Chapitre six

Les chevaux étaient lancés au triple galop. Nerhoear avait simplement dit « il faut se dépêcher ». Nariel n'était pas tranquille. Elle voyait l'homme qu'elle aimait se réveiller en hurlant, devenir nerveux. Lui ne disait rien, mais cela ne la soulageait pas, bien au contraire.

Ils virent au loin les murs de la cité d'Edoras, et le palais d'or juché à son sommet. Nerhoear poussa une exclamation.

- La porte…

Nariel regarda avec attention. La porte avait été enfoncée, et gisait en morceaux. Ils franchirent à cheval les trois cents mètres qui restaient jusqu'à Edoras, puis Nerhoear se pencha et examina le sol avec attention.

- Des hommes, très nombreux. Il n'y a aucune trace de lutte, ils n'ont pas rencontré de résistance.

Nariel prépara son arc et ils descendirent de cheval.

Un silence pesant régnait sur le village. Les portes des maisons avaient pour la plupart été forcées. Ils avancèrent avec précaution jusqu'aux marches du palais, sans rencontrer la moindre forme de vie. Nerhoear poussa les portes ouvragées et ils pénétrèrent dans la salle du trône, aussi silencieux qu'un temple.

- Ils ont fuit, dit Nerhoear. Ils savaient qu'ils allaient être attaqués.

- Fuit ? Répéta Nariel. Où ? A Fort-le-Cor ?

- Probablement. Nous devons y aller.

Ils ressortirent, lorsqu'une flèche vint se planter dans la porte en frôlant la tête de Nerhoear. Nariel banda son arc mais une voix retentit :

- Je ne ferais pas ça si j'étais vous.

Aussitôt, une vingtaine d'hommes armés d'arc sortirent des maisons, leurs flèches pointées sur eux. Un homme baissa son arc et s'approcha de Nerhoear.

- Lâchez vos armes, dit-il.

Nerhoear lui lança un regard mauvais à l'homme, puis jeta sa lame. Nariel posa son arc, puis prit la main de Nerhoear.

- Votre couteau, dit l'homme avec un sourire mauvais.

Nerhoear grimaça et sortit son couteau de sa ceinture.

- L'autre aussi, ajouta l'homme.

L'elfe secoua sa manche droite et un autre poignard tomba dans sa main. Il le laissa tomber à terre, puis un autre archer s'approcha et récupéra leur équipement. Nerhoear pencha la tête vers Nariel et murmura :

- Ce serait peut-être le moment pour un petit tour de magie ?

Nariel hocha imperceptiblement la tête.

On entendit un léger crépitement, puis un mur de flammes apparu, séparant les deux elfes des hommes. Nerhoear prit Nariel par les épaules et ils se précipitèrent dans le palais.

- Il y a une autre issue ? demanda Nariel.

- On va faire comme si, répondit Nerhoear en se précipitant dans une chambre.

Il s'approcha d'un mur et le toucha.

- Ils sont en bois. Tu peux essayer de dégager un passage ?

- Je risquerais de mettre le feu à tout le palais, dit-elle avec nervosité.

Nerhoear la regarda.

- Je t'en prie, essaye. Tu peux contrôler les flammes, tu pourras sans doute les arrêter aussi.

Nariel se concentra un moment, puis une flamme apparut, créant un trou dans le mur de bois. Elle fit un geste de la main et le feu s'éteignit. Ils passèrent par le trou, puis passèrent par-dessus le mur d'enceinte de la ville. Nerhoear montra du doigt un bosquet et ils le rejoignirent le plus vite qu'ils purent.

Lorsqu'ils furent à l'abri sous les arbres, Nerhoear s'effondra dans l'herbe et calma sa respiration. Nariel jeta un regard sur la cité et vit des cavaliers sortir de la ville et se disperser dans les environs. Elle s'accroupit et poussa un soupir de soulagement.

- Qu'est-ce qu'ils faisaient dans la ville ? demanda-t-elle. Ils n'attendaient quand même pas qu'Eomer et ses hommes reviennent…

- Non, dit Nerhoear. C'est nous qu'ils attendaient.

Nariel se retourna et son visage eut une expression de surprise.

- Comment le sais-tu ?

Nerhoear prit une grande inspiration puis dit :

- J'ai vu quelqu'un qui semblait être leur chef dans mon rêve. Il savait que nous allions à Edoras. Il a du envoyer ces hommes pour nous chercher.

Nariel le dévisagea avec une expression stupéfaite.

- Ton rêve ?...

- Je sais, c'est assez incroyable mais…

Il posa ses mains sur son front. Il ne savait plus vraiment quoi faire, ni que croire. Il se releva puis dit :

- Nous devons retourner à Fondcombe au plus vite. La bataille qui s'annonce va nécessiter toutes nos forces.

- Mais nous sommes à des kilomètres de notre destination, sans monture, et sans armes.

Nerhoear fit quelques pas vers la lisière de la forêt.

- Il y a un petit village plus au Nord… dans le Snobourne. Je connais quelques personnes là-bas. Ils pourront nous aider.

- Alors dépêchons-nous. Ils vont finir par nous trouver si nous restons là.