est vrai que j'ai entendu certains professeurs parler de toi, et avec les parents que tu as, ça ne m'étonne pas que tu sois doué, mais de là à ce que ce soit facile…

-J'ai lu mes livres pendant les vacances…

Neville lui lança un regard abasourdi.

-Peut être Harry, mais il y a une différence entre lire et appliquer ce qu'on lit. Ce n'est pas la lecture du livre de métamorphose qui t'as fait transfigurer ton allumette d'un coup de baguette ! Ni brasser une potion de sixième année sans livre…

-Pardon ? Demanda Hagrid, interloqué.

-Rien…

-En cours de potions ce matin, il a brassé la potion contre les furoncles en quinze minutes et sans regarder la recette. Ensuite, Snape a voulu le mettre dans l'embarras en lui faisant brasser une potion de sixième année, la Mort Instantanée. Il l'a brassée en une heure et demie, sans livre et sans aide, répondit Neville.

-Merci de balancer… Grommela Harry.

-Je t'en prie, répondit son ami, goguenard…

Hagrid en était bouche bée.

-Ça alors ! Comment as-tu fais ?

Harry hocha les épaules.

-Je ne sais pas. Je l'ai juste fait.

Il ne voulait pas s'étendre sur le sujet. Il en avait marre de devoir se justifier, surtout qu'il ne savait pas comment faire ! Il laissa son regard s'égarer et parcourir la cabane. Hagrid vivait dans une seule pièce, mais c'était une pièce étrangement douillette et chaleureuse, très propre…

Sauf pour un bout de papier, qui traînait par terre. Il se pencha pour le ramasser, c'était une coupure de journal…

-Vous tenez à cet article, Hagrid ? Tiens, c'est Gringotts…

Hagrid lui reprit le journal, mais Neville avait eu le temps de l'apercevoir.

-C'est un article de la Gazette de ce matin. Ils n'avancent pas dans l'histoire du cambriolage…

-Gringotts a été cambriolée ? Demanda Harry. Mais je croyais que c'était le lieu le plus sur du Monde Magique après Poudlard ?

Neville haussa les épaules.

-Apparemment non. Cela dit, rien n'a été volé, car le coffre à été vidé le même jour…

-Ça s'est passé quand ? Demanda Harry.

-Le trente-et-un Juillet, pourquoi ?

-C'est le jour de mon anniversaire, remarqua distraitement Harry.

-Ah bon ? Moi c'est le trente ! Répondit Neville avec un grand sourire.

Harry le lui rendit et tourna brièvement son regard vers Hagrid. Le géant ne paraissait pas à l'aise… Il n'insista pas et laissa la conversation dévier sur autre chose, mais l'image du petit paquet de coffre numéro sept-cent-treize dansait dans son esprit…

Environ une heure plus tard, ils quittèrent le garde-chasse, les poches pleines de gâteaux immangeables ! Ils les jetèrent discrètement dans une des poubelles du château et remontèrent à leur salle commune. Machinalement, Harry reprit « L'Histoire de Poudlard », en lut quelques passages, et puis rejeta le livre aussitôt. En partie parce qu'il avait vu Hermione le regarder, prête à se diriger vers lui, pleine d'espoir de se faire un ami, et en partie parce qu'il le connaissait par cœur de toute façon et que ce que le livre contenait le révoltait toujours autant. Il se releva et informa Neville qu'il se rendait à la bibliothèque, si il voulait se sentir moins seul pour faire ses devoirs.

Neville rougit et le suivit. Mais alors qu'il prenait un livre de métamorphose et un autre de sortilèges dans les rayonnages, il se rendit compte que les devoirs de Harry étaient déjà fait. Ils les faisaient généralement ensemble, chaque soirs après les cours, mais jusqu'ici, Harry n'avait pas ouvert un seul bouquin pour les faire et Neville, malgré toute sa bonne volonté, mettait plus de temps que lui. Ils verraient bien la semaine suivante si ils pouvaient réellement faire confiance à ses mystérieuses connaissances… A la place, Harry se dirigea vers le rayon consacré à l'histoire de Poudlard et aux Fondateurs et prit les premiers volumes qui lui tombèrent sous la main. Il en parcourut cinq ou six en diagonale, jusqu'au dîner, répondant de temps en temps aux questions que Neville pouvait lui poser, sans rien trouver de satisfaisant. Il ne savait pas trop ce qu'il cherchait, mais il savait qu'il n'avait pas trouvé…

Le soir, il se coucha tôt et s'endormit rapidement.

Voldemort tua sa mère et s'approcha de lui. Il lui caressa le front tendrement, comme d'habitude. Mais Harry-bébé lutta contre le sommeil et ne s'endormit pas cette fois-ci. Alors Voldemort le prit délicatement dans ses bras et le berça. Harry-bébé tendit sa petite main potelée vers le sourire qu'il entrevoyait sous la capuche, et une grande main douce et pâle saisit la petite main pour la porter la bouche du Mage Noir, qui y déposa un baiser. Harry-bébé babilla et sourit. Peu de temps après, bercé par les mouvements et la chaleur de ces bras si accueillants, Harry-bébé s'endormit. Alors l'homme le reposa dans son petit lit et le recouvrit de sa petite couverture, pendant que Harry-bébé se mettait à sucer son pouce avec application. Voldemort sourit, caressa le front de Harry-bébé et se détourna. Puis, avant de quitter la pièce, il le regarda à nouveau.

-Continue à chercher, Harry…