Résumé : Au précédent chapitre, nous avions laissé notre couple terrible dans une position plus que compromettante dans les toilettes du salon de Madame Pieddodu pendant la saint Valentin (infatigables ces deux là ! ils n'arrêtent jamais…). Le plan diabolique de Fred visant à faire de notre Harry un parfait hétéro en le présentant à Petite Princesse, alias Pansy Parkinson, s'est avéré quelque peu un échec… Qu'en sera-t-il de l'avant dernière tentative, et si on casait Harry avec son ex Serpentard… Après tout, pourquoi pas ? Qui ne tente rien… Bonne lecture…
Opération : Marions-le
Chapitre 12 : Opération : le caser avec son ex Serpentard…
Au cœur de cet hiver froid et glacial, au fin fond de l'Ecosse, dans la très célèbre et prestigieuse école de Poudlard, établissement sorcier protégé du regard des moldus ignorants par une multitude de sortilèges ancestraux des plus complexes, les habitants du vieux château médiéval s'éveillaient doucement en ce premier jour de week-end tant attendu. Tous profitaient agréablement de ce début de matinée après une semaine harassante et riche en aventures de toutes sortes… Enfin tous, peut-être pas... Le jeune enseignant en Défense contre les Forces du Mal, idole de toute une génération pour sa bravoure, sa modestie et sa beauté extraordinaire, se retint de justesse de se fracasser la tête contre le bois dur de son bureau. Harry se redressa péniblement, soupira profondément, il frotta machinalement ses yeux encore trop rougis de fatigue. Il essayait de se concentrer sur les inepties de la copie de Manus Adrien, en vain. Il faut dire que l'heure plus que matinale pour notre séduisant héros et les activités particulièrement débridées de cette nuit de parfaite débauche avec un certain maître des Potions n'aidaient en rien le jeune homme à réfléchir aux monceaux d'absurdités qu'il tentait de déchiffrer. C'était au moins la troisième fois que le petit brun reprenait péniblement sa lecture, l'esprit toujours délicieusement embrumé. S'il relisait encore et encore le parchemin, c'était pour tenter d'y trouver un quelconque intérêt mais décidément, il ne comprenait rien à cette suite de mots sans sens.
Pourtant, le jeune enseignant était certain d'avoir composé un sujet on ne peut plus classique, abordant des sortilèges absolument incontournables pour tout élève de cinquième année prétendant passer ses BUSE avec succès dans quelques mois. Harry fit léviter la feuille de son sujet jusqu'à lui tout en se calant plus confortablement dans son fauteuil en cuir sombre. Il parcourut rapidement le texte de son interrogation comme pour se rassurer une ultime fois : tout d'abord, une question sur les sortilèges impardonnables, définition et manifestation du sortilège de l'imperium… Oui, rien de bien sorcier… Harry se surprit à sourire au jeu de mots minable qu'il venait de faire en pensées… Merlin, il était épuisé, exténué. Sa fatigue s'expliquait assez facilement au vu de cette nuit. Le maître des Potions était dans une forme absolument éblouissante, véritablement insatiable, comme s'il tenait curieusement à prouver quelque chose. En tout cas, il l'avait rarement vu aussi 'motivé'. Pour le survivant, il n'y avait assurément pas un seul lieu dans tout l'univers où il pouvait être plus heureux que retenu dans les bras puissants de l'ancien espion et rien n'était plus délicieusement agréable et licencieux que de se retrouver blotti tout contre lui dans des draps emmêlés et froissés, leurs corps inextricablement collés, encore en sueur. Il était toujours au paradis dans les cachots de Severus Snape et pourtant, cette nuit avait atteint des sommets, c'était un feu d'artifice, une apothéose. Le séduisant professeur gigota légèrement, une petite douleur assez lancinante dans une certaine partie de son anatomie se rappelant gentiment à lui.
Le petit brun reprit finalement sa lecture. Seconde question sur les Epouvantards, le rôle et les effets du sortilège du Ridiculus sur ces créatures terrifiantes, se nourrissant de nos peurs les plus secrètes… L'image de son cher et tendre déguisé en Madame Londubat, la grand-mère stupéfiante de Neville, apparue aussitôt dans son esprit et le survivant éclata d'un rire franc et sonore auquel répondit le silence inhabituel de sa salle de cours. Au temps pour lui… Harry se morigéna : Pitié Potter ! Concentration ! Il devait vraiment éviter de penser à son Sev pendant au moins deux minutes, sinon, il serait encore là à corriger le travail de ce demeuré de Manus Adrien lundi matin et il avait bien d'autres projets en tête pour ce week-end, et foutrement plus savoureux.
Dernière question sur le Patronus : son rôle de force de protection positive du sorcier face aux attaques ennemies, et en particulier celles des Détraqueurs… Harry se souvenait parfaitement de sa troisième année, la nuit où il avait pour la première fois fait apparaître son patronus corporel. Hermione et lui venaient tous deux de bouleverser le passé grâce au retourneur de temps en sauvant Buck, le pauvre hippogriffe condamné injustement. Ils étaient cachés dans la forêt interdite, cherchant comment sauver Sirius de l'attaque des Détraqueurs d'Azkaban. La jolie brunette aux cheveux emmêlés lui avait alors expliqué qu'elle avait surpris une conversation entre Albus Dumbledore et Severus Snape à l'infirmerie alors qu'Harry était encore inconscient. Le Maître des Potions avait affirmé devant le directeur de Poudlard que le Patronus apparu sur le lac, qui avait fait fuir une centaine de détraqueurs, était le fait d'un très puissant sorcier, un homme aux pouvoirs exceptionnels. Au début, Harry avait pensé assez étrangement que ce cerf blanc et majestueux était celui de son père mais brusquement, il avait compris, réalisé, comme une évidence les mots de Severus tourbillonnant dans son esprit et il avait hurlé 'EXPECTO PATRONUM' de toutes ses forces, faisant apparaître l'animal d'une pureté inouïe. Merlin ! Son chéri pensait déjà à l'époque qu'il était un très GRAND sorcier. Une petite rougeur adorable se dessina sur les joues pâles du brun qui toussota avant de se concentrer à nouveau sur la feuille d'examen. Bien, les trois premières questions étaient vraiment simples… N'importe quel élève de cinquième année devait être apte de décrocher un Effort Exceptionnel pour un tel travail.
Rester encore la dissertation de cinq cents mots sur les loups-garous : 'Vous aborderez les modes de vie des Loups-garous, l'influence des différentes phases de la lune sur leur vie et leur transformation, leur lien avec le monde des sorciers ainsi que les effets de la potion Tue-Loup.' Rien d'insurmontable, en somme. De toute façon, Harry avait parfaitement raison, il savait qu'il n'y avait rien à espérer de ce crétin de Manus Adrien. Et non, il n'était absolument pas de parti pris parce qu'il s'agissait du travail inintéressant et bâclé du capitaine de Quidditch des Serpentards et non, il ne s'acharnait pas impitoyablement sur ce parchemin parce que cet abruti prétentieux s'amusait à tous ses cours, tournant en dérision les conseils qu'il donnait en Défense contre les Forces du Mal, distrayant la classe par des remarques imbéciles. Quoi qu'en disait Severus, parfaitement partial à ce sujet, ce jeune homme était probablement la conséquence désastreuse d'une union dramatique entre Goyle et une huitre.
Après une énième relecture, il barra d'un grand trait rouge la réponse faite par l'élève à la question deux sur les Epouvantards : sa conclusion était très incomplète, pour ne pas dire tristement affligeante, tellement d'erreurs grossières, d'approximations douteuses. Le séduisant brun au regard émeraude adorable se pinça l'arête du nez dans un geste de désespoir. Pourquoi par Godric avait-il fallu que son Sev lui rappelle cette insignifiante et minuscule obligation liée à son travail ? Pourquoi par Merlin s'imposait-il une telle torture un samedi matin au lieu de jouir de la douce chaleur des bras de Severus, au lieu de profiter des mains caressantes et délicieuses, des lèvres si plaisamment déstabilisantes du Maître des Potions ? Les pensées du brun dérivèrent une nouvelle fois sur la soirée d'hier soir, un petit sourire coquin apparaissant aussitôt sur son visage à ce souvenir. Son regard se fit un peu plus rêveur, il s'était encore laissé distraire de ses corrections. Il secoua violemment la tête de gauche à droite, comme pour évacuer de son esprit tout ce qui lui faisait penser à ces yeux sombres et profonds, cette voix basse, troublante et sensuelle, ces cheveux noirs comme le bois d'ébène. Est-ce qu'il était à ce point atteint par le syndrome Snape pour ne pouvoir l'occulter de son esprit le temps d'une matinée, juste pour finir ce travail insipide ?
Pour calmer la tension grandissante de son corps, il regarda une minute par la fenêtre donnant sur le parc de Poudlard, prit une grande inspiration, puis inscrivit un 'T' rageur sur la copie du capitaine des Serpentards, la prose de cet élève ne méritait certainement pas davantage. Il rajouta un court commentaire, digne du grand et terrifiant Severus, terreur des cachots : 'Je pense que votre copie insulte l'intelligence d'un Troll des montagnes…' avant de saisir la suivante… Rose Anervert… Harry hocha la tête. Au moins, ce parchemin-là serait vraisemblablement plus intéressant et brillant que tous les autres réunis, des propos pertinents et justifiés, s'appuyant avec finesse et intelligence sur les cours que la jeune fille avait reçus, un travail exemplaire comme à l'accoutumée. En général, en lisant les travaux de Rose, Harry était soulagé, constatant qu'il ne perdait pas complètement son temps à enseigner la Défense contre les Forces du Mal.
A son grand désarroi, depuis qu'il avait accepté ce poste à la demande de Minerva, il avait eu bien trop souvent la sensation d'être uniquement le professeur séduisant et sexy qui fait tourner les têtes et les cœurs énamourés des jeunes adolescents et adolescentes de Poudlard, un peu à la manière de Lockhart. Cette vision terrifiante, cette image cauchemardesque lui donnait simplement la nausée. Au cours de la semaine qui venait de s'écouler, l'impression du survivant avait été bien cruellement confirmée à de très nombreuses reprises par les dires de Seamus, un brin moqueur. Le traître qui osait se prétendre son ami, le taquinait ouvertement à ce propos et s'amusait beaucoup de l'embarras du brun. Le phénomène s'était considérablement amplifié avec l'effervescence de la Saint Valentin. Harry avait surpris tellement de conversations chuchotées, de ricanements et de rougissements dès qu'il passait dans les rangs, dès qu'il s'adressait à un élève pour le reprendre sur un geste ou un sortilège qu'il était à rien de lancer quelques impardonnables. Fort heureusement, au milieu de tous ces étudiants qui se pâmaient devant le survivant, battant des cils à tout va, ne cessant de minauder du 'Professeur Potter' à chaque instant ; certains, comme Rose, écoutaient ses cours avec attention et en ressortaient avec des acquis réels et des compétences évidentes pour son plus grand soulagement. Accepter la proposition de Minerva lui avait permis de se rapprocher de son chéri, avantage crucial dans son opération 'épouse-moi, Sev', mais ce n'était pas tout, il pouvait aussi transmettre ses connaissances aux nouvelles générations et cette idée lui plaisait vraiment… Il comprenait qu'il était fait pour ce métier grâce à des élèves comme Rose. En tout cas, plus que ce cher Gilderoy, sans nul doute. Après une lecture attentive du travail de la jeune fille, il apposa un O, optimal, note maximale et soupira encore, une lassitude clairement lisible sur son visage. Merlin, il en était seulement à la trentième copie détaillant les effets de l'Imperium, il lui restait une petite dizaine de parchemins à corriger… Maudite soit la conscience professionnelle de son Sev !
Effectivement, si notre séduisant brun était là, dans sa salle de cours déserte qui plus est un samedi matin, à raturer et reprendre un tas d'écrits sans grand intérêt, c'était uniquement à cause de l'autorité incontestable, du charisme impitoyable du ténébreux espion du Phénix. Severus était véritablement le seul qui parvenait à discipliner et raisonner le jeune sorcier qui n'en avait toujours fait qu'à sa tête. Alors que le jour se levait à peine sur Poudlard, Harry avait malheureusement été sommé de quitter les appartements du Maître des Potions pour finir immédiatement son travail en retard. Le petit brun avait eu beau râler, tempêter qu'il était beaucoup trop tôt à son goût, qu'il désirait profiter de sa matinée un peu plus, rien n'avait fait fléchir le propriétaire des lieux. Le jeune homme ne voulait pourtant en aucune façon laisser son amant, même si ce n'était que pour quelques heures, surtout après la nuit torride qu'ils venaient de partager ensemble. Il aurait voulu simplement prolonger ces merveilleux instants jusqu'à épuisement total. Il avait alors usé et abusé de ces beaux yeux d'émeraude suppliants. Il avait ensuite boudé, espérant que son regard de chaton ferait plier Sev. Douce illusion, il avait eu l'impression d'être à nouveau, élève de sixième année se faisant réprimandé par la terreur des cachots et s'était résigné à rejoindre sa salle de Défense contre les Forces du Mal au lieu de profiter des talents indéniables du ténébreux ancien mangemort.
Bien sûr, Harry aurait pu reconnaître que tout ceci était entièrement de sa faute, que comme lorsqu'il était élève, il avait des difficultés évidentes à respecter certaines obligations incontournables. En l'occurrence, avec tous les événements récents, le match de Quidditch entre sa maison et celle des Serpents, l'organisation de la Saint Valentin mercredi dernier, ses projets de conquête de Severus, il n'avait pas eu l'occasion de s'avancer suffisamment dans son travail et une montagne de parchemins recouvrait son bureau depuis plusieurs jours maintenant. Evidemment, chers moldus, beaucoup d'entre vous penseront, et à juste titre je dois dire, que la lecture de ces travaux pouvait attendre… Harry était d'ailleurs parvenu à la même conclusion, il comptait bien remettre à la semaine prochaine ces quelques corrections pour profiter honteusement du corps de son amant le restant de la matinée. Après tout, les élèves ne viendraient certainement pas lui réclamer de tels chefs-d'œuvre. Allongés dans le lit, ils avaient commencé par déguster ensemble un petit déjeuner divin, agrémenté de baisers sucrés ou chocolatés lorsque Severus lui avait rappelé un petit détail assez fâcheux qu'Harry avait très légèrement occulté.
Le séduisant survivant se souvenait vaguement qu'il y a trois semaines, au cours d'une réunion complètement inintéressante et assommante, Minerva avait parlé, parlé, parlé pendant qu'Harry avait sournoisement tenté de déstabiliser Sev grâce à des mouvements de pieds assez coquins sous la table… Il avait titillé le Maître des Potions, remontant dangereusement vers son entrejambe. Severus n'avait bien entendu pas bougé. Stoïque, il semblait de marbre, du moins en apparence car dès qu'ils avaient quitté la salle de réunion, il s'était littéralement jeté sur le petit brun, le poussant assez rudement contre le premier mur libre qui s'offrit à eux. Harry avait réussi à pimenter agréablement tout ce temps perdu. Toutes ces réunions professorales l'ennuyaient profondément, c'était épuisant. Enfin peut-être aurait-il dû être plus attentif cette fois-là car d'après son chéri, la directrice avait demandé aux enseignants de fournir un petit bilan succinct pour chaque élève de cinquième année pour le 16 février au plus tard. Elle voulait apparemment savoir où en étaient les sorciers en devenir dans leur apprentissage ô combien crucial de leur BUSE. La requête de l'ancien professeur de métamorphose était donc pour hier. Nul doute qu'Harry l'avait quelque peu négligé, trop obnubilé par toutes les manigances qu'il mettait en œuvre pour obtenir enfin une demande en mariage en bonne et due forme. Ce n'était malheureusement pas le cas de Sev qui lui avait reproché avec véhémence son manque de sérieux intolérable et son insouciance inadmissible, le sommant de retourner à sa salle de cours immédiatement pour finir ce travail. Le regard noir que lui avait alors lancé son amant l'avait pour le moins impressionné. Mieux valait ne pas trop tenter le diable, du moins pour cette fois…
Trois heures s'étaient écoulées dans le silence de la salle de cours lorsque le jeune homme reposa finalement le tout dernier parchemin, celui de Graysmith. Le garçon s'en sortait honorablement avec un Effort Exceptionnel. Harry fit voltiger sa baguette, récapitulant sur un papier vierge les résultats des élèves de cinquième année pour Minerva. Le brun aux cheveux emmêlés s'étira lentement, tous ses muscles endoloris d'être resté assis si longtemps. Il ensorcela le papier, pour que ce dernier s'envole vers le bureau de la directrice de l'école, achevant enfin cette mission éreintante et bien peu passionnante à son goût. Le héros du monde sorcier regarda la porte s'entrouvrir pour laisser passer le message volant, elle se referma aussitôt, alors que midi sonnait sourdement aux horloges de Poudlard. Il eut le temps de faire seulement quelques pas en direction de la sortie que fondait par la fenêtre entrouverte un magnifique hibou aux couleurs sombres. Il le reconnut aussitôt, c'était l'oiseau du rouquin, dresseur de dragon de son état. L'animal se posa avec grâce et fierté sur le dossier de son fauteuil et lui tendit sa patte où se trouvait accrochée une lettre enroulée dans un splendide ruban rouge. Harry se précipita pour saisir le message, il ne doutait pas qu'il s'agissait des dernières recommandations de son complice pour le rendez-vous qui avait été fixé à cet après-midi.
« Bonjour très cher survivant,
Alors dites-moi, comment allez-vous, ô divin héros de notre monde depuis mercredi dernier ? J'espère que tu as pu récupérer de ta Saint Valentin. Dire que tu n'as pas adhéré à la proposition de Fred. Quel dommage, vraiment ! Et quelle surprise pour nous tous ! Pourtant, cette chère Petite Princesse aurait fait une parfaite petite épouse pour notre idole, même la gazette des sorciers n'aurait rien trouvé à redire à ce choix. Un petit sourire, 'Ry… J'imagine parfaitement ta moue boudeuse à cette idée. D'accord, c'est une fille mais tout de même, tu pourrais faire un effort. De toute manière, tu t'attaches trop à ce genre de détail insignifiant… »
Harry interrompit sa lecture juste une seconde, avec un reniflement sonore des plus sarcastiques, digne du grand Severus Snape en cours avec des gryffondors de septième année. Détail insignifiant ! Ses amis étaient définitivement cinglés. Pans' est une fille… UNE FILLE. Bordel ! Enfin, d'après ce qu'elle prétendait car le brun n'avait pas le moins du monde l'intention de vérifier cette affirmation, quoi qu'espérait Fred. Un léger frisson parcourut le corps du brun, il ne pouvait toujours pas croire ce qui s'était passé mercredi dernier, lors de la Saint Valentin. Ses proches, des personnes en qui il avait placé toute sa confiance depuis de si nombreuses années, avaient osé le caser avec Petite Princesse… Il n'était pas sûr de pouvoir un jour oublier ce grave traumatisme, mais, là, il devait préparer le fameux rendez-vous avec son ex qui rendrait fou de jalousie son Sev : ce dernier n'aurait plus d'autres alternatives que de lui demander sa main ! Foi de Potter, cette tentative serait la bonne. Motivé et sûr de lui, le jeune héros de ce monde inconnu de vous, chers moldus, reprit sa lecture, avec impatience.
« Enfin, tu seras, je pense, heureux d'apprendre que Pansy a promis, en ton nom, vengeance et tortures à nos jumeaux adorés pour leur brillante initiative. J'ai hâte de voir comment s'y prendra notre douce Petite Princesse… Merlin, quel drôle de surnom pour une espionne ! Loin de moi l'idée de remettre en cause une décision du grand chef, tu me connais, mais là, franchement… C'est, disons, RI-DI-CU-LE… »
Comment cela le magnifique pseudo qu'il avait trouvé à Pans' était ridicule… Harry se retint de justesse de froisser le parchemin avant d'envoyer une quelconque malédiction sur Charlie mais, il se souvint, heureusement juste à temps, que le rouquin était un allié précieux dans sa quête du 'ils se marièrent, eurent de nombreux enfants et vécurent heureux jusqu'à la fin des temps…' Le brun soupira et se concentra à nouveau sur l'écriture du dresseur de dragon.
« Bref, passons au plus important qui est en l'occurrence, TON rendez-vous avec le grand, le sublime, le magnifique ex-serpentard de ta vie, j'ai nommé le seul et l'unique, Blaise Zabini. Première chose : surtout ne t'inquiète pas, nous avons bien reçu la mèche de tes cheveux hier et le vendeur de l'allée des embrumes nous a fourni assez de polynectar pour toute une semaine. Je pourrais donc prendre ta place sans souci. D'ailleurs, je voudrais être sérieux, juste une minute, pour te dire, Harry… Merci, du fond du cœur. Je sais que c'est assez stupide, que je n'avais aucune raison réelle d'être jaloux, que tu n'aurais rien fait qui puisse me nuire, mais ma relation avec lui est vraiment très récente et son passé est pour le moins tumultueux, alors… Enfin, j'apprécie sincèrement ta proposition. C'est une attention que je n'oublierai pas de sitôt. Blaise viendra donc te chercher à Poudlard en tout début d'après-midi, essaye d'être prêt pour une fois… Tu sais parfaitement qu'il n'aime pas patienter et je préfèrerais qu'il soit d'humeur plaisante pour cette journée particulière. Je vous attendrais comme convenu à Pré-Au-Lard, derrière la Tête de Sanglier pour devenir le temps d'une journée le héros de tous les temps, le seul et l'unique, Harry Potter. Je vais enfin savoir ce que cela fait d'être adulé par des millions de personnes. Essaye également d'être un peu discret pour une fois. Ce serait assez judicieux pour le bon déroulement de notre plan que tu n'ameutes pas tous les journalistes de Grande-Bretagne comme tu en as l'habitude. Cela nous facilitera grandement la tache quand on échangera nos places et inutile de ronchonner en prétendant que tu n'y es strictement pour rien. S'ils te suivent comme ton ombre, c'est entièrement de ta faute, tu es tellement irrésistible !
Figure-toi que Blaise m'a déjà annoncé en quoi consisterait notre escapade… Paris ! Tu imagines, la ville des amoureux, rien que ça ! Je suis sûr que tu baves à cette idée : ballade sur l'Ile Saint Louis, dîner on ne peut plus romantique sur un bateau mouche parisien et pour finir, petit hôtel à Montmartre avec vue sur le Sacré Cœur ! Il m'a sorti le grand jeu comme tu vois. Je suis sûr que tu commences à regretter finalement de m'avoir si gentiment cédé la place et pendant que je me ferais dorloter par mon serpentard, tu auras la noble et importante mission de surveiller mon petit Medilord. Tu vas être surpris, mon adorable écossais à crête verte a beaucoup grandi, même Hagrid qui est passé le voir hier n'en croyait pas ses yeux.
En tout cas pour ton affaire, avoue que c'est LE parfait rendez-vous amoureux, intime et discret… enfin pas vraiment, puisque Blaise a déjà tout organisé pour que ton mystérieux inconnu ne puisse absolument rien ignorer de ce petit intermède. Après tout, le but est bien de le faire réagir positivement et de le pousser dans ses derniers retranchements. Obtenir cette demande en mariage que tu espères tant ! Honnêtement, je sais bien que mon petit ami est un foutu serpentard, mais toi ? Il faut être tordu pour inventer un stratagème pareil, vraiment, je le pense, Harry. Toujours est-il que comme tu le lui avais suggéré, Blaise a sournoisement prévenu cette harpie de Rita Skeeter qu'elle pourrait prendre quelques clichés savoureux pendant ce petit dîner romantique et je ne doute pas que la Gazette payera une petite fortune pour ces photos inédites. Il a fourni l'heure et le lieu exacts ainsi surtout que le nom de la personne qui serait à son bras… Attends-toi à faire la Une de tous les magazines dès demain matin. Lee va être vert de rage d'être passé à côté de ce scoop. Enfin, ce ne sera pas vraiment toi, juste une illusion, puisque c'est moi en l'occurrence qui me tiendra au côté du beau Blaise Zabini ! Dois-je te rappeler que tous les autres ignorent complètement que je serai au rendez-vous à ta place ? Je n'ai bien sûr rien dit sur ton inconnu, ni mon serpentard d'ailleurs… Soit dit en passant, il croit vraiment savoir qui est ton mystérieux amant : j'ai essayé de lui faire cracher le morceau mais il refuse catégoriquement de me le dire.
Au fait, Blaise m'a demandé de te prévenir qu'il avait été hier soir au manoir Malefoy : c'est apparemment l'effervescence là-bas en vue de la soirée tant attendue de mercredi prochain. Drago est dans tous ses états et ne pense plus qu'à sa future décoration de l'Ordre de Merlin, première classe, je ne te parle même pas de son père. Il a sombré dans une sorte de catatonie en apprenant la nouvelle : Blaise se demande si c'est dû au fait que le ministère admette enfin son rôle au sein du Phénix ou si c'est à cause de ton intervention en sa faveur, il ne s'en remet absolument pas, apparemment ! Bref, quand Blaise est passé au manoir, Drago et son parrain étaient seuls et préparaient le discours du blondinet et il n'a pas pu résister, il a annoncé à toute cette honorable assemblée qu'il avait rendez-vous avec toi. Ils avaient l'air aussi choqué l'un que l'autre, le fils Malefoy était encore plus pâle qu'à l'accoutumée, paraît-il… Blaise m'a avoué avoir eu plus de mal qu'il n'en a jamais eu de toute sa vie pour conserver un visage impassible face à leur réaction. Je te laisse imaginer leur tête…
Juste avant de te laisser et de te dire à tout à l'heure, je me demandais… Quel goût aura le polynectar du grand Harry Potter… Délicieux, je présume, un brin relevé et piquant, un fond de douceur et une esquisse de sucré. Allez, ne rougis pas, Beau Brun.
Ton fidèle complice,
Charlie. »
Harry, légèrement hébété, reposa machinalement le parchemin sur son bureau et commença à faire les cent pas dans l'allée, entre les pupitres des élèves. Il ne rougissait même pas de la dernière remarque de son ami qui d'habitude l'aurait gêné plus que tout… Non. Il comprenait enfin le comportement de Severus. Cet empressement peu commun du Maître des Potions lors de la soirée d'hier, il avait alterné tendresse et amour, il l'avait embrassé, baisé avec dévotion, avec passion, avec ferveur, toute la nuit. Tout devenait enfin clair pour le brun aux yeux d'émeraude et son plan fonctionnait encore mieux qu'il ne l'avait imaginé. Sev lui avait annoncé qu'il passerait voir son filleul pour l'aider à organiser la somptueuse réception de mercredi prochain, lui précisant qu'il le rejoindrait au cachot seulement en fin de soirée. Harry avait pris place sur le sofa, décidé à lire tranquillement un livre qu'il avait emprunté à Madame Pince en attendant le retour de son amour. Quand Severus était revenu, il avait été vraiment surpris. Il était beaucoup plus tôt que prévu. Le maître des Potions s'était tout au plus absenté une petite heure. Il lui avait demandé si tout allait bien mais n'avait obtenu aucune réponse du visage livide de son amant. Ce dernier l'avait plaqué sans ménagement contre le sofa et cette nuit avait été absolument terrible.
Tout devenait tellement évident, limpide aux yeux du survivant. Blaise avait perfidement attisé la jalousie de l'ancien espion en rendant une visite impromptue au Manoir des Malefoy et sans même en avoir conscience… C'était trop beau pour être vrai, c'était prodigieux, c'était PAR-FAIT ! MINUTE ! Harry avait eu déjà très peur lors du repas chez les Weasley que Blaise ne finisse par découvrir le pot aux roses et Charlie avait clairement insinué dans sa lettre que le serpentard pensait connaître l'identité de son amant inconnu. Restez donc deux solutions : soit son ex était persuadé qu'il sortait avec le blondinet arrogant, comme Seamus d'ailleurs, auquel cas, Zabini perdrait irrémédiablement son estime et son amitié pour avoir cru une chose aussi… ECOEURANTE... DEGOUTANTE… Malefoy et lui… Plutôt voir Voldemort revenir lui chatouiller la baguette dès maintenant ; soit seconde possibilité… Il savait pour… Oh ! Merlin ! NON !
« Tu as terminé ? »
Complètement absorbé par ses pensées, Harry n'avait pas vu le Maître des Potions passer l'entrée de sa salle de classe et sursauta violemment lorsque la voix sensuelle et veloutée résonna dans la pièce vide. Dans l'encadrement de la porte, se tenait Severus Snape, les bras croisés contre sa poitrine : il paraissait comme à l'accoutumée, froid, inaccessible et imperturbable. Harry battit légèrement des paupières d'incrédulité, son chéri paraissait encore plus terriblement séduisant et charismatique, il était à tomber. Ses yeux noirs, dangereusement plus pétillants et le léger rictus sur son visage trahissaient son amusement évident devant cette scène. Severus se moquait ouvertement de l'air quelque peu hagard du jeune homme, mais pas seulement. Harry le regarda ainsi, durant de très longues secondes, la bouche légèrement entrouverte, sans oser bouger, comme stupéfixer par ce regard profond et pénétrant qui semblait le déshabiller en pensées. Il se sentit rougir et une intense chaleur irradiait de tout son corps. Ses yeux d'émeraude s'écarquillèrent encore un peu plus, comme si tout à coup, il réalisait quelque chose et à la surprise de Severus, le petit brun s'écria :
« EVANESCO ! »
Le moment d'hébétude passé, le survivant s'était brusquement souvenu de la lettre de Charlie qu'il avait posé négligemment sur son bureau, il y a seulement quelques minutes, juste avant l'arrivée du maître des Potions, en fait. Il avait été juste à un crin de licorne du drame absolu ! Si Severus avait trouvé le parchemin… Ô doux Merlin ! Ou pire, s'il l'avait eu le temps de le lire sans qu'il ne puisse l'en empêcher… Le message du dresseur de dragon dévoilait pratiquement tout du rendez-vous arrangé avec Blaise. Severus était un sorcier brillant et intelligent. Nul doute qu'il ne lui aurait fallu que quelques instants pour tirer les bonnes conclusions, pour comprendre que c'était Harry qui était à l'origine de toute cette machination, que le survivant avait absolument tout manigancé depuis le début. Il suffisait pour cela d'assembler les morceaux du puzzle : d'abord le repas chez les Weasley, puis le match de Quidditch, la Saint Valentin… Il se serait à juste titre senti trahi. Bénis soient les quatre fondateurs de Poudlard puisque la catastrophe avait été évitée de justesse !
Si cela n'avait pas été le cas, Harry aurait tout aussi bien pu se jeter de la tour d'astronomie car il pouvait dire adieu à tout son merveilleux stratagème… Trois ans à avancer patiemment ses pions comme dans un jeu d'échec sorcier, sans jamais se laisser distraire. Trois ans à attendre résolument que Severus se mette à genoux devant lui et il avait failli tout fiche en l'air si près du but parce que l'espace d'une seconde, il avait totalement oublié ce satané parchemin posé sur son bureau. Il aurait pu tout perdre à cause d'une stupide faute d'inattention, un petit moment d'égarement dû à un affolement intempestif de ses hormones. Ne pourrait-il jamais se contrôler face à son Sev ? Il savait parfaitement qu'il était dépendant de cet homme, mais à ce point, il en devenait ridicule et stupide.
La position sensuellement provocante de son amour y était certainement pour beaucoup ; ce regard de prédateur et cette lueur assez indéfinissable dans les yeux noirs l'avaient surpris, déstabilisé. Le brun aux cheveux ébouriffés était en tout cas persuadé d'une chose, c'était qu'il ne fallait pas que son amant découvre la vérité, du moins pour l'instant, c'était bien trop tôt. Bien sûr, il ne concevait absolument pas de le lui cacher éternellement, il voulait juste attendre le bon moment pour tout lui avouer. Dès qu'il aurait obtenu ce qu'il souhaitait si ardemment, il se confierait à l'homme. Le Maître des Potions lui en voudrait probablement d'avoir manigancé avec ses amis contre lui, il serait sûrement furieux, mais, au final, il lui pardonnerait, du moins, l'espérait-il sincèrement.
De toute façon, quoi qu'il se passe par la suite, cette lettre était bien trop dangereuse et compromettante pour la laisser à porter de l'ancien espion et il n'avait pas œuvré sans relâche pendant tous ces mois pour voir ses espoirs réduits à néant par une simple étourderie. C'est pourquoi, pris de panique, Harry avait littéralement hurlé cette formule magique. Le petit brun se figea. Il avait… QUOI ? NON ! NON ! NON ! Il secoua violemment sa tête de gauche à droite comme pour chasser cette idée terrifiante. Il n'avait pas pu hurler 'Evanseco', il n'avait pas crié, vociféré serait un terme plus approprié, le sortilège… Non c'était inimaginable, c'était impensable, il n'avait pas pu faire quelque chose d'aussi épouvantablement stupide. MERLIN ! Si ! Il avait bien hurlé le sort ; le regard noir, étrangement amusé et goguenard le lui confirmait.
Le sourire de Severus était encore un peu plus railleur. Le jeune enseignant se redressa, fièrement, défiant du regard son amant d'émettre le moindre commentaire sur cette bourde monumentale. Pourtant, il hésitait sincèrement à se fracasser la tête contre, au choix, le mur ou le bureau… Bordel ! Il maîtrisait parfaitement les informulés, alors, pourquoi par Merlin avait-il braillé ce sortilège de sorte que les élèves dans la tour de Gryffondor avaient dû aussi l'entendre ? Si Sev n'avait pas encore remarqué le parchemin posé sur le bureau, nul doute que sa bêtise incommensurable avait indéniablement attiré l'attention du Maître des Potions. Severus haussa un sourcil sarcastique :
« Alors, qu'est-ce que tu caches encore ?
- Rien.
- Tu sais que tu es assez pitoyable et en plus, tes yeux ne savent absolument pas mentir. On lit en toi comme dans un livre ouvert.
- Excuse-moi mais cela ne te regarde pas.
- Le parfait petit Gryffondor fait encore des cachotteries, comment c'est amusant…
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Je m'inquiétais un peu de ne pas te voir revenir, je pensais que tu expédierais tes corrections en une heure tout au plus…
- Et si j'avais fait cela, tu aurais encore maugréé en me disant que je ne prenais pas au sérieux ma fonction d'enseignant…
- Un point pour Gryffondor, mais tu n'as toujours pas répondu à mes deux questions : As-tu terminé et surtout, qu'est-ce que tu manigances encore ? »
Le Maître des Potions s'adossa à la porte qu'il avait refermée avec un calme effrayant et un déclic magique ferma l'accès de la salle, le petit brun se doutait que Severus ne comptait pas être interrompu. Son regard sombre le transperçait littéralement et le baiser en pensées. Harry se sentit encore un peu plus rougir alors que le rire moqueur de son amant résonnait dans la salle, il avait visiblement l'intention de le dévorer tout cru pour le repas de midi…
« Je pourrais savoir ce qui t'arrive depuis hier soir…
- Plaît-il ?
- Je t'en prie, Sev… D'habitude, c'est moi qui suis empressé, qui te cherche jusqu'à ce que tu craques et que tu m'expédies au septième ciel. Tu es revenu bien plus tôt que prévu du manoir et depuis, tu te comportes un peu différemment avec moi, alors, oui, je réitère ma question : qu'est-ce qui se passe ? Un souci avec Drago pour la cérémonie, peut-être ?
- Je crois que je vais aussi jouer les cachottiers, Potter, puisque j'ignore ce qu'était ce parchemin que tu t'es empressé de faire disparaître. »
Sans qu'il ne comprenne comment, Harry se sentit soulever dans les airs violemment, ses pieds ne touchant plus le sol et il arriva sans aucune délicatesse dans les bras du Maître des Potions qui l'enserrèrent aussitôt avec possessivité. Il ne put retenir son mécontentement :
« Hé ! Qu'est-ce que tu fais ?
- J'utilise ce qu'il est commun d'appeler le sortilège d'Accio, en informulé. Cours de sixième que j'ai vaguement tenté de t'inculquer mais apparemment, tu n'en avais pour l'instant guère compris l'utilité. Je vais donc remédier à cette lacune dans ton éducation.
- SEVE… »
Harry n'eut même pas le temps de prendre la parole que ses habits avaient magiquement disparu, il sentit l'air frais sur sa peau chaude. Le regard concupiscent de Severus se baladait sur son corps avec envie :
« JE…
- Autre application du sortilège 'Evanesco', en informulé, pouvant déstabiliser votre adversaire… Rassure-moi, tu n'as pas essayé cela avec le Seigneur des Ténèbres.
- QUE ? QUOI ? »
Harry se sentit soulever dans les bras puissants de son amant. Severus se retourna et plaqua rudement le corps plus fin contre la porte. Le petit brun émit un gémissement de douleur mais il fut interrompu aussitôt. Le ténébreux Maître des Potions commença par mordiller durement la lèvre inférieure du jeune homme, avant de s'engouffrer pour batailler contre cette langue rebelle et impétueuse, il ne pouvait se rassasier de sa saveur infernale, de son goût paradisiaque. Il fouillait implacablement sa bouche avec férocité, avec ardeur. Le baiser dura une éternité, les laissant tout les deux à bout de souffle.
Lorsqu'il se détacha finalement de son jeune amant, Severus posa son front contre celui d'Harry. Il s'écarta ensuite légèrement de lui pour se perdre dans ce regard émeraude profondément troublé, les pupilles assombries par le plaisir, les paupières pratiquement closes tellement le garçon s'abandonnait à lui. Les jambes fines d'Harry s'étaient instinctivement enroulées autour de sa taille, enserrant ses hanches fortement. Son attention se porta sur les fines gouttes de sueur qui perlaient déjà sur le front du plus petit et glissaient inexorablement sur sa peau pâle et douce. Severus cala un peu plus fermement le corps fin contre la porte, ce qui lui valut un nouveau regard outré. De sa main droite, il remonta lentement le long du dos cambré du séduisant survivant, tandis que sa main gauche redessinait les muscles tendus du torse blanc, remontant lentement mais inexorablement vers le cou d'albâtre. Harry avait rejeté sa tête en arrière pour s'abandonner un peu plus à toutes ces sensations. Après avoir caressé de ses lèvres le cou gracieusement offert, la main droite du maître des Potions s'égara un moment dans la chevelure indomptable, elle suivit ensuite avec délicatesse le trajet la cicatrice célèbre, puis frôla les joues roses, cette peau à la douceur irréelle.
Les yeux sombres regardaient intensément le brun. Il semblait sonder son âme. Il aurait voulu comprendre, comprendre à quoi jouait Harry depuis quelques semaines, depuis qu'il était revenu à Poudlard, en fait. Que cherchait donc ce foutu gamin ? A le rendre définitivement cinglé, peut-être. A le punir, à se venger pour l'avoir jeté si brutalement hors des cachots après sa victoire inespérée contre le Seigneur des Ténèbres ! Un instant, il aurait pu jurer que son cauchemar de Gryffondor tenait profondément à lui, et même bien au delà s'il était honnête, et le moment suivant, il minaudait, battait des cils devant tout ce qui pouvait être baisable dans son environnement : le fils des Weasley, Finnigan et maintenant Zabini. Son sang n'avait fait qu'un tour lorsque hier, au manoir, il avait entendu le métis se vanter avec une telle arrogance. Zabini paradait, tel un paon car le petit brun avait apparemment accepté son invitation. Sans la présence de son filleul qui avait discrètement posé une main sur sa jambe pour le calmer, il aurait bondi sur le Serpentard et l'aurait volontiers torturé pendant des heures pour avoir seulement espéré toucher cette peau, ce corps qui n'était fait que pour lui.
Il ne savait vraiment plus quoi penser. Il se souvenait encore de sa stupéfaction quand, au cours d'une réunion, il y a presque un an maintenant, Minerva avait annoncé fièrement le retour d'Harry à Poudlard. Le héros du monde sorcier avait accepté la proposition de la directrice et prenait le poste tant convoité de professeur en défense contre les Forces du Mal, en lieu et place de Remus Lupin. Ce dernier souhaitait se retirer du monde de l'enseignement pour écrire ses mémoires de vieux loup-garou. Les journaux comme la Gazette avaient titré sur cette nouvelle extraordinaire pendant presque quinze jours, délaissant pour une fois les affaires de cœur du Prince des Gryffondor.
Objectivement, Severus le reconnaissait : Minerva avait fait le meilleur des choix, il savait qu'Harry était parfait pour ce métier, plein d'enthousiasme, pédagogue ; il n'avait qu'à se rappeler des progrès prodigieux des frères Crivey quand le foutu gamin avait organisé l'A.D. au nez et à la barbe de cette vieille harpie d'Ombrage. Alors que Minerva avait continué cette réunion, évoquant entre autres, les nouveaux programmes en sortilège envisagés par le ministère, Severus était resté sans voix, comme abasourdi par la nouvelle de ce retour inattendu, il était perdu, simplement et pour la toute première fois de son existence, il ne savait pas, il ne savait plus. Il allait travailler, manger, vivre à quelques mètres du gryffondor pendant toute une année. Il avait peur de ces yeux trop verts, de cette bouche trop tentante : lui, l'espion qui avait trompé Voldemort pendant des années, était terrifié. Il n'avait pas oublié à quel point baiser le gamin avait été prodigieux, il y avait même pensé chaque jour depuis qu'il l'avait lâchement foutu dehors et l'avoir face à lui, comme autrefois, sans pouvoir l'approcher, le toucher s'annonçait comme la plus effrayante des tortures.
Pourtant, rien ne s'était passé comme il l'avait craint. Dès le premier soir, à la fin de cérémonie de répartition, Harry l'avait rejoint aux cachots. Severus avait seulement entendu deux très faibles coups portés contre sa porte et s'était levé avec la ferme intention de réduire en poussière le malotru qui l'importunait ainsi, il avait besoin d'être seul, il voulait noyer son ennui et son désarroi dans une bouteille de Whisky-Pur-Feu. Il avait été vraiment surpris de découvrir le visage fin et gracieux du jeune homme derrière la tapisserie de ses appartements.
Le gamin était visiblement toujours le même courageux gryffondor, plein d'espoir et de bons sentiments sur la nature humaine mais il était aussi un homme encore plus foutrement séduisant, son regard vert émeraude pétillait de malice, son sourire étincelait. Harry avait demandé à lui parler comme si de rien n'était, alors naturellement, ils avaient pris place dans le salon, sur le sofa pour discuter de la guerre, du temps passé… Le gamin plaisantait : enseigner au fin fond de l'Ecosse à des garnements insupportables après avoir écumé les soirées londoniennes, les réceptions les plus prestigieuses aux bras des plus beaux mâles de ce pays lui paraissait la vengeance d'un Voldemort de l'au-delà particulièrement retors. Le maître des Potions l'avait regardé, interloqué, une petite douleur dans le cœur, peut-être la jalousie de voir que finalement Harry avait survécu bien facilement à la fin de leur histoire, plus que lui en tout cas. Ils avaient bu plus que de raison cette nuit-là, une chose en entraînant une autre, et une autre, et une autre… Le foutu gamin était devenu un homme et après tout, ils étaient deux adultes. Ils avaient refait l'amour.
Severus ne voulait pourtant pas reprendre leur liaison, il ne souhaitait pas qu'il s'attache à lui à nouveau. Il n'était pas sûr de pouvoir survivre s'il revoyait ses yeux baignés de larmes par sa faute. Alors, au réveil d'Harry, il avait été dur, il lui avait fait une proposition terrible, le gamin le haïrait pour cela, mais c'était mieux au final. Il l'acceptait dans son lit, aux cachots mais sans aucun engagement d'aucune sorte, aucune exclusivité, aucun droit sur l'autre. Pas d'amour, pas de sentiment en somme. Il pensait qu'il refuserait, il était Harry, il ne pouvait pas accepter une telle chose. Le brun avait alors souri, une lueur perverse dans le regard et avait simplement acquiescé. Il avait même rajouté en riant que de toute façon, il ne souhaitait pas se contenter de sa main gauche. Aucun engagement d'aucune sorte, aucune exclusivité, aucun droit sur l'autre. Pas d'amour, pas de sentiment en somme. Alors pourquoi voulait-il tuer Zabini ? Il s'était lui-même mis dans ce guêpier.
D'avoir retrouvé Harry comme si les deux années passées loin de lui n'avaient jamais existé, il avait fini par y croire, par espérer le garder à tout jamais dans ses cachots, comme un secret trop précieux, un trésor inestimable. Le jour de la Saint Valentin, il lui avait dit qu'il l'aimait, comme la toute première fois, juste avant le combat et il le pensait, il aimait Harry plus que sa propre vie, depuis toujours. Le gamin lui appartenait corps et âme, il voulait le garder coûte que coûte, il l'avait réalisé seulement hier soir au manoir quand il avait eu l'impression que le métis s'amusait à lui arracher le cœur, à le piétiner. Il haïssait Zabini de toutes ses forces, lui et tous ces inconnus qui avaient osé approcher de son Gryffondor à un moment ou un autre. Quoi qu'il se passe, Harry était à lui, seulement à lui. Son cœur lui hurlait de le retenir et depuis hier, il lui avait fait l'amour comme jamais, pour qu'il ne parte pas à Paris ou ailleurs. Lorsqu'il réalisa que les deux émeraudes magnifiques le fixaient, interrogatives, le Maître des Potions retrouva son visage impassible, s'enivrant seulement de sa peau, de son odeur, de lui tout entier.
« Qu'est-ce qu'il y a ? Sev… Ca va ?
- Oui. »
Il attrapa les poignets du jeune homme et les remonta par dessus sa tête. La respiration du petit brun semblait difficile, haletante. Severus déposa un baiser rapide sur ses lèvres charnues et rougies, sa bouche glissa ensuite le long de la mâchoire, jusqu'à atteindre le lobe de l'oreille qu'il lécha avec délicatesse, il susurra avec une tendresse surprenante :
« Ne t'ai-je donc rien appris ?
- Hein ?
- Je reformule ma question, Professeur Potter ? Devrais-je tout faire ici ?
- Je… »
Les yeux noirs souriaient et l'instant suivant, la robe sombre du Maître des Potions disparaissait.
« Evanesco, Monsieur le héros, Evanesco… Je suis certain que même Manus Adrien maîtrise ce sortilège…
- Espèce d'enfoiré… »
Severus soufflait gentiment sur le cou d'albâtre qui s'offrait à ses baisers, il aspira la peau tendre, puis accentua la pression, jusqu'à le mordre franchement. Il voulait le marquer comme sien, il était sien… Le brun suffoquait et bougeait de bas en haut, frottant son entrejambe contre son ventre pour soulager cette tension insupportable.
« Et bien… Et bien… Et bien… Professeur Potter, vous semblez quelque peu tendu…
- Tu es vraiment une pourriture d'enfoiré sadique…
- Je sais et avoue que tu adores…»
Severus plaqua un peu plus le jeune brun contre la porte. Leurs corps semblaient se fondre l'un dans l'autre, tellement ils étaient proches, inextricablement mêlés. Leurs lèvres étaient si proches, elles se frôlaient sans s'embrasser. Le regard vert était ancré dans les yeux noirs, il ne cillait pas de peur de perdre ce contact entre eux, ne serait-ce qu'une seconde. Le souffle du survivant se faisait plus erratique et s'échappait en une plainte, une supplique :
« Sev…
- Qu'est-ce que tu caches ?
- Je t'en prie… Sev…
- Harry… Qu'est… Qu'est-ce que tu cherches ?
- Fais-moi l'amour… Sev…
- Qu'est-ce que tu attends de moi, Potter ?
- Je t'en supplie, baise-moi, Sev... Tout de suite ! »
Les mains jointes au dessus de la tête du plus jeune, les doigts entrelacés, les deux hommes se cherchaient toujours du regard, Severus attendait un assentiment. Harry baissa juste une seconde ses paupières en signe d'abandon. Le sexe du Maître des Potions pénétra juste un peu l'intimité du plus jeune qui s'arc-bouta aussitôt. Sans aucun préparation, la taille plus qu'impressionnante de son amant rendait sa progression douloureuse mais Harry était au delà, au delà des mots, au delà de la souffrance. Il était électrisé par cette peau moite qui recouvrait son corps, qui le plaquait contre le bois dur, qui le protégeait et l'enserrait comme jamais. D'un mouvement de bassin, il s'empala contre le sexe de son amant et un étrange miaulement, un feulement faible lui échappa quand il se sentit enfin pris complètement.
Ils restèrent quelques instant ainsi, sans bouger, juste à s'aimer par le regard de l'autre. Au bout d'une minute, peut-être deux, au bout de ce qu'il leur parut une éternité, Severus se retira brusquement de cette intimité chaude et troublante pour y pénétrer à nouveau avec plus de force et de vigueur, se décalant très légèrement. Il frappa une première fois la prostate d'Harry qui hurla en une litanie effrénée 'Putain, Sev, encore, encore…' et obéissant à cet ordre merveilleux, il recommença encore et encore, entrant et sortant sans relâche de ce corps sublime et Harry gémissait comme jamais. Sa tête roulait de droite et de gauche, perdu par les sensations, il avait de plus en plus de mal à garder l'équilibre. Severus détacha finalement ses mains de celles d'Harry pour les plaquer rudement sur les hanches du petit brun, le maintenant ainsi plus fermement contre la porte. Aussitôt, les mains plus fines s'accrochèrent désespérément aux épaules du Maître des Potions, les ongles du survivant s'enfonçaient dans sa chair mais l'ancien espion n'en avait cure. Chaque coup était plus profond, plus dur, plus violent. Le corps du brun sévèrement besogné frappait le bois, à une cadence, un rythme de plus en plus infernal. Les deux hommes en sueur allaient l'un vers l'autre à chacun de leur mouvement, Harry psalmodiait le prénom de Severus de plus en plus fort jusqu'à se tendre une ultime fois.
Il se contracta brutalement, dans un spasme, une dernière convulsion, sa semence moite se répandit entre leurs corps si complètement imbriqués. Les mouvements continuaient encore en lui inexorablement alors que les muscles de son intimité enserraient davantage le sexe du Maître des Potions puis il sentit le sperme chaud se déverser au plus profond de son corps. Il tentait vainement de retrouver son souffle, sa respiration, mais c'était trop, trop dur, trop bon à la fois… Il était fatigué, il sentit son dos douloureux frotter contre le bois de la porte. Severus glissait inexorablement jusqu'au sol froid de sa salle de cours, il se laissa aussitôt glisser à sa suite et se câlina instinctivement contre le torse en sueur de son amant qui avait resserré ses bras autour de lui. Ils restèrent quelques instants ainsi, tentant de sortir de cette brume post-organisme, ils étaient dans une bulle étrange, comme seuls au monde, lorsque ils entendirent brusquement des coups qui résonnaient avec force contre la porte de l'autre côté.
« PROFESSEUR POTTER ! PROFESSEUR POTTER ! EST-CE QUE VOUS M'ENTENDEZ ? PROFESSEUR POTTER ! PROFESSEUR POTTER ! EST-CE QUE VOUS ALLEZ BIEN ? »
Harry se redressa aussitôt :
« Silencio ! Putain, Sev…
- Quoi ? Le héros aurait-il du mal à s'en remettre ? Tu n'as pas arrêté d'en redemander, alors ne viens pas geindre à présent…
- C'est ça, comme si j'étais seul à avoir pris mon pied et Monsieur le parfait espion, rassure-moi, tu n'aurais quand même pas omis de placer le sortilège de silence… dans une école, pleine de gamins, fouineurs et curieux…
- Comme toi, tu veux dire…
- Tu pourrais répondre à mes questions, Severus !
- Parce que tu réponds aux miennes, Potter.
- Très drôle. Dis-moi que tu avais placé le sortilège…
- Il est possible que j'aie oublié effectivement.
- Oh non, non, non… Tu te rends compte, c'est la voix de William, cet élève est plus curieux que tous les gryffondors réunis…
- Et ?
- Et quoi, tu te fiches de moi, en plus ? C'est toi qui refuses qu'on sache pour nous deux, il me semble…
- Cesse de t'inquiéter inutilement, je m'occupe de lui, un petit sortilège d'amnésie partielle et il n'y paraîtra plus…
- Non mais tu es malade, Minerva va te tuer si elle l'apprend.
- Tu comptes le lui dire ?
- Non, non, bien sûr que non…
- Alors où est le problème, mon ange ?
- Je… Je…
- J'en déduis que tu n'as rien à ajouter. »
Severus s'était brusquement relevé. Il tendit une main secourable au garçon aux yeux d'émeraude qui le regardait d'un air hagard et désarçonné. En un sortilège informulé, Harry se sentit nettoyé puis retrouva ses habits disparus. Severus lissait avec un sang-froid imperturbable sa robe aussi noire que ses cheveux, il semblait égal à lui-même, distant, austère, sérieux alors qu'Harry était un peu plus ébouriffé encore et ses joues roses, ses lèvres mordues jusqu'au sang ne pouvaient laisser guère de doute sur ses récentes activités. Le survivant hocha légèrement la tête, en signe d'entendement et ouvrit la porte de sa salle de cours. Une petite frimousse apparut dans son champ de vision, suivi d'un cri suraigu qui lui transperça les tympans :
« PROFESSEUR POTTER ! ENFIN ! J'AI CRU QUE VOUS AVIEZ DES ENNUIS ! IL Y AVAIT TOUT CE BRUIT COMME DES COUPS… J'AI FRAPPE A LA PORTE PENDANT DE LONGUES… PROFESSEUR SNAPE, VOUS ETIEZ LA ?
- OUBLIATOR PARTIALIS… »
La voix grave derrière le survivant avait résonné, les yeux du petit William se firent vitreux, juste une seconde avant de retrouver leur couleur habituelle :
« Bonjour William, un problème…
- Professeur Potter, Professeur Snape. Excusez-moi de vous déranger dans votre travail mais un monsieur vous attend dans le hall, il m'a chargé de vous prévenir… Il s'appelle… Il s'appelle… C'est bizarre, je n'arrive pas à m'en souvenir exactement… Zamini… Quelque chose comme ça… Je crois ?
- Blaise Zabini.
- Oui, Monsieur Potter, c'est ça ! Il vous attend.
- Merci, William, c'est très gentil à toi de m'avoir prévenu. »
Harry se retourna juste un instant pour croiser le regard noir de Severus, il aurait voulu lui hurler de le retenir, de ne pas le laisser partir avec Blaise, mais il savait parfaitement que Sev n'était pas encore prêt : la preuve, il préférait ensorceler ce pauvre gamin plutôt que d'affronter la vérité. Cette idée lui pinça le cœur. Il soupira, secoua la tête et se retourna vers l'enfant :
« Je te suis, William. A demain, Professeur Snape. »
A suivre…
