Chapitre 11
Le shérif avait peur. Peur de cette femme, de ce qu'elle signifiait, car si elle brisait le sort alors tout redeviendrait comme avant. Henry l'aiderait mais pourrait-elle battre ses propres démons ? Sans la magie elle y arrivait, bien que cela soit un combat de tous les instants, alors si le pouvoir coulait à nouveau dans ses veines, plus rien ne le garantissait.
Elle lui avait menti, elle n'y arriverait pas.
S'ajoutait à cette certitude cette Emma qui lui faisait du gringue et qui lui plaisait. Qui semblait l'attirer telle une drogue. Elle rit amèrement, tout en faisant les cent pas dans sa chambre. La fille d'une de ses plus grandes ennemies l'attirait, la fatalité dans toute sa splendeur qui la narguait ouvertement. Décidément elle n'était pas maîtresse de son destin et ne le serait sans doute jamais.
Pour qui se prenait-elle, cette Emma Swan avec son « je vais vous sauver ». D'après Rumple elle était bel et bien le sauveur, donc forcément ses affirmations minables allaient de paire avec le personnage, ça et la confiance de ces deux idiots de parents présente dans ses gènes.
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Emma dans la chambre d'amis, face à la fenêtre observait la rue vide. Elle était revenue pour une inconnue, pour « l'aider ». Cette femme avait clairement besoin de quelqu'un mais pas d'elle.
Et pourtant elle était là, plus que les mots de ce gamin, quelque chose la poussait, l'obligeait à rester ici dans cette ville qui ne l'intéressait même pas. Qu'est-ce qui lui arrivait ? C'était bien plus qu'un désir, plus une nécessité, comme un besoin de la présence du shérif dans sa vie, de l'amour ?
Non. Emma avait déjà été amoureuse, c'était différent comme une drogue, une sorte de dépendance, qui si elle l'entretenait provoquerait sa perte ou peut-être son salut… Elle n'était pas amoureuse de cette femme, du moins pas encore.
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Quand elle descendit à la cuisine le lendemain, Regina était déjà partie, elle dégusta le petit déjeuné qui l'attendait et but le café avec plaisir. Elle avait mal dormi, presque pas, et cette boisson serait sa meilleure amie aujourd'hui.
Elle découvrit les larmes aux yeux que sa voiture l'attendait dans la rue. Elle se gara devant le poste de police et entra. Le shérif devant un ordinateur vieux et éteint regardait l'écran d'un œil vide.
– Bonjour, lui dit Emma.
– Mademoiselle Swan, aujourd'hui vous êtes à l'heure.
– Oui, je vois que Leroy a quitté sa cellule. Il faut à nouveau que j'aille le chercher ?
– Non, cette journée va être comme quatre-vingt dix-neuf pour cent des autres jours depuis quinze ans, longue et ennuyeuse.
– Vous vous trompez, répondit Emma.
– …
– Vous n'êtes plus seule.
Regina leva les yeux au ciel.
– Parlez-moi de vous, ordonna l'adjoint en s'installant face à elle.
– Il n'y a pas grand-chose à dire.
– Brodez…
– Vous reprenez mes mots.
– Oui… J'attends…
Le shérif étudia la femme qui ne la quittait pas des yeux.
– Que voulez-vous savoir, Mademoiselle Swan ? Le nombre des personnes qui ont souffert par ma faute ?
– Non. Comment m'avez-vous trouvé ?
– C'est M. Gold qui a découvert qui vous étiez, alors Henry et moi sommes partis à votre recherche.
– À la demande de Gold. Car vous vouliez que je brise le sort.
Regina soupira.
– Vous n'avez rien compris. Gold ignorait que nous vous cherchions. Je ne veux pas que vous brisiez le sort, contrairement à lui, je ne veux plus de la magie.
– Mais je croyais que je pouvais vous aider, Henry m'a dit qu'il fallait que j'anéantisse cette malédiction.
– Henry est persuadé que je peux m'en sortir.
– Mais pas vous.
– Non, je suis ce que ce monde appelle : dépendante. Ce sort est mon salut. Lorsque la magie coule dans mes veines, je ne suis plus maîtresse de mes actes. La haine, le pouvoir, et le besoin de vengeance, de meurtre prennent possession de mon corps… Je ne vous ai pas menti hier soir, tout ce que j'ai décrit, je vous l'aurais fait subir.
Elle sourit méchamment.
– Vous m'avez dit que vous auriez refusé d'être attaché ?
– Oui.
– Avec la magie, vous n'auriez pas eu le choix…
Emma se racla la gorge face à cet aveu désagréable.
– Et aujourd'hui ? Ici dans ce monde ? Je suppose que vous avez changée ?
– Oui, mais la question ne se pose pas.
– Comment ça ?
– …
Emma se leva et s'approcha d'elle.
– Vous me draguez depuis deux jours, pas vraiment subtilement d'ailleurs, et là vous vous rétractez ?
Un éclair de colère passa dans les yeux du shérif.
– Si vous n'êtes pas déjà dans mon lit, Mademoiselle Swan, c'est simplement que je n'ai pas le droit de vous toucher.
– …
Regina se leva elle aussi, et fit quelques pas pour s'éloigner.
– Non ! s'énerva Emma en l'attrapant par le bras. Ça veut dire quoi ? « Vous n'avez pas le droit de me toucher ?! »
– Disons que M. Gold me l'interdit.
Emma s'approcha de la femme et lui sourit.
– Je me passe de son interdiction, répondit-elle avant de l'embrasser.
Elle recula peu de temps après face à l'inaction de Regina.
– Vous…Vous…
– Oui ? Mademoiselle Swan.
– Vous n'avez rien senti ?
– Non.
– Comment est-ce possible ?
– La magie, soupira Regina.
– Mais vous voulez coucher avec moi ?
– Bien entendu !
– Alors ?
– Alors rien, à cause de lui, vous êtes quelque chose que je désire, qui est à portée de mains, mais que je ne peux pas avoir…
– Connard.
– En effet.
Emma s'éloigna encore sous le coup de la déception puis se rassit.
– Ce sort est lié à Gold, donc si je le brise, cela annulera son interdiction ?
– Certainement.
– Mais cela vous transformera en Dark Vador.
– Je préfère The Evil Queen.
Emma sourit. Regina revint à sa place.
– Mademoiselle Swan, ce n'est pas tout à fait vrai, j'ai ressenti quelque chose.
La jeune femme la regarda pleine d'espoir.
– Vous avez de la magie en vous, à l'état latent… Bien sûr le « Sauveur », murmura-t-elle pour elle-même, de la pure magie blanche. Et c'est sans doute pour cela que vous êtes toujours là. Votre magie et la mienne s'attirent comme deux aimants.
– M'ouais…
– Si, réfléchissez, vous le sentez ce besoin d'être à proximité de moi, comme je le sens moi-même. C'est plus fort que nous…
– Donc vous ressentez quelque chose pour moi ? Demanda Emma d'une petite voix.
– …
– Oh ,Allez ! Je me retrouve avec une impuissante ! Accordez-moi au moins ça !
Regina lui lança un regard noir face à l'insulte puis se mit à rire.
– Vous êtes vraiment insupportable.
Elles se regardèrent en silence, puis Emma reprit.
– Pourquoi n'est-ce pas vous qui êtes venue me trouver ? Vous pensiez m'appâter avec un gamin à moitié bourré ? Faire ressortir mon côté maternelle ?
– Non, Henry a bel et bien fugué, je voulais venir vous chercher, mais comme pour Gold cela était irréalisable.
– Quoi, encore à cause de la magie ? s'agaça Emma.
– Oui. Nous pouvons quitter StoryBrooke mais une fois la ville derrière nous, il nous est impossible de retrouver le chemin vers cet endroit. Vous êtes là seule personne de l'extérieure à pourvoir entrer ici.
– Et Henry ?
– Henry a pris un risque monumental. Mais il vous a fait confiance, il croyait en vous et en la possibilité de le ramener à bon port.
– Vous voulez dire qu'il ne pouvait pas revenir sans moi ?
– Exactement.
Elles se turent à nouveau chacune plongée dans leur pensée.
– Combien d'hommes avez-vous tué ? Finit par demander Emma.
– Je ne réponds généralement à ce genre de question qu'au troisième rendez-vous…
L'adjoint leva les yeux au ciel.
– Beaucoup, répondit finalement Regina. Et vous ?
– …
– Mademoiselle Swan, j'ai été honnête, j'apprécierais la même courtoisie de votre part.
– Comment avez-vous deviné ?
– Peu importe. Combien ?
– Un.
– Puis-je vous demander de qui il s'agissait ?
– Un beau-père un peu trop « prévenant » pendant mon adolescence… Et personne ne m'a cru, alors j'ai fui cette famille dès que j'ai pu et suis revenue dix ans plus tard lui rendre une petite visite.
– Je comprends.
– Je ne pense pas.
– Détrompez-vous, à dix sept ans, j'ai été mariée de force à un homme plus âgé que moi. Autant vous dire que la nuit de noce n'est pas un bon souvenir, ni les années qui ont suivies à ses côtés.
– Vous l'avez tué ?
– Non, mais je suis responsable de son assassinat… Non, ma première victime je la dois à Rumplestilskin.
Regina les yeux dans le vague continua.
– C'était une femme. Je venais d'apprendre que l'amour de ma vie mort, que je souhaitais faire renaître grâce à la magie, ne reviendrait plus. Tous mes espoirs se sont effondrés, et lui qui m'avait prévenu prenait une autre élève devant ma défaite. Alors j'ai arraché le cœur de cette jeune femme en plein milieu d'une de leur leçon et l'ai écrasé dans ma main en le regardant droit dans les yeux, pour lui prouver que j'étais prête à tout.
Le shérif sourit tristement.
– Si la colère ne m'avait pas déjà consumé, j'aurais sans doute perdu la tête devant ce meurtre, mais la fureur en moi m'a en quelque sorte « protégé » et mes autres crimes devinrent de plus en plus faciles.
– Pas pour moi.
Regina la regarda sans comprendre.
– Après avoir tué cette ordure, j'ai sombré dans la drogue. Je comprends votre dépendance, car je suis comme vous.
– Et de quelle drogue s'agit-t-il ? Ne put s'empêcher de savoir le shérif.
– Pour un héros ? L'héroïne bien sûr… Oui, je sais c'est nul comme jeu de mots.
– Depuis combien de temps êtes-vous sobre ?
– Trois ans et deux jours.
– Félicitations.
– Merci.
Emma réfléchit un instant.
– Vous avez dit tout à l'heure que j'étais la seule personne qui pouvait entrer dans StoryBrooke.
– Oui.
– Expliquez-moi.
– Cette ville est invisible pour le reste du monde, commença Regina.
– Mais…
– Vous êtes née dans la Forêt Enchantée et vos parents vous ont envoyé ici avant le sort pour revenir le briser, c'est en ça que vous êtes le Sauveur. Henry ne vous l'a pas dit ?
– Si, plus ou moins. Il m'a aussi révélé que j'étais la fille de Blanche Neige et du Prince Charmant.
– Oui et ils ne sont pas ce que j'appellerais mes amis. Votre mère est responsable de la mort de l'homme que j'aimais, c'est son père que j'ai épousé.
– Putain, ce n'est pas vrai.
– Si.
– C'est digne d'un feuilleton.
– Ou d'un conte de fées, ironisa le shérif.
La jeune femme décida de poser la question qui la taraudait depuis un petit moment.
– Mes parents sont ici ?
– Oui.
Emma hésita, ferma les yeux, puis annonça.
– C'est beaucoup de nouvelles pour une seule journée, avoua-t-elle en se levant. Puis-je vous demander une pause pour digérer tout ça ?
– Prenez l'après-midi.
– Merci répondit-elle, puis sortit de la pièce.
Regina lui avait dit la vérité, maintenant son destin dépendait d'elle. Redeviendrait-elle The Evil Queen ou resterait-elle le shérif Mills ?
