12.

- Commandant sur la passerelle, annonça Oshryn en se levant de son poste pour saluer.

Le jeune homme blond haussa un sourcil surpris à la vue de son ami et supérieur qui n'arborait pas son uniforme habituel – bien que la Doctoresse l'ait déclaré bon pour le service – mais une tenue noire, le ceinturon soutenant son cosmogun serré à ses hanches, et tenant à la main le Hochet de cristal.

- Tu y vas…

- Oui, le moment de vérité est arrivé ! Si je dois utiliser le Hochet contre Elomène il devrait me permettre d'être visible à ses yeux !

- Là, j'aurais soudain préféré que tu demeures invisible, avoua le second du Starlight. En frappant en premier, et des coulisses, là tu aurais eu une véritable chance !

- J'ai à me battre à la loyale, bien qu'Elomène soit tout sauf honnête aux combats au vu de toutes les traîtrises commises par ses Erguls et qu'elle n'a pu qu'avaliser !

- Mais, comment vas-tu la trouver, la rejoindre ? s'étonna Oshryn.

- Elle meurt d'envie d'en finir avec moi, avec autant de rage que j'en ai à son égard ! rugit Alérian en secouant ses boucles d'acajou. Crois-moi, Oshryn, nous allons être attirés l'un vers l'autre comme des aimants. Et il y a fort à parier que le Hochet va y être pour quelque chose !

- Fais ce que tu dois, commandant. Nous on t'attendra ici !

- Très bien. Je ne serai pas long. Je reviens dans quelques minutes !


Venus au quotidien rapport, Hograd et Kromer avaient vu leur Souveraine Noire tressaillir de fureur, mais pour la première fois depuis bien des semaines ce n'étaient pas eu la cible de son ire.

- Cette saleté d'engeance Humaine dont vous n'êtes jamais venu à bout a réussi à ranimer le Hochet du Temps ! Il vient ici, je l'attire comme une flamme le papillon de nuit ! Mais il pourra jouer autant qu'il le voudra des moulinets temporels, je suis immortelle ! Je suis prête depuis longtemps alors que lui ne le sera jamais ! A présent, retirez-vous, laissez-moi mener mon combat !

Et elle éclata de rire.


Ses ailes de libellule grandes ouvertes, Alérian se matérialisa sous le dôme qui tenait lieu de salle du trône à la Reine des Erguls.

- Il est temps que nous en finissions une bonne fois pour toutes, entre toi et moi, comme cela devrait l'être dans toute guerre au lieu de faire des milliers, des millions de victimes dans les deux rangs ! jeta-t-il.

- Sois bravache autant qu'il te plaira, ricana Elomène. Tu n'es qu'un grain de poussière face à moi. Le jour où ta chance insolente tourne est celui-ci ! Oui, viens te frotter à moi. Je vais me faire un plaisir de te briser !

D'un geste presque négligent, Elomène tendit les mains devant elle, paumes tournées vers son adversaire, et projeta vers lui une vague d'énergie.


Albator frémit tout entier.

- Ça a commencé ! Alérian est face à son destin…

- Tu en es certain ? murmura Clio.

- Oui. Et là je ne peux rien faire pour lui prêter assistance. C'est un combat qui me dépasse totalement et où je n'ai pas de place.

Résigné, le grand Pirate balafré se rassit.


Elomène hoqueta, se penchant en avant, à la limite du déséquilibre.

- Cette frappe a fait ses preuves plus d'une fois. Elle aurait dû te réduire en cendres ! ?

- J'ai aussi mes protections, siffla Alérian en songeant à son pendentif en forme de rose. Oui, ça va me protéger autant de temps que de nécessaire !

- Continue de fanfaronner, moi j'ai toute l'éternité. Et pas besoin d'un Hochet pour moi afin de te mener au bout de tes années de vie ! Il me suffira de figer le temps dans cette salle, le temps continuant de s'écouler normalement en-dehors.

- Ne t'inquiète pas, je n'aurai pas besoin de l'éternité pour en finir avec toi !

- Tu l'as déjà dit !

Virevoltant, volant, bondissant, entre les projections qu'Elomène lui envoyait, Alérian s'efforça dans un premier temps d'échapper à son ennemie, priant de ne pas être touché et que la protection de sa mère continue de l'envelopper. Car il savait que la Souveraine Noire n'avait pas menti et quelques particules d'énergie seulement pouvaient lui faire un mal infini !

- Sale petit moucheron, éructa Elomène en bavant littéralement de fureur, s'interrompant un instant dans ses attaques.

Alérian revint alors se poser au sol, tenant fermement le Hochet.

De sa main libre, fit s'ouvrir les petits clapets de la partie supérieure qu'il désignait toujours comme moulin à prières.

Et donnant une bonne impulsion, il fit tournoyer la tête du Hochet du Temps.

- Maintenant, on va voir si une fois parvenue au bout d'une nouvelle ligne de vie tu vas encore réussir à te régénérer ! aboya le jeune homme dont les prunelles vert émeraude étincelaient.