Auteure :Tch0upi
Titre :Sur Ton Piédestal
Disclamer :Tous les petits personnages présents dans cette fanfiction appartiennent à Masashi Kishimoto.
Rating :T (Pour les possibles futurs lemons)
Couples :Naru/Sasu et les autres sont secrets!
RÉPONSES AUX REVIEWS
Darkflower93 : Salut! :) De rien, j'espère que la longueur de mon chapitre ne t'avait pas trop découragé! xD Celui-là, le 12ième, est un peu plus court! xD Pour Orochimaru, de rien. J'adore ce méchant, et comme toi je pense qu'il est primordial que ce soit lui. C'est le principal méchant à mes yeux également! Oui, en effet, la première scène servait aux retrouvailles du couple mais aussi à relier certaines choses, mais c'est voulu que tout ne soit pas très clair! Faut garder du suspens, Sherlock ou pas xD ! :p Quant aux serpents, oui, tu as vu juste, ils ont remarqués que Zoumi les espionnait. Les symptômes de Sasuke sont en effet reliés à ce qu'ils lui ont mis dans l'œil! Tu verras qu'ils continueront de se montrer dans le chapitre qui suit, question de rendre Naruto encore plus inquiet! Niark! 8D Contente si tu es comblée par mon Naruto alors! Sache qu'il reste quand même le blond maladroit et idiot sur les bords hein :) ! mais plus mûr! Bref tu vois le genre. :P En effet, Sasuke redevient graduellement le garçon enjoué qu'il était avant le drame, en compagnie de Naruto. Je suis contente d'avoir bien réussi à montrer ça…^_^ Et contente que tu apprécie aussi, surtout! J'avais vraiment peur de ne pas être à la hauteur. Sasuke a une personnalité extrêmement difficile à respecter surtout dans des moments comme ça… xD et évidement, tout ne sera pas tout beau tout rose. Enfin, dans ce chapitre, oui, mais après…. Mwahahahaha :D! Ouiiiiiii j'aime les longues reviews! xD Merci, merci :) En espérant que ce chapitre 12 te plaise, un chapitre concentré sur Naruto et Sasuke! Il en fallait bien un! :) Bonne lecture, bisous.
reytan : Salut!^^ Contente que tu aimes ces ptits moments de tendresse, et tant mieux d'ailleurs, puisque ce chapitre-ci est centré sur eux! ^^ Ce ne sera que dans le suivant, que Zoumi va débarquer, enfin j'crois, si je ne change pas mes idées d'ici là! ^^ Et concernant ta question, non, Sasuke ignore qu'il a été contaminé. Enfin, il sait qu'il a quelque chose, il s'en doute, mais il ne sait pas exactement de quoi il en retourne. Je suis contente donc que tu ai aimé mon chap! Et désolée de cette longue attente! x) Bonne lecture à toi!
caprice75 : Merci c'est très apprécié! :D Pardon de cette longue attente mais j'espère que le chapitre 12 te plaira! ^^ Bisous, et bonne lecture!
Guest : Merci du commentaire! Et désolée pour l'attente :)^^ Bonne lecture!
Itachi est à moi : Mdrrr. Merci de la review, ça fait plaisir :)
Tanusi : Wow! :) Je suis contente de t'avoir fait cet effet avec mon chapitre! xD Jespère que cette suite te plaira tout autant!:) Bisous et bonne lecture!
PARDON À TOUS MES LECTEURS POUR LE RETARD HORRIBLE…! :) ET BONNE LECTURE.
Chapitre 12 – Le chaud et le froid
Je tombe brutalement au sol en même temps qu'un battement d'ailes résonne au dehors. Un corbeau, gentiment installé sur le rebord de la fenêtre, a dû être effrayé par le bruit. Je ferme les yeux en essayant de retrouver mon souffle, violemment coupé quand mon dos est entré en contact avec le sol dur du donjon. Lorsque je les rouvre, je vois un ange qui braque diaboliquement mon visage avec la pointe de son sabre. Un peu plus haut, de magnifiques lèvres s'étirent en un petit rictus amusé et irrésistible. Je ne peux m'empêcher de sourire, à la fois essoufflé et dominé, mais délicieusement fasciné.
- Est-ce donc impossible d'y aller un peu plus en douceur, la prochaine fois, Sasuke ? râlé-je.
Il roule ses beaux yeux noirs puis ramène son épée vers lui, la soulevant dans les airs pour caresser sa lame. Il observe un instant son reflet puis ouvre la bouche.
- Enfin, Naruto, tu peux faire mieux.
- T'es pas juste, gros nul, boudé-je en m'asseyant, croisant les bras sur mon torse.
- Et pourquoi est-ce que j'irais en douceur contre un adversaire plus fort que moi, hm ?
Il fait quelques pas vers le fond de la salle, me laissant le loisir d'admirer son corps vu de dos. Ses pieds nus reluisant par leur blancheur sur les rayons du soleil qui tapissent le plancher. Mes yeux s'y attardent puis je remonte ses jambes, jusqu'à être interrompu par son kimono qui finit à ses genoux, et qui cache le reste de sa peau. Je me mordille les lèvres quand il se retourne, me montrant à nouveau son torse pâle et plat, à la fois mince et d'où émane pourtant une telle force. Hmm... Il est parfait. C'est lorsque mon regard s'arrête sur le sien que je me réveille de mes rêveries et que je saisis ses dernières paroles.
- Attends, tu veux rire ? Comment ça, plus fort que toi ? Tu viens de m'écraser au sol comme un moustique.
Derechef, un sourire s'étend sur son visage blafard.
- Naruto, tu me prends pour un imbécile ? Je sais bien qui tu es.
Relevant mes genoux, j'appuie mes coudes sur ceux-ci et lève le menton pour rencontrer ses billes noires.
- Quoi, lâché-je. Tu crois encore à une quelconque force cachée, une puissance herculéenne que je posséderais et qui se trouve quelque part au fond de moi, attendant son réveil ? C'est ridicule...
- Bien sûr que j'y crois, annonce-t-il. Tu es celui qui as éliminé l'organisation de criminels la plus dangereuse au monde. Tu es le fils d'un homme qui n'a été ni plus ni moins le plus puissant ninja que Konoha ait connu en de très nombreuses années... Et tu es le Rokudaime. Tu crois que j'ai besoin d'un dessin avec ça ? Je sais qu'un jour cette force que tu as ressortira... Ce ne peut qu'être prévisible.
- Fous-moi la paix, grondé-je en baissant la tête. Je n'ai rien de spécial. Je suis Naruto. Le bon vieux Naruto turbulent et idiot que le village a toujours connu...
Un silence s'installe. Après tout, c'est la vérité. Qu'on ait foi en moi ou pas. Qu'on me respecte, qu'on ait confiance en moi, que je sois le fils du plus mémorable des kages de l'histoire de Konoha, que j'aie accompli ci ou ça... Je reste moi. Naruto Uzumaki. Le même gars que j'ai toujours été. Sasuke et Sakura se sont fait un plaisir de me répéter que ce garçon avait eu tort de dire toutes ces choses sur moi, à l'Examen Chunin. Mais malgré tout, j'ai encore du mal à ne pas y croire. Être hokage s'avère plus difficile que je ne l'ai toujours pensé. Enfant, j'en rêvais. Aujourd'hui, je réalise que j'ai encore des choses à apprendre. Je suis tout de même flatté qu'on passe son temps à me surestimer, même si ça m'angoisse comme pas possible...
Soudainement, j'entends quelque chose cogner contre le sol. Je relève les yeux et vois Sasuke, qui vient de frapper doucement le parquet avec la pointe de son sabre, comme s'il veut attirer mon attention. Appuyé dessus, il me fixe. Je fronce mes sourcils, essayant de percer ses pensées mais je n'y arrive pas. Autant essayer de voir à travers les murs, tiens !
Je soupire.
- Est-ce pour cette raison que tu insistes beaucoup pour qu'on s'affronte, tous les deux, ces derniers temps ?
- Non. C'est juste pour... Et puis je ne crois pas que ce soit moi qui éveillerai cette force.
Je n'insiste pas sur la première phrase, celle qu'il n'a pas terminée. J'aurais aimé qu'il dise
« C'est juste pour passer plus de temps avec toi ». Mais le fait qu'il ait baissé la tête et sauté immédiatement à une autre phrase signifie peut-être que c'est ce qu'il avait en tête de dire. Je souris à cette douce pensée.
- Cette « force » ne s'éveillera pas parce que je ne la possède pas ! Je ne suis pas le gars que vous pensez tous. Mon père l'était peut-être, ce prodige, cet homme spécial et super puissant. Enfin, moi, j'suis que Naruto.
- Tu es vraiment irrécupérable, grommelle-t-il, comme énervé que je ne veuille pas voir ce qu'il voit – mais je ne le vois vraiment pas.
Je souris largement et incline la tête comme un enfant innocent. Il détourne la sienne et j'éclate de rire.
Il finit par soupirer. Lentement, il se dirige vers le mur de droite, pour poser son arme délicatement, sur une longue table de bois sombre, collée au mur. Je le suis des yeux, lorsqu'il revient se placer à l'endroit exact où il se trouvait. Ses mains, ballantes de chaque côté de son corps, viennent se coller l'une contre l'autre, nerveusement, alors qu'il ancre finalement son regard dans le mien.
- Enfin... Il faut que j'y aille.
Ces derniers mots ont sur moi un effet « douche froide ». Je perds mon sourire et je me redresse.
- Quoi ? Où ça ?
- À la tour. Afin d'accueillir les genins. Ça fait trois jours qu'on les a lâchés dans la forêt. Les premières équipes arriveront probablement dans la journée.
Je tourne la tête et observe les lueurs matinales filtrer à travers la petite fenêtre qui se trouve tout en haut du mur. Cette pièce se trouve au sous-sol, mais malgré ça, je peux voir que le soleil monte progressivement et de plus en plus vite dans le ciel. Le temps s'écoule si vite en sa compagnie... Dans un pénible soupir, je regarde Sasuke.
- Et moi, tu m'abandonnes ? pleurniché-je en faisant la grimace.
Sasuke esquisse un petit sourire, comme s'il allait se mettre à rire – ce que j'espère. Mais il baisse plutôt la tête avant d'ajouter :
- Je serais rentré ce soir, murmure-t-il. Et toi alors ? T'as pas de travail au bureau ? Monsieur le Hokage se la coule douce ces temps-ci !
- Oui, j'ai énormément de boulot ! J'essayais simplement d'apprécier mes matinées en présence de la personne que j'aime.
Il semble se figer un instant. J'ai soigneusement choisi mes mots et j'en jubile. Je le contemple de longs moments, regardant avec soin chaque tressautement de son visage, chaque petit sursaut, de ses lèvres, de ses sourcils... Confortablement, je me réinstalle au sol, allongeant mes jambes et me penchant vers l'arrière pour y appuyer mes mains, appréciant le spectacle de sa si merveilleuse silhouette, tandis que celles de Sasuke continuent de se tordre, je vois ses doigts se torturer les uns les autres, avant qu'il ne les détache soudainement pour les placer sur chacune de ses hanches.
Je lève alors la tête et cherche son regard, devinant qu'il est sur le point de me répondre.
- Je sais. On a eu une longue matinée mais c'est vrai qu'elle est passée très vite.
- En effet.
- Euh... alors on se dit à ce soir ?
- Et si on allait dîner quelque part ? proposé-je.
- Naruto... grogne-t-il en détournant le regard, gêné.
- Bah quoi ? Je sais que tu ne veux pas que ça se sache tout de suite pour notre... relation, mais... On est des amis, non ? Ça, c'est pas un secret au village.
- Très bien, cède-t-il en replantant ses yeux dans les miens. Où veux-tu que je te rejoigne ?
Je souris grandement, malicieusement.
- Non. Tout compte fait, tu as raison. Je préfère te garder pour moi. Rejoins-moi chez moi, à mon appartement.
Un éclair de surprise frappe son visage.
- Dans ton petit studio ?
- On risque d'être un peu à l'étroit mais j'essaierai de me libérer plus tôt du travail pour venir faire un peu de nettoyage. Avec les montagnes de vêtements en moins, il y aura un peu plus de place, ricané-je en le voyant rouler des yeux à ce dernier propos. Sérieusement, Sasuke. Ce sera nickel. Parfait. Je vais te préparer le meilleur repas de ta vie !
- J'en doute.
- Arrête de sous-estimer mes capacités culinaires, espèce de... ! Ce sera délicieux !
Il sourit de ma phrase incomplète, de mon incapacité à lui trouver plus d'insultes. Je souris à mon tour, et nous ne pouvons retenir un petit rire commun. Le voir rigoler fait briller des étoiles dans mes yeux. Rire avec lui fait résonner un tonnerre de feux d'artifices dans mon cœur. C'est tout simplement magique, comme sensation.
- D'accord, accepte-t-il finalement. C'est bon, je serai là, Naruto.
Mon cœur bat très fort. Il sera là. Ses yeux doux et sa voix suave, quand il m'a dit ces mots, me font devenir mou comme de la tarte. Heureusement que je suis assis par terre, mes jambes auraient sans doute faiblies quelque peu. Ce sourire chaleureux, sur son visage, est plus lumineux encore que les rayons du soleil eux-mêmes.
- J'y vais, dans ce cas, annonce-t-il.
Il se tourne pour sortir, mais je l'intercepte.
- Hé ! Et mon bisou ?
Ses sourcils se froncent, sa bouche se serre. Surpris ? Embarrassé ? Amusé ? Je ne saurais dire. Moi, en tout cas, je suis trèsamusé. Mais à demi sérieux, aussi. Oh oui. Pas question de le laisser filer sans l'avoir embrassé.
Je tends les bras, en voyant qu'il ne comprend pas. Mais quel idiot !
- Juste un baiser pour la route, expliqué-je.
- Mais quel bébé, souffle-t-il.
- Sasukeeeee, t'es méchant. Juste un baiser !
Il se tourne complètement vers moi, me contemplant comme si je suis un spécimen étrange. Il croise les bras sur son torse marmoréen et parfait, et se met tranquillement à sourire, sadiquement. Mes bras retombent.
- Quoi ? boudé-je.
- Rien.
- Alors il vient ? Ce bisou ?
Il pousse un ricanement.
- T'as qu'à lever tes fesses de fainéant et venir le chercher toi-même, si tu y tiens tant, me balance-t-il, joueur.
Ma bouche s'ouvre alors que ma surprise me traverse sans que je ne puisse la camoufler, mais bientôt mon amusement dépasse le cap de toutes les autres émotions. Je manque de rire, malgré tout, je le regarde, les bras croisés, debout fièrement à attendre que jevienne l'embrasser.
C'est une invitation, ma parole.
- Sale tricheur ! soupiré-je, jouant le jeu.
Je lève ma lourde carcasse du sol, dans un soupir exagéré, et franchis les quelques pas me séparant de lui. Lui, toujours fourré dans son kimono, léger comme une plume, sa peau blanche semblant m'aveugler sous ces minces morceaux de tissus, il m'attend, aussi époustouflant dans toute sa banalité. Comme d'habitude, quoi. De mon côté, habillé d'un pantalon de sport orange et de rien au-dessus, je suis également pieds nus.
Mes mains atteignent sa taille les premières. Je le saisis d'une poigne forte et le tire vers moi, paresseux de faire les derniers pas – pourtant si petits. Il sursaute en rebondissant sur mon torse, mais n'a pas le temps de protester que je le fais déjà taire en plaquant mes lèvres sur les siennes. Ma simple petite requête de « bisou » innocente devient littéralement un baiser chaud et langoureux. Quoi ? Moi aussi, je sais être tricheur, de temps en temps. Je souris pour moi-même, alors que d'un coup de langue, j'ouvre ses lèvres pour m'autoriser tout seul à venir caresser la sienne. J'ai à peine conscience de ses mains qui chatouillent doucement mes pectoraux, froides et légères comme une brise, nerveuses et malhabiles. Tellement agréable... Je soupire contre sa bouche, de plaisir et de bien-être, tandis que mes mains, non pas lassées de caresser sa taille mais avides d'en avoir plus, montent plus haut et saisissent son visage, qui a cette fâcheuse tendance à se baisser. Je lui remonte donc la tête pour l'embrasser mieux. Ce goût merveilleux... Saurais-je m'en passer un jour ? Probablement jamais. Ça me fait peur, parfois, à quel point je me suis entiché de lui, si vite. Je suis devenu complètement dépendant de lui, en quelques semaines. Qu'en sera-t-il de l'avenir ? Ne plus être capable de vivre sans lui. Dans quelques années, ce sera carrément ça, ma réalité. Non. Je crois que c'est déjàça.
J'entre ouvre les yeux quand Sasuke me repousse doucement. Gardant son visage assez près du mien pour que je ne puisse voir que ses lèvres, et ses poings serrés contre mon torse, pris de frissons, il me dit, le souffle haché :
- Et me laisser respirer, c'est dans tes plans ou pas ?
- Désolé, souris-je en embrassant son nez.
- Tu abuses...
Je recule un peu, l'examinant. Ses joues sont rouges, ses yeux me fuient, ses cheveux un peu ébouriffés par ma main qui s'y est perdue... Il est dans le même état que moi.
Soudain, je remarque cette longue cicatrice qui se trouve sur son front. Je tends la main et viens y poser ma paume.
- Qu'est-ce que tu fais ? murmure-t-il, quand j'y glisse mes doigts.
- Chut.
Je soulève quelques mèches de cheveux, d'un noir de jais, pour mieux regarder la marque. Elle est encore rouge, d'un rouge sombre. En la contemplant, je me souviens du jour où elle saignait, où elle était à vif. Il était complètement absent. Les yeux perdus, pendant que je lui pressais une serviette humide sur la tête. Il me regardait. Je me souviens de son regard, il était insistant, comme s'il s'accrochait à moi, comme si j'étais celui qui allait faire disparaître la douleur qu'il ressentait. La douleur de la plaie ou une autre douleur, cachée, plus profonde ? Ça, je ne peux pas le dire.
Doucement, délicatement, comme si je m'apprêtais à attraper les ailes d'un papillon, je me penche et embrasse la cicatrice, longuement.
- Tu fais quoi ? s'impatiente-t-il, toujours dans un chuchotement, me sortant de mes pensées.
- Je chasse la douleur d'un baiser, réponds-je, innocemment. Est-ce que ça fait encore mal ?
- Ça n'a jamais fait mal.
- Bien sûr. Une plaie de dix centimètres ne fait pas souffrir Sasuke Uchiha.
- C'est vrai.
Je baisse les yeux pour trouver les siens. Il soutient mon regard, d'un air de défi, et je sais immédiatement qu'il ment.
- Vraiment ? insisté-je.
Il ne répond pas, ce qui me donne raison. Je souris alors, laissant mes doigts caresser la ligne sensible qui déchire sa peau parfaite. Presque guérie, cependant. Ça prendra encore quelques jours, à mon avis.
Après, je me penche et entoure sa taille mince de mes bras, l'attirant contre moi. Je niche mon visage dans ses cheveux et le serre très fort. Fermant les paupières, je l'imagine en train de rouler des yeux.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Naruto, il faut vraiment que je parte...
- Juste encore un peu. C'est moi le chef du village, et je t'accorde quelques minutes de retard.
Il soupire. Malgré ça, il balance ses bras autour de mon cou et me rend mon étreinte, achevant de réchauffer mon cœur. Son corps épouse parfaitement les formes du mien et mon âme se complète, quand je sens son visage se poser contre mon cou, son souffle chatouiller la peau derrière mon oreille. Mes mains dans son dos le pressent un peu plus contre moi.
- On est bien... chuchoté-je, brisant un silence qui, soudainement, me semble avoir duré plus longtemps que je ne le pensais.
- Hhmmm... grogne-t-il.
- Sasuke ?
- Quoi ?
Mon rythme cardiaque accélère. Si un médecin calculait ma pression sanguine à l'instant, il me ferait coucher sur un lit d'hôpital et très vite. Je peux sentir la chaleur de mon sang couler partout dans mon corps tant mon cœur palpite à une vitesse grand V. Je ne sais pas exactement à quoi je pense quand je lâche, dans un souffle, la sensation d'être sur le point de tomber dans un précipice :
- Je t'aime, tu sais.
Entre mes bras, son corps se raidit. Je fronce les sourcils alors que je me réveille tout d'un coup. Avant, je flottais sur un nuage, avec ces cinq mots que je viens de prononcer qui me planaient dans la tête paisiblement, innocemment. Là, je me mords les joues intérieurement, réalisant que je les ai vraiment prononcés. Un sourire incertain et nerveux maquille mon visage, mais je ne le lâche pas. Je le serre même un peu plus fort. Je le garde contre moi, ne le forçant pas à me regarder, ne le forçant pas à me répondre. Son souffle s'est mis à trembler mais quand je sens ses lèvres embrasser la peau de mon cou, un soulagement énorme me prend et je souris timidement.
Puis, il s'élève sur la pointe des pieds et enserre plus fort ses bras autour de mon cou. Serait-ce une forme de réponse ? Peut-être. Dans le langage « Sasuke Uchiha », qu'est-ce que ça veut dire, enlacer en retour ? Peu importe. Ça doit être positif. Sans pouvoir m'en empêcher, je plante un baiser sur sa tempe, ému.
- Est-ce que tu grandis toujours ? finit-il par dire.
- Quoi ? m'étonné-je.
Il recule et me regarde.
- Tu es plus grand que la dernière fois que... que la dernière fois que tu m'as pris dans tes bras.
- Possible, ris-je.
Il m'inspecte, les yeux emplis d'amour mais encore quelque peu hésitants. Après tout, quelques jours seulement se sont écoulés depuis qu'il a accepté d'essayer, je dis bien essayer, d'être avec moi, de partager ce qu'il a de plus précieux avec moi. Je ne veux pas le brusquer, l'obliger déjà à me retourner tous les élans de tendresse qui me prennent, c'est probablement plus facile pour moi de m'ouvrir si grand à lui, que lui à moi. Mais c'est déjà un très grand pas qu'il fait, chaque fois qu'il ne fait que se blottir contre moi. Enfin...
- Bon, cette fois, je te laisse filer, ricané-je.
Il sourit et se détourne, prêt à partir. Mais brusquement, il perd l'équilibre et chancèle. Sa main, dans le vide, semble chercher un appui alors qu'il s'apprête à tomber. Aussitôt, je bondis et je le rattrape d'une forte poigne afin de le rééquilibrer.
- Sasuke ! m'exclamé-je.
Il plaque une main sur son front, alors qu'une expression de pure inquiétude a le temps de prendre possession de tout mon visage. À nouveau, il tombe et je manque de tomber moi aussi en essayant de le rattraper. Je réussis cependant à l'enlacer fortement, et je le regarde devenir blanc comme un fantôme. Ses jambes faibles ne le tiennent pas et le ressentant, je le force à s'assoir, m'agenouillant à ses côtés.
- Ça va ? Qu'est-ce que tu as ?
- Rien, juste... un étourdissement...
- Il me semble que ce n'est pas la première fois que ça t'arrive, marmotté-je. Comment tu te sens? poursuis-je ensuite, gardant mon bras autour de lui, au cas où il s'écroulerait vers l'arrière.
Il a les yeux fermés. Sa main s'est légèrement déplacée. Elle est maintenant collée sur son œil droit. Mes sourcils se froncent.
- Tu as mal là ?
Il secoue la tête faiblement.
- Alors ? Dis-moi, l'encouragé-je doucement. Dis-moi où tu as mal.
- Nulle part, articule-t-il faiblement, le souffle coupé. C'est rien. C'était juste un vertige. T'en fais pas...
- Ça te prend souvent, comme ça ?
- Hum. Non, pas tellement.
- Pas tellement, répété-je. D'accord. Ça veut dire que ça t'arrive.
- Naruto, ça va, déclare-t-il d'une voix ferme mais douce à la fois et je peux voir que mon inquiétude l'agace. C'est fini. Je vais bien.
Peut-être que je m'inquiète trop, après tout...
- Tu me le jures ? Je veux dire, tu ne me caches rien ?
- Que voudrais-tu que je te cache ?
- Si tu ne te sens pas bien, tu me le dirais ? reformulé-je.
Il ne répond pas immédiatement, ce qui me fait grimacer.
- Oui, souffle-t-il.
Non.
- Très bien.
Je lui donne un coup de main pour se relever, et il part sans me regarder une dernière fois.
Il n'a pas juré.
Je m'en fais sans doute trop. C'est un grand garçon, il sait s'occuper de lui-même. Mais pourquoi n'en suis-je pas complètement convaincu ? Sasuke reste Sasuke, ne pus-je m'empêcher de penser. Me dirait-il franchement qu'il ne se sent pas bien, et qu'il ne peut pas aller travailler ? Sans doute pas. Sa fierté est aussi grande que mon inquiétude pour lui. M'avouerait-il ses faiblesses de but en blanc, alors ? Absolumentpas.
Dans un soupir, je quitte à mon tour les lieux.
Je n'ai jamais eu l'impression qu'une journée s'éternisait autant. Quand j'ai quitté l'appartement de Sasuke, je me suis directement rendu au Palais Hokage. J'avais des archives à ranger (c'est un fouillis total dans cette pièce !), et beaucoup d'autre boulot, comme je l'ai dit à Sasuke. Je me suis adonné à cette activité ennuyante pendant environ trente minutes, après quoi Kakashi m'a donné un coup de main pour choisir avec soin quelle mission attribuer à plusieurs équipes de genins nouvellement créées. Ces quelques trois heures m'ont rappelé le jour où le Troisième nous avait donné à moi, Kakashi, Sakura et Sasuke, la mission au pays des vagues, ainsi que ma petite scène à propos des tâches insultantes et banales que nous devions remplir avant. Je me suis assez amusé à rencontrer ces gamins. Certains ont été plus dociles que d'autres. Certains se sont énervés de ce qu'ils devaient faire, mais après tout, tous ne sont pas aussi convainquant et persuasifs que moi (héhé !) et puis, ces missions de rang D, il faut bien qu'elles soient remplies un jour ou l'autre, et je ne me vois pas les assigner à un ninja comme Sasuke, ou Neji...
Sakura s'est libérée de l'hôpital vers midi. On a déjeuné ensemble dans mon bureau en bavardant et en classant les rapports de missions à mesure que des ninjas allaient et venaient dans mon bureau. On a beaucoup ri mais elle a dû repartir, appelée par Tsunade. Cette dernière, depuis que je suis l'hokage, passe le plus clair de son temps comme médecin à part entière à l'hôpital. Elle enseigne aux jeunes infirmières, aux jeunes shinobis et kunoichis qui désirent développer son habileté de guérison.
Moi, de mon côté, j'ai assisté en après-midi à une réunion du Conseil. Kakashi et Hayato y étaient également, Kakashi parce qu'il est très haut placé, désormais, dans la hiérarchie du village, et Hayato, en tant qu'assistant substitut de Sakura. Les vieux ont parlé de trucs carrément inutiles comme les relations entre les pays, une chose qui ne nous avance strictement à rien concernant la sécurité du village et ce qui la menacera dans quelques temps – Zoumi, Itachi et ces mystérieuses troupes. J'étais tellement agacé de les entendre radoter que j'ai mis un terme à leur bavardage futile en amenant le sujet de la fugitive. Mais on m'a rapidement fait taire en me disant que, comme apprenti hokage, il fallait que je suive le fil des réunions sans les interrompre, pendant au moins des mois afin que j'apprenne. C'est ridicule, je ne sais pas ce qui m'a empêché de me lever et de partir, je perdais mon temps. Hayato et Kakashi ont bien essayé de parler de ce sujet, comprenant la source de mon énervement, mais Hayato n'a pas pu en placer une, quant à Kakashi, il a eut son moment pour parler, mais on ne s'est pas attardé là-dessus. La conversation s'est tout de suite redirigée vers le sujet des relations, et patati et patata... Ces vieux croutons ne vivent plus à la même époque, il faut croire ! Le pays du Feu vit en parfaite harmonie avec les autres contrées, et ce depuis longtemps, déjà !
Je m'énerve rien qu'à m'en rappeler.
Enfin, comme je l'ai dit, cette journée m'a paru tellement longue que j'ai la sensation qu'une éternité s'est écoulée depuis le dernier baiser échangé avec Sasuke, ce matin-même. Il est dix-huit heures, et je viens à peine de rentrer chez moi, enfin débarrassé de cette satanée réunion. J'ai eu le temps de passer à l'épicerie pour acheter ce dont il me faut pour préparer le meilleur repas à l'amour de ma vie. Je dépose tout ça à sa place dans la cuisine, puis, sans perdre plus de temps, je m'élance dans la douche pour me rassembler les idées – mais bien sûr, je ne fais que penser à Sasuke et à rien d'autre, alors pour ce qui est de faire le tri dans ma tête, on repassera.
Lorsque je termine, je sors de la salle de bain, serviette autour de la taille, mon corps dégoulinant sur le plancher. Je me dirige vers ma chambre, ayant la très fraîche intention de choisir judicieusement parmi mes vêtements ce qui donnerait la meilleure impression. Seulement, je me cogne bêtement et durement contre la réalité en ouvrant mon placard : la plupart de mes vêtements ne me vont plus du tout. Je n'ai pas ramené grand-chose de mon périple côté fringues, et celles qui me restent pourraient aller à Konohamaru. Depuis que je suis revenu, je n'ai pas passé beaucoup de temps dans les boutiques à refaire ma garde-robe. Résultat, je suis vraiment paumé !
Dans un grand soupir, je referme la porte et me détourne. Je me dirige vers ma commode, plutôt. Je n'ai rien de vraiment chic, mais c'est tout ce que j'ai. J'y trouve, dans un tiroir, une chemise blanche ajustée, que je laisse ouverte sur mon torse – j'ai vraiment très chaud, je ne peux rien enfiler en-dessous sinon je vais très certainement mourir. Je revêts un pantalon noir classique, et enfile des chaussettes de la même couleur. Me plantant devant un miroir, je juge cet habillement correct.
En me retournant dans l'intention de me rendre à la cuisine, je manque de mourir sur place d'une attaque, en voyant Sasuke, nonchalamment appuyé contre le chambranle de la porte. Un petit sourire aux lèvres. Ses yeux pleins de malice plongés dans les miens.
Je sursaute durement et plaque une main sur mon cœur, manquant de peu de pousser un cri.
- Putain de merde !
Il rit.
- Seigneur ! soufflé-je, revenant peu à peu de mon choc. Ne me refais plus jamais ça ! T'es malade ? Tu veux que je meure ? Oh là là...
- Tu t'en remettras, lâche-t-il simplement.
- Sérieusement, tu es fou, ne refais plus ça, répété-je. D'ailleurs, par où t'es entré ?
Il fait quelques pas dans ma petite chambre, et se met à détailler la pièce des yeux. En le regardant regarder mon petit lit, reculé contre le mur, les draps à moitié étalés au sol d'une couleur orange flashant, le petit bureau, la commode, le peu d'espace qui reste, et bien sûr le bordel total que je n'ai pas eu le temps de ranger, je me sens rougir. Bien sûr, chez lui, c'est nickel. Tout est à sa place, rien ne tapisse les planchers. Mal à l'aise, je glisse mes mains sur mes reins et attends qu'il réponde à ma question.
- La porte n'était pas verrouillée, dit-il finalement.
- Ah...
- Qu'est-ce qui t'arrive ? demande-t-il en quittant du regard la chambre pour me regarder enfin. T'as l'air... préoccupé.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Tu as enfilé ta chemise à l'envers.
Hébété, je baisse la tête et un petit rire tout bête m'échappe.
- Ha ha !
Je m'empresse de l'enlever pour la retourner, et l'enfiler du bon côté. Je ne manque pas de remarquer l'œil curieux qui se pose sur mon torse. Avec un petit sourire, j'observe Sasuke sans le lâcher des yeux une seule seconde, ravi de voir quel effet a mon corps sur lui, tout en passant mes bras dans les manches du vêtement.
- Voilà ! m'exclamé-je sur un ton enfantin.
J'en profite ensuite pour le reluquer à mon tour. Visiblement, il a eut le temps de passer chez lui pour se changer, car il porte un t-shirt propre d'un rouge sombre, ce qui m'étonne agréablement – je ne l'ai jamais vu porter cette couleur, mais elle lui va à merveille. Ses longs bras fins et nus attirent encore une fois mon regard, de par leur blancheur parfaite, puis en bas, il porte un pantalon noir simple qui rentre à mi-mollet à l'intérieur de ses grosses bottes.
Sa silhouette est presque aussi grande que la mienne, mais beaucoup plus fine et je me surprends à la détailler un peu trop. Je me mords donc la lèvre en luttant pour quitter son corps des yeux, quand il demande :
- Qu'est-ce qui te rend si tête-en-l'air, dis-moi ? Laisser la porte ouverte, t'habiller gauchement...
- J'sais pas, avoué-je avec un sourire gêné. J'étais nerveux, sans doute. Que tu viennes dîner... je veux dire. (À ces mots, le regard de Sasuke s'illumine soudainement.) D'ailleurs, je n'ai encore rien commencé. Et pardon pour le ménage, je n'ai pas pu me libérer comme je te l'avais dit.
- C'est pas grave, murmure-t-il.
Il hésite un petit moment, mais finit par lever les yeux vers moi.
- Et euh... C'était comment aujourd'hui ? demande-t-il, timidement, pas très confiant dans ses médiocres capacités sociales – ce qui ne le rend que plus mignon.
- J'me suis emmerdé toute la sainte journée, si tu savais ! m'écrié-je. J'te raconte tout, viens.
Je passe devant lui, et lui attrape la main doucement. Il se retourne et me suit – n'a pas vraiment le choix, après tout.
Mon appartement est assez étroit, comme je le craignais. Il y a une cuisinette reliée directement au salon par un petit corridor, qui ne peut pas vraiment en être un, au centre duquel se trouve la porte d'entrée. En face, la salle de bain. Adjacente à la cuisine, se trouve ma chambre, puis c'est tout. Trois fenêtres. Une table au milieu de la cuisine qui coupe encore plus d'espace. Nous sommes assez de deux dans cette petite pièce, mais ça ne me dérange pas si on est condamné à se marcher sur les pieds toute la soirée. Plus près de lui je serai, mieux ce sera...
Sasuke s'assoit sur le comptoir pendant que je sors ce dont j'ai besoin pour commencer à préparer notre dîner. Il me regarde placer le tout sur le plan de travail tout près de l'évier, alors que je m'occupe d'entretenir la conversation. Je lui raconte ma journée, mon agacement vis-à-vis cette fichue réunion, mon déjeuner avec Sakura, je lui dis même que j'ai pendant un moment repensé à notre mission au pays des vagues. Je le regarde furtivement alors pour essayer de voir sa réaction : il ne fait que sourire vaguement en acquiesçant, perdu dans ses souvenirs.
Après mon long récit, que j'ai détaillé et fait traîné en longueur, je tourne un grand sourire vers lui.
- Et toi alors ? Ta journée ?
Il paraît surpris, comme si je venais de le sortir d'un long sommeil.
- Euh... normale, je crois. Aucune équipe ne s'est montrée. Ibiki estime que c'est parce que cette années elles sont toutes dotées de genins prometteurs, et que les combats dans cette forêt sont forcément très serrés... Je suis resté là à attendre avec les autres junins, mais...
- Mais quoi ?
Il baisse la tête et balance ses pieds dans le vide pendant quelques secondes. J'ai arrêté ce que je faisais sans m'en rendre compte, pour le regarder.
Après une minute, il tourne la tête vers moi et nos regards s'entrechoquent, me faisant presque sursauter.
- Ça n'a pas vraiment d'importance, mais tu voulais que je te le dise...
- De quoi ? m'enquis-je, réellement curieux, cette fois.
Un couteau dans une main, je suis désormais carrément retourné vers lui.
- En milieu d'après-midi, j'ai à nouveau... eu un malaise.
- Tu t'es évanoui ? m'exclamé-je, alarmé.
- Non, rien de ça... J'ai juste eu une migraine pas possible, qui a duré environ une heure.
- Des étourdissements, des migraines. C'est bizarre, tout ça, grommelé-je en retournant à ma cuisine.
- Ne commence pas à te faire des scénarios, je ne suis pas malade. Ce sont des petits malaises banals, qui arrivent tout le temps, à tout le monde. Je manque probablement de sommeil, voilà tout.
- Tu arrives à dormir... ?
- Hum... moui, marmonne-t-il, pas très sûr de sa réponse, cependant.
Je fronce les sourcils en insistant d'un regard, mais voyant sa pâleur et sa fatigue, je ne persiste pas plus. Je retourne à mon dîner, et avant même d'avoir seulement songé à quelque chose pour relancer la conversation, c'est lui-même qui se mouille, ce qui m'étonne. Sautant par terre, il s'avance vers moi et se penche pour essayer de voir ce que je mijote. Un sourire se dessine sur mes lèvres.
- Tu prépares quoi, au juste ? s'intéresse-t-il. Ça commence à sentir drôlement bon...
Mes lèvres s'ouvrent et je souris de toutes mes dents, heureux.
- Ah tiens donc ?
- J'ai seulement dit que ça sentait bon, hein...
- Tout à l'heure, tu doutais de mes talents culinaires, Sasu.
- Et j'en doute encore.
- Bon très bien, soupiré-je. Je ne suis peut-être pas un chef, mais je cuisine avec amour, tu sais, c'est ça l'important, non ?
J'entends un petit rire passer ses lèvres. Ahuri, je me retourne et vois son air redevenu confiant et son sourire moqueur. Appuyé d'une main sur le comptoir, il me fixe, redevenu un peu plus coloré, avec quelques rougeurs aux joues.
- Quoi ? m'étonné-je.
- Rien. Je vais seulement bientôt savoir à quel point tu m'aimes.
Ma bouche s'ouvre en un parfait « O », alors qu'il éclate de rire.
- C'est déloyal ! braillé-je.
- Ne pleurs pas, s'esclaffe-t-il. C'est qu'une petite blague.
Il s'approche en sautillant et me plante un baiser sur la joue. Je me fige.
- Sasuke ?
- Hm ?
Il s'est réinstallé sur le comptoir, nonchalant.
- C'est bien toi, dis ? Je... Je suis pas sûr, là. Non parce que tu m'embrasses jamais d'habitude, c'est moi qui dois le faire, et là tu fais de l'humour ! Tu es... soudainement... enjoué, avec ça. Je ne te reconnais pas. Sakura, si c'est toi qui a pris l'apparence de Sasuke, c'est vraiment pas drôle !
Sasuke hausse un sourcil et rigole d'autant plus.
- Mais non, c'est bien moi. Et puis, une relation, ça se construit à deux, il fallait bien que je m'y mette, avoue-t-il en rougissant, et en détournant ses beaux yeux de jais. Je... je suis de bonne humeur, voilà tout. Je me sens bien, avec toi. Je te l'ai déjà dit, non ?
- Ouais... soufflé-je.
Un silence accentué par le crépitement de ma viande sur la plaque chauffante s'écoule.
- Je peux avoir un autre bisou alors ? lâché-je au bout d'un interminable moment de paix.
Son sourire s'élargit. Mon cœur bat des pompes incroyables. Il me regarde comme s'il réfléchissait.
- Oh, ne me fais pas le coup de ce matin ! le prié-je. Je veux que ce soit toi qui viennes me l'offrir, cette fois.
Il roule des yeux et descend à nouveau du comptoir. Chacun de ses pas semble infiniment long, alors qu'il traverse la ridicule petite cuisine, en ma direction. Hypnotisé, je ne bouge plus, alors que Sasuke prend mon visage dans ses mains délicates. La seconde suivante, il m'embrasse. Je dois légèrement me pencher, mais juste un peu, afin d'en avoir plus. C'est chaque fois pareil. Je ne peux pas me contenter d'un simple effleurement.
Délaissant mon repas, je pose mes mains sur ses hanches et accentue notre contact. La chaleur de la poêle semble tellement inoffensive comparativement à la braise qui bouille en moi. Et Sasuke a les mains si froides... Quel contraste...
- Tu es gelé, soufflé-je.
- Et toi tu bouillonnes.
- Bah, il fait chaud, c'est normal !
- Non, il fait froid, me contredit-il.
- Tu es vraiment malade, Sasu. Comment tu peux ne pas sentir cette chaleur ?
- Il s'est mis à pleuvoir, dehors, et le fond de l'air est glacial, insiste-t-il pourtant.
On se regarde un petit moment... et on éclate de rire. Il n'y a vraiment que nous deux pour une telle situation ! S'embrasser langoureusement, puis se séparer et se chamailler comme deux gamins.
- Bah alors... Ce doit être Kyûbi qui fait surchauffer mon corps. Ou ta proximité.
Il rougit en baissant les yeux vers les chaudrons.
- A-Alors, qu'est-ce que tu me fais ? demande-t-il tout bas, d'une douce voix.
- Du teppanyaki, très cher ! Sucré à souhait, marinant dans de la sauce soja. Quelques légumes sautés ici pour accompagner, indiqué-je en soulevant le couvert d'un chaudron.
- Hmmmm... D'où as-tu appris toutes ces recettes ?
- Jiraiya, dis-je d'un ton léger mais un peu triste.
- Oh. Enfin, ça a l'air bon.
Je tourne mes yeux bleus et observe son visage de profil. Son petit sourire d'enfant et ses yeux pétillants devant le repas que nous attendons tous les deux impatiemment, me font littéralement sourire à mon tour. Redécouvrir Sasuke, est une chose que je ferais pendant des heures sans me lasser. J'ai toujours connu ce garçon froid et distant... Mais aujourd'hui, de plus en plus, je commence à apercevoir celui qu'il était avant ce drame, avant qu'on le brise. Le Sasuke intacte avec tous ses morceaux encore assemblés en une seule pièce. Et je suis heureux d'être celui avec qui il est capable de reconstruire ce qu'il était...
Sasuke se penche alors et trempe un doigt dans la sauce, puis porte son doigt à sa bouche. Je ne réagis même pas quand il me sourit innocemment, trop perdu dans mes pensées. Il doit avoir très faim – moi aussi. Alors, je secoue la tête et décide de me dépêcher.
- Mais c'est pas vrai, je rêve !
Le silence total qui vient de retomber me permet d'entendre les mouvements dans la pièce d'à côté – la salle de bain – et la seconde suivante, la porte s'ouvre et une ombre s'avance dans la cuisine. Parmi cette pénombre, je distingue mal Sasuke, quoique la blancheur de sa peau me donne une vague idée de l'endroit où il se trouve. Toute façon, qui d'autre cela pourrait-il être ?
J'essaie de plisser les yeux afin de voir son expression mais je la devine plutôt que je la vois, quand un grondement agacé s'élève dans sa gorge.
- Manquait plus que ça... grogne-t-il.
- En même temps, t'entends ça dehors ? Une vraie tempête. Ça s'est empiré j'crois.
- Mouais. Ça commençait à peine quand je suis arrivé, tout à l'heure.
Ça m'énerve de ne pas le voir – même si je pourrais me délecter du seul son de sa voix pendant des heures. Je décide malgré tout de me concentrer sur mon sens de l'ouïe. Je capte ses pas qui se dirigent vers la table, un grincement que je discerne comme le bruit d'une chaise qu'il vient de tirer. Il s'est sûrement assis.
C'est ridicule. Je ne vais pas jouer les aveugles toute la soirée, en attendant comme un idiot planté devant le comptoir que la lumière ne réapparaisse ! Et comment allons-nous manger ?
- Tout était prêt, au moins ? demande Sasuke alors que je me tourne vers les armoires, du moins j'espère que je suis du bon côté.
J'ouvre une porte et plonge mon bras à l'intérieur de l'armoire. Au-dessous de moi, l'odeur délicieuse de mes grillades me fait soupirer doucement.
- Oui, oui. Heureusement, d'ailleurs, que j'aie pu terminer le dîner.
- Qu'est-ce que tu fabriques ?
Je sens presque son regard sur moi.
- Je cherche... Je sais que... Enfin, j'suis supposé avoir une lampe de poche, quelque part. Il y aurait toujours la solution des chandelles, j'en ai et je sais où elles se trouvent, mais je n'ai pas de briquet ou si j'en ai un, celui-là j'ignore son emplacement dans mon désordre...
Sasuke demeure silencieux pendant presque une minute.
- Des chandelles, ça ira.
- Je viens de te dire que je n'ai pas de briquet, t'es sourd ?
Je sors de mon armoire et me retourne vers Sasuke, ou plutôt vers sa silhouette floue et fondue dans l'obscurité.
- Tu n'en auras pas besoin, se contente-t-il d'ajouter.
J'hausse un sourcil, ce qu'il ne peut pas voir. Mais mon silence doit lui indiquer mon incompréhension, puisqu'avec un claquement de langue, il répète.
- Va les chercher. Et puis, des chandelles installées au centre de la table, c'est la meilleure solution pour manger.
- Très bien, espérons seulement que je ne me casse pas la gueule dans cette noirceur.
J'entends un petit rire.
- Tu sais qui blâmer pour ce bordel...
- Merci pour les encouragements, chéri !
Je regrette de ne pas voir son expression, après ce petit surnom. Néanmoins, je fais ce qu'il me dit et me dirige vers ma chambre. Sur ce coup là, je remercie mon appartement d'être si petit, autrement, je me serais vraiment perdu. Là, au moins, je peux longer les murs et toucher plus facilement les meubles sans avoir à m'en éloigner trop.
Une fois dans ma chambre, je marche vers mon placard. Je sais qu'elles sont rangées quelque part par là, ces foutues chandelles. D'ailleurs, comment il va les allumer, celui-là ?
Je me mets à genoux une fois la porte ouverte, et tends les mains afin de toucher à ce qui ressemble à une boîte. Gagné ! Toutes mes petites affaires se trouvent là, je crois. J'attire cette boîte vers moi et l'ouvre. Il ne me faut pas plus que trois minutes pour en ressortir ma lampe de poche, puis deux chandelles. Je souris vaguement. Un souper aux chandelles, maintenant... Cette soirée est-elle réellement en train de se transformer en espèce de cliché romantique peu original et complètement nul ? N'empêche, manger avec son doux visage éclairé par une seule et mince lueur de flamme est bien tentant...
Non mais, je pense comme une fille, maintenant !
Grimaçant, je me redresse et ramène mes trouvailles à la cuisine. Sasuke est toujours à la même place, puisque lorsque j'arrive, il recule sur sa chaise ce qui provoque le bruit de tout à l'heure. Je le sens se retourner et se lever.
- J'ai trouvé deux chandelles et ma lampe de poche.
- C'est parfait. Donne-moi une chandelle.
- Je ne pige toujours pas ce que tu comptes faire, marmonné-je en allumant la lampe, et éclairant son visage.
Il me sourit comme s'il est en train de manigancer quelque chose. J'esquisse un sourire quelque peu intrigué, alors qu'il vient planter la chandelle au centre de la table. J'y amène la seconde, la place juste à côté de sa jumelle. Quant à Sasuke, il se recule ensuite et joint ses mains ensembles.
- Qu'est-ce que tu comptes faire ?
Sans me répondre, du moins pas avec des mots, il effectue quelques signes de main et se penche vers l'avant. Sa bouche se tend comme s'il allait souffler mais à la place d'une simple bouffée, c'est une petite et mince flammèche qui sort de sa bouche et vient embraser le bout de la chandelle. Fasciné, et surtout pris par surprise, je pousse une petite exclamation. Il me regarde du coin de l'œil.
- Ah ! J'avais... oublié ton talent, concernant les techniques katon, bafouillé-je en éteignant la lampe de poche, devenue inutile dans ma main, alors qu'une douce lumière plus naturelle a envahie la pièce.
Il répète la même chose pour la deuxième, puis je souris largement.
- Enfin un peu de clarté ! Remercions ton génie, mon amour !
Je lui plaque un baiser sur la joue, et cette fois, je ne manque pas d'observer sa réaction au surnom : une simple petite coloration sur les joues doublée d'une moue adorable. Je pose la luminaire sur le comptoir et vient ouvrir le four.
- Et maintenant, on mange ?
- Ouais, acquiesce-t-il. Je meurs de faim !
- Allez, assieds-toi, je vais te servir.
- T'as pas besoin d'aide ?
- On n'est que deux, ricané-je. T'en fais pas, je risque de m'en sortir. Mais merci.
Il opine doucement et se rassoit à sa place. Je sors les couverts et sers nos deux plats, après quoi je viens à mon tour m'assoir, en face de Sasuke qui marmonne un petit merci au passage. Je nous ai servi deux verres de saké avec le tout.
L'ambiance est sereine, la bouffe sent divinement bon, j'ai un ange devant moi... Je ne peux qu'être comblé de joie à l'instant. Et quand j'attrape mes baguettes, je ne peux m'empêcher de continuer à sourire comme un idiot.
Ce n'est qu'après deux ou trois bouchées que Sasuke le remarque. Levant le nez vers moi, il demande :
- Qu'est-ce qui te fait sourire ?
- Je suis heureux, voilà tout, réponds-je comme si c'est évident. Mine de rien, je me suis... amouraché de toi depuis mon retour. J'suis content d'être finalement avec toi. Seuls. Et... que tu me retourne mes sentiments.
Je me suis attendu à ce qu'il soit mal à l'aise ou embarrassé, qu'il détourne les yeux et qu'il ne sache pas quoi répondre, mais il me surprend agréablement quand, quelques instants plus tard (et durant lesquels il n'a pas cessé de me fixer), il prend son verre et qu'il le tend vers moi, une expression terriblement sérieuse mais les yeux doux et tendres dirigés vers les miens :
- À nous deux, alors.
Mon sourire explose et je ris.
- À nous deux !
Il se remet à manger. En le regardant, je me rappelle de notre conversation de ce matin.
- Alors, c'est comestible ?
Ses yeux se lèvent de son assiette.
- C'est très bon, avoue-t-il.
- Sérieux ? m'exclamé-je.
- Oui. Ça me surprend. Toi qui n'a jamais vraiment mangé autre chose que ces fichues ramens...
- Hé, n'insulte pas mes ramens adorées !
- Tu en dévores toujours autant ?
- Bien sûr. Je me suis simplement efforcé de concocter quelque chose de meilleur... pour toi.
- Merci, alors, s'étonne-t-il.
- Mais de rien.
Mon sourire et ma joie non feinte finissent par l'entraîner lui aussi. Il se met à rigoler après m'avoir regardé longuement, et pour ne pas s'étrangler, il s'arrête un moment puis boit de longues gorgées. Je ne sais pas si ce sont les lueurs des flammes qui déjouent ma vision, mais j'ai l'impression que les yeux de Sasuke sont allumés de plusieurs étoiles. Qui brillent de joie, de simplicité, d'amour. Et son visage semble un peu moins pâle, coloré...
- Dis... poursuit-il dans un murmure et je le regarde – mais que dis-je? je n'ai même pas cessé une minute de le regarder. T'es conscient que toi et moi on est en train d'avoir un souper aux chandelles...?
- Et qu'est-ce censé signifier ?
- Si... Sakura était là, elle dirait que c'est super... romantique et... mignon, articule-t-il en fixant la table. Enfin, tu comprends...
J'aperçois ses doigts tremblants qui maltraitent la couverture de la table en fin tissu blanc.
- Ce sont des trucs de fille, lancé-je nonchalamment en prenant une immense bouchée de viande.
Je mâche quelques instants puis ajoute, lorsqu'il lève ses yeux vers moi :
- C'est qu'une façon de s'éclairer. Mais... je dois avouer que c'est agréable, malgré tout. Cette intimité me plaît.
Ses lèvres s'étirent légèrement. Il rebaisse les yeux avant que je n'ai pu comprendre que c'est un petit sourire timide qui vient d'apparaître sur son visage. Il a cessé de manger. Sa main agitée git toujours sur la table à la même place, mais ses doigts sont redevenus immobile. Je la regarde quelques instants, avant de venir poser la mienne, qui la recouvre entièrement. Sasuke sursaute légèrement.
- Ça te... met mal à l'aise ? Que je dise ça ? dis-je dans un souffle.
Il secoue très lentement la tête de gauche à droite, les yeux fixés sur ce même point sur la table, comme s'il réfléchissait. Puis, sans lever la tête, il dit, pas plus fort que moi :
- Non...
- Alors, pourquoi tu sembles... nerveux ou... Je sais pas, embarrassé, je dirais ?
Il hausse les épaules.
- J'ai pas l'habitude, sans doute, marmonne-t-il. Mais c'est vrai que c'est agréable, tu as raison, s'empresse-t-il d'ajouter, ce qui me fait sourire.
- Moi aussi, j'me sens bien avec toi, Sasuke. C'est vraiment bizarre, tu sais ? (C'est à ce moment qu'il lève finalement les yeux.) Je veux dire, avant, on se détestait toi et moi. Enfin, on était plutôt rivaux, parce que ce serait un mensonge de dire que je t'ai réellement détesté un jour. Mais imaginer que je t'aimerais... comme ça, je n'y avais jamais songé.
- Tu m'« aimes » vraiment ? demande-t-il alors et sa question me prend de court, me fait complètement taire.
Il a une expression sur le visage... comme s'il ne comprend absolument pas. Comme s'il est absolument inenvisageable que je puisse être amoureux de lui. Dans ses yeux, je vois cette incompréhension, et elle m'agace particulièrement.
Nous nous dévisageons un petit instant. Puis, soudainement assoiffé, je prends une longue gorgée de mon verre de saké, que je n'ai encore pas touché. Sasuke n'a pas cessé de me regarder, essayant de comprendre. Intense et concentré, comme chaque fois qu'il essaie de comprendre quelque chose.
- Pourquoi dis-tu cela comme si c'était impossible ? dis-je enfin en posant mon verre.
- Je veux juste... savoir pourquoi. Pourquoi moi... parmi toutes les femmes bien du village... ou tous les hommes si tu préfères... Pourquoi moi ? répète-t-il. À te regarder, enfin, j'veux dire... L'homme génial que t'es devenu, tu pourrais avoir qui tu veux.
- J'en ai aucune idée, admets-je. Quand je suis rentré au village, tu m'as paru... tellement magnifique. Je n'ai rien compris, moi non plus. Tu étais sensationnelle, je crois que j'ai eu le coup de foudre, même si ce n'en est pas vraiment un, puisque je te connaissais déjà. Mais enfin... Et je te l'ai dit, l'autre jour, sur le toit. Tu avais changé. Tu étais devenu quelqu'un d'autre, tout en restant toi-même. Tu souriais, tu étais moins froid qu'avant, plus chaleureux, plus accueillant. Je n'ai pas envie de quelqu'un d'autre, détrompe-toi.
« Tu sais, auparavant, je disais te détester. Je gueulais à tout le monde que tu m'énervais, que tu n'étais qu'un frimeur, et, enfin, tu t'en souviens. Mais au fond, je t'adorais. Je t'admirais, tout d'abord. Mais, je sais pas, je sais pas comment expliquer. J'étais lié à toi, quelque chose m'était familier dans ton regard, j'ai toujours eu cette sensation. Qu'on était connecté, quelque part. Et puis, oui, voilà, au fond je ne te détestais pas du tout. Je t'aimais. J'aimais ta force, ta détermination, certes discrète. J'adorais ta loyauté et surtout, comme tout le monde j'imagine, j'étais sous ton charme. C'était une des choses qui m'énervait le plus, sans doute. Le fait que tu sois tellementparfait. Mais rassure-toi, il n'y a pas que le physique qui m'attire chez toi ! Tu sais, Sasuke...
Je prends une profonde inspiration.
- Ce qui me plaît, chez toi, c'est autant tes défauts que tes qualités. C'est le fait que tu sois si différent de moi, mais à la fois cruellement semblable aussi. Tu connais mes faiblesses, tu connais mes forces, tu connais ma souffrance, tu la comprends. Tu es le seul. Tu complètes ce que je suis. En regardant ce que tu es, je m'y retrouve, mais en même temps, je m'y perds. J'ai envie de te découvrir, autant que j'ai envie de partager avec toi ce qu'on connaît tous les deux. Et... comme je te l'ai dit, tomber amoureux de toi, ça n'a pas été difficile. Même, je crois que j'y ai été contraint par une quelconque force de la nature... Bon, je m'entends et je me trouve complètement cinglé, ridicule, en ce moment, mais c'est ce que je ressens. Quand je te regarde, je ne doute même pas. Je t'aime, et c'est pratiquement rassurant de le dire, de m'entendre le dire...
« Pourquoi toi ? Ben, parce que mon cœur en a décidé ainsi. Je ne peux pas te donner une réponse concrète. Je ne peux pas l'expliquer... C'est... comme ça.
Sasuke me fixe intensément après mon long discours. Je suis plutôt satisfait d'avoir su répondre à cette question piège, même si le flot de mes paroles me semble maintenant insensé, alors que je me les répète mentalement. Je me sens comme un idiot, qui tente maladroitement de créer un semblant de romantisme dans ses déclarations, mais c'est totalement faux, à côté de la plaque. Je n'ai jamais été aussi honnête de ma vie. Que mes paroles soient clichés, idiotes, qu'elles sentent ridiculement l'eau de rose, je m'en moque. Elles sont vraies.
Ses fichus yeux noirs perçants me sondent si longuement que je lutte pour ne pas me mordre les lèvres. Puis, après cet interminable moment, Sasuke soupire et pose ses coudes sur la table.
- Tu dis n'importe quoi, ronchonne-t-il, les mains devant son visage.
Je souris intérieurement : je l'ai gêné. Ou, plutôt devrais-je dire, je l'ai atteint.
- Je n'ai jamais été aussi sérieux.
- Hn.
- Je peux te retourner la question, Sasuke ?
Il me regarde, surpris.
- Quoi ?
- Je te retourne la question, répété-je en souriant. Pourquoi moi ? Parce que, je crois que toi et moi on s'entend pour dire que tupourrais tout aussi bien avoir qui tu veux !
Il a l'air déstabilisé, désorienté, troublé. Il se met à jouer avec ses doigts, avant de reposer ses bras à plat sur la table.
- Je...
Il se racle la gorge et pose ses yeux sur la flamme qui danse légèrement.
- Les autres ne m'intéressent pas. J'suis pas du genre à aller voir ailleurs pour chercher ce que j'ai déjà. Quand je m'attache à quelqu'un, c'est... pour toujours. (Mon cœur s'emballe à ces mots et mon sourire s'élargit.) Et faut croire que je m'étais déjà attaché à toi. Tu... tu es ma deuxième moitié. Tu me permets de mieux respirer, tu... tu combles le vide.
Il est devenu rouge, et moi je sens mon cœur danser plus vite, à l'instar de cette bougie qui faiblit doucement. Je rougis aussi, sans doute, puisque mon visage me brûle. Mais je m'en fiche.
Je me penche.
- Tu vois ? Tu viens de résumer mon long monologue en quelques courtes phrases... On se complète.
Lentement, il baisse les yeux, après m'avoir regardé pendant que je parlais, puis il repose sa main sur la table. Naturellement, je viens la surplomber de la mienne et j'aperçois en même temps l'ombre d'un sourire sur son visage pâle.
Après ce qui me semble une éternité, il retire doucement sa main – à regret – de la mienne. Il me lance un sourire maladroit et un regard tendre, profondément amoureux. Bien qu'il ne le dise pas à voix haute, je sais qu'il m'aime. Sasuke Uchiha ne prononce pas les mots « Pour toujours» s'il ne les pense pas. Et il a raison. Il n'est pas du genre à s'entourer de tas d'amis, de tas de personne. Mais quand il s'accroche à quelqu'un, c'est vraiment sérieux.
Il était accroché à sa famille. Il l'était vraiment, de toutes ses forces, il les aimait de toute son âme, inconscient que la possibilité de les perdre existait. Il était si jeune, il ne savait pas qu'il y avait la vie mais qu'il y avait la mort aussi. Maintenant, et je peux le voir, avec ses mots et ses regards, il s'est accroché à moi. Avec certes moins d'espoir, et plus de craintes, mais mon devoir, désormais, c'est de ne pas le décevoir. De ne pas le lâcher. Parce que la prochaine fois qu'il tombera de haut (et je ne tiens pas à ce qu'il y en ait une), il ne sera pas simplement brisé. Ilmourra.
- On devrait... terminer... chuchote-t-il.
- Ouais, pardon !
Je ne sais pas pourquoi, mais pendant le reste du dîner, il n'a pas cessé de fixer son repas avec ce petit sourire, presque niais. Moi, comme d'habitude, je n'ai pas cessé de le regarder lui. Avec, évidemment, un sourire très, très niais dans mon cas.
À Suivre...
