Partie 4 – Une Reine mercenaire ?

Un soir, alors qu'elle admirait les étoiles, Pagan vint à sa rencontre.

-Bonsoir, ma précieuse.

-Ah…bonsoir.

-Toujours aussi belle.

-Merci…et vous, toujours aussi…rose.

Il rit et vint s'appuyer sur la balustrade.

-Ton regard a changé depuis ton arrivée.

-Ah bon ?

-Il a plus d'assurance, de détermination, et je ne parle pas de son intensité. On dirait…le regard d'une reine.

-Oh, pitié…

-Mais je t'assure ! Tu aurais vraiment fière allure en souveraine !

-…Je n'ai pas l'étoffe d'une reine.

-Qu'est ce qui te fait dire une telle chose ?

-Je suis un vrai garçon manqué, et mon entraînement n'arrange pas les choses…moi et les manières, ça fait dix et on ne peut pas dire que je sois la plus féminine du monde…

-Pourtant, tu es divine quand Sati te prépare pour le dîner.

-Moui, c'est vrai que ça change…mais bon…j'préfère être mercenaire, sur le coup.

-…Et que penses-tu de « reine mercenaire » ? Ça sonne très bien, je trouve, pas toi ?

-C'est une obsession, dîtes-moi…vous avez déjà oublié ? Je suis un garçon manqué !

-Un garçon manqué reste une femme…et je ne connais qu'un moyen de transformer un garçon manqué en femme.

-Et peut-on savoir lequel ?

Il se tourna et prit ses bras pour appui sur la balustrade avant de taper la pose et sourire avec une pointe de sournoiserie.

-La faire tomber amoureuse.

-Ha ! Il est drôle…et j'imagine que vous allez jouer de vos charmes de psychopathe pour me faire chavirer ?

-Exactement !

-Vous êtes fou.

-Hm…c'est ce que m'a dit Ishwari…avant qu'elle ne succombe à mes avances.

Aliya regardait le ciel, pensive.

-Est-ce que vous savez où elle se trouve ? Où est ce qu'elle habite, exactement ?

-Oui.

-Mais alors…

-Je n'ose pas.

-Pourquoi ?

-Si elle est partie, c'est parce-que Kyrat était un poison pour elle et son fils. Je fais partie de ce poison.

-On voit bien que vos sentiments vous hantent encore…il faut vraiment vous changer les idées.

Pagan tourna la tête vers la jeune femme et sourit. Aliya se rappela les paroles qu'elle avait prononcées à Sati : elle allait essayer de lui rendre le sourire, à lui aussi. Elle sourit à son tour, étonnant le tyran.

-Allez…faut avancer, dans la vie ! Rester sur son passé n'apporte rien de bénéfique il faut l'accepter pour avancer.

Pagan se leva et la regarda avec une attention particulière. Aliya perdit son regard dans la lune.

-Bah ouais…regardez-moi…au début, j'étais une gringalette à peine diplômée qui ne demandait rien. Je me voyais construire ma vie en France : trouver un travail, un appart', trouver l'homme de ma vie et fonder une famille…je me voyais déjà rentrer du boulot et mes enfants me sauteraient dessus en me couvrant de bisous de bienvenue. C'est assez simplet, mais…c'est un mode de vie qui m'aurait convenu. Au lieu de ça, je me fais kidnapper par un homme excentrique à fond sur le rose qui veut faire de moi sa femme et un mercenaire…et dès mon 2è jour, je me fait bouffer par une panthère…mais finalement, ça me plaît bien…enfin…je me dis que c'était mon destin d'être ici, et petit à petit, je l'accepte. Au début, je me disais « Oh, putain, il va faire de moi son esclave et finir par me buter ! », mais j'ai vu que non…en fait, je commençais à me demander si vous ne m'aviez pas donné la vie que je voulais au fond de moi…une vie bien plus palpitante que le simple métro-boulot-dodo que j'avais prévu…mais bon…tout ça pour dire que le passé est le passé. Faites avec ce que vous avez aujourd'hui et ça ira mieux. Arrêtez de vous faire du mal et regardez en face de vous…voilà.

Après quelques secondes, elle tourna la tête et plongea dans le regard du dictateur. Ses yeux étaient si intense et si chargés de douleur, à ce moment…elle s'approcha de lui et lui tapa l'épaule en arborant un grand sourire.

-Faut aller de l'avant ! Relevez-vous et devenez un roi digne de ce nom !

Elle entreprit de rentrer dans sa chambre, mais Pagan l'enlaça par derrière. Surprise, elle se figea, et ne trouva étonnamment pas la force de bouger.

-J'ai fait ce que tu viens de dire…je n'ai eu de cesse de me forcer à regarder devant moi…mais je ne voyais rien…alors je me suis raccroché à mon passé. Je me suis raccroché à mes plus beaux souvenirs, mais à chaque fois, je les voyais brûler, me montrant à quel point je suis vide, aujourd'hui. A la seconde où je t'ai vue, j'ai su que tu serais la seule à me libérer de cette horreur sans fin.

Il enfouit sa tête dans le cou de la jeune femme.

-Aliya…peux-tu faire quelque chose pour moi ?

-…Quoi?

-Prononce mon prénom.

-Je…

-Prononce-le…rien qu'une fois…je t'en prie.

Elle prit une profonde inspiration. Pagan ne bougeait pas d'un cil, attendant qu'elle exauce son vœu. Elle rougit un peu, puis se décida enfin.

-…Pagan.

Il renforça son étreinte à l'entente de son prénom. Les deux restèrent dans cette position pendant quelques temps. Le tyran leva enfin sa tête pour embrasser le cou d'Aliya, qui tressaillit au contact. Il se détacha d'elle et laissa sa main parcourir les épaules de sa colombe avant de terminer son voyage sous son menton.

-Merci…ma précieuse.

Le regard chaleureux, il quitta la pièce en lui souhaitant une bonne nuit, et laissa une Aliya plus troublée que jamais.