Chapitre XI : Les maux du Roi

Auteur : Rain

Disclaimer : Shaman King appartient à Hiroyuki Takei. Je ne gagne pas de sous, ne tente pas de voler ses personnages, lieux, idées. Je veux juste prouver mon fanatisme. Histoire de faire rager Rea. *sort* QUI DEVRAIT REVENIR!


Le voyage retour ne dura pas. Un instant, ils étaient tous assis dans les gradins; le suivant, ils étaient tous au camp, et Opachô filait à sa tente, suivi d'Hao et de Turbein. Jeanne, pour sa part, avait perdu l'équilibre, et s'était retrouvée sur les fesses. Maugréant, la petite albinos se remit debout sous les quolibets d'Ashiru, et suivit l'élan général, qui entraîna tout le monde (sauf les adultes, Peyote qui prenait la garde avec Zang-Ching, Blocken qui allait préparer à manger avec Boris) jusqu'au-devant de la tente d'Hao.

Mais ils durent s'y arrêter. Spirit of Fire venait de se matérialiser devant l'entrée, impassible, leur bloquant le passage. Ce qui se passerait à l'intérieur n'avait pas besoin de plus de témoins, et surtout pas de gêneurs. Qu'ils aillent vaquer à leurs affaires. Pour autant, rares furent ceux qui partirent. Les Hana se tenaient en une rangée compacte, Ashiru et Jeanne avaient pour une fois mis de côté leurs éternelles querelles pour se ronger les sangs ensemble. Plus tard (personne ne s'inquiétait de l'heure), Turbein ressortit, les traits tirés, le visage sans expression. Mathilda, inquiète, lui demanda des nouvelles. A voix basse, le jeune homme expliqua.

Mama n'allait simplement pas survivre. Il ne s'était pas fait mal, n'était pas blessé, ou même malade. Il ne s'agissait de rien qu'Hao ou que quiconque puisse soigner. Mais le lait, le lait qu'ils lui avaient donné pour remplacer sa mère, apparemment il ne le supportait pas, se contentait de le rendre en bêlant faiblement. Et ça allait plus loin; l'omnyôji supposait une déficience au niveau des gènes, une malformation interne qui destinait l'animal à mourir vite. Marion ne comprenait pas tout, elle semblait simplement se racornir sous le poids des explications de Mohammed, alors sa soeur la prit dans ses bras, serrant fort pour la soutenir. Autour, Kanna se retenait visiblement de sortir une cigarette, stressée par le moment, bien indifférente au sort de l'agneau puant mais pas à celui des petits de la troupe; Rackist et Yamada regardaient loin, par-delà les toits du campement, dans leur futur peut-être, ce n'était qu'un mauvais moment à passer, eux non plus ne s'inquiétaient pas tellement du sort de cet animal inutile, Kanna leur souffla de partir. Quant à Ashiru, il était assis par terre, tout désemparé et coupable, pourtant le matin encore... Jeanne au milieu de tout cela se sentait impuissante, inutile, bonne à rien tout simplement.

Opachô sortit soudain, la tête baissée, bruyant de pleurs, et chercha à s'enfuir. Il ne savait probablement pas où il irait, et s'en moquait éperdument, il voulait aller plus vite que la nouvelle, ne plus l'avoir entendue, ne jamais savoir à la connaître. Mais Jeanne l'avait déjà rattrapé, le serrait contre elle. De ses petits poings sombres, il cherchait à s'esquiver, à lui faire lâcher prise, il frappait et frappait, sans qu'elle lâche prise. Non, elle le maintiendrait là, elle savait bien qu'il ne servait à rien de courir.

Il y eut un temps. Personne ne bougeait.

Puis Hao sortit, sans le petit mouton. Les pleurs d'Opachô redoublèrent alors qu'il approchait. Jeanne, qui lui caressait les cheveux, releva la tête pour affronter le grand brun du regard. Celui-ci ne fit pas de commentaires, et vint s'agenouiller en face d'elle. Opachô se força à essuyer ses grosses larmes, s'extrayant de la poigne de Jeanne pour faire face, comme il pouvait, à son frère chéri.

Hao le prit contre lui, sans pause, sans hésitation. « Opachô, » souffla-t-il, d'une voix que Jeanne ne lui avait jamais entendue. C'était... doux?

« Opachô, » répéta-t-il, sans hausser le ton. Jeanne pouvait à même l'entendre, et quelque part elle avait l'impression qu'elle n'était pas censée écouter cette conversation. « Mama est malade. Très malade. Il ne survivra pas, Opachô.

- Hao-sama..." Le pauvre petit bégayait, culbutait sur chaque mot. « Hao-sama... S'il te plaît... Soigne Mama, s'il te plaît... Opachô veut pas...

- Je sais," souffla le brun, berçant doucement le petit bout d'homme collé dans ses bras, "je sais. Mais je ne peux pas. Cela ferait encore plus mal à Mama, et à toi aussi. »

Opachô serra ses lèvres l'une contre l'autre, larmoyant toujours, refusant l'évidence. « Mais Pachô...

- Opachô." Le ton était ferme, fort. 'Tu n'as pas besoin d'être triste. Mama ne va pas partir.

- Hein...?

- Tu te souviens du Petit Prince? Jeanne te l'a raconté, n'est-ce pas?" L'albinos releva la tête, fronça les sourcils. De quoi parlait-il? Le petit acquiesça, un peu perdu aussi. "Le petit prince a apprivoisé le renard, et grâce à ce temps qu'ils ont passé ensemble, ils restent liés même s'ils sont dans des mondes différents. Tu te rappelles?" Nouvel acquiescement. « Eh bien, tu peux faire de même avec Mama. Tu peux le garder près de toi, si tu es très courageux.

- C'est vrai? » Le petit Africain venait de relever la tête. Au milieu des larmes éparses et des yeux rougis, une lueur semblait s'être allumée, un espoir rougeoyant. Hao sourit, effaça les perles salées avec la manche de son gant alors qu'il confirmait, « C'est vrai. Mama t'aime énormément, Opachô, et toi aussi, n'est-ce pas?

- Oh oui! Opachô ferait tout pour protéger Mama-chan!

- Très bien. Alors tu vas venir avec moi. Nous allons entrer dans cette tente, et quand je te le dirais, tu appelleras Mama, de tout ton coeur. Tu me comprends?

- Opachô va crier, » qu'il promit, les poings crispés dans le poncho de son grand frère, déterminé à sauver son meilleur ami.

« D'accord, » souffla Hao, et très lentement il se releva, l'enfant toujours dans les bras, avant de se retourner et de pénétrer dans la tente. Pas un bruit ne retentit. Personne n'osa même bouger, que ce fût pour s'éloigner ou les suivre. Tous attendaient, le souffle court, qu'ils se décident à ressortir. Jeanne avait fermé les yeux. Sa gorge s'était serrée, malgré elle, à lui en faire mal. Une part d'elle, une part affreuse, qu'elle détestait, cherchait à comprendre l'attitude du brun, comment cet homme affreux pouvait-il être si tendre soudain, si soucieux d'un enfant, mais elle la fit taire, l'écrasa de ses talons, Mama allait mourir, elle n'avait pas le droit, et ne voulait pas le prendre.

Cela fut très court. Ce fut comme une bougie vacillante qui s'éteignait doucement. Ils accusèrent le coup, Marion tomba près de Jeanne, Ashiru détourna les yeux. Il n'y avait aucun bruit.

Puis, une sensation nouvelle les traversa, la présence ténue d'un petit esprit mineur, plein de joie et d'énergie. Cela amena un sourire sur les lèvres de Jeanne, Marion fut redressée par sa sœur aux cheveux roux, Kanna soupira. « Eh bah voilà, on est bons, » grogna-t-elle seulement, passant une main sur sa frange pour se donner une contenance. Lentement, le groupe se dispersa, Spirit of Fire les incitant à aller manger en transmettant un ordre de son maître. Marion ramena des bols de soupe chaudes pour les deux garçons encore à l'intérieur, et les laissa près de Jeanne, car ils ne semblaient pas ressortir. Jeanne elle aussi reçut un bol fumant, remercia sa compagne blonde. Elle, elle ne pouvait pas se résoudre à s'éloigner. Pour aller où? Elle dormait là, de toute façon. Et puis elle se sentait concernée aussi, elle avait nourri cette petite boule de poils, aidé à élever le petit Opachô... Non décidément, elle ne bougerait pas.

Cela prit très longtemps. Il faisait froid, elle frissonnait un peu. Turbein lui amena une couverture, elle le remercia gentiment, s'y pelotonna, et patienta encore. La nuit tomba autour d'elle, les autres lui soufflèrent bonne nuit en allant se coucher.

Enfin, après un temps qui lui parût extrêmement long, le pan de tissu qui servait de porte s'entrouvrit, découvrant le visage d'Hao. Le brun sortit, la tête levée vers les étoiles. Léger soupir. Il ne semblait même pas l'avoir vue. Quand enfin, son regard tomba sur elle, il eut un sourire flou. « Opachô dort. Tu comptes devenir une statue de glace ou tu vas rentrer? »

Jeanne leva un sourcil, hésitant à répondre à la provocation. Lui s'approcha, lui offrit une main pour la relever. L'albinos la contempla un moment, hésitante, méfiante toujours. Puis elle croisa le regard de l'omnyôji, plein de défi et d'amusement. Alors sans plus hésiter, elle l'attrapa fermement, et se laissa relever, avant de lui passer devant pour rentrer. « Vous avez de la soupe froide, si vous voulez. »

Le rire d'Hao la suivit à l'intérieur.


Ashiru pénétra dans sa propre tente. Le repas, sans Hao, Jeanne et le petit, avait été plutôt morose, un moment sans trop de paroles. Bah, ça lui allait, comme ça il pouvait plus facilement surveiller Peyote. Sauf lorsque ses pensées glissaient vers son cher maître, et sa rivale si proche de lui... Elle n'oserait pas interrompre un tel moment, hein? Elle n'oserait pas s'introduire dans la tente du brun et le séduire sur le lieu de mort du petit mouton... probablement pas. Tant mieux. Puis Peyote ne causait pas aux petites, alors il était aussi rassuré sur ce point. Là, il comptait se coucher tôt, pour se lever tôt et épuiser la petite intrigante albinos à coup d'entraînements. Turbein, avec qui le jeune homme partageait sa tente, était sorti avec une couverture pour la proposer à Jeanne, qu'ils avaient vue assise devant le feu éteint du brun. Ashiru s'en fichait, (elle pouvait bien geler de toute façon, ça ferait moins de compétition), mais bon, du coup il ne pourrait pas fermer la porte. Enfin...

Un bruit de pas derrière lui. « Déjà de retour, 'Mo?

- Non, » la voix derrière lui était plus rauque, moins douce. Le Grec se retourna soudain, faisant face à Peyote. Le grand Mexicain se découpait dans la nuit, couvert de ses tissus bariolés. Ses Mariachis envahirent la salle, assis sur son lit, sur le sol, sur son épaule même. « Qu'est-ce que tu viens faire ici, Peyote? »

L'autre sourit. « Je viens savoir si tu as compris ta leçon, » fit il en s'avançant, bloquant la sortie. Un coup de pied, Ashiru était à terre. Utiliser son Esprit, c'était faire débuter un combat, alarmer tout le camp. Le petit Grec serra les dents. « Vas-t-en d'ici, » grogna-t-il.

« Pas sans que tu m'aies répondu, » ricana le Mexicain, s'approchant encore. « Tu te souviens? Hier, ce n'était bien compliqué... Comment te vois-tu dans ce petit groupe, Ashiru? Comment te vois-tu toi-même par rapport aux autres? » Le Grec fronça les sourcils.

« Pas tes –
- Ne m'oblige pas à me répéter, » le ton s'était fait froid, un Mariachi mordit l'épaule du Grec, le faisant sursauter puis grimacer. « Je vais t'éclater.
- Tu t'en crois donc capable? »

Ashiru répondit sans réfléchir, serrant les poings sur ses billes de glaise. « Bien sûr! Je pourrai tous vous écraser si je voulais!

- Même Hao-sama?

- Hein? » Comme si l'autre venait de lui enfoncer un dard de feu dans la poitrine, le Grec s'était dressé, avant d'être rejeté sans cérémonie par un pied du Mexicain. De quoi l'autre pouvait-il bien parler? Bien sûr que non, Ashiru ne voulait pas -

... Est-ce que Peyote était en train de vouloir le piéger? Cela ressemblait en tout cas bien à un traquenard, lui faire avouer des sentiments de trahison. Mais il était mal tombé, jamais Ashiru ne ferait de chose pareille. « ... Ne me mets pas de blasphème dans la bouche, » cracha le petit brun. Il n'avait aucune envie, même s'il n'en avait jamais eu le pouvoir, de faire du mal à son roi. S'il voulait progresser, devenir plus fort, c'était seulement pour qu'Hao soit fier de lui, et l'aider à obtenir la couronne... Jamais, jamais il ne toucherait le moindre de ses cheveux (à moins qu'Hao, bien sûr, le lui demande).

Peyote sembla se contenter de cela. Sans le voir, Ashiru pouvait deviner sous son foulard bigarré le grand sourire débile qu'il devait afficher. Un Mariachi assis sur l'épaule du Grec se tourna vers lui, riant mécaniquement. Ashiru le jeta contre le mur, sans que le Mexicain ne réagisse autrement que par une nouvelle question.

« Et par rapport aux autres? Que crois-tu qu'ils pensent de toi? »

Le petit Grec était déstabilisé, il haussa les épaules sans bien comprendre ce que l'autre voulait, « J-je sais pas, je m'en fous...

- Qu'Hao pense de toi? » Le Mexicain venait de le couper au milieu de sa phrase, inquisiteur, amusé. Il trouvait ça tordant, le drogué! Ashiru enfonça ses poings dans le sol. « Il me trouve très fort, bien sûr! Et il tient beaucoup à moi!

- Tu crois? »

Ashiru retroussa les lèvres, montrant les dents. Il ne comprenait pas ce que Peyote voulait, tout ce qu'il voyait c'était un traître ou un espion (non, Hao-sama ne l'espionnerait jamais comme ça, d'abord Hao-sama l'aimait beaucoup, Ashiru le savait, Ashiru le savait). Il n'avait pas envie de réfléchir à ce que l'autre lui demandait. Bien sûr qu'Hao tenait à lui! Ces temps-ci, il lui souriait moins, avait moins de temps pour lui (la faute de cette sale peste, bien sûr), mais il l'aimait toujours, Ashiru en était sûr! Refusant de répondre, le Grec détourna la tête, l'air buté.

« Nous recommencerons demain, » souffla le Mexicain, lui tapotant la tête avant de sortir de la tente. Ashiru avait envie de vomir. Mohammed ouvrit la porte de la tente, un peu inquiet. « Ça va, Ash? Pourquoi Peyote est-il venu te voir? »

« ... Pour rien, » lança-t-il avec hargne. Croisant le regard du jeune homme aux cheveux bouclés, il sentit que Mohammed s'inquiétait vraiment. Se mordant la lèvre, il chercha à détourner le sujet. « Ils sont toujours enfermés dans leur tente? La princesse va dormir où, alors?

- ... Pour l'instant, elle ne bouge pas, » répondit le jeune homme après un instant d'hésitation. « Les Hana ont proposé de se serrer, mais elle attend. »

Ashiru grogna en réponse, et se dirigea vers son lit. « Ashiru, ta chemise est couverte de poussière. On dirait que tu t'es battu, » analysa l'autre en l'observant de face. Mais son 'petit frère' ne répondit pas, retirant ledit tee-shirt pour mettre son pantalon de pyjama sans gêne (autour de Mohammed, le presque frère, le presque père, il n'y avait pas de gêne à avoir), avant de se coucher sur son lit.

Mohammed n'insista pas. Peut-être aurait-il dû.


Le lendemain, presque tout le groupe fut réveillé de bonne heure, par les sonneries d'Oracle Bell. Jeanne cligna des yeux, se redressa à demi, encore toute engourdie de sommeil. Ses cheveux en bataille lui barraient la vue, ils étaient pleins de nœuds (il faudrait qu'elle trouve une solution); elle dût les démêler un peu pour pouvoir les écarter et les rejeter en arrière. Puis, à tâtons, elle attrapa son Oracle Bell et observa l'écran tout illuminé, frappa le bouton qui éteignait la sonnerie. Sous ses yeux s'affichaient deux noms porteurs de liens hypertextes.

Komeri Saigan.

Lyanne Halloway.

Curieuse, elle cliqua sur le premier lien. L'image d'une enfant aux cheveux blancs comme la neige, habillée d'orange, s'afficha sous ses yeux. Un petit numéro pouvait être lu, ainsi que d'autres informations vagues. Revenant en arrière, elle vérifia l'autre lien. Cette fois-ci, il s'agissait d'une jolie blonde au sourire franc. Elle aussi n'avait qu'un petit numéro, à peine 5400.

S'étirant, l'albinos tira ses vêtements de sous son lit. Opachô lui dormait toujours, Hao était déjà sorti. Ah, tant mieux. Bientôt habillée, la petite albinos sortit de la tente, se brossant la crinière sans vraiment y penser, et partit déjeuner. Turbein l'accueillit d'un sourire, il restait un peu d'oeufs brouillés et de bacon, qu'elle enfourna avec délice. D'autant plus qu'elle était seule, sans personne pour la critiquer. Se bâfrer en paix, c'était bien mieux, comme aurait dit Mathie. Le jeune homme l'envoya ensuite vers la caravane, où Yamada et Boris nettoyaient les vêtements du groupe. Elle suivit l'ordre sans grand enthousiasme, s'avançant parmi les 'chambres' un peu au hasard.

Deux mains surgirent de derrière elle, s'amusant à pincer la modeste poitrine de Jeanne. Celle-ci jeta un cri d'orfraie et dût se retenir de trucider une Mathilda ricanante. "M-mais ça va pas?"

La rouquine ricana, « Oh allez, ça va, je m'assure qu'ils poussent bien. Moi j'étais tellement contente qu'il n'y ait pas de problème -
- De problème? » L'albinos fronça les sourcils, sans comprendre. La rousse ouvrit de grands yeux, comme si elle avait dit une bêtise.

« Non, rien... Tu comptes te battre comme ça ? Jeanne ne comprit pas. La rousse pointa du doigt sa crinière argentée, qui s'emmêlait doucement avec le vent. « Bah… Oui ? Je ne vois pas le problème…
- Et si Hao-sama essaie encore de te limiter ? Par exemple en te forçant à ne pas trop utiliser tes dons de Shamane ? Des cheveux comme ça, c'est dangereux, » commenta la petite rousse, qui triturait une mèche maintenant. Jeanne haussa les épaules. « Je pense que ça...
- Allez j'avoue je veux juste te tresser les cheveux. Ca va être trop mignon, allez, steuplé, steuplé... »

Ces grands yeux violets tous mouillés. Cette bouche en cœur qui tremblotait. Ces mains jointes en prière. La bouille de Mathilda n'était pas innocente, loin de là. Jeanne avait déjà vu cette bouille acheter des élastiques, des sodas, des heures de veillée, des lectures, des corvées. Cette bouille aurait mérité d'être primée aux Oscars des plus grandes actrices. Et encore une fois, cette bouille gagna à la rousse ce qu'elle demandait: Jeanne céda. « Bon, très bien, vas-y, » souffla-t-elle, le regrettant déjà. La rousse lui prit la main, l'entraîna vers un banc, l'assit, et se mit au travail. L'albinos échangea un regard avec Shamash, fut corrigée par un « bouge pas » brusque.

Au bout d'une demi-heure, la petite rousse avait fini son ouvrage, et liait les bouts avec ses propres élastiques. « Ala, j'ai terminé~

Jeanne se redressa, secoua la tête. Elle se sentait toute légère avec ces deux nattes, elle avait envie de tournoyer juste pour les sentir voler autour d'elle. Finalement, ce n'était pas une mauvaise idée... « Merci, Mathie, » fit-elle d'une voix douce, lui offrant un sourire rayonnant. « J'ai l'air de quoi? »

La rousse fit la moue. « D'une écolière de manga de Zang, » fit-elle enfin d'un trait, avec un sourire coquin. L'image fit rougir Jeanne, qui sauta à la poursuite de sa camarade entre les tentes. Cependant, la rousse sembla disparaître entre deux pans de tissu, et l'albinos se figea, comme perdue. Une impression bizarre s'appuyait sur elle, comme si l'espace était délité, écrasé. Sa tête tournait un peu. Une enfant la dépassa en riant, elle avait une crinière toute blanche et fofolle.

Un froissement de tissu derrière elle. L'albinos se retourna, ses nattes claquant dans l'air. En face d'elle se tenait une grande silhouette orangée. Clignant des yeux, elle remarqua des mains fines et hâlées, des cheveux roux (mais pas le roux violent et criard de Mathi, un roux plus naturel, plus... calmant), une silhouette douce et comme à peine ébauchée.

« J-je... Vous...?
- Bonjour, Iron Maiden, » fit-elle, d'une voix si douce, si calme... « Je m'appelle Sâti. » La petite fille se laissa tomber sur la jupe de Jeanne, riant aux larmes. Jeanne croisa un regard étrangement pâle, une peau mate. « Je...
- Voici Komeri, » fit la jeune femme en face d'elle. « Vous êtes censées vous affronter durant la première manche. Elle a déjà gagné son premier match. Mais elle n'a que 30 000 points de furyoku, ce qui est peu par rapport à vous. »

Jeanne releva les yeux, affrontant ce regard d'ambre. Shamash semblait totalement absent de son esprit, son propre souffle grondait comme un vent violent à ses oreilles. "Ma fille n'a que cinq ans, et pas l'énergie nécessaire pour vous vaincre, » souffla encore la jeune femme. « Je ne souhaite pas qu'elle se blesse, alors je viens vous apporter la nouvelle de son forfait. »

L'albinos fronça les sourcils, elle avait la bouche pâteuse, c'était bizarre. "Je comprends... C'est normal," fit-elle en retour. « Je gagne donc par forfait...? »

Hao apparut soudain auprès d'elle, l'espace reprit sa texture normale. Jeanne inspira profondément, il passa un bras autour de ses épaules. « Bien bien bien, si je m'attendais. Sâti Saigan. Que nous vaut le plaisir? »

La rousse ne sembla pas se troubler, son sourire disparaissant quelque peu cependant. « Bonjour, Hao. Je ne crois pas que vous soyez intéressé par notre discussion.
- Au contraire, » ricana le brun, « je suis très intéressé. La petite Jeanne étant sous ma protection, je ne vais pas la laisser se faire influencer sans rien dire. Je n'aime pas ces petites pressions insidieuses. » Jeanne fronça les sourcils. L'impression bizarre...? Il pressa son épaule, la gardant silencieuse.

« Oh, je ne voyais pas à mal, » sourit la jeune femme en face d'eux. "Mais faire combattre une petite de son âge contre une Déesse serait idiot, je ne faisais qu'avertir d'un forfait. Komeri pourra se qualifier grâce à son troisième match.
- Je veux quelque chose en échange, » ronronna Hao, tripatouillant toujours la tresse de l'albinos, qui commençait à le fixer avec hargne. C'était la goutte d'eau. « Non, vous ne voulez rien du tout, » jeta-t-elle en se dégageant. "C'est mon combat, pas le vôtre, et si j'accepte ce forfait, c'est pas vos oignons. »

Hao la lorgna d'un oeil méprisant. « Tu ne sais rien, alors tais-toi, veux-tu?
- Non. Vous n'allez pas faire du chantage à une mère qui a peur pour sa fille. Elle ne me doit rien, » lança-t-elle vers Sâti, « vous pouvez partir. » La rousse leva un sourcil. « Vous êtes sûre? »

Hao voulut faire taire Jeanne, l'albinos le repoussa violemment. « Je suis sûre, » souffla-t-elle. Sâti sourit, ramassa sa fille. « Très bien. Nous nous reverrons sans doute," acquiesça-t-elle en disparaissant. Hao roula les yeux, attrapa l'albinos par la gorge. « Tu viens de faire une belle bêtise, » il grogna en la secouant. « Tu ne connais rien aux politiques du tournoi. Elle ne te fera pas de faveurs pour avoir été gentille, idiote! Pour elle, tu viens de la libérer de toute obligation! Tu regretteras ce que tu viens de faire. C'est une promesse. »

Il la relâcha, disparut entre deux tentes. Jeanne souffla, serra les poings. Il en avait des bonnes, lui! Elle n'en avait rien à faire. Elle ne voulait pas gagner parce que d'autres lui faisaient des faveurs. Ce genre de tactiques, c'était bon pour lui, cet ignoble bougre! Elle gagnerait, honnêtement, sans tricher.

Bon. Coup d'oeil à sa Cloche. L'autre match devait avoir lieu aujourd'hui... Il était inscrit à six heures du soir, à quelques dizaines de mètres du campement. Jeanne avait profité de l'après-midi pour s'entraîner, demandant à Mathilda et Marion de l'attaquer et de tenter de détruire son O.S. La jeune albinos était assez fière d'avoir résisté plusieurs heures sans faillir, et ce malgré les provocations pour le moins sans gêne de la rouquine. Enfin. S'étirant, elle attrapa ses bagues de fer, les passa à ses doigts et partit pour le lieu en question, triturant son Oracle Bell sur le chemin. La fiche de Lyanne était désespérément peu intéressante. Nom, prénom, taille et poids (elle avait affaire à une petite ronde terriblement mignonne, jalousie jalousie), le chiffre énigmatique... Le match était inscrit à six heures du soir, à quelques dizaines de mètres du campement.

« Salut! » L'albinos sursauta, releva la tête. La blonde de la fiche lui souriait, une main levée. Elle était encore plus mignonne que sur la photographie, à peine plus grande que l'albinos bien que visiblement plus âgée d'une dizaine d'années. « Je suis un peu perdue, tu sais où c'est le parc... Le parc... » Elle baissa la tête vers un papier.

Jeanne leva sa Cloche. « Je suis ton adversaire, je crois, pas la peine de t'inquiéter, » dit-elle en souriant. L'autre rosit, s'excusa, sourit. Derrière elle, son esprit flottait, ombre jaune et discrète. L'albinos les guida jusqu'au parc en question. Là-bas les attendait une grande silhouette sombre, portant le manteau traditionnel des Paches. « Bonjour, participantes, » sourit le Pache qui venait de rabattre son manteau, découvrant son visage au petit groupe. Il avait un sourire plus froid, des yeux moins doux que Rutherford et Silva. L'albinos n'était pas sûre de beaucoup l'aimer, celui-là. Lyanne, elle, semblait le connaître, lui sourit. « Bonjour m'sieur Magna, » lança-t-elle de sa douce voix. Il lui sourit, découvrit Hao qui le saluait en se levant. Aussitôt, un sourire carnassier s'était placé sur le visage de l'Asakura, il attira le Pache dans un coin. Jeanne fronça les sourcils, mais les laissa en paix, préférant s'intéresser à la blonde, la détaillant des yeux. Elle n'était pas très grande, les cheveux sagement rangés derrière la tête, le front large, les yeux rieurs. Elle discutait avec un fantôme visiblement naturel, une espèce de golem de boue, en parlant d'un certain Clay qui l'attendait à la maison... Un petit frère, visiblement, qui venait d'échouer à son propre match de qualifications. Jeanne souffla. Coup d'oeil à Shamash. Il n'était pas inquiet, l'autre n'avait presque pas d'énergie, ils seraient vainqueurs... Elle sourit, un peu amère cependant. Même si elle tenait à accomplir son rêve, devoir écraser d'autres Shamans pour le faire ne lui plaisait pas tellement... Sauf Hao, bien sûr. Elle avait hâte de l'éclater, celui-là. Elle s'avança, voulut parler à cette nouvelle connaissance -

Sauf que soudain, elles n'étaient plus seules, le brun l'avait attrapée par la main, la forçant à le regarder. Sur son visage s'étalait un grand sourire plein de dents, elle fronça les sourcils. « Jeanne, j'ai trouvé mon idée pour aujourd'hui.
- Quelle idée ?
- Tu sais, » ronronna-t-il, « pour te limiter. Et te punir, aussi, tu m'as défié trop souvent cette semaine. Alors on va te bander les yeux, ça t'entraînera à 'voir'…
- Hein ? » L'albinos n'était pas d'accord, voulut se dégager. Mais il était bien trop fort. Hao l'immobilisa d'une main, et de l'autre plaça sur ses yeux un épais bandeau noir. Jeanne avait beau cligner les yeux, elle n'y voyait rien. « Reste calme, tout ira bien, » murmura le terrible Shaman en l'attachant solidement à l'arrière de son crâne.

D'abord elle ne vit rien. Ses doigts continuaient de se battre pour desserrer le bandeau, elle n'y parvenait pas, Hao le maintenait par la force de sa volonté. Désorientée, elle se figea, sans comprendre ce qu'il attendait -

« Il est l'heure, » coupa la voix de Magna, plate et sans intonation particulière. « Celle qui ne sera plus capable de créer d'Over-Soul sera considérée comme vaincue, vous n'avez pas besoin de vous blesser, même si ce n'est pas interdit. Mettez-vous en place... Bonne chance à tous, Three, two, one, FIGHT! »

Un coup de poing d'une violence formidable la cueillit au creux de son ventre, l'envoyant voler jusque dans un arbre. Le second choc fit passer un éclair blanc devant ses yeux, son souffle expulsé hors d'elle. Il y eut un cri, ce n'était pas le sien, mais celui de la blonde. Retombant sur le sol, elle tenta de se remettre debout, son dos irradiait de douleur, des points rouges passaient devant ses yeux. Heureusement, elle avait réussi à conserver son Over-Soul, Shamash gardant une épaisse barrière blanche autour d' n'avait-elle pas vu cette attaque arriver? Malgré sa cécité physique, elle aurait dû être capable de 'voir' les signatures énergétiques, les mouvements spirituels. Avait-elle des moyens pour camoufler ses attaques ou...? Non, un ricanement au dessus d'elle, Hao était à l'oeuvre. Elle grogna misérablement, elle ne 'voyait' rien. Hao continuait-il son bloquage, ou la jeune blonde attendait-elle...? Se relevant à grand peine, elle chercha à se concentrer. Rapidement, elle repéra les signatures, le camp plus loin, son adversaire. Comme elle l'avait déjà pressenti, il n'y avait normalement aucun danger, elle ne pouvait pas avoir tellement d'énergie. Son Over-Soul se faisait au niveau de son front, Jeanne tenta de se remémorer le visage de la blonde, avait-elle quelque chose là? Oui, oui, elle avait une espèce de bandeau...

Soudain elle sentit une flèche se diriger vers elle, l'Over-Soul de son adversaire avait un arc! Se mordant la lèvre, elle tenta de bouger, mais elle allait trop lentement, elle n'allait pas pouvoir s'en sortir -
La flèche se planta en vibrant dans le bois de la statue d'Alapega, à la hauteur de l'oeil de Jeanne. Ce n'était pas l'inclinaison du tir qu'elle avait enregistré. Hao influençait encore sur le match, la mettant en danger. Et l'organisateur ne réagissait pas!

Soudain, la voix d'Hao dans sa tête. « Finis-en, je m'ennuie. » Jeanne se mordit la lèvre, se reconcentra. Derrière elle, la fontaine de puissance qu'était Hao. A droite, Magna. En face, la petite étincelle de Lyanne, qui se préparait à attaquer... Et soudain Jeanne le vit. Il y avait la perception brute, la blonde et sa force qui lui collait à la peau et à l'Over-Soul. Mais soudain elle distinguait tout, la nature du fantôme, la forme de leur union, ses faiblesses aussi. Ce n'était pas un Over-Soul parfait, le fantôme rechignait à prendre certaines formes. Pour le briser, c'est donc à cet endroit qu'il faudrait frapper...

Lyanne s'élança.

Shamash la cueillit comme une pomme mûre, de lourdes chaînes s'enroulant autour de la petite blonde et la séparant de son médium. Un coup sec, l'Over-Soul était brisé, cette fois-ci pour de bon. Une chaîne apporta le bandeau jusqu'à Jeanne, qui le récupéra avec précaution (elle n'avait aucune envie d'abîmer un objet aussi précieux). Elle patienta quelques secondes.

« Match terminé, » lança enfin Magna. « Victoire pour Jeanne Maxwell. » Il avait à peine prononcé les mots qu'elle arrachait à grand peine le bandeau, jetant la lanière noire à ses pieds sans plus s'en soucier. Lyanne avait un regard un peu terrifié, mais elle semblait aller bien. Joggant jusqu'à elle avec un sourire, l'albinos lui rendit son médium. « Désolée, » souffla-t-elle, toute pâle. « Je n'ai jamais voulu te-
- Je sais, » sourit Jeanne. « Hao s'en est mêlé, ce n'est pas ta faute, ça va... »

Un rire derrière elles. Jeanne se retourna, poussant instinctivement Lyanne derrière elle. Le brun avait sauté de son perchoir et s'approchait, conquérant, souriant. Magna semblait avoir disparu. « Jeanne, écarte-toi, » sourit-il avec douceur. Elle fronça les sourcils. « Je ne vois pas pourquoi. Vous n'avez rien à dire à cette jeune femme.
- Oh, non en effet, je n'ai rien à lui dire, mais Spirit of Fire a faim, » fit-il en s'approchant de plus belle, son énergie crépitant autour de ses doigts. Shamash à son côté se tendit, bourdonna dans l'esprit de Jeanne. Elle leva les doigts, brillants de bagues de fer.

« Reculez! »

Il sourit, indulgent. « Jeanne, les âmes gagnées par mon équipe m'appartiennent de droit. Je te protège, te fais à manger, t'élèves… Qu'est-ce que cette petite peut bien t'offrir d'équivalent ?
- Les vôtres chassent pour vous, grand bien leur fasse. Qu'ils vous offrent les âmes qu'ils ont gagné eux. C'est moi qui ai gagné ce combat, Hao, l'âme de cette fille m'appartient, j'en fais ce que je veux, » grogna-t-elle, semblable à un loup protégeant son territoire. « Et je la garde. »

Hao eut un sourire indéchiffrable. « Très bien, » se rendit-il avant de se retourner. Jeanne souffla, relâcha son Over-Soul.

Un cri retentit alors derrière elle. Ses yeux s'écarquillèrent alors qu'elle tournait lentement la tête. Spirit of Fire tenait une silhouette noircie dans son poing brûlant. La pauvre fille était morte.

Jeanne montra les dents, réactiva son Over-Soul, se retourna pour faire face à un Hao ricanant. Le choc était évident sur son visage. « Vous aviez dit -

- Et tu m'as cru? C'est vrai, tu avais gagné cette petite âme faible. Tu n'y as pas fait attention. Et je l'ai volée. La prochaine fois, tu seras plus précautionneuse, » souffla-t-il, haussant les épaules, avant de s'en aller. Jeanne serrait les poings, retenant des larmes de frustration. « Elle n'avait rien fait...

- Non, » acquiesça-t-il de loin, « elle n'avait rien fait. » Elle pouvait parier qu'il souriait toujours. Ne comprenait-il donc rien? C'était une vie qu'il venait de détruire! Une fille souriante, sympathique, avec un frère dont il fallait s'occuper, une piètre Shamane peut-être mais quelqu'un avec des rêves, des espoirs, et d'un seul claquement de doigts il... Il avait tout pris... « Vous n'aviez pas le droit! Rendez-la moi! »

Cette fois-ci un fou rire le prit. « J'ai tous les droits, petite Jeanne. C'est le privilège des forts. Allez viens, le repas va être froid. »

Jeanne fronça le nez. Non, non, elle refusait ça. Comment pouvait-il laisser Opachô l'aimer ainsi quand il était si froid, si cruel, comment pouvait-il oser s'arroger ces droits, non, elle refusait, ce n'était pas la personne qu'elle connaissait. Elle l'avait vu en colère, triste, joueur, malin, mais jamais si inutilement cruel, jamais... "Hao -

- Tu n'as pas appris ta leçon, tu es punie. La discussion est terminée." C'était un ton coupant ce coup-ci, froid. Il s'était lassé.

« Je n'ai pas faim, » lança-t-elle avec hargne, ça y est elle pleurait, il était odieux, elle n'arrivait pas à admettre ce qu'il venait de faire. Sans plus attendre, elle se téléporta dans sa tente, se déshabilla, mit son pyjama, vite, très vite, avant que quiconque ait la chance de la trouver. C'était plus que de la simple incompréhension, elle se sentait trahie. C'était stupide, elle devait pourtant le savoir qu'il était un horrible personnage, il ne lui avait jamais rien promis, il ne lui devait rien, mais...

Elle pleurait de plus en plus, sentit-elle, son nez la piquait. Ça, pour la punir, il l'avait punie... C'était le sol sous ses pieds qui se dérobait, elle qui croyait que finalement il y avait quelque chose là, quelque chose qu'elle voulait comprendre - mais non, il n'y avait rien. C'était un monstre qui la gardait près de lui, un monstre inhumain qu'elle haïssait. Elle avait envie de briser quelque chose...

Sans pouvoir s'en empêcher, elle jeta son pied dans le lit de camp du brun, le mettant par terre, dans la poussière. Son énergie folle crépita, fit exploser un miroir oublié sur le sac ouvert du brun. Toujours en larmes, elle se laissa tomber sur son lit. Avec un peu de chance, elle serait endormie avant qu'il ne revienne... Elle ne voulait plus le voir, plus jamais.


« Jeanne-nee-chan... »

Ce ne fut qu'un écho vague d'abord, une voix brouillée qui venait la tirer de ses rêves moroses. Elle ne voulait pas y prêter attention... « Jeanne-nee-chan! » L'albinos s'éveilla en sursaut. Un instant, elle se redressa, vit bien vite qu'il n'y avait personne dans la tente à part elle et Opachô, qui venait probablement dans l'idée de se coucher. Alors Jeanne laissa retomber sur le matelas avec un bruit de soulagement. « Rendors-toi, Opachô. »

Le petit gonfla les joues, et commença à s'approcher. Elle prenait pourtant garde à prendre un ton calme... « Jeanne-nee-chan est triste? »

Ladite Jeanne soupira. Devant ses yeux repassait les événements de la soirée, le combat, la mise à mort. Punie, elle était punie, non pas elle, c'était cette pauvre fille qui n'avait rien fait qui était punie à sa place, injuste... « ... Oui, Opachô. » Le petit fronça le nez, se leva tout à fait, sauta sur le lit de Jeanne, tout près de sa tête blanche. Il souleva une mèche blanche, regardant en dessous avec curiosité. « Jeanne-nee-chan est triste parce qu'Hao-sama a tué quelqu'un, » souffla-t-il de son ton le plus innocent.

L'albinos releva la tête, fronça les sourcils. « Q-quoi?
- Opachô vient d'entendre Jeanne-nee-chan le dire. »

Jeanne fronça les sourcils, se redressa sur son séant. « Je n'ai rien dit, Opachô… » Elle ne comprenait pas. Avait-il écouté aux portes ? Hao lui en avait-il parlé ? L'odieux monstre avait-il osé s'en vanter? L'albinos se mordit la lèvre.

« Si, Jeanne-nee l'a dit dans sa tête, et Opachô l'a entendu. Opachô est devenu très fort, il entend tout, » annonça le petit bonhomme tout fier. Jeanne ne comprenait pas, se força à repousser la torpeur. « Tu… tu entends mes pensées ?
- Voui, » qu'il dit en hochant de la tête. Pourtant il devait mentir. Ce n'était pas possible. Encore un plan foireux d'Hao ?

« Opachô ne ment pas ! » Maintenant il était fâché. « Hao-sama aussi peut le faire, il l'a dit à Opachô. »

L'albinos fronça les sourcils. Il soupira, lui fit signe d'oublier. « Nee-chan est fatiguée… » Elle sourit faiblement, fatiguée, oui, fatiguée de cette vie stupide qui ne servait à rien, même pas capable d'abattre un monstre... « oui, Opachô. » Le petit gonfla les joues, ferma les yeux, se concentra. Ses mains brillèrent, et il concentra un instant son énergie, devenant soudain un mouton laineux immaculé. Elle cligna les yeux. Le petit s'allongea sur l'oreiller de l'albinos, et lui indiqua de s'allonger sur lui. « O-Opachô… » Il insistait cependant, alors l'albinos posa sa tête dans l'épaisse toison. « Tu es sûr… ?
- Oui, Jeanne-nee, » fit-il en souriant. « Bonne nuit, Nee-chan.
- Bonne nuit, Opachô. » Puis Jeanne ferma les yeux, et s'endormit.


Jeanne : … *boude*

Hao : … *pokes*

Jeanne : … *mord*