Après six heures de relecture, les bonus sont terminés ! Bonne lecture !

(Moi, je m'en vais boire et manger quelque chose.)

(Ne vous étonnez pas s'il y a encore quelques coquilles, je vois flou à force d'être devant l'écran!)


Happy End

Bonus, Partie 2


Veille

Les griffes de Morphée l'empêchèrent tout d'abord de comprendre son malaise. Et puis ça changea vite lorsque ses sens comprirent que c'était le beau milieu de la nuit et qu'elle était seule dans le lit.

« 'ina ? »

Aucune lampe n'était allumée et sa vue était encore toute floue. Elle se frotta les yeux et se redressa, étouffant un bâillement.

« R'gina ? »

Sa vision enfin plus claire, Emma constata que la chambre était vide. Si Regina avait une autre de ses insomnies, elle devait sans doute être dans le salon, peut-être s'y était-elle rendormie.

Mais le couloir et la bibliothèque et même le séjour, tout était éteint. Emma avança tout de même dans les pièces, ses yeux habitués à l'obscurité, sans trouver sa compagne. Inquiète, elle se dirigea immédiatement vers la porte de la chambre d'Henry et l'ouvrit doucement. L'adolescent dormait, ronflant tranquillement, et il était seul.

Le cœur serré, Emma alla inspecter la salle d'eau, la buanderie, le garage. Vides. Elle revint rapidement dans la chambre et ouvrit la porte de leur salle de bain, éteinte elle aussi.

Le soulagement qui la frappa lorsqu'elle avisa la forme au sol ne suffit pas à la calmer immédiatement.

« Regina, » souffla t-elle. « Qu'est-ce que tu fiches dans le noir ? »

Elle n'eut pas de réponse.

Elle n'eut pas de réponse, parce que Regina pleurait.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » interrogea t-elle, sa voix plus forte et étranglée. Elle se laissa tomber à genoux près de Regina, recroquevillée dans un coin, les genoux contre la poitrine. « Regina, qu'est-ce qu'il y a ? Tu as mal quelque part ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Des sanglots étouffés continuèrent d'être les seuls sons dans la pièce.

« Hey, » souffla Emma, posant une main sur le bras de Regina pour l'encourager à lever la tête.

Le contact ne fit que paniquer l'autre femme, qui sursauta et eut un violent mouvement de recul. Emma tenta d'attraper son poignet pour la calmer, mais le fait de restreindre ses mouvements aggrava la situation et elle se redressa, levant les mains devant elle en signe d'apaisement.

« Hey, hey, calme-toi, c'est moi, » dit-elle rapidement, son cœur cognant contre sa poitrine. « Regina ? »

Prudemment, très prudemment parce qu'elle connaissait très bien ce genre de réactions, Emma posa une main contre son bras, sans appuyer. Elle attendit quelques secondes.

« Regina ? »

Même si elle s'était tendue, l'autre femme ne paniqua pas cette fois.

« Regina, tout va bien. C'est moi, tu es en sécurité. »

Ne sachant si sa compagne était à moitié endormie ou simplement perdue dans ses pensées, Emma hésita sur la marche à suivre. Finalement, elle posa son autre main sur la joue de Regina pour la pousser à relever la tête.

« Hey. »

« Emma. »

« C'est moi, » murmura Emma, ravalant difficilement ses larmes face à celles de la femme qu'elle aimait.

Face à ce regard hanté et ce qu'il cachait.

« Est-ce que ça va ? »

« Non, » gémit Regina doucement.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Je ne sais pas, » souffla Regina entre deux petits sanglots qu'elle tentait d'étouffer sans succès, sa respiration difficile entrecoupant sa phrase.

« Tu… tu trembles. Tes mains sont glacées. Regina… » Elle la poussa à se redresser pour pouvoir passer un bras autour d'elle. « Calme-toi. »

Jamais auparavant Emma n'avait vu Regina dans un tel état. Elle pouvait se souvenir de larmes dans ses yeux, sur ses joues, mais jamais de sanglots, jamais de tels pleurs qui emprisonnaient son souffle et faisaient trembler tout son corps.

Ça lui brisait le cœur.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda t-elle une nouvelle fois.

« Je sais pas, » répéta Regina piteusement. « Je me… je me suis réveillée et… »

« Respire. Doucement. Tout va bien. »

« Je suis désolée. »

« Non, ne t'excuse pas. C'est rien. Essaye juste de respirer calmement. Tu as dû faire un cauchemar. »

« Peut-être, je m'en souviens pas. »

« Okay, c'est rien, c'est rien. Calme-toi. »

« Où tu vas ? Reste ! »

« Je ne vais nulle part, » apaisa immédiatement Emma en cessant ses mouvements. « Je voulais juste te prendre un verre d'eau. Je reste là, ne t'en fais pas. »

Elle passa encore plusieurs longues minutes à essayer de l'apaiser en lui murmurant des mots sans grand sens, et jamais auparavant elle ne s'était sentie aussi impuissante. Ce ne fut que lorsque ses lèvres rencontrèrent le front de Regina dans un baiser qu'elle s'aperçut d'autre chose.

« Oh ! »

« Quoi ? » murmura Regina, ses sanglots réduits à des petits hoquets incontrôlables.

« Je crois que tu as de la fièvre. Tu peux te lever ? Lève-toi. Doucement. »

Elle l'aida à aller jusqu'au lit, la borda et lui promit de revenir très vite. Deux minutes plus tard, elle lui fit avaler deux médicaments avec un peu d'eau puis se coucha près d'elle, ses doigts se baladant sur son front en un geste apaisant.

« Et moi qui croyais que tu ne pouvais pas tomber malade. »

« Je ne suis pas malade. »

« En tout cas, tu es épuisée. Il faut vraiment que tu apprennes à dormir plus. »

« Emma… »

« Je suis là, » rassura t-elle. Elle hésita soudainement, maudit ce passé qu'elle ne pouvait que deviner et qui la freinait soudain dans des gestes qui pourtant leur étaient d'habitude si naturels. « Est-ce que je peux te prendre dans mes bras ? » demanda t-elle, se sentant idiote et furieuse et triste et…

« S'il te plait. »

Emma s'exécuta doucement puis embrassa son front une nouvelle fois.

« Je suis juste là. Et je ne vais nulle part. C'était juste un cauchemar. Dors, tout ira bien. »

Durant les heures qui suivirent, Emma ne dormit que très peu. Chaque geste et chaque son provenant de Regina la réveillaient, et elle passa son temps à l'apaiser et à veiller sur elle. Si bien que lorsque son réveil sonna, elle faillit avoir une crise cardiaque, ayant oublié que le monde existait en dehors de la femme qui dormait enfin contre elle.

La température de Regina avait encore augmenté mais l'épuisement l'avait terrassée. Avec inquiétude, Emma passa une main dans ses cheveux et réajusta la couverture sur elle.

« Mamans ? » interrogea Henry à travers la porte, toquant doucement. « Vous êtes réveillées ? »

« Entre, Henry, » invita Emma d'une voix basse.

Le garçon ouvrit la porte et fronça les sourcils.

« Qu'est-ce que vous faites encore couchées ? On petit-déjeune pas ensemble ? »

« Chut, doucement. Regina est un peu malade, » informa Emma.

« Maman ? » chuchota t-il. Il s'approcha et observa Regina avec inquiétude. « Elle est pâle. Qu'est-ce qu'elle a ? »

« Je crois que c'est la fatigue plus qu'autre chose. Elle a de la fièvre. »

« Tu vas rester avec elle aujourd'hui ? Tu veux que je reste ? »

« Non, je vais rester. Hum, tu peux demander à quelqu'un de passer te prendre ? »

« Jordan va à l'école avec son grand frère. Il a eu son permis l'année dernière et il conduit prudemment. Je vais l'appeler. »

« Super. Merci. »

« Je vais me préparer. »

« Oui. Ne t'en fais pas, je garde un œil sur elle. »

« Okay. Mais tiens-moi au courant, hein ? A tout'. »

« Bonne journée. »

Il quitta la chambre et Emma soupira en se rallongeant. Elle s'endormit enfin une heure plus tard.

O

Lorsqu'elle se réveilla, ce fut parce qu'elle sentit Regina bouger près d'elle.

« Comment tu te sens ? »

« Fatiguée. J'ai chaud. »

Emma toucha son front et constata que sa fièvre avait un peu baissé de nouveau.

« Tu te souviens de cette nuit ? »

« Vaguement. »

« Attends, ne bouge pas, » invita Emma en déposant un baiser sur sa joue. « Je vais te chercher à manger. »

« Je vais bien. »

« C'est ça. Reste couchée. »

« Mais – »

« Je suis sérieuse ! » avertit Emma en sortant de la chambre.

Elle alla dans la cuisine, prépara des toasts et du café qu'elle posa sur un plateau avec une bouteille d'eau et des médicaments. Lorsqu'elle revint dans la chambre, Regina était assise contre la tête de lit.

Elle posa le plateau sur la couette et lui donna la tasse de café. Fronça les sourcils quand elle vit la main de Regina trembler.

« Ça va, Emma. » Emma se contenta d'éviter son regard pour tenter de lui cacher ses émotions. « Emma ? »

« Mange. »

Regina fronça les sourcils, confuse. L'expression aurait pu être adorable si elle n'avait pas été aussi pâle.

« Je vais bien. Je n'ai rien. Emma, qu'est-ce qu'il y a ? »

Gênée, toujours agacée, Emma détourna le regard. Mais les yeux de Regina ne la quittaient pas et elle se retrouva à avouer, à contrecœur et dans un souffle :

« Je n'aime pas quand tu pleures. »

« Oh. »

« Je sais que c'est stupide, mais c'est comme ça, » se défendit immédiatement Emma en attrapant un toast pour croquer dedans avec agressivité. « Et pendant qu'on y est, je n'aime pas te voir malade non plus. »

« Celle qui attrape des rhumes pour un rien, c'est toi. »

« Justement. Toi, tu ne m'as pas habituée à ça. »

« Désolée, » lâcha Regina en haussant un sourcil.

« Je sais très bien que tu n'y peux rien. Je suis irrationnelle, fais avec. Et mange. Et hors de question que tu fasses quoi que ce soit cette semaine. Je sais qu'en ce moment tu supervises les travaux, mais je t'assure que tout ira bien même si tu prends une semaine de repos. »

« Ce sont des incompétents ignorants et imbéciles ! » se défendit l'autre femme immédiatement.

« Les Bakers superviseront à ta place. Mange. »

Pendant les minutes qui suivirent, elles mangèrent et burent en silence. Et puis Emma prit le plateau pour aller le poser plus loin et revint s'asseoir près d'elle.

« Et maintenant, chef ? » interrogea Regina en étouffant un bâillement.

« Maintenant, dors. »

« Encore ? »

« Oui. Je te signale que la plupart des êtres humains dorment sept heures par nuit. »

Elle s'allongea et prit Regina dans ses bras. Par habitude, elle attrapa sa main gauche dans la sienne et joua avec son anneau distraitement.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé cette nuit ? » demanda t-elle doucement, prudemment.

« J'en sais rien, » murmura Regina, un peu tendue contre elle. « Je me suis réveillée, et je n'arrivais plus à dormir. Et il y avait toutes ces émotions et… Je crois que j'ai rêvé, mais je ne me souviens pas de quoi. »

« Tu aurais dû me réveiller. »

« Tu dormais bien. »

« Regina, tu aurais dû me réveiller. S'il y avait autre chose, tu me le dirais, pas vrai ? »

Elle sentit l'autre femme bouger pour déposer un baiser contre sa clavicule.

« Oui, » promit-elle. « Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

« C'est juste… hier, pendant un instant… tu ne m'as pas reconnue. Tu as eu peur de moi et… et je ne veux plus jamais que ça arrive. »

« Je suis désolée. »

« Arrête de t'excuser. Ce n'est pas de ta faute. »

« J'ai eu peur de toi ? »

« Oui. Quand je t'ai touchée. »

La tension dans le corps de Regina augmenta d'un cran et Emma se retint de la serrer plus fort.

« Emma, je vais bien. »

Et ces mots, Emma les comprenait. Les comprenait dans tous leurs sens, parce qu'elle pourrait les prononcer, elle aussi, dire qu'elle non plus n'avait jamais oublié ceux qui l'avaient blessée, mais qu'elle allait bien, qu'elle s'était reconstruite, et malgré ça…

« J'aimerais que ça ne te soit jamais arrivé, » chuchota t-elle, un peu effrayée par la rage qui tourbillonnait au creux d'elle.

Elle n'avait pas vécu la même chose que Regina. Elle avait connu une ou deux maisons un peu violente, un tuteur appréciant distribuer des gifles un peu trop vives, une tutrice dont l'idée de la punition se résumait à enfermer des pauvres gosses dans un petit placard noir. Mais ce dont Emma avait surtout souffert, c'était le rejet, l'abandon, la négligence, la violence verbale. Quelques bagarres dans les foyers, des bizutages trop virulents, des combats de rue.

Elle n'avait pas connu les abus émotionnels et parfois physiques infligés par sa propre mère durant toute sa vie. Et elle n'avait pas connu les souffrances d'un mariage forcé.

« J'aimerais pouvoir tout effacer. »

« Je sais, » murmura Regina doucement contre sa peau. « Mais ce n'est pas possible. Emma, c'était la fièvre et l'épuisement et le contrecoup de tout ce qui s'est passé cette dernière année… »

« C'est vrai que lorsqu'on s'arrête pour y penser, ça fait beaucoup de chamboulement. »

« Emma, je me sens parfaitement en sécurité avec toi. Toujours. D'accord ? »

Avalant difficilement sa salive, Emma ferma les yeux.

« D'accord, » souffla t-elle. « Mais réveille-moi la prochaine fois. »

« Très bien. Promis. »

« Et maintenant dors pour faire passer cette fièvre. Et si tu es sage, je t'inviterai peut-être au restaurant ce week-end. »

« Oh ? »

« Oui. Juste toi et moi. J'ai l'impression que ça fait une éternité qu'on a pas passé un peu de temps toutes les deux, et je pense qu'Henry appréciera avoir une soirée tranquille. Qu'est-ce que tu en dis ? »

« J'en dis que ça me semble une excellente idée. »

« Donc tu sais ce qu'il te reste à faire. »

« Je pourrais peut-être dormir si tu arrêtais de parler. »

« Oh, » reprocha Emma sans pouvoir empêcher son petit rire. « Ok, dors bien. »

« Toi aussi. »

Emma ne put fermer les yeux que lorsqu'elle fut certaine que Regina dormait paisiblement. Elle laissa le son de la respiration de l'autre femme la bercer et se détendit enfin.

O

Baptême

Si le baptême civil et les questions notariales quant à la garde de Joy avaient été réglés juste après la naissance du bébé, son baptême version Forêt Enchantée restait à être célébré. Emma avait bien essayé de dire que sans la magie des fées la cérémonie ne valait absolument rien –mais ça n'avait pas été une bonne idée.

Les personnages de contes de fées se montraient extrêmement sensibles quant à leurs traditions les plus kitchs.

Puisqu'ils ne pouvaient pas baptiser Henry et Joy à Storybrooke, ils s'étaient mis d'accord sur une petite bourgade près du lac Ontario. Après avoir loué trois chalets et avoir déterminé un week-end qui arrangeait tout le monde, ils avaient convenu qu'ils se retrouveraient un samedi matin de la fin mars.

Et ainsi Regina, Emma et Henry se trouvaient à bord de leur voiture de location, en route pour rejoindre les chalets, les Blanchard, Nova et les Lucas.

« Mais qu'est-ce qu'il fait froid ici ! »

« Il ne faut pas exagérer, » commenta Henry en levant les yeux au ciel.

Emma lui lança un regard noir par-dessus son épaule.

« Il fait super froid. »

« Je peux toujours faire demi-tour. »

« Toi, arrête de chercher une excuse, » avertit la blonde en direction de Regina.

« Alors arrête de te plaindre. Il fait doux, tu n'as même pas de veste. Tu es juste grincheuse. »

« J'ai faim, » maugréa Emma.

« On s'est arrêté pour un petit-déjeuner il y a une heure ! Et tu avais déjà pris une brioche et un café à l'aéroport. »

« J'ai encore faim. »

« Moi aussi. »

« Aidez-moi, je vis avec des gloutons. »

« On ne peut pas tous survivre grâce à des insectes fris. »

« Comment ça ? » interrogea Henry en abandonnant son jeu vidéo.

« Elle ne t'a pas raconté ça ? » Surprise, Emma se tourna vers lui avec un sourire. « Ta mère, madame le maire et sa majesté la reine, a mangé des larves. »

« Non ? Sérieux ? Quand ? Comment ? Pourquoi tu ne me l'as jamais dit ?! »

« Ce n'était pas des larves, » corrigea Regina. « Mais des sauterelles. J'étais en Thaïlande pour quelques jours, de passage dans un petit village, et il aurait été très impoli de refuser ce que mes hôtes m'avaient préparé. »

« Quel goût ça a ? »

« Elles étaient frits, alors ça n'avait pas vraiment de goût. Ça croustillait, un peu comme des chips sans sel. Il y avait aussi des grillons et des criquets, je crois. Je ne suis pas entomologiste. »

« Mais entomophage, oui. »

« Ça m'étonne que tu ne veuilles pas tenter le coup, Emma, étant donné que tu manges tout ce qui te tombe sous la main. »

« Eurk, non. Je laisse ça aux natifs de la Forêt des horreurs, merci bien. La chimère m'a suffi – plus de repas dégoûtant pour moi. »

« Quand tu n'as rien d'autre à manger, tu n'as pas trop le choix. Et les insectes ne sont pas si mauvais. Je n'en ai jamais mangé mais il paraît que les larves de fourmis rouges ont un goût de châtaigne. »

« Beurk, dégueu, maman. »

« Henry, tu ne peux pas dire ça tant que tu n'y as pas goûté. »

« Essaye d'imaginer ça, gamin, ta mère en stage de survie. »

« Ce n'était pas un stage de survie, mais un voyage et il fallait bien que je traverse le pays. »

« Pour aller où ? »

« Quelque part. »

« Rappelle-moi de ne jamais partir en voyage avec toi tant que je ne suis pas assurée que tu n'as pas d'envie de vagabondage et que tu as réservé un excellent hôtel-restaurant. »

Le rire étouffé d'Henry derrière elles fit sourire les deux femmes.

« Pour en revenir aux faits qui nous intéressent aujourd'hui, ce baptême, ça va se passer comment, sans magie et tout ? » interrogea Emma.

« C'est très simple. Madame Lucas va officier, déclarer devant les forces de la nature le parrainage des enfants. Et Nova va sceller le pacte par un lien, un ruban ou du lierre ou une corde, peu importe, qui est censé être imbibé de magie. Deux ou trois mots de sa part, et ce sera fait. »

« C'est l'affaire d'une demi-heure, donc. »

« Oui. D'ailleurs, on pourrait prendre un avion cet après-midi. »

« Oh non, on reste le week-end, madame. »

« Tu es nerveuse, maman ? »

« Non. »

« Menteuse, » accusa Emma avec un petit sourire.

« Pas vraiment nerveuse. Ta mère et moi nous sommes parlées au téléphone pour régler les derniers détails quand tu n'étais pas là et ça s'est bien passé. C'est juste une situation très étrange. »

« A qui le dis-tu. »

« J'espère qu'il va faire beau tout le temps, » commenta Henry, jetant un coup d'œil au ciel bleu au-dessus d'eux. « Comme ça, on pourra se balader et s'occuper. »

« Ils prévoient du soleil tout le week-end, » assura Emma. « Et on est presque arrivés. »

« Génial ! »

« Oui, génial, » marmonna Regina, qui put apercevoir le sourire d'Emma du coin de l'œil.

« Oh, allez, ne fais pas cette tête, » encouragea la blonde, son sourire se faisant plus espiègle. « Ça va être un charmant week-end. »

« Ton humour est navrant. »

« J'ai même un peu honte, » ajouta Henry, une lueur plus qu'amusée dans ses yeux.

« Vous êtes censés être de mon côté, être toujours d'accord avec moi et rire à mes blagues, je vous signale. C'est dans le contrat familial. »

« Désolée, ton humour est une exception. »

« Je saurai m'en souvenir, » menaça Emma alors que Regina engageait la voiture de location dans le sentier menant aux chalets au bord du lac.

Dix minutes plus tard, ils arrivaient et découvraient que deux voitures se trouvaient déjà garées près de l'une des constructions.

« On est en retard, » remarqua Henry, non sans mécontentement.

« En effet. »

Emma leur jeta un coup d'œil avant de lever les yeux au ciel.

« On est pile à l'heure. »

« Donc nous sommes en retard. »

« Vous êtes ridicules, Monsieur et Madame Mills. »

« Mills-Swan-Lopez, » corrigea Henry en levant le menton.

« Swan-Lopez-Mills, » contredit immédiatement Emma en se détachant alors que Regina se garait. « C'est ce qui figure sur notre boite aux lettres. »

« Parce que tu as changé ce qu'on avait décidé. »

« Ce que tu avais décidé. »

« Mills-Swan-Lopez, ça sonne mieux, » réaffirma Henry. « Maman, dis-lui ! »

« Je ne me mêlerai pas de ça, je vous l'ai déjà dit. Mais que je ne vous retrouve pas en train de dégrader une nouvelle fois la boîte aux lettres. »

Ils sortirent de voiture et se dirigèrent vers le coffre pour prendre leurs sacs. Henry, qui avait grandi à vue d'œil ces derniers mois et rattrapait déjà sa mère, prit leurs bagages des mains de Regina avec un petit sourire galant.

« Permettez ? »

« Henry, » s'amusa Emma en échangeant un regard avec sa compagne, « quelles manières ! Je suis impressionnée. »

« Tu veux que je t'apprenne ? »

Regina retint difficilement son rire alors que, outrée, Emma frappait le bras de son fils qui n'aurait pas pu paraître plus fier.

« Je crois que nous avons une mauvaise influence sur lui, » marmonna l'ancien shérif en fermant le coffre.

« Je trouve notre fils parfait. »

« Quand vous aurez fini de vous regarder comme ça, on pourra peut-être rejoindre les autres ? Ils sont là-bas, près du lac ! »

« Je retire mon dernier avis, » affirma Regina en fronçant les sourcils, l'observant rapidement avancer vers le petit groupe de personnes debout sur la rive.

Alertés par les voix, les autres s'étaient tournés vers eux et les attendaient sans aucun doute.

« Allez, viens. J'ai une sœur à te présenter, » dit doucement Emma, et le joli sourire qui étirait ses lèvres se trouvait là autant pour rassurer Regina que conséquence de sa joie à l'idée de revoir sa famille et ses amies.

« Sers-toi du bébé sans honte, je t'en prie. »

Alors qu'elles marchaient en direction des autres, le sourire d'Emma brilla un peu plus.

« Les petites sœurs sont là pour ça, je suis sûre de l'avoir lu quelque part. »

« Ce n'est pas comme si je pouvais faire demi-tour. »

« Tu es là de ton plein gré. Tu ne voudrais jamais rater le baptême version conte de fées de ton fils, aussi faux soit-il, » commenta légèrement Emma d'une voix de plus en plus basse à mesure qu'elles s'approchaient de leur but. « Arrête de jouer comme ça avec ton anneau, tu me rends nerveuse. »

Du coin de l'œil, elle put voir les mains de Regina se séparer et lutta pour résister à l'envie de serrer ses doigts dans les siens. La vérité, c'était que lorsque l'autre femme faisait tourner son anneau ainsi, Emma avait l'impression qu'elle n'avait qu'une envie : le retirer. Elle savait pertinemment que ce n'était pas du tout le cas, que le geste inconscient ne témoignait que de son attachement au bijou. Mais l'anneau était pour Regina un signe de vulnérabilité dangereux en raison de leur compagnie pour ce week-end, quelques mois de trêve silencieuse n'ayant pas effacé toute une vie d'instincts protecteurs.

Emma passa ses mains dans les poches de sa veste en cuir et essaya par sa simple attitude d'apaiser l'anxiété que Regina cachait très bien. Si elle devait être honnête, Emma se sentait drôlement fière d'arriver ainsi à cette petite réunion, sa famille avec elle. Son fils, grand et beau et intelligent, et la femme partageant sa vie, magnifique et brillante.

Regina portait un jean foncé parfaitement coupé, un pull fin couleur saphir au col roulé et un manteau noir. Ses bottes aux talons carrés, adaptés pour le gazon et la possible humidité de ce mois de mars, avaient été un cadeau d'Emma. Ainsi habillée, Regina avait tout et rien à voir avec le maire de Storybrooke, à la fois élégante, régale et ordinaire.

Elle ignorait si Regina avait choisi ses vêtements pour cela ou non, mais Emma approuvait de tout cœur. Principalement, il fallait le dire, parce que ce jean épousait parfaitement ses jolies formes et que la dernière fois qu'elle avait porté ce pull, elles avaient passé tout un après-midi enfermées dans la maison avec Henry en raison d'une tempête et ils avaient joué à des jeux et ri pendant des heures.

A contrario, Emma avait enfilé un pantalon noir et un pull émeraude sous sa veste de cuir noir – puisqu'Henry et Regina avaient failli faire une syncope quand elle avait sorti sa veste rouge.

(Apparemment, mettre du rouge et du vert de ses teintes en même temps relevait du crime contre l'humanité à leurs yeux.)

Donc, en conclusion, Regina et Emma formaient un putain de beau couple.

Et s'il fallait endurer les dires de Ruby et de Mary-Margaret sur son soi-disant halo, sur le fait qu'elle brillait ou elle ne savait quoi d'autre, eh bien tant pis.

Emma était heureuse et Emma était fière, et elle n'allait pas le cacher.

« Hey, » salua t-elle simplement en s'arrêtant devant le groupe.

Ses parents lui sourirent et Ruby passa son poids sur la pointe de ses pieds, les yeux pétillants et le visage lumineux. Près d'elle, Granny restait fidèle à elle-même alors qu'elle observait Henry parler avec Nova en agitant ses mains. L'ancienne fée l'écoutait, un petit sourire indulgent aux lèvres et un monde de douceur dans les yeux.

« Emma, » salua sa mère avec enthousiasme comme si son prénom contenait l'univers et plus encore.

A chaque fois, Emma ne pouvait empêcher la vague de chaleur dans sa poitrine, son cœur d'effacer un peu plus ses anciennes cicatrices. La naissance de Joy n'avait en rien changé l'amour dans les yeux de Snow-White, l'affection et la fierté dans son étreinte toujours aussi enthousiaste.

Elles se séparèrent et le sourire de Snow s'affina, les lumières dans son regard se tamisèrent, prudentes.

« Regina, » salua t-elle poliment mais non sans douceur.

« Mary-Margaret, » répondit Regina d'un ton posé.

Emma retint un sourire. Débattre pour que Regina arrête enfin d'appeler sa mère 'Miss Blanchard', surtout étant donné les circonstances et leur passé, n'avait pas été un effort vain.

« Bonjour, David. »

« Bonjour, » répondit l'homme en modifiant un peu sa prise sur le bébé lorsque sa fille bougea.

Des hochements de tête terminèrent les salutations.

« Vous avez fait bon voyage ? » interrogea Ruby.

Emma sourit.

« Oh oui. Tu sais, vous autres ne vous perdez jamais. Ça doit être le fait d'avoir grandi dans un monde forestier sans route ni panneau. »

« Nous avions des routes, » s'offusqua immédiatement sa mère.

« Et il n'y avait pas que des forêts, » ajouta son père.

« Et on savait assez écrire pour fabriquer des panneaux, merci bien, » termina sa marraine.

Emma leva les yeux au ciel.

« Si vous le dites. »

« En tout cas, heureusement que maman est un GPS sur pattes, parce qu'Emma nous aurait perdus au moins quatre fois rien que dans la dernière heure. »

« Hey ! »

« Je ne suis pas un GPS sur pattes. »

« C'est lequel, le nôtre ? » interrogea Henry en lançant un coup d'œil aux chalets.

Ruby désigna le dernier, tout à gauche.

« Là. »

« Ok, super ! »

« Je vous présente Joy, » annonça David lorsqu'il remarqua le regard de Regina sur le bébé.

Il tourna légèrement l'enfant vers la femme pour qu'elle puisse l'admirer, ses propres yeux sur le visage angélique de sa fille.

Aussitôt, Emma ne put s'empêcher de réagir.

« Oh mon dieu, papa. Descends de ton nuage, » demanda t-elle, son rire à peine contenu.

Elle échangea un regard avec sa mère, et toutes les deux furent incapables de se retenir plus longtemps.

« Quoi ? » interrogea David, surpris et un peu vexé par leur amusement.

« Si tu souris plus brillamment tu pourrais rester coincé comme ça, et cette expression de fierté sur ton visage est presque indécente. »

Il fronça les sourcils.

« Pardon ? »

« C'est rien, chéri, » rassura légèrement Mary-Margaret en posant une main sur son épaule. Puis elle se tourna vers son aînée, ses yeux brillant d'humour et d'affection. « Il se trouve qu'il est légèrement papa poule. »

« Snow ! »

« Légèrement ? » répéta Ruby, son ironie évidente. « Il a failli assommer le docteur Rice quand Joy a pleuré lors de son vaccin. »

« Si je ne m'étais pas énervée, il dormirait toutes les nuits dans sa chambre. »

« Elle pourrait faire des cauchemars, » se défendit David immédiatement, berçant sa fille doucement.

Granny secoua la tête.

« Sur quoi ? Les bavoirs et les biberons ? Elle a plus de chance de se noyer dans cette marée de peluches que tu lui as achetée. »

« Sans parler de sa garde-robe. Qui aurait cru que tu avais des goûts aussi mignons ? » s'amusa Ruby.

« Les femmes, » maugréa son ami en jetant un coup d'œil à Henry, recherchant visiblement un peu de solidarité. « Et je ne suis pas le seul dans cette assemblée à acheter des vêtements et des jouets pour elle. »

« Assez parlé, donne-la moi, » demanda Emma en tendant les bras. David jeta un œil à ses mains et serra Joy un peu plus contre sa poitrine. « Sérieux ? » souffla t-elle, surprise.

« Je t'avais prévenue, » rappela sa mère en levant les mains lorsqu'Emma tourna son regard vers elle.

« C'est ma petite sœur et tu l'as eue pendant trois mois. Passe-la moi ! »

« Tu t'es lavé les mains ? » interrogea David avec toute la gravité du monde.

« Je rêve ! Je suis la marraine en plus d'être ta fille. J'ai quand même le droit de la câliner ! Tu pourrais la prêter un peu ! »

« Ce n'est pas un jouet ! »

« On devrait s'installer avant, non ? » intervint Henry posément.

« Oui, » approuva Regina en hochant la tête. « Et puis il a raison. Tu devrais te laver les mains avant de toucher le bébé. »

Emma tourna un regard incrédule vers elle.

« Bien sûr que tu es du côté de l'Amour Véritable de ton ennemie de plusieurs décennies quand il s'agit de contrecarrer mes plans et quand il est question d'hygiène. Les gens devaient sans doute se désinfecter entièrement trois fois avant de toucher le gamin. »

« Personne ne touchait Henry à part moi. »

« Voilà qui explique pourquoi il est un vrai fils à maman. »

« Au pluriel, » précisa Henry avec un rictus.

Avec un soupir exaspéré, s'avouant vaincue, Emma tourna son attention vers son père.

« Je vais me laver les mains, mais ensuite, j'entame un marathon de câlins qui pourra durer toute la journée, sans intervention de la brigade des parents surprotecteurs. »

O

« Et quand tu seras assez grande, je t'apprendrai à forcer une serrure, parce que ça peut toujours servir. »

« Tu as une drôle de manière de parler aux bébés, » remarqua Ruby, davantage étonné par le ton normal et posé d'Emma que par ses propos.

« Non, vous avez une drôle de manière de leur parler. Comme s'ils étaient débiles, alors qu'en fait ils ne comprennent rien à ce qu'on leur raconte. Donc pourquoi leur parler avec un ton idiot ? »

« Ne cherche pas, » tempéra Henry en s'asseyant à gauche de Ruby à la table en bois de la cuisine du chalet de ses grands-parents, là où la petite bande s'était réunie pour déjeuner. Il posa le plat de pommes de terre au centre de la table et sourit à Emma qui tenait sa petite sœur. « 'ma n'est pas comme tout le monde. »

« N'empêche, je suis certaine que Newton a perdu plusieurs neurones à cause de vous. Déjà qu'en tant que bestiole il n'en avait pas beaucoup… »

« Qui est Newton ? » interrogea Mary-Margaret en s'installant en face de David et à côté de Ruby.

« Le chien du quartier, » répondit immédiatement Henry avec enthousiasme. « Il est super beau et super intelligent, contrairement à ce que certaines disent. »

En face de lui, à droite d'Emma, Regina continua de manger en silence mais son fils put apercevoir le sourire qu'elle retint. Granny écoutait la conversation de sa place à côté d'Henry en découpant la viande tranquillement, comme elle le faisait si souvent dans son café. Quant à Nova face à elle, elle semblait la plus détendue de tous, pas le moins du monde touchée par l'occasionnelle tension des autres.

« Le chien du quartier ? » interrogea Ruby curieusement.

« Nous vivons dans un endroit très bizarre, » acquiesça Emma, s'avérant remarquablement douée pour manger malgré la présence du bébé sur ses genoux.

Mais que ne ferait pas Emma Swan pour des patates rôties ?

« Lakewood n'est pas bizarre, » protesta Henry en songeant à la ville de taille moyenne qui était à présent la sienne.

« Lakewood peut-être pas, mais Blue Road est super bizarre. »

« Notre quartier n'est pas bizarre. »

« Outre le fait qu'il est isolé et le plus souvent à moitié vide, je te rappelle que nos voisins sont un squelette vivant super flippant, une bestiole ninja et un fantôme. »

Alors qu'Henry grimaçait de confusion, Regina tournait le regard vers son autre mère, perdue tout comme lui.

« Pardon ? »

« Edwin peut être super inquiétant. Il a la sale habitude de surgir de nulle part sans un bruit, il ne dort jamais et il est plus que bizarre. Quant à la bestiole, je suis sûre qu'elle a une clé de la maison ou quelque chose, et elle a forcément pris des leçons pour avancer aussi silencieusement juste derrière nous comme ça. Et je suis désolée, mais je suis certaine d'avoir vu de la lumière une fois dans la maison des Riley. Alors à moins qu'ils soient rentrés de leur voyage sans fin à Tombouctou… »

« Je ne trouve pas Edwin si bizarre, » intervint Henry. « Il a plein d'histoires géniales à raconter. Et je suis sûr que Newton est tout à fait normal, on est plus à Storybrooke. »

« Et nos voisins s'appellent Renton, ils sont à New Delhi parce que Jackson y est ambassadeur des Etats-Unis, et si tu ne les as jamais vus c'est parce que les rares fois où ils peuvent revenir au pays ils se rendent dans leur résidence principale à Seattle où se trouvent leurs proches. Et il n'y a pas de fantôme dans leur maison. »

« Mmh, » marmonna Emma, sceptique. Henry sut immédiatement qu'elle allait sortir l'une de ses idées si saugrenues. « Alors dans ce cas, c'est sans doute la bestiole. Ça explique où elle dort la plupart des nuits quand un certain jeune homme ne l'accueille pas dans sa chambre, ou quand elle ne force pas notre serrure ou entre comme un ninja voleur par une fenêtre ouverte. »

Henry échangea un regard avec Regina, et l'expression amusée et légèrement exaspérée sur son visage devait être le miroir de la sienne.

« Je suis étonné que tu n'aies pas parlé du monstre se cachant dans le lac. Ou du yéti dans la forêt. »

« Moque-toi de moi, vas-y, gamin. Tu trouveras quelqu'un d'autre pour t'emmener à tes sorties le week-end. Et ne regarde pas ta mère. On n'annule pas les punitions de l'autre. »

« Tu ne peux pas me punir pour cause de taquineries. »

« Il n'y a pas de règle, j'ai tous les pouvoirs, je suis un despote, fais avec. Et je dis que la maison des Renley ou je ne sais pas qui est hantée. Je te montrerai. »

« Il est absolument hors de question que tu pénètres par effraction dans une propriété privée, surtout celle de nos voisins, et surtout avec Henry. »

« Loin de moi cette idée. »

« Si tu le dis. »

« J'attendrai que Joy ait l'âge, dans ce cas. »

« Hors de question, » réagit immédiatement sa mère en pointant une fourchette vers elle, les yeux plissés. « Tu ne feras rien de la sorte avec ta sœur. »

« D'ailleurs, tu devrais me la passer. Elle a l'air fatiguée, » remarqua David en pivotant pour faire face à Emma à côté de lui.

Sa fille serra le bébé contre elle, incrédule, et glissa sur le banc pour s'éloigner de lui, se collant contre Regina. Joy gazouilla, amusée par le mouvement.

« Elle n'est pas du tout fatiguée. Non mais c'est dingue, ça ! » Elle tourna le regard vers sa mère et Henry retint difficilement son rire en voyant son expression. « Tu as le droit de la toucher, ou il faut que tu fasses une demande officielle ? »

« C'est l'heure de sa sieste, » se défendit David. « Ça n'a rien à voir avec moi. »

« Elle reste dans mes bras, et si elle veut dormir, je lui donne même l'autorisation de me baver dessus. »

A ces mots, Henry retint de justesse son éclat de rire. Il eût envie de remarquer que c'était sans aucun doute un truc que les deux sœurs partageaient, et lorsqu'il releva les yeux et croisa le regard amusé de sa mère adoptive, il sut qu'ils étaient sur la même longueur d'ondes.

Emma repéra immédiatement leur échange silencieux et l'expression amusée sur leurs visages.

« Taisez-vous, tous les deux, » prévint-elle tout de suite.

« Quoi ? On a rien dit, » se défendit Henry avec une expression innocente qu'il avait perfectionnée au fil des ans.

« C'est ça. Comme si je ne vous connaissais pas. Je sais parfaitement ce qui vous a traversé l'esprit, alors restez sages. »

Le garçon échangea un nouveau regard avec Regina, et il sourit avant de continuer à manger. Ces moments de pure complicité étaient sans doute ses préférés, s'opposaient parfaitement à tous ceux du passé, lorsqu'il y avait eu la méfiance et les mensonges et la douleur.

Sur ce, Joy commença à pleurer doucement, ce qui poussa immédiatement Emma à se figer, surprise et inquiète.

« Quoi ? Qu'est-ce qu'elle a ? Qu'est-ce que j'ai fait ? »

Sa tension ne servit qu'à inquiéter Joy davantage, et ses pleurs se firent plus forts.

Alors que David gigotait près d'elle, Emma resta immobile, incapable de réagir, étant parfaitement à l'aise avec un bébé heureux mais nettement moins avec un petit en détresse.

Heureusement sa mère apparut près d'elle, l'image même du calme, pour prendre le bébé dans ses bras avec un doux sourire pour son aînée.

« C'est rien, elle est juste grognon. Ça lui arrive souvent. »

« Très souvent, » acquiesça Ruby. « C'est une pleureuse. »

Mary-Margaret berça Joy et se dirigea vers la chambre.

« Je vais la coucher. Et ma fille n'est pas une pleureuse. »

« Ma filleule ne l'est pas, » affirma Ruby avec un sourire pour sa meilleure amie. « La filleule d'Emma, en revanche… »

« Hey ! Ma filleule est une dure à cuire ! »

« C'est ça. Alors, Henry, tu ne m'as pas dit. Est-ce qu'il y a des jolies filles dans ton école ? »

Il lui en voulut immédiatement d'aborder ce sujet très privé. D'autant plus avec toute l'assemblée dont l'attention se dirigea vers lui. Alors il tourna la tête vers Ruby pour lui envoyer un regard noir, et une idée lui vint soudain à l'esprit.

« Est-ce que tu flirtes toujours autant avec la clientèle ? »

Il put voir du coin de l'œil le regard que ses mères échangèrent et se demanda un instant si c'était une bonne chose.

« Ok… ouch, » lâcha Ruby, une main sur le cœur. « Tu ne me poses pas de question, je ne te pose pas de question. »

« Je signe. »

« Pas moi, » sourit Emma.

« J'aimerais autant ne rien savoir de la vie personnelle de ma petite-fille, je vous remercie. »

« T'inquiète, Granny, je ne parlerai pas. »

« On verra. »

« Ça te manque de plus être un loup ? »

Henry sut immédiatement qu'il aurait dû se taire (ou ne pas prononcer cette question en présence de sa mère). Le regard de Regina se leva vers lui, empli d'avertissements et d'incrédulité.

« Henry, » reprocha t-elle dans un souffle bas mais destiné à être entendu de tous, de ce ton que maîtrisaient tous les bons parents, à la fois vecteur de mécontentement à l'encontre de l'enfant et d'excuses à celle de leur victime du jour.

Mais Henry n'était plus tout à fait un enfant, et il comprenait pleinement que ses mots trop vite prononcés et un peu maladroits pouvaient être impolis et blesser. Il leva des yeux à la fois paniqués et désolés d'abord vers sa mère, puis vers Ruby à côté de lui.

« Désolé, » sourit-il, espérant parvenir à avoir cet air innocent et charmant qui avait tendance à faire craquer beaucoup de monde.

« C'est rien, » rassura t-elle immédiatement. « Et non, ça ne me manque pas. Ça ne m'a jamais manqué. Je préfère ma viande cuite. »

« Dommage, je suis sûre que tu te serais très bien entendue avec la bestiole. »

Henry retint de sourire de justesse lorsqu'il remarqua la réaction de Nova et le regard que posa Regina sur Emma, laquelle ravala immédiatement son sourire et grimaça.

« Blague considérée raciste ? » interrogea t-elle, et Regina n'eut pas besoin de répondre. « Err, je vous demande pardon, » dit immédiatement Emma en direction de Granny et de Ruby. « Toujours en apprentissage des règles du monde des contes de fées. »

« Le monde des contes de fées, » commença David en grimaçant face au terme, « était quasiment entièrement raciste, tu sauras. Xénophobe, homophobe, misogyne. »

« Mais quel paradis ! » railla Emma. « Trois catégories dans lesquelles je serais tombée. Magnifique. Et ne me lancez pas sur la nourriture et les canassons obligatoires. »

Henry admira pleinement la manière dont elle ignora fièrement les regards noirs que lui lancèrent David et Regina face à sa pique envers les équidés. Elle rencontra son regard, son amusement faisant pétiller ses yeux.

« J'espérais que tu aurais changé d'avis, » déplora David en attrapant son verre de vin.

« Pourquoi ? Parce que Regina les adore ? Désolée, mais non. Je la laisse jouer avec ses bestioles autant qu'elle le veut et elle ne me dit pas qu'elle fait sûrement des trucs super dangereux avec ce monstre qu'elle appelle cheval, et elle me laisse passer des heures devant des séries complètement idiotes et je ne lui dit pas quand un contrat me tire dessus ou m'attaque. Et on s'octroie le droit de faire une scène si jamais des blessures entrent en jeu. Pas de bestiole pour moi, merci bien. »

« Ce serait vraiment cool si tu venais avec nous pour les balades, quand même, » protesta Henry avant de terminer son assiette.

Il était le dernier à manger et finit juste après Emma. Mais eh, lui avait l'excuse d'être un jeune homme en pleine croissance.

« N'y pense même pas. »

« Elle préfère passer du temps seule avec Newton. »

« Hey ! » protesta Emma immédiatement en tournant la tête vers Regina qui l'ignora royalement. Elle dirigea son couteau vers Henry lorsqu'il tenta d'étouffer son rire. « N'en rajoute pas, gamin. »

« Ne menace pas ton fils avec un couteau. »

« Ouais, maman, ne me menace pas avec un couteau, » invita Henry avec un ton malin. « Tu es si hostile. »

« Oui, Emma, si hostile. Tu devrais arrêter de passer ton temps libre avec des animaux. »

« A épier des fantômes. »

« Je crois même que tu déteins sur ce pauvre Newton. Il jappe plus que d'ordinaire ces derniers temps. Ton hostilité, sans doute. »

« Finalement, heureusement que tu ne t'approches pas d'Elias et de Bonamour. »

Emma laissa échapper un petit soupir dramatique. S'ils avaient été seuls, elle aurait répliqué en se plaçant en victime de leur complicité et de leur esprit machiavélique, puis elle les aurait menacés, et ils auraient continué à blaguer un moment. Mais ils n'étaient pas seuls et ils s'en souvinrent bien vite, Regina la première. Et puisque ses mères semblaient constamment reliées par un étrange lien presque magique (ou pas si presque que ça), dès que Regina se ferma, se retira un peu en elle-même pour s'effacer, Emma reprit son sérieux et s'apprêta à changer de sujet et détourner l'attention.

Henry, lui, ne voyait pas pourquoi ils devraient se cacher. Il comprenait bien le désir de ses parents de protéger leur intimité, leur envie de garder leur vie familiale et amoureuse privée, mais lui ne voyait que sa famille autour de lui, ses amis, et il avait envie de montrer, de crier sa joie de faire partie de cette unité, d'être un tiers des Mills-Swan-Lopez.

Ils étaient heureux et ils s'aimaient et ils s'amusaient, et même si ce n'était pas parfait, même si ce n'était pas tous les jours que des rires, après l'enfer qu'ils avaient vécu, leur foyer était leur paradis.

Alors il voulait que ses grands-parents et ses amis le voient. Qu'ils remarquent à quel point Regina avait changé et qu'ils apprennent à la connaître, qu'ils voient comme Emma était épanouie et heureuse, et qu'ils voient l'amour qui les liait, qui les rendait capable de communiquer sans mot ni geste, de comprendre si intimement l'autre. Peut-être s'amuseraient-ils, comme lui, de la façon dont elles terminaient parfois les phrases de l'autre même dans les disputes. Peut-être s'attendriraient-ils, comme lui, de la manière dont elles se regardaient parfois. Peut-être s'étonneraient-ils de leurs silences, de l'absence de geste tendre en leur présence, et de la transparence de leur inquiétude, de leur admiration et de leur instinct protecteur lorsqu'il s'agissait de l'autre.

Lui s'était étonné de tout. Il avait eu conscience de leur amour, les avait connues mieux que personne, et pourtant chaque petite chose l'avait subjugué. Parce que chaque petite chose parlait d'un amour pur et sans fin qu'il n'aurait jamais cru voir chez ses mères.

Il sourit et se redressa un peu plus, fièrement, son regard sur les deux femmes en face de lui, assise l'une à côté de l'autre sans se toucher ni même se frôler, et pourtant ce lien entre elles faisant presque vibrer l'air autour d'elle, et si Henry plissait les yeux et penchait légèrement la tête sur le côté, il croyait presque voir une aura lumineuse et chaude autour d'elles.

Regina posa un regard interrogateur sur lui et il se contenta de sourire, un sourire plus petit, plus doux, lequel, il le savait d'expérience, réussirait à l'apaiser.

Il sentit Mary-Margaret passer derrière lui, caresser son épaule avec affection en reprenant sa place près de Ruby et la seule raison pour laquelle il se retint de soupirer de bien-être fut qu'il savait bien que Regina préférerait sans doute être partout sur la planète, sauf dans ce chalet. Elle ne montrait rien de sa nervosité, mais ce contrôle dans le moindre de ses gestes et ses paroles, cette façon qu'elle avait de presque disparaître malgré son charisme, laissant Emma prendre les rênes qu'elle lâchait volontiers prouvaient tout.

Il se demandait bien si un jour Emma et lui auraient les repas familiaux qu'ils désiraient tant, avec Regina, David, Mary-Margaret et Joy. Tout le monde à l'aise et libre et heureux.

Mais Henry était un jeune homme confiant, même si plus avisé que dans son passé. Ce jour arriverait, et ce week-end n'était que le premier pas dans la bonne direction.

(Après tout, le déjeuner touchait à sa fin, et personne n'avait essayé d'empoisonner personne.)

O

« Je suis un peu déçu, » déclara Henry en s'éloignant du lac, fraîchement baptisé. Il fronça le nez en jetant un coup d'œil à sa mère. « Je crois que ça aurait été beaucoup plus cool avec de la magie. »

« Ouais, c'était plutôt plat, » approuva Emma, qui marchait près de Regina, les mains dans les poches de sa veste. « D'un autre côté, je ne veux plus jamais entendre parler de magie, donc… Et puis félicitations, tu as un parrain et une marraine ! »

Henry sourit en grand et tourna la tête vers le reste du groupe. Son grand-père lui fit un clin d'œil, Joy confortablement installée dans ses bras.

« Ce qui nous donne une excellente excuse pour te gâter, » remarqua t-il.

Emma leva les yeux au ciel.

« Comme s'il ne l'était pas déjà bien assez entre maman et Regina. »

« Je ne le gâte pas, » se défendit celle-ci.

« Moi non plus. »

« C'est ça. »

« Laisse-les faire ce qu'elles veulent, Emma, » protesta Henry avec un sourire malin.

« Et maintenant que les obligations sont passées, il est temps de s'amuser, » déclara Ruby en s'arrêtant.

Très vite, elle partit en compagnie de Nova, d'Henry et de David pour une balade en canoë sur le lac. L'air était bien frais et Emma n'avait absolument aucune envie de s'approcher de trop près de l'eau. Elle avait clairement fait comprendre à Ruby par un simple regard que l'adolescent n'avait pas intérêt à tomber dans le lac sous sa surveillance.

« Il ne lui arrivera rien, » rassura Mary-Margaret avec amusement et Emma sursauta.

Elle tourna la tête pour voir que Granny, sa mère et Regina s'étaient stoppées un peu plus loin tandis qu'elle était restée en arrière, observant les deux canoës s'éloigner, les couleurs fluo des gilets de sauvetage égayant davantage cette après-midi ensoleillée annonçant l'arrivée imminente du printemps.

« J'ai rien dit, » maugréa Emma en les rejoignant rapidement, évitant tous leurs regards.

« David et Ruby mourraient pour lui. »

« O – kay. J'apprécie le sentiment, mais si on pouvait éviter de parler de sacrifier sa vie à la première occasion… C'est fini, les aventures de contes de fées. »

« Si tu pouvais éviter de – »

« Vous comparer à des personnages d'histoires pour enfants, je sais. Et je ne suis pas inquiète. »

« Il n'y a aucune raison pour qu'Henry finisse à l'eau, » rassura Regina d'une voix posée et tranquille, et Emma détestait passer pour la mère irrationnelle mais se nourrissait du calme de sa compagne. « Et même si ça arrive, il a un gilet de sauvetage, c'est un excellent nageur et il n'est pas seul. »

Avec un long soupir, Emma se remit en route avec elles en direction du chalet le plus proche.

« Depuis quand es-tu aussi anxieuse ? » interrogea Granny. « Tu n'es pas du genre à t'inquiéter pour un rien ou à le surprotéger. A moins que tu aies vraiment tout pris de David. »

Alors que Snow retenait un petit rire au détriment de son époux et qu'elle réajustait sa prise sur Joy, Emma leva les yeux au ciel.

« C'est juste que Henry Mills et eau ne font pas bon ménage. »

« Mais Regina vient juste de dire qu'il est un excellent nageur, » protesta sa mère.

« Oui. Non. Juste… Laissez tomber. »

« Il s'est passé quelque chose ? »

« Henry aime nager dans le lac au bord duquel on vit et il a failli se noyer un matin. »

« Il a simplement bu la tasse, » corrigea Regina. « Il a eu une crampe et il a bu la tasse. »

« Et si je n'avais pas été là ? Il n'arrivait pas à garder la tête hors de l'eau et il a vomi et – »

« Il ne nage jamais quand nous ne sommes pas là et il a vomi parce qu'il a eu peur, c'est tout. »

« Ce n'est pas ce que tu as dit ce jour-là. »

« Emma, on ne va pas lui interdire de s'approcher du moindre point d'eau juste parce qu'il a bu la tasse. C'est comme lorsqu'on chute d'un cheval, la meilleure solution est de remonter immédiatement. »

« Le gamin est tombé d'un cheval ? » s'inquiéta immédiatement Emma qui se stoppa pour se tourner vers une Regina surprise.

« Quoi ? Non ! »

« Toi, alors ? »

« Non. »

« Tu mens ! »

« Emma ! Tu veux bien arrêter de paniquer pour rien ? »

Plus frustrée qu'autre chose, Emma leva les yeux au ciel et croisa les bras contre elle, la fusillant du regard.

La vérité, c'était que même si elle aimait blaguer et si elle essayait d'ordinaire de le cacher, Emma était terrifiée à l'idée qu'il arrive la moindre chose à son fils et à Regina. La simple possibilité qu'ils pouvaient lui être arrachés la rendait presque physiquement malade, et la part de cynisme en elle adorait lui rappeler qu'aucune bonne chose dans sa vie ne pouvait durer.

« Tiens, je pense qu'elle aimerait se faire câliner par sa grande sœur, » annonça sa mère en lui mettant Joy dans les bras sans prévenir.

Surprise, Emma s'empressa de tenir le bébé correctement contre elle avant de tourner un regard incrédule vers sa mère.

« Ton idée pour calmer les gens c'est de leur fourrer un bébé dans les bras ? »

« Un bébé adorable, oui, » acquiesça Snow, sans une once d'embarras. « Ça marche à tous les coups. »

Soufflée, Emma posa le regard vers sa sœur, qui gazouillait et bavait joyeusement, ses joues rosies par l'air frais, sans grand regard innocent l'observant avec un intérêt étrange. Sa frustration et ses pensées inquiètes l'avaient déjà quittée, et elle dut bien admettre que la solution fonctionnait.

« Tu aurais dû penser à ça lorsque tu étais en guerre contre Regina, » indiqua t-elle pour se venger avant de déposer quelques baisers sur les joues de sa sœur.

« Je n'en avais pas sous la main, » répondit simplement Mary-Margaret en haussant les épaules.

« Je ne suis pas certaine que ce plan aurait eu du succès. »

Emma se tourna et fit en sorte que Regina ait une bonne vue sur Joy.

« Mais regarde cette petite bouille adorable ! »

« Elle est magnifique. »

Avec un sourire, Emma posa sa joue contre la tête du bébé et son sourire s'agrandit quand elle remarqua que les mots de Regina avaient été déclarés directement à Mary-Margaret. Puisqu'Emma était absolument incapable de décrypter le regard que les deux femmes échangeaient, elle jeta un coup d'œil à Granny qui le lui rendit, apparemment ravie et fière de ce dont elle était témoin.

Ce fut ce moment qui rappela soudainement à Emma un élément essentiel du week-end… qu'elle avait oublié.

« Merde. »

« Emma ! » reprocha immédiatement sa mère.

« J'ai oublié les papiers, » informa rapidement Emma en direction de Regina. « J'ai oublié le sac. »

A sa plus grande surprise, sa compagne se contenta de se retenir de lever les yeux au ciel.

« Je les ai pris. »

« Vraiment ? » interrogea Emma, surprise.

Elle avait été celle chargée de s'en occuper, après tout.

« Je savais que tu ne penserais qu'à un sac, et puisque les snacks étaient dans l'autre et que tu ne penses qu'à ton estomac… »

« Hey ! » Puis elle prit une seconde, et haussa une épaule à contrecœur. « Mais ce n'est pas tout à fait faux. »

« Je mangerais bien quelque chose, » indiqua Snow d'un air pensif.

« Moi aussi. »

« Que c'est étonnant, » railla Granny en se remettant en route.

« Dites, ça suffit, hein. »

O

« Tu sais, » commença Emma en agitant un hochet devant Joy, installée dans son transat, « ces regards que Mary-Margaret et toi échangez sont tout à fait flippants. »

« Quoi ? » Regina posa leurs tasses sur la table de leur chalet et secoua la tête. « Nous n'échangeons pas de regards. »

« Bien sûr que si, depuis le milieu d'aprem. »

Les deux femmes avaient offert de baby-sitter le bébé pour que Mary-Margaret et David puissent aller se promener et profiter de leur petit-fils après la sieste de Joy. Granny et Ruby étaient occupées à préparer le dîner, puisqu'elles avaient invité tout le monde à le prendre dans leur chalet. Nova les aidait sans doute.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. »

« Si tu le dis… »

Emma se redressa pour faire trois pas vers l'autre femme et planter un doux baiser sur ses lèvres, et puis un autre, avant de soupirer de bien-être.

« Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? » interrogea Regina, surprise.

« Des efforts. »

« Ce n'est pas un effort de dire la vérité quant à ta sœur. »

« Tu sais bien ce que je veux dire. Tu pourrais rendre ce week-end vraiment inconfortable. »

« Pas plus que n'importe lequel d'entre nous. Je ne dis pas que je trouve tes parents de bonne compagnie, mais je peux les supporter. »

« Tu pourrais leur faire des chaussons aux pommes en guise de traité, » sourit Emma en posant ses mains sur sa taille pour l'attirer à elle.

« Je ne suis pas certaine que tes parents soient prêts pour ce genre d'humour. »

« Oh ? Ils ne savent pas ce qu'ils ratent. »

« Merci. Mais il faut vraiment que tu arrêtes avec tes blagues. »

« Vous n'êtes pas très drôles, » bouda Emma avant de se pencher pour déposer un nouveau baiser sur ses lèvres avant de la relâcher. « Chocolat ! »

Elle attrapa sa tasse et s'assit à la table, à côté de sa sœur. Regina la rejoignit, sa boisson à la main, et elles restèrent un instant dans le silence, profitant d'un peu de cette tranquillité et de la simple présence de l'autre.

« Regina ? »

« Mmh ? »

« Tu n'as vraiment aucun bon souvenir avec ma mère ? »

Un silence.

« Ce n'est pas que j'en ai aucun, » murmura Regina, ses yeux sur Joy. « C'est que… la haine et le désespoir leur ont donné un goût très amer. »

« Elle était comment ? »

« Ta mère ? »

« Oui, quand elle était petite. »

« Je l'ai connue adolescente. Enfin, pré-adolescente. Mais le concept de l'adolescence et ce mot même n'existaient pas dans notre monde. Elle était gâtée et naïve, téméraire aussi. Pleine d'énergie, bien élevée et une pipelette invétérée. »

« Ça, ça n'a pas trop changé. »

« Non. Je crois qu'elle se sentait très seule. Elle luttait pour guérir de la perte de sa mère et personne n'était vraiment là pour l'aider. »

« Mais il y avait Johanna. »

« Johanna était quelqu'un de bien, mais elle n'était pas sa mère et les domestiques… ils pouvaient être bien attentionnés et compatissants, mais ils devaient rester à leur place et ne nous considéraient jamais très longtemps comme autre chose que des royaux. »

« Le fait de devoir dire amen à tout devait sérieusement altérer les conversations. »

« Il n'y avait pas de conversation possible, pas vraiment. Snow-White a grandi isolée et adorée par tous. Mais elle avait beau parler à longueur de journée, les gens de maison et le roi avaient beau l'écouter, se plier à ses désirs, personne ne l'entendait jamais vraiment. »

« Tu la comprenais. »

« Jusqu'à un certain point. Elle ne voyait que le bien parce qu'elle avait été protégée toute sa vie. »

« C'est probablement pour ça qu'elle n'a pas compris à quel point ta mère était dangereuse. »

« Même si je le lui ai clairement fait comprendre. Avant la mort de Daniel, nous avons passé de bons moments ensemble. Après… »

« Tout était bien plus compliqué alors. »

« Ça ne veut pas dire que tout était mauvais. Nous avions la même opinion quant aux dîners officiels. J'arrivais à disparaître assez facilement, personne ne faisait vraiment attention à moi, et ta mère réussissait par je ne sais quelle magie à me retrouver à chaque fois. Contrairement à moi, elle adorait les bals, trouvait toujours le moyen de ne pas me quitter d'une semelle lors de tels évènements. »

« Pour ne pas que tu partes. »

« Je n'ai jamais vraiment compris pourquoi. Quand le roi partait en voyage, elle trouvait le moyen de transformer le quotidien du château. Je faisais en sorte de disparaître avec Rocinante pendant des heures, parfois pour exercer la magie, mais il y avait toujours un moment que je devais passer avec ce pot de colle qu'était ta mère, même quand je ne pensais qu'à la jeter par une fenêtre ou lui arracher tout ce qui la faisait sourire. Et elle souriait tout le temps. C'était particulièrement agaçant. »

« Je ne pense pas qu'elle avait vraiment envie de sourire. »

« Mmh, mais à l'époque, j'étais devenue incapable de la moindre empathie ou compassion. Je ne voyais que son air de bonheur et ne ressentait que ma propre douleur. »

« Dans ce cas, pourquoi ne l'as-tu pas tuée ? Ou pourquoi n'as-tu pas tué David, pour lui faire subir ce que tu avais subi ? »

Regina prit quelques secondes avant de lever les yeux vers elle, l'air hanté sur son visage chassé par un sourire un peu trop pâle.

« Parce que tu ne serais jamais née, et que je t'aime plus que je ne la détestais. »

« Charmant, » s'amusa Emma. « Et je note que tu as utilisé l'imparfait. »

« Tu approuves ? »

« Ta manière d'éviter de répondre ? Tout à fait. »

« Merveilleux, » conclut Regina avec un sourire, avant de se lever pour aller laver leurs tasses. « Ta sœur est sur le point de pleurer. »

« Quoi ? » Emma braqua son regard sur Joy dont le visage était tout froncé. « Oh, non. »

Elle se redressa, un peu paniquée, et détacha l'enfant pour pouvoir la prendre dans ses bras et la bercer. Sans succès. Contrariée, sans doute un peu grognon - sa sieste ayant été courte, le bébé pleura à pleins poumons.

Emma essaya tout ce à quoi elle pouvait penser. Elle marcha doucement, berça le bébé, lui murmura des paroles douces, tenta de lui faire sucer son petit doigt, rien ne semblait fonctionner. Même si les pleurs se calmaient légèrement de temps à autres, ils repartaient toujours de plus belle lorsque Joy avait repris son souffle.

« Aide-moi, » pria t-elle en jetant un regard paniqué à Regina.

« Tu dois te calmer. »

« Mais je suis calme ! »

« Emma, tu es bien trop tendue et stressée. Calme-toi. »

« Elle n'arrête pas de pleurer ! »

« Emma… »

« S'il te plaît ! »

Avec un petit soupir, Regina s'approcha d'elle et lui prit le bébé des bras gentiment. Emma la lui confia avec un pur soulagement, terrifiée à l'idée d'avoir fait ou de faire quoi que ce soit qui puisse blesser Joy.

Avec des gestes assurés, ressuscités sans aucun doute du passé, Regina serra le bébé contre elle calmement et bougea en lui murmurant une berceuse qu'Emma fut incapable d'entendre clairement ou de reconnaître.

Dix minutes plus tard, Joy s'était calmée et s'endormait doucement dans les bras de Regina, l'une de ses mains tenant l'index de la femme fermement.

Emma observait la scène, subjuguée et attendrie, certes, mais…

« Quoi ? » interrogea doucement Regina, ses yeux sur elle.

« Rien. »

« Emma… »

« Je… je ne suis pas douée pour ça. »

« C'est faux. Tu manques juste un peu de pratique. Tu paniques. »

« C'est juste que… je ne veux pas… » Elle soupira. « Je ne veux pas… »

« Tu ne l'abîmeras pas. »

Il y avait des moments où leur lien était un calvaire. Emma détourna rapidement les yeux. Elle sentit Regina s'approcher d'elle, s'asseoir sur une chaise à côté d'elle.

« Tu ne la laisseras pas tomber. Tu ne la décevras pas. Tu ne la blesseras pas. »

« Tu n'en sais rien, » murmura Emma, incapable de poser les yeux sur elles. « J'ai fait tout ça à Henry. Je t'ai fait tout ça. »

« Et pourtant nous sommes là. Et tout va bien. »

Elle sursauta lorsque Regina se pencha vers elle pour lui confier Joy de nouveau, mais accepta le bébé qui ouvrit les yeux et bâilla avant de se blottir un peu plus contre elle.

« Elle t'adore déjà, » chuchota Regina dans son oreille.

Emma en profita pour pencher la tête sur le côté, son front contre celui de Regina, ses yeux sur sa petite sœur.

« Je crois qu'elle te préfère quand même, » indiqua Emma en indiquant du menton le doigt que Joy tenait toujours avec aucune apparente envie de le lâcher.

« Bien sûr qu'elle me préfère. »

« C'est même un coup de foudre. »

« Ne t'inquiète pas, je suis sûre que tu es sa seconde personne préférée. »

Avec un sourire amusé, Emma accepta le baiser sur sa tempe et se laissa bercée un instant par cet amour qui l'habitait et qui émanait de Regina.

« Merci. »

O

« Qu'est-ce que vous allez faire ? » demanda suspicieusement Henry en observant ses parents et ses grands-parents se diriger vers le salon.

« Engager un duel entre ta mère et ta grand-mère pour enfin déterminer une fois pour toute laquelle des deux est la plus belle princesse du royaume. »

« Emma, » reprocha t-il en plissant les yeux.

« Quoi ? Au moins on en parlerait plus. »

« Nous n'avons jamais parlé de ça, » indiqua Mary-Margaret en levant les yeux au ciel.

« Ce n'est pas ce que disent les livres d'histoires. »

« Emma. »

« Oui, Regina ? »

« Tais-toi. Henry, reste avec Miss Lucas, tu veux bien ? »

« D'accord, » marmonna t-il en soupirant.

« Cache ta joie, dis. »

Emma n'entendit pas plus les remarques de Ruby, et David et Snow se tournèrent vers elles curieusement.

« Pourquoi est-ce que vous vouliez nous voir ? » interrogea t-il.

Elle ouvrit la bouche mais fut immédiatement interrompue par Mary-Margaret.

« Pas de blague. »

« Ok, » soupira t-elle. Elle attendit que Regina leur tende les papiers avant d'expliquer. « Les petits trucs à régler quant à l'adoption d'Henry étant pleinement réglés, nous avons pu préparer ces papiers avec notre notaire. Qui est particulièrement antipathique, vous saurez. »

« Ce qui n'est pas important puisqu'il est très compétent, » intervint Regina alors que l'autre couple consultait les papiers.

« C'est… ? » interrogea David et Emma haussa un sourcil, stupéfaite par leur surprise.

« Ben oui. Votre faux baptême à la conte de fées est bien mignon, mais notre fils a besoin d'un vrai parrain et d'une vraie marraine. »

« Ce qu'Emma essaye de dire avec son élégance habituelle – »

« Merci. »

« …c'est que nous aimerions que vous acceptiez d'être la marraine et le parrain civils d'Henry et les responsabilités qui vous incomberaient dans le cas où il nous arriverait quelque chose. »

« C'est ce que je voulais dire, oui, mais avec un peu moins de forme. Alors, vous signez ? »

David sourit et hocha la tête, sans même prendre la peine de consulter sa femme.

« Bien sûr, » répondit-il avec tout le sérieux du monde.

Mais Emma ne l'écoutait que d'une oreille, puisqu'elle avait remarqué les larmes dans les yeux de Mary-Margaret et se méfiait de sa réaction un peu trop émotionnelle. Et lorsqu'elle amorça un geste vers Regina et elle, Emma leva une main, un peu alarmée.

« Maman, atten… »

Trop tard. Avec un petit reniflement et un petit gémissement ému, Mary-Margaret fit un pas vers elles et passa un bras autour de chacune d'elles. Surprise (mais pas tant que ça), Emma lança un regard désolé et amusé à Regina qui s'était tendue et ne répondit en aucune manière à la soudaine marque d'affection.

Mais au moins, elle ne la repoussa pas violemment ni tenta de l'étrangler, ce qui était plutôt bon signe pour l'avenir.

« Merci, » souffla Mary-Margaret dans leurs oreilles alors que David, avec un air d'exaspération plein d'affection au visage, l'enjoignit à les lâcher d'une main sur son épaule.

Il fit un petit sourire d'excuse à Regina avant d'hocher la tête pour appuyer le remerciement de son épouse.

« Oui, bon, » lâcha Emma, mal à l'aise face à autant d'émotions dans leurs regards, « ce n'est pas comme si vous ne vous en doutiez pas. Là, un stylo, » annonça t-elle, leur tendant un peu trop brusquement le Bic noir.

David le prit en riant.

« Très gracieux, Em, » félicita t-il.

« Ha ha. Moquez-vous de moi, allez-y. »

« Pourquoi avez-vous insisté pour qu'Henry ne soit pas là ? » interrogea Mary-Margaret en s'installant à la table basse pour remplir les papiers.

« Parce que lorsque nous lui en avons parlé, on s'est fait proprement enguirlander. Et par là j'entends des reproches et des cris et une porte qui claque. »

« Quoi ? Pourquoi ? »

Emma grimaça.

« Il a adoré l'idée de vous avoir officiellement comme parrain et marraine, mais c'est l'aspect légal qui l'a vraiment refroidi. Il a très clairement une haine très virulente pour les mots 'et s'il nous arrivait quelque chose'. »

« Je peux le comprendre, » indiqua David.

« Il n'a plus jamais voulu en reparler, alors nous n'avons pas insisté, » expliqua Regina.

« A chaque fois qu'on a essayé, il nous a fusillées du regard et nous en a voulu pendant des heures. Il a la rancune tenace, je ne sais pas du tout où il a chopé ça. »

« Aucune idée, » appuya Regina en lui lançant un regard en coin.

Emma l'ignora, un sourire aux lèvres, avant de récupérer les papiers que son père lui tendait.

« Merci, » leur dit-elle doucement, remettant prudemment les feuilles dans leur pochette.

Avec ces signatures, elle pouvait être certaine que jamais Henry ne serait seul. Que jamais il ne vivrait ce qu'elle avait vécu.

« Merci à toi, » répondit sa mère avec un sourire juste un peu trop tremblant. « Merci à vous deux. »

Regina ne dit rien mais hocha la tête, ses yeux dans les siens.

Et Emma avait dans l'idée qu'il n'y aurait jamais de grands discours ou de longues discussions thérapeutiques entre elles. Il y aurait ces regards, cette absence d'animosité, et cette confiance avant tout.

Cette foi inestimable qui les poussait à offrir à l'autre une place primordiale dans l'éducation et la vie de leur enfant respectif. A se confier ce qu'elles avaient de plus précieux.

Peut-être était-ce un pardon, un accord, une nouvelle chance.

En tout cas, c'était un nouveau départ.

« Bon, vous venez ? » demanda Henry en entrant dans le salon, les observant avec suspicion. « On va manger le dessert. »

« Génial, » sourit Emma, s'arrachant à ce moment historique. « Qu'est-ce que c'est ? »

« Chocolat. »

« Excellent. »

« Tu aurais dit ça peu importe la réponse, » répliqua Henry en levant les yeux au ciel.

« C'est faux. »

« Les poires, » indiqua Regina, ce à quoi Emma acquiesça immédiatement.

« Les poires, c'est le Mal. »

« N'importe quoi, » soupira Henry alors qu'ils s'installaient à table.

« On ne critique pas la hiérarchie des aliments. »

« Que vous avez mis au point. »

« Il n'y a pas eu besoin, » lui rappela Emma en acceptant sa part de gâteau au chocolat. « C'est une évidence. »

« Comment vous avez pu toutes les deux vous mettre d'accord sur un tel sujet reste un mystère. »

« La cuisine de ta mère nous a mises d'accord, tant que les frites restent tout là-haut au panthéon. »

« Et les poires tout en bas, » compléta Regina.

« Si je déclare cette hiérarchie valable, est-ce que j'aurais le droit d'aller à la fête de Rick ? »

« Non, » déclarèrent immédiatement ses mères d'une seule voix.

Henry fronça les sourcils.

« J'ai eu de bonnes notes ce trimestre. »

« Toujours non. »

« Tout le monde y sera, » se plaignit-il en lançant un regard à ses grands-parents, en quête d'alliés.

« N'y pense même pas, » indiquèrent Regina et Emma, toujours ensemble.

« C'est un peu flippant, » nota Ruby en haussant un sourcil, son attention sur les deux femmes.

« C'est super chi – agaçant, » se corrigea l'adolescent en voyant le regard que Regina lui lançait.

« Richard Temple est trois années au-dessus de toi. Il est réputé pour ses excès de vitesse et ses fêtes alcoolisées que la police est obligée de faire cesser à chaque fois. »

« Police grassement payée par Richard Temple Senior pour qu'elle passe l'affaire sous silence, » ajouta Regina. « Tu n'iras jamais à une fête donnée par ce garçon. »

« Et comment vous savez tout ça ? » interrogea Henry, suspicieux.

Emma et Regina échangèrent un regard, avant d'hausser toutes les deux épaules. Henry grogna.

« Votre passé criminel est censé me servir à apprendre des trucs cool comme forcer une serrure ou savoir lire quelqu'un, pas à me rendre la vie impossible ! »

« Quelles accusations, » protesta Emma. « Nous n'avons absolument rien fait de criminel, gamin. Et choisis mieux tes fréquentations, tu veux ? »

« Il ne fréquente pas Rick, c'est sa sœur qui l'intéresse. »

Henry faillit s'étouffer avec son chocolat.

« Maman ! » protesta t-il, rougissant d'embarras.

« Sa sœur ? » interrogea Emma avec intérêt. « Celle qui a ton âge ? Tu m'en as jamais parlé. »

« Et j'en ai jamais parlé à personne, » remarqua Henry en fusillant Regina du regard.

« Pas en ces termes, mais tu la mentionnes tout le temps. Sans jamais l'avoir rencontrée, je sais qu'elle s'appelle Penny, qu'elle est blonde, qu'elle est très forte en maths, qu'elle adore le basket, qu'elle – »

« Okay, okay, » intervint-il rapidement en levant les yeux au ciel.

« Tu n'es pas aussi malin que ce que tu crois, gamin, » s'amusa Emma. « Donc c'est la fille avec laquelle je t'ai vu parler plusieurs fois, celle qui est toujours dans le coin après tes entraînements ? »

« Emma, » gémit-il en lâchant sa cuillère.

« Celle avec laquelle tu sors tout le temps avec un ou deux autres copains ? »

Il se redressa avec un soupir, attrapa son assiette et alla s'asseoir à l'autre bout de la table, à côté de son grand-père et parrain, marmonnant son agacement quant au fait d'avoir deux mères.

« C'était un petit peu machiavélique, » remarqua Ruby avec un rictus amusé.

Emma haussa les épaules.

« Mais comme ça, il ne nous reparlera plus de cette stupide fête. »

« Le pauvre garçon, » soupira Granny en secouant la tête. « Il n'a aucune chance. »

« De se soûler, de se faire attraper par les flics ou de se droguer ? Aucune, » confirma l'ancien shérif avec un sourire de fierté.

« Il apprendra peut-être à conduire un jour, » indiqua Regina posément.

« Quand il aura vingt ans, peut-être. Et il ira à l'université. »

« Tant qu'il reste à moins de cent kilomètres. Et un jour, il aura une petite-amie qu'il nous présentera. »

« Si on la laisse arriver jusque-là. Mais il ne se mariera pas. »

« Pas avant trente ans. »

« Et d'ici là il aura peut-être eu le droit d'expérimenter un peu. »

« En toute légalité. »

« Pauvre Henry, » souffla Mary-Margaret en secouant la tête.

Le petit sourire qu'elle arborait montrait néanmoins clairement son amusement.

« Nous verrons ce que tu diras quand Joy sera adolescente, » remarqua Emma. « Ou ce que papa dira. »

« La vie de cette petite risque d'être très compliquée, » nota Regina.

Ruby acquiesça pleinement.

« Pauvre Joy. »

« Nan, elle aura une chance de passer sa colère contre ses parents chez nous, » indiqua Emma avec un rictus. « Regina pourra lui dire toutes les façons dont elle les a rendus misérables et je lui parlerai de l'époque où sa mère n'était que la maîtresse de son père ou pire, lorsqu'elle fricottait avec Frankenstein. »

Granny et Regina eurent quasiment la même expression de dégoût.

« Whale et toi ? » interrogea l'ex-reine, incrédule.

Snow leva les yeux au ciel.

« Quelqu'un nous avait tous maudits. »

« Je suis plutôt certaine que vous aviez tous votre libre-arbitre. »

« Sans commentaire. »

« Dommage, parce qu'il y a des détails intéressants dans cette histoire, » s'amusa Ruby avant d'esquiver la serviette que lui lança immédiatement sa meilleure amie.

Heureusement David et Henry étaient occupés avec la vaisselle, discutant à voix basse de leur côté.

« Pitié, je n'ai pas envie d'en savoir plus que je n'en sais déjà, » gémit Emma. « On oublie et on passe à autre chose, merci. »

« C'est toi qui a lancé le sujet ! »

« Ruby, il me semble que tu penses beaucoup de temps avec Roger, non ? »

« Et sur ces belles paroles de Nova, je vais vous demander de m'excuser. »

La jeune femme se leva rapidement pour attraper quelques plats et esquiver le reste de la conversation.

« Roger ? » interrogea Emma, confuse.

« Mmh, » acquiesça Granny en plissant les yeux. « Roger Danson. »

« Je le connais ? »

« Il vit près des bois, dans une maison. Il est bûcheron. Je ne crois pas que tu l'aies déjà vu, » expliqua Mary-Margaret. « Ruby et lui se sont rencontrés dans les bois il y a quelques mois. »

« Voyez-vous ça. »

« Ils s'entendent bien. »

« Nova, précise ta pensée, je t'en prie. »

« C'est un voyou, » grogna presque Granny.

Emma haussa un sourcil.

« Ouah, si c'était le cas, je l'aurais rencontré du temps où j'étais shérif… non ? »

« Ce n'est pas un voyou, » protesta posément l'ancienne fée. « C'est un homme honorable. »

« Quelqu'un veut du café ? » coupa Mary-Margaret avant que Granny ne réplique. Elle était clairement décidée à tuer toute confrontation dans l'œuf. « Un thé ? »

Emma se pencha vers Regina.

« C'est moi ou il y a une histoire intéressante là-dessous ? »

Sa compagne se contenta d'un petit sourire, et il n'en fallut pas plus pour qu'Emma comprenne son accord et sa curiosité.

O

Elle dut attendre le lendemain avant d'avoir une chance d'en savoir plus. Ruby s'était assise sur les marches du chalet et observait David et Henry disputer un petit match de foot. A l'intérieur, Granny était restée avec Joy.

Elle s'assit près de son amie, lui tendit une tasse de café, et attendit quelques minutes avant de parler.

« Roger ? »

« C'est compliqué, » soupira Ruby.

« Marié ? »

« Non. »

« Gay ? »

« Non. »

« Pas intéressé ? »

« Si. »

« Du progrès ! Vous êtes ensemble ou non ? »

« Plus ou moins. »

« Pas officiellement, tu veux dire. »

« C'est compliqué. »

« Tu m'expliques ou il faut que je devine ? »

« Dans l'autre monde, il était chasseur. »

« Et… ? Oh. Tu veux dire chasseur de loups, c'est ça ? »

« Ca a beau être dans le passé, ça reste quelque chose d'ancré en nous. »

« Ca explique pourquoi Granny ne l'aime guère. »

« Il est même interdit de passage au café. »

« Mais tu l'aimes. »

« C'est compliqué. »

Un sourire étira les lèvres d'Emma, mais son regard demeurait sombre, le reste de son expression sérieuse.

« Est-ce que tu as rencontré ma moitié, Regina ? L'ancienne belle-mère de ma mère ? Celle qui a tenté de détruire ma famille et mes amis ? Compliqué ? Je connais. »

Ruby lui lança un coup d'œil et ne put empêcher son petit sourire. Son regard se balada sur les mains d'Emma. Sur son anneau.

« Ouah, vous vous êtes mariées en douce ? »

« Non ! » s'étrangla Emma. « Non. C'est un cadeau. Le gamin, et Mary-Margaret et David. »

« Drôle de cadeau. Tu aurais quand même pu faire l'effort de lui offrir une alliance toi-même. »

« Non, » répondit-elle immédiatement, un petit pincement au cœur.

« Pourquoi ? » interrogea Ruby, l'observant curieusement. « En Californie, c'est autorisé. »

« Ce n'est pas ça. On ne se mariera pas. »

« Je n'ai rien contre. Mais tu as l'air partagée. »

« C'est juste… je ne me voyais pas me marier, tu vois ? »

« Oui. »

« Et puis… »

« Regina. »

« Ouais. Mais le mariage, ce n'est pas vraiment de bons souvenirs pour elle. »

« Mais tu aurais aimé qu'elle porte ton nom. Je ne te savais pas possessive. »

« Oh, la ferme. On parlait de Roger et de toi. »

« Granny ne l'acceptera jamais. »

« Si ma mère a accepté Regina, je ne vois pas pourquoi ta grand-mère n'accepterait pas Roger. Il te traite bien ? »

« Bien sûr. Mais Granny a passé sa vie à échapper aux chasseurs. Nous avons perdu toute notre famille ou presque face à eux. Pour elle, c'est une question de principe. »

« S'il y a une chose dont je suis certaine quant à ta mystérieuse grand-mère, c'est qu'elle t'aime. Montre lui que Roger te rend heureuse, et elle finira bien par l'accepter. »

« Emma Swan, conseillère en relations. Attention, le monde va imploser. »

« Moque-toi, moque-toi, mais en attendant, ma relation est parfaite. »

« Parfaite, hein ? » taquina Ruby en poussant son épaule avec la sienne.

Un peu embarrassée, Emma détourna le regard.

« Parfaite, » acquiesça t-elle pourtant, un sourire aux lèvres.

Puis son regard tomba sur Regina, assise sur le banc en bois devant leur chalet plus loin, un livre sur les genoux. Mary-Margaret venait de s'asseoir près d'elle.

« J'aimerais bien savoir ce qu'elles se disent, » murmura Ruby en plissant les yeux.

« Moi aussi. »

« Si seulement j'avais encore mes oreilles de loup… »

O

La vie faisait de drôles de choses aux gens.

Et plus encore aux relations entre deux personnes.

C'était terrifiant de voir à quel point elles pouvaient se modifier au fil du temps, moduler par les évènements, par les autres, par les émotions.

Mary-Margaret savait bien que de toutes les rencontres qu'elle avait faites au cours de sa riche existence, celle qui avait eu le plus d'importance, celle qui l'avait modelée en la femme qu'elle était avait été sa rencontre avec Regina.

Non seulement parce que l'autre femme lui avait sauvé la vie, mais aussi parce qu'elles avaient eu un effet désastreux l'une sur l'autre. Et c'était si tragique, parce que Mary-Margaret ne pouvait s'empêcher de penser que sans l'intervention de toutes les personnes les entourant, elles auraient pu avoir un lien absolument extraordinaire, une amitié riche et profonde et pure.

Mais ce lien avait été immédiatement bafoué, horriblement mutilé par la douleur et la rancœur et la haine et la magie noire et la peur.

Rumple. Cora. Henry. Leopold. Daniel.

Tous avaient eu leur rôle, et tous étaient morts. Quoique dans le cas de Gold, seule sa part noire, sa part maudite avait disparu, mais n'était-ce pas suffisant ?

Et à présent…

Ce matin-là, Snow-White était assise sur le même banc que Regina et il n'y avait plus de semblance entre elles. Il n'y avait plus ce sourire trop brillant et ce ton doucereux que la jeune reine avait toujours eu pour la princesse si admirative, du temps où elles vivaient encore sous le même toit. Une patience apparemment infinie, un amour lisible dans ses mots, mais des yeux sombres et de plus en plus froids et oh, oui, Snow avait su.

Elle avait su, mais avait préféré l'ignorer.

Parce que sans Regina, qui avait-elle eu ?

Son bien-aimé père, ce roi vieillissant qui l'avait littéralement adorée, mais qui avait sans arrêt été absent, qui l'avait traitée en enfant naïve et qui n'avait vu en elle que la fille de sa femme défunte et la princesse de son royaume ?

Johanna, qui n'avait jamais pu lui parler comme une égale et qui avait dû quitter le château lorsque Snow avait atteint l'âge de douze ans, qui lui avait envoyé une lettre à chaque nouvelle lune mais n'avait plus pu se rendre au palais ?

Regina avait été son amie, sa sœur, sa mère, son égale. Mais Regina était morte sous ses yeux et elle avait été incapable de lever ne serait-ce que le petit doigt pour la sauver.

Et lorsque le chasseur, Graham, était venu pour elle, lorsqu'elle avait su que plus jamais sa vie ne serait pareille, Snow avait accepté ses propres fautes et ses ombres, mais elle n'avait jamais su faire son deuil.

Et elle s'était jurée, dans cette forêt, lors des premières nuits humides et froides alors qu'elle se sentait crever de faim, terrifiée et bouleversée, que plus jamais elle ne faillirait à ses devoirs. Qu'elle protégerait son royaume, qu'elle vivrait avec honneur et serait juste et droite, qu'elle ne suivrait que son cœur.

Que plus jamais elle ne laisserait tomber quelqu'un d'autre.

Que plus jamais elle resterait observatrice et laisserait les choses se dérouler sans intervenir, qu'elle ne laisserait ni la peur, ni l'hésitation et encore moins l'indécision la freiner. Qu'elle ne serait plus jamais le bourreau, l'instrument d'une destruction et qu'au contraire, elle sauverait.

Et sous la pluie, au pied de ce sapin dont elle pouvait encore sentir l'odeur parfois, quand elle fermait les yeux et laissait ses souvenirs affluer, elle s'était promis qu'elle tenterait par tous les moyens de sauver Regina.

Mais elle avait été faible, bien sûr. Parce qu'après maints pardons et plusieurs tentatives pour pousser Regina à revenir dans le droit chemin, après l'avoir vue s'enfoncer de plus en plus dans le noir et la haine, la seule et unique façon de l'aider, de la libérer et d'ainsi sauver son peuple aurait été de la tuer.

Mais Snow avait été incapable de prendre cette décision. D'avoir encore une fois son sang sur les mains.

Elle avait trahi toutes les promesses qu'elle s'était faites.

Elle avait trahi son peuple, son époux, ses amis, son bébé. Les avait tous mis en danger. Elle avait trahi le souvenir de sa mère et de cette jeune Regina, si emplie de lumière.

Elle les avait tous trahis par amour envers cette fille qui avait été sa première amie, qui lui avait sauvé la vie de toutes les façons possibles, qui avait fait d'elle une femme forte et juste.

Et quelle ironie.

Car au final, c'était le petit-fils de Snow qui lui avait réappris à aimer, et sa fille qui l'avait libérée.

Le baby-phone qu'elle avait posé près d'elle ne laissait entendre rien d'autre que de petits bruits innocents. Joy devait dormir, Granny près d'elle bouquinait sans doute. Durant les toutes premières heures, juste après la naissance du bébé, Mary-Margaret avait été incapable de détacher son regard de sa fille. Elle l'avait tenue contre elle pendant six heures d'affilées, et personne ne l'en avait empêché. Parce que même si sa raison lui hurlait que c'était ridicule, l'idée qu'on allait la lui prendre, qu'elle allait devoir s'en séparer comme elle avait dû laisser partir Emma l'avait maintenue dans un brouillard de terreur et d'anxiété pendant des jours.

Et puis la crainte l'avait peu à peu quittée avec chaque heure passant, puis elle s'était réveillée un matin, un autre matin, et encore un autre simplement pour constater que David et Joy se trouvaient toujours là, avec elle. Et enfin la joie et l'émerveillement s'étaient installés et ne s'étaient plus envolés.

Avait-ce été ainsi pour Regina ? Quand elle avait tenu Henry pour la première fois, quand elle l'avait ramené chez elle, quand elle l'avait observé dormir ?

Combien de temps lui avait-il fallu pour comprendre que personne ne viendrait le lui prendre ? Pour s'apaiser ?

Quel cauchemar avait-ce été de voir Emma débarquer ?

Emma, qui était couramment en train d'essayer de dribbler son père sans grand succès, mais avec de grands éclats de rire. Henry riait, lui aussi. Et David. Et Ruby.

Et même si le soleil restait caché par les derniers nuages d'hiver, c'était sans doute la plus belle journée que Snow-White avait connue depuis longtemps.

La tasse de chocolat dans sa main était encore très chaude. Elle la porta à ses lèvres, en but une petite gorgée, et grimaça distraitement.

La cannelle.

Il n'y en avait pas dans les chalets, et David n'avait pas pensé à en amener.

Lorsque Regina se leva, Snow ouvrit la bouche pour la retenir mais ses mots partirent en fumée douce-amère au fond de sa gorge. Elle se souvint que chaque fois qu'elle avait essayé de rappeler cette femme à elle avait échoué, alors elle se tut et la laissa partir sans un mot.

Sa surprise fut difficile à étouffer quand Regina revint, toujours aussi silencieuse, une tasse de café à la main. Elle se rassit à côté d'elle, mais laissa son livre fermé sur le banc.

Le cœur battant, Mary-Margaret continua d'observer le match de foot et tenta d'organiser ses idées, mais les seuls mots qui lui vinrent furent terriblement déplacés et lui échappèrent dans un murmure hanté.

« Cora a tué ma mère. Tu le savais ? »

« Non, » répondit Regina, et la surprise qu'elle tenta vainement de chasser de sa voix prouvait sa sincérité.

« Elle l'a empoisonnée. Elle me l'a dit. Juste avant de tuer Johanna. »

« Pourquoi est-ce que ma mère aurait voulu tuer la tienne ? »

« Je ne sais pas. Mais Cora a sous-entendu qu'elles se connaissaient. Elle lui en voulait pour quelque chose. Et puis aussi… »

« Pour faire de moi une reine, » compléta Regina, une lassitude sans nom dans la voix.

« Je suppose que mon cheval s'emballant n'était pas non plus un accident. »

« Comme le fait que je sois à proximité avec Rocinante sous la main. »

« Est-ce que tu sais comment Cora a pu épouser ton père ? Il était prince, non ? »

« Mais pas hériter direct du trône. Seulement voué à devenir un haut seigneur. Et Cora a pu épouser papa grâce à ce cher Rumple. »

« Bien sûr, » répondit Snow amèrement. « Toujours lui. »

« Toujours lui. Je ne connais pas vraiment l'histoire. »

« Je suppose qu'on ne saura jamais. Ni pourquoi elle en voulait tellement à ma famille. »

« Non. Je suppose que non. »

« On n'avait aucune chance, n'est-ce pas ? » interrogea Snow, une tristesse dans la voix qu'elle ne contrôla pas. « Ils nous avaient tous destinées à devenir ennemies. »

Regina ne répondit pas et Snow sirota son chocolat en silence pendant un instant.

« Emma est heureuse, » dit-elle après plusieurs minutes, sa voix plus calme. Elle sentit le regard de Regina sur elle mais ne tourna pas la tête. « Elle n'a jamais été aussi heureuse. Henry non plus. »

Les yeux de Regina se baladèrent sur les deux personnes qui accaparaient l'attention de Snow.

« Et à chaque fois que je songe que tout aurait pu être différent, que j'aurais pu faire quelque chose autrement pour tout changer, j'ai l'impression de les trahir. »

« Je sais, » acquiesça doucement son ex belle-mère.

« Merci. »

« Pardon ? »

Mais Snow ne répondit pas cette fois-ci. Ne pouvait pas répondre et n'en avait pas besoin. Elle voulait dire merci de m'avoir sauvé la vie et merci de rendre ma fille heureuse et merci d'avoir élevé Henry et merci d'avoir tué Cora et merci de ne pas être morte.

Difficile de dire comment Regina interpréta ce mot, mais Mary-Margaret se sentit plus légère de l'avoir enfin prononcé.

Elles restèrent quelques secondes dans le silence, observant leur famille s'amuser. L'air était doux et un peu humide, il pleuvrait certainement dans les heures à venir, mais Snow ne pouvait sentir et ne voir que l'arrivée du printemps.

« Vous devriez venir nous rendre visite une fois. »

Stupéfaite, Mary-Margaret tourna la tête vers elle, juste pour s'assurer que c'était bien Regina qui avait parlé.

« Quand Joy sera un peu plus âgée. Emma et Henry aimeraient beaucoup ça. »

« Oui, » souffla Snow, incapable de plus.

Le silence s'éternisa mais il n'avait rien de tendu cette fois-ci, ni de maladroit. Et quelle drôle de fin à leur histoire que celle-ci, à l'agonie de l'hiver.

« Elle ne pouvait pas t'aimer, tu sais, » informa finalement Snow doucement, prudemment, après maints débats intérieurs. « Elle n'avait pas son cœur. Même si tu avais agi différemment, elle ne t'aurait jamais aimée. »

Durant quelques secondes, Snow crut qu'elle était allée trop loin, qu'elle aurait dû continuer à prétendre ne pas connaître cette femme, ne pas se souvenir de la jeune fille en manque cruel d'amour maternel, mais Regina resta assise près d'elle un instant, toujours silencieuse.

Mary-Margaret se mordit la lèvre inférieure et se tut.

« Elle ne pouvait pas haïr non plus, » murmura Regina finalement. « On ne peut haïr que si on a aimé. »

Comme si elle n'avait pas ainsi brisé un doute hantant l'esprit et le cœur de Snow depuis très longtemps, Regina posa ses mains sur le banc, prête à se lever.

Alors les mots quittèrent la bouche de Snow avant qu'elle ne puisse contrôler les émotions dans sa voix basse et tremblante, presque enfantine.

« Quand as-tu arrêté ? » interrogea t-elle, craignant la réponse, ne pouvant plus étouffer la question, incapable de tourner la tête de peur de ce qu'elle pourrait voir sur le visage de l'autre femme.

Elle crut qu'elle ne saurait jamais la vérité quand plusieurs secondes s'écoulèrent, rythmées seulement pas les cris et les rires provenant de leurs proches. Puis Regina bougea, légèrement, hésita un instant avant de déposer une petite boite entre elles et de se lever.

Mary-Margaret n'osa pas se retourner, n'osa pas respirer. Elle entendit Regina ouvrir la porte du chalet, et puis sa voix, douce, un peu trop rauque.

« Et toi, Snow-White ? »

Sans attendre une quelconque réponse, elle entra dans le chalet et ferma derrière elle, et Snow baissa enfin les yeux vers la petite boite déposée près d'elle.

De la cannelle.

La main tremblante, elle la prit et saupoudra le reste de son chocolat, ignorant bravement les larmes sur ses joues et les sanglots serrant sa poitrine.

Elle resta un moment encore sur ce banc, sous ce ciel gris, sa tasse très bientôt vide dans une main et la petite boite de cannelle bien serrée dans l'autre.

Et puis, finalement, elle sourit.

O

« Emma ? Je t'ai dit à droite, » précisa Regina en lançant un coup d'œil curieux à la conductrice.

Derrière elle, Henry s'était endormi presque aussitôt qu'ils avaient quitté le bord du lac pour entamer les trois heures de route qui les mèneraient à l'aéroport.

« Je sais, » répondit Emma, son regard braqué sur la route, son visage grave. « Il y a un détour que j'aimerais faire. »

« Bien, » acquiesça Regina silencieusement, l'observant avec inquiétude.

Elles conduisirent ainsi une heure avant d'arriver dans une ville de moyenne importance, et Emma ne s'arrêta qu'une fois sa destination atteinte, ne se guidant apparemment qu'aux panneaux d'indication. Elle dut faire demi-tour deux fois, sans un mot, mais elle y parvint finalement.

Elle se gara en face et se détacha.

« J'en ai pas pour très longtemps. »

« Tu as tout le temps que tu veux, » contredit doucement Regina en l'observant descendre de voiture.

Emma évita son regard, hocha la tête et s'éloigna.

« 'man ? » marmonna Henry en se réveillant. « Où est-ce qu'on est ? Qu'est-ce qui se passe ? »

« On a dû faire un arrêt, ne t'inquiète pas. »

« Mais on risque de rater l'avion. »

« On en prendra un autre, tu rateras l'école demain. »

« Où est maman ? »

Se mordillant la lèvre inférieure, Regina hésita encore quelques secondes puis elle se détacha.

« Reste dans la voiture, tu veux bien ? » demanda t-elle en se tournant vers son fils. « Nous revenons vite. »

« D'accord, » répondit Henry, confus et inquiet.

Regina lui offrit un petit sourire, sortit de la voiture et se dirigea rapidement vers le cimetière dans lequel Emma avait pénétré. Elle la retrouva facilement, debout devant la tombe d'une Nora Robbins, décédée à l'âge de vingt-et-un ans.

Ses pas ralentirent, elle hésita de nouveau avant de s'avancer pour se tenir près d'Emma. Le silence quelques secondes, et puis les mots rauques et étranglés.

« Je crois qu'il était temps que je vienne ici, hein ? »

Regina ne dit rien, mais bougea pour s'approcher encore un peu d'Emma.

« Je me suis dit que si tu parvenais à affronter ton passé, à le laisser derrière, à l'accepter, alors… alors je le pouvais peut-être, moi aussi ? »

Sa voix se brisa et Regina sortit sa main gauche de sa poche pour serrer la main droite d'Emma avec force et toute la chaleur dont elle était capable.

« J'aimerais juste qu'elle sache que je suis désolée. Est-ce que tu crois à une existence après la mort ? »

« Pas vraiment, » confia doucement Regina à contrecœur.

« Moi non plus. Mais je devais venir ici, pour… Je devais venir ici au moins une fois. »

« Je sais. »

Elles restèrent un instant ainsi, debout devant cette pierre tombale, Emma sanglotant presque silencieusement.

Combien de temps ?

Regina ne saurait jamais vraiment le dire. Mais quand elle s'installa dans la voiture et prit le volant, ses doigts étaient complètement engourdis par l'air frais.

« Est-ce que ça va ? » interrogea Henry lorsqu'il remarqua leur air grave et les yeux rougis d'Emma.

« Ouais, gamin, » confia celle-ci, sa voix encore rauque, mais une nouvelle lumière habitant ses yeux. « Je crois que ça va. »

Alors Regina démarra la voiture, et ils se mirent en route pour rentrer chez eux.

Ils espéraient tous secrètement que leurs prochains voyages seraient émotionnellement bien plus reposants que celui-ci.

Et néanmoins, ils eurent tous conscience que leur vie venait de prendre un tout nouveau tournant vers leur fin heureuse.

O

Année

Emma fronça les sourcils, en quête de sa compagne.

« Anna ? Qu'est-ce que tu fabriques ? »

Elles avaient un programme chargé cet après-midi de juin après tout. L'équipe d'Henry jouait le dernier match de la saison et elles devaient aller voir deux maisons pour Mary-Margaret et David.

« Regina ? On va être en retard ! Pourquoi n'es-tu pas en train de paniquer ? »

Elle retrouva finalement Regina dans la bibliothèque, debout face au bureau.

« Hey. Tu es prête ? Il faut qu'on y aille. »

« Attends, » appela Regina en se tournant vers elle et en lui prenant la main pour l'empêcher de partir.

« Quoi ? »

« Il y a juste quelque chose que j'aimerais te donner. »

« Euh… okay ? »

La boite était petite, en bois, et Emma la prit prudemment en haussant un sourcil.

« Non pas que je me plaigne, loin de là, mais mon anniversaire est en octobre. Et le tien et celui d'Henry étaient le mois dernier, alors… »

« Tais-toi et ouvre. »

« Bien, majesté. »

Un peu nerveuse, comme à chaque fois qu'elle recevait des cadeaux, Emma ouvrit la boite et crut un instant qu'elle était vide. Puis elle remarqua la petite épingle à tête rouge posée à l'intérieur.

Elle leva un regard confus vers Regina qui l'entraîna gentiment par la main vers le bureau. Puis elle fit tourner le globe et pointa du doigt une épingle à tête bleue, fichée dans le bois.

« C'est pour remplacer celle-ci, » expliqua t-elle. « Dans trois semaines. »

« L'Islande ? » interrogea Emma, dont le cœur manqua un battement. Elle serra la boite dans ses mains et se tourna vers Regina. « Tu veux dire… ? »

« Nous partons deux semaines. Samedi prochain. Juste toi et moi. »

« Et Henry ? »

« Ruby a accepté de venir. Si tu veux bien partir, bien sûr. »

« Tu rigoles ? » souffla Emma en se jetant dans ses bras. « Bien sûr que je veux partir ! J'ai besoin de vacances, et l'Islande ! Et toi ! » Elle se détacha d'elle juste le temps de déposer plusieurs baiser sur ses lèvres et ses joues avant de la serrer contre elle de nouveau, souriant face au rire de Regina. « Merci. »

« De rien. C'est un peu intéressé, puisque je viens. »

En un an, Regina n'était jamais partie. Elle avait été occupée par les travaux au centre équestre, la mise en place de nouveaux cours et l'arrivée de nouveaux chevaux, mais Emma savait qu'elle n'avait avant tout pas voulu les laisser, Henry et elle. De temps en temps, Regina recevait un appel ou un e-mail, parfois en anglais, d'autres fois dans une autre langue. Elle en parlait rarement, mais Emma savait qu'il y avait bien des choses qu'elle ignorait sur ses voyages, sur les rencontres qu'elle y avait faites.

« Rassure-moi, » interrogea t-elle avec un sourire. « Tu as prévu un hôtel ? »

Regina leva les yeux au ciel.

« Bien sûr, princesse. »

« Super ! Henry est au courant ? »

« Pas encore. »

« Il va être jaloux, j'ai hâte de lui dire ! »

« Emma ! »

« Et pendant deux semaines, il ne sera pas le centre de l'attention. Pendant deux semaines, je t'aurai rien que pour moi. »

« Comme si je te négligeais. »

« Jamais, » confirma Emma avec un sourire, sa voix plus basse. Elle l'embrassa longuement et sourit contre ses lèvres. « Mais je n'aime pas te partager, même avec notre fils. »

« Je n'aime pas beaucoup te partager, moi non plus. Et bientôt tes parents et ta sœur vivront dans la même ville que nous et j'ai comme l'impression que je devrais encore partager. Et je ne suis pas prêteuse du tout. »

« Ah oui ? » murmura Emma, laissant ses lèvres caresser celles de Regina.

« Oui. »

« Est-ce que ce voyage qui coïncide avec mon débarquement dans ta vie il y a un an est un moyen de fêter notre premier anniversaire ? »

« Peut-être. »

« On doit y aller, ou on va rater le début du match. »

« Encore cinq petites minutes, » protesta Regina avant de poser ses lèvres sur les siennes.

Emma ne protesta pas.

Elles manquèrent complètement la première moitié du match, mais Henry ne leur en voulut pas trop lorsqu'il remarqua leur air lumineux.

Il préféra ne poser aucune question.

O

Soutien

« Emma, viens te coucher. »

« Dans un quart d'heure. »

« Il est plus d'une heure du matin. »

« J'arrive. »

Regina soupira et s'approcha du canapé. L'air estival de ce mois d'août était presque inexistant, il faisait trop chaud, et Emma s'épuisait depuis plusieurs jours sur une affaire qui la préoccupait.

« Emma. »

Gardant toute son attention sur son ordinateur, Emma ne l'écouta même pas. Alors Regina s'éloigna, alla préparer un sandwich et remplit un verre de thé glacé avant de retourner dans le salon. Elle posa l'encas sur la table basse, poussa Newton à descendre du canapé pour s'allonger à sa place, ses pieds contre la cuisse d'Emma, sa tête sur un coussin.

« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda Emma, se rendant enfin compte de sa présence.

Elle remonta les lunettes sur son nez et fronça les sourcils.

« Si tu restes là toute la nuit, je reste aussi. Bois et mange, tu es épuisée. »

« Je vais bien. »

« Cette affaire te bouffe, Emma. »

« Je veux juste le retrouver. »

« Ça fait deux semaines. Si tu continues comme ça, tu vas t'écrouler. »

« Je vais bien. Je veux juste retrouver le gamin. »

« Est-ce que tu sais pourquoi il a fugué ? »

« Parce qu'il a vu son père battre sa mère une fois de trop. Je le retrouverai. »

« Mange. »

D'un air distrait, Emma attrapa le sandwich et croqua dedans.

Rassurée, épuisée, Regina s'endormit.

Lorsqu'elle se réveilla, ce fut parce qu'Emma passait doucement une main sur son visage.

« Il est quatre heures. Tu devrais aller dans la chambre. »

« Seulement si tu viens avec moi. »

Avec un petit soupir, Emma jeta un coup d'œil à son ordinateur mais il était clair qu'elle dormait à moitié. Elle hocha la tête et accompagna Regina jusqu'à leur chambre après avoir tout fermé et éteint.

Une fois couchées, Emma se blottit contre l'autre femme et se laissa enlacer avec plaisir malgré la chaleur.

« Je veux juste le retrouver. »

« Il te fait penser à Henry. Et à toi. »

« Sa mère est morte d'inquiétude, ce gamin a un parent qui l'aime. »

« Je ne veux pas que tu te tues au travail. Henry est inquiet pour toi. »

« Je suis désolée. »

« Tu as disparu deux jours, Emma. Tu ne peux pas faire ça. »

« J'étais en panne de batterie, ça n'arrivera plus. Promis. »

Regina déposa un baiser sur son front et la serra un peu plus contre elle.

« Je sais que c'est important. Je veux juste… S'il te plait, sois prudente. »

« Si jamais je dois une nouvelle fois partir suivre une piste, je demanderai à mon père de venir avec moi. »

« Il est policier de Lakewood, il n'a rien à faire à L.A. même s'il suit une piste. »

« Mais il aura une légitimité auprès de ses collègues et un flingue, il pourra m'aider et tout le monde sera rassuré. C'est juste un gamin perdu. Je ne risque pas grand-chose, okay ? »

« Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit. »

« Je sais. »

« Juste… ne brise pas tes promesses. »

Emma déposa un petit baiser dans son cou et ferma les yeux, épuisée.

« Il ne m'arrivera rien parce que tu es là. Et entre toi et le reste de notre famille, j'ai tout le soutien dont j'ai besoin. »

« J'espère que tu le retrouveras. »

« J'espère aussi. »

O

Annonce

« Quoi ? » Regina fronça les sourcils et secoua la tête. « Non. »

« Maman, » se plaignit Henry. « J'ai quinze ans. »

« Et alors ? »

Il soupira et se tourna vers Emma en haussant un sourcil.

« Dis quelque chose ! »

« Tu n'as pas une idée un peu moins originale ? »

« C'est juste une balade à cheval en forêt, je le fais tout le temps ! »

« Jamais seul, » nota Regina. « Et certainement pas avec une débutante. »

« Mais je peux pas y aller avec toi ! » protesta Henry en l'observant comme si elle était folle. « Je veux lui demander de sortir avec moi ! T'imagines ? »

« Je ne préfère pas. Mais tu dois bien pouvoir trouver une idée de rendez-vous un peu moins… »

« Conte de fées-esque ? » compléta Emma.

« C'est juste un pique-nique dans les bois ! »

« Avec des chevaux, sur un sentier non balisé. C'est non, » affirma une nouvelle fois Emma. « Désolée, gamin, trouve autre chose. »

Avec un soupir exaspéré, Henry grommela et se retira dans sa chambre, sans doute dans la ferme intention d'appeler ses grands-parents pour se plaindre.

« Je suis assez surprise qu'il nous ait dévoilé ses plans avant de les mettre en route, » nota Regina en continuant à préparer la salade.

Emma mettait la touche finale à leurs hamburgers.

« Il avait plutôt intérêt. Je n'en reviens toujours pas qu'on ait dû attendre presque deux ans avant d'officiellement rencontrer sa meilleure amie. »

« Etonnant qu'il ne soit pas sorti avec elle plus tôt. »

« Elle lui plaît vraiment. Il est super nerveux à l'idée qu'elle lui dise non et qu'il gâche leur amitié. »

« Elle lui plait depuis qu'il l'a rencontrée, » remarqua Regina. « Ton fils est un romantique. »

« Mon fils ? Comme tu y vas, » s'amusa Emma.

En réalité, elle était toujours un peu vexée. Regina et Emma avait toujours su qu'Henry passait son temps libre en compagnie de Penelope Temple, cette fille qu'il avait rencontrée lors de ses premiers mois à Lakewood et avec laquelle il avait immédiatement sympathisé.

Malgré le fait que Regina et Emma l'avaient souvent déposé en ville, devant le lycée ou à un quelconque autre point de rendez-vous quand les adolescents avaient voulu passer du temps ensemble, Henry n'avait jamais officiellement fait les présentations. Ne l'avait jamais invitée chez eux jusqu'à la semaine d'avant.

Au départ, Emma avait pensé qu'il préférait éviter qu'elle sache qu'il avait deux mères, puisque ces circonstances lui avaient déjà posé problème. Mais elle avait appris que Penny l'avait toujours su. Après, elle avait songé qu'Henry craignait peut-être qu'elle ne les trouve étranges. Ou qu'il avait peur qu'elles ne l'humilient trop, ou qu'elles effraient son amie par des questions trop soutenues. Ce n'était pas un secret que ni Emma ni Regina n'appréciait le paternel de Penny, un homme d'affaires pédant et fourbe.

Mais en réalité, avec l'aide de David et de Snow, elles avaient découvert qu'Henry avait simplement eu peur qu'elles n'approuvent pas Penny lorsqu'elles auraient conscience qu'il souhaitait sortir avec elle.

Ce qui était ridicule, puisque le fait qu'il n'avait jamais cessé d'avoir le béguin pour cette fille avait été très loin d'être un secret d'Etat.

Le pauvre gamin rougissait beaucoup trop facilement.

Penny, qui se trouvait être une jeune fille cultivée mais très réservée, polie, réfléchie et calme, si différente des membres de la famille d'Henry, s'était montrée être une gosse tout à fait plaisante. Même si elle n'arrivait pas à se détendre en leur présence et qu'elle avait tendance à parler un peu trop vite en raison de sa timidité. Son intelligence et la complicité qu'elle partageait avec Henry lui avaient permis de marquer des points avec Regina, et l'absence de toute fibre délinquante chez elle avait rassuré Emma.

Non pas qu'elles ne détruiraient pas la gamine si jamais elle faisait un jour du mal à leur bébé... mais Emma s'égarait.

Penny était une jeune femme aux yeux verts et aux cheveux blonds, au petit sourire lumineux et aux manières impeccables. Elle avait définitivement quelques kilos en trop, mais ce fait ne semblait pas déranger le moins du monde Henry, qui lui en grandissant et malgré le sport qu'il pratiquait ne parvenait pas à être autre chose que grand et sec.

Ils pourraient former un couple adorable, si seulement le gamin n'avait pas la folie des grandeurs en ce qui concernait la planification de sa demande de rendez-vous.

Emma se souvenait de ces choses comme étant bien plus simples à son époque. Une question, un petit baiser et hop, le tour était joué.

Pas la peine de se demander où il était allé pêcher une idée pareille. Entre sa mère et son grand-père…

Des chevaux et un pique-nique, sérieusement ? Ce n'était pas une demande en mariage…

Houlà.

« Err, Regina, tu as toujours tes cartes de crédit, n'est-ce pas ? »

« Oui, pourquoi ? »

« Pas de disparition momentanée ou de dépense étrange ? »

« Non. Qu'est-ce que tu racontes ? »

Emma secoua la tête.

« Rien. Je préférais juste m'en assurer. Connaissant Henry… »

« Quoi ? »

« Ben, les bestioles, le pique-nique romantique… »

« Emma ! » reprocha immédiatement Regina, scandalisée et pas qu'un peu horrifiée. « Il n'a même pas seize ans ! »

« Et alors ? C'est notre fils, celui qui a décidé que partir seul pour Boston pour retrouver une femme dont il ne savait rien sur les simples allégations d'un site internet était une bonne idée ! »

« Vraiment ! »

« Okay, okay ! C'était idiot, je le reconnais. Je suis juste un peu nerveuse, peut-être. »

« Pourquoi ? »

« C'est à son âge que j'ai commencé à sortir, moi aussi. »

« Et… ? »

« Et j'ai fugué et j'ai fini par tomber enceinte à dix-sept ans. »

« Henry est responsable et mature. Il ne lui arrivera rien et il ne fera rien d'inconsidéré, » rassura Regina calmement.

Emma dut s'empêcher de sourire. Le fait que l'autre femme mettait sans aucun doute ses propres peurs entre parenthèses pour elle lui réchauffait le cœur à chaque fois.

« Mais il fera sans doute quelques bêtises. J'espère juste qu'il saura rester le même. »

« Il saura, » assura Regina, avec toute la confiance du monde.

Emma leva les yeux vers elle et se sentit immédiatement mieux.

« Tu crois ? »

« C'est notre fils, » répondit simplement Regina. « Il a appris de nos erreurs. »

« Oui. C'est vrai. »

« Maintenant, nous allons juste devoir espérer qu'il réussira à mettre au point un rendez-vous qui ne nécessite pas de chevaux, d'une décapotable ou d'un dragon. »

« Nous devrions vraiment réduire le temps que David et lui passent ensemble. »

« Ah, tu as cette impression, toi aussi ? »

« Mamans ! » s'exclama Henry en entrant de nouveau dans la cuisine. « J'ai une autre idée, » déclara t-il, de sa voix rauque, toujours changeante.

« Qui est… ? »

« Je vais avoir besoin d'un peu d'argent. »

« Combien ? » demanda Regina en plissant les yeux.

Son fils lui offrit un sourire à fossettes qu'il rendit le plus charmant possible.

« Dix mille dollars ? »

« Mon dieu, » souffla Emma en baissant la tête, incrédule.

« Henry, chéri, je sais que tu es nerveux, mais il y a des moyens bien plus simples pour courtiser une jeune fille. »

« Ce que ta mère essaye de dire, gamin, c'est qu'il te suffit de l'inviter au ciné, comme d'hab, sauf que tu indiques que cette fois-ci ça ne sera que vous deux. Tu choisis un film qu'elle aimera à coup sûr, tu lui payes sa place et ses popcorns, et après le film tu l'invites à se promener avec toi. Et là, tu lui dis simplement que tu la trouves très chouette, qu'elle te plait, et tu lui demandes si elle voudrait bien devenir ta petite-amie. Et c'est tout. »

« Et si elle dit non ? » interrogea Henry avec toute l'inquiétude du monde.

« Alors elle dira non même s'il y a des chevaux ou tout un orchestre ou je ne sais quoi d'autre. Okay ? » interrogea t-elle plus gentiment.

Il dansa d'un pied sur l'autre, visiblement anxieux.

« Okay. »

« Tu ne vas pas passer encore un an à faire comme si tu la considérais simplement comme une amie ? Tu risques de la perdre. Prends le téléphone et invite-là. »

« Okay, » souffla t-il, avant de se diriger vers le couloir. « Okay. »

Emma soupira doucement et se tourna vers Regina.

« Prête à ramasser les morceaux de son cœur si jamais elle lui dit non ? »

« Toujours. Mais elle ne lui dira pas non. Tu as vu comme elle se comportait avec lui au dîner la semaine passée ? »

« Ils sont adorables, à rougir tous les deux. Bon, il faut encore qu'on se décide sur un cadeau pour le mariage de Ruby et Roger. »

« C'est vrai. Tu en as parlé à ta mère ? C'est elle la demoiselle d'honneur. »

« Non, la dernière fois elle était toujours en mode extase et cris aigus. Apparemment, elle aime les mariages. »

« Choquant. »

« N'est-ce pas ? »

O

Babysitting

« Et voilà ! »

Emma fit un pas en arrière, très fière de son travail.

Dans le salon, face à elle, se trouvaient trois enfants propres et bien installés, prêts à faire… ce que des enfants de cet âge faisaient. Max et Joy, respectivement deux et trois ans, se tenaient l'un à côté de l'autre sur l'un des fauteuils faisant face à la cheminée éteinte. Lucia, quant à elle, dormait paisiblement dans son transat, avec toute l'innocence que lui conféraient ses six semaines de vie.

« Vrouuum ! »

D'un geste maladroit, Max faisait allégrement rouler son petit camion de pompier sur l'accoudoir du fauteuil, tandis que la petite sœur d'Emma avait les bras croisés et un air boudeur au visage depuis que lui avait été refusé un gâteau au chocolat.

« C'est lune ! » protesta t-elle, une fois encore.

On ne savait jamais, après tout, des fois qu'Emma oubliait qu'elle était contrariée…

« Nul, » corrigea Emma en levant les yeux au ciel face à la fillette aux boucles châtains clairs et aux grands yeux marron.

« T'es lune ! »

« Oh, joie. Ca va être un long après-midi, pas vrai ? Oh, Regina ! » Son visage s'éclaira en voyant sa compagne entrer dans la pièce. « Enfin ! »

Outre le fait que Joy semblait vouer un culte à sa 'tante' et n'écouter qu'elle, Regina était celle à savoir que faire des enfants lorsque leurs parents les leur confiaient. Non pas qu'Emma était incompétente, mais dans ce domaine elle préférait de loin le rôle de capitaine en second.

« Eh, 'ma, » lança Henry d'un air nonchalant. Il attrapa un soda dans le frigo et le fourra dans son sac. « Maman m'emmène voir les voitures. »

« Pardon ? »

Le jeune homme de presque dix-sept ans sourit en grand, ses yeux pétillant de joie.

« C'est cool, hein ? »

« On va seulement les voir, Henry, » rappela Regina, une chaude affection dans la voix.

Emma lui lança un regard incrédule.

« Maintenant ? »

« Je le lui ai promis. Nous en avons parlé, rappelle-toi. »

« Euh, oui, mais maintenant ? »

« Encore une fois, nous en avons parlé, Emma. »

« Mais vous pouvez pas me laisser ! »

Les deux Mills se dirigèrent vers la porte d'entrée en échangeant un regard amusé.

« Hey, hey ! Sans rire, me laissez pas là ! »

« Désolée, 'ma ! A tout à l'heure, je te raconterai ! »

Leur fils quitta la maison d'un pas enthousiaste. Regina se tourna tout de même vers sa compagne pour lui faire un petit signe d'au revoir.

Et Emma paniqua.

« Tu ne peux pas partir ! »

« Ce n'est pas de ma faute si tu es incapable de lire un agenda. »

« Tu peux pas me laisser toute seule avec les bébés ! »

« C'est toi qui a accepté de garder les filles en sachant que Neal et Tamara nous laissaient Max pendant leur week-end à San Francisco. Tu t'en sortiras très bien. »

« Mais ils sont une armée, Regina ! Une armée ! Ne m'abandonne pas ! »

« Cesse d'être aussi dramatique, » soupira t-elle en levant les yeux au ciel.

Emma l'observa, incrédule.

« Tu vas vraiment me laisser là ? Alors ce qui arrive à ma filleule, à ta filleule ou au petit frère de notre fils ne t'importe pas ? »

Un petit cri de Max poussa Emma à tourner la tête vers les petits. Le garçonnet pleurait doucement, de grosses larmes sur les joues.

« Joy ! Rends son camion à Max et arrête de l'embêter ! »

« A toute à l'heure, Emma ! »

« Regina, ne… ! »

Trop tard. La traitresse était partie. Elle était partie, et l'avait laissée sur le champ de bataille, toute seule.

« Bon, les bébés, c'est vous et moi. Joy Blanchard ! Qu'est-ce que je t'ai dit ? »

O

Le pauvre Max n'avait aucune chance. Lui qui était un enfant doux et silencieux, adorable avec ses traits métis et ses grands yeux sombres. Alors face à la tornade qu'était Joy, il partait perdant.

Le séjour gardait toujours un style spartiate qui permettait d'installer sans problème une grande couverture au sol pour que les enfants puissent y jouer en toute sécurité.

Enfin… en toute sécurité…

Ça, c'était la théorie.

Aucun meuble, aucun jouet, aucun être vivant n'était en sécurité lorsque Joy Blanchard se trouvait dans le coin.

Il ne fallait pas se laisser duper par son air angélique, ses joues roses, son sourire attendrissant. Cette petite princesse-là était une démone.

En tout cas, c'était ainsi que la décrirait Emma si on le lui demandait.

« Joy ! Arrête ça tout de suite ! »

L'enfant leva de grands yeux surpris vers elle et ralentit son mouvement. La voiture qu'elle tenait frappa donc beaucoup plus doucement la poupée déjà abîmée, allongée devant les genoux de la petite tel un sacrifice étalé aux pieds d'une déesse.

« Quoi ? »

« On ne tape pas. Ni les gens, ni les jouets. »

« Mais ze zoue ! »

« Non, Joy. »

La lèvre inférieure tremblante, Joy lança la voiture un peu plus loin.

« Et on ne lance pas les jouets non plus ! » gronda Emma d'une voix ferme, éreintée.

Cela faisait deux heures qu'elle était seule avec les enfants. Elle les adorait. Vraiment. Mais depuis la naissance de leur petite sœur, Joy était passée d'une enfant vive et casse-cou à une petite fille turbulente et difficile.

Un petit gazouillis lui fit baisser le regard sur le bébé qu'Emma tenait tout contre elle. Lucia avait les yeux grands ouverts et semblait l'observer attentivement, ses petits poings bougeaient en rythme avec les sons qu'elle émettait. Emma sourit et embrassa sa joue.

« Espérons que tu restes aussi adorable et calme, » lui murmura t-elle.

Mais ça ne restait qu'un souhait, Emma n'était pas dupe. Joy avait été un bébé à croquer elle aussi, souriante et lumineuse. Oh, elle avait eu tendance à beaucoup pleurer, mais il y avait toujours eu un adulte pour la porter et la cajoler.

Et puis elle avait grandi…

« Emma, rega'de ! »

Max se tenait à genoux devant une petite pile colorée de cubes en plastique. Il brillait de fierté en lui montrant sa tour, et Emma lui sourit.

« Ouah, Max ! C'est super ! »

Du coin de l'œil, elle vit sa filleule observer la construction et loucher sur les cubes posés en vrac sur la couverture.

« Joy, tu veux aider Max à faire sa tour ? »

Toujours boudeuse, la fillette croisa les bras et secoua la tête.

« Je suis sûr qu'il aimerait beaucoup que tu l'aides, tu es plus grande. Hein, Max ? Est-ce que tu veux bien que Joy t'aide à faire ta tour ? »

Le garçonnet jeta un œil à la petite fille, puis lui tendit un cube vert fluo.

« Tu vois ? » encouragea Emma.

Campant encore quelques secondes sur ses positions avec tout l'entêtement d'un membre de la famille Charmant, Joy finit par céder à son envie de jouer et rejoignit Max pour l'aider.

« Eh ben voilà, » murmura son aînée à la benjamine, bavouillant tranquillement dans ses bras. « Il suffisait de… »

Le bruit des cubes se fracassant au sol alerta Emma qui releva la tête à temps pour voir Max commencer à pleurer.

« Joy ! »

O

Pire qu'un conseil municipal…

Pire qu'un combat contre un ogre…

Pire que la guerre…

Le goûter.

« Non, non ! Joy, reste à ta place et ne touche rien ! »

Couverte de chocolat, la petite fille consentit à rester sur sa chaise et sourit, plaquant allégrement ses paumes dans la glace au chocolat étalée sur la table. Amusé par les éclaboussures, Max fit rapidement de même, transformant les alentours en œuvre d'art contemporain.

« Max, non ! »

Emma récupéra rapidement leurs coupelles vides, se demandant s'il n'y avait pas plus de glace sur le meuble que dans le ventre des enfants, et les laissa tomber dans l'évier avant d'essuyer la table.

Les rires joyeux des petits l'auraient sans aucun doute fait sourire si seulement elle n'était pas la responsable d'un tel chaos.

Jetant un regard pour s'assurer que Lucia se plaisait toujours autant sur sa couverture, Emma attrapa des lingettes humides et s'engagea dans une bataille perdue d'avance : rendre Max et Joy présentables.

« Regardez-moi ça, on dirait des petits clowns ! »

« Clowns ! » reprit en cœur Max avec un sourire bien trop craquant.

« Exactement, » souffla Emma.

Ce ne fut qu'à cet instant qu'elle remarqua l'état des vêtements des deux enfants.

« Merde ! »

« Emma Swan ! »

L'ancien shérif se figea et se tourna vers les nouveaux arrivés. Sa mère l'observait, les bras croisés, le regard dur.

« Salut, maman. »

« J'ose espérer que tu n'as pas parlé ainsi toute la jour… Ouah. »

Voyant le regard de Mary-Margaret balayer la pièce, Emma croisa les bras et fronça les sourcils. Des jouets parsemaient le sol, certains cassés, des crayons s'étalaient autour des fauteuils, des bouts de feuilles déchirées pouvaient être trouvés aux quatre coins de la pièce, quant à l'état de la cuisine et de la table…

David souriait de toutes ses dents en observant la scène.

« Tu n'as pas dû nous entendre frapper alors on est entrés, » informa t-il.

« Papa ! » criait Joy en courant à travers la pièce pour sauter dans les bras de leur paternel.

Celui-ci l'accueillit avec un sourire et la porta d'un geste.

« Est-ce que tu as été sage ? »

« Oui ! »

« Non, » corrigea Emma.

« Si ! »

« Non ! »

« Si ! »

« Les filles, » arrêta immédiatement David, ses yeux clairs pétillant d'amusement. « Ça suffit. »

« Emma, tu es couverte de chocolat. »

Soudain éreintée, Emma baissa le regard vers elle et laissa Max lui échapper, même s'il avait toujours son sourire de clown au chocolat. Elle observa sa mère rejoindre Lucia pour l'embrasser et jouer un instant avec ses mains.

« Comment as-tu fait pour te retrouver dans une situation pareille ? » demanda David, Joy toujours dans ses bras.

« Comment j'ai fait ? Demande plutôt ça aux petits monstres qui ont refusé de dormir ! »

« Oui ! » s'extasia sa sœur cadette avec un grand sourire.

« Apparemment quelqu'un s'est amusé. »

« Ils sont épuisants ! »

« Où est Regina ? » interrogea curieusement Mary-Margaret en ramassant les jouets qui traînaient.

« Partie avec Henry. Elle m'a abandonnée. »

« Elle t'a abandonnée ? Emma, ce sont juste des enfants. »

« Excuse-moi, mais as-tu rencontré ta fille ? »

« Elle est un peu hyperactive, mais elle n'est pas si terrible. »

« C'est un démon ! »

Joy tira la langue à Emma avant d'être rabrouée par leur mère, qui sourit à sa fille aînée avec un air un peu trop taquin.

« Tu t'en es bien tirée apparemment. Rien me semble cassé dans la maison et ils ont tous l'air en bonne santé et se sont même amusés. »

« Plus jamais, qu'on soit bien clairs. Plus. Jamais. »

« Nous verrons. Oh, et à ta place, je m'appliquerais à nettoyer tout ça avant que Regina ne rentre. »

Ecarquillant les yeux face à cette idée, Emma bondit sur ses pieds et observa l'état du séjour.

« Trop tard, » lança la voix d'Henry provenant de l'entrée.

Emma se tourna et découvrit l'adolescent qui arrivait, un grand sourire aux lèvres, la situation clairement hilarante de son point de vue.

« Emma, qu'est-ce que tu as fait ? » interrogea Regina en observant leur maison avec incrédulité.

« Mais rien ! Ce sont eux ! » accusa Emma en pointant un doigt vers sa sœur. « Je t'avais dit de ne pas me laisser seule contre l'armée des razmokets ! »

« De quoi ? »

« Ina ! »

Regina se pencha automatiquement quand la petite tornade se jeta contre sa jambe avec trop d'enthousiasme.

« Hey, Joy. Qu'est-ce que tu as fait à Emma, hein ? »

« Rien ! » se défendit l'enfant avec un sourire éclatant, ravie que Regina la prenne dans ses bras à son tour.

Henry avait attrapé son demi-frère pour le guider vers la salle de bains, le nettoyer et changer son sweat. Voyant cela, Mary-Margaret se dirigea vers Regina qui lui tendit Joy.

« Allez, toi aussi, au bain. »

« Non ! » se plaignit immédiatement sa fille, gigotant dans ses bras, les mains tendues vers l'autre femme. « Ina ! »

« Regina sera toujours là quand tu seras présentable, ma chérie. »

« Inaaa ! »

Sans doute un peu perdue, puisque les adultes autour d'elle appelaient sa 'tante' Anna ou Regina suivant les situations, et puisque Regina était de toute façon difficile à prononcer, Joy l'avait toujours appelée Ina. Ce qui arrangeait bien tout le monde, puisqu'ainsi les gens ne connaissant Regina que sous son nouveau nom pensaient que la petite écorchait simplement son prénom.

Les cris de Joy cessèrent vite une fois que mère et fille eurent rejoint Henry et Max dans la salle de bains.

Et Emma préférait éviter de penser au carnage que son adorable démone de petite sœur allait sans doute y faire. Elle se concentra donc sur le plus urgent. A savoir nettoyer le chocolat.

« Arrête de me regarder comme ça. »

Silence. Et bien sûr, lorsqu'Emma leva les yeux, elle vit le sourire amusé et taquin qu'elle avait été sûre de trouver sur le visage de Regina.

Elle soupira lourdement, termina de nettoyer la table et lança l'éponge dans l'évier.

« Regina, » grogna t-elle.

« Je n'ai rien dit. »

« Tu n'as pas besoin de le dire. »

« Qu'est-ce que tu me disais ce matin déjà ? Allez, tous ces enfants, ça va être drôle, Regina. »

« Tais-toi. Et ce ne sont pas des enfants, ce sont des monstres. »

« Mais non, méchante Emma ne parle pas de toi, » dit soudain la voix de David, de ce ton idiot que tous les adultes (sauf Emma Swan) réservaient instinctivement aux bébés et aux animaux. Il berçait Lucia et tenait une de ses mains dans la sienne. « Ce n'est qu'une vilaine grande sœur. »

Levant les yeux au ciel, Emma croisa les bras et le fusilla du regard.

« Lucia est adorable, » concéda t-elle. « Mais elle est encore toute petite. »

« Suggérerais-tu que les gènes de tes parents donnent naissance à des terreurs déguisées en anges ? »

« Bien sûr. » Lorsque Regina haussa un sourcil, ce rictus si sexy aux lèvres, Emma secoua la tête. « Sauf moi, évidemment ! Je ne compte pas. »

« C'est ça. »

« Et si on parlait de notre enfant ? Cette voiture ? Tu ne lui en as pas acheté une, j'espère ? »

« J'ai dit qu'on ne ferait que regarder. »

« Je te connais, comme si tu pouvais lui résister. »

« Je lui résiste très bien. »

« Tu le gâtes. »

« Henry est un jeune homme respectueux et intelligent, il a de bons résultats et n'a jamais d'ennuis, ce qui ne doit pas être dans les gènes. Je ne vois pas pourquoi on lui refuserait plus de choses que ce qui est raisonnable. »

« Bon, très bien, tu ne lui as pas acheté de voiture, je te félicite. »

« Emma… » avertit Regina.

« Il en a vu des biens ? »

« Il te le dira lui-même. »

« Papa, vous restez dîner avec nous ? »

« Si ta mère est d'accord, avec plaisir, merci. »

Lorsque la sonnette retentit, Emma alla ouvrir et laissa entrer Neal et Tamara.

« Hey. »

« Salut. Max est prêt ? »

« Bientôt, Henry l'a emmené se changer. Un petit accident avec du chocolat. »

Alors que Tamara allait rassembler les affaires de son fils avec l'aide d'Emma, Neal, lui, s'approcha de David pour observer curieusement le jeune bébé qu'il tenait.

« Encore une fille, hein ? » dit-il avec un sourire.

David hocha la tête, l'image même du père éclatant de fierté.

« Eh oui. J'aime être entouré de jolies femmes, » confirma t-il.

« Lucia, c'est ça ? C'est charmant. »

« Merci, » s'amusa David. Il observa l'air fasciné de Neal. « Tu veux la tenir un peu ? »

« Je peux ? Parce que j'ai entendu dire que ce ne serait pas gagné. Non, non, je plaisante ! Passe-la moi. »

Prudemment, le bébé changea de main et gazouilla doucement.

« Salut, toi. »

David haussa un sourcil.

« Tu n'aurais pas envie de remettre ça ? »

L'autre homme se figea, puis lança un regard alentours pour voir que les femmes étaient occupées avec les enfants.

« J'aimerais bien, » confia t-il. « Mais Tam n'est pas sûre. Avec le prix du loyer à New York, prendre un plus grand appartement serait compliqué. Et puisque la première grossesse a été difficile… »

« Ça ne vous dirait pas de vous rapprocher ? Vous pourriez trouver du travail en Californie. »

Neal haussa les épaules.

« Mon contrat se termine dans six mois. L'idée m'a traversé l'esprit plus d'une fois. Ce serait bien d'être plus proche d'Henry. On pourrait passer plus de temps ensemble. Il verrait plus Max. Et vous ? »

« Nous ? »

« Un quatrième ? »

« Oh non, » s'amusa David. « On va s'arrêter là. Et puis Snow m'a déjà prévenu que si j'en voulais un autre, je devrais porter le bébé et accoucher. »

« Papa, salut ! »

« Hey, gamin, » sourit Neal en tendant Lucia à son père pour se tourner vers Henry. « Alors, ces voitures ? Raconte-nous. Et est-ce que je vais enfin la rencontrer, cette petite-amie ? »

O

Eternel

Parfois, Emma n'arrivait pas vraiment à croire la vie qu'elle vivait.

Regina, qui était et serait toujours là. Ses parents et ses sœurs, à une demi-heure de voiture. Ses amis, à Storybrooke, qu'elle voyait régulièrement. Neal, Tamara et Max, à San Francisco. Aucun souci d'argent et plein de temps libre pour enfin, enfin profiter de la stabilité et de l'amour et de la famille.

Et Henry. Henry qui serait bientôt un homme indépendant. Henry, dans sa dernière année de lycée, charmant, et maladroit, et profondément bon.

Emma ne l'avouerait jamais à voix haute même si tous ses proches le savaient pertinemment, mais elle aurait pu s'évanouir de soulagement lorsqu'il leur avait confié vouloir s'inscrire dans une fac en Californie.

Présentement, il était en ville avec Penny et des amis. Heureux et fier et confiant en l'avenir.

La maison était silencieuse, plongée dans la pénombre, et Emma se tenait debout dans le séjour. Elle observait autour d'elle, s'amusait à noter les différences entre cet intérieur et celui qu'elle avait découvert des années plus tôt. Il y avait un peu plus de meubles. Des photos de famille, très peu, mais tout de même présentes. Des souvenirs et un peu de bazar çà et là.

Comme Emma qui n'avait plus jamais ressenti le besoin de fuir ou de se cacher, le besoin obsessionnel de Regina de tout contrôler dans son environnement s'amenuisait d'année en année.

Et c'était une excellente chose, non ?

Elle était sur le point de grimper les marches qui menaient au couloir lorsqu'un petit grattement la fit sursauter. Ses yeux se braquèrent plus loin, vers les vitres de la cuisine, et elle leva les yeux au ciel avant d'aller ouvrir la porte-fenêtre.

« Allez, entre, la bestiole. »

Newton ne se fit pas prier. Depuis le décès d'Edwin l'année passée, le chien vieillissant passait plusieurs nuits par semaine chez eux. A croire qu'il y avait encore moins d'habitants qu'avant dans le quartier. Ou tout simplement que le chien avait une nette préférence pour leur maison.

Hey, Emma ne serait pas celle à le contredire. Leur famille était plutôt géniale.

Elle suivit le chien jusqu'à la bibliothèque. Une douce musique sortait des haut-parleurs et Regina était justement en train de terminer l'appel qu'elle avait reçu. Elle posa son mobile sur le bureau et sourit à Emma.

« Quoi ? »

« Rien, » répondit doucement Regina.

Puis elle s'approcha d'elle, ses pieds nus ne faisant pas un bruit sur le sol, et lui tendit une main.

« Danse avec moi. »

« Ce –ce n'est pas une très bonne idée, » protesta Emma sans pouvoir s'empêcher de poser sa main dans la sienne. « Tu sais bien que j'ai aucune coordination. »

Avec un doux sourire, Regina l'attira à elle et passa ses bras autour de sa taille.

« Je ne te demande pas de participer à un concours, » s'amusa t-elle avant de déposer un petit baiser sur sa joue. « Bouge juste tes pieds. Sans écraser les miens. »

Puisqu'il y avait des endroits bien pires où être que dans les bras de son Amour Véritable, Emma consentit à passer ses bras autour de Regina et à lui accorder ce slow. Elle posa son menton sur son épaule et vit du coin de l'œil Newton se coucher sur un tapis plus loin.

« Laisse-moi deviner, » commença Regina d'un ton bas et rauque au creux de son oreille, ce qui envoya toute une armée de frissons le long de la colonne vertébrale d'Emma. « Il a forcé la serrure ? »

« Cette bestiole est un vrai ninja, » acquiesça Emma avec un sourire, sachant que Regina ne pouvait la voir.

Comme si ça changeait quelque chose.

« Et le ninja est ton meilleur ami. »

« En aucun cas. Ma meilleure amie est dans mes bras. »

« Adorable. Adorable, mais ça ne retire rien au fait que tu as appris à aimer Newton. »

« Comme un plumeau plein de poussière qui ne m'évoquerait que le dégoût et l'envie de le jeter par la fenêtre. »

« Menteuse. »

« Oh, tu me voles mon superpouvoir, maintenant ? »

« Il n'a jamais marché correctement. »

« On ressasse le passé ? »

« Non. Je préfère profiter du présent. »

Avec un petit rire, Emma hocha la tête. Si danser signifiait juste bouger lentement et serrer Regina contre elle, elle ne serait pas contre le faire bien plus souvent.

« Après la remise des diplômes, on devrait partir. »

« Partir ? » interrogea Regina.

« Oui. Faire un voyage. Tu as dit que tu avais des gens à me présenter au Burkina ? »

« C'est le dernier été avant qu'Henry ne parte. »

« Tu dis ça comme s'il n'allait jamais revenir. On le verra tout le temps. Et ai-je dit qu'on partirait sans le gamin ? On fait toujours un voyage par an tous ensemble. A moins que tu ne veuilles pas me partager ? »

« En temps normal, je répondrai par l'affirmative, mais un voyage en famille me semble une excellente idée. »

« Et le gamin a toujours voulu voir l'Afrique. »

« Et Emma Swan a toujours voulu voir les girafes dans leur élément naturel. »

« Si on pouvait faire un détour, je n'aurais rien contre. »

« C'est noté. »

« Génial. »

Emma ferma les yeux et se laissa aller pendant quelques minutes, profitant de ce moment de tout son cœur, tout en ayant la certitude qu'il serait très loin d'être le dernier.

« Regina ? » murmura t-elle, presque paresseusement.

« Mmh ? »

« Je t'aime. »

« Je sais. »

Avec un soupir amusé, Emma se força à ouvrir les yeux et à se redresser pour pouvoir plonger son regard dans celui, pétillant, de l'autre femme.

« Hey, » reprocha t-elle immédiatement.

« Quoi ? »

« Tu prends de mauvaises habitudes. »

« Oh ? »

« Très bien, » sourit Emma avant de la lâcher et de faire un pas en arrière.

Regina tendit immédiatement la main pour attraper son bras et l'attira une nouvelle fois à elle.

« Non, non, non ! D'accord ! » Elle posa son front contre celui d'Emma et lui sourit, son regard dans le sien. « Je t'aime, Emma. »

« Bien. »

« Heureuse ? »

« Oui. Merci. »

Elles dansèrent ainsi un moment, leurs mouvements si petits et si lents qu'il devait être difficile de les discerner de l'extérieur de leur bulle. Lorsque la musique changea une nouvelle fois, Emma inclina légèrement la tête et ses lèvres effleuraient juste celles de Regina quand un petit clic la fit sursauter.

Elle redressa la tête pour voir leur fils, un sourire aux lèvres, contempler la photo qu'il venait de prendre sur son portable.

« Henry ! »

Impossible de dire ce qui l'agaça le plus en cette seconde : le baiser et le moment avortés, ou la prise de photo.

« Désolé, » s'excusa immédiatement le jeune homme, son regard brillant et un grand sourire aux lèvres. « J'ai pas pu résister. Vous êtes adorables. »

« Donne-moi ce téléphone. »

« Trop tard. J'ai déjà envoyé la photo à grand-mère, elle va adorer. »

« Quoi ? »

Emma serra un peu plus sa compagne pour la calmer et leva les yeux au ciel.

« Tu viens de perdre ton cadeau de fin d'études secondaires, mon fils, » avertit-elle.

« Oh, allez, vous êtes trop belles ensemble pour le cacher. J'ai le droit d'être fier de vous avoir comme parents, non ? »

Emma ouvrit la bouche, la referma, puis jeta un regard noir à Regina.

« Tu vois ? C'est de ta faute si ton fils sait se sortir de ses mauvais pas rien qu'avec quelques mots et un sourire enjôleur. »

« Je crois plutôt que c'est son côté charmant. »

« Excuse-moi, mais je te signale que tu fais partie de cette famille, toi aussi. Et oui, il est temps que tu le réalises. Gamin, viens ici tout de suite et explique à ta mère tous les tenants et les aboutissants de son intégration à la famille. »

Avec un sourire amusé, Henry s'approcha d'elle, déjà plus grand que ses mères. Il hocha la tête, se tourna vers Regina et ouvrit la bouche.

« Pas un mot, » avertit celle-ci immédiatement en levant un doigt vers lui. « Il est absolument hors de question que je sois intégrée ou je ne sais quoi à cette partie de la famille. »

« Trop tard, » railla Henry. « Quelques années trop tard. »

« Et ne dis pas ça, tu briserais le cœur de mes parents. Et n'oublie pas tes nièces, hein ? Nos filleules te placent apparemment tout en haut du panthéon. »

« Lucia a à peine un an. »

« Et elle t'adore déjà. Si elle ne me faisait pas autant de sourires, je crois que je serais jalouse. »

« Vous êtes ridicules. Tous autant que vous êtes. »

« Et tu nous adores, » sourit Henry. « Et maintenant, est-ce que je peux avoir une danse ? »

Regina leva les yeux au ciel mais prit la main de son fils dans la sienne.

« Juste une, hein ? » avertit Emma. « N'essaye pas de me piquer ma cavalière, gamin. »

« Tu n'as qu'à danser avec Newton. »

« Sale gosse ! »

« Ne t'inquiète pas, Emma, » rassura Regina avec un magnifique sourire. « Je te réserve toutes les autres danses. »

« Yay ! Tu entends ça, gamin ? »

« J'entends, j'entends. Aucune surprise là-dedans. Maintenant tais-toi, et laisse les pros danser. »

« Adorable. »

Emma s'éloigna pour s'asseoir sur une méridienne (et le fait que Newton se trouvait couché au pied du meuble n'avait absolument rien à voir dans son choix, d'accord ?). Elle sortit son mobile de sa poche, observa un instant sa famille danser gracieusement, murmurant doucement des mots qu'elle n'entendait pas clairement mais qui agrandissaient leurs beaux sourires, et soupira de bien-être.

Elle ne manqua pas de prendre deux ou trois photos, d'en envoyer une à Mary-Margaret et de choisir immédiatement laquelle elle ferait encadrer.

Il y avait simplement des choses qui méritaient d'être immortalisées.

Et d'autres, comme l'amour dans son cœur, qui n'en avaient pas besoin.

Parce qu'il ne s'éteindrait jamais.

O

Fin (la vraie, cette fois).


Petite note :

En ce qui concerne les prénoms des personnages importants, comme ici les bébés, je ne les choisis pas vraiment au hasard :

Joy Blanchard

(ce prénom signifie « joie, bonheur » en anglais)

Lucia Blanchard

(dérivé du prénom Lucius qui vient du latin lux « lumière » comme Luce, Luke, Lucy, Lucas, Lucien… J'avais choisi Elora, dérivé de Eleanor qui en grec veut aussi dire « lumière », mais ça sonne trop comme Emma)

Max Cassidy

(dérivé du latin Maximus « le plus grand » comme Maxence, Maxime, Maximilien, Maxandre, Maxine,…) – je vois bien Neal prénommé son fils ainsi.


Un petit mot pour conclure cette aventure ?