Hello à tous, c'est Kuroshine ! Un très très très grand merci pour vos commentaires ! Je suis vraiment désolée d'avoir réagit ainsi, je ne suis qu'une idiote, je vais aller me repentir de mes pêchers ! Nan, plus sérieusement vous m'avez vraiment redonné envie d'écrire, j'ai encore pleiiins de choses à dire et à expliquer et je sens que je suis partie pour écrire pendant encore un bon bout de temps… Bref, encore merci à tous, vous êtes adorables, je vous laisse avec le chapitre 12 ! Bonne lecture !
Chapitre 12
Putain mais qu'est-ce que tu fous Levi ?!
Vingt minutes déjà que j'attendais cet imbécile et que celui-ci n'avait pas montré signe de vie. Ça valait la peine que je me dépêche afin de ne pas le faire poireauter ! Je pourrais l'appeler pour savoir où il se trouve – chose que je devrais faire à bien y réfléchir – mais je doute qu'il me réponde… Je n'étais pas tellement inquiet pour lui, pas du tout, c'est un grand garçon et je pense qu'il sait s'en sortir seul.
Non, ce qui me mettait avant tout en rogne c'était que je me caillais les miches au beau milieu d'une orgie de courants d'air ! Entre l'arrivée du froid, le soleil qui se couchait progressivement, le vent – qui lui venait au contraire de se lever – et les autres étudiants qui sortaient de cours – eux ! – en courant, brassant ainsi l'air : j'avais de quoi être un tantinet sur les nerfs !
Alors je me contentai d'attendre… encore et encore, jusqu'à ce que Monsieur Levi daigne sortir, adossé au grillage gris et vieillis de la FAC.
Regarder les personnes aux alentours m'aiderai peu être à passer le temps, aussi me mis-je à scruter les étudiants qui ne cessaient de défiler sous mes yeux. J'en reconnaissais certains, je n'étais pas l'homme le plus sociable de la terre mais je savais identifier des visages. Tous semblaient ravis de finir les cours, ils se regroupaient joyeusement avant de discuter quelques minutes, gorges déployées, pour finalement partir chacun de leur côté ou en comité restreint.
Nous faisions de même mes potes et moi lorsque nous étions au collège et au lycée…
La nostalgie me prit soudain, elle arrive toujours sans crier gare, réveillée par un événement ou une situation pourtant anodine. ''Profites d'être à l'école, ce sont les plus belles années de ta vie !''
Nombreux sont les adultes qui rabâchent cette même phrase à ceux qui ne sont pas encore rentrés dans la vie active, et lorsque l'on est encore dans ce cycle scolaire on ne pense pas souvent à ce que l'on va perdre une fois nos études en poches… ou du moins pour la plus part. En ce qui me concerne je n'était pas un enfant différent des autres – je n'aurais pas la prétention de dire que j'étais plus mature – mais je comprenais à présent, par cette simple constatation, que la vie est bien plus douce lorsque l'on est un enfant…
- « Oï, gamin, je peux savoir ce que tu branles ? »
Je soupirai à l'entente de cette voix que je ne connaissais que trop bien pour me demander à qui elle appartenait, et me retournai vivement en direction de celle-ci.
- « Je te retourne la question : qu'est-ce que tu as branlé pour que tu sortes trois-quart d'heure après les autres ? »
Le ténébreux se tint alors face à moi avant de me jeter – littéralement – une pile de feuilles à la figure, que je rattrapai in extremis. Levi dans toute sa douceur !
- « Il se trouve qu'un certain prof ' de Lettres voulait me parler, pas besoin de te faire un dessin ! » me fit-il sur un ton visiblement irrité.
- « Je vois… » lui répondis-je d'une voix monocorde. J'imaginai parfaitement l'échange entre ce fameux professeur et Levi. Bien que ''monologue'' soit plus approprié dans ce genre de situation.
Le noirâtre s'éloigna ensuite, son sac à l'épaule et ses mains dans les poches de son pantalon – sûrement un jean Levi's – avec une certaine nonchalance. J'emboîtai le pas et me retrouvai ainsi très vite à ses côtés, ses notes en main.
- « T'as pas répondu à ma question gamin: qu'est ce que tu fais là ? » demanda une nouvelle fois le ténébreux alors qu'il sortait déjà de sa poche un paquet de cigarette afin d'en allumer une.
- « Bah je suis venu pour qu'on rentre ensemble, j'étais avec Petra dans le premier et la FAC était sur mon chemin. Et puis j'aimerai passer à mon appart' pour récupérer des affaires, tu veux bien m'accompagner ? » me justifiai-je auprès de Levi.
Il me dévisagea alors, une clope entre ses lèvres, et soupira tout en lâchant un vague ''mouais'' d'approbation. Je supposai que ce ''oui'' était sa réponse à ma dernière demande, ou peut être avait-il dit cela pour confirmer le fait que j'étais avec Petra… ou encore que la FAC est en effet sur le chemin vers le premier arrondissement… Bref, je pars trop loin !
Il n'était que dix-sept heures et pourtant les lampadaires s'étaient déjà allumés, signe qu'il allait bientôt faire nuit. À cette période de l'année cela semblait logique, et pourtant même au bout de deux ans j'avais du mal à me faire à cette soudaine obscurité. Non pas que je n'aimais pas la nuit, au contraire, mais je pensais à chaque fois à ma mère qui – lorsqu'elle rentrait du travail – se plaignait toujours qu'elle n'avait pas eu l'occasion de voir un seul rayon de soleil à cause de son métier de caissière.
Levi et moi marchions sur les trottoirs sales du troisième arrondissement, entourés de monde. La plus part des gens n'étaient que de passage ici, ou alors ils se rendaient à leur domicile. Personne ne s'arrêtait vraiment pour profiter du paysage, ni pour boire un verre ou encore discuter. La différence entre le premier arrondissement et celui-là était frappante.
Au fur et à mesure que l'on avançait, les rayons de lumière des lampadaires étaient de plus en plus visible; la nuit entourait de ses longs bras, avec tendresse, la ville de Trost. Quelques voitures klaxonnaient, les phares de celles-ci nous éblouissaient de temps à autre, certains parents tenaient leurs enfants du bout des doigts, d'autres personnes en faisaient de même mais pour leurs animaux.
Et puis il y avait Levi et moi.
Aucune conversation ne s'était engagée entre nous, la rue n'étant peut être pas le meilleur endroit pour discuter, cependant je ne pouvais qu'espérer que ça soit le cas. Je n'avais pas passé de temps avec lui de toute la journée, sa voix me manquait forcément mais… j'avais avant tout besoin de savoir s'il allait bien…
Le passé que Petra m'avait avoué sur Levi ne cessait de tourner en boucle dans mon esprit. D'autant plus que je faisais à présent un rapprochement entre la photo que j'avais pu voir dans le chevet de Levi et le fait qu'il vienne de la Ville Souterraine.
Je ne m'en étais pas aperçus tout de suite mais la photo avait l'air plutôt sombre, comme si elle avait été prise dans un lieu clos, dans une antre ou une cave. À présent – au vu de ce que je venais d'apprendre – je dirais qu'il s'agissait tout simplement d'un lieu dans la Ville Souterraine. Mais une question demeurait sans réponse : qui étaient ces deux personnes à côté de lui ? Ses frères et sœurs ? Ses amis ? Des membres de sa famille ? Une autre interrogation me vint machinalement : où sont-ils aujourd'hui ?
Tant de questions auquel je ne pouvais pas répondre, du moins pour le moment. Je décidai en revanche de garder ses réflexions dans un coin de ma tête, afin de les remettre à plus tard. J'étais avec Levi en ce moment, et c'est tout ce qui m'importait, aussi égoïste que cela puisse paraître. D'autant plus que cela ne me regardait pas et qu'à l'origine je ne suis pas censé être au courant du passé du ténébreux.
Il y a certains secrets qui méritent d'être gardés… celui de Levi en fait parti…
Il est dix-sept heure vingt-huit lorsque nous arrivons en face de mon immeuble. Sans que je ne lui demande quoi que ce soit, Levi se mit à suivre mes pas et monta en même temps que moi les escaliers. Les bruits sourd de nos pas résonnaient dans la cage alors que tout était jusque là silencieux. Je me dirigeai par habitude vers la porte correspondant à mon appartement avant de sortir de la poche de mon manteau mes clés. Celles-ci tintèrent en un son aigus tandis qu'elles tournaient autour de la serrure. Un petit ''Clic'' se fit entendre et je poussai alors la porte, dévoilant ainsi mon appartement.
Cela ne faisait pas des années que je n'avais pas mis les pieds dans ce lieu et pourtant je fus surpris de voir que tout était – fort heureusement – à sa place; quoi que cela faisait tout de même depuis samedi que je n'avais pas vécu dans ce lieu… Je me dirigeai vers le salon, là ou se trouvait mon lit, et sortis un sac de taille moyenne du placard.
« Tu veux un café ? » proposai-je au noirâtre, qui lui venait tout juste de passer le pallier de la porte.
- « Laisses gamin, je m'en occupe. Te préparer te prendra déjà une heure et j'aimerai bien boire mon café avant demain si possible… »
D'accord… Réflexion faite, je le préférais quand il fermait sa gueule !… D'autant plus qu'il va visiblement parfaitement bien !
- « Oui, et puis la place des femmes c'est dans la cuisine, n'est-ce pas ? » rétorquai-je d'un sourire hypocrite et provocateur.
Outre le fait que cette remarque était parfaitement misogyne – j'en ai conscience – elle témoignait surtout d'une très grande pulsion suicidaire de ma part. Je ne tardai d'ailleurs pas à en ressentir les représailles Levi – qui s'était approché d'un pas de loup vers moi – m'obligea à reculer petit à petit alors qu'il s'avançait de plus en plus, jusqu'à me bloquer contre le mur du salon, son avant bras gauche reposant à côté de ma tête. Sa petite taille ne changeait rien au fait qu'il me dominait, et ce largement !
Un mélange de désir et de crainte s'infiltrait avec lenteur dans mon esprit; la proximité de son corps par rapport au mien me procurai toujours une vague de plaisir incroyable. Cependant je doute qu'il me laisse sur cette mini victoire et ne surenchérisse pas: son ego en serait bien trop affecté !
Afin de ne pas me laisser déstabiliser, je me mis à fixer la porte d'entrée, que Levi avait prit le soin de fermer, coupant ainsi tout contact avec ses yeux. Je sentais cependant que son regard était rivé sur moi : il me fixait avec insistance.
Ne détournes pas le regard Eren sinon t'es dans la…
Mes yeux émeraudes croisèrent alors les iris argentées du ténébreux.
… merde…
J'avais agis sans réfléchir, la tentation et l'envie de plonger dans son regard était bien trop grande pour que je demande à mes pulsions de tout bêtement se taire. À présent j'étais comme bloqué face à ses prunelles, incapable de répliquer quoi que ce soit, tel un enfant qui n'aurait pas le don d'élocution. Levi était vraiment une personne malhonnête lorsqu'il s'agissait d'arriver à ses fins…
Ma tête vint alors se reposer contre le torse de mon tortionnaire, de façon pitoyable. Une fois n'est pas coutume : je m'avouai vaincu…
« T'es vraiment qu'un bâtard… » je chuchotai ces quelques mots sur un ton à la fois fatigué et amusé. Oui, on peut dire que je désespérai… Reste à savoir si c'était envers moi ou envers Levi…
- « Ah bon ? Pourquoi ? Parce que malgré toutes tes tentatives désespérées pour me tenir tête aucune ne m'atteint ? » se moqua ouvertement le noirâtre, qui n'avait pas bougé d'un iota.
- « Parce que tu uses de tes charmes pour me déstabiliser, et c'est pas juste… »
- « C'est pas de ma faute si t'es un gamin en chaleur ! » rétorqua Levi d'une voix nonchalante.
''En chaleur'' était un terme un peu exagéré… mais il n'avait pas tort. Je devais bien l'admettre je me comportais comme une vierge effarouchée au moindre contact avec Levi. Mais pour ma défense, cela faisait un bon moment que je n'avais pas couché avec quelqu'un ! Alors oui, mes sens étaient légèrement à fleur de peau…
« En revanche je dois bien avouer que j'ai plutôt hâte que ta cicatrice soit refermée… » me susurra le ténébreux de sa voix suave, à mon oreille, tout en mordillant taquinement mon lobe.
Et après ça vient parler de mes pulsions ?!
Je le laissai pendant un certain temps jouer avec mon oreille, celui-ci ne s'en contenta d'ailleurs pas et enfonça ses dents dessus, de plus en plus, dans ma peau. Ce fut une tâche bien ardue que de résister à ses assauts, mais la récompense à la clé – une fois cette besogne accomplie – promettait d'être exquise, surtout pour moi.
- « Tu peux toujours espérer… »
Alors que je profitai d'un court moment de répit, où mon lobe était libre, je me décalai délicatement vers la droite, passant ma tête sous son bras, et me dirigeais vers mon armoire, laissant ainsi Levi face au mur.
Alors Levi, ça fait quoi de se prendre un vent ?
À charge de vengeance : il m'avait chauffé hier soir pour finalement me laisser en plan ? Et bien là il s'était allumé tout seul, comme un grand, pour au final se faire refroidir directement par mes soins !
Sa réaction fut à la hauteur de mes attentes : il pestait intérieurement ! Levi prononça un ''Tss'' de mécontentement avant de tourner les talons et de me fixer pendant quelques secondes d'un air au demeurant placide mais qui cachait en réalité un fort sentiment d'irritation.
Ce que je ressentais en ce moment ? De la fierté ! Certes ce n'était qu'une victoire parmi tant d'autres défaites mais le fait que Levi se soit lui-même mit dans cette situation me faisait relativiser quant à ma condition: lui avait le défaut d'être un peu trop confiant…
Sans même le calculer, je commençai à remplir mon sac de mes différentes affaires: sous-vêtements, fringues, chargeur, affaires de cours… et ainsi de suite. Le faire languir avait quelque chose de vraiment jouissif, lui qui d'habitude me tournait toujours en bourrique se retrouvait comme un con au beau milieu de la pièce. Cependant mon seuil de maîtrise de soi avait une limite et je venais de l'atteindre, aussi me mis-je à étouffer avec difficulté un rire moqueur.
Je sentis que Levi levait les yeux au ciel suite à ma réaction, contrairement à ma moi la situation n'avait pas l'air de beaucoup le faire rire. Aussi il passa derrière moi, sans un bruit, pour se rendre dans la cuisine d'où il sortit deux tasses d'une étagère.
Je me retournai vers lui, m'adressant ainsi à son dos, et lui dis d'une voix faussement soucieuse :
« Bah alors qu'est-ce qui t'arrive ? C'est moi qui t'aurai mit dans cet état ? »
Au final Levi n'était pas le seul à être trop confiant, ce vice commençait doucement à me contaminer. Provoquer de cette manière le ténébreux n'était sans doute pas la meilleure chose à faire… Et j'eus raison de m'alarmer ! Le noirâtre prit soudainement en main une bouteille d'eau qui traînait près de l'évier, et s'apprêtait à la lancer tôt ou tard sur moi.
Je le regardai alors d'un air circonspect :
« Et tu comptes faire quoi avec ça ? Me la balancer dessus ? »
- « Si tu préfères, y'a des couteaux juste en face de moi, sur le plan de travail… »
- « O.k, j'ai rien dit ! » lui fis-je d'un rire jaune. Je ne doutais ni de sa franchise, ni de sa capacité au lancé de couteau ! Je choisis donc – pour une fois – d'être raisonnable et de clore les hostilités ici, je n'avais pas très envie de me retrouver à terre dans une marre de sang pour la deuxième fois…
- « Je préfère ça… gamin… » conclu-t-il d'un ton faussement autoritaire.
Soudain j'entendis un bruit sourd provenir de la porte d'entrée. Quelqu'un frappait à la porte avec une certaine vivacité. Je me retournai vers celle-ci, tout comme Levi, et dévisagea d'une mine interrogative le noirâtre. Celui-ci ne me répondit que par un simple mouvement des épaules, retournant très vite à sa tâche.
J'attends personne pourtant… ou bien ?
Un peu sur la défensive, je décidai tout de même de m'avancer vers l'entrée et de l'ouvrir après quelques secondes de réflexion.
Lorsque je tombai nez à nez avec une longue chevelure châtain et des yeux noisettes, toute ma frustration descendit.
- « Hey Eren, ça va ? » me demanda mon invitée surprise, la très célèbre Sasha.
- « Heuu très bien mais… qu'est-ce que tu fous ici ? » lui demandai-je, curieux de savoir la raison de sa venu. Si mes souvenirs étaient bon je n'avais reçu aucun message stipulant sa venu et logiquement elle devait, depuis peu, être sortie de cours.
- « Je suis venu te voir à l'improviste ! Armin voulait venir mais tu le connais : toujours à bosser ce type ! » s'exclama-t-elle d'une voix rieuse.
- « Je vois… » me mis-je à murmurer, l'invitant au passage à rentrer dans mon appartement, pour une fois bien rangé !
« Et tu es venu comment ? »
- « Bah, en voiture pourquoi ? J'ai emprunter celle d'Annie ! » me répondit la brune alors qu'elle pénétrait dans l'appartement.
Instinctivement elle enroula ses bras autour de mon ventre, dans une étreinte amicale et chaleureuse. Je la lui rendis, bien évidement, le sourire au lèvre, avant de me rendre compte d'un détail :
« Mais Sasha… t'as pas le permis, nan… ? »
La jeune fille détacha sa tête de mon torse avant de me fixer avec un regard innocent et candide; c'est bien ce qui me semblait…
- « Putain Sasha t'es pas sérieuse !… » me mis-je à hurler dans toute la pièce, tant et si bien que même les voisins – oui, ceux des bâtiments gris, en face – pouvaient suivre notre conversation.
- « Détends-toi, je rigoooole ! Je l'ai reçu il y a deux jours ! » me rassura la brune, tout en gardant son ton amusé.
Je soupirai de fatigue… cette fille est un cas désespéré…
« Oh, bonsoir ! Je viens tout juste de te remarquer ! » s'exclama Sasha alors qu'elle avait aperçus Levi en regardant par dessus mon épaule.
Ce dernier se contenta de baisser la tête en signe de ''bonjour'' et vint s'adosser contre le plan de travail, fixant avec attention la brune.
- « Tu es donc Sasha, c'est ça ? » questionna le noirâtre à la jeune châtain. Celle-ci répondit par la positive.
En même temps c'est pas comme si j'avais dis son nom à deux reprises.
- « Oui c'est moi. Et toi tu es… ? Un ami à Eren ? Ça tombe bien, il en a besoin ! » affirma ''Miss. Patate'' tout en se dirigeant vers le retour de bar.
- « C'est vrai que mes ''vrais'' amis ont plutôt tendance à m'abandonner… » rétorquai-je malicieusement.
La réaction de Sasha ne se fit pas attendre, elle répliqua au quart de tour, sur la défensive :
« C'est toi qui a décidé de partir rejoindre la FAC de Lettres afin de finir à Pôle emploi, pas nous ! »
- « Je sais… Et tu sembles oublier que c'est toi qui m'a fait le plus chier avec cette histoire de ''chômage''… tu me prends pour qui ? Un imbécile incapable de réussir dans la vie ? »
- « Un imbécile ? Oui, tu l'es ! Mais certainement pas un incapable… » se calma la brune, à présent assise sur une des deux chaises hautes de la cuisine. »
Suite à quoi je hochai la tête de gauche à droite: quelle chieuse celle-là ! Le bruit de la porte qui se claque sonnait comme un gong de fin d'hostilité.
Je pensai alors au fait que Levi avait assisté – en silence – à ce spectacle on ne peut plus ridicule et enfantin. Cela ne sembla pas le perturber pour autant, au contraire il en avait profité pour sortir une tasse de plus et de faire couler des cafés.
Pendant ce temps, je m'installai sur la chaise libre aux côtés de Sasha, Levi n'avait pas l'air de vouloir quitter son plan de travail – témoignage émouvant de l'amour naissant entre un homme et une planche de bois –.
Une fois que le doux son de la machine à café se coupa – ceci est à prendre sur un ton ironique –, l'homme aux cheveux de jais prit les trois tasses avant de nous les servir.
« Merci beaucoup… heuu… » La brune ne termina pas sa phrase et resta en suspens, l'espace d'un instant avant de détourner son regard vers moi, d'une mine interrogatrice.
- « Oh ! Levi, il s'appelle Levi ! » compris-je soudain, après quelques secondes de concentration.
La jeune femme me fixa d'un air surpris, yeux grands ouverts, dévoilant de cette manière ses iris noisettes. Ce prénom devait lui évoquer quelque chose, et pour cause : je lui avais déjà parlé de Levi. Mais sur le coup, ce détail m'avait totalement échappé.
La châtain scruta alors de haut en bas, à plusieurs reprises, la personne en face d'elle.
- « Des cheveux noirs corbeaux, des yeux argentés, un teint très pâle et de grandes mains, bien plus âgé que toi mais avec dix ou quinze centimètres de moins… Y a pas à dire, tu l'as très bien décrit, Eren ! »
Je déglutis sans le vouloir, puis d'un geste hésitant me retournai vers Levi, craignant sa réaction. Heureusement que je n'avais pas révélé plus de détails sur le ténébreux à Sasha, qui sait si elle avait su contenir sa langue face à lui…
Le Caporal-chef se tourna dans ma direction, ses yeux croisèrent les miens. Et bien que son expression faciale ne laissait paraître qu'une platitude extrême, je sentais qu'il me lançait au contraire un regard glaçant… Autrement dit : j'allais être dans la merde !
- « Et je sais d'ailleurs que tu es fils de flic ! » s'exclama joyeusement la châtain, sans se rendre compte des conséquences de ses paroles.
Vas-y Sasha, enfonces moi plus !
- « Content de voir que je suis connu… » se contenta de répondre la noirâtre, qui savait tout aussi bien que moi qu'il s'agissait évidement d'un énorme mensonge !
Pour une raison presque sadique il se contentait d'acquiescer, se réservant le soin de me demander des explications plus tard, là il emmagasinait juste suffisamment d'éléments pour mieux me couler quand le moment sera venu !
- « Et sinon, comment vont Armin et les autres ? » demandai-je à la châtain dans l'espoir d'échapper à ce début de conversation gênante.
- « Bien pour la plus part. Annie passe ses journées à dormir à cause de ses gardes, du coup c'est un peu compliqué pour moi de la croiser. Armin bosse, comme d'habitude, et pour ce qui est des autres rien à signaler. Et toi, t'as toujours mal au ventre ? »
Sasha s'exprimait librement malgré le fait qu'un total inconnu se trouvait dans la pièce à croire qu'elle l'ignorait totalement. Elle devait se dire que s'il s'agissait d'un de mes amis elle n'avait rien à craindre de lui… si elle savait quel genre de personne se tenait à ses côtés ! Son jugement serait tout autre…
- « Je vais mieux, ma cicatrice à l'air fermée. Il faudrait que je me rende à l'hôpital d'ici quelques jours afin qu'on me retire mes fils. »
La châtain expira de soulagement avant de sourire joyeusement à cette nouvelle, l'on pouvait presque voir tomber de ses épaules de grands poids. Me faire retirer les fils n'allait pas être une expérience très agréable mais bon… ça sera un mal pour un bien !
Suite à quoi l'échange dura encore pendant une bonne heure, une fois lancée Sasha était une vraie pipelette ! Levi se contentait d'intervenir à certains moments quand la châtain le sollicitait, il ne s'exprimait pas beaucoup mais venant de lui cela ne m'étonnait guère, c'était même – à vrai dire – plutôt encourageant et flatteur pour Sasha. Tout au long de la conversation je ne cessais de dévier les questions concernant Levi, mieux valait-il qu'elle ne soit au courant de rien. Aucune information concernant la mort d'Elrick, ou les membres de sa mafia, ou même de la mafia en général, ne fusa. Au final nous avions eu une discussion parfaitement normale, dénuée de toute illégalité !
- « Bon, ce fut très sympathique de parler avec vous mais Annie ne va pas tarder à se lever et elle est de garde ce soir ! Et je doute qu'elle ait envie de se rendre à la caserne à pieds, si vous voyez ce que je veux dire… » s'exclama Sasha, tout en se relevant de sa chaise, laissant derrière elle une tasse de café vide.
Elle ajusta ses habits avant de marcher en direction de la porte d'entrée. Sans se retourner, elle salua brièvement Levi, et moi par la même occasion, de façon amicale.
« Contente d'avoir pu te rencontrer Levi, prends bien soin de cet abruti, il a tendance à s'attirer des emmerdes ! »
Tu crois pas si bien dire…
L'homme aux cheveux de jais salua à son tour ma petite Sasha, esquissant un léger sourire : même Levi ne pouvait rien faire face au charme naturel de la châtain !
J'en profitai pour passer discrètement devant la jeune fille afin de lui ouvrir la porte. Ravie, elle me sourit tendrement avant de me saluer définitivement.
« À la prochaine Eren, bonne chance avec lui, ça m'a l'air d'être un dur à cuir… Tu vas avoir du mal à le séduire… » ajouta-t-elle en chuchotant, avant de disparaître dans le couloir.
Cette fille avait beau paraître débile elle ne l'était pas pour autant, même si je pense que ce sous-entendu relevait plus d'un instinct que d'une véritable réflexion. Sans cela elle se serait également posé des questions quant à la véritable identité de Levi… d'ailleurs, en parlant du loup…
- « Fils de flic, hein ? » fit le noirâtre d'un air inquisiteur, toujours adossé contre le plan de travail.
L'heure des explications avait sonné, il ne restait plus qu'une chose à savoir : m'en sortirai-je vivant… ?
