Je pose le dernier cadeau sur le buffet gris de la salle à manger. Isabel est dans la cuisine en train d'aider mon frère à faire le repas de ce midi et surtout de ce soir. Toute la maison est enveloppée d'une odeur douce de rôtie de dinde. Les rideaux blancs sont tirés, feutrant complètement le séjour avec une atmosphère claire et chaleureuse. J'ai placé quelques bougies sur la commode près des escaliers, l'endroit est adorable. C'est presque ironique de penser que c'est là que je range mon arme de service quand je suis à la maison. Enfin bon, personne n'a besoin de le savoir, je suis la seule ici qui ai le droit de se servir d'une arme. On a pas acheté de sapin de Noël comme toutes les années précédentes mais Farlan a prit le soin d'accrocher quelques guirlandes aux murs. Je le soupçonne de faire plus d'effort que les années précédentes parce que Isabel est là.

Je monte en haut vérifier que le chauffage est bien allumé dans les chambres parce que nous allons les prêter ce soir, le temps est glacial dehors et la maison devient invivable s'il n'y a pas de chauffage. Normalement mes parents auraient dormis ensemble et j'aurais dormis avec Farlan. Mais comme notre tante vient cette année je ne sais pas trop comment ça va se passer. Je vais sûrement me retrouver sur le canapé. Franchement c'est un désordre complet dans ma tête, je ne sais pas comment les couchages vont s'organiser. Le problème c'est ma tante, on ne va pas la faire dormir sur le canapé, je refuse catégoriquement, il n'y rien de plus impolie. Mais je vois mal quelqu'un d'entre nous dormir dans le même lit qu'elle, cela fait dix ans qu'on ne l'a pas vu, enfin dix ans pour ma mère. En fait pour moi c'est pratiquement une inconnue, je n'ai aucun souvenir précis d'elle, je pense que cela fait plus de dix ans puisqu'il ne me semble pas l'avoir vu depuis le début du collège. Je me rappelle brièvement à quoi elle ressemble, des cheveux blonds un peu désordonnés, un nez retroussé et des yeux bleu assez méchant. Je n'ai pas un très bon souvenir d'elle, il me semble que c'était une personne aigrie et très strict avec ses enfants. Enfants dont je n'ai aucun souvenir et ils doivent avoir grandis depuis le temps. Ils ne doivent pas avoir gardé de bons contactes avec leur mère si elle ne passe pas Noël avec eux.

Après avoir vérifié que le chauffage est bien en route dans toutes les pièces du haut je repasse dans ma chambre pour me changer. Je ne vais pas rester en pull pour Noël, je dois au moins faire un peu d'effort. Mon chat est paresseusement allongé sur mon lit. Ses poils gris sont presque comme incrustés dans les draps tellement il y dors souvent. Ses yeux ambres me regardent d'un air lasse et je suppose que j'ai dus le déranger dans sa sieste. De toute façon sa vie consiste à manger et dormir. Je ne sais pas ce qu'il fait le plus d'ailleurs, vu sa taille je dirais manger. Surtout depuis quelques mois, je me demande si c'est parce que l'hiver arrive mais il semble encore plus grassouillet qu'auparavant. Enfin bon, le chanceux n'a pas à se soucier de comment se vêtir pour aujourd'hui. J'hésite entre une robe habillée ou bien mettre une chemise. Une chemise serait bien plus confortable mais cela me rappelle trop le travail et j'ai besoin d'un peu d'air loin de tout ce stresse. Peut être que de mettre une jolie robe ne me fera pas de mal, je ne sais plus à quand remonte la dernière fois où je me suis fais belle. En tout cas cela date d'avant ma première rencontre avec A'.

Je sors ma robe préférée que j'ai du mettre des tonnes de fois depuis que je l'ai mais je trouve qu'elle se porte en toute circonstance et qu'elle me va bien. Elle est grise, presque rose et elle se ferme devant comme un kimono avec une ceinture de la même couleur. Elle fait un très beau décolleté plongeant, peut-être que je devrais rajouter un collier? Je me demande si cela ne ferait pas trop... Cela fait tellement longtemps que je n'ai pas fais attention à quoi je ressemblais que je suis totalement perdue. Je soupire en me regardant dans le miroir posé sur ma commode. J'ai définitivement besoin de faire plus de soin à mes cheveux, leur blond est terne et ils partent un peu dans tous les sens parce que je les ai laissé en chignon pour dormir. Un peu de maquillage ne me ferai pas de mal non plus...

Décidée à mettre ma robe, je déboutonne mon jean et l'enlève. Je porte un tanga blanc donc mes sous vêtements ne se verrons pas à travers le tissus de ma robe. Même si cela fait longtemps que je n'ai pas fréquenté quelqu'un j'ai toujours eu l'habitude de porter de beaux sous-vêtements, enfin sauf au travail où je privilégie de loin le pratique. La dernière fois que j'ai eu un quelconque rapport sexuel remonte à cette fille que j'ai rencontré juste après avoir eu mon diplôme. On s'est vu quelques semaines mais je réalisais bien que nos deux trains de vie n'allaient jamais s'accommoder alors j'ai juste arrêté de la voir. Elle était en train de finir ses études d'architecture et voulait s'installer loin d'ici, sur l'autre continent. Elle était extraordinairement drôle ce qui contrastait beaucoup avec mon humeur plate et imperturbable. Penser à elle me fait réaliser que cela fait longtemps que je n'ai pas pris le temps de m'intéresser à une relation qu'elle soit sexuelle ou amoureuse.

Je soulève mon pull en laine blanc pour l'enlever, cet action a eu pour effet de rendre mes cheveux encore plus désordonnée qu'ils ne l'étaient. Certains d'entre eux volent même au dessus de ma tête, ils sont devenus 'électriques'. A croire qu'ils n'étaient pas déjà dans un assez mauvais état. Mes yeux s'attardent sur les cicatrices qui ornent mon ventre. La signature représentant un « A's » a commencé à bien cicatriser et elle se dessine sur ma peau à travers de fines lignes rosées. Je pense que d'ici un ans voir même six mois si je suis optimiste, elle sera devenue blanche et encore moins visible. Pour l'instant impossible de ne pas la remarquer si l'on me voit sans haut. Je ne sais pas quoi faire pour qu'elle disparaisse complètement, je ne pense que pas que je puisse tatouer par dessus. De toute façon je ne veux pas de tatouage. Cette cicatrice est aussi la raison principale de pourquoi je ne veux pas chercher à initier une relation avec quelqu'un. Je ne peux pas la montrer à quelqu'un d'autre, peu importe qui, c'est au delà de mes forces. De toute façon même si je le pouvais je me vois mal expliquer à mon partenaire qu'à chaque fois qu'il me verra nue, il sera rappelé qu'un psychopathe dégénéré m'a clamée comme étant sa propriété exclusive. Personne ne veut d'une femme poursuivie par un tueur en série, alors je ne vois même pas la peine d'essayer. Ce serait me causer trop de mal, cette cicatrice me fait honte, j'ai des envies de nausée quand je l'a regarde. Au moins je dois lui tirer mon chapeau, il a réussi à s'approprier mon corps puisque plus jamais je n'oserai le montrer. A' est tellement renommé et craint que quiconque apercevrait la marque comprendrait de quoi il s'agit et surtout d'à qui elle est reliée. Parfois j'ai l'impression que ce n'est même plus mon corps.

Il y a aussi l'entaille d'il y quelques jours qu'il m'a faite au centre commercial. Celle si est bien moins cicatrisée et comme elle est sur mon bas ventre parfois mon pantalon frotte dessus douloureusement. Heureusement elle est bien moins profonde que celles plus haut, elle avait à peine saignée, j'espère qu'elle ne va laisser qu'une légère trace. Je commence à me perdre dans une spirale de pensés négatives à cause de Livaï Ackerman et de ces cicatrices que je n'arrive pas à ignorer. À chaque fois que je les regarde trop longtemps c'est pareil, il m'arrive même de m'effondrer en larme. Même après tout ce qu'il s'est passé je pleure toujours aussi facilement, peut-être même plus facilement qu'avant. Pour éviter de laisser trop sombrer mes pensés je me dépêche d'enfiler la robe. Aujourd'hui je vais bien m'habiller, me coiffer et me maquiller mais surtout ne pas penser à lui.

...

« Donc Nora, qu'est-ce que tu fais comme travail? » demande ma tante assise en face de moi à table. Mes parents et elles sont arrivés peu de temps avant le début du repas du midi. L'entrée est à peine servie et voilà que la question à laquelle je ne voulais pas être confrontée vient. Moi qui voulait penser à autre chose c'est plutôt mal partit. Je ne peux pas lui en vouloir cependant, on pose toujours cette question à quelqu'un pour faire connaissance.

« Je travaille au bureau d'enquête de Trost. » je répond en croquant dans un blinis que j'ai arrosée de jus de citron. Ma tante est un peu différente de ce que mes souvenirs laissaient entrevoir. L'air aigris que j'imaginais sur son visage est remplacé par une mine extrêmement fatiguée. Ses cheveux blond sont coupés courts, presque autant que ceux de mon frère. Ses grands yeux bleus me font très étrangement pensé à la mère d'Eren Jäger. Je n'arrête pas de trouver des similitudes entre leur deux regards. Peut-être est-ce le regard des femmes en deuil? Cette lourde tristesse qui semble prendre en otage toute leurs iris. Cette peine me semble impossible à porter.

« Tu ne veux pas un peu de saumon? » interroge ma tante automatiquement en me tendant le plat remplie de saumon fumé luisant reposant sur de la porcelaine blanche. « Et qu'est-ce que tu fais au bureau d'enquête? »

Je me retiens de respirer l'odeur du saumon qui arrive à moi, je n'aime pas du tout ce genre de senteur, elle ne m'inspire que de la nausée. « Non merci. » je décline l'arrivé du plateau du bout des doigts avant de continuer, « Je suis inspectrice. »

Elle semble abandonner l'idée de me gaver avec du saumon. Son attention dérive à nouveau sur mon travail, j'aurais presque préféré le saumon tout compte fait. « Inspectrice à Trost du dis... Tu t'occupes de quoi? »

Je jette un regard lourd à mon frère pour lui dire de ne surtout pas répondre à ma place. De toute façon il ne sait pas que j'ai repris l'affaire A', il pense toujours qu'elle m'est interdite. « Je n'ai pas le droit d'en parler, l'affaire n'est pas résolue. » En vérité je ne suis pas dans l'interdiction formel de dire que je traque A' mais si je le dis je sens venir un flot de question dérangeantes auxquelles je n'ai pas du tout envie de faire face.

« Farlan m'a dit que tu as résolus l'affaire du double meurtre au lycée de Shiganshina. » intervient ma mère le regard un peu réprobateur, sûrement parce que je ne lui ai pas dis et qu'elle l'a appris par mon frère. J'ai l'impression d'être à un interrogatoire et je n'ai pas l'habitude d'être l'interrogé. En plus de ne pas avoir l'habitude, je n'aime pas ça.

« Donc tu t'occupes de meurtres? » demande soudainement ma tante. Ce n'est sûrement qu'une impression mais elle semble bizarrement obsédée par mon travail.

« Homicide oui, mais comme je l'ai dis je ne peux pas en parler. » je me mordille la lèvre pour me taire, j'ai été plus impolie que je le pensais, mince. J'espère qu'elle ne va pas mal le prendre.

Elle ne semble pas tellement dérouté par les paroles cependant. « Mais tu-» « Sophie arrête d'embêter Nora avec son travail, c'est Noël, on doit parler de chose qui donne le sourire. Même pour toi, c'est mieux si on change de sujet. » intervient ma mère, je suis assez étonnée d'ailleurs. Mais je pense qu'elle n'a pas tord, l'ambiance à table était passée de festive à pesante. Sûrement parce que j'ai parlé. J'ai ce don de rendre tout déprimant et de gâcher la joie ambiante.

« C'est vrai madame Church. » sourit Isabel en me tendant un plat de quiche au lardon. C'est une jeune fille adorable, elle un peu plus jeune que Farlan mais ça n'est pas vraiment dérangeant. Elle porte des petites boucles d'oreilles jaunes que je crois être en forme de poussin. Ça ne fait que renforcer l'impression qu'elle est jeune. Sa robe rouge est plutôt amusante car elle a des pompons sur le bout des manches et aussi en bas au niveau de ses genoux. Elle s'entendrait bien avec Hanji, du moins sur le plan vestimentaire. « Tu en veux une? » dit elle gentiment comme pour détendre l'atmosphère. Encore une fois je sens que je vais refroidir tout le monde si je dis que je n'en veux pas. J'essaye de sourire le plus gentiment possible en refusant l'offre.

« En fait elle est végétarienne. » dis presque doucement Farlan à l'intention de Isabel mais je pense que ma tante a aussi entendu puisqu'elle se pince les lèvres en regardant le plat de saumon. La pauvre ne pouvais pas deviner, j'espère que ça ne l'a pas mit mal à l'aise.

J'essaye de me faire oublier en m'enfonçant dans mon siège, j'apporte mon verre de vin blanc à mes lèvres machinalement. Le goût est sec et fruité, c'est un très bon vin pour manger avec le poisson. Je remue un peu le liquide aux reflets presque doré en admirant ses mouvement en spirale. Mon père a toujours eu l'habitude de nous ramener de bons vins. Je me rappelle que lorsque j'étais petite avec mon frère nous l'accompagnions dans les caves du Nord goûter toute sorte de vin. Le souvenir est un peu flou mais je me souviens de la pièce sombre en bois avec quelques tables en ébène. Il y avait au moins des dizaines de verres posés sur l'étagère du plus grand mur en face de l'entrée. Les seules irrégularités dans la présence de verres venaient d'une bouteille entreposée par ci par là, qui avaient toutes l'air de coûter cher. La lumière était jaunâtre et le sol un peu usé par le temps. Mon père restait bien une heure à déguster les vins et repartait toujours avec deux caisses. L'une remplie de son vins blanc préféré, l'autre de bouteilles qui pouvaient changer selon son humeur. Cet endroit m'avait toujours fasciné.

En parlant de mon père, il n'a pas dit un mot depuis le début du repas. Je lève mes yeux vers lui mais je ne porte pas d'attention particulière sur la conversation en cours à propos du bar de Farlan. Mon père semble étrangement discret, il a presque l'air de faire tache. Il porte un petit pull marron avec le col de sa chemise apparent. Ses cheveux dégarnis par le temps semblent encore avoir blanchis et je remarque aussi plus de cernes. Il doit avoir des problèmes au travail, c'est toujours cette allure qu'il arbore lorsque les jours aux bureaux sont difficiles. Je sourit tristement en pensant que je ne suis pas la seule.

Le reste du repas est un peu étrange mais au moins la conversation semblait s'écouler d'un flot continuel. C'est vrai que rajouter deux nouvelles personnes à table donne plein de sujet sur lesquels échanger. Au fur et à mesure la bonne impression que m'avait donné Isabel s'est transformée en certitude, je l'apprécie. Étant moi même peu encline à faire de l'humour, j'ai toujours aimé ceux qui pouvaient me faire rire. Voilà sûrement d'où vient mon amitié pour Hanji et pourquoi je trouve Isabel agréable.

Ma tante en revanche n'est pas la plus grande démonstration d'humour que j'ai pus expérimenter récemment. Cependant elle reste tout de même agréable à sa manière. Je vois bien qu'elle fait des efforts pour sourire, se mêler à la conversation, s'intéresser à nous. Après tout nous sommes un peu comme des étrangers. Ce qui me trotte dans la tête c'est pourquoi. Pourquoi notre tante a toujours vécue comme si nous n'existions pas et aujourd'hui elle est assise à table avec nous. Je ne pose pas le blâme entièrement sur elle. Nous aussi l'avons ignoré d'une certaine manière. Je me demande juste ce qui a causé cette séparation et ce renouement si soudain.

Le soir tombe rapidement, le repas est un peu comme celui de ce midi mais il est plus emplis de plaisanteries. Cela fait du bien d'avoir une atmosphère plus détendue. Peut-être que j'étais la seule à ressentir une tension. Après le dessert je rejoins ma mère et mon père dans la cuisine qui sont en train de débarrasser un peu la vaisselle. Je les aides comme je peux en en rangeant les assiettes propres dans le placard. Ma mère fait la vaisselle tandis que mon père essuie et m'aide à ranger. Ça a toujours été comme ça à la maison il me semble, mes parents n'ont jamais eu de lave vaisselle. « Tu ne m'as pas dis de quoi était décédé le mari de ta sœur. » dis-je en attrapant un verre sec que mon père vient juste de poser. Je vois le regard bleuté de ma mère se tourner vers l'entré de la cuisine sûrement pour vérifier que nous sommes seuls.

« Elle m'a dit qu'il s'est suicidée après une dépression longue de neuf ans. » répond ma mère en coupant l'eau chaude. Je ne m'attendais pas du tout à ça, je suis légèrement choquée. « La pauvre. » J'aurais plutôt penché pour une crise cardiaque ou un accident, ce n'est pas si rare à cet âge là. Ce doit être très douloureux et ses enfants n'ont pas l'air de la soutenir dans cette épreuve.

« C'est vrai qu'elle n'a pas eu une vie facile, surtout après-» mais ma mère s'arrête de parler en entendant le bruit des talons de ma tante sur le carrelage. Elle arrive en portant le panier à pain dans ses mains, elle le pose sur le plan de travaille avant de parler, « Farlan a proposé d'ouvrir les cadeaux, il doit raccompagner Isabel chez elle et ne veut pas le faire trop tard, la neige menace de tomber. »

« Oui bonne idée, je vais les chercher. Tu les as mis où chéri? » demande aussitôt ma mère à mon père. Je sors de la cuisine pour rejoindre mon frère à et sa copine sans faire attention à ce que peux bien répondre mon père. De nouveaux cadeaux ont étés posés sur le meuble. Trois d'entre eux sont sont d'un emballage orange et vert très voyant tandis que quatre autres sont d'un gris sobre. Je suis prête à parier que le papier cadeau criard est celui d'Isabel.

Un d'entre eux a mon nom écrit grossièrement au feutre. Il est un peu petit mais pas trop. Il est emballé de manière un brouillonne, comme les autres. L'emballage de mes cadeaux est doré et soigneusement effectué. Je suis du genre à tout couper et plier au millimètre près pour avoir l'emballage le plus net. C'est stupide puisque celui-ci est voué à être déchiré et froissé. Mon analyse est interrompue par ma mère qui pose une multitude de cadeau sur le buffet m'empêchant de fixer ceux présent avant.

On s'est ensuite assis à table en prenant soin de poser chaque cadeau devant chaque future propriétaires. Mon chat a pour une raison qui m'échappe décidé de grimper sur mes genoux et de dormir pendant le processus. J'ai quatre cadeaux devant moi, un très voyant et en forme de cube, un cadeau gris qui semble contenir quelque chose de mou, un autre en forme de livre et un dernier dont l'emballage n'est autre qu'un sac fermé par des agrafes en haut.

C'est celui là que je décide d'abord d'ouvrir, la première chose que j'aperçois est une grande couverture poilue qui est à l'air très douce. Il y a une petite boîte avec la couverture que je déballe pour y découvrir un attrape rêve bleu au plumes blanches. « D'après Farlan tu as du mal à dormir la nuit. » commente ma mère en me voyant jeter un regard interrogateur sur l'attrape rêve. Cela me rappelle immédiatement les rêves, non cauchemars, récurants qui me hantent depuis deux mois. Je me réveille régulièrement en panique et en nage. Je pense qu'on peut effectivement dire que je dors très mal depuis quelques temps.

Le second cadeau vient de ma tante est en fait une écharpe grise qui me fait beaucoup penser au chat obèse qui dort sur mes genoux. Elle en a offert une à chacun d'entre nous, mon frère recevant une bleu, Isabel une verte, ma mère une rouge et mon père une blanche. Je sourie en étant secrètement ravie de ne pas avoir eu la bleu que je trouve de mauvais goût.

Le cadeau en forme de livre de mon frère était en fait un coffret pour m'offrir un week-end dans un spa pour me détendre. C'est vrai que mon frère est aux premières loges de mon stresse post traumatique et cela ne m'étonne pas qu'il essaye de m'aider. Depuis que je vie avec lui il me fait beaucoup de petites attentions comme celle-ci pour m'aider à surmonter ce qu'il s'est passé. Cela me touche énormément, bien que je n'ai pas l'impression d'aller tellement mieux.

Enfin en arrachant le papier cadeau coloré de Isabel je découvre une boîte noire au ornement rouge très sophistiqué. Du thé noir. J'hausse un sourcil devant la coïncidence un peu étrange puisque je lui ai aussi offert du thé. « Un ami m'a aidé à choisir le thé, d'après lui il est délicieux! » s'exclame Isabel en me voyant examiner la boîte. Je lui sourie en me sentant bête de lui avoir acheté la même chose.

« C'est aussi un ami qui m'a conseillé pour le tiens. » dis-je en mentant à moitié puisque c'est l'ami d'Hanji mais qu'elle importance?

Suite à mes mots elle s'empresse de déballer le miens et rigole en voyant que c'est également une boîte de thé. « On dirait que vous avez le même ami. » plaisante Farlan. Je répond en disant que cela est peu probable puis je reporte mon attention vers la petite boîte de thé noir. Je ne bois pas de thé, seulement du café. Bien sûr elle ne pouvait pas le savoir. Je ne sais pas pourquoi mais ce cadeau me dérange, peut-être parce que je n'aime pas le thé, peut-être parce que cela me gêne de lui avoir offert la même chose... Quelle qu'en soit la raison, une chose semble me faire détester ce cadeau. Je passe mes doigts sur la calligraphie blanche 'earl grey' en ayant l'impression d'avoir déjà vus ce thé. « C'est vraiment un bon thé, c'est cette marque je prend pour mon bar. » dit Farlan en se penchant vers moi. J'essaye de retracer toute les fois où je suis venue rendre visite à mon frère dans son bar et la seule fois où je me rappelle avoir vu du thé c'était lorsque Livaï Ackerman en buvait un. Voilà une dérangeante coïncidence, un léger frisson glacé me traverse le dos. Alors c'est pour ça que je n'aime pas ce cadeau? Mon inconscient est vraiment trop proéminent. Super, maintenant je n'ai qu'une envie, c'est jeter ce thé à la poubelle.

Peu de temps après mon frère décida qu'il était temps de raccompagner Isabel chez elle et suite à une courte discussion il trouva plus judicieux de dormir chez elle pour nous laisser de la place supplémentaire ici. La neige menaçait vraiment de tomber, c'est ce que toute les chaînes de météo n'arrêtaient pas de dire. Je m'approche de la fenêtre du salon pour regarder dehors. La ville est noire embrumée d'une lumière orange que les lampadaires diffusent. Les quelques brins d'herbe visibles semblent glacés et le petit chemin en pierre pour atteindre la porte doit glisser à cause du gèle. Je referme le rideau en appuyant sur l'interrupteur à côté de la fenêtre pour baisser le volet. Mes parents sont partis se coucher dans la chambre de Farlan et ma tante a prit mon lit pour la nuit. Je jette un coup d'œil légèrement dépitée au canapé recouvert d'une couverture sur lequel je vais passer la nuit. Je n'ai déjà pas très envie de dormir et la vue devant moi n'arrange pas les choses. Je soupire en allant chercher le dossier de Lidia Arch que j'ai rangé dans le même meuble où mon arme réside. Je m'installe sur la canapé pour le feuilleter en étant confortablement enfouie. La première chose qui apparaît quand je l'ouvre c'est la photo de la jeune fille, une adolescente. Elle a de long cheveux blonds, des yeux bleus en forme d'amande, un petit nez retroussé et un rouge à lèvre rose très flashy. Elle sourit laissant apparaître des dents blanches presque parfaitement alignées, ses canines ne semblent pas exactement à leur place. C'est une photo d'elle que le lycée avait prit à la rentré. La deuxième photo d'elle glissée juste derrière a été prise pendant un mariage. On la voit en entière dans sa petite robe patineuse rouge avec des converses, c'est typique d'une adolescente qui refuse de lâcher ses baskets. Elle était très mignonne pour son âge, peut être qu'elle manquait un peu de goût vestimentaire mais après tout c'est normal. Elle n'avait pas de frère et sœurs, ses parents étaient toujours mariés. Elle allait au lycée d'Utopia mais son cadavre fut retrouvé à Stohess, enfin plutôt dans le marché souterrain au niveau de Stohess. On raconte qu'avant de devenir un marché où les plus grandes étales de toutes sortes s'entassent, ce sous terrain était une ville. S'il n'y avait pas eu tout les vestiges de maison je n'y aurait pas crus. On ne peut vraisemblablement pas vivre dans un tel endroit. Je me demande pourquoi nos ancêtres ont trouvé judicieux de construire une ville sous terre. Ceux qui croient les légendes sur les trois grand mur pense aussi que la ville était là pour nous protéger des mangeurs d'hommes. Enfin bon, ce n'est pas tellement d'actualité aujourd'hui, je doit me concentrer sur cette fille. Lidia, je suis sure qu'elle détient une réponse. Elle a été violée, brûlée, ses ongles et ses dents ont été arraché, on peut dire qu'elle a subit la 'totale' la pauvre. D'après le rapport d'Hanji elle aurait aussi des traces d'étranglement ce qui est très rare chez les victimes de A'. Quand je lui résistait ou l'énervait c'est là qu'il m'étranglait. Alors peut-être que cette fille avait tenté de résister? Ou l'avait-elle mit en colère? Je me demande ce qui a fait qu'il décide de la tuer, qu'il décide de choisir cette fille pour commencer sa série de crime.

Je retire mes chaussons avant de me glisser sous la couverture. Je pose les photos de Lidia sur la table basse pour pouvoir feuilleter les rapports plus facilement. Elle avait des notes assez moyenne, ses professeurs lui reprochaient énormément de sécher les cours et c'est vrai que son nombre d'absences ne faisait que augmenter, c'est à se demander si elle aurait continué d'aller au lycée si elle n'était pas morte. Je pense surtout que c'était une phase de sa crise d'adolescence, ça en avait tout l'air. Après la lecture d'un énième rapport sur les activités extra scolaires auxquelles elle était inscrite je sens mes paupières se fermer toute seule. Cette journée a été bien assez chargée alors je décide d'éteindre la lumière, déposer le dossier et de dormir.

...

Mon sommeil fut déranger par des bruit à côté de moi. J'ouvre les yeux légèrement agacée pour découvrir ma tante qui a prit dans ses mains les photos de Lidia Arch. Je jure intérieurement en pensant que j'aurais du ranger le dossier avant de m'endormir. Le réveille est assez brutal, premièrement parce que je suis paranoïaque et que le moindre bruit pendant mon sommeil me fait réveille de peur. Ensuite parce que retrouver une femme en train de fouiner dans le dossier de votre enquête en cours est légèrement déroutant et également agaçant.

Je me redresse rapidement en remarquant qu'il fait jour dehors et que ma tante est habillée. Je lui arrache les deux photos des mains en m'en fichant pour une fois si je l'a brusque. « C'est confidentiel. » je grogne presque dans ma barbe en attrapant le dossier et en rangeant les photos dedans.

« Tu t'occupe des série de meurtres de A'? » demande ma tante sans même me jeter un regard, je reste figé sur ce que je tiens dans les mains. Sa phrase ne ressemblait pas tellement à une question, plutôt une remarque. C'est quoi son problème?

« Non, pourquoi vous dites ça, vous la connaissez? » c'est l'instant précis où ma mère décide de rentrer dans la pièce.

« Ne te fiche pas de moi, c'est par lui qu'elle a été tué, pourquoi tu aurais son dossier si tu ne t'en occupe pas?! » s'énerve ma tante ce qui me fait reculer dans le canapé en la regardant perplexe. Je ressert ma poigne sur la pochette en carton dans mes mains, je ne m'attendais pas du tout à ça comme réveille et je ne comprend pas ce qui lui prend.

Devant le haussement de ton de sa sœur, ma mère arrive près de nous pour comme moi comprendre ce qui se passe. « Vous connaissez cette fille? » ce fut tous ce que je pus dire. Je n'ai même pas le temps de réfléchir qu'elle réplique en furie en essayant de m'arracher le dossier.

« Bien sûr c'est ma fille! » devant ma surprise elle arrive à me chiper la pochette. « Cela fait neuf ans que l'enquête traîne-» elle commence à déblatérer mais moi je suis trop choquée pour écouter ce qu'elle dit. Lidia Arch est ma cousine? Pardon?

Ma mère a bien plus de réflexe que moi puisque c'est elle qui récupère le dossier avant d'engager une dispute avec ma tante sur le respect de mon travail, ce qui fait entrer ma tante dans une colère folle. En fait je n'avais pas imaginé cet air hystérique dans mes souvenirs, c'est exactement celui qu'elle arbore en ce moment.

Le souvenir de ma conversation avec Hanji au bar de mon bar me revient soudainement. Elle avait dit que Lidia me ressemblait énormément. Mais comment j'aurais pus faire le lien? Je n'ai jamais sus qu'elle était le nom de famille du mari de ma tante, puis je n'ai jamais rencontré sa fille. Cette partie de la famille a toujours été obscure pour moi.

Au bout de la discussion à laquelle je n'ai prêté aucune attention tellement je suis sous le choc, ma tante finit par partir de la maison en trombe. Ma mère repose doucement le dossier sur la table. « Est-ce que ça va Nora? » demande-t-elle doucement en me touchant légèrement l'épaule. C'est à ce moment que je me rend compte de mon état, je tremble de peur et j'ai remonté mes genoux pour serrer mes jambes contre ma poitrine. Je suis terrifiée, j'ai un lien de parenté avec sa première victime.

Je ne suis pas sûre des conséquences de cette révélation mais par contre je suis certaine que lui le sait. D'une manière ou d'une autre je pense que c'est pour ça qu'il me tourmente. « Je vais bien. » je souffle en retenant des larmes de couler. Il faut absolument que j'appelle quelqu'un du bureau, il faut que quelqu'un qui connaît l'affaire le sache.

« Je vais appeler Farlan, d'accord? » dit-elle en posant le dossier sur la table. « On a notre train, on ne peut pas rester mais Farlan va arriver d'accord? » rajoute ma mère devant ma mine, elle répète deux fois d'accord comme si cela allait miraculeusement me calmer.

J'acquiesce en fixant le dossier comme si celui ci allait me donner la peste. Cette révélation change tout et en même temps la situation est toujours la même: catastrophique et désespérée. Je suis toujours en danger de mort, mais peut-être que je vais pourvoir trouver un lien entre Livaï et cette fille. Ma mère passe moins de deux minutes au téléphone avec mon frère avant de me dire qu'il partait tout de suite. Elle a été étonnée de la réaction alarmée de Farlan mais c'est normal, elle n'est pas au courant pour l'agression. Enfin elle ne sais pas que c'est A' qui m'a agressé.

Ils partent ensuite pour ne pas rater leur train et je décide de monter me doucher avant que Farlan n'arrive. Je n'ose pas toucher au dossier, je le laisse où il est et pars me glisser sous la douche. Je laisse l'eau chaude un peu trop brûlante me rougir la peau tandis que je fais de mon mieux pour ne pas poser mes yeux sur les cicatrices qui elles aussi n'en sont que plus rouges. La salle de bain n'est qu'un amas de buée lorsque je déicide d'en sortir. Je suis rassurée d'entendre que mon frère est rentré je me dépêche d'enfiler un débardeur et un jogging avant de frotter énergiquement mes cheveux avec la serviette. Bizarrement je n'ai pas froid; après la douche brûlante que je viens de prendre c'est normale.

Je descends les escaliers et pars chercher mon frère pour lui raconter en détail ce qu'il s'est passé. En arrivant en bas des escaliers je vois qu'il n'est pas dans la salle à manger alors après un rapide coup d'œil dans la cuisine je devine qu'il est dans le salon.

« Farlan? » dis-je en arrivant dans la pièce. Mais l'homme qui se tient debout à côté de la table basse, le dossier de Lidia à la main n'est pas mon frère. Il porte un jean surmonté d'un sweat noir, ses cheveux courts sont exactement pareils que la première fois que je l'ai vu. Son aura n'a jamais été aussi sombre et terrifiante.

Livaï pose son regard glacial sur moi tout en laissant retomber le dossier qui atterrit dans un claquement sec sur la table. « Ravit de te revoir. » sa voix déclenche un frisson immédiat dans mon dos. Il va me tuer.

Je n'arrive pas à parler, la boule dans ma gorge m'en empêche. Je n'ai jamais ressenti une telle peur avant, même avec lui. Sa posture, son regard, il se tient comme un prédateur près à cueillir sa proie. « Tu ne me souhaite pas bon anniversaire Nora? » demande-t-il en amorçant un premier pas vers moi, tandis que je me tiens toujours dans l'entré de la pièce. La seule chose qui résonne dans ma tête est que je doit aller chercher mon arme. Mon arme et vite.

A peine a-t-il commencé un second pas que je me précipite vers la salle à manger. Il m'attrape le bras en pleine course sans perdre de temps. Sa poigne est extrêmement douloureuse, j'ai même l'impression qu'il transperce ma peau. Dans la panique je me retourne et lui envoi en coup de coude dans le visage qu'il part avec la main qui ne me tient pas. Je lui envoie un coup de pieds dans le torse ce qui le pousse vers l'arrière et l'oblige à me lâcher. Je n'attend même pas de savoir si je l'ai fais tomber, je me précipite jusqu'à la commode et ouvre le tiroir. Je le sens me tirer les cheveux vers l'arrière mais c'est trop tard j'ai déjà réussis à attraper mon arme. Je me retourne et il évite un coup de cross de justesse. Il écarquille légèrement les yeux à la vue de mon arme et il a comme très bon réflexe de sortir de mon champs de vision pour aller derrière le mur de la cuisine.

Je prend quelques secondes pour respirer me sentant soulagée d'avoir attrapé mon arme. Ce rapide échange de coup m'a comme épuisée, bien plus que d'habitude. J'ai la tête qui tourne alors je pose une main sur la commode pour me stabiliser. J'essaye de garder une poigne ferme sur l'arme et de rester concentrée sur l'entré de la cuisine pour tirer au bon moment mais je me sens vraiment mal. J'arrive à peine à soulever l'arme et c'est de pire en pire. Je pousse un gémissement en voyant les murs tanguer de plus en plus. Je jette un coup d'œil à la main qui me tient appuyé sur le bois de la commode. Tout mon bras tremble. Mais qu'est-ce qui m'arrive? Je fixe mon bras et aperçois le point rougeâtre d'une piqûre sur ma peau. Je réalise que l'impression que quelque chose me perçait la peau quand il m'a attrapé le bras était bien réelle. Je ne sais pas ce qu'il a mis dans mon sang mais j'en ressent déjà les effets. Merde, ça ne peut pas finir comme ça, j'ai réussi à attraper mon arme, je ne vais pas juste perdre connaissance comme ça. Je relève les yeux et je le voit avancer vers moi. Je n'ai même plus la force de lever l'arme qui est à deux doigts de tomber de ma main. Son visage est flou lorsqu'il arrive à mon niveau sans aucun hésitation et qu'il me retire l'arme des mains. « Non... » c'est au tour de mes jambes de trembler. Il me rattrape avant que je tombe au sol tandis que je me bat pour garder les yeux ouverts, c'est comme si mon cerveau était parfaitement éveillé mais mon corps lui sombrait dans l'inconscience. J'aurais préféré tomber par terre plutôt que de le sentir gentiment accompagner ma chute pour m'allonger sur le sol calmement. « Non, s'il te plaît... » je souffle avec les dernière force qu'il me reste. Je le vois poser ma tête sur ses genoux sûrement en attendant que je m'endorme, mes paupières n'arrêtent pas de papillonner et je ne vais pas résister encore longtemps. Pour toute réponse il me caresse les cheveux comme lorsqu'on rassure un enfant. Je comprend que j'ai perdu alors je me laisse bercer par son touché étrangement doux, tout en fermant les yeux. Ses doigts sont délicats et apaisants, je ne sais pas si j'ouvrirai à nouveau les yeux mais à cette instant je pense seulement à lui.

Ce matin là, la neige tomba recouvrant les routes et mes espoirs.