Disclaimer : La licence Code : Lyoko, son univers et ses personnages sont la propriété du studio Moonscoop et de leurs ayants-droit. Il n'est fait aucun profit à partir de cette fiction.
Cette histoire est fictive. Toute ressemblance avec des personnes, groupes ou entités de la vie réelle est purement fortuite.

Réinitialisation

Chapitre Douze
Culpabilité

Les yeux rivés sur son écran, Jérémie entraient à une vitesse impressionnante une série de commandes censées lui permettre de scanner les dernières opérations effectuées sur le système. Il ne faisait selon lui aucun doute que l'activation des tours avait pour but la récupération ou l'exploitation de données contenues dans le Supercalculateur. S'il parvenait à isoler un fragment du codage utilisé par l'ennemi, cela lui permettrait peut-être d'en apprendre plus sur leur nature et éventuellement de comprendre ce qui pouvait motiver ces intrusions. D'après Devoldère, l'A.D.A.M disposait de ressources colossales : leur capacité à transiter dans le réseau et à infiltrer virtuellement Lyokô corroborait ses dires. Ils avaient donc accès à une technologie semblable à celle développée par Hopper. Comment expliquer alors leur intérêt probable pour les informations détenues dans cet ordinateur ? Que pouvaient-ils bien chercher ? Le jeune génie espérait bien répondre définitivement à ces questions. Il avait perdu assez de temps avec cette histoire d'organisation paramilitaire et il comptait bien poursuivre ses recherches une fois le problème de ces intrusions réglé.

Attentif à l'extrême aux opérations que le scanner effectuait, Belpois en avait oublié la présence de ses trois amis qui attendaient toujours derrière lui un début d'explication. Odd, dont la patience et la délicatesse était les plus grandes qualités, se permit un bruyant raclement de gorge, histoire de rappeler à leur Einstein national qu'il n'était pas tout seul devant son écran. Celui-ci se tourna alors vers eux, s'excusant un peu maladroitement de les avoir ainsi délaissé durant de longues minutes et foudroyant au passage le blond à la mèche violette qui l'avait mis mal à l'aise. Au vu de la situation, il était toutefois difficile d'être détendu pour Belpois. Il perdait de plus en plus le contrôle, tout lui glissait entre les mains, de ses recherches jusqu'à l'amitié chèrement acquise et qui l'unissait et chacun des membres du groupe. Son impuissance se dévoilait de plus en plus et lui-même ne pouvait plus vraiment la nier. Pire, il devait à présent l'admettre devant eux, ses amis qu'il avait trahi. Il prit une profonde inspiration et commença à exposer le problème tout en déplaçant son regard pour éviter d'avoir à soutenir celui de ses interlocuteurs :

« Je viens de lancer un scanner qui va traquer toute information étrangère ayant pu transiter au cœur du système. Avec un peu de chance, le piratage de la tour par cette espèce de robot aura laissé des traces exploitables qui nous permettront d'en apprendre un peu plus sur eux.

- Tu crois vraiment ? Pourtant ça n'a pas marché la première fois… constata Yumi qui ne masquait pas son scepticisme.

- J'ai fait ce que j'ai pu pour améliorer le processus d'analyse des données pendant la semaine qui s'est écoulé. Je ne suis pas certain que ça aboutira à quelque chose mais je ne peux pas faire grand-chose de plus. Ces pirates sont des professionnels et on n'a pas la moindre idée, la moindre piste pouvant nous éclairer sur leurs motivations. C'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin.

- Explique ça à Devoldère. Je suis sûr qu'il sera ravi d'apprendre que le garçon qui croyait pouvoir guérir William avec un programme informatique ne peut pas retrouver la trace d'un pirate, grommela la jeune japonaise qui peinait à se maîtriser.

- Ce n'est pas tout à fait aussi simple. Les spywares qu'ils utilisent obéissent à un algorithme spécifique qui commande leur autodestruction : ils sont éphémères. Et pour une raison qui m'échappe, il ne laisse aucune trace une fois détruit. C'est comme si ils n'avaient jamais existé. Je n'ai aucune base de travail et…

- … Et on n'en serait pas là si tu avais tenu parole, si tu n'avais rallumé ce maudit engin. Est-ce que tu as pensé une seconde au danger que ça représentait, pas seulement pour nous mais pour nos familles ? Tu crois que X.A.N.A n'avait pas déjà causé suffisamment de dégâts…

- Si j'ai fait ça, c'est uniquement pour sauver William !

- Non… Non, c'est faux et tu le sais, répliqua hargneusement l'adolescente en posant ses mains sur chacun des accoudoirs du fauteuil et en se penchant vers Jérémie pour l'obliger à la regarder dans les yeux. Tu as fait tout ça parce que tu voulais te prouver quelque chose et si William n'avait rien eu, tu aurais trouvé un autre prétexte… »

Sous cette accusation virulente mais pas tout à fait éloignée de la vérité, Belpois baissa la tête. Dire que le jeune homme avait cherché à sauver William par intérêt n'était pas totalement faux. Prétendre qu'il l'avait utilisé comme un prétexte quelconque pour rallumer le Supercalculateur était en revanche peu conforme à la réalité. Il avait été pénible pour Jérémie de rallumer cet ordinateur, d'une part parce que cela l'avait contraint à revenir sur le serment prêté deux ans plus tôt, d'autre part car la vie d'Aelita avait basculé à cause de cette machine. La conviction de pouvoir tout arranger avait certes fini par l'emporter mais il aurait préféré ne jamais en passer par là. Si il avait agi ainsi, c'était parce qu'il refusait de voir une deuxième personne qui lui était chère en deuil, il ne voulait pas que Yumi souffre comme Aelita. Mais comment le lui dire ? Il ne parvenait pas à trouver les mots et puis il était maintenant un peu tard pour poser cet argument comme défense sans passer pour un hypocrite. Jérémie préféra donc garder le silence.

En fait, aussi étonnant que cela puisse paraitre, le garçon comprenait parfaitement la réaction de son amie, il comprenait sa colère et le fait qu'elle puisse lui en vouloir. Il lui était impossible de lui en tenir rigueur. Elle avait frôlé tant de fois la virtualisation définitive ou même la mort pure et simple à cause des inventions de Hopper… La voix d'Aelita s'éleva soudain dans la pièce pour prendre la défense du jeune homme, contre toute attente :

« Ce que tu dis là est injuste, Yumi… On en a déjà discuté : Jérémie a commis une erreur en rallumant le Supercalculateur mais… Il voulait juste nous aider, comme il l'a toujours fait. »

Yumi resta un moment silencieuse, toujours penchée sur l'adolescent à lunettes. Elle finit par se relever et détournant légèrement son regard de celui de son vis-à -vis, elle poussa un léger soupir.

Elle s'éloigna de quelques pas du siège du surdoué pour lui laisser un peu d'espace. Elle s'en voulait vraiment d'avoir réagi avec une telle agressivité et de s'être montrée injuste. Ce que disait Aelita au sujet du petit génie de la bande était vrai : il s'était toujours senti obligé de les aider quand ils étaient en difficulté et c'était encore le cas aujourd'hui même s'il avait été maladroit, comme de coutume, dans sa manière de faire. Pour tenter d'apaiser les esprits, il en revint à son explication du processus d'analyse des entrées du système :

« Si le scanner parvient à isoler l'un de leurs programmes espions avant son autodestruction programmée, ça nous permettra d'avancer un peu. En attendant de savoir si la chance est de notre côté, je vais continuer à travailler à l'amélioration des firewall.

- Je vais t'aider. A deux, on ira beaucoup plus vite et… »

Jérémie ne laissa pas le temps à Aelita de finir sa phrase. Il lui coupa la parole et lui assura qu'il s'en sortirait très bien tout seul. Son amie lui répondit sur un ton tout de suite moins enjoué et même résigné :

« D'accord. Si tu penses que ça ira… »

Belpois réalisa soudain avec quelle extrême maladresse il venait de décliner l'offre qui lui était proposé. L'adolescente voulait certainement passer un peu de temps avec lui. Après tout, cela faisait plus d'une semaine que Jérémie ne sortait plus du laboratoire sauf pour aller en cours. Aelita devait se sentir vraiment délaissée. Mais il était un peu tard pour rattraper son erreur.

« Vous devriez aller vous reposer. Si j'ai du nouveau, je vous fais signe, d'accord ?

- Et si il y a de l'action, n'hésite pas à m'appeler, ça commençait à me manquer tout ça finalement, lança Odd sans vraiment réfléchir à la portée de ses paroles. »

Yumi soupira à nouveau sans daigner lui adresser le moindre regard tandis qu'elle passait à côté de lui pour se diriger vers la porte de l'élévateur.

« Ben quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ? »

Aelita secoua la tête d'un air aussi résigné qu'exaspéré et se tourna elle aussi vers l'ascenseur.

« Les garçons n'apprendront sans doute jamais ce qu'est le tact, songea-t-elle, légèrement attristée. »

La jeune japonaise pressa le bouton d'appel et les portes s'ouvrirent instantanément sur l'intérieur du monte-charge. Odd poussa lui aussi un soupir, ne comprenant visiblement pas ce qu'il avait dit de mal et rejoignit les filles qui s'apprêtaient à retourner au rez-de chaussée. Jérémie observait passivement la scène tandis que de nombreuses pensées assaillaient en même temps son esprit. Sans vraiment comprendre pourquoi, il interpella Yumi :

« Je… J'voudrais te parler… en privé. »

L'adolescente interrompit son geste alors qu'elle s'apprêtait à presser une touche du panneau de commande. L'expression de son visage trahissait une certaine surprise teintée d'incompréhension. Elle se tourna rapidement vers Aelita et songea que c'est plutôt à elle que Jérémie aurait du adresser cette phrase. Elle resta un moment à l'observer, ignorant comment réagir vis-à-vis d'elle, vis-à-vis de Jérémie, vis-à-vis d'elle-même. Son amie finit tout de même par lui adresser un timide sourire pour l'encourager et lui murmura :

« Vas-y… »

Elle ne parvenait pas à distinguer si c'était la tristesse qui faisait trembler la voix de l'adolescente aux cheveux roses ou s'il s'agissait juste d'une illusion sonore due à l'environnement métallique. Quoi qu'il en soit, elle passa une nouvelle fois les portes du laboratoire avant que celle-ci ne se referment. Jetant un dernier coup d'œil par-dessus son épaule, elle put voir Aelita passer furtivement sa main sur l'un de ses yeux. Les portes enfin closes, le verrou se scella et la machinerie se mit en marche. Elle porta alors de nouveau son attention sur Jérémie et le dévisagea un long moment, en silence, attendant certainement qu'il prenne la parole.


Belpois observait lui aussi son amie avec attention. Il ne pouvait s'empêcher de se mordiller la lèvre inférieure. Il ne savait pas vraiment par où commencer. Il avait tellement de choses à lui dire et tout se bousculait dans sa tête. Il prit une profonde inspiration tandis que Yumi commençait à montrer des signes d'impatience, croisant les bras sur sa poitrine tout en affichant une moue significative.

« Voilà, ça fait plusieurs semaines que j'agis d'une façon qui ne me ressemble absolument pas… commença-t-il. Et pour être tout à fait franc avec toi, je ne me reconnais même plus dans ce que je fais, dans les décisions que je prends : trahir la confiance de mes proches, faire chanter les autres, laisser mes sentiments dominer ma raison… Et la liste est longue. J'imagine … Enfin, je sais que j'ai été maladroit mais…

- Où est-ce que tu veux en venir, Jérémie ?

- Je… Je voulais que tu saches que je m'en veux, que je suis désolé : pour William, pour avoir manqué à ma parole, pour le Supercalculateur et pour tout ce que je peux oublier…

- Je ne suis pas sûre de te suivre. Pourquoi t'excuser auprès de moi plutôt qu'auprès du groupe tout entier ? le questionna l'adolescente d'une voix plus posée, haussant un sourcil.

- Parce que je n'aurais pas le courage d'affronter plusieurs regards réprobateurs en même temps. Parce que tu es celle qui, de nous tous, a été la plus affectée par tout ça, expliqua-t-il en désignant la pièce d'un geste de la main. Parce que je sais que si je ne fais pas très vite quelque chose, je vais perdre ce lien qui nous unit… Et que je ne veux pas perdre l'une de mes amies à cause d'erreurs de jugement. »

Yumi s'était approchée du garçon pendant qu'il se justifiait. A chaque nouvel argument, elle s'était approchée de lui d'un petit pas. Lentement, comme pour ne pas le brusquer ou l'effrayer. Elle était maintenant tout près de lui. Elle percevait aisément toute la gêne et la tristesse dans la voix et le regard de celui-ci. Elle soupira et posa une main amicale sur son épaule en lui souriant du mieux qu'elle pouvait.

« Tu sais, à l'hôpital, tu as manqué de tact en m'exposant les faits… Mais jamais je n'aurai dû réagir comme je l'ai fait. J'étais sur les nerfs et tu étais là, m'annonçant ça. Tu avais refusé quelques minutes plus tôt de me dire que tout s'arrangerait naturellement et là… Tu m'affirmais pouvoir soigner William grâce au Supercalculateur que tu avais rallumé. Alors j'ai craqué… Tout ce que je gardais pour moi, il fallait que je libère tout ça. Mais Aelita avait raison lorsqu'elle a pris ta défense. J'ai été injuste, cette fois là et jusqu'à aujourd'hui… »

Sa main glissa de l'épaule du jeune homme et retomba mollement aux côtés de la japonaise dans un léger ballotement du à l'élan pris par le membre.

« Et tu n'es pas le seul avec qui j'ai été injuste… murmura-t-elle.

- Alors… Tu… Enfin… Tu ne m'en veux pas ? tenta le génie.

- Ce serait hypocrite de te répondre que non. Mais tu ne méritais pas que je m'acharne sur toi comme je l'ai fait. Je sais que tu veux aider William. Au fond, j'avais surtout peur qu'il ne lui arrive un nouveau malheur. »

Le garçon ne put se retenir de manifester son soulagement par un petit rire avant de chercher à reprendre un peu de contenance en remontant ses lunettes :

« Je te promets que je ne ferai jamais rien qui puisse le mettre en danger si c'est ce qui t'inquiètes le plus. Je ne le prends pas pour un cobaye. Je voulais seulement l'aider. Et t'éviter tout ça. Les visites à l'hôpital et ce sentiment d'impuissance que j'ai ressenti à la mort de Hopper. Notre bande n'a pas besoin de traverser ça une nouvelle fois… C'est pour ça que j'ai… »

Jérémie n'acheva pas sa phrase. Il lui avait déjà fallu beaucoup de courage pour formuler des excuses devant son amie et plus encore pour tenter de mettre des mots sur ce qu'il avait fait. Il se sentait un peu mieux maintenant qu'il s'était confié à quelqu'un mais admettre ses actes n'en était pour autant facilité dans une phrase classique. Yumi avait accepté ses excuses et il la savait sincère, par nature. Mais il y avait encore un pardon qui devait lui être accordé pour que tout s'arrange et qu'il retrouve la paix intérieure. Il devait se pardonner à lui-même. Et il était encore loin de pouvoir le faire.

« Tu sais, je… J'ai rencontré les parents de William tout à l'heure à l'hôpital et… Je ne devrais pas dire ça, je sais mais… J'avais le sentiment que, pour eux, William n'existait pas vraiment jusqu'à ce qu'il soit devant leurs yeux. Et ça m'a fait de la peine pour lui.

- J'ai aussi eu cette impression quand je les ai entraperçu à Kadic après qu'on l'ait libéré de l'emprise de X.A.N.A. Ils n'ont commencé à soupçonner notre subterfuge qu'à ce moment-là et même si c'est une chance pour nous… »

Le son de sa voix avait brusquement chuté sur les dernières syllabes. Le visage de son père et de sa mère venaient de lui traverser l'esprit. Ses parents lui manquaient parfois énormément et dans les coups durs comme ceux qu'il traversait en ce moment, il s'efforçait généralement de ne pas penser à eux, pour ne pas accroître sa mélancolie. D'ailleurs, il ne les avait pas appelé depuis la semaine qui avait suivie la rentrée des classes.

« Tu penses à tes parents, pas vrai ? lui demanda Yumi en lui souriant paisiblement. »

La surprise se lut sur son visage et il resta un instant stupéfait par la déduction de son amie avant de lui répondre par l'affirmative.

« Mais comment t'as deviné ? la questionna-t-il d'un air toujours déconcerté.

- Facile. Moi aussi quand on parle de la situation familiale de quelqu'un, je pense à mes parents.

- Oui, c'est… logique… hésita-t-il.

- Me dis pas que tu croyais que je lisais dans tes pensées, plaisanta-t-elle en riant de bon cœur. »

Le garçon retrouva le sourire. Un sourire à la fois amusé et réconforté. Il était soulagé de pouvoir encore la voir rire et plaisanter. Elle était plus compréhensive que lui à son propre égard. Il se rappela alors que sous des dehors froids, Yumi cachait un cœur en or et une loyauté sans faille. Comme une autre personne du groupe d'ailleurs…

« Dis-moi, si c'est pas trop indiscret, qu'est-ce qui s'est passé entre toi et Ulrich ? demanda le jeune homme après qu'un certain silence se fut installé dans la salle. »

Le regard de son amie s'assombrit légèrement, se teintant d'une opaque tristesse.

« Rien… Rien du tout, répondit laconiquement son amie qui voulait apparemment éviter le sujet. »

Jérémie dut faire appel à toute sa volonté pour se retenir de se frapper le front du plat de la main.

« Quel idiot ! Elle passe l'éponge sur mon manque de tact à l'hôpital et la réactivation du Supercalculateur et moi, j'en remets une couche en la mettant mal à l'aise avec une question pareille. Mais quel abruti ! se lamenta Belpois intérieurement. »

La voix de Yumi s'éleva de nouveau et l'empêcha de s'auto-flageller davantage :

« Et puis, t'as le droit de savoir. Après tout, Odd doit déjà être au courant et le connaissant… Ça s'est passé pendant la première attaque de l'A.D.A.M sur Lyokô… Ulrich m'avait donné rendez-vous pour s'excuser de la conduite idiote qu'il avait eu vis-à-vis de William. Et mon intransigeance m'a encore joué des tours… J'ai refusé ses excuses et je lui ai dit… que je… que je… »

La voix de Yumi s'était mise à défaillir et des larmes se formaient au bord de ses yeux. Jérémie n'osait pas vraiment formuler d'hypothèses ni même essayer de consoler son amie, connaissant son habileté hors du commun à consoler les autres. Yumi lui tourna rapidement le dos pour qu'il ne voit pas les larmes. Trop tard bien sûr. Elle les essuya d'un revers de manche et se tourna à nouveau vers lui :

« Un break… Quelle idée stupide ! grommela-t-elle.

- Tu lui as dit que tu voulais faire une pause… Et il l'a mal pris, je suppose ? demanda Belpois, toujours très délicat dans ses tournures de phrases.

- A ton avis… Tu connais Ulrich. Il n'a rien dit de particulier mais je sais bien que j'ai tout fichu par terre.

- Eh ! Tu dois pas dire ça. Tout s'est toujours arrangé entre vous, pas vrai ? Pourquoi ce serait différent cette fois ?

- Parce que jusque là, je n'avais pas un ami dans le coma à aller veiller. J'veux pas abandonner William à son sort et quand j'ai un peu de temps pour chercher Ulrich, je ne le trouve pas. Son portable est sans arrêt sur messagerie, il déjeune même plus à la cantine…

- Tu tiens beaucoup à William, pas vrai ? »

La jeune femme sourit légèrement avant de lui expliquer :

« J'ai appris à le connaitre et c'est vraiment quelqu'un de bien. C'est un peu grâce à lui que j'avais réussi tourné la page Lyokô… Et c'est aussi grâce à lui que j'ai regardé la vérité en face, que j'ai compris qu'Ulrich et moi, c'était plus que copain et puis c'est tout.

- Tu sais… J'le connais pas très bien mais je me rends compte qu'il a fait beaucoup pour toi. Encore plus que je l'imaginais.

- Et aujourd'hui, je risque de le perdre lui et de perdre Ulrich également, déplora-t-elle.

- Ça n'arrivera pas, affirma Jérémie pour tenter de la rassurer. »

Touchée par l'attention, la jeune femme le remercia tout en lui adressant un sourire teinté d'une tristesse certaine. Un long silence s'installa alors. Rompu par Jérémie qui déclara devoir se remettre au travail et lui conseilla de ne pas trop s'en faire pour Ulrich. Après tout, une fois qu'il aurait digéré ce qui s'était passé, il réapparaitrait et les deux adolescents pourraient s'expliquer. Cependant, la japonaise avait encore quelque chose à lui dire avant de partir :

« Puisqu'on en est à parler de couples… Tu devrais passer plus de temps avec Aelita. Même si elle ne te le dit pas directement, elle est très inquiète pour toi.

- Je sais… rétorqua Jérémie. D'ailleurs, j'ai bien vu tout à l'heure, quand elle m'a proposé son aide, qu'elle voulait qu'on passe un peu de temps ensemble.

- Pourquoi avoir refusé alors ? s'étonna Yumi.

- A cause de Devoldère, de ce que j'ai découvert sur lui… Ce type est instable.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? »

Jérémie replaça ses lunettes qui commençait à glisser sur l'arrête de son nez puis fit pivoter le siège sur lequel il était assis. Pressant deux touches sur le clavier, il afficha une fenêtre sur laquelle était représentée le schéma d'une molécule de synthèse.

« Ce que tu vois sur cet écran est une molécule créée artificiellement. C'est l'un des composants essentiels d'un nouveau type de psychostimulant développé par l'armée. Problème : pour le moment, les effets secondaires sont assez nombreux et de nombreux cas de tendances à la paranoïa ont été décelés chez les sujets traités. Cet agent est une vraie bombe à retardement. Je ne veux pas la mettre en danger. Je vous ai déjà causé suffisamment de tort en agissant de mon propre chef….

- Te culpabiliser ne rendra pas les choses plus faciles : elles sont ce qu'elles sont et on doit faire avec. En attendant, Aelita a besoin de toi et tu as besoin d'elle. Alors même si tu ne veux pas la mêler à ça… Sors au moins de ton labo quelques heures, change toi les idées et parle-lui. »

Jérémie resta silencieux un moment, comme si il analysait la proposition de son amie. Il finit par lui répondre :

« A une condition… »

Yumi parut surprise mais écouta attentivement la suite de la phrase :

« … Je sors de ce laboratoire mais on dîne tous les cinq demain midi à la cantine. Comme avant tout ça.

- J'veux bien mais… Pour Ulrich ? »

Jérémie lui sourit pour lui assurer qu'il avait toute confiance en elle.

« Entendu. Demain midi, on déjeune tous les cinq. En attendant, laisse tomber un peu cet ordinateur…

- Je vérifie que le scanner est bien connecté à mon portable et on y va… »

Même s'il n'était pas forcément toujours très doué dans les relations humaines, le jeune homme savait que la bande avait besoin de se retrouver. De faire le point. De se parler. Il espérait juste qu'Ulrich et Yumi ne s'entêteraient pas à camper sur leurs positions. Il fallait à tout prix consolider les fondations qui menaçaient de s'effondrer. Le groupe traversait l'une des plus graves crises qu'il ait connu mais Jérémie était déterminé à ne laisser tomber ni ses amis ni son objectif initial. A moins qu'il ne s'agissait de l'une de ses situations inextricables où il fallait se résigner à perdre pour gagner ? Mais il refusait de le croire. Il y avait toujours une solution. Et cette fois ne ferait pas exception.


La nuit commençait à tomber. Le ciel était dégagé, éclairé seulement par quelques étoiles scintillant doucement ça et là et par une demie lune que j'aurais été prêt à décrocher pour elle si elle me l'avait demandé. Mais au lieu de ça, elle avait préféré « faire un break » : autant dire « rompre sans en avoir l'air ». Notre relation n'avait jamais été simple. Tout avait commencé par un jeu du chat et de la souris tout à fait banal qui reflétait nos inquiétudes, nos incertitudes. Nous ne voulions pas commettre d'erreurs, être certain de nos sentiments. Au final, deux ans s'étaient écoulés avant que nous n'envisagions sérieusement de cesser de nous voiler la face. L'amour, c'est aussi accepter de prendre des risques. J'étais prêt à tout pour elle et elle était prêt à tout pour moi. Je le sais… Je le savais. Alors pourquoi tout ça devait-il s'arrêter si brusquement ? D'ailleurs, tout était-il vraiment fini ? Odd m'avait dit que non… Qu'il ne voyait pas Yumi me laissait dans le doute. Et au fond de moi, je pensais comme lui. Comme il me l'avait conseillé, je savais que la seule solution, l'unique solution était d'aller la voir, de lui parler, de la persuader de ma sincérité. De lui dire à quel point je l'aime. Mais… Je sais très bien que je n'y parviendrais pas. Car mon orgueil ne supporterait pas un refus… même hypothétique.

Levant les yeux vers le ciel nocturne, j'observais un instant la magnificence de ce spectacle, le vent caressant légèrement ma peau et l'odeur de l'herbe fraîchement coupée parvenant à mes narines. J'espérais vraiment que cette petite escapade nocturne me changerait les idées, m'empêcherait de penser au poids qui opprimait mon cœur depuis que ces quelques mots étaient sortis de la bouche de Yumi. Et dire que je m'efforçais toujours de paraître impassible aux yeux des autres… Tu parles. D'impassible, je n'avais que l'apparence. J'ai toujours détesté étaler mes sentiments, d'une part parce que j'estime que cela n'intéresse personne, à part peut-être les gens qui me sont les plus chers et les plus proches et encore, à quoi bon les inquiéter avec mes états d'âme… D'autre part parce qu'avec un père comme le mien, vous n'avez que très peu l'occasion de partager ce que vous ressentez. Si j'excepte Odd avec qui je partage ma chambre et Yumi jusqu'à aujourd'hui… Le seul avec qui je partage réellement tout ce que je ressens, c'est mon journal. L'avantage d'un bout de papier étant qu'il ne peut pas vous juger ni vous mentir.

Mais tout ça avait été trop abrupt. Et je ne parvenais encore à mettre des mots sur ce que je ressentais, à coucher sur le papier la déchirure que je venais d'éprouver. En fait, je n'avais pas essayé mais je savais que sans recul, ça ne m'apporterait rien. Je serais juste ridicule, là, devant une feuille blanche, un crayon dans ma main tremblante à me creuser la tête pour chercher des expressions qui tomberaient à plat et ne refléteraient rien de mon malaise ni le guérirait. Non, pour l'instant, ce qu'il me fallait, c'était changer d'air. Quitter l'enceinte du bâtiment et faire un petit tour en ville. Je traversai rapidement le parc et atteignis rapidement l'entrée principale. Je jetai un bref coup d'œil dans la rue et par-dessus mon épaule afin de m'assurer que personne ne m'avais suivi ou risquai de me voir en passant par là. Une fois que j'en eus acquis la conviction, j'entrepris d'escalader la gille. A peine avais-je posé le pied sur le muret qu'un léger raclement de gorge me fit me stopper net. Une voix de fille s'éleva alors derrière moi pour me demander :

« On peut savoir ce que tu fais dehors à une heure pareille ? »

Avant même faire volte-face pour en avoir la confirmation, je savais à qui appartenait ce timbre de voix horripilant.

« Je pourrais te retourner la question, répliquai-je. »

Je vis qu'elle s'apprêtait à répondre, aussi ajoutai immédiatement, une pointe de hargne dans la voix :

« Mais après réflexion, j'ai aucune envie de le savoir… »

Ce n'était pas vraiment sympa de ma part, je dois l'avouer, d'autant qu'elle avait fait des efforts considérables pour ne plus me pourrir la vie, à moi et aux autres. Mais là, je n'étais pas d'humeur à discuter avec qui que ce soit. J'avais même rembarrer mon meilleur ami. C'est dire.

« Comme c'est dommage, me lança-t-elle de son petit air satisfait que je ne lui avais pas revu depuis la grande époque où elle était prête à tout pour percer notre secret à jour. Moi qui voulait te tenir compagnie, ce soir. Tu dois te sentir un peu seul, non ?

- Tu devrais aller te coucher. Je crois que la fatigue te joue des tours, répliquai-je.

- Tu en es sûr, Ulrich ? Alors, toi et Yumi, vous êtes toujours ensemble, c'est ça ? Elle ne t'a pas largué pour ce boulet schizophrène de William Dunbar… »

Je ne pus m'empêcher de serrer les poings en l'entendant m'asséner cette semi-vérité en pleine figure. Semi-vérité parce que je savais qu'il n'y avait rien entre Yumi et William. Enfin, rien pour le moment… Je serrai si fort mes poings que ceux-ci commencèrent à trembler, tremblements qui répercutèrent le long de mes bras. Visiblement satisfait de l'effet qu'avait eue sa petite mesquinerie sur moi, elle affichait un sourire en coin qui trahissait sa suffisance.

« Comment tu es au courant de ça ? Qui te l'a dit ? aboyai-je sans vraiment me maîtriser.

- Les nouvelles vont vite à Kadic, tu sais. Mais ne t'inquiète pas. Je sais que tu traverses une période difficile alors je saurais me montrer patiente et compréhensive. Et je saurai te faire oublier cette arrogante qui t'a piétiné le cœur, m'affirma-t-elle avec un sérieux et une solennité qui me déconcertait.

- T'es vraiment pire que les charognards, hein ? Eux au moins, ils font ça pour survivre. Mais toi… Toi, ça te fait plaisir. J'vais te dire une bonne chose, Sissi : tu n'arriveras jamais à me faire oublier Yumi parce que tu ne lui arriveras jamais à la cheville. Tu n'es qu'une gamine pourrie-gâtée par son papa et qui se croit tout permis parce qu'elle est la fille du Proviseur. Mais tu veux que je te dise : tu n'as et tu n'es rien dans ce lycée. Et pour moi, tu es juste une petite garce et tu le resteras. »

J'avais complètement perdu le contrôle, je ne parvenais plus à maîtriser le flot de monstruosités qui sortaient de ma bouche et ce n'est que lorsque je vis le visage en larmes d'Élizabeth que je compris que j'avais été trop loin… beaucoup trop loin. C'était de la méchanceté pure. Qu'est-ce qui m'avait pris de lui dire des choses pareilles ? D'accord, elle s'était montrée opportuniste et hautaine mais c'était dans son caractère. Et elle avait déjà fait bien pire que cela sans que je ne me montre aussi virulent… aussi violent. Je dus bien vite admettre le pourquoi de ma réaction. J'avais enfoui tellement de colère en si peu de temps que je n'avais pas réussi à la maîtriser. Il n'avait pas fallu davantage, juste une petite bassesse pour que je perde le contrôle.

Je ne pus m'empêcher d'éprouver un énorme sentiment de culpabilité en la voyant, là devant moi, sanglotant par ma faute. Je ne pouvais pas m'empêcher de faire le parallèle avec ce qu'avait pu éprouver Yumi. La situation était vraiment étrange : il m'était déjà arriver par le passé, quand je n'arrivais pas encore à admettre ce que j'éprouvais par Yumi, d'éprouver une certaine attirance pour Sissi. Enfin… Attirance n'était peut-être pas le mot juste. Disons simplement que les quelques fois où elle avait su se montrer gentille, il m'était arrivé d'éprouver des sentiments pour elle, moins intenses mais… troublants. J'en étais même venu à me dire que si elle n'était pas la peste qui cherchait à tout prix la reconnaissance des autres par le mépris et que Yumi n'avait pas été là…

Je préférais chasser ces pensées de mon esprit. Je n'avais déjà pas le moral et être responsable des larmes d'une fille n'arrangeait pas les choses, même si cette fille était Élizabeth Delmas. Je posais une main sur l'épaule de cette dernière et j'essayais tant bien que mal de trouver les mots pour… La consoler ? M'excuser ? La bonne blague. J'étais déjà incapable de le faire pour la fille que j'aimais plus que tout… Alors, pour Sissi… Je ne parvins qu'à articuler un laconique et insignifiant :

« Sissi, je… »

On peut dire que je m'étais montré plus loquace pour lui balancer ces quatre vérités à la figure.

« C'est toi qui a raison… articula-t-elle entre deux sanglots. Sur toute la ligne… J'ai bien essayé de changer, d'aller vers les autres… Mais à chaque fois, ça se termine de la même façon. Si je n'obtiens pas ce que je veux, je… »

Elle avait beaucoup de mal à articuler et je dois avouer que je ne l'avais jamais vu dans un tel état. Il me vint alors à l'esprit que je ne pouvais être la seule cause d'un tel malaise, peut-être pour atténuer ma responsabilité, peut-être parce que c'était vrai. Au bout d'un moment, elle recommença à parler :

« Je n'ai aucun ami véritable ; même Nicolas et Hervé n'en sont pas. Je ne fais que me servir d'eux.

- Tu… Tu as ton père… risquai-je pour rattraper la situation. »

Elle me fixa un instant à travers ses yeux embués par les larmes avant de secouer la tête :

« Je profite de lui, tu veux dire ? Je peux presque tout obtenir de lui… Je suis tout ce qu'il a. Il devrait être tout ce que j'ai mais au lieu de ça, j'exploite l'amour qu'il a pour moi…

- Calme-toi… Je… Je ne voulais pas… ça, bafouillai-je, esquivant au passage la reconnaissance de ma responsabilité dans mes bredouillements. »

La voir ainsi me terrifiait. Littéralement. Quelques mots, aussi durs soient-ils, pouvaient-ils vraiment plonger quelqu'un dans une telle tristesse ?

« Sissi, c'était idiot… Je… J'voulais pas… »

Soudainement, avant que je n'eusse pu ajouter quoi que ce soit, Sissi se jeta sur moi, m'enlaçant par le cou et enfouissant sa tête au creux de mon épaule. Je restais là, stupéfait, incapable savoir si je devais la repousser ou au contraire la consoler. Ses derniers sanglots se répercutaient le long de mon corps, sensation qui me mettait fortement mal à l'aise. Ne sachant pas vraiment quoi faire, je posai l'une de mes mains derrière sa tête et la caressai doucement, passant mes doigts à travers ses cheveux. Pour moi, ce geste était sans équivoque, je voulais juste qu'elle se calme, qu'elle reprenne le dessus. Mais je devinai vite qu'elle n'avait pas interpréter ce geste de cette façon lorsqu'elle se blottit davantage contre moi. Ma scène de jalousie me revint alors en mémoire et je me sentis honteux : j'avais accuser Yumi de sortir avec William juste parce qu'elle passait du temps avec lui et lui avait tenu un instant la main devant moi alors que moi je me retrouvais là, en pleine nuit, à caresser la chevelure de Sissi tandis que celle-ci m'enlaçait… Je cherchais un moyen de la repousser sans trop en avoir l'air. Je posai ma main sur sa joue et cherchai lui faire lever la tête.

« Je suis désolée d'être comme je suis, Ulrich… soupira-t-elle.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Tu n'as pas à être…

- Si… Parce que ça ne collera jamais entre nous… À cause de moi… De ma façon d'être… »

Je ne savais pas vraiment quoi lui répondre mais ce qu'elle me disait me faisait de la peine pour elle. Au fond, sa seule envie était de se faire des amis même si elle s'y était toujours prise comme un pied.

Nous étions là, immobiles, éclairés par la seule lueur de la demi-lune qui dominait le ciel étoilé. Je ne comprenais pas vraiment ce qui m'arrivait. Les battements de mon cœur commençaient à s'intensifier, s'accélérer. Nous nous regardions fixement dans le blanc des yeux. Et puis le visage de Sissi commença à se rapprocher du mien. Je ne parvenais pas à réagir. La scène me semblait si irréelle, si inconcevable que je ne parvenais pas à me soustraire à l'envoûtement de la scène. Je n'étais plus acteur, juste spectateur de ce qui se produisait. La sensation était étrange. Mon visage se pencha à son tour en avant, se rapprochant du sien, par automatisme presque, sans que je ne puisse l'empêcher. Bientôt, je sentis son souffle chaud sur ma peau tout en ayant l'impression d'assister à la scène depuis l'extérieur. Nos lèvres s'effleurèrent bientôt avant de s'unir. Les battements de mon cœur s'intensifièrent encore. Le visage de Yumi me traversa alors l'esprit et je tentai de mettre fin à ce baiser, en vain. Je n'avais plus le contrôle. Je me voyais embrasser cette pimbêche, de l'extérieur. Une voix que je ne connaissais alors que trop bien résonna dans l'immensité de la nuit, comme sortie de nulle part :

« Ulrich ! Ulrich ! Eh, vieux, réveille-toi ! »

Le jeune homme ouvrit les yeux et découvrit le visage d'Odd Della Robbia qui le dominait à contre-jour. Stern passa brièvement sa main sur ses yeux pour s'extirper définitivement de son sommeil et essayer de masquer l'expression abasourdie de son visage, sans grand succès.

« Ça va ? s'enquit son ami vêtu d'une manière toujours aussi excentrique qui marrait le rose, le violet et le jaune. On dirait que t'as vu un fantôme !

- Presque, lui affirma Ulrich en retour sans plus de précisions. »

L'amateur d'arts martiaux se leva puis balaya la poussière qui avait pu se déposer sur l'arrière de son pantalon pendant qu'il se reposait à l'ombre d'un grand chêne.

« T'as toujours pas été voir Yumi, pas vrai ? »

Ulrich secoua la tête d'un air un peu résigné tandis que le contenu de son rêve lui revenait à la figure, d'autant plus violemment qu'il s'agissait d'une expérience vécue, une regrettable expérience.

« Elle m'a demandé de te dire qu'elle voulait te voir, ce soir, sur le pont de l'usine. Apparemment, elle a quelque chose d'important à te dire.

- Génial… maugréa le garçon aux cheveux bruns.

- Ben dis donc… Cache ta joie. Vous allez pouvoir tout mettre au clair et c'est tout ce que ça te fait….

- Odd, par pitié… La ferme ! »

Della Robbia resta interdit face à la réplique sans concession de son camarade dont il ne comprenait pas vraiment la réaction. Ulrich, de son côté, savait qu'il se montrait injuste envers Odd qui ne pouvait pas savoir dans quelle situation il se trouvait mais il était inutile qu'on lui remue le couteau dans la plaie, même accidentellement. Ulrich s'éloigna les mains dans les poches. Faute avouée est à demi-pardonnée disait le dicton. Mais Stern ne voulait pas prendre de risques. S'il y avait vraiment une chance pour qu'il se réconcilie avec Yumi, aussi infime soit elle, il ne pouvait pas la laisser lui échapper. Même si cela signifiait qu'il devait tronquer la vérité, à moins que ce ne soit tronquer le mensonge…