NB : L'univers de Harry Potter appartient à J.K. Rowling. Seul le déroulement des évènements et quelques personnages OC sortent de mon imagination.

Voici un nouveau chapitre de l'Ombre du Passé. J'espère qu'il vous plaira. Merci à ceux qui prennent le temps de poster des Review (que deux lors du dernier chapitre, snif. Nonon, je ne réclame pas des commentaires, vous vous faites des idées). Je vous laisse à votre lecture, dites moi vos impressions. Chapitre trop long ? Pas assez décrit ? Qu'est-ce que vous imaginez pour la suite des évènements ? Qu'est-ce que vous aimeriez y voir ?


~ Chapitre XII :

« Le monde est un grand bal où chacun est masqué. »

Vauvenargues

Depuis quelques jours, le château semblait en pleine effervescence, dans les couloirs régnait une cacophonie perpétuelle, surtout venant de la gente féminine. Harry n'y faisait pas vraiment attention, toujours fourré à la bibliothèque ou trainant avec Severus et sa petite bande. Ils étaient écœurants et plus qu'extrémistes mais il devait se faire bien voir pour recueillir le maximum d'informations sur les agissements de Lord Voldemort. Il n'était encore que le petit nouveau et assistait à un nombre encore limité de « réunions » mais Severus lui faisait à chaque fois un rapport détaillé. Harry était soulagé d'avoir un allié comme lui, même si parfois les souvenirs de son passé ressurgissaient. C'était dur d'oublier cette traitrise, même si les paroles de Drago atténuaient cette douleur. Peut-être qu'il avait fait ça pour protéger Drago, incapable de tuer le directeur. Peut-être … Tout cela était désormais révolu. Un nouveau futur était en train de se créer. Il fallait se faire à cette idée.

Plongé dans les lignes noires d'un épais grimoire, Harry tenait de se concentrer, mais c'était peine perdue, même à la bibliothèque. Madame Pince, jeune débutant à cette époque, était dépassée par la situation, prête à s'arracher les cheveux. Le survivant lâcha un long soupir de frustration avant de refermer brutalement la couverture, faisant naitre un léger nuage de poussière.

- Mais qu'est-ce qu'ils ont tous en ce moment ? Ça devient insupportable.

Severus releva les yeux de son parchemin, un sourcil redressé signe de sa surprise malgré son air froid et impassible.

- Halloween, dit-il simplement et retournant à sa lecture.

- Halloween ? Oui et alors ?

Le soupir vint cette fois-ci de Rogue mais un éclair passa dans son regard sombre. Apparemment, il venait de se souvenir d'une chose.

- Effectivement, tu étais à l'infirmerie lorsqu'il l'a annoncé. Dumbledore a organisé un bal masqué pour Halloween.

Un bal … C'était bien sa veine. Heureusement il pouvait l'éviter.

- Tout le monde doit y aller, de la cinquième à la septième année.

Dommage. Désespéré, Harry se prit la tête dans les mains. La seule expérience qu'il avait des bals était lors de cette fameuse année de la coupe de feu. Une grimace de dégout déforma son visage à ce souvenir.

- Bienvenue au club !

Un rire jaune s'échappa des lèvres de celui qui se faisait appeler Nathanaël Drawkins. Il pensa à son uniforme qu'il allait devoir porter, attirant alors sur lui une attention dérangeante. Plus tard, il apprit que Dumbledore avait créé un sortilège spécial pour l'occasion. Les élèves n'avaient à s'occuper de rien, juste apporter leur bonne humeur et leur plus effrayant sourire pour rendre cette soirée d'Halloween monstrueuse. C'était vraiment bête, il aurait pu profiter de l'occasion pour sortir de château et trouver un horcruxe en toute tranquillité. Quelle merde !

/ … /

- Sur ce, à demain pour la préparation du bal.

Les préfets des maisons de Poudlard se levèrent en rassemblant leurs notes, quittant la salle en chuchotant entre eux. James et Lily restèrent pour ranger la place, rassembler les documents et discuter encore de la préparation. Dumbledore leur avait confié certaines tâches pour personnaliser plus encore l'événement, apporter une touche « jeune » susceptible de plaire à tous.

- A croire que Dumbledore a pris exemple sur nos farces pour organiser ce bal.

James avait un sourire enjoué plaqué sur les lèvres, réellement amusé par ce futur bal. Plus que deux jours à attendre. L'excitation se ressentait clairement dans sa voix grave et par habitude, il passa la main dans ses cheveux pour les ébouriffer. Lily détourna le regard mais sur ses lèvres commençait à fleurir un doux sourire. Même si pendant toutes ces années elle l'avait trouvé arrogant, prétentieux, égoïste et plein d'autres choses, aujourd'hui, tout semblait différent.

Sa grande sœur Petunia avait quitté la maison pour s'installer avec son fiancé, avec l'interdiction pour elle de venir au repas et surtout pas à son mariage. Elle aurait dû s'y habituer avec le temps, mais à chaque fois, c'était le même pincement au cœur. Et puis, il y avait ces meurtres perpétrés sur des sorciers d'origine moldu. Un frisson parcourut tout son corps mais elle tenta de le minimiser, se remuant pour oublier ces images sanglantes qui s'imposaient à elle. Il n'en fallu pas plus pour interpeler James. Depuis leur première rencontre sur le chemin de traverse, il n'avait cessé de l'observer, cette tornade rousse. Sa mère travaillait au ministère et s'occupait également de guider les jeunes sorciers nés de parents moldu à travers le monde magique, surtout pour acheter les fournitures et prendre le train. Les premiers pas d'Evans dans l'univers de la sorcellerie se firent donc en compagnie de James, pas sous le signe de la bonne entente, évidemment.

- Je croyais que tu aurais répliqué en rouspétant que je ne suis qu'un gamin immature sans le moindre respect des règles.

Il n'en fallait pas plus pour faire tiquer la rouquine qui se retourna vivement vers son homologue. Tous deux portaient fièrement l'épingle des préfets en chef, brillant à la lueur des bougies se consumant lentement, diffusant leurs dernières flammes avant de se noyer dans la cire. Mais si Evans s'apprêtait à répliquer, comme le lui avait gentiment rappelé Potter, aucun ne franchit ses lèvres. Rien. En fait, elle n'avait pas envie de lui rabattre son foutu clapet. Au final, qui avait raison ? Lui, croquant la vie à pleine dent ou elle, s'enfermant dans des règles, qu'elles se fixaient elle-même parfois ?

- Je n'ai pas envie de me disputer avec toi ce soir !

Surprenant. Mais aussi inquiétant. Les sourcils du maraudeur se froncèrent doucement tandis que la jolie rousse tournait les talons pour ramasser des dossiers inexistants, remettre en place des chaises déjà bien rangées sous les tables ou encore enlever quelques grains de poussière invisibles. James n'avait pas l'habitude de la voir ainsi. Une gifle, une réplique cinglante, un regard assassin … là, elle se défilait tout simplement.

- Quelque chose ne va pas Evans ?

Aucune réponse.

- Evans ?

Il hausse un peu le ton, mais elle l'avait très bien entendu.

- Arrête de m'appeler par mon nom. J'ai un prénom Potter, c'est Lily.

Pourquoi avait-elle dit cela, surtout avec cet air passablement énervé mais aussi le regard humide. Elle cherchait à retenir ses larmes. Elle était forte, elle était cette fille studieuse qui ignorait royalement les insultes des Serpentards … et des autres maisons. Les petits sangs purs n'étaient pas que dans la maison de Salazar. Elle était cette sorcière excellente en tout, pleine de bonne volonté et de talent, Slughorn l'avait invité à plusieurs reprises aux réunions, à son fameux club, ce n'était pas pour rien. Ce n'était pas rien ! Aujourd'hui, qu'est-ce qui avait changé ? L'abandon… La peur de sortir de Poudlard. La fin des études était proche, que faire après, seule, perdue dans le monde magique, sans repères. Une main sur son épaule la fait sursauter, son regard glisse sur ses doigts forts mais doux, agiles et réconfortants, ses prunelles continuent leur ascension le long d'un bras dissimulé derrière une chemise blanche, cachant ses muscles saillants, une épaule, un cou, un menton, et enfin elle plonge dans un regard noisette envoutant.

- A la condition que tu m'appelles James.

Il sourit, ce sourire en coin ravageur qu'elle lui connaissait bien. Il lui avait adressé tant de fois ce petit air charmeur et irrésistible bien que teinté à l'époque d'arrogance et de prétention. A l'époque…

- Et maintenant, Lily, tu veux bien me dire ce qui ne va pas ?

Il avait bien appuyé sur son prénom, son prénom sonnait tellement bien dans les accords graves de sa voix. Peut-elle seulement encore résister ? Depuis le début de l'année, elle l'avait trouvé tellement changé. Même l'année dernière … Lily l'avait bien remarqué. Plus de blagues douteuses et puériles, pas d'acharnement, surtout envers Severus. Rogue … elle devait s'y faire maintenant. Il n'était plus son ami.

- J'ai juste … quelques petits soucis en ce moment.

C'était vague. Trop vague pour James.

- C'est encore ce con de Servilus qui t'a fait du mal ?

Oui, il s'était calmé depuis quelque temps, agressant de moins en moins ce ramassis aux cheveux graisseux. C'était depuis qu'il avait découvert le secret de Remus, et qu'il lui avait par la même occasion sauvé la vie. Mais s'il venait leur chercher des misères, il répliquait au centuple, et s'il touchait ou s'il faisait du mal à sa Lily …

- Non … de toute façon nous ne nous parlons plus depuis un moment.

Un léger silence s'imposa entre les deux préfets durant lequel James garda les yeux rivé sur la jeune femme. Il la dominait d'une bonne tête et penchait donc légèrement la tête sur le côté pour contempler son visage de porcelaine. Enfin, elle se décida à cracher le morceau, ou tout du moins la partie visible de l'iceberg.

- J'ai juste des problèmes avec ma sœur et … avec tout ce qu'il se passe dehors en ce moment.

James fronça les sourcils. Etait-ce la peur qui faisait trembloter sa voix d'habitude si sûre ? Oui, il en était certain. Il l'écouta sans rien dire, la laissa déballer ses peurs, ses inquiétudes. Il restait là, debout, attendant que l'orage passe sans jamais la quitter des yeux. Soudain, un petit rire, gêné.

- Tu dois me trouver bien pathétique … mais je me sens mieux.

Un fin sourire se dessina sur les lèvres de James qui se rapprocha de la rouquine.

- Ravi d'avoir pu t'aider.

Alors qu'elle relevait la tête pour lui adressait à son tour un sourire, Lily ne vit rien arriver. Il l'embrassait. Les yeux ouverts, elle accusait le coup de la surprise, puis, ce fut le doute, l'incompréhension, la peur, le cœur qui bat … une myriade de sentiment qui l'empêcha de repousser le brun. Il lui avait demandé de sortir avec elle un bon nombre de fois, mais embrassait … jamais. Ce n'était pas son premier baiser, mais c'était bien la première fois qu'un garçon lui faisait un tel effet en posant ses lèvres sur les siennes. Trop vite, il se sépara d'elle, recula de quelques pas avec un sourire à la fois doux et amusé.

- Je te retrouverai au bal, même dissimulée derrière un masque.

Et il partit, la laissant seule dans cette salle. Les bras ballants, elle ne savait que penser de tout cela. Ses pommettes étaient d'une rougeur éclatante, un coup de soleil n'aurait pas mieux fait. James, lui, repartait en sautillant – mentalement, dire qu'on ne le prenne pas pour un fou amouraché – jusqu'à la salle commune. Elle ne l'avait pas repoussé.

/ … /

Se balançant sur les deux pieds de sa chaise, Halley gardait les yeux rivés sur l'étrange duo qui semblait se former entre Severus et Nathanaël. Au début, ce n'était pas tellement surprenant de les voir ensemble, sachant qu'ils fréquentaient le même groupe. Un léger frisson parcouru son corps. Elle n'aimait pas trop ce rassemblement composé d'élèves aux idées extrêmes connues de tous. Drawkins ne leur ressemblait pas partout, il avait vu sa famille décimée par le Lord et ses sbires, il ne crachait pas sur les nés-moldus. Que cherchait-il à faire ? Hlaley se rappelait encore de ses mots à la bibliothèque. « Je n'ai pas le choix. ». Ses doigts se resserrèrent doucement pour former un poing tremblant. On a toujours le choix, se hasarde-t-elle à répéter à tout le monde. Combien de familles défièrent le Lord en refusant de rejoindre ses rangs ? Nombreuses.

Bien que la plupart des Serpentard aime à se vanter d'être d'une noble lignée, ils étaient nombreux à compter dans leur arbre de famille des « tares », bien qu'ils cherchent à les dissimuler avec beaucoup de talent. James et elle étaient de sang pur, mais leur oncle Sean s'était marié avec une moldue. Surement que leur petite fille recevrait bientôt la lettre de Poudlard, d'ici un an si elle se rappelait bien de l'âge de Lisbeth. Un éclat de rire la sortit de ses pensées et faillit la faire tomber. Nathanaël riait aux éclats tandis que l'air de Severus demeurait sombre et froid. Cependant, derrière cette façade, Halley crut voir l'esquisse d'un sourire. Vraiment surprenant. Bien qu'elle ne le connaisse pas très bien, la jeune femme revoyait ce jeune homme du train, et non pas cette ombre des Serpentards.

Avec un soupir, Halley rassembla ses affaires et les fourra sans précaution dans son sac. Bandoulière sur l'épaule, elle quitta la salle commune pour rejoindre Lily. Cette fille était une perle rare et rien que pour passer plus de temps avec elle, elle aurait souhaité ne pas aller à Serpentard. Avec ses relations gryfondoriennes elle n'avait pas beaucoup d'amis dans sa maison, ils se comptaient sur les doigts d'une main … et encore. Mais elle ne s'en plaignait pas. Si au début on la charriait souvent, depuis quelques années, on évitait de la contrarier. Son sortilège chauve-furie était d'une rare puissance. Alors qu'elle se rapprochait du lieu de rendez-vous, Halley croisa James sur son passage.

- Tiens, ma cousine préférée.

Quelle douce ironie.

- Ca, j'en doute. J'aurai été dans une autre maison tu m'aurais peut-être appréciée.

Avec un léger rire, James balaya ses propos de la main. Halley le voyait souvent avec ce sourire plaquait aux lèvres, mais il fallait avouer qu'à l'instant, il battait tous les records.

- Bon, je dois avouer que tu n'es pas si affreuse que cela.

Il riait encore et encore. Depuis quelque temps, James s'était assagi pour une raison que lui seul connaissait et peut être les maraudeurs. Il ne passait plus son temps à martyriser ce pauvre Rogue – qui parfois le méritait pour ses paroles odieuses – et les autres membres de sa maison. Même pendant les réunions de famille l'été dernier ils avaient réussi à tenir une conversation sans se lancer de piques. Un véritable exploit. Bien sûr, ils ne se détestaient pas, mais leurs opinions et leurs façons d'agir étaient divergentes.

- Au fait, avec les autres, on pensait te demander quelque chose.

- Oh, cela explique cette bonne humeur, tu avais quelque chose derrière la tête.

James râla un peu pour la forme mais il aborda rapidement le sujet « Drawkins », lui expliquant leurs récentes découvertes. Les sourcils d'Halley se froncèrent doucement, écoutant attentivement les dires de son cousin. Comment il avait obtenu ses informations ? Elle ne voulait pas le savoir, ils avaient un don pour fourrer leur nez dans les affaires des autres.

- Drawkins n'est peut-être pas celui que l'on croit. Mais n'est-ce pas un peu gros ? Il est quand même à Poudlard, sous le regard de Dumbledore qui est, je te le rappelle, le plus grand sorcier de toute l'Angleterre.

James opina doucement de la tête mais il n'était pas réellement convaincu. Halley non plus d'ailleurs. Mais la question qui tournoyait inlassablement dans leur esprit était « Pourquoi ? ».

- Essaie de garder un œil sur lui.

Halley hocha la tête, puis ils prirent chacun leur chemin dans une direction opposée. Son esprit arrêta de tourbillonner lorsqu'elle retrouva Lily, les yeux perdus dans le vague, les doigts sur les lèvres et le rouge aux joues.

- Tout va bien Lily ?

La jeune femme redressa la tête et son regard s'écarquilla à la vue d'Haley et son visage devint encore plus rouge, si cela était encore possible. Ses doigts demeuraient sur ses lèvres, les caressant doucement.

/ … /

- Je finis cette lettre et je te rejoins.

Severus hocha doucement la tête toujours avec cet air sombre et froid puis tourna les talons, quitta leur dortoir. Harry se remit à son écriture, répondant à la missive qu'il venait de recevoir. Encore un nouveau soulagement et une bonne nouvelle : Drago était de son côté. Il lui avait proposé de venir pendant les vacances pour parler de tout cela au calme, dire d'avoir les mains libres et d'être à l'abri du regard perçant de Dumbleodre. Regard qui ne le lâchait plus depuis un moment d'ailleurs. Son départ était hélas retardé par ce foutu bal d'Halloween. Il pourrait toujours remettre son départ à demain, mais gâcher une soirée de recherche était pour lui impensable. Il voulait tellement profiter de ce temps, de ces moments, de ses parents, mais tant que Voldemort sera en vie, cela sera impossible.

Posant sa plume, Harry se dépêcha de souffler sur le parchemin pour faire sécher l'encre plus vite et il se précipita à la volière. Personne ne devait y aller à cette heure, les couloirs étaient donc vides et plus faciles d'accès. Il passa même devant Severus qui le regarda détaler en haussant les sourcils d'un air moqueur. Harry ne prit pas la peine de regarder le hibou s'éloigner, il dévala la volée d'escalier et courru jusqu'à la grande salle. Dumbledore avait encore fait passer le message. Tout le monde devait y participer, de la 5ème à la 7ème année, au risque de se prendre une volée de retenue durant toutes les vacances avec en prime des points en moins pour la maison concernée. Harry n'avait pas besoin d'être bloqué pendant les vacances, il avait d'autre projet alors quitte à choisir, autant profiter du bal. Profiter … douce ironie en connaissant son pas léger et gracieux.

- Juste à temps.

Harry ne se priva pas pour lancer un regard noir à Rogue tandis qu'une sorte de poussière luisante tombait du plafond de la grande salle. Tout le monde y était rassemblait et regardait la tête en arrière cette magie se déposer sur eux, scintillant sur leurs uniformes, leurs bras, leurs cheveux ... Puis, un flash éblouissant les obligea à fermer les paupières l'espace d'un instant. Lorsqu'enfin ils purent ouvrir leurs yeux, tout avait changé. Plus de tables longues, une myriade de fauteuils d'un rouge carmin étaient installés en cercle restreints et intimes, parsemés de toiles d'araignées, déchirés par endroit. Les bougies flottant habituellement au-dessus de leurs têtes avaient disparus, remplacées par des citrouilles au sourire inquiétant, diffusant une lumière macabre. Une volée de chauvesouris rasa de près les élèves qui se baissèrent, surpris. Des buffets nappés de noir proposaient à plusieurs endroits de la salle des mets aux allures étranges, parfois visqueuses et des boissons à volonté.

L'attention de tous fut captée par un clappement de mains. Dumbledore trônait au centre de la grande salle. Sa robe de sorcier bleue parsemés d'étoile se transforma lentement en une robe sombre, grisonnante, déchirée par endroit. Dans sa barbe blanche grouillaient quelques araignées et son chapeau tout aussi sombre que sa tenue compléter le look d'un vieux sorcier maléfique et loufoque. Le reste des professeurs n'était pas en reste, gardant leur tenue traditionnelle mais améliorée pour l'occasion.

- Bienvenue pour ce bal d'Halloween d'un tout nouveau genre. Si vous les reconnaissez, remerciez chaleureusement les préfets et préfet en chef. Maintenant, amusez-vous.

Aussitôt, une cacophonie régna dans la Grande Salle. On voulait retrouver ses amis, chercher un cavalier, mettre le grappin sur quelqu'un. Harry observa la foule s'entremêler, certain groupes se former. Les costumes étaient vraiment réussis et il se demanda l'espace d'un instant à quoi il ressemblait. Son regard se posa sur ses mains gantées, enfermées dans un tissu soyeux et immaculé. Il se rendit compte également qu'il tenait à la main une sorte de canne au pommeau argenté qu'il lui rappela celle de Lucius Malefoy. Le bois était sombre et brillant, le pommeau élégant, noble. Il joua un instant avec lorsque son regard se posa sur un ange déchu perdu à ses côtés. Il rencontra alors ces deux émeraudes qu'il rencontrait tous les matins dans le miroir.

- Oh … Nathanaël

Harry ne put déchiffrer le ton de sa voix. Était-ce de la déception, de l'incertitude, de la méfiance, ou peut-être tout cela à la fois. D'un côté, elle pouvait se sentir perdue à cause de lui tant son comportement laissé à désirer. Il le prouva une fois encore en lui offrant un petit sourire.

- Salut Lily.

Une voix agréable et chaude, trop gentil et il s'en rendit compte quelques secondes trop tard. Comment pouvait-il être agréable, l'ignorer pour partir dans un groupe sombre et raciste pour redevenir « gentil » ? Harry pesta contre cet instinct qui le poussait irrémédiablement à rencontrer ses parents, à passer du temps avec cette famille qu'il n'avait pas connu ou trop peu. Harry détourna le regard, gêné, préférant regarder la foule s'agiter sur des musiques rock. Elle était toujours là, à côté de lui, semblant chercher quelqu'un du regard mais sans encore le trouver. Harry en avait tellement envie, de parler avec elle. Ils étaient là, tous les deux …

- Comment tu m'as reconnue ?

Elle engageait la conversation, il ne pouvait y croire et sans le vouloir, une fois encore, un sourire étira ses lèvres.

- J'ai eu le temps d'apprendre à reconnaitre ta voix, et tes yeux aussi. Personne n'en a des comme toi. Mais je pourrai te poser la même question.

- Ta cicatrice. Elle est plutôt atypique. Et sinon, beaucoup de personne à Poudlard ont les yeux verts. Les miens ressemblent à beaucoup d'autre. Regarde, toi et moi.

Pour prouver ses dires, Lily s'avança vers lui, réduisant la distance, le gouffre qui les séparait. Elle se hissa sur la pointe des pieds pour essayer de se mettre à sa hauteur pour plonger son regard dans le sien. Elle n'aurait pas dû. La jeune femme se sentit troublée par son vif éclat, par cette étincelle qui lui ressemblait tellement. Il y avait juste cette ombre en plus qui danser au fond de ses prunelles, se mouvant avec nostalgie et tristesse.

- Je … Je ne pensais pas que …

Harry recula d'un pas, gêné et se passant la main sur la nuque. Il sentit un ruban qui attachait ses cheveux en catogan. Un sortilège aurait-il réussi à discipliner ses cheveux. Il rit un peu, toujours sous le choc de ce brusque rapprochement.

- Et c'est à ce moment que je sors « Je suis ton père » à la Dark Vador.

Lily rit aussi devant cette imitation, avec néanmoins un peu de recul. Nouveau silence. Harry était perdu dans ses pensées, ne sachant pas où se positionner devant la rouquine. Il voulait tellement, tellement se rapprocher d'elle, mais sa mission semblait créer entre eux un gouffre de plus en plus large.

- Hey James, tu as réussi à trouver Lily. Je m'en …

La phrase resta en suspend lorsque Remus se rapprochant suffisamment du petit groupe pour remarquer son erreur. C'était bien Lily, par contre, ses sens l'avaient trompé en ce qui concerne Drawkins. Pourtant, il en aurait mis sa main à couper que c'était son meilleur ami. Stupéfait, il resta planté devant le survivant, le fixant étrangement, plongeant son regard mordoré dans le sien comme pour lire au plus profond de son âme. Harry préféra détourner le regard et s'éloigner. Danger, lui soufflait son esprit. Remus est un loup garou, il peut sentir certaine chose et Harry pesta contre lui-même pour ne pas y avoir pensé. La peur lui noua le ventre et perdu dans ses angoisses, il percuta une épaule violemment, laissant un verre s'éclater en mille morceaux sur le marbre blanc taché de faux sang.

- Pardon, je suis …

Son regard accroche une lueur noisette charmante qu'il connaissait, ou plutôt qu'il avait l'impression de connaitre puisque des traits sombres virevoltait autour de ses yeux, dissimulant son identité dans un masque de peau des plus mystérieux. Ses lèvres rouge carmin se courbent avec timidité.

- Ce n'est rien. C'est aussi de ma faute, je rêvassais.

Harry remarque alors que cette nécromancienne, d'après les arabesques dessinées sur ses bras et les figures d'ossement sur sa robe noire, est seule, perdue tout comme lui au beau milieu de la salle. Soudainement, un rythme endiablé se fait entendre et aussitôt, la foule poudlarienne se rue au centre de la piste, entrainant le survivant et la sombre demoiselle. Ils se retrouvent pris dans cette cohue, ils se rapprochent. Ils sont gênés. Harry, lui, n'a pas trop l'esprit danseur mais en voyant sa camarade dans le même état, il se mit à rire, d'abord doucement, puis un franc éclat. La nécromancienne le regarda, surprise, et finit par se laissant entrainer. Harry finit par la prendre par la main et il se fraya un chemin pour sortir de cet amas de danseurs déchainés, sautillant, criant, remuant au rythme de la guitare, de la basse, de la batterie, de cet esprit rock qui lui rappelait celui des Beatles.

D'un commun accord, ils s'écartent de la foule et se dirige vers le buffet, profitant qu'il n'y est personne pour se servir un voire plusieurs verres. A peine eut-il trempé ses lèvres qu'il sentit les vapeurs d'alcool couler au fond de sa gorge. Surpris, il regarda le verre. Dumbeldore aurait autorisé cela … étonnant.

- Encore un coup des maraudeurs.

Un petit rire bref s'échappa de ses lèvres suite aux paroles de son accompagnatrice. Le contraire aurait été étonnant. Harry se souvenait encore des paroles de Sirius et Remus, contant leurs aventures poudlarienne, ou plutôt leurs méfaits.

- La magie t'a fait un très joli costume, Nathanaël.

- Comment …

Il ne termina pas sa phrase. Comment l'avait-elle reconnu, allait-il demander, mais c'était évident. Même ici, cette cicatrice le poursuivait. Mais cette fille … son regard, sa voix. Elle lui était familière, mais sans pouvoir mettre un nom sur ce visage masqué, sur ce sourire discret et timide.

- Cette foutue cicatrice, dit-il avec un air pince sans rire.

Aussitôt, la jeune fille hocha la tête de droite à gauche, remuant des mains devant lui pour affirmer sa négation.

- Oh non ! Non ! Enfin, ça m'a aidé à confirmer mon intuition, mais je t'ai reconnu à tes yeux.

Son cœur manqua un battement et ses joues blanchies, par un sortilège, prirent un petit coup de chaleur. Surprise par son propre aplomb, le jeune fille gardait le regard obstinément baissé, fixant le sol avec un grand intérêt. Cette attitude, ce regard, cette voix. Un souvenir s'imposa à lui, un flash, une vision.

- Sofia, c'est toi ?

En entendant son prénom, la jeune femme releva la tête et plongea un fois encore son regard dans le sien. Oui, c'était bien elle. Un sourire rassuré étira les lèvres d'Harry. Il n'était pas avec une totale inconnue. Depuis sa malheureuse rencontre avec MaKaïlov, ils n'avaient eu guère le temps de faire connaissance, se saluant dans les couloirs, s'arrêtant parfois pour échanger quelques mots. Les joues pâles de la jeune fille rosirent de plaisir tandis qu'un sourire éclatant éclairait son visage partout lugubre. C'était l'occasion pour parler d'avantage, n'est-ce pas ? Sofia trouvait Harry tellement attirant, il avait cette aura mystérieuse qui l'attirait irrémédiablement. Elle n'avait cessé de l'observer depuis son arrivée dans la grande salle, le suivant des yeux à chaque fois qu'elle le pouvait. Une fois, elle l'avait même suivi jusqu'à la tour d'astronomie en pleine nuit, juste le regarder, l'observer encore et encore. Parfois, elle sentait des choses, elle avait des impressions, des intuitions qui la poussait à faire certaine chose. Depuis le début de l'année, elle avait l'impression que quelque chose les reliait … ou peut-être n'était-elle qu'une adolescente un peu trop rêveuse, débordante de sentiment et peut être bien amoureuse de ce Nathanaël Drawkins.

/ … /

Elle se laisse emporter par cette ombre au milieu de la piste de danse. Elle est prise au piège au milieu de la foule. Elle ne peut pas s'échapper. Il est là, devant elle. Il a ce sourire victorieux au bord des lèvres, son regard chocolat étincelle de malice. Une flamme danse au fond de ses prunelles. Il s'approche d'un pas. Elle ne peut pas reculer, elle le sait. Et puis, elle n'en a pas envie. Elle le laisse venir à elle, saisir doucement sa main, laissant son autre main se poser sur sa taille. Son visage s'avance, joue contre sa joue, ses lèvres se posèrent près de son oreille.

- Je te l'avais dit.

Un simple murmure. Comment un simple murmure pouvait-il lui faire autant d'effet. Elle frisonne. Elle tremble presque. La tigresse range ses griffes et fait maintenant patte de velours, elle se laisse bercer, perdue dans ses bras. Autour d'eux, les gens s'affolent et se déhanche. Il la perdu dans un slow, dans une bulle étrangement plaisante. Ils dansèrent ainsi, tout simplement, pendant trois chansons, créant leur propre musique dans leur tête.

Ce fut Sirius qui brisa la sérénité du moment en taquinant le couple, les invitant à rejoindre une tablée où se trouvaient déjà Remus et Peter. Ils avaient beaux être masqués, ils avaient tous un petit quelque chose. Remus dégageait une aura de mystère, et il commençait d'ailleurs à avoir une belle concurrence de la part de Drawkins, un sérieux naturel et une timidité qui le rendait particulièrement craquant. Sirius était sans doute le plus dragueur de toute la troupe, il avait un charme noble, une démarche altière et un regard pétillant qui en faisait fondre plus d'une. Mais bien qu'on le qualifie de tombeur, il n'accumulait pas les conquêtes. La gente féminine s'attribuait certaine chose pour paraitre plus cool, tout simplement. Peter était sans doute le moins populaire, un peu grassouillet il n'attirait pas le même genre de fille mais il fallait avouer que son esprit de logique et de déduction en étonnait plus d'une. Et enfin, il y avait James, le toujours enthousiaste, celui qui pouvait passer pour un arrogant de première, surtout lors de ses jeunes années. Il fallait avouer qu'il n'était pas très juste au début de sa scolarité, ni très agréable parfois, mais il s'était calmé. Et puis, ca a toujours été … Lily et personne d'autre.

- Au fait, James. Tu as exactement le même costume que Drawkins. Vous êtes apparemment les seuls à avoir le même, tout le monde à un déguisement différent.

James haussa simplement les épaules.

- Un mauvais réglage du sortilège surement. Ce n'est pas important.

Remus hocha lentement la tête, guère convaincu.

/ … /

Harry s'effondra sur son lit, les bras en croix, un sourire accroché aux lèvres. Il avait réellement passé une bonne soirée en compagnie de Sofia. Ils s'étaient tenus à l'écart de la piste et de la foule tout du long, préférant le siège confortable d'un canapé, même recouvert de toiles d'araignées. Ils avaient parlé de tout et de riant, riant parfois à gorge déployée. Rien que d'y repenser, son sourire s'élargit plus encore. Sans prendre le temps d'enlever son uniforme – lorsque la fête s'est terminée, ils ont retrouvé leurs habits d'origine – Harry se recouvrit de sa couverture et sombra dans un sommeil profond. Il ne vit pas, dissimulé sous son oreiller, le paquet de carte diffuser une douce lueur bleuté, mais qui pourtant semblait clignoter en signe de danger.

Le survivant se réveilla à peine quelques minutes plus tard, le corps parcourut de frisson, le bout de ses doigts picotant étrangement. L'esprit encore embrumé, Harry se frotta les yeux, mais quelle ne fut pas son horreur lorqu'il vit le décor du dortoir à travers ses doigts. Surpris, croyant à un mauvais rêve, il passa plusieurs fois sa main devant ses yeux. Transparents.

- Harry …

Cette voix. C'était elle.

- Sauve-là !


Dans le prochain épisode …

Harry semble disparaitre. Que se passe-t-il ? L'oracle est revenu pour le presser de la sauver. Sauver qui ? « Certaines choses doivent se passer ».