A titre d'indication: sur la fin, les paroles rapportées entre guillemet sont des pensées. Il y a un autre détail de narration à saisir mais je ne pense pas qui perturbe la lecture.
Fuck U
Formule algébrique, agrégat dissonant de chiffre et de lettre je vois d'absurde x fricoter avec les lèvres ouvertes d'amples parenthèses, je discerne les vas et viens – retour à la ligne – dans un orifice d'égalité, tout ces plus qui unissent les corps ou ces moins qui les séparent sans concession. C'est un imprimé noir qui se répand de semence sur toute la blancheur du tableau – turgescence d'arbre géométrique lorsque se concrétise la formule vers la forme. Tout ça n'est qu'un coït d'hippopotame dressé à la droiture – la cravache et le fouet ne sont pas loin...
-Monsieur McCormick, pouvait vous venir résoudre le problème au tableau ?
Je lève la tête de mon gribouillis prosaïque. Les mathématiques en muse littéraire... quelle blague ! Le professeur me regarde, l'œil critique, sans doute croit-il de mon inattention. Il n'est pas vilain garçon pour un enseignant de math... loin des stéréotypes de vieil homme aigri à lunette il est plus proche d'une menthe religieuse – sadisme compris – qu'une mouche centenaire.
Montre moi tes mandibules et je te dirais quel insecte tu es : Il a une mâchoire aussi marqué que ces cours de géométrie, couvant l'engeance d'une langue élégante mais claquante – tic d'agacement, ça fait vingt et une fois qu'elle vient frapper son palais depuis le début du cours -, tout cela orchestré d'une voix épaisse, un peu brut mais drapé de passion intellectuel. Je souris à son regard fixe, ce sourire mi figue mi raisin qui me caractérise : on ne sais jamais si je me montre aimable ou si je me fou de la gueule des gens. Je me rend au tableau et commence une introduction d'arithmétique. Pour le moment rien est faux, et je sais que ce cher professeur fulmine muettement de s'être tromper sur mon compte. Après, ce n'est que l'application d'un schéma froid et répétitif, pas si loin de l'acte sexuel où les positions et les partenaires en sont les variantes...
Soudain les hauts-parleurs installés dans tout le lycée résonnèrent bruyamment :
« Kenny McCormick est demandé au bureau du proviseur, Kenny McCormick »
Instant de suspend. Le velleda est à quelque millimètre de la surface du tableau, prés à rédigé une nouvelle ligne de calcul. Mon cerveau tourne en deux fois... « Formule mathématique » et « Qu'est-ce qu'on me voulait encore ? ».
-Allez y Monsieur McCormick je vais finir pour vous. Vous vous êtes bien débrouillé, un autre problème vous attend sans doute ailleurs.
-Merci professeur.
Je pose le velleda et me dirige vers la porte, je sens les regards curieux de mes camarades tourné vers moi. Stan et Kyle parmi eux m'encourage du bout des lèvres.
Je sors. Couloir vide. C'est une heure de flottement où toute la vie d'un établissement scolaire est cantonnée dans ses quartiers, son administration ou ses salles de classe; c'est ce moment de désert et rien ne circule. J'entends mon propre pas frotter le sol et ma respiration blinder ma cage thoracique. J'entre dans l'administration, une secrétaire me sourit faiblement m'indiquant de m'installer dans la salle d'attente jouxtant avec le bureau du proviseur. Cette pièce est a gerbé... Les murs supporte un papier peint vert crapaud d'un autre temps, des sièges rembourrés couleur acajou englobe l'espace, deux tables noires où l'on voit les striures du kit d'assemblage sur chacun de ses modules supportent le poids de déchet pseudo-pédagogique. Je ne suis pas le seul interpellé, déjà deux têtes sont enfoncés dans les sièges. Et là, devant la porte du proviseur, avec le majeur dressé à l'adresse de celle ci et la main libre posée sur la poignée, Craig se tient immobile, mâchant ses mots entres les dents; je les entends crisser, ou bien gargouiller comme du chewing-gum. L'œil mauvais qui ignore son environnement, focalisé entièrement sur l'objet de sa haine. Fusil au fond des orbites, un maquisard sous des paupières, Craig passe le seuil. Je voyais les jointures blanchies de ses phalanges par l'effort de la poigne lâcher prise...
C'était un oiseau de proie qui avait lâcher son perchoir.
-Monsieur Tucker... C'est une mauvaise habitude de vous voir dans mon bureau. Vous avez encore envoyer trois de vos camarades à l'infirmerie [...]
« Seulement des bâtards Monsieur le proviseur. » Se contenir, subir, prendre sur soi. Un rocher devant une mer déchaînée.
-Cette fois-ci je ne peux pas laisser un tel déchargement de violence impuni […]
« Il y a un air sur votre visage que j'aimerai casser. » Ce sourire si faux, le prétexte est si parfait.
-Alors Monsieur Tucker, qu'est-ce que c'était cette fois-ci ? Ils sont venu « vous emmerder » ? Ce n'est pas le Vietnam ici, Rambo ce n'est pas vous vous n'êtes rien du tout mon garçon, les bêtes on les enferme [...]
« Je ne peux pas croire être fait de la même matière organique que toi... que l'on finira dans la même poubelle... tu n'es qu'une ordure une ordure. Si j'avais un vœu se serait mon poing enfoncer dans ta figure... »
-Et bien je pense qu'un mois d'exclusion et la disciplinaire vous remettra les idées en place […]
« Prit Dieu que ma voix précède mon poing, prit Dieu que ma langue fauche les insultes et vous remercie en beauté. »
-Monsieur McCormick ?... Je ne vous est pas permit d'entrer dans mon bureau...
Il y a une pression sur mon épaule, une main familière, et dans mon dos ce visage solaire que je n'ai pas besoin de voir pour sentir la force de ses rayons. Mes mains se desserre tout naturellement, mes griffes rentrés. L'homme est un loup pour l'homme et Dieu à fait l'ami pour être son berger salvateur. L'âme plus légère quand on ne se sent pas seul. Je me retourne, écarte la main de Kenny en lui intimant un bref mouvement de tête, puis je me casse, enfonçant fermement mes mains dans les poches de ma veste.
« De toute manière, allez vous faire foutre. »
