Pour changer un peu, je suis en retard pour poster ce chapitre… *soupir*
MAIS… ! Hé hé… Pour me faire pardonner et comme petit cadeau de Nowel, je vous offre un chapitre plus long que d'habitude, bourré de révélations, et en plus… Ce chapitre était en réalité sensé être beaucoup plus long, mais finalement, j'ai décidé de le couper en deux… Tout ça pour dire que le treizième chapitre est en fin de rédaction… !
Voilà… En ce premier jour de 2009, je voulais tous vous remercier pour le soutien et l'intérêt que vous portez à ma fic qui… fête ses un an aujourd'hui. Eh oui, j'avais commencé à la rédiger à la main il y a exactement 365 jours… Pfiou, elle en a fait du chemin la petite… !
Merci à tous les lecteurs, tous les reviewers qui se donnent la peine de m'écrire un petit mot d'encouragement à la fin de chacun de mes chapitres… Si vous saviez comme ça me fait chaud au cœur qu'en j'en reçois un… ! N'hésitez donc surtout pas…
Je voulais également vous souhaitez à tous une excellente année 2009 bourrée de yaoi, cela va de soit… ! XD
… Raah, ça va, ça va, place au chapitre donc… XD
Bonne lecture et merci encore !
Chapitre douze : Animal I have become
Dans le bus, le jeune homme avait appuyé sa tête contre la vitre, s'empêchant de regarder le paysage défiler devant ses yeux sombres.
Tout ça, c'est du passé, maintenant.
D'après les indications des deux jumeaux, il devrait sortir au prochain arrêt, ouais, au prochain arrêt, et l'autre n'habitait pas trop loin de ce dernier. Il avait beau encombrer sa tête avec toute sorte de pensées, mais rien à faire. Elle revenait irrémédiablement… dessus.
Il observa un instant ses doigts tremblants. Se pourrait-il qu'il soit déjà… en manque ? Peut-être. Il s'en fichait. Il voulait simplement arriver au plus vite chez l'autre, l'autre qui saura lui refiler ce qu'il veut.
Il réajusta la veste sur ses épaules ; étrange, elle lui semblait plus petite que la dernière fois. Il fronça les sourcils en observant les manches.
Il avait pris une jaquette… orange ?!
Il était tellement ailleurs en sortant de chez lui qu'il n'avait même pas fait attention. Il n'avait jamais eu de veste d'une couleur aussi horrible ; comment…
Il soupira d'ennui devant les pensées aussi ridicules les unes que les autres qui lui traversaient l'esprit alors qu'il descendait du bus et se mettait en marche. Il regarda un instant autour de lui, complètement dépaysé en pleine campagne ; il n'aurait jamais pensé qu'il puisse y avoir autant de verdure à à peine une dizaine de kilomètres de Konoha, mais après tout, il s'en fichait. Il se dirigea rapidement vers la seule ferme délabrée aux alentours ; effectivement, comme l'avaient dit les deux jumeaux, il ne pouvait pas se tromper.
- … T'as fait plus vite que ce que je pensais.
Planté devant l'entrée, Sasuke déglutit doucement devant le sourire narquois que son interlocuteur affichait, les petits yeux émeraude ne cillant pas devant ses onyx.
- Mais je t'en prie… Si tu veux bien te donner la peine d'entrer.
Le jeune homme aux cheveux de neige se retira du passage avec une petite courbette ridicule, faisait bruyamment soupirer Sasuke. Ce dernier ne se le fit pas dire deux fois, content malgré lui de pouvoir s'abriter de la pluie, ainsi que… d'autres choses.
Il fronça légèrement les sourcils en pénétrant un peu plus dans la pièce unique, se raidissant légèrement en entendant l'autre refermer la porte dans son dos, un mauvais pressentiment l'envahissant. Il chassa vivement ses pensées en regardant autour de lui ; un canapé miteux, une vieille table, une chaise à laquelle il manquait un pied, voilà les seuls objets qu'il trouvait.
- Fais pas attention au désordre, hein.
Son vis-à-vis partit dans un petit rire cristallin.
- J'ai pas grand-chose, continua-t-il. J'ai dû quasiment tout vendre quand je suis entrée dans le milieu et le reste y est passé pour payer mon traitement. Heureusement que l'on trouve toujours des alternatives à l'argent…
Il s'interrompit, décochant un sourire au noiraud qui le toisait avec la plus profonde exaspération.
- Kimimaro… commença Sasuke, se retenant de dire qu'il se fichait des états d'âme de son vis-à-vis comme de l'an quarante. Qu'est-ce que je fous ici ?
Son interlocuteur partit dans un nouveau rire avant de prendre place sur le divan, sortant une boîte à chaussures de derrière ses pieds. Il la posa sur ses genoux avant de l'ouvrir, faisait lâcher une petite exclamation à Sasuke.
Il y avait dans la boîte une dizaine de flacons et de petits sachets, certains contenant divers liquides transparents, d'autres des gélules de formes et couleurs variées, et d'autres encore des plantes étranges et des champignons séchés.
Mais ce qui retint le plus l'attention de Sasuke était de petits carrés d'aluminium pliés que brandissant Kimimaro, un sourire en coin.
- Tu es venu chercher ceci, bien sûr.
Sans qu'il ne puisse se contrôler, le bras de Sasuke s'était tendu en direction de la main de l'autre, avançant lentement comme happé par le contenu des petits papiers finement pliés.
- Non, non, non, Sasuke… siffla Kimimaro lorsque le noiraud s'apprêtait à lui prendre le poignet. Pour ça… il va falloir payer.
Il ponctua sa phrase par un baiser furtif qu'il déposa sur la braguette de Sasuke.
Ce dernier écarquilla violemment les yeux, complètement paralysé par les dires et le geste de son vis-à-vis.
- … Je te demande pardon ?…
Il baissa son regard profondément mauvais sur l'autre en dessous de lui.
- Qu'est-ce que tu croyais, Sasuke ? Tu trouves que j'ai une gueule d'adhérent à l'Armée du Salut ?
Le noiraud ne cilla pas, soutenant toujours le regard visiblement amusé de l'autre.
- T'as dit dit que tu voulais m'aider parce que t'avais une dent contre mon… frère.
- … Et tu m'as cru ?
Kimimaro éclata bruyamment de rire en voyant le visage de l'autre blêmir légèrement.
- Putain ! continua-t-il entre deux rires. Je sais même pas à quoi il ressemble, ton frangin… ! Ha ha, t'es vraiment trop naïf, toi… !
Il tira vivement Sasuke pour l'asseoir à ses côtés.
- C'est mon maître qui m'a dit de te dire ça, moi, j'en ai rien à branler de toi… !
Calmant graduellement son fou-rire, l'homme aux cheveux de neige sécha ses larmes… mais Sasuke ne le regardait pas. Il s'obstinait furieusement à fixer un point invisible au fond de la pièce, la bouche entrouverte.
On l'avait piégé. On l'avait bel et bien piégé. mince.
mince…
Je connais Kimimaro, je sais ce qu'il fait et surtout pour qui il travaille. Tu t'aventures sur un terrain très dangereux, Sasuke.
Kakashi avait eu raison depuis le début.
Alors qu'il sombrait progressivement dans le désarroi, une pensée l'intrigua soudainement. Il fallait qu'il sache, qu'il découvre pourquoi, et surtout, il ne voulait pas savoir avec quel paiement il allait devoir donner en contrepartie de ses doses. Il devait penser à autre chose.
- Kimimaro… Tu connais Hatake Kakashi ?
Le sourire mourut instantanément sur les lèvres de l'autre, ses yeux s'arrondissant d'ahurissement. Quelques secondes de silence passèrent avant qu'il ne réponde :
- Tu… Tu me demandes si je connais Kakashi-sensei… ? E… Evidemment que je le connais…
Il s'affala contre le dossier de son canapé rongé aux mites, son regard se perdant dans le vide. Interloqué, Sasuke lui demanda pourquoi il l'appelait « professeur ».
- Pourquoi on l'appelait « sensei »… ? continua Kimimaro, l'air de se demander de quelle planète venait Sasuke pour ne pas savoir. Putain… Parce que ce mec était notre modèle à tous, celui à qui nous voulions tous ressembler… !
Il secoua la tête, un sourire d'enfant naissant sur ses traits alors qu'il se laissait visiblement envahir par la nostalgie.
- Ah ! putain ce qu'il était barge, ce type ! Complètement fêlé… ! On voulait tous être comme lui, pouvoir tous se rapprocher de la pureté divine qu'il incarnait… on voulait tous… être des anges… comme lui…
Les doigts de Kimimaro s'étaient mis à caresser des formes imaginaires devant ses yeux pétillants d'émotion… finissant de sortir Sasuke de ses gonds alors que ce dernier explosait :
- Je comprends que dalle ! Qu'est-ce que tu racontes comme conneries ?!
Déviant progressivement son regard dément sur le noiraud, Kimimaro resta plusieurs secondes à l'observer, bouche entrouverte et yeux écarquillés. Progressivement, les coins de ses lèvres se mirent à se surélever avant de former un rictus mauvais.
- Ne me dis pas… qu'il ne te l'a jamais dit… ?
- Jamais dit quoi ?!
Un petit spasme traversa le corps de Kimimaro alors qu'il laissait échapper une petite exclamation de dédain. Il s'approcha alors de l'oreille de son vis-à-vis avant de murmurer avec douceur :
- Hatake Kakashi… C'était un putain de toxicomane… !
XXXXX
Voilà bien plus d'une heure que le brun s'était endormi sur la cuisse de son ancien pupille, les paupières lourdes de toutes les larmes qu'il avait versées en ouvrant son cœur à Naruto. Ce dernier avait sa main posée sur le côté du cou d'Iruka, caressant doucement son visage du pouce, mais son regard était perdu dans le vide. Il réfléchissait.
Il n'avait jamais réellement compris les liens qui unissaient son ancien tuteur à Kakashi, mais aujourd'hui, Iruka lui avait tout raconté, il lui avait ouvert son cœur pour y laisser d'écouler sa souffrance, cette souffrance qu'il ne pouvait désormais plus endurer seul. Il avait pleuré sur l'épaule de Naruto, racontant ce qu'il s'était passé la veille entre Kakashi et lui, la façon dont il s'était si stupidement fait avoir en avouant ses sentiments, la manière dont l'écrivain l'avait violemment rejeté après toutes leurs années de promiscuité intime, sanglotant qu'il aurait dû se taire, qu'il aurait dû continuer à endurer, et qu'ainsi, peut-être, il aurait encore été enfoui au creux de ses bras… avant de basculer progressivement dans ceux de Morphée, épuisé.
Naruto l'avait écouté sans poser de questions, heureux de pouvoir à son tour aider son tuteur qui avait toujours été présent pour lui depuis plus de dix ans, mais cependant… il avait du mal à comprendre.
Iruka, fou amoureux de l'écrivain, n'avait jamais osé avouer ses sentiments en sachant qu'il se ferait irrémédiablement repousser, pourtant… il continuait de le voir régulièrement, justifiant cela en disant que, ma foi, c'était la seule preuve d'affection qu'il pouvait recevoir de Kakashi, que c'était le seul moyen qu'il avait de pouvoir faire l'amour avec celui qu'il aimait. Toutefois…
N'était-ce pas Iruka qui lui avait dit, onze ans plus tôt, que le sexe n'était pas une forme d'amour ?
Naruto soupira doucement, caressant toujours les cheveux pour une fois relâchés de son ancien tuteur. Il fit basculer sa tête en arrière, son regard céruléen se perdant dans le plafond. Quelque chose le troublait plus que tout dans les dires du professeur.
Sans qu'il ne le sache réellement pourquoi, il avait banni cette éventualité de sa vie, mais il l'avait appris de la bouche de son ancien tuteur quelques minutes plus tôt…
L'amour véritable est possible entre deux hommes.
Naïvement, d'après les conclusions qu'il avait pu tirer de son enfance, un homme avec un autre ne pouvait que le détruire par le biais du sexe, que le dominant pervers ne cherchait qu'à faire souffrir son dominé masochiste, plus mentalement que physiquement toutefois, mais que le vrai amour ne pouvait exister. Et en parlant de dominant sadique… l'attitude de Kakashi lui semblait totalement incompréhensible. Il avait toujours vu en l'ancien psychologue un homme tendre d'une profonde gentillesse ; c'était lui qui avait passé de longues heures à l'écouter quand il était venu s'installer avec Iruka, lui qui avait su trouver les mots justes pour rassurer ses angoisses d'enfant, lui qui avait conseillé d'évacuer tout ce qu'il ressentait dans la musique et qui lui avait appris à jouer de la guitare, et surtout… c'était lui qui avait toujours su faire naître le sourire sur le visage d'Iruka.
Alors… Pourquoi ?
- Nhhh… Na… Naruto…
Sortant brusquement de ses pensées, le blond regarda les paupières lourdes de son ancien tuteur s'ouvrir.
- Ca va mieux, Iruka-san ? murmura-t-il avec un sourire tendre.
Ce dernier sourit en retour en hochant la tête, mais son regard anéanti vint rapidement le contredire. Naruto sentit son cœur se serrer, déglutissant doucement.
- Iruka-san… commença-t-il dans un souffle.
Il avait tellement de choses à dire que les phrases se bousculaient dans sa tête ; il devrait remettre de l'ordre dans ses pensées avant, sans doute, mais il se ravisa rapidement, décidant de dire les choses comme elles viendraient.
- … Kakashi est quelqu'un de bien.
Ah, mais bravo, Naruto ! Fallait vraiment que ça soit ça qui sorte en premier… !!
Soutenant le regard un peu plus déconfit par la dernière phrase, Naruto continua :
- Je… Je veux dire… je suis persuadé qu'il a eu une bonne raison de réagir ainsi… Kakashi ne ferait jamais souffrir qui que ce soit, à moins de… à moins que ce soit tout à fait volontaire.
Le regard triste d'Iruka s'arrondit brusquement.
- Que veux-tu dire… ?
- Iruka-san… Je pense que vous savez bien mieux que moi que Kakashi est quelqu'un d'une profonde gentillesse et d'un cœur énorme. Il fait toujours passer les autres avant lui-même, alors je pense que, pour une raison obscure… il croit que vous ne feriez que souffrir davantage en l'aimant.
Le professeur détourna lentement le visage, un sourire jaune apparaissant sur ses traits.
- Tsss… Kakashi est loin d'être un saint, Naruto. A mon avis, c'est juste une facette de lui que je n'avais jamais vue, j'essaie de me dire qu'il a toujours été égoïste comme ça au fond et…
- Taisez-vous.
Terminés les regards doux et les sourires tendres. Naruto fixait son ancien tuteur avec sévérité à ce moment, sa bouche légèrement tordue par l'irritation pendant qu'il faisait nerveusement rouler sa piercing à la langue sur sa lèvre inférieure.
- C'est plus facile de se dire ça plutôt que de se battre, n'est-ce pas, Iruka-san ? C'est plus simple de s'apitoyer sur soi-même au lieu d'essayer de découvrir le mal qui ronge Kakashi, qui le fait passer à côté d'un bonheur immense à vos côtés, hein ?
Ecarquillant violemment les yeux, Iruka dévisagea son ancien pupille avec effroi.
- M… Mais…
- Vous n'avez pas le droit d'abandonner…Vous allez laisser passer votre chance, c'est ça ? Vous dites tant l'aimer… Alors battez-vous. Battez-vous pour son amour, battez-vous pour lui. Montrez-lui que ce n'est pas une plaie d'aimer, mais au contraire, un cadeau magnifique. N'abandonnez pas maintenant, Iruka-san.
Profondément ému et abasourdi par les mots de son ancien pupille, les yeux écarquillés de stupeur du professeur se mirent à se noyer de larmes à nouveau.
- Tu… Tu as tellement mûri, Naruto… Mais… si tu connaissais Kakashi aussi bien que moi, tu… tu saurais que rien ne le fera changer d'avis… s'il a décidé de ne plus me voir, alors… alors…
Alors que ses mots se noyaient dans un douloureux sanglot, Naruto entoura ses bras autour de la nuque du professeur et l'attira doucement contre lui, caressant son dos avec tendresse afin d'atténuer les larmes qui venaient peu à peu tremper son cou.
XXXXX
- Qu… Quoi… ? Qu'est-ce que… qu'est-ce que tu as dit… ?!
Kimimaro partit dans un nouveau rire cristallin en observant les traits médusés de son vis-à-vis.
- Il ne l'avait réellement jamais dit… ? Ah… ! Sacré Kakashi-sensei… Je ne sais pas comment il a fait pour cacher ça… !
- Tu… Tu veux dire… qu'il en prend encore… ? balbutia Sasuke, complètement éberlué.
- Mais non, t'es con toi… Il a arrêté juste à l'âge où toi tu commences… Douloureuse coïncidence, hein ? Il s'est quand même drogué pendant cinq ans avant ça… Il était… tellement jeune, tellement frêle et fragile… Tss, rien à voir avec le corps d'athlète qu'il a maintenant… je suppose qu'il s'est sevré au sport… pourtant… son petit corps d'ange…
La voix de l'homme aux cheveux de neige se fit telle une caresse, ses yeux rêveurs toujours perdus dans le vide à mesure qu'il se remémorait son ancien professeur.
- Et ce petit corps d'ange, ah, saleté, il supportait tout et n'importe quoi, vraiment… Je ne sais pas comment il a fait pour survivre aussi longtemps, et dire que tout ce qu'il voulait, c'était mourir…
Sous le regard estomaqué de l'autre, Kimimaro poursuivit avec un sourire en coin :
- Mescaline, speed, crack, LSD, kétamine, champi, cocaïne, poppers, tout, tout, tout et n'importe quoi entrait dans sa bouche, dans son nez, dans ses veines, mélangés n'importe comment, avec n'importe quoi… putain…
Son sourire s'élargit.
- Mais son truc préféré, je m'en souviendrais toujours, c'était l'ecstasy… et un fix pour la descente.
- … Un quoi ?
- Va falloir te faire au jargon, mon pauvre, continua Kimimaro, l'air d'avoir un peu pitié du manque de culture flagrant de son vis-à-vis. Un fix… c'est une injection d'héroïne.
Sasuke manqua de s'étrangler sous la nouvelle. Non… Ce n'était pas possible, il était forcément en plein trip, ce n'était pas possible… Son tuteur, lui, un ancien… héroïnomane… ? Jamais il n'aurait imaginé une telle chose, et pourtant… pourtant il le lui avait dit à demi-mot…
J'ai vécu longtemps avec de la haine au fond de moi, et cette haine m'a poussé très loin au-delà des limites de ce qui était humainement faisable. J'ai joué avec la mort bien plus d'une fois et je ne sais vraiment pas ce que j'ai fait pour mériter cette deuxième chance qui fait que je suis là, aujourd'hui, en train d'essayer de te faire voir que tu es sur le point de faire la connerie la plus monumentale de ta vie.
Sasuke frissonna en repensant à cette discussion, celle-ci prenant une toute autre dimension maintenant qu'il en comprenait toute la portée. Son ancien tuteur était donc lui aussi… passé dans le monde de la drogue, et il avait voulu l'avertir, le prévenir puisqu'il savait ce qui l'attendait…
- Ho, à quoi tu penses, toi ? dit soudain Kimimaro d'une voix forte, sortant Sasuke de ses pensées.
- … Rien. Ca fait juste un choc d'entendre que quelqu'un qu'on l'on a cru connaître prenait de… l'héroïne…
- Quoi ? Parce que tu te crois beaucoup plus haut sur l'échelle de la dignité avec ta coke ?
Le noiraud laissa échappa une petite exclamation de dédain en fusillant son interlocuteur du regard auquel l'autre répondit par un sourire narquois.
- On est tous dans le même sac dans ce monde, Sasuke. Y'en a juste deux ou trois dont le nom reste gravé, un peu comme Kakashi-sensei justement, ou alors… l'autre, aussi…
- Quel autre ?
Brusquement, l'homme aux cheveux blancs se tourna vers lui en détaillant gravement son visage, la bouche entrouverte. Après plusieurs secondes, Sasuke s'apprêtait à lui faire une remarque cinglante lorsque Kimimaro le coupa :
- T'es un Uchiwa, c'est ça ?
- Ca ne te regarde pas.
- Hnn… la coïncidence est vraiment… douloureuse.
- Quelle coïncidence ?
- … J'ai pas envie de parler de lui. Vraiment pas. S'il n'avait pas été là, s'il nous l'avait pas retiré, s'il ne l'avait pas anéanti en disparaissant à son tour, Kakashi-sensei n'aurait pas changé comme ça, non, il serait resté dans notre monde, avec nous…
A nouveau, Kimimaro s'affala contre le dossier du divan en soupirant bruyamment.
- Et dire que… J'étais là… j'étais là le jour où ils se sont rencontrés…
Il sent une force l'envahir de l'intérieur. Elle grandit, grandit, engloutit peu à peu chaque parcelle de son corps. Il la sent. Elle monte de plus en plus. Sa mâchoire se crispe, le premier signe. Il ouvre et ferme ses doigts spasmodiquement. Il est tellement excité à l'idée de se mettre à bouger, à danser, qu'il en tremble. Un sourire se dessine sur son visage. Les lumières rouges, bleues, vertes, jaunes, l'atteignent, de toute part, comme si chacune d'elle pouvait l'avaler complètement.
Les basses commencent. Son sourire s'agrandit. Il adore cette chanson.
Kakashi-sensei… !
La voix semble venir de loin, très loin, il l'entend à peine tant tous ses muscles sont happés par le rythme entraînant. Soudain, une main effleure son épaule. Il se dégage avec violence ; il déteste qu'on le touche. Personne n'a à le toucher. Personne n'a à essayer de le ramener à la réalité.
- Quoi ?
Il jette un regard froid sur l'homme en face de lui qui le regarde avec un sourire en coin.
- Je vous offre un verre, Kakashi-sensei ?
La mâchoire crispée du garçon aux cheveux d'argent l'empêche d'éclater de rire.
- … Fous-moi la paix. Tu sais que je bois pas d'alcool. Ca m'empêche de danser… et vous aussi, vous m'empêcher de danser.
Il regarde la petite bande agglutinée autour de lui. Ils sont tous plus âgés que lui, ils sont quasiment tous majeurs, mais ils le vénèrent presque. Il trouve ça con. Il aimerait simplement pouvoir danser tranquille.
- Vous avez pris quoi, Kakashi-sensei ? demande un autre d'une voix forte pour couvrir la musique.
Pourquoi veut-on couvrir la musique ? Lui veut pouvoir l'écouter. Et pourquoi veut-on toujours savoir ce qu'il a pris ? Peut-être une quête d'extraordinaire. Ou alors que l'on sache de quoi il mourra prochainement. Il sait qu'il va mourir un de ces jours, il joue trop avec la Mort pour ça… mais il s'en fiche. Il prend chaque fois plus de produits, les mélangeant toujours plus dangereusement, voilà pourquoi on l'admire. On l'admire de narguer la Mort toujours plus. On l'admire d'être complètement hermétique à tout. Rien ne le touche. Il s'amuse simplement en attendant le jour où il sera libéré de cet enfer que l'on appelle vie. Il espère simplement que la Mort l'emportera tout comme la Musique l'emporte en ce moment.
Son corps tout entier réclame à s'en gorger à présent. Il fait chaud. Il fait terriblement chaud d'un seul coup. Il se débarrasse rapidement de son T-shirt, révélant son corps have et fragile, son corps d'adolescent fraîchement sorti de l'enfance. Il ferme les yeux en commençant à secouer la tête en rythme, à gauche, à droite, à gauche.
- Trois billes, un peu de speed, et juste assez de mesca pour plus vous entendre m'empêcher de danser…
Il s'éloigne progressivement de la bande en entendant à peine l'exclamation de stupeur qu'ils laissent échapper.
- La descente va être mortelle, Kakashi-sensei… ! dit un autre garçon qui n'avait pas ouvert la bouche jusqu'à maintenant.
Il se retourne juste un instant, un sourire narquois aux lèvres.
- Mortelle… ? Ne me fais pas jubiler d'avance, Kimimaro… je sens que je vais être déçu.
Un vrai sourire vient fleurir sur son visage d'enfant alors qu'il s'avance encore vers la Musique, qu'elle le noie, l'étouffe. Il se sent vivre.
Les ondes traversent son corps, ses bras, ses jambes, et les mettent en mouvement, en rythme. Il adore cette chanson. Il adore cette musique. Il aime la Musique et la Musique l'aime en retour. Il se met à se déhancher en rythme, euphorique, son corps de plus en plus brûlant. Il aime la Musique. Il n'y a qu'Elle qui le comprenne, qui le fasse vivre. Et après avoir pris quelques pilules, quelques poudres, il peut enfin l'aimer en retour. Il peut enfin lui faire l'amour comme il ne l'a jamais fait à qui que ce soit, qu'il ne fera jamais à qui que ce soit. A part la Musique.
Plus rien n'existe…
- … Fait chier.
- Comme tu t'es fait jeter… !
- Ta gueule !
- Fallait s'y attendre aussi, dit alors le dénommé Kimimaro. Tu l'as tout de suite touché. Il supporte pas ça.
La bande a les yeux rivés sur le jeune garçon qui bouge en rythme au milieu de la piste improvisée. Ils regardent tous le corps pur et délicat transporté par les vagues de lumière et de musique. Cette peau d'une blancheur divine qui suit le ventre fin, qui détaille doucement ses côtes, son corps d'ange si pur qui résiste à tous les caprices de son hôte. Ses paupières sont closes alors qu'il continue de bouger avec grâce et volupté, et ce sourire… ce sourire exquis qu'il n'arbore que quand il danse…
- … Putain… Il me fait trop bander.
- Trop, ouais.
- T'as vu ce taré… ? continue un troisième. Trois ecstasy, des amphétamines et de la mescaline… que des excitants et un hallucinogène… il est complètement fou. Je sais pas comment son cœur tient tout ça…
- C'est parce qu'il est pas humain, ajoute Kimimaro, les yeux rêveurs. Ce mec est inhumain…
- Clair. Ca devrait être interdit d'être aussi bandant, continue le premier.
- Et surtout, de refuser de baiser ou de se faire toucher par qui que ce soit, soupire Kimimaro.
- C'est parce qu'il sait pas ce que c'est. Faudrait que quelqu'un le lui montre par la force une fois.
Soudain, les jeunes hommes se regardent alternativement. Oui, quelqu'un devrait lui montrer par la force, ou du moins, lui forcer légèrement la main…
- Ils en sont à combien, les paris ?
- Ca a augmenté depuis le mois passé… Maintenant, le Plume et l'Ecaille offrent cinq grammes de pure pour celui qui aura sa bouche, et… dix pour son cul.
- Pfff, tu parles… Celui qui y arrive se fait buter, tu veux dire. On sait très bien qu'ils veulent absolument sauter Kakashi-sensei les premiers. Non, sérieux, elle me fout les boules, cette bande…
- Tu plaisantes ? s'exclame Kimimaro. J'aimerai trop essayer de les rejoindre…
- Il paraît que les deux chefs ne s'entendent plus. Ils se sépareront bientôt, je pense.
- Cool ! continue Kimimaro. J'aime pas trop la Plume, je le trouve… cruel. Mais l'Ecaille…
Kimimaro se perd un instant dans ses rêves avant de secouer la tête.
- Bref, tout ça pour dire que même si ça passe à vingt grammes pour sa bouche, personne y arrivera jamais de toute manière… Impossible d'approcher Kakashi-sensei. Il se laisse pas faire et y'a que la Musique qui compte pour lui…
- Laissez-moi essayer.
Toute la bande se retourne vers la source de la voix, sourcils froncés.
- T'es qui, toi ?
- T'occupe pas de qui je suis, répond le garçon aux cheveux noirs de jais, sourire aux lèvres. Tu ne m'as jamais vu parce que je traînais dans le quartier ouest.
- Ils vendent de la bonne weed à l'ouest…
Le jeune homme aux airs malicieux acquiesce sans le regarder. Il est simplement happé par l'image de l'autre transporté par la Musique.
- Alors c'est lui, le fameux Kakashi-sensei ? demande-t-il d'une voix enjouée. Quand on m'a dit que c'était un ange, je croyais que c'était une métaphore…
- Laisse tomber, rétorque abruptement Kimimaro, le fusillant du regard. On est une vingtaine à essayer depuis plus d'une année et y'a rien à faire.
L'autre semble ne l'écouter que d'une oreille distraite alors qu'il retire lui aussi son T-shirt blanc, révélant son torse finement musclé aux yeux de la petite bande.
- Cinq grammes pour sa bouche et dix pour son cul, c'est bien ça ?
- Laisse tomber, je te dis, réplique à nouveau Kimimaro, de plus un plus irrité par l'attitude du noiraud. Personne n'arrive à le sortir de sa transe quand il danse.
- On verra bien.
Ses pupilles dilatées ne cessent pas de détailler le corps pris dans une ondulation sensuelle alors qu'il s'éloigne finalement de la bande, happé par le corps de l'autre. A mesure qu'il avance, lui aussi se fait progressivement noyer sous les assauts de lumière, de couleurs, de sons, ils engloutissent peu à peu ses sens alors qu'il continue de marcher. Il laisse la Musique prendre possession de tous ses membres, le contrôle de tout son corps. Il ne lâche pas sa proie de ses onyx, sa proie qui ne semble pourtant pas avoir remarqué sa présence. Il n'abandonne pas et s'approche jusqu'à entrer dans son espace personnel. L'autre croise son regard onyx. C'est sa chance.
Le passage entraînant de la chanson met ses jambes en mouvement, sa tête, son torse. Il est bon danseur, tout comme l'autre. Ce dernier semble à présent dérangé par sa présence alors qu'il le toise, sourcils froncés, mais le garçon aux cheveux corbeau n'abandonne pas. Il continue de se déhancher, sourire aux lèvres, les yeux à demi-clos. Soudain, l'autre semble intrigué. Ses mouvements se sont ralentis et ses yeux détaillent son torse plus imposant que le sien encore fragile. Peu à peu, un sourire s'étire sur son visage.
On a capté son attention.
Brusquement, il se remet en mouvement en plongeant son regard dans les onyx profonds de l'autre. Il lui fait face, son corps tout près du sien, ils sont à peine espacés, mais ils ne se touchent pas. Le rythme se fait entraînant et leurs corps se perdent dans une ondulation voluptueuse, leurs torses perlés de sueur s'effleurant à peine alors que Kakashi s'approche encore, voulant tester au maximum l'autre. Ce dernier suit, se déhanche, ondule, ses yeux se plissent encore alors que Kakashi lui tourne le dos et se cambre, roulant des hanches contre le bas-ventre de plus en plus attisé. Au moment où il tente de poser sa main sur la taille de l'autre, Kakashi se retourne à nouveau brusquement, le regarde et hausse la tête, comme si par ce geste il veut y faire passer un avertissement. Son sourire ne meurt pourtant pas ni ses mouvements. Une de ses mains vient se glisser dans ses cheveux argent qu'il agrippe doucement, l'autre se pose contre ses lèvres alors que son regard se fait à nouveau aguicheur.
Il a envie de s'amuser.
Les doigts sur sa bouche entrouverte se mettent alors à glisser le long de sa mâchoire avant de venir rouler contre son cou. Il fait basculer sa tête en arrière en se mordant la lèvre inférieure, sa main continue son incursion alors que ses hanches ne cessent leurs ondulations ensorcelantes, ses doigts atteignant un téton durci par le bouillonnement de son corps.
Le noiraud perd complètement pied. Comment un type qui refuse catégoriquement de se faire toucher peut-il en chauffer un autre de façon aussi… explicite ?! Il ne s'attendait certainement pas à une réponse comme celle-ci… A nouveau, il approche sa main du torse de l'autre, mais le jeune garçon la repousse d'une tape, réitérant son geste alors que l'autre continue d'essayer.
Kakashi prend son pied. C'est tout juste s'il n'éclate pas de rire en voyant les yeux exorbités de l'autre alors qu'il continue de l'échauffer. C'est trop facile… vraiment trop facile… et tellement drôle ! Et l'autre qui continue d'essayer de le toucher… Hop ! Encore une fois… Qu'est-ce qu'il croit, lui ? Que c'est parce que je le trouve amusant qu'il a déjà un pied dans mon lit ? Faut pas rêver non plus…
Le garçon aux cheveux d'argent tourne le dos au noiraud à nouveau. Il trouve vraiment drôle de sentir le bas-ventre de plus en plus durci de l'autre. C'est tellement facile de faire perdre la tête à un homme, vraiment… Il trouve ça ridicule. Il préfère être seul, seul avec sa Musique. Et personne ne doit le toucher.
A nouveau, il roule des hanches contre le membre tendu à travers le pantalon de l'autre et sourit. Sa danse a fait son effet. Rien de plus facile. Et ce qui est facile… n'amuse pas longtemps.
Kakashi s'apprête alors à s'éloigner lorsqu'il écarquille violemment les yeux. La Musique semble stopper complètement autour de lui. Tout bascule. Tout s'arrête.
Dans son dos, l'autre s'est collé à lui et sa main a glissé contre son ventre fin avant que ses doigts ne plongent de quelques centimètres à l'intérieur de son pantalon. Kakashi a crispé ses doigts contre le dos de la main de l'autre. Tout s'est arrêté. Le sang bat à ses oreilles avec force. Il n'entend que son cœur qui frappe violemment contre sa poitrine. Il ne sent que la main chaude de l'autre. Posée sur son corps.
La respiration de Kakashi se fait progressivement plus courte, plus saccadée. L'autre n'avance pas sa main. Le jeune garçon aux cheveux d'argent est bloqué, complètement paralysé. Que lui arrive-t-il ? Pourquoi n'enlève-t-il pas simplement cette main qui a osé s'imposer sur lui ? Pourquoi… ? Pourquoi ce type… n'a-t-il pas lâché l'affaire, comme tous les autres ? Pourquoi essaie-t-il encore ? Pourquoi ne le laisse-t-il pas tomber, comme tous les autres ?
Sans qu'il ne le veuille, un sourire vient alors naître sur les traits purs du jeune garçon alors qu'il sent l'autre se coller un peu plus contre lui dans son dos. Oui… après tout… après tout…
Se décrispant doucement, les doigts de Kakashi viennent alors se glisser entre ceux de l'autre, les serrant délicatement. Son sourire est figé. Il a peur. Il a terriblement peur d'un seul coup. Il peut tout contrôler, tout… sauf la réaction de quelqu'un d'autre. Il ne sait pas ce qu'il peut lui arriver. Il a laissé l'autre passer, oui, et maintenant ? Que va-t-il lui faire ? Sera-t-il simplement un autre de ces types qui essaient juste de le sauter pour pouvoir se vanter d'avoir été les premiers à descendre l'ange de sa tour de glace ? Ou alors…
Les coins de sa bouche s'abaissent à nouveau alors que la crainte s'insinue en lui. Alors, lentement, il tourne la tête, cherchant le regard de l'autre dans son dos, tous ses muscles crispés malgré lui.
Leurs yeux se croisent.
Le garçon aux cheveux noirs de jais sourit en se gorgeant de l'odeur de l'autre devant lui. Il a l'air réceptif à son approche, voilà qui est plutôt étrange, mais pourquoi pas. Il voit la nuque se tourner doucement avant qu'il ne croise le regard du plus jeune.
Son cœur manque un battement.
Cette… cette lueur qui luit au fond de ses yeux… Il a perdu cette désinvolture, cette distance, cette provocation qu'il avait auparavant… Qu'est-ce que c'est ? Mais… Est-ce que cela pourrait être… de la peur ? Oui… Oui, c'est même bien pire que cela… L'ange est complètement terrifié. Il n'est pas un être intouchable…
C'est simplement un petit garçon qui a grandi trop vite et qui ne demande qu'à être rassuré.
Les onyx continuent de fixer les yeux de l'autre, mais il n'y a plus d'avidité à présent. Ce n'est plus ça l'important. Plus rien n'est important… à part ce corps tremblant qu'il serre tout contre lui, comme s'il voulait le rassurer, lui montrer qu'il n'a pas à avoir peur, que tout se terminera bientôt, non, il ne lui fera pas mal… il a compris qui il était par ce simple regard.
Et il aime ce qu'il voit tout au fond de ces grands yeux d'enfant.
Doucement, Kakashi fait pivoter tout son corps avant de se retrouver contre le torse de l'autre. Il lève doucement les yeux, étant légèrement plus petit pour continuer à le regarder, pour continuer à lire dans les yeux profonds de son vis-à-vis. Il n'y a plus cette lueur bestiale qui y brûlait auparavant, non, juste… de la profonde… tendresse…
La musique n'a toujours pas repris. Le temps s'est arrêté sur leurs deux corps, ils n'entendent que leurs propres cœurs qui battent tout au fond d'eux, leurs cœurs qui battent de plus en plus fort, de plus en plus vite, qui s'emballent. Leurs visages se rapprochent alors qu'ils semblent complètement immobiles, pourtant, c'est une force extérieure qui les attire inexorablement l'un contre l'autre. Ils ne peuvent se contrôler. C'est simplement une nouvelle onde complètement inconnue qui les transporte à ce moment.
Leurs lèvres se scellent.
L'explosion les envahit complètement, la béatitude, le bonheur, le bien-être. La musique reprend, plus forte, plus imposante, mais plus rien ne compte à part leurs deux corps happés par celui de l'autre. Le baiser est fougueux, passionné, il s'intensifie encore à mesure qu'ils entourent leurs bras autour du corps de l'autre, qu'ils se serrent un peu plus. Kakashi entrouvre même les lèvres afin de venir goûter à la langue chaude de l'autre qui vient alors s'entremêler à la sienne. Une sensation exquise s'empare de tout son être, mais cette fois, ce n'est pas un tas de poudre, ce n'est pas une petite pilule, ce n'est pas la Musique, non…
C'est quelqu'un d'autre.
L'engourdissement de l'euphorie s'estompe alors progressivement. L'échange se rompt en douceur avant que leurs fronts ne s'appuient l'un contre l'autre. Ils ont les yeux clos. Ils n'ont même plus besoin de se regarder.
Ils se sont compris.
Doucement, Kakashi vient enfouir son visage dans le creux du cou de l'autre, le câlinant tendrement. Il se gorge de cette odeur en se blottissant un peu plus, caressant les courts cheveux de jais au creux de sa main. Au fur et à mesure, il ouvre lentement les paupières, revenant à la réalité.
Il fronce les sourcils.
A quelques dizaines de mètres de leurs deux corps, il voit la petite bande complètement euphorique, ils rient et se tapent dans les mains en les regardant tendrement enlacés. Kakashi écarquille les yeux.
Alors c'était… ça ? Il était donc resté un simple objet de pari ? Quel abruti il avait été… Il s'était complètement laissé aller, pour une fois, mais déjà on avait abusé de lui… Il avait cru que c'était différent, que lui aussi, peut-être, pouvait avoir droit à plus, mais non… Mais quel abruti… ! Et l'autre qu'il serre encore dans ses bras, l'autre qui le touche, qui le touche encore… !
Avec une violence inouïe, Kakashi repousse le corps de l'autre loin du sien et se remet à danser. Il n'y a que la Musique qui l'ait toujours compris. Qui ne l'ait jamais trahi…
Le garçon aux cheveux corbeau ne comprend plus rien. Il observe l'autre recommencer à se déhancher, les yeux clos, transporté par la musique, exactement comme quelques minutes auparavant, comme si rien ne s'était passé…
Il fronce les sourcils. Non, ce n'était pas possible, Kakashi devait certainement l'avoir senti aussi bien que lui, il s'était passé quelque chose entre eux, ce n'était pas qu'un simple baiser… ! Que se passe-t-il dans la tête de l'autre, bon sang ?! Le voilà qui continue à danser, en transe, parti dans un endroit où rien n'existe à part lui et la Musique… Et lui, alors ?! Il n'avait été qu'un jouet entre ces doigts angéliques ?! Le prédateur s'est-il donc transformé en proie… ?
Il ne comprend pas. Son regard se perd à nouveau sur le petit corps have, ce petit corps fragile qu'il tenait entre ses bras quelques secondes auparavant… ou alors… est-ce que cela n'avait été qu'un rêve… ? N'avait-il pas halluciné ?…
Non. Il n'avait pas halluciné. Au creux de son torse, il sent encore le cœur du petit ange qui frappe, qui frappe avec force alors qu'ils s'embrassent…
Il ne va pas abandonner, non. Pas après ce qu'il s'est passé.
A nouveau, il se rapproche du corps pris dans l'onde de lumière et de son. L'autre a les yeux clos, il ne semble pas l'avoir remarqué. Pire. Il l'ignore complètement.
- Hé, à quoi tu joues ?!
Sa voix est bien plus rauque qu'il ne l'aurait souhaité, mais son regard rencontre finalement celui du danseur. Un regard désinvolte. Provocateur. Distant.
- Qu'est-ce que tu veux de plus ? dit alors Kakashi en cessant ses mouvements, son regard faisant bien comprendre à l'autre qu'il l'ennuie profondément. Mon cul ?…
Le garçon aux cheveux corbeau écarquille violemment les yeux. Mais qu'est-ce que l'autre lui raconte, enfin ?! Il… Il ne s'agit plus de ça, maintenant… !
- M… Mais non… !
- Aaah… J'ai compris… Désolé, j'avais oublié…
Interloqué, le noiraud observe Kakashi sortir un porte-monnaie délabré, fouiner un instant à l'intérieur avant d'en sortir un petit paquet. Il s'approche, prend la main de l'autre dans la sienne et y dépose ce qu'il vient de sortir… avant de lever les yeux, croisant les deux onyx qui le regardent avec la plus profonde incrédulité.
- Putain… c'est quoi, ça… ?
- Ton prix, voyons. Ce n'est pas de la pure, mais tu l'as quand même bien mérité… Toutes mes félicitations.
Un faux sourire apparaît sur les traits de Kakashi alors qu'il se recule. Le noiraud baisse les yeux et observe les cinq grammes d'héroïne au creux de sa main avant qu'il ne sente une main se poser sur son épaule. Toute la bande l'entoure.
- Putain, mon gars, t'es trop un chef !
- Comme t'as assuré, vieux !
- Faudra que tu me dises comment t'as fait, sérieux !
Mais il n'entend plus. Il reste paralysé en fixant les yeux de l'autre, l'autre qui prend une bouteille d'eau que lui tend le garçon aux cheveux de neige. Il ne cille pas alors que Kakashi recommence à reculer sans le quitter des yeux, s'enfonçant de plus en plus dans le flot des corps.
Le garçon aux cheveux ébène se sent envahir par le désarroi alors qu'il serre le petit paquet de poudre dans son poing tremblant de colère.
- C'EST PAS CE QUE JE VOULAIS !! hurle-t-il d'une voix vacillante. C'EST… C'EST PAS CA QUE JE VEUX DE TOI !!
Kakashi rit doucement en ouvrant sa bouteille.
- Désolé, répond-il sobrement. On ne m'a jamais deux fois avec la même technique. Tu n'auras rien d'autre.
Alors que les larmes noient progressivement les deux onyx, Kakashi porte la bouteille à ses lèvres et boit de longues gorgées, quelques filets de liquide glissant le long de son cou jusqu'à venir lécher le torse brûlant. Il détache finalement le goulot de ses lèvres et laisse le liquide frais s'écouler sur ses traits purs à mesure qu'il bascule la tête en arrière, les yeux clos. La scène semble se passer au ralenti alors que les perles de liquide s'écoule sur la peau de nacre, qu'elles s'éparpillent en une chorégraphie millimétrée au moment où Kakashi secoue la tête et reprend sa danse hypnotique.
Le noiraud est paralysé. Complètement paralysé. Tellement paralysé qu'il ne remarque pas les petits sourires en coin que la bande s'échange à côté de lui.
- Tu te rends pas compte de l'exploit ! lui dit un type de la bande sans quitter Kakashi des yeux, le sourire toujours croché à ses lèvres. En plus, il t'a filé cinq grammes de sa propre poche… !
Il s'en fout de ces cinq grammes. Il n'a jamais été autant désintéressé par la poudre de toute sa vie qu'en ce moment – mais s'il sait qu'elle lui sera salutaire dans quelques heures. Pourtant, c'est ce petit paquet de poudre qui l'a fait manquer sa chance. Leur chance.
D'être heureux.
Kakashi continue de danser, yeux fermés. L'eau qui ruisselle encore le long de sa peau finit de le laver, de le purger. Il s'est fait avoir. Il n'aurait jamais dû se laisser aller comme ça, non. Mais ce n'est pas grave. Juste un incident de parcourt. Il a été trop naïf, mais il ne se laissera pas faire deux fois, non.
Soudain, sa tête se met à tourner vivement alors qu'il fait visiblement une chute de tension. Il porte une main à sa tête en ouvrant les yeux, mais il ne distingue presque rien. Tout est flou. Indistinct. Il écarquille les yeux en secouant la tête et tourne son regard de plus en plus paniqué de tous les côtés. Il se sent perdre complètement pied et abandonner son corps.
… mince !
Vite… vite… il faut qu'il parte… ça ne peut être que… la bouteille… l'eau… oui… il y avait quelque chose… dans l'eau…
Il se met à courir, il court aussi vite que ses jambes chancelantes le lui permettent, ses muscles de plus en plus engourdis, il bouscule les personnes qui lui barrent la route, il perd pied de plus en plus, vite, plus vite, il faut qu'il s'éloigne, il faut qu'il se cache, personne ne doit le voir, personne ne doit le trouver, sinon…
Un champ de maïs. Il s'y engouffre vivement, ne se rendant même pas compte de ce qu'il fait, tout ce qu'il sait, c'est qu'il doit s'isoler, qu'il doit se cacher, il n'a pas le temps de chercher des personnes de confiance, non, il est seul, il doit se débrouiller et se planquer, se planquer avant de perdre le contrôle de son corps et avant que quelqu'un ne trouve ce corps inanimé et sans défense… avant de s'effondrer à genoux. Il ne voit déjà plus rien malgré ses yeux embués de peur grand ouverts. Tout est opaque autour de lui. Il ne sent plus le sol alors qu'il s'écroule complètement, sa tête reposant lourdement sur un linceul de terre. Il n'entend plus rien à part son souffle emballé.
Kami-sama…
Je vous en prie…
Que personne… ne m'ait vu…
S'il vous plaît…
Kami-sama…
Que personne…
Ne me…
Touche…
Il bascule alors dans le néant en sentant une main se poser sur son épaule.
Le regard de Kimimaro s'était fait bien plus triste depuis plusieurs minutes alors qu'il s'était visiblement perdu dans un souvenir. De son côté, Sasuke restait silencieux. Jamais il n'aurait cru une telle chose de la part de son ancien tuteur, jamais… Il avait toujours pensé que l'écrivain avait eu une vie des plus calmes, mais non. Il se rendait compte à présent que finalement… il ne connaissait rien de l'homme avec qui il avait partagé plusieurs années de sa vie, rien du tout. Pourquoi ne lui avait-il jamais rien dit ?! Pourquoi était-il resté si mystérieux ? Qu'avait-il d'autre à cacher ? Pourquoi avait-il commencé à prendre de la drogue, lui aussi ?!
Lentement, une colère soude commença à s'insinuer à travers tous ses membres, irritation accentuée par le manque de poudre qu'il commençait furieusement à ressentir.
- Quand j'y pense…
La voix rauque de Kimimaro sortit brusquement Sasuke de ses pensées.
- Quand j'y pense… c'est un peu moi qui ai précipité leur chute… et la mienne par la même occasion. Si Kakashi-sensei pouvait se permettre n'importe quel mélange, pas moi. Moi, il m'a suffit d'un seul speedball – un mélange d'héroïne et de coke – pour faire une overdose et bousiller définitivement mon cœur ce soir-là… ouais… le même soir où Kakashi-sensei a rencontré l'autre, le même soir où j'avais mis de l'ecstasy liquide dans la bouteille dans que je lui ai donné…
- Du GHB ?… La drogue du… violeur ?
- Hn… Ouais. Normalement, Kakashi-sensei savait très bien qu'il ne devait jamais accepter quoi que ce soit d'un prédateur, mais ce jour-là, il n'y a plus pensé… va savoir pourquoi…
- Qu'est-ce que t'entends par « prédateurs » ? demanda Sasuke, désireux de penser à autre chose que la fureur sournoise qui s'infiltrait en lui.
- Les types qui voulaient le sauter, bien sûr. Y'en avait plein qui voulaient le lever, mais non… Kakashi-sensei ne baisait pas.
L'homme aux cheveux de neige écarquilla violemment les yeux devant la bruyante exclamation de dédain qu'avait lâchée Sasuke.
- Bon, Kimimaro… que Kakashi ait été un toxico, je te crois, qu'il ait été un jour un petit garçon tout mince au corps fragile, passe aussi… mais que tu essaies de me faire croire que lui, écrivain nymphomane et pervers de bouquins pornographiques ait pensé un seul jour à ne pas baiser, ça, jamais.
- … Pourtant, c'était le cas, soupira l'autre en passant une main dans ses cheveux blancs. Le sexe ne l'intéressait absolument pas.
- Tu sais que je te crois de moins en moins, là… ?
Kimimaro tourna son regard vers le noiraud, sourcils levés. Ce dernier le fixait de son regard froid, la mâchoire crispée malgré l'humour de ses propos alors que le dealer haussait les épaules.
Le silence les enveloppa à nouveau avant que Kimimaro ne soupire bruyamment, ses émeraudes se perdant à nouveau dans le vide… mais Sasuke, de son côté, peinant de plus en plus à faire sa colère grandissante.
XXXXX
- Ca… Ca m'énerve de ne pas réussir… à arrêter de pleurer…
Iruka se redressa après plusieurs minutes, séchant ses larmes d'un revers de bras, rassuré par le sourire tendre du blond devant lui.
- Naruto, à toi… Raconte-moi ta journée d'hier, vas-y. Ca me fera penser à autre chose.
L'image de Sasuke penché sur ses lèvres s'imposa brutalement à l'esprit du blond alors qu'il se raidissait. Il chassa rapidement ce souvenir pour se concentrer sur un autre alors qu'un sourire de contentement se formait sur ses lèvres.
- Et bien… il est vrai qu'à la base, j'étais venu pour vous annoncer une bonne nouvelle…
Naruto commença alors le récit de leur concert de samedi et l'appel qu'il avait du producteur le jour précédent. A mesure qu'il racontait son histoire, le visage du professeur fut réellement teinté de bonheur.
- M… Mais… C'est génial !…
- Ouais, c'est clair ! s'exclama le guitariste en interdisant à ses pensées de se tourner vers son homologue. J'ai eu ce monsieur Itawa au téléphone hier, il m'a l'air très pro en tout cas. Je dois rencontrer son assistant demain dans l'après-midi.
Le professeur le félicita en ébouriffant avec amusement les cheveux d'or en lâchant un petit rire. Ne voulant pas voir mourir cette félicité de si tôt, Naruto enchaîna directement :
- On a les chansons, on a les fans, le producteur, mais pour la pochette de l'album, on a un souci… Aucun membre du groupe ne sait tenir un crayon… Vous n'auriez pas par hasard un artiste dans vos contacts ?
Contre toute attente, le visage d'Iruka se déconfit à nouveau, son regard se perdant dans le vide à mesure qu'il blêmissait à vue d'œil.
- Ka… Kakashi…
- A… Ah ? Je… Je ne savais pas qu'il… qu'il dessinait… bafouilla Naruto, s'en voulant mentalement d'avoir mis les pieds dans le plat alors que son ancien tuteur se remettait à sourire.
- N… Non… continua le professeur, pâle comme un cadavre. C'est… son nouveau pupille, S… Sai… il dessine merveilleusement bien…
Le brun eut un petit rire jaune, fixant toujours un point imaginaire au fond de la pièce.
- Par contre… faudra te débrouiller pour te mettre en contact avec lui via… Kakashi… termina-t-il dans un murmure.
Sa bouche se tordant alors qu'il se mordait visiblement l'intérieur de la lèvre, Iruka se tut définitivement.
Les minutes de silence défilaient inlassablement, chaque seconde plus pesante que la précédente, jusqu'à ce que brusquement, une exclamation de joie de son ancien pupille manque de tuer Iruka sur le coup.
- N… Naruto !! Mais ça va pas la tête ?!
Ignorant complètement l'irritation brusque su professeur, le blond se mordit la lèvre inférieure. Son sourire jusqu'aux oreilles conjugué à ses yeux humides d'excitation et à ses bras gigotant dans tous les sens le faisaient ressembler à un petit garçon découvrant ses cadeaux au pied du sapin. Iruka soupira bruyamment.
- Et c'est moi qui ai dit que tu avais mûri… ?
- Arrêtez, Iruka-san ! Laissez-moi vous expliquer… !
Prenant le brun par les épaules, le sourire de Naruto s'agrandit un peu plus.
- J'ai trouvé un moyen pour vous confronter à Kakashi en douceur.
XXXXX
Jamais il ne lui pardonnera de lui avoir caché ça. Jamais. Comment avait-il pu… ? Garder ce secret enfoui au fond de lui, comment avait-il fait… ? Il devait lui parler au plus vite. Il devait retourner à Konoha, retrouver son ancien tuteur, lui demander des explications… Mais ses doigts tremblaient de plus en plus, ces petits papiers d'aluminium finement pliés qui était à sa portée… dès le moment où…
Où il laissera l'autre prendre possession de son corps…
