Un homme se trouvait au premier rang de la foule. Il portait un costume cravate et un attaché case. Il ressemblait à un golden boy à la sortie du boulot. Cet homme n'était pourtant pas un passionné de la finance mais sa casquette, ses lunettes et son sweater devaient être sur les images du parking. Il avait observé la scène. La tête des flics en disait long sur ce qu'il avait vu à l'intérieur du théâtre. Il était très fier de lui. Il remarqua la femme flic, grande, mince, très belle avec ses longs cheveux bruns tombant sur les épaules d'une veste trois quart cintrée à la taille. Il vit ensuite, un homme lui poser la main sur le bras. Ils parlèrent à voix base mais il était si près qu'il perçut la discussion. Le regard de l'homme sur la foule, il pensait que lui, le tueur, était là. Un bref sourire souleva ses lèvres en un petit rictus de satisfaction.
Il observa le couple. Le type ne ressemblait pas à un flic, elle si. Il capta leurs regards. Il comprit, que ceux là n'était pas uniquement collègues. Il vit arriver un hispanique costaud et un gringalet. La femme donna des ordres. Elle était la supérieure des autres mais ils la respectaient. L'intérêt commença à naître. Il les regarda s'éloigner.
Un jeune journaliste le bouscula pour se faufiler sur le devant. Lorsqu'il comprit qu'il avait raté la majorité des informations, il râla ouvertement.
-Hey, cria-t-il après un autre journaliste. Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Oh mon gars, je vais pas te mâcher le boulot, fallait arriver plutôt !
-Allez Lex, j'étais près d'un parking près de Pearl. On échange les infos.
L'homme au costume tendit l'oreille.
Lex sembla réfléchir un instant, puis acquiesça.
-Je peux te dire que c'est le 12e qui mène l'enquête. Détective Beckett et Richard Castle. Je peux aussi te dire que ce meurtre-ci est lié à celui de l'Inwood Park. Alors tu as quoi en échange ?
« L'écrivain et sa muse ! » L'homme au costume s'éloigna, un vrai sourire sur les lèvres cette fois.
Ils arrivaient près de l'appartement de Castle, la nuit était tombée. Les lumières des rues et des enseignes trouaient les zones d'ombres comme autant de petits morceaux de vie. D'habitude, Castle les trouvaient agressives. Ce soir, elles étaient réconfortantes. Il y avait encore de la vie « normale » en dehors de ce théâtre.
Beckett et lui n'avaient pas échangé un mot. Ils se sentaient sales comme si l'ignominie s'était accrochée à leurs vêtements. Beckett se gara.
-Qu'est-ce que vous allez faire ?
-Je vais rentrer au central et coincer cet enfoiré, répliqua Beckett. Une petite ride barrait son front et sa mâchoire était contractée par l'énervement. Elle était presqu'en colère.
Castle sourit.
-Faites ce que je dis et pas ce que je fais !
Beckett fronça un peu plus les sourcils. Parfois, elle avait des difficultés à suivre Castle dans ses réflexions. Il fallait dire, à sa décharge, que des images du théâtre flottaient devant ses yeux depuis leur départ. La femme crucifiée, les animaux morts avec leur regard vide et silencieux, ou encore tout ce sang bleu de luminol !
-Laissez-moi deviner, reprit Castle. Vous allez travailler là-dessus jusque deux ou trois heures. Sans vraiment avancer parce que vous n'avez pas les résultats des tests, ni les vidéos du pont. Vous allez vous énerver et puis tombante de fatigue, vous rentrerez chez vous. Trop stressée pour dormir, vous prendrez un bain, vous lirez un bouquin quelconque ou vous regarderez les rediff'de Temptation Lane. Et demain, vous serez claquée !
-Castle ! Je ne vais pas regardez Temptation Lane ! Et qui vous dit que je ne vais pas lire un de vos bouquins ou un autre très bon livre. Les autres livres ne sont pas forcément quelconques, vous savez.
-Les miens, vous les avez déjà tous lus ! Ne me dites pas que vous lisez M. H. Clark ?
-Non, Castle, je ne lis pas M. H. Clark. Et de toutes façons, je ne vois pas ce que je pourrai faire d'autres, il faut que j'arrête ce type !
-Oui, mais pas ce soir. Je vous propose de monter chez moi.
Beckett le fixa, sans rien dire. Un silence gêné s'installa dans la voiture le temps qu'un ange passe.
-Ma mère et Alexis sont là, dit Castle.
Kate ne parvint pas à savoir s'il le disait à regret ou s'il constatait seulement un fait.
-De plus, c'est ma mère qui a cuisiné. Donc, c'est loin d'être un rendez-vous. Si vous avez besoin d'une baignoire, j'en ai une aussi ainsi qu'un lit… d'ami précisa-t-il avec un petit sourire après un très léger temps de pause.
Kate ne put s'empêcher de rougir.
-Ce sont mes vêtements qui me posent problème, Castle. J'ai l'impression qu'ils puent la mort.
-Les miens aussi. De plus, je sais que vous en avez de rechange dans votre coffre et de toute façon… quoiqu'il arrive… je trouve que vous sentez toujours très bon.
Il n'avait pas cillé, pas cligné de l'œil, ni souri. Il voulait qu'elle prenne ce compliment au sérieux. Castle approcha son visage de celui de Kate. Quelques centimètres avant de toucher ses lèvres, il s'arrêta. Kate sentit la chaleur monter depuis le bas de son ventre. Elle avait presque oublié le théâtre des horreurs. Elle détailla son visage, la courbe de sa joue, ses lèvres… Elle s'approcha de lui.
-Vous avez vraiment l'intention de gagner, souffla-t-elle.
-J'avoue, répondit-il avec faux air contrit.
Elle tendit la main vers la poignée de la portière et se laissa glisser dehors. Castle la suivit. Elle récupéra son sac mais il lui prit des mains, comme tout gentleman qui se respecte.
Lorsqu'ils arrivèrent sur le pallier de Castle, il se tourna vers Beckett.
-Prête pour le Martha Rogers Show ?
Sans attendre de réponse, il ouvrit la porte.
Après les salutations d'usage, Castle emmena Beckett dans sa salle de bain. Elle ouvrit son sac, sortit sa trousse de toilette et un petit tintement de joie perça sa carapace de fatigue lorsqu'elle aperçut la mini bouteille de savon à la cerise. Elle l'avait mise là, lorsque Castle lui avait fait la remarque. Il y avait aussi une petite bouteille de parfum pour cheveux. Elle plaça les vêtements de rechange, un jeans et un pull noir sur le bord de l'évier. Rien de sophistiqué mais au moins ils n'étaient pas complètement chiffonnés.
Lorsqu'elle descendit rejoindre la famille de son… Beckett se rendit compte qu'elle avait des difficultés à définir le statut de Castle. Dans les débuts de leur relation, il avait été une source de multiples problèmes, puis il était devenu un ami, un partenaire. Mais aujourd'hui ? Un futur petit ami possible ? Avait-elle accepté l'idée qu'elle et Castle finiraient ensemble ?
Martha l'aperçut alors qu'elle se tenait en bas des marches.
Castle avait dû lui faire un résumé de la situation et lui demander d'être agréable. Martha se surpassa, un vrai florilège. Le temps que Castle aille lui-même se changer, Martha avait déjà raconté quelques gaffes de son cher fils et Alexis n'était pas en reste.
-J'entends que je suis le sujet de moqueries, dit celui-ci en revenant vers les trois femmes les plus importantes de sa vie.
Lorsqu'il était entré dans la salle de bain, une odeur de cerise flottait dans l'atmosphère. Il l'avait respirée à pleins poumons. Surpris par son reflet dans la glace, il cessa de flairer l'odeur ambiante parce qu'il se fit penser à un chien de chasse. « Mais Beckett, est une si belle proie ». Devant son dressing, il avait un peu hésité. Chemise, T-shirt ou pull ? Finalement, il avait trouvé la perle rare. Un pull qu'Alexis lui avait offert, bleu roi, en cachemire et doux comme une peluche d'enfant. Il remercia le ciel de lui avoir donné une fille si intelligente.
Martha avait cuisiné un plat innommable censé être inspiré de la cuisine italienne. Castle aurait parié qu'il s'agissait plutôt de l'ensemble des restes du frigo qu'elle aurait placé dans un wok. Assez vite Alexis et lui repoussèrent leur assiette. Beckett reçut les remerciements de Martha pour avoir entièrement vidé le contenu de son plat. En réalité, Kate avait avalé chaque bouchée avec une gorgée de vin et une gorgée d'eau.
-Beckett sait vivre dangereusement, mère !
Il se leva pour débarrasser la table. Beckett le suivit du regard. Ce qu'Alexis ne manqua pas de remarquer. Elle sourit.
Sa mère rangeait des ingrédients dans les placards. Il voulut charger le lave-vaisselle mais celui-ci était déjà plein et propre. Il fronça les sourcils.
-Alexis, lança-t-il d'un ton menaçant, il me semble que je t'avais demandé de vider le lave-vaisselle ?
La jeune fille tourna vers lui un visage angélique.
-Grand-mère était en pleine séance de création artistique dans la cuisine… je n'ai pas voulu… la déranger.
-Mouais, répondit Castle, en jetant un regard sombre vers sa mère.
Il entreprit de vider et de remplir le lave-vaisselle.
Alexis pencha la tête vers Kate.
-C'est vrai que vous avez une moto ?
-Oui, répondit Beckett en prenant la même attitude.
-Ca doit être génial de partir les cheveux au vent, filant à pleine vitesse, ivre de liberté...
-Hum, ben les cheveux au vent, pas trop parce que tu dois porter un casque et à pleine vitesse non plus puisque tu dois respecter les limitations… mais oui, c'est génial… Je peux t'emmener un jour, si tu veux.
-Oh oui, ça pourrait être super… Seulement, il faudrait demander à mon père. Vous pourriez peut-être…
-Je ne crois pas que je puisse aborder moi-même le sujet, Alexis, ton père à quelques difficultés à gérer certaines informations et je pense que : KATE, MOTO, ALEXIS, entrent dans cette catégorie.
-C'est vrai qu'il n'a déjà pas voulu de suite pour le scooter…
-Tiens au fait, tu connais le magasin Vespa sur Crosby Street dans Soho ? Ils ont des casques à tomber et des cuirs de selle splendide. Ils ont même une gamme Vuitton, je crois.
-Je vous dérange durant « des histoire de filles », demanda Castle ? Ils avaient prononcé sa phrase en plaçant des guillemets avec ses doigts. Cela faisait quelques minutes qu'il observait sa fille et Kate. Il avait rarement vu Alexis aussi proche d'une… « D'une quoi, Castle ? Petite amie ? Tu considères Beckett comme cela ? Et elle, elle en pense quoi ? » L'écrivain fait taire la petite voix mesquine qui résonnait dans sa tête et regagna sa place à table.
-Pas du tout, nous parlions de moto et du scooter d'Alexis.
Castle pinça les lèvres. Les motos lui faisaient penser à Josh Le Méchant. Sa fille mal interpréta la mine de son père et changea vite de sujet.
-Il y a du dessert ?
-Ta grand-mère nous a gratifié d'un oubli magistral !
-Alors, je vais aller le prendre dans ma chambre… J'ai fait des réserves… Kate, ça m'a fait très plaisir de vous voir ce soir. Revenez plus souvent. Je vous promets que la prochaine fois la nourriture sera…
-Sera quoi, demanda Martha ?
-Tout aussi excellente, lança Alexis en se redressant comme si elle avait reçu une décharge électrique. A demain, papa ! Oh ! Oui, j'allais oublier ! Je n'ai pas cours avant 11 h alors je pense dormir plus tard… inutile de crier, donc.
Castle sourit à sa fille et jeta un coup d'œil vers Beckett. Elle avait assisté à plus de scène de famille durant ce diner qu'au cours des 3 années écoulées. Kate comprenait maintenant que Castle était un père attentif, attentionné mais ferme. En fait, elle savait peu de chose sur Castle. Elle le connaissait dans le boulot, elle savait qu'il était généreux, gentil, frimeur et dragueur. Elle connaissait aussi ce que la presse en disait ou ce que ses livres révélaient de lui. Paradoxalement, sa vie de famille lui était presque inconnue. Peut-être parce que, contrairement à ce qu'elle imaginait au début de leur relation, Castle menait une existence « simple » de père de famille.
Martha regarda ses mains d'une manière horrifiée.
-Mon Dieu, je crois que j'ai besoin d'un soin.
Beckett et Castle levèrent leur nez de leur café pour la regarder.
-Si on me cherche je vais dans ma chambre remédier à ce problème.
Castle attendit d'entendre la porte de la chambre maternelle claquer avant de parler.
-Je crois que c'est l'une des pires excuses que ma mère ait jamais trouvé.
-Je l'ai trouvée plutôt convaincante,…
-C'est une actrice, ne vous fiez jamais à la façon dont elle dit les choses mais à ce qu'elle dit.
Beckett sentit que la situation risquait de se compliquer. Ils étaient seuls, dans l'appartement de Castle, tard dans la soirée et avec quelques verres de vin engloutis. Certes Alexis et Martha étaient présentes…
Kate ouvrit la bouche pour dire qu'elle rentrait chez elle mais Castle lui proposa un film avant qu'un son ne puisse sortir de sa bouche.
-Qu'est-ce que vous avez, s'entendit-elle répondre ?
Castle prit leur verre et se dirigea vers le canapé, Kate le suivit.
-Alors, alors, alors,… Mr et Mrs Smith ?
-Trop… d'actions, répondit Beckett lorsqu'elle imagina le malaise qu'elle ressentirait au côté de Castle durant certaines scènes. Vous n'avez pas quelque chose de plus calme ?
-Coup de foudre à Nothing Hill ?
Cette fois se furent les déclarations enflammées d'Hugues Grant qui compliquerait la situation et Beckett ne voulait pas en perdre le contrôle.
-Je ne vous ai pas dit de tomber dans la mièvrerie, non plus…
« Mièvrerie ? Combien de fois as-tu vu ce film, ma grande ? 10, 20 ou 100 fois ? La ferme ! »
Castle passa en revue sa collection de films, au bout de plusieurs minutes d'intense recherche, il se retourna vers Beckett, un DVD à la main.
-Ah ça, je sais que ça va vous plaire. C'est un vieux film franco-italien des années 50. Il est sous-titré.
-Je parle français, vous vous rappelez ?
Castle déglutit.
-Vous voulez du pop corn ?
-Pourquoi pas.
Il retourna vers la cuisine, sortit un paquet de grain de maïs qu'il fourra dans le micro-onde.
-Vous me faites le pitch ou vous me faites la surprise ?
-Je vais vous expliquer avant, pour que vous compreniez l'histoire. Il s'agit des « aventures » d'un curé italien, Camilo, qui s'oppose constamment au maire communiste du village, Peppone.
-Eh bien, ça va me rappeler mes journées avec vous, dit Beckett en se posant au centre du canapé, sauf que je ne suis pas bonne sœur...
Castle récupéra le Pop-corn et la rejoignit. Il posa le plat de maïs soufflés sur ses genoux.
-Dieu merci, répondit Castle. Mais en réalité, ils s'aiment beaucoup en fait.
-Quoi ?
-Camilo et Peppone. Ils s'aiment beaucoup, même s'ils se disputent tout le temps.
-Es-ce que vous essayez de me faire passer un message, monsieur Castle ?
Beckett s'était rapprochée de lui. Castle voulut prononcer une parole, faire un geste mais il resta là, bouche baie. « L'écrivain a perdu ses mots ! Bravo, l'artiste, pensa-t-il ! ». Le visage de Kate se rapprocha dangereusement de celui de Castle. Elle ne voulait pas perdre le contrôle de la situation mais elle ne voulait pas perdre, non plus. Et ne dit-on pas que la meilleure défense est l'attaque ?
Elle récupéra un Pop-corn dans le plat et le fit glisser lentement dans sa bouche. Castle suivit d'un regard fasciné la sucrerie.
-Quatre partout, égalité ! Beckett gloussa en reprenant sa place.
Castle respira à nouveau et une lueur rusée brilla dans son œil.
-Ouais, c'est facile de profiter de la faiblesse des gens !
-Quelle faiblesse, Castle ?
-Vous. Vous êtes ma faiblesse…
Kate ne put s'empêcher de rougir. Le coin de la lèvre droite de Castle se leva en un rictus de victoire.
-Egalité maintenant, mais c'est moi qui garda le contrôle, Kate !
Elle sentit une délicieuse chaleur se répandre dans son corps, lorsqu'il prononça son nom. Toutefois, elle avait gagné l'égalité, elle ne pouvait pas encore être menée au score. Elle devait se faire désirer…
-Alors ? Vous le lancez votre film ou vous attendez un remake ?
Au fur et à mesure que le film s'écoulait, les images terrifiantes de l'après-midi s'estompèrent emportées par le souvenir des larmes qu'elle avait versé au départ de Josh. Elle l'aimait bien, elle le savait. Elle était, cependant, certaine de ne pas l'aimer assez pour changer radicalement de vie. Tenait-elle à Castle ? Oui, de cela aussi elle était sûre. Dans son message de l'aéroport, il disait qu'il changerait pour elle mais voulait-elle qu'il change ? Elle avait toujours pensé que l'amour, le véritable amour rendait plus fort. Il n'empêchait toutefois pas de souffrir, bien au contraire. La limite, dans l'amour le plus profond, entre le bonheur et la souffrance qu'il engendre est souvent très mince. Kate, le savait. Les défauts et les faiblesses de l'un sont comblés pour les qualités et les forces de l'autre. Castle, même s'il lui en coutait de l'avouer, la rendait meilleur flic. Il avait aussi brisé la carapace dans laquelle elle s'était cloitrée depuis la mort de sa mère. Oh certes, elle avait été amoureuse depuis ce tragique évènement, il y avait eu Royce, Sorrensson, Deming et d'autres. Elle les avait aimés, un peu, beaucoup, passionnément… Mais jamais complètement. Qu'est-ce qui était différent dans le cas de Castle ? Elle réfléchit tout en regardant le curé italien discuter avec Dieu au pied de son autel. Castle s'esclaffait à chaque boutade, s'excitait comme un enfant lorsqu'une altercation entre Camilo et Peppone se préparait. Kate tournait parfois les yeux vers lui. Une lueur malicieuse brillait dans son regard. « Qu'est-ce qui est différent avec Castle ? Lui, évidemment. Castle n'est pas aussi paternaliste que Royce, aussi professionnel que Sorensson, aussi doux que Deming et certainement pas aussi calme que Josh. D'un autre côté, il est tout cela et bien plus encore. Sauf que c'est souvent lui qui décide ou provoque les évènements. Castle me fait perdre le contrôle. Est-ce un mal ou un bien ? » Kate étouffa un bâillement, ce film était vraiment long. Castle l'avait-il choisi pour la retenir ? « Il en est bien capable ». Elle se laissa aller contre le dossier du canapé et s'enfonça dans les coussins de cuir. Elle avait depuis bien longtemps ôté ses bottes, elle remonta donc ses pieds sous elle. Ses paupières commencèrent à s'alourdirent, sa tête tagua. Il fallait qu'elle la pose quelque part…
Castle sentit le poids de la tête de Kate sur son épaule. Il se raidit mais continua à regarder le film. Au bout d'un bref laps de temps, il tourna son regard vers son visage. Il eut envie de l'embrasser, de la réveiller et de l'embrasser à nouveau. Seulement, Kate n'apprécierait peut-être pas. De plus, la journée avait était longue pour elle. Il avait remarqué brièvement ses yeux un peu rouges lorsqu'il l'avait poussée dans l'ascenseur. Il ne fallait pas la brusquer. Elle avait accepté de jouer, même s'il lui avait un peu forcé la main, mais c'était déjà cela. Pourtant, la situation était idéale… Que pourrait-il bien faire pour la garder près de lui, en cet instant ? Car si elle se réveillait, elle pouvait partir sans qu'il le sache. Il sentait la fatigue le gagner, lui aussi.
Il se revit alors des années auparavant. Il avait 14 ans et il était au cinéma avec Penny ou était-ce Daisy ? Il voulait se rapprocher d'elle alors qu'elle avait sa tête sur son épaule. La technique avait marché ces vingt dernières années alors pourquoi pas ce soir ? Sauf qu'il se rendit compte qu'il avait beaucoup à perdre au cas où il effraierait sa belle. Il se donna le temps de la réflexion, mais le jeu en valait trop la chandelle. Lentement, très lentement, il contracta son épaule et l'éleva vers le haut. Lorsqu'il fut arrivé au maximum de hauteur, il attendit quelque seconde pour voir si Kate sortait de sa torpeur. Il entrait maintenant dans la phase critique de la manœuvre. Prit une inspiration et balança vivement son bras en arrière. Celui-ci décrivit un arc de cercle avant de redescendre. La tête de Kate glissa sur la poitrine de Castle. Elle fronça les sourcils en dormant. Castle retint sa respiration. Elle n'ouvrit pas les yeux mais leva son visage et le nicha au creux du cou de l'écrivain dont la main se trouvait maintenant à quelques centimètres au-dessus des épaules de Kate.
-Castle, marmonna Beckett d'une voix endormie, vous n'êtes pas obligé de faire toutes ces singeries pour passer votre bras autour de mes épaules…
Il voulut répondre mais elle était déjà endormie.
Se furent les premiers rayons de l'aube qui sortir Beckett de son sommeil. Il lui fallut un petit temps avant de comprendre où elle se trouvait. Elle se rendit d'abord compte qu'elle n'était pas allongée sur un matelas, ensuite qu'elle avait froid aux pieds puis lorsque ses yeux s'ouvrirent légèrement, elle constata que sa tête se trouvait sur quelque chose de doux et de bleu. « Je n'ai pas d'oreiller bleu, pensa-t-elle alors ». Elle entendit un bruit sourd et répétitif, « Les battements d'un cœur ? ». Elle sentit alors que quelque chose la serrait fortement « Des bras ? ». « Oh mon Dieu, Castle ! Je suis allongée sur Castle ! ». L'adrénaline se déversa rapidement dans son organisme et elle voulut bondir sur ses pieds. Mais les bras puissants de l'écrivain l'entouraient. Il grogna comme un ours en hibernation que l'on embête et comme si le grizzli voulait simplement chasser un petit parasite, il bascula sur le côté entrainant Beckett avec lui. Elle se retrouva coincée entre le corps de l'écrivain et le dossier du divan. « Et merde ! Si Alexis ou Martha se pointent… Quelle heure est-il ? Merde, merde, merde ! ». Elle leva son visage vers celui de Castle. Elle fut frappée par le paisible de ses traits. Il dormait comme un bienheureux. Un bienheureux qui risquait de l'étouffer, quand même. Ses bras étaient bloqués par ceux de Castle, elle ne pouvait le repousser, mais en avait-elle seulement envie ? Elle remonta la main et laissa ses doigts dériver lentement sur les contours de la mâchoire de Castle. De petits muscles sur le visage de l'écrivain se contractèrent, il revenait du pays des songes. Elle passa ses doigts sur le bord de sa lèvre inférieure. Sous les paupières de Castle, ses yeux se fixèrent. « Bien, il atterrit en douceur… ». Kate s'approcha doucement, ses lèvres effleurèrent légèrement celles de l'écrivain.
-Castle, réveillez-vous murmura-t-elle doucement.
L'écrivain, pleinement conscient maintenant, garda les yeux fermés. Beckett recommença sa manœuvre.
-La Terre appelle la Belle au bois dormant ! Réveillez-vous !
Un sourire qu'il ne put retenir éclaira le visage de Castle.
-Vous êtes le meilleur réveil matin que j'ai jamais eu.
Ils rirent et s'embrassèrent de nouveau.
-Je vais être magnanime, dit-il, 5 à 4. Je vous offre volontiers ce point en échange de ce réveil.
-Merci Castle pour ce cadeau que j'ai mérité puisque vous avez failli m'étouffer !
-Oh et pour vous sortir de cette situation si précaire, vous avez utilisé un technique de self défense pas courante, répondit-il en frottant le bout de son nez près de l'oreille de la jeune femme.
-Je l'ai lue dans une bio de Matahari, que voulez-vous je m'adapte. Sérieusement, il faut que je me lève et que je rentre chez moi pour me changer avant d'aller au commissariat.
A regret, Castle bascula sur le côté afin que Kate puisse se lever. Elle remit ses bottes et attrapa sa veste.
-Vous ne voulez pas d'un café, demanda-t-il ?
Une douche s'alluma à l'étage.
-Apportez m'en un en arrivant au central !
Elle sortit en tirant la porte derrière elle. Si elle était restée plus longtemps, il était plus que probable qu'elle ne soit pas au douzième avant midi.
Ils s'installèrent dans la salle de réunion. Beckett y transporta la pile de dossier tandis que Ryan et Esposito faisaient rouler le tableau blanc. Les photos de la scène de crime y étaient déjà affichées. Lanie avait tenu à être présente. Elle voulait comprendre comment et pourquoi certaine personne en transformait d'autre en pantin dégoutant. De plus, l'autopsie lui avait pris une partie de la nuit et elle avait besoin de parler, de dire à haute voix ce que la seconde victime avait subi.
Le compte rendu qu'ils firent à Montgomery pendant qu'il examinait les clichés fut précis mais rapide. Personne ne voulait revivre les sensations de la veille.
-Je crois qu'on a affaire à un sérial killer, lança le capitaine. Je devrais peut-être faire appel au FBI.
-Pas si sûre, capitaine, répliqua Beckett. Castle a eu une théorie tout à fait… intéressante hier.
-Chérie ! Ne le lui dit pas tout de suite, sinon, tu auras vraiment des difficultés à le contrôler, lança Lanie.
Celle-ci sourit, Montgomery avait parfaitement raison.
-Dans le cas d'un sérial killer « traditionnel », c'est le meurtre qui prime, la réalisation de l'acte meurtrier en fait. Castle pense et je dois dire que je suis assez d'accord avec lui, que le premier meurtre, celui d'Angèle Faure, la visait elle. C'est l'appropriation ultime. Ce n'est qu'ensuite qu'il y a pris goût. D'où le second meurtre, avec plus de rage et de violence. Il ne voulait pas « abîmer » Angèle, il voulait la sublimer. Hier, je pense qu'il y avait de la vengeance dans son acte.
-De la vengeance ? Cela implique qu'il la connaissait… Au fait, on connaît son identité ?
-Oh ça, ça a été un vrai chemin de croix, si je peux dire, s'exclama Ryan. Je me suis renseigné sur les proprios du théâtre. J'ai suivi plusieurs pistes… les infos sont entrain de tomber. La première vient du service de surveillance des cultes, c'est une branche du département de la sécurité intérieur. Les Killers's Cats sont à deux doigts de se faire estampiller : secte sataniste ! Leurs fameuses grandes messes ont lieu toutes les 6 à 8 semaines et pour y assister il faut remplir toute une série de papiers, les protégeant de toutes les attaques juridiques possible.
-Comme l'accord de confidentialité qu'ils ont fait signer à Nash ?
-Oui, un truc du style. En plus, le billet pour la pseudo messe coûte presque 250 dollars pour l'orchestre !
-C'est comme cela qu'ils ont pu acheter le théâtre, demanda Esposito ?
-Non, pas tout à fait. Ca, c'est la Financière, qui vient de m'envoyer les infos. Le théâtre a été acheté par la société RPSpray !
-RPSpray ?
-C'est un boite sur internet qui vend des produits de nettoyage, à prix réduit, livraison garantie en 24h. Elle existe depuis une dizaine d'année et elle est cotée en bourse depuis trois ans, année où ils ont acheté le théâtre.
-Et qui est le patron de RPSpray, s'enquit Beckett ?
-C'est là que ça devient comique… Réginald Pray, le roi du Spray, en est le fondateur, il avait 18 ans à l'époque. Il détient toujours la majorité des parts mais le reste est réparti entre Arthur Langton, Michael Grobban et Luke Barnett. Ces quatre garçons sont aussi les membres du groupe : les Killers's Cats ! Et ils ont tous la même adresse de résidence, 39 sur la 68è rue ouest. Inséparables, les gamins !
-Yo, satanistes la nuit, businessmen le jour ?
-A ce qu'il semble.
-Et elle, c'est qui, demanda Montgomery ?
-Les empreintes et les analyses dentaires ont désigné une gagnante, répondit Esposito en prenant un marqueur. Il inscrivit : Doreen Hicks. Aussi connue de nos services sous le nom de Samantha et de Crystal du temps où elle tapinait. Arrêtée pour ce genre de délits mais aussi pour agressions avec coups et blessures, violations de propriété privée, dégradations de matériel religieux, vandalismes dans les cimetières et atteintes aux bonnes vies et mœurs…
-Une oie blanche, lança Castle qui venait d'arriver, j'ai raté le début de la fête, on dirait ? Vous avez tous bien dormi, demanda-t-il alors qu'il distribuait des cafés et déposait des beignets sur la table ?
Aucun flic ne peut résister à un beignet, ils sont génétiquement programmés pour en manger !
Au passage, il en attrapa un dans lequel il mordit avidement.
-Et vous lieutenant ? Bien dormi ?
Beckett eut un petit sourire en coin, elle avait vu la lueur dans les yeux de Castle dès qu'il était entré. Il s'installa entre elle et Lanie.
-Moui…, pas trop mal mais mon matelas était trop mou, il faudrait que ça change.
Castle avala de travers le morceau de beignet qu'il avait en bouche, il toussa comme un mineur. Lanie sauta sur ses pieds, prête à lui administrer la manœuvre de Heimlich. Finalement, Castle se reprit. Il but une gorgée de café.
Beckett se tourna vers lui.
-Je vais aller vous chercher de l'eau…
-Faut pas respirer et manger en même temps, Castle, lui lança un Esposito goguenard.
-Hé, ça peut être très dangereux, s'interposa Lanie ! Je n'ai pas du tout envie d'avoir l'un de vous sur une de mes tables parce que les autres ne savent pas réagir correctement ! C'est clair ?
Esposito rentra la tête dans les épaules et acquiesça. Beckett déposa la bouteille d'eau minérale devant Castle. Elle attendit qu'il ait fini de boire avant de se pencher vers lui.
-6-4, première manche Beckett !
Lanie leva les yeux au ciel !
-Vous vous croyez à l'US Open, tous les deux ?
Beckett regarda son amie avec un sourire faussement angélique.
-Et en plus, maintenant, il déteint sur toi, soupira-t-elle.
Ce fut Montgomery qui sonna la fin de la récréation. Il ne voulait pas mettre la pression à ses troupes mais un tueur était en liberté. Toutefois, lorsqu'il regardait les photographies, il comprenait mieux pourquoi de jeunes flics en uniforme avait vomi leurs tripes la veille.
-Quand Doreen Hicks s'est-elle jointe aux Killers'Cats ?
-Il y a un peu plus de trois ans, répondit Ryan. Là, elle a acquis les surnoms qui sont sur la page web du groupe.
-Elle était un peu cinglée, non ?
-Disons qu'elle était pas mal atteinte, acquiesça Ryan…
-Mais personne ne mérite de mourir comme cela, répliqua Beckett à nouveau sérieuse.
- Ouais, enfin ce n'était vraiment pas une sainte… Les portables et caméras sont normalement interdits durant leurs « spectacles », c'est dans les contrats que les spectateurs signent pour entrer et ils sont aussi fouillés. Il est toutefois possible d'acheter un dvd des « meilleurs moments du groupe » sur leur site moyennant un formulaire très strict et 300 dollars ! Cependant, un groupe de défense des animaux a réussi à en introduire une, il y a un an, pendant un « cérémonie »… L'image n'est pas d'excellente qualité mais les animaux avec lesquelles Doreen s'éclate sur scène sont vivants au début du spectacle et plus à la fin et aucun taxidermiste ne pourrait plus rien pour eux !
Lanie eut une mine dégoutée. Autant la plupart des morts ne la dégoutait pas, autant la torture sur des animaux l'épouvantait !
-Vous croyez que notre tueur a voulu venger des chats massacrés, demanda Montgomery ?
-Je ne pense pas, reprit Beckett. S'il y a eu vengeance dans le meurtre de Doreen, c'est lui qu'il a voulu venger. Je me demande si on ne devrait pas laisser de côté les animaux morts pour nous concentrer sur la victime…
-Je suis assez d'accord, lança Castle. Les animaux morts ne sont pas la cause de ce meurtre par contre, ils nous permettent de comprendre la personnalité de la victime et on peut comprendre qu'une femme qui balance des chats morts égorgés dans son public, suscite des envies de meurtre.
-« Lorsque l'être humain n'a plus de limite vis-à-vis des animaux, il n'en a plus beaucoup pour ses semblables ». Je ne sais plus de qui est cette phrase mais je la trouve appropriée, déclara Lanie.
-Bien, dit Montgomery, mettez deux inspecteurs supplémentaires sur les empailleurs et taxidermistes de la ville, on aura peut-être une touche par là. Les vidéos du pont, ça donne quoi ?
-La camionnette l'a bien pris, mais on le perd dans Brooklyn.
Le capitaine râla sur le manque d'équipement des autres quartiers de New-York.
-Lanie, l'autopsie a-t-elle révélé des éléments supplémentaires ?
-Des confirmations surtout. Il l'a bien assommée dans le cercueil. Par contre, elle devait déjà porter ces vêtements parce qu'il n'aurait probablement pas eu le temps de la transporter sur scène, de mettre le décor en place et de l'habiller. Le pentagramme appartient au théâtre. Un hématome est apparu sur la joue de Doreen. Je dirais qu'il lui a mis deux ou trois gifles pour la réveiller… J'ai fait des prélèvements sur ses avant-bras. Il les a scotchés au pentacle, probablement le temps de l'installer puis il l'a réveillée avec des claques. C'est à ce moment là qu'il a dû la crucifier et comme elle hurlait, il lui a coupé la langue.
-Le fait de lui couper la langue est peut-être plus significatif. Peut-être lui a-t-elle manqué de respect en l'insultant ou en se moquant de lui. Il lui coupe la langue pour lui faire ravaler ses mots, avança Beckett.
Lanie regarda son amie. Beckett envisageait une idée intéressante.
-Ca pourrait expliquer la découverte de l'autopsie interne, la langue était dans l'estomac de la victime. Pas de digestion entamée ce qui signifie qu'elle est morte peu après.
Castle fit une grimace de dégoût.
-De quoi est-elle morte ? C'est le couteau dans son cœur ?
-Le couteau n'était pas vraiment dans le cœur, il l'a certes endommagé mais le couteau a surtout déchiré le poumon gauche. Bon, je vais vous expliquer, c'est un peu technique et pas très ragoutant… Elle soupira. Donc, la victime a la tête rejetée en arrière, il vient de lui faire avaler sa langue. Du sang se repend rapidement dans la cavité buccale.
Lanie se leva et prit Castle comme mannequin. Elle pencha au maximum sa tête en arrière.
-Dans cette position, il est presque impossible de déglutir correctement. Par contre, l'aspiration de l'air est plus facile.
Castle, en bon élève, tenta d'avaler sa salive. Tous entendirent l'étrange bruit provoqué par sa déglutition difficile.
-Tu veux dire que le sang de sa bouche, est passé dans ses poumons ?
-Le stress ajouté à l'amputation de la langue, elle avait une chance sur dix de dévier le sang dans son estomac. Elle l'a aspiré, oui. Ensuite, probablement une ou deux minutes, le temps qu'elle s'agite moins en fait, puisqu'elle était dans les vapes suite à une intense hémorragie de la langue, il lui a planté le couteau endommageant le cœur et transperçant le poumon gauche. Le sang venant de la bouche et du cœur s'est répandu dans les poumons provoquant un hémothorax…
-Combien de temps a-t-elle mis à mourir, s'enquit Ryan ?
-Assez pour qu'il prenne son pied à la regarder crever, s'exclama la légiste ! Mais bon, pour la crucifixion, l'amputation et le coup de poignard… une vingtaine de minutes. Ce sont des gestes de rage, il n'a pas pu aller plus lentement. Elle est morte vers neuf heures du matin.
-Tiens, fit remarquer Beckett, Nash nous a dit qu'il ne devait pas venir au boulot hier, il a différé sa journée parce qu'il était malade. Notre tueur devait savoir ou pensait savoir qu'il serait tranquille. Il ne pensait peut-être pas que l'on retrouverait le corps aussitôt ?
-On va aller demander à Nash, s'il ne connaissait pas l'horaire d'autres personnes.
-Par où est-il entré, demanda Castle ?
-L'une des portes à l'arrière était forcée, répondit Esposito.
-Ca semble réfuter l'hypothèse de l'horaire…
-Peut-être a-t-il voulu se couvrir, brouiller les pistes, répliqua Ryan.
-Il n'y avait pas d'alarme ?
-Elle était désactivée, les seules empreintes sont celles de notre reine de shabbat !
-Elle devait penser qu'elle était protégée par une entité supérieure, résuma Castle.
-Bien, les gars vous allez voir Nash, ensuite essayez de vous procurer la liste des membres de la ligue de défense des animaux. Nous, on va voir les Killers's Cats.
-Les défenseurs vont invoquer le IVè amendement…
-Je sais, mais dites leurs qu'on vérifie toutes les pistes, et que s'ils nous donnent quelque chose et que ça n'est pas utile, on gardera la liste pour nous. Avec un mandat, ils auront une mauvaise publicité…
-Je doute que ça marche…
-Moi aussi, Beckett sentit monter une migraine.
Alors qu'ils se préparaient à quitter le commissariat, Castle et Beckett virent arriver une responsable du service de presse de la police. A en juger par son tailleur et son brushing parfait, la demoiselle ne devait jamais avoir vu une scène de crime. « Encore moins une comme celle d'hier, pensa Beckett ».
-Ah vous voilà ! Vous êtes difficile à joindre, vous savez !
Le reproche pointait dans son ton et Beckett décida qu'elle n'aimait pas du tout cette femme.
-Je m'appelle Déborah Clark, elle se tourna vers Castle, mais vous pouvez m'appeler Debby. Elle commença à minauder devant l'écrivain. Beckett jeta un regard vers Castle, elle eut l'impression que celui-ci réagissait aux grimaces de la responsable de presse. En une fraction de seconde, Beckett sentit une bouffée de jalousie possessive monter en elle. « Chasser le naturel,… pensa-t-elle ». L'instant d'après, elle prit conscience des sentiments qui l'animaient et elle éprouva de la colère vis-à-vis d'elle-même. Elle n'était pas d'un naturel jaloux mais Castle était à elle ! Alors, par réflexe, elle dirigea sa colère contre lui alors qu'il balançait des platitudes à la jeune femme.
-Castle, on y va !
-Euh non, cria presque Debby, vous avez une interview à donner, vous devez vous préparer !
-Là, j'ai surtout des suspects à interroger, mademoiselle Clark. Beckett avait mis l'accent sur le côté formel de sa réplique en employant le nom de famille de Déborah. « Après tout, c'est à Castle qu'elle a donné son diminutif ! ». Sur ce, Beckett se dirigea vers l'ascenseur.
-Debby, donnez moi les questions préparées, je les lui lirai dans la voiture, vite.
Elle fourra un dossier dans les bras de Castle qui partit en courant rejoindre Kate avant que les portes ne se referment.
-L'interview est prévue à 16h en salle de réunion ! Ne soyez pas en retard, cria-t-elle dans son dos.
