Quand Ab entra dans la chambre d'Ariana ce matin-là, ses rideaux étaient toujours tirés, la pièce plongée dans l'obscurité malgré le soleil qui brillait dehors.
— Allez, debout, paresseuse ! lança-t-il en tirant les rideaux qui couvraient les grandes fenêtres.
Ce n'est qu'en se retournant vers le lit qu'il remarqua que sa sœur n'y était pas. Il eut un instant de panique en regardant la porte, qu'il avait laissée ouverte, mais vit sa sœur assise sur la chaise berçante, les yeux rouges.
— Tu as dormi cette nuit, Ari ? demanda doucement Aberforth en s'approchant d'elle.
Sa sœur secoua la tête. Ab soupira en s'asseyant au pied du lit. Ariana était dans cet état presque tous les jours depuis le début de l'été, depuis « l'incident ». Elle ne dormait pas, ne mangeait pas, ne souriait pas. C'était à peine si elle bougeait. Ab se demandait de plus en plus souvent ce qu'il allait advenir d'elle une fois la rentrée et son départ pour Poudlard. Albus n'avait pas voulu qu'il quitte l'école, mais serait-il capable de s'occuper de leur sœur ? Il n'était même plus jamais à la maison, il passait tout son temps avec ce Gellert.
Après l'avoir observée sans rien dire quelques instants, Aberforth se leva et lui passa une main autour de la taille, l'obligeant à se lever à son tour.
— Viens, sœurette, dit-il en la tirant vers la porte.
L'étrange couple se rendit en claudiquant – Ariana était presque aussi grande que son frère, il n'était plus simple pour lui de la porter – jusqu'à la salle de bains. Aberforth déposa sa sœur sur le petit banc et commença à remplir un bassin d'eau chaude. Une chance qu'Albus n'avait pas oublié de la réchauffer avant de se coucher, hier ! En même temps, il parlait à Ariana, tentant de la sortir de sa léthargie, de tirer d'elle une quelconque réaction.
— Tu devineras jamais ce qu'a fait Becky hier ! commença-t-il, sachant qu'Ariana aimait bien cette petite chèvre. Elle s'est enfuie de la grange et je l'ai retrouvée trois heures plus tard chez les Windham, à trois rues d'ici, en train de grignoter leurs tulipes. Ils sont partis en vacances je crois, j'espère qu'ils ne remarqueront rien en rentrant.
Tout en continuant à parler de tout et de rien – du livre d'histoire qu'écrivait la vieille Bathilda, du feu qui s'était déclenché chez le boucher trois jours auparavant, de la Coupe de Quidditch -, il tira sa sœur vers lui et immergea ses longs cheveux blonds dans l'eau. Il découpa un morceau du petit pain de savon qu'il leur restait, prenant note d'en racheter bientôt, et le fit mousser entre ses mains, le malaxant dans la tête d'Ariana, frottant jusqu'à ce que chacun de ses cheveux en soit recouvert.
Sous les soins et les paroles paisibles d'Aberforth, Ariana laissa tous les muscles de son corps se détendre et ferma les yeux, reposant la tête sur le rebord du bassin d'eau. Après moins d'une minute, sa respiration se fit régulière. Aberforth sourit et commença à siffler doucement la berceuse avec laquelle leur mère les endormait tous les soirs, quand ils étaient petits.
Après plusieurs minutes de silence paisible pendant lesquelles Aberforth lavait les cheveux fins de sa sœur, il lui releva la tête pour vider une deuxième bassine, plus petite, pour rincer. Quelque gouttes d'eau savonneuse coulèrent sur les paupières fermées d'Ariana, mais la jeune fille était si profondément endormie qu'elle se les frotta sans même se réveiller. Il mit ensuite de côté l'eau rendue presque brune par la saleté qui s'était accumulés sur la tête de sa sœur et passa un peigne dedans, dénouant délicatement les nœuds les plus tenaces afin de ne pas la réveiller.
Le temps qu'Aberforth termine, les cheveux d'Ariana étaient déjà presque secs et leur couleur dorée faisait sa réapparition. Il prit sa sœur dans ses bras et traversa le corridor pour la poser sur son lit. Elle tira la couverture usée jusque son menton et tourna la tête sur l'oreiller, ses cheveux formant une auréole blonde autour de sa tête. Il sourit en songeant qu'elle ressemblait à la Belle au Bois Dormant.
Il sortit de sa chambre sur la pointe des pieds, jetant un dernier coup d'œil à son visage serein. Ce n'était pas un sourire, mais c'était presque aussi bien.
