NOTE : Salut salut ! Alors, me revoilà avec un nouveau chapitre ! Profitez, le suivant va tarder un peu ^^


Chapitre 12 : Disparition

Alors que la neige et le froid de décembre régnaient sans partage sur le pays de Goethe, victime d'un redoux, la Hollande vit un crachin s'abattre sur ses terres, ruinant la belle poudreuse qui s'était posée depuis plusieurs semaines et qui faisait la joie des enfants. Aujourd'hui, le ciel fermé coupait également la lumière du soleil et il semblait faire nuit en plein jour. Même ce matin-là, les rayons ne percèrent pas à travers les nuages bas.

Adossé contre le dossier de son fauteuil dans l'open space de leur quartier général, face au fleuve terne et fatigué, Eva était perdue dans ses pensées, réfléchissant sur cette affaire de tueur d'enfants, mais, jusqu'à maintenant, aucune explication plausible ne germa dans son esprit. Pourtant, Katya avait sorti beaucoup d'éléments, mais ses hypothèses semblaient plus invraisemblables les unes que les autres. Brusquement, elle attrapa un stylo et joua négligemment avec, signe de nervosité chez la jeune Italienne, le laissant glisser entre ses doigts sans le voir. Régulièrement, il tomba sur son bureau, parmi ses dossiers, mais elle le récupéra et recommença à le tripoter nerveusement Ce ne fut que lorsqu'il tomba une énième fois parmi les feuilles volantes qu'elle secoua la tête et soupira, laissant le stylo trôner sur la table en métal.

Rageant contre elle-même, elle se leva et rejoignit la salle de repos se servir son troisième café de la matinée. Incapable de dormir, elle avait rejoint les bureaux à 5 heures du matin et n'y était pas repartie depuis lors. Allumant la machine restée silencieuse depuis à peine 1 heure, elle aperçut Tommy allongé sur le canapé, les yeux clos, semblant épuisé. Le tableau la fit sourire, mais ne l'étonna guère, le jeune homme et ses activités nocturnes étaient assez connus de la CPI.

- Tu as passé la nuit dehors ? demanda-t-elle en guise de salutations matinales.

- Bonjour à toi aussi, Eva, répondit Tommy dans un soupir, sans bouger. Belle journée, hein ?

- A Dublin, un temps pareil, ça doit être une belle journée, taquina la jeune femme dans l'espoir de le faire réagir, là d'où je viens…

- Ne t'avise pas de recommencer à critiquer le ciel de mon pays, coupa-t-il brusquement en se redressant sur le canapé, j'ai jamais connu autre chose, d'accord ? Alors, ton ciel bleu italien…

- Ça va, je plaisante, ria-t-elle en lui tendant la tasse qu'elle venait de remplir, mon père disait souvent que le plus beau ciel du monde, c'est le ciel de son pays.

- Il n'avait pas tort, commenta l'Irlandais en plongeant les lèvres dans son café, mais bon, tu n'es pas là pour discuter de la météo, non ?

Eva sourit : Tommy avait toujours été comme ça, direct, sans détour. Les chichis, le luxe, ce n'était pas pour lui, dans son discours comme dans sa vie. A La Haye, il vivait dans un petit appartement pas cher, proche du centre-ville, qui n'était pratiquement pas personnalisé. Ce devait sûrement être un héritage de sa famille, pensa Eva en se remémorant une discussion avec Sienna qui lui avait raconté son affaire de combats clandestins en Irlande.

- C'est vrai, répondit-elle finalement en s'appuyant contre le mur en face de lui, cette affaire me prend la tête, admit-elle, j'ai hâte de mettre la main sur ce fou.

- Quand on l'aura attrapé, dit sombrement Tommy, fais en sorte que je ne me trouve pas dans la même pièce que lui.

- Pourquoi ? demanda aimablement Eva, ayant déjà une petite idée de la réponse.

- Il pourrait le tuer à mains nues, répondit une voix grave dans son dos.

Les deux lieutenants se retournèrent vers l'entrée de la salle de repos pour découvrir leur commissaire. Les traits tirés, fatigués, il semblait avoir pris quelques années, marqué par ces dernières semaines intenses. Mais son regard franc et clair laissait entrevoir son envie de clore ce chapitre difficile de la jeune histoire de son équipe.

- Vous avez une tête affreuse, commissaire, remarqua Tommy, rompant le silence.

- Je te remercie, répondit Louis avec un sourire, tu n'as pas meilleure allure.

- Et si on se mettait au travail ? proposa Eva en laissant échapper un rire, je propose qu'on revoie cette affaire depuis le début.

- Bonne idée, allons-y, acquiesça Daniel, Tommy, rassemble tout le monde en salle de conférence.

Alors que le jeune Irlandais se leva de son canapé, Eva vida sa trace d'un trait et rejoignit la salle de conférence avec le fameux dossier sous le bras. Elle entendit le sifflet vif de Tommy à travers les couloirs et le râlement de deux femmes mécontentes qui venaient à peine d'arriver au bureau. Avec un léger sourire, elle étala les papiers, afficha quelques images sur les différents écrans et salua Katya et Sienna qui poussèrent la porte en même temps.

- Salut les filles, comment ça va ce matin ?

- M'en parle pas, soupira Katya, j'ai l'impression de tourner en rond depuis 1 mois, ça a fortement tendance à m'énerver.

- Tant que tu ne t'énerves pas contre moi, réagit Tommy en se rappelant leur dernière confrontation, ça me va très bien.

- Quelqu'un est allé sortir Sebastian de son labo ? demanda Louis en passant la porte de la salle et s'installant dans son fauteuil.

- Il n'est pas encore là, répondit Eva du tac au tac.

Tout le monde se regarda bizarrement : comment ? Sebastian n'était pas arrivé au bureau le premier comme d'habitude ? Etrange.

En secouant la tête et chassant l'image de son lieutenant absent, Daniel fit signe à Tommy de commencer cette mise au point. Le jeune Irlandais afficha les images des 3 enfants retrouvés morts et expliqua :

- Lisburn, Glasgow, Charleroi. 3 enfants mutilés par un taré…

- Reste objectif, Tommy, merci, le coupa brusquement Katya, de peur de voir dériver la conversation.

- Donc, 3 enfants morts à une semaine d'intervalle chacun environ, reprit Tommy, toujours le même mode opératoire et toujours autant de soin pour masquer l'identité de la victime.

- Le suspect, continua Sienna, se serait enfui à travers l'Europe au volant d'une Berline noire, dont la description reste floue.

- Et que l'on a perdu après la Belgique, acheva Eva.

- Le mode opératoire, Katya ? demanda Daniel.

- 2 armes au minimum pour tuer et mutiler l'enfant, répondit rapidement la jeune femme, une lame lourde – poignard, arme blanche – pour tuer et ouvrir la poitrine et une légèreté incroyable pour prélever le cœur.

- On a quoi sur ce poignard allemand, Sebastian ? poursuivit le commissaire en oubliant l'absence du génie informatique.

Le silence suivit sa demande. Personne ne répondit, car personne n'avait la réponse, L'Allemand travaillait dessus depuis quelques jours, mais il n'avait pas mis au courant ses collègues de ses trouvailles éventuelles.

Et c'était courant. Sebastian avançait dans ses recherches souvent seul dans son laboratoire et ne sortait que lorsque des résultats probants lui apparaissait ou quand sa piste se stoppa brutalement. Il avait toujours eu de la peine à partager ses travaux lorsqu'ils n'étaient pas terminés.

- Eva, appelle-le, demanda Louis en se levant, et les autres, bon sang, trouvez quelque chose !

- J'ai déjà essayé, répondit l'Italienne, je tombe sur sa boite vocale à chaque fois.

Sienna releva la tête, inquiète ; ça ne ressemblait pas du tout à l'Allemand de filer à l'anglaise sans laisser de trace. Effaçant un instant le dossier en cours, elle se concentra sur son collègue : où avait-il pu partir ? Est-ce que ça avait un lien avec l'affaire ? Était-il impliqué et avait-il disparu avant de se faire attraper ? Ses suppositions ne lui plaisait pas. Elle ferma les yeux et passa en revue ce qu'elle savait de Sebastian.

Né dans une famille amoureuse de la technologie dans un petit village à quelques dizaines de kilomètres de Berlin, il avait baigné dedans depuis ses premiers jours et avait fini par s'y faire un nom à force de persévérance. Aucun intérêt, pensa-t-elle et elle continua son historique. Diplômé de l'école de police de Berlin, il avait développé une addiction au jeu d'argent et avait fini par fusiller ses économies, son couple avec Kathrin Eicholtz. Il avait ensuite quitté ses terres natales et débarqué à la Haye.

Peut-être au cours de ses dernières affaires ici, marmonna-t-elle, toujours perdue dans ses pensées.

Son marmonnement fit réagir Katya en face d'elle. La Russe remarqua son air concentré et s'interdit de la déranger ; peut-être qu'il était plus facile de repasser le fil de l'enquête en oubliant les dossiers et en répétant la chronologie. Sienna, elle, continua ses recherches.

Le tueur des parcs européens… L'empoisonnement au polonium… Les routiers allemands en Pologne…

Elle ouvrit brusquement les yeux ; elle venait de comprendre où il pouvait être !

- Berlin, dit-elle sobrement, tournant son regard à retardement sur son commissaire.

- De quoi tu parles, Sienna ? demanda Tommy qui avait plongé dans le dossier en cours.

- Je crois que je sais où a pu aller Sebastian, reprit-elle, remettant de l'ordre dans ses idées, et je crois qu'il est à Berlin.

- Et pourquoi à Berlin ? interrogea à son tour Eva, soudain intéressée.

Les deux agents étaient proches. Frère et sœur de cœur, il avait toujours gardé cette relation entre eux et s'interdisait d'en profiter.

- Tu es brillante, Sienna, remarqua Katya en laissant échapper un sifflement d'admiration. Vraiment brillante.

- Avec de la chance…, commença l'Anglaise.

- Il a un coup d'avance, continua la Russe comme hypnotisée par les yeux de la jeune blonde.

- Et avec ça, on pourrait…

- Attraper ce tueur, conclurent-elles en cœur.

- Ok, les filles, soupira Tommy en s'asseyant à côté de Katya, vous pouvez rembobiner la cassette ?

- Bon, Sebastian a filé et il est injoignable, on est d'accord ? commença Sienna sur un signe de Katya qui lui laissa l'avantage.

- Oui, ça j'avais compris, acquiesça Tommy alors que Eva resta captivée par leur conversation.

- Et nous, on cherche un tueur en série, reprit-elle, donc…

- Quoi, le mec qu'on cherche depuis 1 mois, c'est Sebastian ? s'étonna Eva, entrant dans la conversation.

Elle resta sous le choc. Non, ce n'est pas possible, le jeune homme si doux, si léger qu'elle connaissait ne peut pas être ce tueur sanguinaire et sans cœur. Elle eut peur de la réaction des deux filles et croisa le regard de Tommy qui vira au brun-noir dangereux qui n'envisageait rien de bon.

- Ne dit pas de bêtises, voyons, coupa Katya, non, on sait que les victimes du tueur sont des enfants d'environ 5 ans.

On entendit un soupir de soulagement dans la pièce, mais personne ne semblait y prêter attention.

- Et quoi ? interrompit à nouveau l'Irlandais, je ne te suis pas.

- Tommy, soupira Katya, tu as une mémoire de poisson rouge ou quoi ?

- Rappelez-vous l'affaire des routiers tueurs, commença Sienna, vous vous souvenez de la jolie commissaire blonde ?

- Elle avait un enfant de 5 ans, comprit tout à coup Tommy, et si Sebastian a filé, c'est …

- Que son fils a disparu ! s'exclamèrent soudainement Tommy et Eva, en comprenant.

- On tient notre prochaine victime, reprit le commissaire qui avait écouté toute la conversation, et une occasion en or de mettre ce tueur derrière les barreaux alors, interdiction de la laisser filer. Au travail !

Sur cette nouvelle ouverture qui redonna un immense coup de fouet à toute l'équipe, un nouvel espoir était né : un jeune garçon avait une chance, même infime, de se sortir vivant des griffes d'un terrible tueur en série qui faisait trembler toute l'Europe. Sans cette aide providentielle, jamais l'équipe n'aurait eu la possibilité d'avoir un coup d'avance en repérant la prochaine victime. Le hasard avait fait que celui-ci était relativement proche de l'un de leurs, ce qui devait être la première grossière erreur de leur assassin. Malheureusement, il ne saura cela que lorsqu'il aura les menottes aux poignets ou une balle entre les deux yeux.


N'oubliez pas les reviews, j'aimerais bien savoir qui suit encore cette FF... MERCI !